SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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(4) Anaxic. Argolicor., lib. II.

(5) Ovidius, in EpUl. OEnon. ad Paridem, (6) Idem, lib. II de Aric amandi, vs. 645.

(8) Dans ses Paralipom. de Historicis grœ- TOME H.

patrta vectœ, Stirpis Jchilteœ faslus, juvenemque superbiim Servitio entxœ lulimus: qui deiiidè secutus Led/eam Hermionem, Lacedœmoniosque Inmenœos, Me famulam famuloque Heleno transmisit habendam (11).

Mais il faut lui rendre justice; on ne l'a point représentée de complexion amoureuse. Ovide ne croyait qu'à (f|) Lcli, Vie de Cromwel dans le Journal de /)/. de Beaaval, en i6q2, pag. 4qq. (10) SiietoQ., in Aug., cap. LXXI. (il) Virgd.,.ïncï.l., lib. III, vs. 319.

98 ANDROMAQUE.

peine, en la voyant mère, qu'elle cou chat avec son mari: Xfunijuàm ego, te Andromache, nec le, Tectnessa^ rogarem, XJi mea de vohis aÎLera arnica foret. Credere \'ix videor, cmn cogar credere partit^ Vos ego cuin vestris concubuisse viris (12).

fut mort, et que le royaume eut été remis à Molossus, fils de Pyrrhus (20). (F) £lle a été le sujet Je plusieurs belles tragédies, tant anciennes que modernes. ] Celle d'Euripide subsiste encore; et, si l'on veut savoir le suc- cès de celle qui a paru sur le théâtre (D) Après la mort, ou même du ui- de Paris, on n'a qu'à lire ce que le Par- ifant de ce prince, elle épousa Hélé- nasse reforme a mis en la bouche de nus. ] Cette alternative m'a paru ne'- Montfleuri, fameux comédien, et y cessaire, parce que les auteurs ne sont joindre un passage d'un poète mo- pas d'accord sur le temps du mariage derne: Qui uoudra sauoir de quoi je d'Andromaque avec Hèlènus. On vient suis mort (c'est Montfleuri qui parle j, de voir que, selon Virgile, ce maria- qu'il ne demande point si c'est de la ge précéda la mort de Pyrrhus. Justin Jièi>re, de l'hydropisie ou de la goutte; le dit aussi (i 3). Mais, selon Servius, mais qu'il sache que c'est d'Androelle ne devint la femme d'ilélénus que maque Je voudrais que tous ces parce que Pyrrhus l'avait ordonné en coniposeurs de pièces tragiques, ces in- mourant ( i4)- Pausanias met aussi uenteurs de passions a tuer les gens, leurs noces après la mort de ce prince: eussent, comme Corneille, un abbé Toi/Tû) yà.j) 'AvS'po/A.â.Xyi a-uvuKonv à-TToSsi- d'.Aubignac sur les bras: ils ne seraient vôvToç h A^^<|)OJç n!/cpoi'(i5). Huic enim pas si Jurieux; mais ce qui me Jait le ( Heleno) /4ndroinache nupsit, mortuo plus de dépit, c'est qu Andromaque Delphis Pyrrho. t'a devenir plus célèbre par la circon- (E) mile avait eu des enfaris de slance de ma mort, et que désormais Pyrrhus.'] Quelques-uns les mettent il n'y aura plus de poète qui ne i^euille au nombre de trois, et les nomment ai^oir l'honneur de cret^er un comédien Molossus, Piélus et Pergamus ( i6) j en sa wie (21). Joignez à cela ces deux ou bien Pyrrhus, Molossus et jî!aci- ou trois vers: de (i^). D'autres ne parlent que de Molossus (18) 5 et c'est de lui, selon Euripide (19), que descendirent les rois de Molossle. Pausanias les fait des- cendre de Piélus. Quant à Pergamus, le même Pausanias nous apprend qu'il s'en alla en Asie, et que sa mère An Vn marquis, Vn marquis, Enflé de son savoir chez les daines acquis. Ennemi du bon sens, qu'à grand bruit il attaque, Va pleurer au Tartufe, et rire à V Andro- maque.

(G) Sa grande taille a été connue romaque l'y suivit; qu'il tua Areiis de toute la postérité. ] J'ai déjà rap- rince de Teuthranie, s'étant battu porté deux vers d'Ovide sur ce sujet, Parva vehaiur equo: quod eral longissima, nunqnain Thebaîs Hectoreo nupla resedit equo (2»)- en duel avec lui, pour la souverai- dans la remarque (A). En voici deux neté; qu'il donna son nom à la ville, auti-es du même auteur, et qu'on y voyait son tombeau avec celui de sa mère. Servius parle bien différemment de tout cela, sur le 72*^.

vers delà VP. églogue de Vireile. Pour m.• 1 -/•. r» -j » 1 ce cfui est du tils qu Helenus eut d An-. j -■. '. -i. • ■ il alla s établir, avec une troupe d h- * piroteS qui le suivirent volontaire- Masturbabantur PhrrgU posl oslia servi, ment, dans une province qui était Hectoreo quolUs sederat uxor equo (23).

au-dessus du fleuve Thyamis; il alla, Juvénal n'a point ignoré cette grande dis-je, s'y établir, après que son père taille, puisqu'en parlant de certaines (12) Ovid., de Arte amandi, lib. lU, vs. 5i(). (i3) Jiistiiius, lib. XVII, cap. III. (i4) Servius in lib. III jEneïdos, vs. Sig. (i5) Pausan., lib. I, pag. lo.

(16) Idem, ibid.

(17) Sclioliast. F.iiripid., inAndi'omacIi.,vs. 24. (i3) Servius m lib. III yEneid., vs. iig. (iq) /') Aiidromacb., vs. 1247 et seq.

femmes, qui élevaient divers étages d'ornemens et de cheveux sur leur tê- te, il dit qu'à les regarder par devant (22) Ovid.,de Ane amandi., lib. III, vs. 777. (23; Maniai., Epigr. CV, lib. XI, vs. i3.

ANDROMAQUE.

on les prendrait pour des Androma- ques; mais qu'elles paraissaient fort petites par derrière: Tôt premil ordinibus, lot adhuc compagibut alitiin ^difical caput. Andromachen a fronte videbis, Posl ininor est (z^)- Voilà dans les modes de l'ancienne Rome quelque chose d'approcliant de nos fontanges. Un autre poète s'ex- prime ainsi: CelscB procul a.rpicej'rontis honores Suggeslumquc comœ (îS).

La mère des dieux, avec ses tours sur la tête (26), n'y ferait œuvre, si l'on se met une fois à outrer la mode de nos fontanges. Voyez les Amœ- nilates Theologico - Philologicœ de M. Almeloveen, vous y trouverez (2^) une curieuse littérature sur l'antiquité' des fontanges. Voyez aussi la remar- que ( C ) de l'article Conecte, et ce passage de Synesius. MêX^^si •j^*/), dit-il (28) en parlant d'une nouvelle mariée, piiXiÔTio-ficLi. (^uippè etiam in diem seplimurn sequentern tœniis ornabitur, atque turrita quemadmodUm Cybele circumibit. Mais, pour revenir à l'é- Si quis mihi parvulus aulâ pouse du grand Hector, je dois dire Luderet yEneas que Darès le Phrygien l'a ornée de cent bonnes qualités, sans oublier la grande taille: A ndromacham, oculis claris, candidam, longam, formo- sarii, modestam, sapientem, pudi- cam, blandani.

(H) Son dialogue auec Hector, dans le VL^. livre de l'Iliade, est un dts meilleurs morceaux de ce poënie. ] C'est le jugement qu'en a fait M. Per- rault. Il a mis ce dialogue en vers français ^ il lut sa version à l'académie française, quand on y reçut M. l'abbé Fénélon (29). Cette lecture fut précé- dée d'un petit discours très-bien tour- 99 99 né: il protesta qu'il reconnaissait Ho- mère pour le plus excellent, le plus uaste et le plus beau génie que la poésie ait jamais eu; et que, afin de persuader les incrédules qu'il l'honore selon son mérite, il avait traduit en français cet endroit de l'Iliade. Il avoue qu'il en a retranché quelques digressions qui lui semblaient trop languissantes. Voilà le défaut d'Ho- mère: il est trop grand parleur, et trop naïf, grand génie d'ailleurs, et si fécond en belles idées, que, s'il vivait aujourd'hui, il ferait un poème épi- que où il ne manquerait rien. Il n'au- rait garde de donner à Androraaque, parmi les plaintes qu'elle fait de la mort de son mari, cette réflexion, que le petit Astyanax ne mangerait plus, sur les genoux de son père, la moelle et la graisse des moutons (3o). C'est peindre d'après nature, je l'a- voue; mais aujourd'hui on ne souffre point ces naïvetés dans l'épopée; nous trouverions cela trop bourgeois, et bon seulement pour la comédie. Je pense que nos comtesses et nos mar- quises craindraient de parler bour- geoisement si elles disaient comme la reine de Carthage dans Virgile, lib, IF, jEneïd., us. 328.

(a4) Juvenal., Sat. VI, vs..'ioi.

(25) Stat. Silv. //, lib. I, vs. ii3.

(26) • • • ■ Çunlis Berecrnthia mater Invehilur curru Phijgias turrita per urbes.

Virgil., /'Eneid., lib. VI, vs. 785.

(29) Le 3i de mars 1693. On a imprime' cette version dans la I'^. 'partie du Recueil de pièces curieuses, à la Haye, chu Moetjens, en i6g4.

Ce ne sont pas les défauts des anciens poètes, c'est celui de leur temps: pro- prement, il n'est pas question si les es- prits sont meilleurs dans notre siècle qu'anciennement; mais si notre siècle possède mieux les idées de la perfec- tion, et si nous pouvons appliquer au grand Homère ce qu'Horace a dit d'un autre: Si foret hoc nostrum fato dilalus in œvum, Detereret sibi mulla, reciderel omne, quod ultra Perfeclum trahereiur (3i).

(I) Quelques-uns ont fait ualoir le soin qu'elle auait des chevaux d'Hec- tor, afin de montrer que les femmes sont obligées de s'employer aux exer- cices les plus mécaniques du logis. ] Lisez CCS paroles de Tiraqueau: Çuœ locn Franciscus Barbarus in suo li- bcllo de Re uxorid, quem apud Gnl- los imprimendum primi omnium dedi- (3o) Voyez ci-dessus, tome I", pag. iS?, citation (26).

ÏOO jiius, solertcf scitèque annoiai'il, mo- nens his exeniplis uxores ne res hu- jusmodi contemnant quas jlndromache, etc et hoc quoque è nostris conimemorai'ltJo. Lupus iurep. rnbr. de don. inter YÏr. et uxor. et Bn. Cui- îil. in ti-act. nobilitalis, iu 38 privi- legio (32). Tiraqiieaun''a l'ait nulle ré- flexion sur ce que le mari d'Andro- maque n'était pas servi le premier; il a cru, sans doute, que cela prouve- rait trop, et qu'il fallait écarter de la vue des lecteurs une telle idée.

(32) Andr. Tiraquell., de Nobilit., cap. XX, num. loi, pag. 78.

ANDROMAQUE, en latin j4n- dromachus. Je ne parlerai que de six hommes de ce nom. Le premier Andromaque était de Si- cile: il fut père de l'historien Timée, et fondateur de la ville de Tauromenium, aujourd'hui Taormine. C'était un homme de cœur, et fort opulent. Il ras- ANDROMAQUE.

ANDROMAQUE.

libérateurs de la Sicile. Ils con- vinrent donc aisément Timoléon et lui d'agir de concert pour le rétablissement de la liberté (c). Le second Andromaque servit sous Alexandre-le-Grand, et fut gouverneur de laCœlé-Syrie. Les Samaritains le brûlèrent vif; mais Alexandre fit châtier selon leur mérite les auteurs de cette cruelle action {d). Je n'ai point trouvé d'autre Andromaque dans Quinte-Curce, quoique M. Mo- réri prétende y en avoir vu plu- sieurs. Le troisième Andromaque fut beau-frère de Séleucus Cal- linicus, roi de Syrie, et eut un fils (e) qui s'empara des provin- ces situées au-deçà du mont Tau- rus, et qui se fit saluer roi au temps d'Antiochus-le-Grand. Cet Andromaque fut détenu prison— sembla {a) sur une éminence nier assez long-temps en Egypte, nommée Taunis, proche de Les Rhodiens obtinrent sa li- Naxus, les habitans de cette berté, non pas de Ptolomée ville, qui s'étaient sauvés lors- Evergètes, comme on l'a dit que le tyran Denys la ruina. 11 dans le Supplément de Moréri, se maintint long-temps dans ce mais de Ptolomée Philopator (A), poste, et ce fut la raison pour Le quatrième Andromaque fut laquelle il le nomma Taurome- nium. Les fugitifs de Naxus prospérèrent dans cette nouvelle demeure; de sorte qu'en peu de temps ce fut une ville considéra- ble (Z»). Andromaque y reçut Timoléon, et voulut bien qu'il en fît sa place d'armes. Ce gêné- Plutarque, page 5ti2, rai corinthien ne venait que Crassus. Le cinquième un traître, qui fit savoir aux Parthes tous les desseins de Cras- sus, et qui, ayant été choisi pour guide, mena l'armée ro- maine dans des lieux oii il n'é- tait pas possible d'éviter qu'on ne la taillât en pièces. Voyez vie de Andropour délivrer la Sicile des tyrans maque était médecin de Nédont elle était opprimée. Andro- ron: j'en parle dans l'article maque faisait profession ouverte suivant. Le sixième Andromaque d'inimitié contre les tyrans, et est un sophiste qui enseignait il sollicitait depuis long-temps les Corinthiens à se porter pour (a) En la lo5". olympiade, vers l'an de Borne SyS.

(h) Diodor. Siculus, lib. AT7, pag, 4ii- (c) Plutarcli. in Timoleonte, pag. a4o. Voyez aussi Diodorc de Sicile, lih. XVI.

(c) Il se nommait A.CHÉE. Voyez son ar- ticle.

ANDROMAQUE.,oi dans Nicomédie sous le règne de Néron (e). Son fils, nomme' An- qui le DR05IAQLE, fit la même descrip- Dioclétien dit.

C'est Suidas (A) Les Khodiens obtinrent sa li- berté, non pas tle Ptolomce Efergètes, mais de JPlolomée Philopatnr. ] La faute du continuateur de Morëri est visible à quiconque fait réflexion que quand les Rbodiens obtinrent la li- berté d'Audromaque, il y avait deux ans que son fils avait passé le mont tion en prose (/). Damocrates la fit en vers ïambiques, dans un poëme qu'il composa sur les an- tidotes {g). Nous apprenons de Galien qu'Andromaque le père fit un traité de Medicamentis com- posi'tïs ad ajf'ectiis externos (h); et que c'était un homme docte Taiirus a\ec Séleucus Cëranus, roi de et éloquent (i). Érotien lui dédia Syrie, pour faire la guerre à Attalus, roi de Pergame. Or, cette expédition fut faite la même anne'e quePtolomëe Evergèfes mourut, et que Ptolorace Pliilnpator lui succëJa (i). C'est donc Ptoloinëe Piiilopator qui mit en liber- té Androuiaque, aGn de favoriser les son Lexicon. Je suis surpris que Meursius ait oublié un si célèbre médecin dans la liste qu'il a donnée des hommes illustres de l'île de Crète, au livre IV de son Rhodiens, qui voulaient Ôter à la ville ^ ^^^^^ "^ Cette lie. Quelques-uns de Byzimee la faveur d'Acliëe, et qui prétendent que ce médecin a été ne crurent pas que rien fi^lt plus pro- pre à leur procurer la bienveillance de ce prince que le prësent qu'ils lui feraient de son père. Voyez la remar- que (A) de l'article Achée.

(i) Voyez Ca[visias, ad ann. III oljinpia- dis i3g.

ANDROMAQUE, natif de l'île de Crète, médecin de l'em- pereur Néron (a), s'est princi- palement immortalisé par l'anti- dote qu'il inventa en mêlant des chairs de vipère au mithridate {b). Cet antidote fut nommé Thériace à cause de ce mélange, et nous l'appelons Thériaque. &-naîo'j signifie une bête; mais les médecins entendent en parti- culier par Qyipiy. les bêtes veni- meuses (c). Cet antidote effaça le mithridate, qui avait été jus- qu'alors dans une très -grande estime (d). Andromaque fit la description de son antidote en vers élégiaques, et la dédia à (a) Galenus, de Tlieriacâ, ad Pison. (i1 Vossius, de Philos., cap..Y//, pag. 95. (c) yide Galen., de Tkeriac, ad Pampûil. {dj Vossius, dePLiloâ., cap. XII, pa^. gS.

un bon astrologue (A).

(e) Galenus, lib. /., de Antidotis. Tïet- zes, chil. XII, n. Sgy, p. 224. if) Galenus, ibid.

(g) Idem, de Tlieriacâ, ad Pisonem. (Ji) ÀpudYossmva, dePhilosopli.,pa^. 06. (j) Galen., de Ântid., lib. I, cap. /.

(A) On prétend que ce médecin a été un bon astrologue. ] Commençons par rapporter les paroles de Vossius. Circa olympiadeni C 2C I (l'impri- meur a oublie un C; il fallait dire CCXl ) ac deinceps, neinpè extremis JVeronis temporiùus, et sub F'espa- siano, magnum sibi decus hiic scientid peperit ^ndroniachus Crelensis, qui primus dicitur edidisse theoricas pla- netarum. Voilà le texte de Vossius, à la page 161 de son livre de Scientiis malhematicis; et voici le commen- taire qu'il y ajoute: cette division est sa méthode ordinaire. Conseniiunt de eo Lucas Gauricus, et C/irislophonis Clafius, nisi qubd Gauricus perpe- ram Andronicum uocat qui Clat^io rectiîis Audromachus. lllum wide in Calendario ecclesiastico (*'), hune CornnientarioinSphœram Joan. de Sa- crobosco (*'). Je m'ëtonne que Vossius n'ait point dit s'il croyait ou non que cet Andxomaque l'astrologue fût le (*') Folio 16, edit. Venel. apud JunUis, ann. I "Ss. (*'■') Commenlar., in cap. I, pag, 4- ANDRONICUS.

même que celui qui a inventé la thé- riaque. Le temps où il le fait vivre, et la patrie qu'il lui donne, conduisent à croire qu'il n'y a ici qu'un Andro- maque. Je crois néanmoins que le si- lence de Vossius est un silence de pré- caution. Il ne voyait pas assez clair dans cette affaire 5 il n'a osé rien di- re, ni pour, ni contre. Moréri, bien Î)lus hardi, a décidé qu'Andromaque e médecin de Néron, et Andromaque l'astrologue, le premier qui ait écrit de la théorie des planètes, sont une seule et même personne. Je croirais facilement que l'astrologie d'Andro- maqiie est une chimère; car M. Dre- lincourt, oracle que je ne consultais jamais sans avoir lieu d'admirer l'é- tendue et l'exactitude de son érudi- tion, eut la bonté de m'apprendre, avec plusieurs autres choses dont je me suis servi dans cet article, que Vln^entor theoricarum de Clavius est une faute, laquelle on doit corriger par Ini>entor theriacarum. Les deux témoins de Vossius sont anéantis par- là, pour ce qui concerne la théorie des planètes: l'un ne parle que d'An- dronicus, et l'autre ne donne à An- dromachus que l'invention de la thé- riaque. Noixs avons ici un exemple bien sensible des erreurs que les fau- tes d'impression et de copiste font commettre aux hommes doctes. Blancanus, sur la foi de Clavius, a mis Andromaque parmi les mathémati- ciens: Andiomachus Crelensis, qiiein theoricarum irn>entorein faclt CLauius teur que Clavius a suivi, soit média- tement, soit immédiatement. Pour l'Andronicus de Gauric, ou pour quel- que nom semblable, on aura pu im- primer Andromachus. Sur cela, ceux qui auront su qu'un Andromachus de Crète a été médecin de Néron, et in- venteur de la thériaque, auront ajouté ces titres et ces éloges au mot An- dromachus, en donnant la liste de8 astrologues.

ANDRONICUS, philosophe péripatéticien, natif de l'île de Rhodes, vint à Rome au temps de Pompée et de Cicéron (A), et y travailla puissamraieut à la gloire d'Aristote, dont il fit con- naître les écrits (B), après les avoir tirés de la confusion oix ils étaient, et leur avoir donné un ordre plus méthodique (C). La destinée de ces écrits avait été fort singulière, comme nous le dirons en un autre lieu {a). On ne saurait bien représenter le grand service qui fut rendu alors par Andronicus à la secte des péripatéticiens. Peut-être ne serait-elle jamais devenue fort célèbre, s'il n'eût pris un soin si particulier des œuvres du fon- dateur. Ce soin procura beau— ( I ). Je dis la même chose touchant coup de gloire à Andronicus {b). Vossius. On n'a donc point d'autre Q^^eiq^^gg ^^^^^^ ^^ i^i attrifondement qu'une faute d'impiession, qu'un changement de therincarurn en theoricarum, pour dire qu'Androma- que est le premier ([ui ait écrit de la théorie des planètes. M. Drelincourt fortitiait sa conjecture, entre autres raisons, par celle-ci: C'est que l'épi- Ihète d'Inuentor ne vaut rien avec la théorie des planètes, qui était d'ail buent pas la paraphrase de la Morale d'Aristote (D); d'autres la lui attribuent, et prétendent qu'il a aussi composé le petit li- vre des Passions, que David Tloeschelius publia l'an iSgS. Il est certain qu' Andronicus avait va le mieux du monde pour Andro- trclle, taisant un chapitre (c) sur {a) Dans les remarques de l'article Ty- KANNION.

[b) Qucin citin aciiluni diligenlemqite ylrislotelicorinn lihroruin et judicein cl rc- pertorein judiciwerlt antiqiiitas. Boëlius, l'roœmio libri de Interprétât.

machus. 11 se pourrait taire qu'une semblable méprise des imprimeurs ou des copistes et\t érigé en astrologue notre Andromaque entre les mains de Clavius, ou entre les mains de l'au- (i) Blancan., in Malliemalicor. CUronologiS, pas- S<T.

ANDRONICUS.,o3 les deux espèces de leçons qu'A- pellicon (3). Le père Rapin a remar- ristote faisait à ses écoliers, don- f'f ^7°j "^"^ *=« 'I"e je siippose. Ce , ',. Jut cet Andromcui, dit-il (4), qui ne mot a mot une lettre qu A- commença a faire connaît, e Arislol lexandre écrivit à Aristote, et la réponse d' Aristote, et nous ap- prend qu'il avait trouvé ces deux lettres dans un ouvrage du plii- losojDlie Andronicus. Personne ne saurait dire si cet ouvrage est la paraphrase des catégories, ou celle de la physique. On sait bien qu'Andronicus a paraphrasé ces deux traités d' Aristote (E). Je ne crois pas qu'il ait été le luaî— tre de Strabon (F).

(A) // fint a Rome au temps de Pompée et de Cicéroa.'] On peut re- cueillir cela de deux passages de Plii- tarque: l'un est dans la Vie de Sylla (i), l'autre dans la Vie de Luculle (a). Celui de la Vie de Sylla nous apprend trois choses: i°. Que Sylla fît porter d'Athènes à Rome la bibliothèque d'Apellicon, où les œuvres d'Arlstote se trouvaient pour la plupart; 2°. Que le grammairien Tyrannion tira de la bibliothe'que de Sylla plusieurs livres; 3°. Qu'Andronicus le Rhodien eut de ce Tyrannion les ouvrages d' Aristote. L'autre passage de Plutarque nous ap- prend que Tyrannion fut pris par Lu- culle à la défaite de Mithridate, et que Mure'na, l'ayant demande à Lu- culle, l'affranchit. On sait d'ailleurs que ce grammairien s'enrichit à Ro- jue, et y amassa une nombreuse bi- bliothe'que. Il faut donc qu'Androni- cus ait été à Rome au temps que je marque, puisqu'il retira des mains de Tyrannion les ouvrages d'Arisfote. Nous verrons dans la remarque (C) si le père Rapin a dû dire qu'Andro- nicus ne vint à Rome qu'après la mort de Tyrannion.

(B) Il fil connaître les écrits d' Aris- tote. ] Cela suppose qu'ils n'étaient pas connus h Rome, et j'ai raison de le supposer, puisque Cicéron l'assu- re, et que Pluiarque veut même qu'ils aient été peu connus aux Athéniens, lorsque Sylla se saisit tles livres d'Adans Rome, environ le temps que Ci- céron s'élefait, par sa grande répu- tation, aux premières cliargcs de la république,.-. Cicéron aidait appris en Grèce ce que c'était qu Aristote: « Il j) connaissait une partie de son mé- » rite, qui n'était pas encore fort con- » nu à Rome, comme il paraît par )) la surprise de Trébatius qui, étant » venu rendre visite à Cicéron dans » sa maison de Tusculura, et étant » entré avec lui en sa bibliolliéque, )> tomba par hasard sur le livre des » Topiques d'Aristote, dont Cicéron » avait une copie. Trébatius lui de- » manda ce que c'était que ce livre, w et de quelle matière il traitait; car » quoiqu'il ne fût pas ignorant, il )) n'avait pas toutefois encore enten- » du parler d'Aristote. Cicéron lui ré- » pondit qu'il ne devait pas s'en éton- » ner; car ce philosophe n'était con- » nu que de fort peu de gens (5). » Je ne saurais m'empécher de dire ici que cet agréable écrivain ne rapporte pas exactement le passage de Cicéron. Apparemment il ne l'a point fait par mégarde, mais afin que sa narration fût moins chargée. C'est un inconvé- nient inséparable de ceux qui s'atta- chent à l'exactitude: ils ne sauraient éviter un détail qui fatigue le lecteur. Or, on aime mieux être trompé par une narration coulante et serrée, que d'être ennuyé par uu discours trop exact. Voici ce qu'il aurait fallu dire pour représenter en abrégé le passage de Cicéron dans son état naturel. Tré- batius, feuilletant dans la bibliothè- que de Cicéron tels livres que bon lui semblait, tomba sur les Topiques d'Aristote. Il fut frappé de ce titre, et demanda toutaussitôtà Cicéron ce que c'était que cet ouvrage; et dès qu'il l'eut su, il pria Cicéron de vouloir lui expliquer cette matière. Cicéron (3) Oi/Tû) tÔts a-a.tpùè; yvceoi^ôfjiivn toiç 7ro\Xo7ç. ffaud duin salis in vuïgus iioU. Plu- tarclius, in Syllâ, pag. 468.

(4) Rapin, Compaiaiion de Platon et d'Aris- (5) Le père Kapin cite en marge ce qui suit: Quoil quidcm minime sum admiratus cum plii- losoplium Treballo non esse rognitiira, qui ab ipsis pliilosopliis, (irœtfr adn-iodii.n psucii.;, Ignore lur. Cicero Tupicor. initio.

îo4 ANDRONICUS.

aima mieux lai conseiller, ou d'etu- nicus le Rhodien ayant, par les mains dier lui-même ce livre, ou de se le AeTyruumon, recouvré les originaux^ faire expliquer par un habile rheto- ricien. Tréb;itius essaya l'une et l'au- tre de ces deux choses sans nul suc- cès: l'obscurité du livre le rebuta. Le vhetoricien lui dit qu'il ne connaissait point Aristote. Cicéron n'en fut pas e'ionné, encore que cette ignorance ne lui parût pas dit;ne d'excuse. 11 fal- lut donc qu'à la prière de Trël^atius, qui était un docte jurisconsulte, il écrivît sur les Topiques d'Aristote (6j: Uinimque, ut h te audiebam, es exles mil en lumière, et écrifit les som- maires que nous ai'ons maintenant. Il est bon de joindre à cela ce passage de Porphyre: Mi//.ns-a//.svùç é'' ' hTrnx- KÔScef,ov tÔv 'A^uvâiiv, koli 'AvJpôvixov Tov ITj/x^siTïTfjtov, ftiv 0 /uev 'UTrixc-p/^^v tov x!e/jt.(iSiypa.<p(iv ùç J'îx.a. lôfAOVç t^ipcev a-uv- riya.yi,o cT' 'Apiçorîkouc Ktti Qio^fttç'ot/ fiiShia. ik ■Trpctyf/.a.Tiia.ç S'ttÎKt, tolç cii>iiia,ç ÔTToSia-iiç iiç TO-iiTo o-uv ciycty 00 V, oircD es Keit iyoù (lo). Imitatus Jlpol- lodoruin Atheniensem et Andronicunt pertus. Sed a libris te obscuritas reje~ peripaleticum, quorum ille Epicliarcit. lihetnr auteni ille, magnùs ut muni comicum in decem collegtt toopinor, Arislotelica se ignnrare res- mos, iste i^ero ylristotelis et Iheopondit. Quod quidem minime sum ad- phrasti libros in traclatus distribuit, miratus, eum pliilosophum rhetori non proprias suppnsitiones in idem condu esse cognitum, quiab ipsis philosophis pnelcr admodîim paucos ignoretur, Quibus eo minus ignoscendum est, quod non modo rébus iis quœ ab illo dictœ et inwentœ sunt allici debuerunt: sed dicendi quoque incredibili qud- dam cum copia, tum etiam suauita- te (7). Pour ne rien celer aux lecteui's, cens; sic et ego. J'avoue que je n'en- tends pas trop bien la foi'ce de ces mots grecs: tÂç oimictç vTroBîcntç ih ra-uTo a-uva.yciycev. J'entends beaucoup moins cette version: proprias suppo- sitiones in idem conducens; mais il me semble que l'un ou l'autre de ces deux sens peut passer. Porphyre veut je dois dire ici rpie Strabon donne à nous apprendre ou qti'Andronicus ras- entendre que le bibliothécaire de Syl- sembla en un même corps tous les traites qui appartenaient à une même matière, ou qu'il joignit à chaque traité un sommaire convenable. Le premier sens me paraît meilleur, et s'accorde mieux avec Plutarque, et avec la comparaison que Porphyre fait entre Andronicus et lui; car Por- phyre n'a fait autre chose que mettre des titres aux e'crits de son maître Plotin, et que les ranger sous certai- nes classes. Je n'ai point trouve' d'au- teur qui dise tout ce que j'ai lu dans le père Rapin j et comme il ne cite que Plotin, je ne sais s'il parle après quelque livre que je n'ai pas con- sulté, ou s'il paraphrase Plotin et Plu- tarque. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'il dit; Moréri n'a fait que le copier: ylprcs la mort de Tyrannion, yin- dronicus le Rhodien étant l'enu a Ro- me, et connaissantfort bien le mérite d'yirislote, parce qu'il at'ait été nourri dans le Ly cce, il traita avec les héritiers de Tyrannion de ces écrits, et, les ayant en son pouvoir, il s'attacha avec tant d'ardeur à les examiner et à les reconnaître, qu'il en fut en quelque Jaron le premier restaurateur, com- (10) Poriili., in Vità Plotini.

la permit aux libraires de faire des copies des ouvrages d'Aristote ] mais qu'ils se servirent de copistes igno- rans, et qu'ils ne collationnèrent point (8): cela fit que ces ouvrages furent publiés avec mille fautes. On ne pour- rait point réfuter par-là ce c(ue j'ai dit: je puis répondre que l'édition d'Andronicus étant plus correcte ex- cita la curiosité des savans, qui était demeurée assoupie pour des édi- tions pleines de désordre. Voyez la note (8).

(C) // donna un ordre plus métho- dique aux ouvrages d'Aristote. ] Plu- tarque assure qu' Andronicus, ayant eu de Tyrannion les ouvrages d'Aris- tote et ceux de Théophraste, les pu- blia, et y joignit des indices: tlctf «tî/TOt/ tÔv 'PciJlOV ' AvJpÔviKOV SL'TTopVa.VTOt.

TCDi aLvTtypâ.^oiv ùç /Liio-nv èiivtti, Kctt oLvct- ypa^cti Taùç vi/v cfupo/xêvoyç TrivaLKttç (g). Amyot a rendu ainsi ce grec: Andro- ('J) Il le composa après la mort de Ce'sar; d ou Von pful conclure qite l'édition même W.Vmlronicus ne rendit pas d^abord bien com- muns dans Rome les livres ri'Aristote.

(7) Circro, mit. Tupicor.

[()) l'iutarcb., in Syllâ, pag. 4^8.

ANDRONICUS.

io5 l'iutarque, qui assure qu ivnaronic suis ne doute point qu A tira des mains de Tyrannion les ou- fait cette paraphrase et