servent qu'a mettre au net les oui^ra- „ comme ce qui y estoit de plus ra- ges des auteurs, ne remportaient pas „ jg (19). « Dès qu'il vit le catalogue sur sa curiosité. Il savoit bien que le dg^ Hures prétendus hérétiques, fait célèbre M. Ménage, doyen de Saint- par l'archevêque de Paris, l'an i685, Pierre d''. Angers, parlant à M. Du i\ mit à part tous les livres dont la Puy, dans lÉpître Dédicatoire de ses suppression fut ordonnée (20) j et ils Origines de la Langue Françoise, luy o/iî fait depuis sa bibliothèque dans dit qu il a autrefois appris de luy que les pays étrangers (ai); la sienne M. Loysel, célèbre adi'ocat au parle- ayant esté comme abandonnée au pilla- ment 'le Paris, av'oit accoutumé de gg ^ ap'-ès la révocation de l'édict de dire des premières éditions qu'elles ne JYantes, il ne luy en fût resté aucun, sentaient qu'à mettre au net les ou- gi ceux-là, qu'il avoit caches, n'eus- urages des autheurs; que cet homme ^ent este à coui^ert de l'ai>idité ai'ec lajudicieux disait cela ai'ec beaucoup quelle on enleva les autres...Il y de fraysemhlance de toutes sortes de avait long-temps que les moines et les livres; mais que c'est une vérité plus ecclésiastiques de Metz et des villes siire et plus constante à l'égard des circonvoisines convoitaient la biblio- dictio maires, qu'à l'égard de toutes théque de M../ancillon (22). Son dé- autres sortes de livres. Il scavoit bien que d'autres estimaient qu'on ne doit considérer les premières éditions des li'res que comme des essays informes que ceux qui en sont autheurs propo- sent aux personnes de lettres, poar en apprendre les scntimens. Mais tout ce- la n'cmpéchoit pas qu'il n'eût le mesme empressement; et l' événement luy ayant fait voir ensuite qu'il risquait peu de (17) Disc, «ur la Vie Je M. Ancilloa, po»'. 77.
(18) Voyez ci-dessoim citation (sp).
* Leclerc traite cela (le vieille fable. Le car- dinal «lu Peiron ccpendaut ne pouvait-il pas taire ce que Bossuet a fait pour son Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique ( Voyez le Manuel du libraire, par M. Brunel, au mot Bossuet), cl ce que, de nos jours, M. de Chateaubriand a fait pour 1rs Martyrs?
(19) Discours sur la Vie de M. Ancilloa, (20) La même, pag. iiS.
(23) Là même, pag. S'il.
ANCILLON.
m part forcé et précipité leur fournil un s'ils devenaient la proio des flammes; ijenu prétexta pour se l'approprier; mais, sans une grâce particulière de quelques-uns proposèrent de l'achepter Dieu, elle ne peut digérer ([u'ils soient en gros, et d'autres demandèrent qu'im le butin d'un injuste possesseur, à la rendît en détail; mais les uns ni qui ils ne coûtent que la peine de lej les autres n'ai'oient point intention d"" en faire transporter chez lui. Le triumdélifrer le prix; ils ne cheixhoient virât, qui dépossédait de leurs terres que les moyens de s'en emparer. L'ex- ceux qui les avaient cultivées toute pédient des derniers fut suiui, comme leur vie, et qui les donnait à des gens plus propre afa-'oriscr cet injuste des- qui n'avaient rien contribué à les metsein. Une foule d'ecclésiastiques de tous ordres i^int fondre de toutes parts sur cette belle et riche bibliothèque, qui ayoit esté composée ai'ec plaisir et avec choix pendant quarante ans, et qui ne consistait qu'en lii^res rares et dignes de la curiosité des plus sat^ans hommes. Ils en firent des tas ou des monceaux, et donnèrent quelqu argent en sortant a une jeune fille de douze ou treize ans, qui les regardoit, afin qu'ils pussent dire qu'ils en auoient payé le prix, M. Ancillon vit ainsi dissiper ce précieux amas qu'il avoit fait, et dans lequel il avoit placé son inclination et, pour ainsi dire, son propre cœur. Notez que la perte de cette bibliothèque entraîna celle d'une infinité de lettres que l'on voulait pu- blier (23), et que M. Ancillon avait reçues de quantité d'habiles gens. On destinait principalement à cet usage celles que M. Daillé, son intime ami (2J), lui avait écrites. Quel dom- mage!
Gela peut fournir plusieurs sujets de méditations; car n'est-ce pas une chose bien lugubre que de voir qu'il ne faut, o- „,•...uir.i > qu un lour pour detaire ce qui a ete,, i -i. «i. 'j ••. - r.
" ■> '...T. lorsqu on doit être réduit a laposlrotre en bon état, ne causait point une douleur aussi sensible que l'a été celle des savausqui ont vu dissiper leurs bi- bliothèques, et tomber entre les mains d'un persécuteur digne de haine s'il agissait contre sa conscience, digne de pitié si sa fausse dévotion lui per- suadait que c'était rendre un service à Dieu.
Impiii.t hœc iam culla novnlia miles habebil? Barbarus has se^eles (îS)?
di.^aient ces bonnes gens d'Italie, qui se voyaient obligés de céder leur pa- trimoine aux soldats des triumvirs: Kti tjueit conrevimus n^ros î Insère nunc, Melibme, jtjros, porte ordme Vivi pervenimus, advenu nosiri, {Quoil nunquatn veriti surnus), ut possessor agelli Dicerel: Hœc measunl, veleres migrate co- M. Ancillon et plusieurs autrfs ont pu adapter à leur fortune la plupart de ces expressions. 11 vaudrait peut- être mieux n'aimer rien que de metfait avec mille soins, mille peines et mille dépenses pendant plusieurs an- nées? N'est-ce pas un sort déplorable que d'être exposé à perdre dans un moment ce que l'on avait acquis à la longue, pardes voies innocentes, et que Ton s'était préparé comme une source continuelle et perpétuelle d'un plaisir très- légitime, et d'une instruction honnêtePSe voir séparé tout d'un coup d'une infinité de volumes que l'on avait rassemblés si soigneusement, et dont on faisait ses délices, n'est-ce pas une dure et cruelle fatalité? Notre nature se consolerait plus aisément (43) Discours sur la Vie de M. Ancillon, (24) Ils ne se donnaient, au lieu des titres ordinaires de monsieur, que celui de mon cher Attlciis. Là mime.
pher ainsi: Nuper sollicilum quce mihi tœdium, Nunc desideriwn, curaque non levis (28).
Mais perdons, s'il est possible, le sou- venir de la malheureuse et funeste l'é- vocation de l'édit de Nantes, qui a été accompagnée de tant d'injustices. Jetons plutôt la vue sur des objets qui n'excitent pas le tumulte des passions. Louez avec moi le bon goftt de cet ha- bile théologien. Il voulait la première édition des livres, quoiqu'il y eût beaucoup d'apparence qu'on les réim- primerait avec des augmentations et (28; Horat. Od. XI r, Ult I, vs. 17.
ANCILLON.
avec des corrections (29). C'est l'en- tendre cela: c'est ce que l'on peut nommer amour des livres, avidité d'instruction ^ mais ceux qui atten- dent tranquillement à acheter un ou- vrage qu'il ait été réimprimé, font bien paraître qu'ils sont résignés à leur ignorance, et qu'ils aiment mieux l'épargne de quelques pistoles, que l'acquisition de la doctrine. Je parle de ceux, et le nombre en est fort grand, qui sont, d'un côté, pei'suadés qu'un livre nouveau leur apprendra mille choses, et qui d'ailleurs, ayant le moyen de l'acheter, dillèrent pour- tant cet achat, parce qu'ils ont ouï dire qu'il se fera ou de meilleures édi- tions, ou de moins chèreSo On ne saurait assez blâmer cette patience: c'est un morne et froid acquiescement à la privation du savoir. M. Bigot me ouvrages du père Anselme; mais pour- tant il ne les achetait pas: il se ré- servait pour la seconde édition, qui n'est jamais venue, et apparemment cet homme est mort sans avoir pu sa- tisfaire sa curiosité. M. Bigot lui re- présenta plus d'une fois qu'il vaut beaucoup mieux avoir les deux édi- tions d'un livre, que se priver du profit que la lecture de la première peut apporter, et qu'on juge mal du prix des choses, si l'on préfère trois ou quatre écus à ce profit-là. Ceux qui peuvent faire quelque dépense ne sau- raient être mieux conseillés que de se pourvoir des premières éditions. J'avoue que celles qu'on fait dans les pays étrangers ne coûtent pas tant: mais sont-elles bien fidèles? n'y chan- ge-t-on rien? n'y ajoute -t- on rien? L'abbé de la Roque ne s'est-il pas plaint publiquement (3o) que les imprimeurs de Hollande avaient corrompu son li- vre? On m'a assuré, depuis peu de jours, que l'histoire de Davila et celle de Strada, imprimées dans les Pays- Bas, no sont point conformes aux édi- tions d'Italie, les libraires de Flandre ayant supprimé ou altéré cfrlaines choses, par complaisance pour des (29) // trouva souvent que celle apparence fut sait < ejjei. Voyez ci-dessus citation (i8j.
(30) Dnns une préface de son Journal «les S.ivans. Vojez aussi la remarque (F) de l'article PtLLissoN, vers tajin.
familles illustres. On me dira que l'au- teur corrige des fautes dans la seconde édition: j'en conviens; mais ce ne sont pas toujours des fautes réelles: ce sont des changemens qu'il sacrifie à des raisons de prudence, à son re- pos, à l'injustice de ses censeurs trop puissans. La seconde édition que Mé- zerai fit de son abrégé chronologique est plus correcte; il en ôta des faus- setés; mais il en ôta aussi des vérités qui avaient déplu; et c'est pourquoi les curieux s'empressent à trouver l'é- dition in-4°, qui est la première, et la paient un gros prix. Je ne dis rien du profit que l'on peut faire en com- parant les éditions. 11 est si grand, lorsqiie c'est im habile homme qui a exactement revu son ouvrage, qu'il mérite que l'on garde son coup d'essai. Tout ceci vous fera comprendre que M. Ancillon s'entendait bien en bi- bliothèque.
Parlons maintenant de sa méthode d'étudier. // ne perdoil aucun moment en des études vaines et inutiles. Il li- sait, à la vérité, toutes sortes de li- vres, même les anciens et les nouveaux romans. Il n'y en avait aucun, dont il ne crût qtCon pouvait faire quelque projit: il disait souvent ces paroles qu'on attribue a. P^'irgile: aurum ex slercore Ennii colligo(3i). On trouve, disoit-il aussi quelquefois, dans cer- tains auteurs négligés, des choses sin- gulières qu'on ne trouve point ail- leurs; et ne fût-ce que du style, on y trouve toujours quelque chose à pren- dre. Mais il ne s'y appliquait pas, il ne s'attachait proprement qu'aux ou- vrages importons, qu'aux choses sé- rieuies // mettotl une immense dif- férence entre la lecture des livres qu'il ne voyait, comme luy-même le disait, que pour ne rien ignorer, et la lecture de ceux qui estaient utiles a sa pro- fession. Il ne lisait les uns qu'une seule fais, et en courait, perfunctoriè, et comme dit le proverbe latin, sicut canis ad Nilum bibenset fugiens; mais il lisait les autres avec soin et avec ap- plication. Il les Usait plusieurs fais; la première, disoit-il, ne servait qu'à luy donner une idée générale du sujet, et la seconde luy en faisait remarquer les beautez. Les indices, que d'autres (3j) DiscBurs 8ur la Vie Ue M. Ancillon, ANCILLON. r3 grands hommes ont appelles l'âme des cette matnèred' étudier qu'ilpratiquoil. livres, luy estaient entièrentent inuti- Comme il lisnil beaucoup, il trouvait les, parce qu'il les lisait avec assez beaucoup de choses dignes de remar- d'application et assez souvent pour que; et quoy qu'il eut une mémoire posséder un owrage, et que d'ailleurs admirable, il avait des livres dans il avait une mémoire fart Jidèle, et en lesquels il recueillait ce qu'il trouvait particulier une mémoire locale très- de plus considérable. Il scavoit bien commode aux gens de lettres. Il les qu'un Govean, par exemple, qui ne lisait exactement; et jusqu'au titre, au voulait pas même qu'il y eût d'écri- nom de P imprimeur, au lieu et a Van- taire dans la chambre oit il étudiait; née de V impression, tout avait a son qu'un Saumaise, qu'un 3/éna^e, et avis son usage. Il barrait les livres en que plusieurs autres grands hommes, les lisant, et mettait a la marge des ont condamné les collections; que renvoys a d'autres autheurs, qui bien loin qu'Us ayent considéré ces avaient traité les mêmes matières, au recueils comme des aydes qui saula- qui avaient dit des choses qui se rap- gent les gens, et qui facilitent l'acquiparlaient a celles qu'il lisait..., (Sa), sition des sciences, ils les ont au can- II changeait quelquefois de lecture, traire regardés comme des obstacles et ce changement luy tenait lieu de re- qui interrampent le cours de la lecture pas {*). Il ne s'occupait pas toujours à et de la méditation, et qui enfant lire des livres d'un bout à l'autre; il perdre infailliblement le fruict: mais étudiait quelquefois des matières a '' estimait que, comme, par un mal- Jand; étalon, il consultait les au- heur attaché au siècle dans lequel nous theurs qui les avaient traitées. Il voyait fi^'ons, il ne suffît pas de scavoir a souvent la même chose dans différens plein fond les choses, leurs résolutions^ ouvrages; mais cela ne le dégoûtoit et les fandemens de toutes leurs rai- pas au contraire, il disait que c'es- ^ons, si an n'allègue des authoritez, toit comme autant de nouvelles cou- et si on ne cite des textes exprès, il ches de couleurs qui formaient l'idée estait nécessaire d'avoir un livre qui qu'il avait conçue, qui la mettaient fdl- comme une veine, ou un filet d'eau, dans une entière perfection. La mul- 9'*' conduisît sûrement a la source, titurle d'autheurs qu'il consultait es- '^ autant plus qu'ayant a parler en tait cause qu'on voyait ordinairement public devant certaines gens, qui es- une grande table, qui estait au milieu de toient plutôt ses espions que ses au- sachambre,et sur laquelle il travaillait, diteurs, et qui luy demandaient sou- toute chargée de livres la pluspnrt ou- ^enl des authoritez et des preuves de verts (33). Le célèbre Fra-Paolo, ce qu'il avait avancé; il estait en dont je viens de parler, est adioit aussi quelque sorte nécessaire qu'il eût un de celte manière: il ne discontinuait répertoire qui soulageât sa mémoire, pas, comme nous l'apprend l'exact et el qui le dispensât de chercher long- fidèle aittheiir de sa f^ie, jusques h lemps ce dont il pouvait avoir besoin, ce qu'il eût tout vu; c'est-a dire, jus- selon les différentes conjonctures où il ques à ce qu'il eût fait la confronta- *^ trouvait. Voilà des choses, ce me tion des autheurs, des lieux, des semble, dotU plusieurs lecteurs pour- temps, et des opinions: à quoy il s'a- ^'oat tirer du profit. Nous parlerons piniâlroil, pour n'avoir plus d'acca- ci-dessus (34) de son assiduité à l'e- sian de douter, et de repenser a une tude.
même chose; et pour pouvoir prendre (E) Les livres qu'il a donnés au parti, et s'assurer a cette seule fais, public. ] 11 Gt imprimer à vSedan un autant qu'an le pouvait naturellement, volume in-4°., en l'année lôS^, dans Cestoit ainsi que M. Ancillan étu- lequel toute la matière des traditions ilioit quelquefois, et on luy a entendu est amplement et solidement examisouvent rendre les mêmes raisons de née (35). C'est la Relation fidèle de tout ce qui s'était passe dans la confe- (3ï) Là même, pag- 109. rencc qu'il avait eue avecM. de Bedae'ioiç. (34) Dans la remarque (V).
(33) Discours rur la Vie Je M. AaciUoo, (35) Discours sur la Vie Je M. Ancilloii, img. m. pag. ïiS.
•74 ANCILLON.
cier, docteur Je Sorbonne, éi'cque M. Ancillon de n'y pas répondre, tî'Auguiie, et siijfragant de M. lé- comme il l'avait entrepris: ils dirent téque c/e Metz (36j. 11 avait dispute avec lui, en présence de plusieurs personnes, premièreraent dans sa maison (Sy), et ensuite devant une Tous les articles furent rédiges par écrit, et signés. Il soutint cette grande qffhire ai^ec luniieur, et la finit ai'ec succès. Après at^oir répondu ai^'ec or- dre et avec méthode a toutes les ob- jections qui tuy Jurpnt faites, il re- présenta que c'estoit à son tour à pro- poser aussi ses argumens; mais comme il ai'oil donne des coups mortels à l'er- reur par ses réponses, on craignit quil ne la détruisit entièrement, si on luy donnait la liberté d'établir ta i^e- rilé, comme il le pretcndoit. iVl.de Hedacierpiit le parti de se scparef; et, peur coui'rir le motif de sa conduite, il dit qu'il uafoil mieux contester à la suite par écrit, que de fiée i^oix. On demeura d'accord pourtant, qu'on ne feroil point imprimer de part ni d'au- tre les actes de celte conférence ( Sq ). Il y eut néanmoins uu moine qui s'avisa d'en faire imprimer de faux que lui, et son livre, estaient trop au dessus de ces écrivains du com- mun, pour se commettre avec eux (44) • Dès que la Méthode du cardinal de Kichelicu parut « il y fît une ample w et excellente réponse: mais il sçiit » que M. Martel, professeur à Mon- )) taliban, en avoit fait une, quiestoit j' sur le point de paroître, et que >' M. Claude, qui avoit eu le même « dessein, s'estoit abstenu de l'exécu- « ter, par la même raison, comme y on le voit présentement par sa Let- » tre III du recueil de sis Lettres, J> dans le tome V de ses OEuvres » posthumes. 11 supprima donc ce >' qu'il avoit fait, et il n'en a esté » mis au jour que quelques cahiers, )> qui contenoient la Réponse au « chapitre VI de cette Méthode 5 ou « plutôt, à propi-ement parler, une 1) Apologie de Luther, de Zuingle, )» de Calvin, et de Bèze ■■ aussi leur a- » t-on donné ce titre dans l'édition « qui en a esté faite à Hanau, en l'an- " née 1666. M. Ancillon avoit fait la » f-^ie de Guillaume Farel; ou l' Idée actes (4o), et dont V impudence fut si " du fulelle Ministre de Christ. Le outrée, que quoy que M. Ancillon eût remporté de ce combat un hon- neur éclatant, il entreprit de persua- der au public qu'il avoit esté funeste, et a sa personne, et 'a son parti, et qu'il avoit esté vaincu sans ressource (4i)- ^t' fut ce qui obligea M. Ancil- lon à rendre public l'ouvrage dont j'ai parlé. M. Holtingcr le loue beau- coup, au chapitre VI du II1«. livre de son Bihliothecarius qundripartilus (42). Le père Clivier, minime et pro- vincial de son ordre, voulut entre- prendre de réfuter cet ouvrage. Il fît un livre dans ce dessein, qui avoit pour titre: le Fort des Traditions ab- battu par les Maximes de M. David Ancillon. D'autres firent quelques sa- tires: mais tous ces libelles eurent un sort malheureux (43). Les catholiques romains eux - mêmes conseillèrent à (3f>) Discours sur la Vie de M. Ancillon (iij) Lit même, pa^. 214. (43) Là même.
« célèbre M. Conrart, quiestoit ua " de ses intimes amis, l'avoit lu et « approuvé, et avoit rais de sa propre 5> main quelques remarquas à la mar- " ge du manuscrit. C'estoit un ou- J' vrage digne de paroître au jour; » cependant il n'y a pas eu moyen de "l'y faire consentir j et son refusa " esté cause qu'on en a tiré une co- " pie pleines de fautes, qui est tombée J) entre les mains d'un libraire de Hol- » lande, qui, sur la réputation de » l'autheur, l'a mise sous la presse. On M a esté surpris de voir une édition » aussi diilorme qu'est celle-là: et si » un jour on fait imprimer le même îi- M vre, surla copie reveue par M.Coii- )) rart, dont je viens de parler, on )) verra que cette pièce est si mutilée, » qu'elle n'est pas reconnoissable. » Quoy que M. Ancillon eiU expliqué » plusieurs livres entiers de l'Ecri- )) ture Sainte, et qu'il eût écrit tous » ses Sermons, on n'a pu jamais le )) portera en faire imprimer (45).
w Tout ce (ju'on a de luy en ce genre (44) I-à même, pag. aîi.
ANCILLON, T> est un sermon qu'il prononça à » Metz, dans un jour de jeûne. Son M consistoire usa de quelque authorite » sur luy, pour le luy arracher des " mains, et le fit imprimer à Paris, occupations mondaines n'est pas le moindre des motifs de ces excellentes constitutions; mais je ne croi pas qu'elles soient les seules considérations qui y ont donné lieu. L'expérience a i> en l'année 1676 Ce sermon fut fait fait noir que les intrigues du monde, i> sur les versets 18 et 19 du chapitre le tracas des affaires, et l'andnlion de » III de rÉpître de saint Paul aux Phi- faire sa cour auprès des grands, sont u lippiens, et il a pour titre Les Lar- trois écueils qui leur ont Vnisjours esté, » mu* </e5aj/i£ f au/. Il a enfin une ex- et qui leur seront toujours funestes.
» cellente Réponse a i Avertissement » Pastoral, aux Lettres circulaires, 1' et aux Méthodes, que le Clergé ad- i> dressa aux reformez de France en » Tannée 1682 j mais il la tint cachée » dans son cabinet, jusqu'à ce (jue ^' des personnes de considération « l'ayant obligé de la mettre au jour, « il l'envoya à M. Turretin, pro- » fesseur en théologie à Genève, qui J' estoit son ancien aray, avec liberté »* d'en disposer comme il le trouve- •» roit à propos: mais la copie qu'il a ils quittent insensiblement cette sim- plicité apostolique, qui doit être un de leurs principaux ornemcns. Ils apprennent les maximes du siècle: ils s'accoutument a ses subiildez, a ses souplesses, et à ses artifices; et ils les pratiquent ensuite insensiblement eux- mdmes {^"j'j. Le ministre, dont je par- le, évita tous ces écueils: il aima Té- tude, le repos, la retraite; il ne s'em- barrassa f)oint du tracas du monde (48). Il fut établi, par les loix du païs, et malgré lui, tuteur de son » envoyée a esté apparemment éga- frère et de sa sœur; axais il laissa l'ad- ^ rée: car on n'en a plus entendu par ^> 1er. M. Ancillon avoit si peu d'era- " prcssement pour ses ouvrages, qu'il ') ne s'en est pas même informé. Ce- ^' pendantc'est de cette réponse, qu'on » espéroit de voir, dont il est parlé » dans la préface d'un livre solide et » judicieux, qui a pour titre Examen » des Méthodes, etc., dans l'endroit » où il est dit qu'o« uerrapnroître une M Réponse faite par un habile homme (F) Il était occupé uniquement des fondions de son ministère. ] Ceux qui se consacrent à la charge de pas- teur des âmes, ont besoin de tout leur temps pour étudier, pour traînailler, et pour en remplir dignement tes de- i>oirs: et c'est sans doute pour cette raison que le sixième des Canons qu on nomme A postoliqucs porte qii au- cun éwéque, prêtre, ou diacre, n'ayt h s'occuper des nfaires séculières, ni à s'ingérer dans aucune charge pu- blique; et que le sixième des Canons d'Âffrique défend aux personnes de ce caractère de prendre la charge des affaires ni des procès des autres. La perte du temps qu'on emploj e h ces (46) Discours sur la Vie de M. Ancillon, * Joly reproche à Bayle tle passer sous silence une pièce de dix vers latins que Ancillon le lils a cepend.int mentionnée » et qui est sur la mort de M. Battier, professeur en dxolt à Bàle.
ministralion des biens et des araires à son frère, qui estoit des-j'a, quoique mineur, un très-habile homme de sorte que la tutelle estant jinie par la majorité des pupilles, le mineur rendu compte a son tuteur, et le tu- teur ensuite le rendit, pour la forma- lité seulement, à ses mineurs, de la mesriie manière qu'on le luy ai^oit ren- du; tout au contraire de ce qui est d'u- sage ordinaire, naturel et commun. Il ne se méloit absolument, et a la lettre, d' aucune affaire du monde. Comme un véritable anachorète, il estait hors du commerce des homrnes, et ne songeoit qu'il Dieu et a son Eglise (49)- H ai^oit une bibliothèque très-curieuse et très- grande On estoit sdr de Cy troui^er tousjours (5o). Il ne sorloit de son logis que pour aller au temple, ou pour aller Jatre ailleurs quelques fonc- tions de sa charge. Il ne quittait ses lii-'rcs que pour cela; et, comme si les jours n'eussent point esté assez longs, il passait une partie des nuits dans la méditation, ou dans l'étude. Quoy quil eilt plusieurs maisons de campagne, et qu'on luy en eiit achep- té aux eni'irons de la fille, et fort près, afin de l'engager plus facilement a y aller passer quelques jours, ou au- (50) Lk utémt, pag. lo'i.
ANCILLON.
nmins quelques heures, il n'y a jamais eumoyendel'yi'oirptusde trois ouqun- trefois pendant trente-deux ans qu'il a exercé son ministère à Metz. Il es- toit sans cesse tranquillement dans sa chambre, insensible à la jalousie qui Jait passer tant de mauvais ninmens aux autres hnmnies. Il i^u^oit ainsi pai- siblement chez luy, se mettant peu en peine du crédit qu'on acquiert par de Jréquentes (visites, par des soins Jati- gans, et par de grandes mesures qu'on garde ai'ec exactitude.
C'est là le modèle sur quoi tous les ministres de l'Evangile devraient se régler. Ils ont tous choisi la bonne part comme Marie (5 1 )\ mais quelques- uns ne laissent pas d'imiter Marthe, qui se souciait et se tourmentait de beaucoup de choses (52). Ils se mê- lent d'affaires d'état, ils se fourrent dans les intrigues de ville, ils s'em- pressent de savoir toutes sortes de nouvelles, ils en trafiquent, ils en font leur cour. Ils se hasardent même quelquefois à suggérer des conseils de guerre et de négociation, et ne se re- butent pas du mépris que l'on témoi- gne adroitement pour leurs fausses vues. On les voit souventdans lesanti- chambres des puissances; ils y atten- dent impatiemment l'occasion d'être introduits. Ce n'estpas pour des affaires de conscience: c'est pour demander mille faveurs; c'est pour recommander leurs enfans, leurs parens, leurs amis, par rapport à des emplois honorables et profitables. Ils savent à point nom- mé lorsqu'une charge est vacante, et ils font en sorte qu'elle soit remplie à leur recommandation. On les loue- rait, si leur crédit n'était employé qu'à faire donner du pain à ceux qui en manquent; mais ils l'emploient principalement en faveur de ceux qui sont déjà riches: gens qui n'oseraient recourir à leurs sollicitations, s'ils les croyaient de véritables ministres de Jésus-Christ; car, en ce cas -là, ils s'attendraient à une censure, ils crain- draient qu'on ne leur cit.1t l'ordre de saint Paul, que pourvu que nous ayons la nourriture et de quoi être vêtus, cela nous doit suffire (53). Ce n'est (5i) Evang. de sninl I.uc, chap. X, vs. t\i..
(53) Dans la V". Epiire à Timolliée, ehap.
point le devoir d'un pasteur, de pro- curer à ses brebis un plus fort atta- chement aux biens de la terre; il doit plutôt les en détacher, et combattre leur cupidité et leur ambition; et il le ferait sans doute, s'il était lui-même dégagé des soins rongeans de la vaine gloire: mais, comme les besoins de ses passions demandent que les char- ges d'une ville soient entre les mains de gens qui lui en aient l'obliga- tion, et qui, ou par reconnaissance, ou par l'espérance de nouvelles grin- ces, soient toujours prêts à le servir, il se donne tous les mouvemens pos- sibles pour les élever; il applauclit à leurs vues ambitieuses; et, afin de se maintenir dans ce manège, il est obligé de s'intriguer, et d'avoir par- tout des émissaires. Un tel homme aurait besoin de la menace que l'on emploie quelquefois contre les évê- ques qui violent les canons de la rési- dence, et ne songe guère que son em- ploi est d'une telle nature, que toutes les forces humaines y suilisent malai- sément. Ceux qui songent bien à cela, imitent M. Ancillon, et ne donnent pas tant de temps à des visites inté- ressées: Fontmque vital, et xuperba civiun PoleiUiorum liinina (54).
Notez que ceux qui n'imitent pas sa conduite s'emploient aussi quelquefois en faveur de quelques personnes qui ne sont pas à leur aise; mais si vous y prenez garde, vous trouverez que ces personnes sont ce qu'on appelle gens de service, propres à tout, et fort enclins à consacrer tout leur loi- sir aux passions du protecteur qui le leur a procuré. Ils en font leur Dieu: Deus nobis hœc otin fecit: Namque eril iile inihi seinper Deus; itlius Sœpè lener nostris ah ovilibus agnus (55).
Ils se reconnaissent ses créatures, et remplissent les devoirs de ce mot-là. (G) Il ne tenait point sa maison ou- verte aux délateurs, et aux noui'ellis- te*.] « Il n'aymoit point les rapports, )) ni les rapporteurs, et tenoil pour )) maxime, qu'on ne pouvoil pas y ad- )) jouter beaucoup de foi; disantqu'uu » rapport n'estoit jamai si pur, ni si (54) Ilorat (55) Virgil Epod. Od. //, vs Eclog. /, Cf. (i.
ANCRE. ANDLO.