SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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Cette aventure est un portrait que Ion ^ffl^^t^, est fulmine, oculoque pri- copie souvent. Les dames de.a plus „^,„, ^,1 (.^^ l^ singulier oculo n& haute volée, qui deviennent araou- aoit pas faire penser cju'il devint seureuses de leurs inférieurs, sont obli gées de faire toutes les avances. Elles exigent un grand secret, et menacent de punir terriblement l'indiscrétion; et cependant le favori ne laisse pas, quand le vin lui a un peu échautié la tête, de jaser plus qu'il ne faut. 11 est même quelquefois si vain qu'il cause trop sans avoir bu. Rapportons des autorités sur l'indiscrétion d' An- chise. Fulminalus est Anchises, quia se cum Venere concubuisse jactahal. C'est ce que dit Servius (6j; et voici ce que dit Hygin: Venus Anchisam Assaraci (7) jilium amasse, et cum (5) Homer., in Hymno Vener. subfin. vs. 287.

(6) Servius, in BLaéiA., lib. II, vs. 649.

(1) Hygin eût mieux fait de lui donner Capys pour père, et non pas Assaracui, qui était le père de Capjt.

pas laire penser qu lement borgne j car bervius, en un autre endroit (11), se sert de l'auto- rité de Théocrite pour nous appren- dre que ce fut un véritable aveugle- ment.

(E) Sa plaie ne se put jamais fer- mer. ] 11 ne se plaint dans Virgile que d'une grande débilité que le coup de fondre lui avait causée: 3am pridern invisus divis et inulilis annos Vemoror, exquo me divUinpater atque homi' num rex Fulminis adflavit venlis, et contigitigni (12).

(8) Hygin, cap. YC/r.

(9) Servius, in jEneïd., lib. Il, vs. 649. (jo) Servius sur ces deux vers du I". litre de l Ene'ide: Tuue, ille M,ne^s. quem Darilanio Ancbisse AIraaVenusPhrigii geiuiitSimoëniis aJ undam?

(«2) Virgil., JEneïd., Ub. Il, f<-.'»>47.

64 ANCHISE.

Je m'étonne que Scarron, qui a fait connaître, dans sa paraphrase bur- lesque de cet endroit de Virgile, qu'il n'ignorait pas la raison de cette dis- grilce, ait use' d'une si grande rete- nue; il me semble que la matière était propre à devenir bien risible entre ses mains. Quoi qu'il en soit, voici sa version: f^ieil, cassé, mal propre à la guerre, Je ne sers (le rien sur la terre.

Spectre, qui n'ai plus que la voix, J^y suis un inutile poids, Dppuis le temps que de son foudre Jupin me voulut mettre en poudre; Depuis le temps quHl m'effraya.

Ce grand Dieu qui me giboja, Par une l'engeance secrète; Mais je suis personne discrète.

Je n'en dirai point le sujet.* Suffit que j'aurais eu monj'ait.

Sans J^énus qui sauva ma vie.

J'ai depuis eu cent fois envie De nCaller pendre un beau matin, Eljinir mon chien de destin.

Si nous comparons ensemble un pas- sage de Plutarque et un passage de Denysd'Halicarnasse, nous prouverons que le coup de foudre fît une plaie qui ne se ferma jamais. Plutarque dit quelque part (i3) que si, d'un côté, le musc rend de bonne odeur les ha- bits les plus déchirés, de l'autre, le pus d'un ulcèie empuantit les étoffes les plus précieuses (i4)- Voilà sa pen- sée; mais, au lieu que je le fais par- ler en général, il s'attache à l'exem- ple particulier d'Anchise. De dessous le riche et précieux habillement du duc ./4nchise, dit - il, selon la version d'Amiot, il sortait une houe de bien mauvaise odeur, ainsi que le dit le poêle: Son vestement, qui de fin lin estloit, Boue d'odeur puante de'goutloit.

Méziriac traduit ainsi, l'ulcère d'An- chise jetoil une boue puante, Oui suppurant, sans cesse de'goultoit Sur son habit, qui de fin lin estoit (i5).

L'original porte, Or, comme, selon l'usage le pluscom- (i3) Plutarch. de Vitio el Virtutc, Oper. Mor, (i4) Je ne m'attache pas aux paroles, mais à la pensée de Pliilarquc.

(i5; Méïiriac, trUies d'OviJc, pag. 671.

mun, fatxoç signifie des haillons et tIcS lambeaux, il n'y a nulle apparence qu'il faille laisser uu tel mot dans 1« texte grec j c'est pourquoi un savant critique met sX)coç, plaie, ulcère, au lieu de pÂKo; (i6j. Les traducteurs n'ont pas ignoré que Plutarque rap- porte les paroles de quelque poète j mais ce n'est pas assez: il faut savoir, de plus, de quel poè'te sont ces pa- roles. Méziriac nous l'apprendra (17): il les a trouvées dans Denys d'Hali- carnasse (18), qui rapporte des vers de Sophocle, dont le troisième est le même que Plutarque cite: yiot/ MoToi/;c£iTatç-x^ovT* /Êûa-a-ivov ^Âpai. Je vois des-jà te fils de Cjlhérée, Le bon ^née, aux portes d'Ilion, Dessus son dos portant son père Anchise ^ gui du grand coup de foudre qu'il receut arde la plaje encore distillante Sur le fin lin dont il eit revestu, Méziriac, qui est l'auteur de ces vers français, a corrigé une faute au com- mencement du troisième vers de So- phocle: au lieu de vaTot/, qu'on lit dans toutes les éditions de Denys d"Ha- licarnasse, il a mis /^otou. 11 n'y a rien là qui ne soit selon les règles de la critique: la comparaison des au- teurs, qui ont cité en divers temps un même passage, fait souvent trou- ver la véritable leçon. Sylburgius, aui a revu la version latine de Denys 'Halicarnasse, faite par Sigismond Geleuius, a laissé en mauvais état ce qui concerne le troisième vers de Sophocle. Voici la traduction de ce?^ trois vers: Nunc in porta est jï^neas Deœ filius, Humens bajulans patrem fulminala Terga amictum Jluxd veste bjssind.

On n'y trouve point cette plaie qui suppure, et l'on y voit Anchise frap- pé au dos; c'est-à-dire, qu'on n'y voit pas ce que Sophocle y avait mis, et qu'on y voit ce qu'il n'y avait pas mis. Si les anciens écrivains revenaient au monde, ils seraient bien étonnés de voir dans leurs livres tant de cho- ses auxquelles ils ne songèrent jamais.

(iH) Dion. Halirarn., lib. I, cap. XLVIIJ. Ces vers de Sojjlioclc svnt pris de son Laocoon.

ÂNCILLON.

65 (F) Il fut enterré sur le mont Ida. ] îlustathius rapporte cela (19); mais Pausanias est d'un tout autre senli- mcnt. Il dit qu'Énée, allant ea Si- cile, relâcha dans la Laconie, et y L;1tit deux villes, et qu'Anchise étant mort au pied d'une montagne d'Ar- cadie, y fut enterre; ce qui fut cause que la montagne fut nommée.^n- cltisia ( ao ). Pausanias ajoute qu'on voyait les débris d'un temple de Vé- nus auprès de ce sépulcre d'Anchise, cl que les habitans de Troie ne mon- traient en aucun lieu le tombeau de ce vieillard. Etienne de Byzance veut (jii'Anchise ait été enterré dans une ville de Thrace bâtie par Enée (ai), ou plutôt il cite un vieux scoliaste, pommé Théon, qui avait débité cela. Tzetzès est du même sentiment, si ce n'est qu'il dit que cette ville était dans la Macédoine (aa). Virgile a conduit le bon homme jusques en Si- cile; c'est là qu'il le fait mourir; c'est par-là qu'il conclut le long narré que 5X)n héros fît à Didon.

IHnc D reparti meportus et illœtabilis orn ylccipil. Hic pelagi lot lempeslalibus acliis, Heu geniloreni, omnis curie catùsque Levamen, Amitto Anchisen. Hic me, paler oplirne, Jessuin. Deseris, heu tanlis nequicquam erepte periclis (ii) '.

Selon Servius, le tombeau d'Anchise était sur la montagne d'Eryce, pro- che de Drépanum (a4). J'ai nommé trois écrivains qui ont dit qu'Anchise mourut en Italie: Caton (a5), Denys d'Halicarnasse (26} et Straboa (27) le rapportent.

(G) Il chargea son père sur ses épau- les, et le mit en lieu de silreté. ] Les paroles de Virgile sont assez belles pour mériter d'être rapportées.

Ergb âge, care paler, cerfici imponere nostrm; Ipse subibo humeris: nec me labor isle gravabil (28).

Hœc falus, latos humeras subjeclnque colla (19) Enstalli., in iliados lib. XII. (îo) Pansan., lib. VIII, pag. 247. (3i) Stepli. Byzant., m A'i'vênt. (îî) Tietzes in Lycophron.

(24) Servius, in ^neïd., lib. I, fs. 570. (îS) Àpud Servium, ibidem.

(26) Antiquit., lib. I, cap. LXIV.

yeste super,/alvique inslernor pelle Uonit, Succedoque oneri. Dexlrai se parvus Iiilus ImpUcuit, sequilurque palrem non pasiibus cequis (29).

JVunc omnes terrent aurœ: sonus excitât omnis Su'pensum, et pariter comitique onerique timcnlemCio).

Los poètes ont fort célébré cette ac- tion: elle le méritait bien. Ils ont même dit que les flammes la respec- tèrent, et que, de peur de faire du mal à un fils (jui avait ime si grande tendresse pour son père, elles se fen- dirent alîn de laisser un espace libre à Enée (3i).

(il) Vuyez-en les preuves dans le Commen- taire de La Cerda sur cet endroit de Virgile.

ANCILLON (David), ministre de l'église réformée de Metz, sa patrie {a), naquit le l'j de mars i6i'^. Il étudia des l'âge de neuf à dix ans au collège des jésuites, qui était alors le seul à Metz ou l'on put apprendre la belle littérature {h), et il donna d'abord tant de belles espéran- ces, que les principaux de la so- ciété noubli'erenL rien pour lui faire goûter leur religion, et pour V attacher à eux; mais il leur résista vigoureusement, et prit dès lors la résolution d'étU' dier en théologie (c). Il était in- fatigable au travail (d); et il fal- lut employer souvent l'autori- té paternelle pour interrompre ses lectures: car // j- aidait de l'excès, et, si on peut le dire, de l'intempérance dans sa ma- nière d'étudier (e). Il alla à Ge- nève, l'an 1633 (f), et y fit son cours de philosophie sous (a) Discours sur la Vie de M. Ancilloa, {b) Là même, pag- 8. {c) Là même, pag. 9. (e1 Là même, pag. l3 et l^, if) Là même, pag. l(^.

66 ANCILLON.

M. Au Pan (g), et ses études de nistere...(n). La proposition théologie sous MM. Spanlieim, fut agréée: on la lui lit faire par Diodati, et Tronchiu, qui l'ai- des députés, qui obtinrent tout ce nièrent et l'estimèrent très-par— quils souhaitèrent. Il commença ticulièrement {h). Il partit de donc l'exercice de son ministère Genève au mois d'avril 1641, dans cette église sur la fin de et alla se présenter au synode de l'année i685 [p). Nous verrons Charenton, pour y prendre le pourquoi il s'en retourna bien- degré de ministre (7). Il fit admi- tôt à Francfort (B), ou il se se- rer sa capacité à ses examina- rait fixé, si l'état de sa famille, leurs, et sa modestie aux minis- qui était nombreuse, ne l'eût très de Paris (A); et toute cette obligé à^ aller dans un lieu où il assemblée fut si contente de lui, jjût rétablir (p). Il choisit Ber- qu'elie lui donna la plus consi- lin, et il reçut de S. A. E. de dérable des églises qui fussent Brandebourg un accueil très-fa- à pourvoir (/). C'était celle de vorable {q). Il fut fait ministre Meaux. Il y exerça sou minis- de Berlin: il eut la joie de voir tère, jusqu'à l'an i653, avec que son fils aîné fut établi yz/g-e toute la satisfaction imaginable, et directeur des Français qui Il fut tendrement aimé de son étaient dans cette ville-là (/•), et troupeau. Il se maria très-avan- que son autre fils fut gratifié tageusement (A): il s'acquit une d'une pension, et entretenu à réputation fort étendue par son l'académie de Francfort-su r-l'O- savoir, par son éloquence, par der, et enfin ministre ordinaire sa vertu; et il fut même consi- de la capitale {s). Il eut aussi le déré des catholiques romains, plaisir de voir son frère établi avec beaucoup de distinction. Il juge de tous les Français qui fit voir encore avec plus d'éclat, sont dans les états de Brande- et avec plus de succès, ses beaux bourg (C), et M. Cayart, son talens, dans sa patrie, oii il fut gendre, ingénieur de son Altesse ministre, depuis l'an 1 653, jus- Électorale (t). Il jouit de ces qu'à la révocation de l'édit de agrémens, et de plusieurs au— Nantes, eu i685. Il se retira très, jusqu'à sa mort; et il finit à Francfort, après ce funeste sa course avec tous les sentimens coup {m.); et ayant prêché dans de piété qui conviennent à un l'église française de Ilanau, toute véritableministrede.Tésus-Christ; rassemblée en fit si édifiée, il la finit, dis-je, de cette naa— qu'elle demanda d'abord une nière, à Berlin, le troisième de convocation des chefs de fa- septembre 169?., âgé de soixante mille y pour j- proposer de le et quinze ans (?/). J'eusse pu faire prier de leur accorder son mi-, s t. - -r, (/() Là même, png. 20 el2i. (q) Là même, pag. 872 et suif.

(A) Là même, pag. 35. (s) Là même, pag. 3.97.

{l] Là même, pag. 36. (^/) ta „iême, pag. Sgf).

[in] Là même, pag. 352. («) Là?nênie,pag. 487.

ANCILLON. 67 cet article beaucoup plus long combien sa conversation était que je ne le fais; car le livre docte (H). Je discuterai en un dont je l'ai tiré contient beau- autre lieu (z) quelques faits qui coup de détails; mais comme se rapportent à sa taille-douce, c'est un ouvrage qu'il sera beau- Je ne dois point passer sous si- coup plus facile de consulter, lence qu'il était fils d'un babile que de se pourvoir de ce Diction- jurisconsulte; qu'un de ses an- naire, j'ai trouvé plus à propos cêlresfiu autrefois président au d'y renvoyer le lecteur, que d'en mortier dans une des principales tirer beaucoup d'extraits {x). cours souveraines de France *• J'en userais autrement, si je tra- et que Georgiii Antillov, un vaillais sur des mémoires ma- des principaux membres de l'é- nuscrits. Je ne m'arrêterai qu'à glise de Metz, a été aussi un des deux choses, dont l'une regarde premiers de ses fondateurs, et la bibliothèque de feu M. An- de ses conducteurs (aa). cillon et sa manière d'étudier, ^ „, (i)), et 1 autre concerne les h- Fekri.

VreS qu'il a donnés au public (E); * Le défaut Je désistnation de temps et et, quant au reste, je dirai en tVZ 'Z^cTa^^T^VT)' "'J T'^ ' , ' T. ' J j e>l uu motil de douter du lait, dit Leclerc gênerai que le discours qu on (a«) Discours sur k vie de M. Aadllon', a publié sur sa vie le représente P"^ 7- rite tout-à-fait extraordinaire, rnent. ] La manière dont on mëna- C'est à proprement parler l'idée gea cette affaire est fort curieuse: d'un pasteur accompli *. On l'y " Les principaux chefs de famille de voit savant, éloquent, sage, pieux, modeste, charitable, dis- pensant la censure avec douceur, ou avec vigueur, selon l'exigence des cas; pratiquant ce qu'il prê- chait (j-), occupé uniquement des fonctions de son ministère (F), sans se mêler, comme tant d'autres, de ce qui n'est conve- nable qu'aux séculiers, ni tenir sa maison ouverte aux délateurs et aux nouvellistes (G). On ne » l'église de Meaux voj'ant que leur j) minisire se distinguoit ainsi, et liiy » entendant dire quelquefois qu'il » vouloit aller à Metz, pour voir son » père et ses parens, qu'il n'avo^; » point vus depuis plusieurs années, » craignirent qu'on ne le leur enle- » vât. Ils cherchèrent mille expé- » diens pour s'en assurer long-temps » la jouissance; le plussClr, à leur » avis, fut de le marier à un parti » riche, digne de lui, et qui eût son » bien dans le pays ou dans le voisi- « nage. Quelqu'un se souvint d'avoir » ouï dire que M, AnciUon ayant prê- ché un dimanche matin à Charensaurait mieux connaître, que par „ ton, tout le monde généralement l'écrit dont je parle ci-dessous, » luy applaudit; que M. Macaire sur- » tout, qui estoit un vieillard véné- » rable, d'une vertu et d'une piété » exemplaire, et possédant de grands » biens à Paris et aux environs de }>.Meaux, luy avoit donné niillo bé- -» nédirtions et mille louanges, et » qu'il avoiLdit assez haut à ceux qui » estoienl assis dans le temple auprès j) de lui, qu'jZ n'a"oit qu une filie, » qui estait son unique enjunl, el {x) Il a pour litre. Discours sur la Vie de feu M. Ancillon, et ses dernières lieures. Il a été imprimé à Baie, en l6g8, et contient 5oo pages in- 12.

* Crousaz nous apprend que ce portrait d' Ancillon est une satire contre Jurieu.

(y) Voyez liiiirhant le désordre fjit'il y a h en user autrement, le même discours sur 1.1 vie de M. Ancillon, pag. lyi et suivan- tes.

68 ANCILLON.

)) qu'il aymnit tendrement; mais que noient le chasser. La uertude M. An- ■» si cet homme-la, en parlant de M. cillon fut une seconde fois rappelée ■» Ancillon, la lui t'enoit demander au combat..Au lieu que ces deux pa- V en mariage, il la lujr donneroil de rens (/^) ax'oient témoigné de l'empres- T> tout son coeur. On alla luy deman- sèment à lui faire plaisir, et qu'il )) der s'il estoit encore dans ce senti- i> ment avantageux: il répondit qu'il » y estoit, et accompagna cetle re- }» ponse de témoignages nouveaux » d'estime et d'aflection pour M. An- )) cillon i de sorte que le mariage fut 3) conclu en l'année 1649 > ^^ ^°^' j) sommé peu de temps après. D. Ma- » rie Macaire, son épouse, estoit fort » jeune: elle n'avoit que quatorze j) ans; mais comme elle avoit, dans » cette grande jeunesse, toutes les » vertus naissantes, on verra à!a semblait qu'ils souhaitassent de pou- voir changer les pierres en pain pour le soulager., tandis qu il avoit esté dans leur ville comme étranger, ils s'éloi- gnèrent de lui lorsquJils le virent at- taché a leur troupeau; ils lui donnè- rent vùlle mortifications, et ils au- raient changé voloiitie''s, s'ils avaient pu, les pains en pierres pour le chas- ser, tant il leur estoit a charge Cette conduite fit deux effets assez considérables ( 5 ); l'un, que les ca- tholiques romains et les profanes en j) suite de ce discours qu'elle luy a firent un sujet de raillerie; l'autre fut 3) esté non - seulement un aydc à la d'animer le peuple (6). M. ylncillon 3) piété qui l'y a entretenu, un ayde en avoit la faveur, et s'il avoit voulu 3> agréable, mais aussi qu'elle luy a 3) esté un ayde à l'œcûnomie sur le- 3) quel il s'est reposé des soins de sa 3> famille (i). » (B) 1/ retourna bientôt h Francfort.']

ter la mauvaise volonté de ses en- vieux; mais, comme il ne croyait pas qu'un fidèle pasteur dilt s'établir à la Javeur d'une division du troupeau et de ses ministres, que toute sa vie il Ses prédications /tre«t bientôt bruit à avoit esté ennemi des partis, et qu'il Hanau (2). Plusieurs personnes, qui avoit déclamé contre les cabales et les avaient quitté l'assemblée française, factions, il ne voulut pas prof ter de pour quelque mécontentement qu'ils la disposition dans laquelle le peuple uvoient reçu, y revinrent. Les profes- estoit h son égard, ni le laisser agir...seurs en théologie, les ministres al- Ayant donc fait toutes les tentatives lemands et flamands assistèrent f ré- que la charité et l'honnêteté lui avaient quemment a ses sermons. Le comte suggérées, pour ramener ces deux hom- «de Hanau lui-même, qu'on n avoit ja- mes a leur devoir, il prit la résolution mais vu dans ce temple, eut la bonté de quitter Hanau, dès que ce lieu, d'y venir entendre M. Ancillon; on qu'il avoit regardé comme un refuge Y venait des lieux circonvaisins, de tranquille ou un port assuré dans le- Francfort même...; des gens qui n'en- quel il avoit esté jeté parla lempeste, tendaient point le françois s'y ren- fut devenu pour lui un champ de ba- (loient enfouie avec empressement, taille, où. il fallait combattre sans ces- et disoient qu'ils aimoient à le voir se, et oii sa patience, qui avoit déjà parler. Lidè irœ et lacrymœ. Celte soutenu plusieurs grandes épreuves, distinction donna de la jalousie aux pouvait être erifin vaincue, il l'aban- deux autres ministres; la nature, trou- donna...(7). Il sortit donc de Hanau. hlée par cetle passion, oublia ses de- sans bruit, lorsqu'on s'y attendait le voirs I i). Ils prirent ombrage des mar- moins, oh plutôt il permit qu'on l'ar- ques d'estime et d' affection qu'an don- ■•'•-'"*' '''-»"- /^■.~,^.„„ J~..-.. —..; na à re nouveau collègue; ils en eurent du chagrin; ils lui en donnèrent a lui-même par mille vexations qu'ils lui firent pour l'obliger a quitter vo- lontairement un poste dont ils ne pourachât d'entre lesmains de ses envieux et de ses amis (8). L^es uns, le te- nant, pour ainsi dire, d'une main, le maltraitaient; les autres, le tenant (i) Discours sur l» Vie Je M. Ancillo j5 et suiv.

VS- (4) L'un l'tailveiij'de ta sceur, et Vautre ac- luellfineiU mari de la nièce de M. Àncillon- Di.icours sur la Vie de M. Ancillon, f-ag- 353.

(6) Là même, pag. SSg. (7; Là même, pag. 3Ô"o. (8J LU même, pag. 35i.

de Vautre main, faisoient i/cs efforts pour le tirer de l'oppression oit ilestoit, et les uns et les autres estaient prêts à en i'enir aux prises, c'est-h-Jire, à faire éclater la division et à unir qui l'emporterait. Pour éi/iter ce scandale, il sacrifia ses intérests a lu paix: il s'en alla sans qu'on le sût, de peur Î tue ses amis foulant l'arrêter, ils n'al- uniassent un Jeu qui ne faisait que cou- fer, et qu'il fouloit éteindre.

Je crois avoir dit quelque part (g) que la jalousie d'éloquence est des plus fortes; on ne voit que trop sou- vent les divisions scandaleuses qu'elle produit. Les réflexions que l'on peut faire sur cela ne sont bonnes qu'à sup- primer. La matière est trop délicate et trop odieuse. Je dirai seulement, sans faire aucune allusion à des cas particuliers, que dans cette aU'aire-là les peuples ne se conduisent pas avec assez de prudence ni avec assez de charité. Ils devraient choisir pour leurs pasteurs toutes personnes d'un mérite à peu près égal; ou, si l'un d'eux surpassait notablement tous ses collègues, ils ne devraient pas faire éclater avec tant de pompe leur pré- férence. Ils n'ont nulle compassion pour les faiblesses humaines; ils cou- rent en foide, très-impitoyablement, aux sermons d'un prédicateur, et ils laissent presque vide l'auditoire de tous les autres. Ils ménagent si peu les témoignages de leur distinction, que cette imprudence peutpasserpour la principale cause de la discorde. C'est la semence de la zizanie: les personnes sages n'on point celte indis- crétion. Tous les auditeurs devraient .suivre ce modèle j mais comme l'on ne doit guère espérer que le peuple garde ce ménagement, le meilleur parti serait peut-être que ceux qui procèdent aux élections évitassent l'inégalité trop visible des talens, et qu'ils considérassent qu'en certaines professions bien des gens approuvent cette loi des Ephésiens, qu'il n'y ait entre nous aucune personne qui excel- le; et si quelqu'un a cet avantage, qu'il soit plutôt partout ailleurs que dans notre fille (lo). Celte loi fut con- damnée par Heraclite (ii); mais c'é- (g) Dans la remarque (B) de l'article Atticcs. (lo) Voyez la citation suivante. (il) Estaputl HeracliUtin physicum de prin- tipe Ephesioiuin Ilerntodora, Vnivenos ait ANCILLON. 69 tait un philcsophe. Mettons ici une remarque qui a été faite par l'auteur du livre que j'ai déjà cité souvent. M. Ancillon, dit-il (13), n'ayant aucun des défauts qu'on a remarqués être les sources ordinaires des divi- sions qui surviennent entre les minis- tres d'une même église, savoir: 1°. l'amour de ses propres sentimens, et le désir de les J'ai re prévaloir; a", l'a- mour de l'estime et de la gloire du monde; 3°. l'amour de la domination; 4°. l'amour de ses propres intérests; et respectant d'ailleurs en M. Ferry (i3) une vieillesse chenue et un mérite a. r épreuve d' un grand nombre d'années, il forçait, pour ainsi dire, ce grand homme h demeurer tausjaurs constam- ment avec luy dans unejerme union.

(C) Il eut le plaisir de voir son frè- re ( 1 4 ) établi juge des Français de Brandebourg ] « Emploi qu'il exerça « encore actuellement avec honneurj » mais qui, tout pénible qu'il est, » ne l'occupe pas assez pour l'empê- )> cher de donner au public, dans » les journaux de Berlin, diverses )» pièces solides et judicieuses, qui » font voir la solidité et la vaste éten- » due de son savoir et de son cru- M dition (i5). » (D) Je parlerai de sa bibliothèque et de sa manière d'étudier. ] Les ri- chesses qu'il accpiit par son mariage l'ayant mis en état de sati.sfaire lit sa passion favorite (16), il aciiepta tous les livres capitaux que l'on peut ap- peler les piliers d'une grande biblio- thèque, tels que sont les Bibles les plus curieuses par l'édition ou par les notes, les différens Dictionnaires, les plus excellens Commentaires des livres de l'Ecriture, les Ouvrages des Pères, les Collections ou Recueils des Conciles, les Histoires Ecclésias- tiques, et divers autres de mêim: na- ture. Il en avait choisi les plus belles Ephesioi esse morte mullandos, quhd tju'nin ctt'itale expellerenl Herinodoriim it'a locutisunt: • Nemo de' nobis unus excellai; sed si qui* n extiterit, alio in loco, et apud alios sic. » Cicero. Tusculan. Quiust., Ub. V, cap. 36.

(12) Disc, sur la Vie de M. Ancillon, pag. g3.

(i3) Collègue de M. Ancillon à Metz.

(i4) tl avait été un fameux avocat a Metz.

(i5j Discours sur la Vie de M. Ancillon, pag- (\G) Il disait quelquefois lui-même qu'il nvnit la IiibliomAnie, la moiadie des livres. Lii luHine, pag. loj.

70 ANGILLON.

éditions (17). Il eitttousjouis la même chose (18), il ne l'a point diminué. Tiinxime h la suite, et en reudnlt do En effect, on a i^u jusqu'à présent peu bonites raisons: le rccit en seroit un d'aulheui s pareils, à cet égard, au car- peu long; mais voicy, en peu de mots, dmal du Perron, qui, comme lujr, n'ayt quelle en est au moins la substance, épargne ni peine, ni soin, ni dépense Il disait qu'il est certain que moins poui ses ombrages; qui tes aj-lj'ait tous- Iss yeux ont de peine à lire un ou- jours imprimer deux fois; la premiè- i/rage, plus l'esprit a de liberté pour re, pour en distribuer seulement quel' en juger. Que comme on y l'oit plus qua, copies à des amis particuliers *, clair, et qu'on en remarque mieux les sur lesquelles ils pussent Jaire leurs grâces et les défauts lorsqu'il est im- obseri'alions; la seconde, pour les don- primé que lorsqu'il est écrit 'a la main, ner au public dans la dernière forma on Y foit aussi plus clair quanti il est dans laquelle il avoit résolu de les imprimé en beau caractère et sur du mettre, et qui, afin qu'ils ne fussent beau papier, que quand il l'est sur pas dii'ulgués contre son gré de cette du filain et en maui'nis caractères, première manière, n'y ait fait trauail- ^4près afoir ainsi fait un bon fonde- 1er que dans sa propre maison, oii il ment île bibliothèque, il l'a augmen- afoit une intprimerie exprès, té de tous les bons li^'res importuns La bibliothèque de M. Ancillon quionl paru successii'cment a lasuile. était « très-curieuse et très -grande, // ai'oii le plaisir de la noufeauté, car ), et il l'augmentoit tons les jours de ses amis de Paris, de Hollande, d'jin- j, tout ce qui paroissoit de nouveau gieterre, d'Allemagne, de Suisse et j, et d'important dans la république de Genève, ai'ec lesquels il entrete- >, des lettres: de sorte qu'enfin elle noit une exacte correspondance, les „ estoit devenue une des plus belles lui eni^qyoient dès qu'ils estaient ex- „ qui fût entre les mains d'aucun par- pose* en l'ente. Le sentiment de ceux « ticulier du royaume. Les étrangers qui disent que les premières éditions •„ curieux ne manquoient pas de la sont les moindres, parce cfu elles ne ■,, voir en passant par la ville de Metz,