SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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Puisqu'on demeure d'accord que Jean André eut un bâtard, ce récit estquant au fond assez vraisemblable, et ce fut peut-être avec la mère de Banicontius que sa femme le trouva; si cela était, on le pourrait mettre dant la liste du Ménagiana (6).

(C) Il envoyait sa fille faire leçon en sa place. ] Je n'ai trouvé ce fait, ni dans Forsterus, ni dans Panzirole, ni dans ftl. Doujat ^ mais dans la Cité des Dames de Christine de Pise. Ce livi'e fut imprimé à Paris, J'an i536, et avait été composé sous le règne de Charles V I. Ecoutons parler cette Ciu isline en son vieux gaulois: Pa- reillement, à parler de plus nouveaux tems, sans querre les anciennes his- toires, Jehan Andry, solemnel légiste à Bologne la Grasse, n'a mie soixan- te ans, nestoit pas d'opinion que mal just que femmes fussent lettrées, (^uant à sa belle et bonne fille, que il tant ama, qui ot nom Nouvelle, fit apprendre lettres, et si avant es lois, que quand il estoit occupé d'aucune essoiiie, pourquoi il ne pouvait vac- * " Ceci, dit Ledncbat, a été exprimé pins ■ crûment dans la XVll^. des Cent nouvelles .. nouvelles, qui contient la même aventure du .. docteur J. André,.'ous le nom d'un président » de la iliambre des comptes de Pari*. - ((j) Vvjez la retnarijue fE) de l'article 84 ANDRÉ qutr a lire les leçons à ses escholiers, il ein>oyoit JVoui^elle sa fille en son lieu lire aux escholes en chayere; et afin 4jue la biaulé d'elle n'empescheast la pensée des oyans, elle avoit une pe- tite courtine au devant d'elle: et par celle manière suppléait et allegeoit au- cunes Jois les occupations de son père, lequel l'ama tant, que pour mettre le nota d'elle en mémoire, fil une notable lecture d'un lii>re de lois que il nomma du nom de sa fille la IVouvelle ("j). 11 est étrange qu'une chose de celte na- ture, si rare, si singulière, ne se trouve pas dans tous les auteurs qui traitent de Jean André, ou du moins dans la plupart j et j'avoue que cela me tient un peu en balance, si je la dois croire ou non. Mais en tout cas ce pourrait être la matière d'un joli problème: on pourrait examiner si cette fille avançait ou si elle retar- dait le profit de ses auditeurs, en leur cacliant son beau visage. 11 y aurait cent choses à dire pour et contre là- dessus. Je crois bien que les écoliers se seraient trop amusés à regarder sa beauté, et que cela leur eût causé des distractions: mais d'ailleurs, on écou- te beaucoup mieux ce qui sort d'une belle bouche, on s'en laisse plus tou- cher, plus persuader; et vous voyez des femmes qui, pour dévorer des yeux un prédicateur qui a bonne mine et bonne grâce, n'en retiennent pas moins ce qu'il dit. Ce qu'im ancien poète remarque de la vertu, qu'elle plaît davantage dans un beau corps (8), se peut dire de la science. Quoi Îu'il en soit, si la fille du professeur ean André mettait un rideau entre elle et ses auditeurs afin que les traits de sa beauté ne blessassent point leur cœur et n'interrompissent point leur attention, elle leur faisait im grand sacrifice dout ils se seraient bien pas- sés. Apparemment ils auraient pris beaucoup de plaisir à la voir; et de son côté elle naurait pas été f;lchée ces savantes qui ont sujet de dire, comme Sappho, 'is fonnam natura negavil, ■lœ damna rependu meœ (g); Si mihi diffici Ingenio for c'est-à-dire, Si je n'ai pas reçu des maint de la nature Un visage bien fai!, Mon esprit assez beau repare avec usure Ce tort qu'elle m'a fait.

Voyez ci-dessous la remarque (Dj.

(D) Son fils naturel Banicontius publia quelques livres. ] C'était le noui de son aïeul. Les livres qu'il publia, sont: De Privilegiis et Immunitale Clericoruni.; de Accusationibus et In- quisitionibus; de Appellationibus. Je tire cela de Panzirole.

(E) Il adopta CaUlerin et lui fit épouser sa fille Nowella. ] L'ancien usage des adoptions n'aurait point souflert un tel mariage (lo); et peut- être ne faut-il entendre autre chose par l'adoption de Calderin, si ce n'est que Jean André le fit son gendre. On prétend que Calderin consultait sou- vent sa femme: Is conjugem uelut eru- ditis parentibus ( Milantia femme de Jean André était savante) orlam, pru- dentem nactus, sœpc nb snpicnliam consitlere coiisueverat (ii). Mais s'il faut juger des autres matières sur les- quelles il recourait à cet oracle domes- tique; s'il en faut, dis- je, juger par celle dont Calderin a fait mention, nous n'y verrons rien qui réponde à l'idée que Christine de Pise nous a donnée do Novella: il n'y a guère de femme qui ne puisse passer pour aussi habile que celle-là. Voici le fait: Cal- derin demanda un jour à son épouse, si celui qui a convié à un repas doit envoyer avertir les conviés, quand l'heure de manger est venue? Elle lui répondit, qu'il fallait en user ainsi envers les dames et envers les étran- gers; mais non pas envers les autres, moins que ce ne fussent des persond'ètre vue, si elle n'avait préféré leur nés d'importance. Voyez les railleries profit à sa propre satisfaction. Tout ^'e rrançois Hotman sur^ce sujet, /''e cela est vraisemblable et de l'ordre naturel, puisqu'elle n'était point de (7) Cité des Dames de Christine de Pise part. II, chap. XXX ri.

(S) Craltor et pnlchro vcniens in corpore virtus.

rum enimverb médius fidius, dit -il (10) Oclaviain Claudius antetjuàm îferom traderet, ne sororem is suam ducere viderelur, Claudii et ipsrfilius adoptivus, in aliam fami- liam adoptandam dedtt. Toirentius in Sueto- nium, Claudii, cap. XXXf^, ex Xifhil. et Zonarâ.

(11} Panzirol., IH. III, cap. XXI.

ANDRÉ.

85 (12), nequaquhin inficiandum aut du- ait tant suivi la méthode des Pyrrhobàiindum est qidn mulieres consillum niens; car il a prouvé fort solidement dure possint, quandoquidem ( o dig- son opinion lorsqu'il a voulu le faire • nam histnriani et digito ligandam) mais il la voulu rarement: il a mieux rejert Joh. Calderinus, Canonist. fa- aimé rapporter ce que les autres dimosissimus, quàd semel consuluitsuam saient et laisser ses lecteurs au milieu uxorem, an comii^ator teneatur hoid de la dispute (i4).

prandUmitteieadconuivasuli'eniam, (G) On. lui a donné de pompeux quœsapienter et tanqnam altéra Sibyl- éloges. ] Il est appelé Archidnctor la respondu, ad Jenunas et extranens Decretorum dans l'épitaphe de sa fille esse mitlendum qui se Jacdè non inge- Bntine: on lui donne dans son épifarunt, sednon ad alios, nisi cssent gra fes personœ. Johan. Calderin. in. c. ult. de Renunt. et post eum yEgid. Bell. in. c. quidam col. 3. uers. tertio quœro. eo. ti. et Panormit. in c. ciiin inter unii^ersal. in fin. de elect. et de hoc elirint per Collect. in cap. à crapu- Id, Exl.de vit. et lion, cleric. et Bal.

phe le titre de Bubi dovtorum, Lux, Censor,Normaque morum. On prétend que le pape Boniface VIII le régala de 1 éloge de Lumen mundi (i5).

(H) On l'accuse d'avoir été un insi- gne plagiaire.] La plupart de ses addi- tions an Spéculum de Durant furent prises mot à mot d'un livre d'Oldrade iL. t. « r ij ■ i 1 ua <:; couvert et indique ces larcins, ne put le plus que Laldena se maria avec une „i « k_„ 1 V,'.^ s'empêcher de le nommer voleur insiliUe de Jean André, est de voir qu un „„„,/..,^^,,„/ j-.•••■,- Jean Calderin, qui fit reparer le tom- ^ >. „.',-?...

beau de Jean André l'an i5oi, l'ap pelle son quatrième aïeul, alauum; et qu'il dit qu'un Jean Calderin était son troisième aïeul, abnuus (i3). Je doute que les adoptions de ces derniers siè- cles aient fondé de tels degrés de pa- renté jusqu'à la cinquième généra- tion; et, franchement, je ne crois pas ([ue si la demoiselle de Gournai eût laissé lignée, ses descendans se quali- fiassent aujourd'hui dans une inscrip- tion publique, simplement et absolu- ment, petits-fils ou arrière-petits-fils de Michel de Montaigne noruin laborum fur (77). Cela était d'autant plus inexcusable, que dans :s mêmes additions il découvre et il indique quantité de voleries de Duran t (i8j. On l'accuse, outre cela, d'avoir volé le traité de Sponsalibus ac ISIa- trimoniis, que Jean Anguissola, de Césène, avait composé (19).

(I) Za petitesse excessii'e de sa tailla fîtbienrire les cardinaux.^ On dit que, quelques décrétales étant devenues suspectes de fausseté, l'académie de Bologne députa à Boniface VIII, Jac- ques de Castello, qui était un petit (F) // avait écrit plusieurs livres. ] ^^°^^}^ fo>-J »aid. Il entra, accompa- Son premier ouvrage fut une glose gtie d un grand nombre de personnes .■<ur le n^. Hure des Décrctales. nciiiït «i'"^ j« Consistoire. Le pape lui fit bien jeune quand il le fit, et il le re- ''''^" des honneurs et le croyant a ge- toucha ensuite et l'augmenta. 11 fit """''' i» l"i d't trois fois de suite de aussi des Gloses sur les Clémentines "?. ''^^^'' tfo). Le députe ne savait que et puis un Commentaire sur les Décré- ^""V- ^^'f* • ''*'''' l'onteux. Il y eut un taies, lequel il intitula Nouellœ, par ^«••^'inal ^''^ «^ mit a dire que c était la raison que j'ai rapportée ci-dessus. Il fitunCommentairetn Régulas Sexti, qu'il intitula Mercuriales, ou parce qu'il y avait travaillé les mercredis, ou parce qu'il y avait inséré ses dispu- tes du mercredi. Il augmenta le Spe- / > n 1 j 1 t i 1.

cMturM de Durant, en 1 année 1 347- Je hO. III. cap. xrx. ne parle point de quelques autres trai- tés qu'il publia. C'est dommage qu'il (12) Hotman., adversus Italo-Galliam Matha- lelli, ptig. 214.

(i3) faille Panzirol. Je clar. Leg. lolerprel., Uh. JII, cap. XIX.

qui se mil a dire qi un autre Zachée; ce qui fit rire tout le monde. Bien des gens soutiennent (i4) Idem, ibid. (i^) Idem, ibid. {16) Intitule', Consilia.

cap.

(18) yide Thoruasium, de Plagio litterario, (kj) Panzirol., de clar. Leg. Interp., lit. [II, cap. XIX- Doujntius, Praenotion. Cano- iiicar. pag. 6o4.

bG ANDRÉ.

que ce ne fut point à Casicllo à qui ceci avint; mais à Jean André, hom- me de petite taille et fort laid (11) *.

(21) Panzir., de clar. Leg. Interp., lib. III, cap. XIX.

* Leclerc et Joly, sans citer aucune autorité, affirment an contraire que cela arriva à Caslello et non à André.

ANDRÉ ( Jean ), auteur d'un livre intitulé Confusion de la secte de Mnhumed, était né Jiia- hoinétan, àXativa, au royaume de Valence, et il avait succédé à son père dans la dignité d'aï— faqui de la même ville. Il fut éclairé de la connaissance de Jésus-Christ, en assistant à un sermon, dans la grande église de Valence, le jour de l'Assomp- tion de la Sainte Vierge, l'an 1487 (a). Il demanda le bap- tême, et se souvenant de la vo- cation de saint Jean et de saint André, il obtint qii'oii le nom- merait Jean André. « Ayant re- '< eu les ordres sacrez, dit-il (b), » et d'alfaqui, et esclave de » Lucifer, fait prêtre et minis- » tre de Christ, je cominence, » comme saint Paul, à prescher » et publier le contraire de ce » que i'avoye auparavant faulse- » ment creu et aflirmé, et avec » l'ayde du Seigneur très-hault » je converty premièrement en » ce règne et guidé à la fin du » salut plusieurs âmes d'infidèles » Mores, qui s'en alloyent per- » dre en Enfer sous le pouvoir » de Lucifer. De là, je fus appelé » par les plus catholiques prin— » ces le roy don Fernand et la » royne donne Isabelle, afin » que j'allasse prescher en (ire— (a\ Le prcilicalcur se nommait Marques Adesora.

(ù) Jean André, Pouvparler, ou Préface de sa Conlusiuii de la sccle de Maliuriied, folio 3, verso.

» uade aux Mores de ce royaume, » que leurs altesses avoient con- n quis. Donc par ma prédication » et volonté de Dieu ( qui le vou— » loit ainsi) une tourbe infinie » de Mores, reniant Muharaed, » se convertit à Christ: et peu » après je fu créé chanoine par » leur bénignité, et fu une au- » tre fois appelle par la très— » chrestieune royne donne Isa- » belle, afin que je m'en vinsse » en Arragon, pour m'employer )» en la conversion des Mores de » ces règnes, lesquels au grand » mespris et deshonneur du Sau- » veur crucifié, et au dan et » péril des princes chrestiens, » persévèrent jusques aujour— » d'huy en leur erreur; mais » cette très-saîncte intention de » son altesse, pour la mort qui » la prévint, ne put sortir son » effect. » Il ajoute que, pour ne demeurer oisif, il se mit à traduire cTarabe en langue arra^ gonoise toute la loi des Mo- res, c'est-à-dire, l'Alcoran et ses gloses, et les sept livres de la Suné. Il le fit par le comman- dement de Martin Garcia, eVe- que de Barcelone, et inquisiteur d^ Arragon {c). Ayant achevé cet- te entreprise, il fit l'ouvrage, dont j'ai parlé au commence- ment (A), et qui a été trouvé assez bon (B).

(c) Tiré de la même préface.

(A) JJrtrn>rage (l'^nt j'ai parlé au commencement. ].l'entends le livre qu'il intitula Confusion de la Secte (le Jlfnhumed. Jl contient XII chapi- tiesi. L'autour y a recueilli les fabuleu- ses firtinns, runcqueries, tromperies, beslialtlez, folies, uilenies, inconve- nicns, inipossibililtz, bourdes et con- tradictions de pas à pas, lesquels le pci l'ers et meschant Mahtimed, pour de(-€woir les simples peuples, a laissées semées et esparses es libres de la Secte, et principalement cnl'^lcoran, lequel ainsi qu'il tlict lui fut en une nuit ré- vélé par l'ange en la cité de la Jlcke, combien qu'ailleurs en se contredisant il affermel'ai^oir\composé en l'ingt ans; et ny intitulé l'œwre susdit la Confu- sion delà Secte de Mahumed {\). Il nous apprend (2) qu'il composa cet ouvrage, ajfîn que, non-seulement les sages chrestiens, mais aussi les sim- ples, cognoissans la diuerse croyance des Mores, d'une part se gabent et se moquent de telles insolences et hestia- litez; et d'autre part furent complainte pour leur av'eugli'iseiTient et perdition.

Ce livre publie' premièrement en espagnol, a ete traddit en diverses langues. Je me sers de la traduction française, que Guy le Fèvre de la Pioderie en fit sur Titalien et qu'il pu- blia à Paris, chez Martin le Jeune, (B) Ce lii^re a été troui'é assez bon."] Tous ceux qui écrivent contre les ma- liomëfans le citent beaucoup. Voyez entre autres Hoornbeek dans sa dis- pute de Muhammedismn (3), Hottin- ger dans son Historia Orientalis, et Samuel Scultetdans son Ecclesia Ma- hummedana breciter delineata.

{i) Jean André, dans sa yiréface, folio 4- (2) Là même.

(X) C'est une partie de sa Summa Controver- siarum.

ANDRÉ (Tobie), professeur en histoire et en langue grecque à Groningue, naquit à Braunfels, dans te comté de Solins, le 19 d'aoïit 1604. Son père était ministre du comte de Solins— Braunfels, et inspecteur des églises qui dépendaient de ce comte. Sa mère était fille de Jean Piscator, fameux professeur en théologie à Herborn, dans le comté de Nassau. Il fit ses hu- manités à Herborn, et puis il étudia en philosophie, au même lieu, sous les auspices d'Alste- dius, et de son oncle Piscator («); (a) Fils du pro/esseur en théologie ANDRÉ. 87 après quoi, il s'en alla à Brème, et y séjourna sept ans (A). Il fut im des auditeurs les plus assidus du sieur Gérard de Neuville, médecin et philosophe; et comme il aspirait à la charge d'enseigner publiquement, il s'y prépara par des leçons particulières qu'il fit en philosophie. Il retourna eu son pays, l'an 1628; et, sans y faire beaucoup de séjour, il prit la route de Groningue, attiré par Henri Alting son bon patron. Il fit là pendant quelque temps des leçons particulières sur tou- tes les parties de la philosophie; après quoi, Alting lui donna ses enfans à instruire; et lorsqu'ils n'eurent plus besoin de précep- teur, il lui fit avoir un sem- blable emploi auprès d'un prince palatin, ce qui dura trois ans, qu'il passa en partie à Leide, et en partie à la Haye, à la cour du prince d'Orange. Il fut ap- pelé à Groningue, l'an i634, pour succéder à Janus Gebliar- dus, qui avait exercé la profes- sion en histoire et en langue grecque (b). Il remplit ce poste avec une extrême application à ses fonctions, jusqu'à sa mort, qui arriva le i^ d'octobre 1676 (c). Il avait été bibliothécaire de l'académie, et grand ami de M. Descartes (B); ce qu'il té- moigna, et pendant la vie (C), et depuis la mort de cet illustre philosophe (D). Il fit des livres pour lui, coinnie on le verra dans les remarques. Il avait épousé la fille d'un Suédois (d), illustre entre autres endroits par (/>) Ex-y/itis professer. academiscGrouiug (!■] Wille, Diar. Liograpli. i^d^ Louis de Gecr.

la charité envers ceux qui souf- fraient pour la cause de l'Evan- gile.

(A) // séjourna sept ans à Brème. ] Mon lecteur ferait fort mal de le croi- re, si l'auteur des Vies des professeurs de Groningue n'avait pas été plus exact dans ce calcul qu'à l'égard du temps que Tobie André fut à Ker- born. C'est une cliose étrange, qu'un correcteur d'imprimerie laisse passer de semblables fautes dans l'espace de cinq ou six lignes, lorsque les distrac- tions de l'auteur l'ont empêché de les voir. Vous trouvez dans la vie de no- tre André, qu'il alla à Herborn, l'an CIO 13 cxviij qu'il y étudia cinq ans dans les classes et un an en philo- sophie 5 qu'il continua ces mêmes études à Brème, pendant sept ans; et qu'après cela, ayant été' faire un tour chez lui, il vint à Groningue, l'an ciD ID cxxviii. On n'a rien écrit en chiffres, les fautes étaient apparem- ment dans la copie. Paul Freher a co- pié cela fort bonnement (i) et n'y a point aperçu d'erreur de calcul.

(Bj 11 était grand ami de M, Des- cartes. ] Il le servit de bon cœur dans le procès de Martin Schoockius, pro- fesseur en philosophie à Groningue. Ce professeur se vit poursuivi par M. Descartes en réparation de calom- nies atroces \ car il l'avait accusé publiquement d'athéisme. Quoique M. Descartes n'eût vu qu'une fois en sa vie notre André, il ne laissa point de lui recommander son affaire, l'ayant vu plein de bonne volonté en son endroit. M. de la Thuillerie, am- bassadeur de France, et les amis de M. Descartes, agirent d'un côté: les ennemis que Voetius avait à Gronin- gue agirent de l'autre (2); et par ce moyen M. Descartes obtint jusiire. Son accusateur le reconnut innocent (3)^ mais il en fut quitte pour cet aveu, ce qui était une indulgence scandaleuse et de très-mauvais exem- ple; car si on lui avait fait subir la peine du talion, comme il en était (i) Dans son Thralrum Viroram illustrium, l'a^ T'd condamnation de Schoocfdus retom- bait par coiUrr-coup sur yoelius.

(3) Voyez la Vie de M. Dcscartcis, par lU. R.TJIIet, (ont. II, pag. 252, et seq. ad RÉ.

très-digne, on aurait un peu réfréné l'audace de ces plumes séditieuses, qui accusent si facilement et si témé- rairement d'athéisme tant d'honnêtes gens. M. Descartes écrivit le -26 de mai 1645 au sieur Tobie yindré, pour le remercier en son particulier de ses bons ojffices, et pour le prier de présenter en son nom ses très-humbles actions de grâces aux juges. F'oyant qu'on avait traité fort doucement son adi^ersair^, quoique punissable de la peine des ca- lomniateurs...il ne laissa point de re- connaître que les juges lui m'aient don- né toute la satisfaction qu'il auait sou- haité et qu'il pouvait légitimement prétendre, a Car, dit-il {^)afi.x inagis- » trats d' Utrecht, les particuliers n'ont » aucun droit de demander le sang ou w l'honneur, ou les biens de leurs en- M nemis. C'est assez qu'on les mette » hors d'intérêt autant qu'il est pos- » sible aux juges. Le reste ne les tou- » che point: mais seulement le pu- ■» blic. « Le texte de ma remarque ra'obligeant de toute nécessité à par- ler des bons offices rendus à M. Des- cartes par Tobie André, j'ai cru que mon lecteur serait bien aise, sans changer de page, de savoir en gros l'issue de ce procès.

(C) Il témoigna son amitié pour M. Descartes pendant sa vie, etc. ] On en vient de voir une preuve. Ajou- tons qu'il était le fauteur des disciples de M. Descartes, et qu'il lui attirait au- tant de sectateurs qu'il pouvait. Ce fut par ses conseils que Clauberge de- vint cartésien (5) j et ce fut une con- quête glorieuse et utile à tout le parti.

(D)...et depuis la mort de cet illustre philosophe. 3 II prit la plume pour lui contre un professeur de Leide, nommé Revius et publia une vigou- reuse réponse l'an i653, intitulée Methodi Cartesianœ j4ssertio, oppo- sila Jacobi Revit...PrœJ. Methodi cartesianœ considerationi theologicœ. La IF. partie de celte réponse parut Tannée suivante. Il écrivit aussi l'an i653, contre M. Fiegius, pour soute- nir les remarques que 31. Descartes avait faites sur un programme ((ui contenait une explication de l'esprit humain (6). Il enseignait dans sa mai- (4) Tntn. III des Lellrcs, pcig. J7. Vojez la Vii: de Descartes, pag. ■>.3'j.

(5) Claiiber^. Epist. Pedicator. IiOgicw.

(6^ Le lUie de cel écrit est / Brevis irplicttio son la philosophie cartésienne, encore que sa profession ne l'appelât point à cela, et lors même que Tâge avait extrêmement afi'aibli ses forces. M. Des- inarets m'apprend ces particularités à ANDREINI. 89 par cette sorte de qualité. Voici toutes ses qualités: Isabella An- dreini, Comica Gelosa, Aca- demica Intenta, detta VAccesa.

l'occasion d'un proposant suisse qui YA\e avait une chose qui n'est pas n'osait aller aux leçons philosophiques j^^ ^^^^ communes parmi les exde Tobie André'; car il craignait qu'on ne le sût en son pays et que cela ne fOll ain obstacle à sa promotion au mini- stère: iVec dfj'uil unus ex iltis, cujus nomini parco, heiiè alias dodus, et in philosophiamcartesianamwaldè pro- pensas, qui diirn hic esset, professas est non audere se frcqiientare cotlegia carlesiana Cl. Toùiœ Andreœ {qui cli- nicus licet, quod sunimoperè doleo, Deunique fcneror ut illi suas vires res- tituât, ea solet habere in superpon- dium suœ professionis, nec enint ad phdosophiam, sed ad linguam grœ- cani et historias est uocatus ) ne hoc in sud patriâ rescirelur, et stiœ pro- motioni obesset {•]).

brevi explicalioai mentis humanae Dn. Henrici Hegii reposita.

(7) Maresiiis, in Jiidicio de Theologiâ paci- fica Witticliii, imprimé Van 167 1.

ANDREINI (Isabelle), na- tive de Padoue, a été sur la fin du XVP. siècle, et au commen- cement du XVII*., une des meil- leures comédiennes d'Italie. Ce n'était pointle seul endroit par oîi elle se faisait admirer: elle fai- sait des vers en perfection. On cellentes actrices: c'est qu'elle était belle; de sorte qu'elle char- mait sur le théâtre, et les yeux, et les oreilles, en même temps(A). Le cardinal Cinthio Aldobrandi- ni, neveu de Clément VIII, la considéra beaucoup, comme il paraît par quantité de poésies qu'elle composa pour lui, et par répître dédicatoire de ses ou- vrages. Elle vint en France, et y fut favorablement reçue par leurs majestés, et par les per- sonnes les plus qualifiées de la cour {b). Elle composa jilusieurs sonnets à leur louange, qui se voient dans la seconde partie de ses poésies. Elle mourut d'une fausse couche, à Lyon, le j o de juin 1604, dans la quarante- deuxième année de sa vie. Son mari, François Andreini, la fit enterrer dans la même ville, et l'honora d'une épitaphe (B), qui témoigne qu'elle avait beaucoup le sait, non-seulement par les de piété et de chasteté. Il a fait éloges qu'une infinité de savans savoir au public, depuis ce temps- et de beaux esprits lui ont don- là, qu'il la regrettait (C) et qu'il nés (ce serait une preuve un l'estimait beaucoup. La mort de peu équivoque), mais aussi, par cette comédienne mit en pleurs les ouvrages qu'elle fit sortir de tout le Parnasse: ce ne furent dessous la presse. Les Intenti (a) que plaintes funèbres, en latin de Pavie crurent faire honneur et en italien. On en imprima à leur corps en l'y agrégeant. Pour leur témoigner sa recon- naissance, elle n'oubliait jamais dans ses titres celui ^ Acadtnii- ca Intenta; et sans doute elle songeait aussi à se faire honneur (a) C'est ainsi çu'oii nomme les académi- ciens de Pavie.

beaucoup à la tête de ses poésies, dans l'édition de Milan, en 1 6o5*. On n'y oublia pas l'inscription ingénieuse qui avait été faite à {bi y oyez l'épîlre dédicatoire de la II'. partie de ses poésies.

* yojez ma note sur la fin de la remar- ANDREINI.

sa louange, pendant qu'elle était ^- ^- ^• encore en vie, pai J^ljl^ms m ^.^^^^^^ prœdiia. honesimis ornamentum.

teanus, professeur en ce temps- là à Milan (c). Outre des sonnets, des madrigaux, des chansons et des églogues, on a une pas- torale de sa façon, intitulée Mir- tilla. On a aussi des lettres, qui furent iraprnnees a Venise, 1 an j^ tendresse conjugale de François prœdi maritalisqup piidicitiœ decus, ore facuiida, mente fecunda, relij(iosa, jlia, Musii arnica, et arlis sceniciB capul, hic resur- reciionein expectat.

Ob aborlum obiil 4 tdiis Junii 1604, annutn as;ens ^2, Franciscus Andreinus mœslissimus posnit *.

La remarque suivante fera savoir 1610 *. Elle chantait bien, et jouait admirablement des instru- mens, n'ignorait pas la philoso- phie (d), et entendait le français et l'espagnol.

Andreini.

(C) Son mari a depuis fait sai'oir au public qu'il la regreltail.^ La préface de ses Brnuure deL Capilano Spauento nous apprend qu'il était natif de PiS- toye, et, que pendant qu'il fut dans la troupe des comédiens Gelosi, il se plut beaucoup à jouer le personnaj^e d'un Rodomont. H prenait le titre de Capitan Spai'ento da VaW Inferna, et il quitta le personnage où il s'était principalement signalé, qui était ce- lui d'amant: lo Insciai di recitare la parte inia principale, laquelle era qnella deW innamornto. Celte troupe d(; comédiens s'acquit une réputation surprenante: mais la mort d'Isabelle Andreini fut le commencement d'une triste décadence. Son mari ne songea ,, plus qu'à changer sa qualité d'acteur (A) Elle charmait et '«*rej'.^_^f j«* en celle d'auteur, et il choisit pour la matière de ses ouvrages celle où il (c) Voyez la remarque (A.).

* Le volume in-4°- <le «es lettres est da- té de 1607 et non de 1610. <• On remar- que, dit M. Ginguené, dans la Biographie universelle, on remarque comme une singu- larité l)ihliograpliiquo, que la date del'épitre dédicatoire adressée au duc de Savoie, porte. ainsi que le frontispice du livre, la date de itNjy, et que cependant Isabelle était morte {d) Voyez les vers à sa louange, à la télé de ses poésies.

oreilles.'] Cela fournissait bien des pensées aux flatteurs. On mit au bas de son portrait: //oc /lisf/icœ eZo<jf«eM- tiœ capul, lectnr, admirnris; quid si audUor sies! Les antithèses et les pointes d'ÉryciusPuteanus roulent là- dessus pour la plupart: ffanc vides, dit-il, el hanc audis: Tu disputa, Argus esse malis ut videas, An Midas ul audias. Tanùim enim sermonem vullus Quantum sermo vulttnn commendal: Quorum aUerulro alterna esse poluisset, Ciim uultwn omnibus simulacris emendatiorem, El sermonem omni Suadd venusliorem pbssideat.

(B) «Sort mari l'knnora d'une épi- taphe.'] Quand ce ne serait que pour désabuser cetix qui parlent tant de la rigueur de l'église, par rapport à la