SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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s'était exercé sur la scène, je veux dire les rodomontades d'un capitan. 11 fit des Dialogues ou des Ragir>na- jiienti en prose, et leur donna le titre que j'ai rapporté ci-dessus. L édition dont je me sers, qui est la quatrième, est dé Venise, en i6a3, iii-4°.; mais, comme le privilège est daté de l'an 1607, on doit placer à cette dernière année la première édition. On voit à la tête du livre les complaintes du Berger Corinto alla defunta sua Fil- lide ( il la nomme sa femme), et alla sua Boscareccia Sampngna. Jamais amant ne poussa plus loin les expres- sions passionnées et ne murmura plus fortement contre la rigueur inexora- ble du destin. Ce sont sans doute les regrets d'Andreini siu' la mort de son Isabelle. Mais voici des paroles qui ne laissent rien à coujecturer: Finito che ine, e uenuln meno il tai- lla viia dileltissima conde comédienne tout joignant l'espé- * Joly rapporte «me.intre cpitaphe qui ac- rance de la résurrection: compasne celle à latiuollc l^ajle a dû se borner.

sépulture de comédiens en terre sain- Jaissonv, nen; te, ie copierai ici l'épitaphe d'Isabelle /« qne tenm Anilreini, où l'on voit sa profession ^'c'" « ^•<«^<^' ANDRELINUS.

9» sorte (la qualefu lume e splenclore di quella firtunsa e honorata compagnia) J'ui da molli amici miei consigliato h scrifere alcuna cnsa et dnnarla alla stampa, per lasciar qualche memoria di me, e per seguitare l'honorafo grido délia moglie mia, la quale ai'eua lasciato al mondo con tanla sua glo- ria, e con ianto suo honore, i7 suo bel- iizzinio canzoniero, In sua bellissima Mirtilla jn\>ola boscareccia, eilconi- pendio délie sue bellissime LettereÇi"), Il y a un Jean Baptiste Andreini qui a fait une tragédie intitulée La Florin- da, imprime'e à Milan, en 1606 *.

(]) Prefal., del Capitano Spavenlo.

* Joly dit qu'il était fils rf'Isabelle, et que ce fut lui qui publia le recueil ile i6o5, cité dans le texte.

ANDRELINUS (P. Faustus), natif de Forli, en Italie, a été pendant fort long-temps profes- seur en poésie dans Tuniversité de Paris. Louis XII le fit poëte couronné (a): je ne sais point si la reine Anne de Bretagne, ou quelque autre reine, l'honora de sa protection spéciale; mais je sais bien qu'Érasme, qui l'avait connu fort particulièrement, a dit qu'il était, non-seulement poëte du roi, naais aussi poëte de la reine (A). Il ne s'est pas contenté de faire des vers; il a écrit aussi en prose quelques Lettres morales et proverbiales, qui ont été imprimées diverses fois. On en fit une édition à Strasbourg, l'an iSi^, et une autre sur la seconde révision de l'auteur, l'an i5ig f^). Reatus Rhenanus y joignit une préface, cil il les loue beaucoup (B). Elles ont été commentées par Jean Arboréus, théologien de Paris. La plupart de ses poésies sont {a) Faustus Antlrelinus item pni-ta snavis- siinus à Ludmnco XI/, Francùp re/^e, laureâ coronatus. Leand. Alherti Descript. Ital, (6) Gesnpri Bibliotlieca, png. 5''3.

des distiques: ils ont été impi-i- més, avec le commentaire dont Josse Badins Ascensius les voulut bien honorer; traduits vers pour vers en français, par un poëte de Paris, qui s'appelait Etienne Privé (c). Celte traduction pa- rut l'an i6o4, et n'est propre qu'à faire mépi-iser Voriginal. Jean Paradin avait déjà mis {d) en quatrains français une cen- taine des distiques *' qu'Andreli- nus adressa à Jean Riizé, tre'so- rier géne'ral des finances du roi Charles l^JII,pour leremeixier d'une pension forte et honorable que ce prince lui faisait payer avec des soins extraordinaires; et qui ne méritait pas le déshonneur que ce plaisant poëte a pensé lui faireen nous donnant lieu de croire qu'on lui payait ses vers au quar- teron oit au cetit (e) (C). Les poésies d'Andrelinus ontété insérées dans le premier tome des Délices des poètes italiens, quoique les con- naisseurs les aient peu estimées (D). On met sa mort à l'année 1 5 1 8 (E). Les lettres qu'il avait écrites en proverbes ont été jugées di- gnes d'une nouvelle impression, à Helmstat, en 1662, selon l'édi- tion de Cologne de i5og (f). Les mœurs de cet auteur n'étaient pas de bon exemple *^; mais on (c) Baillet, Jugemens sur les poètes, tom.

*' L'ouvrage d'Audrelinus est intitulé; Hecatodisticon, i5i2 et i5i3, in-4^. C'est de l'un de ces distiques qu'est extrait le vers cité par Bayle dans la remarque (Ij de son nr- ticle Apelles.

(e) Baillet, Jugcm. sur les poètes, citant CoUetet, pag. 118, 125 et 126 de /'Art poétique.

if) Morliosii Polyliistor., p«^. 258.

"Joly remarque qu'Andrelinus était ecclé- siastique et chanoine de Bayeux, comtne on le voit par le titre du son livre intitulé: Publii Fausli Aiidrelini canunici Baiocensis 9^. ANDRELINUS.

l'épargna là-dessus, à cause qu'il tanna placet (i). On voit parmi les donnait du lustre à l'université lettres d'Érasme (a) deux ou trois bil- Ao D„^.o 11 r 4- -1 lels qu Andrelinus lui écrivit d'un de Fans. 11 tut si heureux, que style si laconique, qu'en comparaison Ja liberté qu il prit de piquer les les lettres de Brutus passeraient pour théologiens ne lui fit pas des af- longues- Erasme, qui lui répondit en laires. C'est Érasme qui nous apprend ces petites particulari- tés (F).

Notez que j'ai laissé tout cet article dans la seconde édition de même style, est un peu plus difliis lorsqu'il le prie de faire valoir ses adages (3), et lorsqu'il lui décrit les plaisirs de l'Angleterre, afin de l'y at- tirer (4). -le remarquerai en passant que c'e-.t une fort mauvaise coutume ^, aux auteurs, de ne désigner le temps cet ouvrage au même état oii il auquel ils écrivent que par le terme était dans la première édition, vague de nunc, jam, etc. Il faudrait quoique l'on m'eût averti qu'il 4« »•« marquassent précisément l'an- lo fo]l„+ ÀC ^ j- née: caroutre qu'il y ades livres auxj..,. quels on travaille plusieurs années de droits. J ai cru qu il y aurait plus suite, ou qui ne paraissent que long- de modestie à donner à part les temps après que l'auteur y a mis la corrections qui m'ont été iudi- dernière main n'y en a-t-il pas qui s impriment plusieurs fois? A quoi se peut-on fixer alors, si l'on rencontre un hoc anno, un nunc, et choses semquées (G). Vous les trouverez ci- dessous dans une remarque *.

deregid in Genuenses vicloriâ, libri très. Paris, l5o9, in-^".

* Malgré les corrections faites par Bayle, P. Marchand, tome II, pag. 269, dit que cet article n'est pas un des meilleurs de son Dictionnaire. Il reproche surtout à Bayle de n'avoir pas fait mention d'un fameux dialo- gue contre le pape Jules H, intitulé: Ju- lius, etc., qui non-seulement a été attribué à Andrelini, mais réimprimé avec ses initiales sous ce titre: F. A. F. ( Fausti Andrelini Foro- juliensis), Poetœ regii Libelbis de obitii Julii ponlificis maxitni, anno clomini m. d. xm, in-8°., sans adresse, dont il existe une tra- duction française intitulée: Dialogue entre saint Pierre et.Jules II, à la porte du para- dis, suitri de la doctrine catholique louchant l'autorité des papes, Amsterdam, 1727, m- 12. Bayle, au reste, a parlé de cet opus- cule à l'article Jules II, remarque (IN). Il n'ose affirmer de qui est l'ouvrage. Baluze et Wolfius le croyaient d'Érasme. Joly l'attri- bue à Ulric Hutten (dans ses remarques sur l'article Jules II).

(A) Erasvie,...dit qu'il était poète du roi et de la #ei«e.] Voici comme il en parle; F'austus ylndrelinus, Fnro- liviensis, pnëta non soliim laureatus, veriim eliam regius, atque etiani, 51 Diis placet, regineus, wetus congerro meus, qui plus quant triginta jam. an- nns in celeberrintâ Pnrisiorum Aca- dennn poëticeii docet, in carminé quod de Pavimenio Parisiensi inscripsit, ût/rt/fionem (Syraousana Mensa) inyln- g/oî derivavil, 3Jensa, int/uiens, Briblables? Voici Erasme, qui nous parle d'Andrelin comme d'un homme plein de vie, et qui enseignait depuis trente ans la poétique dans Paris. 11 dit cela dans un livre imprimé Tan i546, où la préface n'est point datée, mais où il y a une épître dédicatoire datée du s 3 d'août iSaS. Cela n'est-il point capable de faire croire qii'Andrelin vivait l'an iSaS? Et ne faut-il pas re- cueillir de là que les plus grands hom- mes, quand ils revoient leurs ouvra- ges pour une nouvelle édition, y lais- sent mille choses qui ne sont plus vraies? J'ai remarqué ce défaut dans la dernière édition de la grande His- toire de France de Mézerai.

(B) Bealus Rhenanus mit une pré- face à ses lettres, oii il les loue beau- coup."] Voici les paroles de Gesner: Beatus Rhenanus in Prœjatione coni- mendal lias epislolas tanguant erudi- tas, lepidas et utiles. Etsi enim hic » aulhor, {inquit) in nonnullis opus- )) culis genuino poëtarwn more lasci- }> l'iusculus sit, hic tnnien inlegrum » ac modestum oratorem agit (5). '» (C) On a lieu de croire qu'on lui (i) Erasm. Adag. LX^III, cent. II, clii- liad. II.

(1) Lili. y, pag. 3 16, edit, Londinensis.

(3 et 4) Erasmi Eplsl. XXIII ^ el X libri Ky ANDRELINUS.

93 et une goiitCe Je sens. "ApXiTAi ^î^tai y.h TrorxfAli, voÛ cTe ç-a.Xa.y/u'^ç. Il dit, sur la loi de François Luisinus, que Couslantin Lascaris faisait le même jugement de Longolius; mais qu'on fa fait plus justement d'Andrelin, dans les })oësics duquel il ne manquait qu'une syllabe, comme Erasme le di- sait fort ingénieusement. Cette syl- labe e'tait voùç, qui signifie sens, en- tendement, esprit. Si je savais où Erasme a parle d'une manière si peu payait ses i^ers au quarteron nu au cent.]M. Baillet apporte pour preuve de cela ces quatre vers, traduits du latin d'Andrelinus, par Paradia {6): Croissez, mes vers, soyer, en plus grand nombre; Car c'est aux frais et salaires du roi. Seure richesse, empeschant tout encombre, Exige vers en copieux arroi, La dixième eglogue d'Andrelin nous donne une chose rare: c'est un poè'te qui, bien loin de se plaindre de l'in-. -..

gratitude de son siècle et d'accuser les <=o"fo«'»e aux grands complimens et muses de ne procurer pas du pain à 'i"V^'"''/'Q «joges au A a écrits h Anceux qui se mettent à leur service, '*'''^''" ^^>',' J? Redirais. Je ne doute reconnaît que sa pension était copieu- P°'".' '•"'^ f jugement fait par Jules se: et que lorsqu'il récita devant ^"^a'^S*-'''; d".poete i-austus, ne con- Cl.arles VIII son poème sur la con- cerne celui-ci, plutôt que Geriiardus quête de Naples *, il en reçut un sac '^'.'"s'".s- faustiJaciUtas, dit-il (9), d'argent, qu'il pouvait à peine porter '^"^«"'" '« scnbendo secundo plausu sur ses épaules. excepta est, scholas tamen sapit tUa juniorum, a qud nlliil uliud quàm hoc Dum stupeo lotus visu dejîxus in islo, ipsuni expectes.

Admiror primo aspectu: mox poplile Jlexo ^^ ^^ Citerai point la Bibliothèque lie Anie ipsum quœsita Jovem mudulamina Konig, ni les Lettres du savant Keine- c ■;■."., n I sius à Daumius (lo). J'ai un témoin Scdicel ut bello claramexpugnavu aperlo i.o y -jj. >» ai uu iciuoin Parthenopem, patrios victorque redivii in agros, Quamvii Hesperio vetitusjoret orbe régressas, rfescio qud nostri captas dulcedinp cantùs Ipsejuil, fulvi saccuin dona^'it et œris Vix islis delalwn humeris, cunclosque per annos contemporain, qui, dans une lettre datée du 6 de mars i5i8, remarque que cette année avait emporté quel- ques hommes doctes: Hic annus mul- tos exmùos uiros tuî similes absump- u ■ I j, I I,,*''' Marcum Musurum /ioinœ, tum bal archiepiscopum designatum, et ante THyrusumbrosis-resonans sua gaudia suivis, nunc Paleotum Camillum, Lutetice Fauslum immorlalitate digniim (ii). (D) Les connaisseurs ont peu estimé On aurait tort de conclure de ces pa- ses poésies.'] Vossius nomme trois au- rôles, qu'Andrehn est mort l'an i5i8''- teurs qui enfermaient de grands riens car il est certain que Musurus mou- dans une grande multitude de paroles rut l'an i5i7 (12). (7): le premier est l'orateur Anaximè- (Fj Cest Érasme qui nous apprend nés, le second est Longohus, aussi ces peli les particularités.] On strahi^n orateur le troisième est le poète An- aise de les voir ici en orieinal • Pari- drelin Quant au premier il rapporte siensis Academtœ candorem ac cU'ili- que iheocrite deCliio, le voyant prêt tatem jam otun sum admiratus, a haranguer, se mit a dire: Une ri- vière de paroles commence a couler, (6) Jugem. sur les poêles, tom. III, pag.

Ce doit être là qu'Andreliniis ayant dit, ce semble, que des conquêtes et <le< victoires du roi Charles VIII, quoique bieulôî évanouies, la flétrissure (stigmata) en demeurait pourtant em- preinte surle front des Italiens. Brantôme qui au lieu de vera stigmala, lisait vera stemmata\ fait dire à ce poète que les victoires et faits belliqueux du roi Charles VIII étaient sur le front des Italiens autant de belles marques el enseignes, Voyei Brantôme, Hommes illustres français, tom. iy,pag. aS., Rem. crit.

, qua' tôt annos Faustum tulerit, ncc tulerit soliiin, weriim etiam aluerii e^exerit 1,8) royei la XXIII'. lettre du y. livre (i'Êr.isme.

(9) J.il. Cxs. Scalig., de Poelic., lib. VI, pas-:3<i. rorez Baillet, Jugem. sur les Poètes, loin. III, pag. laa.

(11) Erasm. Episl. XX, lib. III, ad Pelrum Barbuium. Fojez aussi l'Epht. XXI K du II', livre.

* Joly, d'après Ravisius Textor, affirme qu'Andrcliui est mort le 25 février i5i8.

(12) Vofez les remarques sur son article.

94 ANDRINOPLE.

que. Cùm Faustum dico, inulla tibi (; 3) succurrunl quœ nolim lilteris coni- iiiitlere. Quâ petulantiû solitus est Me in theologoruni ordinem debacchari? (^uhni non casta erat illius proj'essio? ^eque cuiquam ohscurum erat qualis esset l'ita. Tanlum malorum Galli Joe- trince hominis condonabant, quœ ta- nien ultra mediocrllatem non admodhm erat progressa (i4). Voyez la diffé- rence de style entre les lettres qu'É- rasme écrivait à Andrelin, et celles riu'il écrivait à d'autres touchant An- drelin. Il est même vrai qu'il parle de lui quelquefois avec éloge dans les lettres qu'il écrivit à d'autres (i5).

(G) Je donnerai les corrections qui tu ont été indiquées, etc.'} Voici mot pour mot les remarques que M. de la Monnoie a bien voulu me commu- niquer: « 1°. Au lieu de P. Faustus, y> il fallait mettre tout au long Pu- 3) blius Faustus, de peur qu'on ne s'i- 3> uiagine que ce P. signifie Petrus, 3) Paulus, ou tel autre nom de bap- 3) têmc. Faustus prit vraisemblable- 3) raent à Rome ce nom de Publias, à 3> l'exemple de ces académiciens ama- 3) leurs de l'antiquité, desquels Pom- 3) ponius Lœtus était le chef. 2". On j) ne doit point dire dans un Diction- 3) naire que Faustus ait simplement 3) été professeur en poésie dans l'nni- 3) versilé de Paris. Il y enseigna, non- 3) seulement la poésie, mais aussi la 3) rhétorique et la sphère. Il y expli- 3) qua même les Psaumes de David. 3) 3°. Ce fut à Rome, long -temps 3) avant le règne de Louis XII, que 3) Faustus, qui n'avait pas alors vingt- 3> deux ans, remporta la couronne de 3) laurier (i6). Ses vers amoureux, di- » visés en quatre livres, intitulés LtVta, 3) du nom de sa maîtresse, furent 3) trouvés si beaux par l'Académie ro- 3j maine, qu'elle adjugea le prix de 3) l'élégie latine à leur auteur sur les 3) autres poètes ses concurrens. C'est 3> de là, que faisant im primersa ià'ie, 3) in-4°, à Paris, l'an 1490 » et ses 3; trois livres d'c/egie*, quatre ans j) après, en la même ville, il prit 3> droit de s'intituler Poêla laureatus, }> joignant depuis à cette qualité celle (i3) IL écrit à Louit Vives. (i4) Erasm., Epist. XX,lib. XX/, prtg'. logo. (i5) VojKi la remarque (F.)- (16) Ceci tombe sur t.ùandrc Albrrli, que j'ai cite' » de Regius et do Reglneus, par rap- » port à Ciiarles VJll, à Louis Xli, « et à la reine Anne. ^°. Pour ti'ou- 3) ver le compte des trente années » qu'il y avait que Faustus était pro- w fessenr à Paris, il faut STijiposer )) qu'Erasme faisait cette supf)utation » 1 an iSiy. On remonte parce moyen » jusqu'en 1487, ((ui est le temps à J> peu près de l'établissement de l'aus- w tus à Paris. Cette chronologie est )) d'autant plus véritable, qu'il y eut » en i5i7 une édition des Adages » d'Érasme (17), de laquelle il fait j) mention dans Chœnici ne insideas. 3) 5°.LesJ£stt<7Me5 de Faustus ne passent » pas le nombre de deux cents, et ne » font par conséquent «ju'une très-pe- » tite partie de ses poésies; puisqu'ou- )) tre les quatre livres d^irnour et les )) trois livres d^élégies mêlées, dont )) j'ai parlé, il y a douze églogues de »lui, imprimées in-S"., l'an i54G, » dans le Recueil des XXXVIII poètes w bucoliques publié par Oporin. Faus- » tus promettait plusieurs autres piè- « ces en prose et en vers: Deceni Sa- it tiras morales; Epistolas centum; )> Christianum Adi'entuni, qui est » peut-être la même chose que ce » qu'il api)elle ailleurs Opus de uerâ )) Religione; Sphœricum Dialogum; )) Repertoriumsi^'e Obseruationes Lin- 1) guce lalinœ w.

Ce qui manquait à mon article d'An- drelin y aurait été assurément, si j'avais eu les OFuvres de cet auteur; mais n'ayant pu m'en servir, je fus obligé de suivre des gens qui avaient parlé de lui sans les avoir consultées; et voilà comment des aveugles con- duisent d'autres aveugles. C'est un grand malheur, qnand on fait un dic- tionnaire tel que celui-ci, que de n'a- voir pas tous les livres nécessaires; mais c'est un malheur qu'il m'est ira- possible de détourner dans la situa- tion où je suis.

fi;) La faute fi'Erasrac consiste, comme je l'ai obserne' dans In reiiuiique (A), en ce qu'il ne changea point la clironulugie dans les édi- tions posle'rieures.

ANDRINOPLE, ville deThra- ce. Elle doit.son nom à la folie de l'empereur Hadrien. M. Mo- réri toudie cela, et y met un grand désordre (A). Quelques-uns ANDRINOPLE.

ont dît que cette ville fut fondée par Oreste, et qu'elle en porta le nom (B). Elle fut aussi nom- ruée Uscudama (a). Les deux vers latins, que M. Moréri a ci- tés, ne sont propres qu'à le con- vaincre qu'il écrivait sans nulle attention (C). Je ne touche point aux autres choses qu'il dit d'An- drinople; le lecteur y pourra avoir recours.

(a) Voyez la remarqua (C).

(A) En parlant du nom de cette cille, M. Moréri commet un grand dés- ordre. ] Rapportons ses propres pa- roles: Quelques auteurs païens disent que ce prince y ayant été guéri de son hydropisie, en ini^oquant le furieux Orsste, se Jît un plaisir de traînailler h i embelUsement de cette i^ille. Ces auteurs païens ne sont point les deux que Moréri cite, Spartien et Ammien Marcellin, et je serais fort trompe s'il ne les fallait pas réduire au seul iElius Lampridius. Or, voyons un peu com- ment cederniers'exitr'imc: Et Orestam quidam urbern Adrianus suo noinini fin- dicari jussit: eo tempore que furore cœperat laborare, ut ex responso quitni ei dictum es set ut in furiosi alicujus domum wel nomen irreperet. IVani ex eo emollitam insaniam ferunt per quatn mulios senatores occidi jusserat (i). En comparant ces paroles avec celles de M. More'ri, on trouve trois ou quatre 2;rosses fautes dans ce dernier. i°. Il est faux qu'Hadrien ait été guéri dans la ville d'Andrinople. 2°. Il est faux que la maladie dont il est ici question ait été l'hydropisie. 3°. 11 est faux que sa gnérison soit venue de l'invo- cation d'Oreste. 4°- H est faux que depuis sa guérisou il se soit plu à em- bellir cette ville. Lampridius ne dit autre chose sinon qu'Adrien devenu furieux fit donner son nom à Oresta, pour obéir à un oracle, qui lui avait conseillé de se saisir di' la maison ou du nom de quelque furieux, ce qui, dit-on, apaisa les accès de sa manie.

(B) On a dit qu'elle fut Jondée par Oreste, et quelle en porta le nom. ] (i) Lamprid., in Antouino Helin^abaln, p5 Lampridius sera mon unique témoin. Et Oresîant quidern ferunt, dit-il (2;, non unum simula chruni Dianœ, nec uno in loco pnsuisse, s<-d multa in multis. Postenquhm se apud tria flu- mina circa Hehruin ex responso pitri- ficauit, etiatu Orestain coiidiilit cii^i- talem, quam sœpè cruentnri hnminunt sanguine necesse est. Et Oresiam qiii- deni urbem Adrianus suo nomini l'in- dicari jussit, etc. J'ai rapporté ce pas- sage tout du long aGn de faire con- naître de quelle ville d'Andrinople il s'agit ici. L'empereur Hadrien fit por- ter son nom à plusieurs villes îrès- éloignées les unes des autres (3j^ mais Lampridius ne nous laisse pas douter qu'il n'ait eu en vue celle de Thrace, et (lu'il n'ait voulu dire qu'Orcste la fonda où l'Hèbre reçoit deux autres ri- vières. Notez que Pinedo impute à Lampridius d'avoir débité qu'Hélio- gabale bâtit une ville proche de l'Hè- bre, et qu'il lanomma Oresta, etqu'on- suite Hadrien lui donna son nom (4). Voilà des effets assez ordinaires de la distraction d'esprit: les plus habiles écrivains y sont sujets.

(C) Les uers que Moréri cite a son sujet pmui'ent qu'il écrit^ait sans nulle attention.'] Voici ses paroles: « On dit » qu'elle fut premièrement bAlie par » Oreste, qui l'appela Oresta, de ^on » nom, qui lui fut depuis changé en » celui d^Uscade ou d^ Uscudama. » • Tandemque Vscudamœ mulalo nomine ' prisco • Malricida suo de nomine dixit Oresiam. " Ces deux vers prouvent tout le con- traire de ce à quoi M. Moréri les a destinés. Ils prouvent manifestement qu'Oreste trouva cette ville revêtue du nom d^ Uscudama, et qu'il lui don- na le sien à l'exclusion de celui-ci. Ammien Marcellin, cité au livre IV (5) par M. Mnréri, nous apprend, au chapitre IVduXXVlI'^. livre, qu'An- drinnple a\ ait eu le nom d'Uscudama: Post liane jEnumnntus Hndrianopo- lim habet, quce dtcebuiur Uscudama.

(2) Itlem, ibid., png. 8oc).

(i) Quuin litulos in oppribus non atnaret, multas civilaies Adrianopolis appellai'it, lit ipsam Carlhaginein et Alhenaruin partent. Spurtianus, m Adriano, cap. XX, fojei, le Trésor Géographique d'Orlelius.

(4) Pinedo, in Steph. lîyzant., png. m, ntim. 4^- (5) Les XIII premiers Ui-res de cet hi'toiim sor.t perdus.

96 ANDROMAQUE.

ANDROMAQUE, en latin Androraaque épousa Hélénus(D), Andromache ■, femme du vail- fils de Priam, son compagnon de lant Hector, était fille d'Éé- captivité, et régna avec lui dans lion, roi de Tlièbes, dans la une partie de l'Épire. Elle avait Cilicie {a). Son mariage lui était eu des enfans de Pyrrhus (E), et avantageux en toutes manières: elle en eut un encore d'Hélé- car outre que son mari passait nus. Quelques auteurs croient pour le rempart de sa patrie, et que les rois des Epirotes, jusqu'à pour le plus ferme appui du ce Pyrrhus qui fit la guerre aux trône, il avait beavicoup de bonté Romains (c), descendaient d'un pour elle; et l'on dit même qu'il fils de Pyrrhus et d'Androma— ne l'exposa jamais au déplaisir que. Cette princesse avait sept à quoi les femmes des grands frères, qui furent tués par héros sont si sujettes: je veux Achille avec leur père, dans un dire qu'il lui gardait exactement même jour (<f). Un auteur a dit la foi conjugale (A). Si Euripide qu'elle accompagna Priara, lors- n'en est pas demeuré d'accord, qu'il alla supplier Achille de lui il nous a fait savoir en même vendre le corps d'Hector (e); et temps que cela ne troublait que, pour faire plus de compaspoint le bonheur de cette fem- sion, elle y mena ses deux fils, me, son humeur étant là-dessus qui étaient encore enfans {f). tout-à-fait commode (B). La mort Elle a été le sujet de plusieurs d'Hector fut donc un coup terri- belles tragédies, tant anciennes ble pour Andromaque: néan- que modernes (F). Sa grande moins elle n'en mourut pas, non taille a été connue de toute la plus que de l'afïliction extrême postérité (G). Son dialogue avec oii elle tomba quelque temps Hector, dans le VF. livre de après par le saccagement de l'Iliade, est xxn des meilleurs Troie, par la perte de son cher morceaux de ce poëme (H). fils Astyanax qu'on précipita du ^Hg ^^^{^ ^^ ^\ grand soin des hautd'vme tour, et par sa pro- chevaux d'Hector, qu'elle leur pre captivité. Elle échut à un donnait à manger et à boire plu- maître qui, tout ^ farouche et ^^^ q^^'^^ \^{ ç^y Quelques-uns sanguinaire qu'il était, en usa ont fait valoir cet exemple, afin bien avec sa captive. Pyrrhus, le jg montrer que les femmes sont cruel fils du cruel Achille, ne obligées de s'employer aux exer- laissa pas de s'humaniser avec ^^j^-gg igg piu^ mécaniques du Andromaque, de partager son j^gig (j-j, lit avec elle (C), et de rendre sa condition si heureuse, que la (^t:) rojez la remarque {E).

belle Hermione qu'il épovisa de- (d)Uo,ner. lUad., lil>. ri, vs. 414, et puis, en conçut une furieuse ja- seq.

lousie {b). Après la mort, ou (e) DictysCretensis, /(i-?'A même du vivant de ce prince, [f)Asljanacla,qne,n nonnulU Scaman- ' driiin afjpcllnbanl, et Laodamanlfi paiviitos •r» 11- j II vr a^K -t admodUm Jîlios prœ se liabcns. Diclys Cre- {a) Homer. Jliad. hh. VI. vs. 396 et •' 1^ sea CMe Cilicie n'était pas loin de Troie. '«""* ' '""• '"■ ^^ %, liuripid,, in AndroH..cUa. Cs) Homer., Uiad. lib. FUI,.s. 18a.

97 mention de l'ouvrage que le scoliasfe d'Euripide en a cite: il dit seulement que Strabon se sert de rautorité d'A- naxicrates en parlant de l'Arabie au livre XVI.

(B) Touchant les galanteries de son mari, son humeur était tout- à- fait commode. ] Voyez la remar({ue pré- cédente: on n'y trouve pas qu'An- ANDROMAQUE.

(A) Hector lui s^arduit exactement la foi conjugale.^ Il y a des vers d'Eu- ripide où Andromaque déclare qu'elle avait aimé jus(ju'aux maîtresses de son mari, afin de lui faire plaisir, et qu'elle avait allaité les biUards qu'il avait eus d'elles (i). Le scoliaste con- vient là dessus qu'Auaxicra(es avait débité qu'Hector laissa deux fils légiti- mes (2), qui échappèrent des mains des dromaque ait poussé la chose au point Grecs, et un bâtard (3), qui fut pris où Livie et la femme de Cromwi 1 l'ont dans Troie (4); mais il accuse et son portée. Celle-ci, par ambition, fa- Euripide, et Anaxicrates d'avoir fal- vorisail les amourettes de son mari (9). sifié l'histoire, et il leur soutient Livie fiiisait l'office de maquerelle pour qu'Hector n'eut jamais aucun bâtard, Auguste, dans l'occasion, afin de et qu'il faut être bien inconsidéré pour maintenir son crédit: Circa libidines avancer le contraire. Ovide regardait hœsit ( Augustus ) poste'a quoqae, ut Hector comme l'exemple d'un bon ma- J'erunt, ad ^/iliandas uirgiiies promp- ri, qui ne prenait point le change, tior, quœ sïbi undiquè etiam ab uxore conquirerenlur (10). Andromaque ne se proposaitque d'avoir la paix dans son domestique, en ne chagrinant point Hector.

(C) Pyrrhus partagea son lit ai>ec elle. ] Virgile, pour garder le déco- rum, a introduit Andromaque, qui fait consister en cela son plus grand chagrin j car, dès qu'Énée lui eut de- mandé si la veuve d'Hector était ma- riée à Pyrrhus, elle baissa les yeux, et dit avec honte que c'avait été à son corps défendant, et qu'elle enviait la destinée de Polyxène, que la mort; avait exemptée d'une semblable né- cessité. Rien n'oblige à prendre au pied de la lettre tous ces discours: il en faut rabattre beaucoup pour la bienet qui se cachait à soi-même les mau- vais endroits de son épouse: Félix Ândromache., certo bfrnè nupia mariloi Uxor ad exeinpluin fralris hnbendaj'ui(5).

C'est ainsi qu'il fait parler OEnone, la femme de Paris; ailleurs, il dit 3u'au sentiment de tout le monde An- romaque était plus grande qu'il ne fallait; mais qu'aux yeux de son mari elle était d'une taille médioci'e: Omnibus Androtnache visa est spaliosior œquo: Vnus,quimodicam diceret, Hector erat{G].

Au reste, M. Colomiés a eu raison de remarquer ( 7 ) que Mercerus, dans ses Notes sur le IV*^. livre de Dictys de Crète, ne devait pas dire que l'anti- quité ne connaît point d'autres amours séance d'une honnête politique: d'Hector que pour Andromaque, sa femme; ni d'autres enjans que ceux quil eut d elle; car il donne lieu de ■juger qu'il ne se souvenait pas de l'his- torien Anaxicrates, ni du poëte Eu- ripide. Mais i\I. Colomiés, qui remar- que, outre cela, que Vossius n'a point connu cet historien, eût bien fait de dii"e qu'il tenait de Méziriac les pas- sages qu'il allègue j et que Mallincrot (8j a parlé d'Anaxicrates, sans faire Hectoris, Androtnache, Pjrrrhin^ connubia sert'as? Dejecit vulium, et demissd voce locuta est: O felix una anle alias Priameia virgo, Hostilem ad tumulum Trujœ sub mœnibuî allis Jussa mari: quœ sorlitus non pertutil ullos, ]Kec vicloris keri tetigil captiva cubile!

JVos sa per œquora (t) Eurip., in Andromacb., vs. 221 et seq. (2J Nommes Àmphineiis, et Scamandrius.

(3) Nomme Palœlerus.