SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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vrages d'Aristote. Plutarque, je l'a- ttaS^v, que David Hoesi voue, n'est pas si exact qu'il faille se blie sur deux manuscrit me l'assure Porphyre dans la P^ie de dit cela dans sa Bibliographie politi- Plotin, Car non-seuleine/il il y réta- que; sur quoi M. Placcius fait cette blit ce qui s'y était gcité par la Ion- remarque: Ubi lapsus menioriœ sic gueur du temps et par la négligence oportet quod de Olympiodoro mémode ceux qui aidaient eu ces écrits entre rat, ctim ejus nullain unquàni in al» les mains; mais il les tira même de terutrd editione mentionem Heinsius V étrange confusion oii il les at^ait trou- fecerit (i3). La parenthèse montre ués, et en fit faire des copies (i i). Le qu'on a pu n'imputer à Heinsius que le commencement de ce passage dément titre <}CAndronicus Rhodius. Meur- Plutarque, qui assure qu'Andronic sius ne doute point qu'Andronic n'ait ît le traité Tift jeschelius a pu- inuscrits: l'un, qu'il faire un scrupule de s'écarter de ses avait reçu de Margunius; l'autre, circonstances; mais quand on n'a point qu'André Schottus avait envoyé d'Es- d'auteur qui assure que les héritiers pagne à Sylburgius (i4). Vossius at- de Tyrannion, et non pas Tyrannion tribue ce dernier livre à un Andronic lui-même, vendirent, les écrits d'Aris- beaucoup moins ancien que celui dont tote à Andronicus, je crois qu'on fait je parle dans cet article (i5). Reine- bien de suivre Plutarque, puisque les sius est du même avis que Meursius raisons chronologiques ne se déclarent (16); mais Saumaise soutient haute- pas contre lui. Voyez les remarques ment qu'Andronic de Rhodes n'est de l'article Tyrannion. Quelqu'un a dit point l'auteur de la paraphrase que qu'Andronicus a été le dixième suc- Daniel Heinsius a traduite. C'est sans cesseur d'Aristote, et qu'il a fleuri en aucun jugement, dit-il (17), que ceux la 180'-. olympiade (12). g„i ont les premiers publié cette pa- (D) On ne lui attribue pas absolu- raphrase l'ont attribuée à Andronicus: ment la paraphrase de la Morale d' A- et il se moque de ce qu'ils s'étaient ristote.'] Daniel Heinsius, qui a tra- vantés d'avoir trouvé plusieurs bonduit en latin cette paraphrase, fait nés preuves de ce fait dans les anciens connaître assez clairement qu'il la interprètes d'Aristote (i8j. Il montre croit de ce célèbre péripatéticien. Il que le véritable Andronicus explique la publia en grec et en latin, à Leyde, autrement, dans Aulu-Gelle, que ne 1 an 1607, in-4°: elle n'avait jamais fait le paraphraste, la différence qu'il ete impriméd, ni en grec, ni en la- y avait entre les iia>Tip,^â, elles Mcpox- tm. Il se glissa une infinité de fautes rr,x.à. d'Aristote. Il s'étend beaucoup dans cette édition, qui furent corri- là - dessus. Il ajoute qu'en plusieurs gees, du moins en partie, dans celle choses le paraphraste n'est point du de 1 an 1617, in-8°. Heinsius a mis le sentiment d'Aristote (19). Intam mul- nom d Andronicus Rhodius à la tête tis abit a mente Aristotelis, ut An- de la s_econde édition. Il s'était con- dronici esse genuinum opus soli pos- tente dans la première de donner le sint credere qui mhil in litteris his uihvre a un ancien philosophe, excel- dent. 11 ne saurait croire qu'un aussi lent peripaléticien. Il s en tint à cette grand philosophe qu'Andronicus eût généralité. Une parenthèse peut jus- voulu abuser de sou loisir, jusqu'au tifier trabriel Naudé contre iM. Plac- point de paraphraser un ouvrage qui cius: Lui se Damelis Heiusiu...dili- est le plus clair du monde: Quis cre- gentia sociuin non ita pridem adjunxit dat lanti numinis peripatclicum otium Andronicus Rhodius {autpotiiisOljm- ^uam occupasse in EUiicis Aristotelis piodorus ): tamen enim appellationem Paraphrusi elucidandis, quo libro in posteriori editione consulta sortitus est, cîim in priori ab eodem Heinsio factd Lugduni Batavorum sub ano- nymi noniine latens...fuis set...ai'i- clè à cunctis receptus. C'est Naudé qui (11) Rapin, Comparaison de Platon et d'Aris- (12).\ramonius, rt;;u(< Jonsiiim de Scriptor. Jlist. Pbilgsoplior., pag. 60.

(i3) Placcius, de Anonymis, png. 61. (i4) Meursius, de Rhodo, lib. II, cap. f, (lâj Vossius, de Phllosopliià, cap. V, pag. 36. (iii) Reinesii Epist., ad Rupertum, pag. 3i2. (17) Salniasius, in Epictel. etSimplic, pag.

nihil lucidius? Cette dernière preuve me semble faible.

(E) // a paraphrasé les Catégories et la Physique d' A ristote.'\ Simpli- cius le témoigne en divers endroits de ses Commentaires, Voyez François Pa- i ricins (20).

(F) Je ne crois pas qu'il ait été le maître de Slrabon. ] Je ne sais si les imprimeurs ont oublie quelques mots ou quelques lignes de la copie de Rei- nesius, ou si Reinesius est le vérita- ble auteur de ces paroles de la pa^e 3i2 (21). Amasiœ Magister ( Andro- nicus Rliodius ) Strahonis: hic l. xiv. C'est dire que Strabon, dans son XI V*. livre, nous apprend qu'il fut disciple d'Andronicus Rhodius à Amasia. Je trouve bien qu'il fut disciple du gram- mairien Aristodemus à Nyse (22), et du philosophe péripateticien Xenar- que, dans un autre lieu (23) 5 mais je suis fort trompe s'il dit autre chose d'Andronicus, dans son XIV*. livre, ANDRONICtS.

ANDRONICtS.

sère; il était si pauvre, qu'il fut obligé de vendre à un très-vil prix le meilleur de ses ouvrages (B). On avait supprimé cet ou- vrage; mais Orbilius le racheta, et le publia sous le nom de l'au- teur: il s'en vanta pour le moins. Andronicus était de la secte d'E- picure, et vivait au temps de Cicéron {a). M. Moréri a commis ici bien des fautes (C).

{a) Ex Suetonio de illustribus Grammat, cap. riii.

(A) // s'attacha trop à étudier la philosophie. ] Les paroles de Sue'tone sont bien choisies: Studio Epicureœ sectœ, desidiosior inprofessione gram- muticœ habebatur, mi/iiisque idoneus ad tuendam scholani. C'est une leçon à tous ceux qui veulent s'attirer un que de le compter entre les hommes grand nombre de disciples. Il faut, illustres de l'île de Rhodes (24) j et ou qu'ils s'appliquent tout entiers à nicus ait jamais enseigné dans Amasia (20) Discussionum Peripateticar. lom. 1, (21) De ses Lettres à Rupert.

(22) Slrabo, lib. Xir, pag. 447.

ANDRONICUS (Marcus-Pom piLius), Syrien de nation, enseiphilosophe, qui est curieux d'expé- riences physiques, qui examine avec ardeur si Descartes a mieux réussi que Gassendi, court grand risque de voir déserter sa classe. Un médecin fort attaché aux médailles, aux ma- thématiques, aux généalogies, verra diminuer de jour en jour le nombre de ses malades. C'est pour cela que M. Spon fut bien aise d'apprendre au public que l'on se tromperait fort, si gna la grammaire a ivome. o at- j'o^ croyait que l'étude de l'antiquatachant trop à étudier la philo- riat fût sa principale aflaire (i). Il Sophie CA), il ne soutenait pas éprouvait que cette opinion Im faisait °"1, *^ ^'.,. ^ grand tort, eu égard a la pratique de avec la diligence nécessaire sa f.j niédecine. Il est même indubitable, profession de grammairien; de qu'un professeur, qu'on sait engagé à sorte que son école fut négligée, la composition de plusieurs liv^res, ne Quand il vit qu'on lui préfé- rait, non - seulement Antoine Gniphon, mais aussi d'autres grammairiens inférieurs à celui- là, il ne voulut plus tenir école, ni demeurer à lloine; il se re- lira à (Àiines, et employa son loisir à faire des livres, (^ette oc- cupation ne le tira pas de la mipasse pas pour être propre à faire de bons écoliers: on s'imagine qu'il n'en a pas le temps. C'est pourquoi ceux qui chercheraient à s'enrichir par rinstruction de la jeunesse, feraient fort mal de s'engager à être au- teurs.

(B) Il fut obligé de vendre a très- (1) Vojez Za lettre qu'il e'crivit à Vauleitr des NouNcllesdela Kcpublique des IcUres, mois de janyier iGS5, article V.

ANDRONICUS.

i>U prix le meilleur de ses oui^i âges. ] Suetoae le traite d'opuscule. Opus- culum, dit-il (2), Annalium elencho- rum. Le titre devait donc être Elen- chi Annalium. Il y a de bons manu- scrits de Suétone qui ont cette leçon: Opusculum suum Annalium Ennii elenchorum{i). Achille Statius (4), et Vossius (5), se déclarent pour cette leçon, et ils font bien ce me semble.

pour auditeur. Il enseigna dans la maison de Jules César, lorsque Jules César n'était encore qu'un enfant: Cicéron, déjà préteur, Tallait enten- dre. Voilà deux circonstances de temps que Vossius emprunte de Sué- tone, pour établir Tâçje de Pompilius Andronicus, en y joignant cet autre fait attesté par Suétone; c'est qu' An- dronicus, et Gniphon tinrent école De quelque façon qu'on lise, on peut en même temps. M. Moréri s'est égaré connaître qu'Andronicus avait cen- au milieu du plus beau chemin: il a sure quelque annaliste. entendu d'Andronicus ce c[ue Vossius (C) iH. Moréri a commis ici bien disait de Gniphon. Il a cru d'ailleurs des fautes. 1 1°. Il a dit Pompinius, que tenir école dans la maison d'un au lieu de Pompilius; 1°. il avance homme, ne soit autre chose qu'être faussement qu'Andionicus aidait été précepteur de son fils. précepteur de Jules César; et que Ci- céron, étant déjà prêteur, se faisait un grand plaisir d'être du nombre de ses auditeurs; 3°. il traduit Annalium Elenchi, par Je.î Annales disposées en tables; L^°. il dit que quelques-uns ANDRONICUS, de Thessalonî- que, fut un des Grecs fugitifs qui portèrent l'érudition en Oc- ^ ^ ^ ^ cident au XV^ siècle. Il passait ont attribué ces tables a Ennius. C'est pour le lueilleur professeur après ainsi qu'il entend ces paroles de Vos- 'fliéodore Gaza, et peut-être sius,:« qmbusdamtamenlibrisest.,.^ j^ Surpassait dans énerve le raisonnement de Suétone. Cet historien avait louché deux cir- constances qui prouvaient merveil- leusement la pauvi'eté d'Andronicus: l'une était prise de l'importance de ce qui fut vendu; c'était le principal ou- vrage de l'auteur: l'autre était tirée du vil prix, que cet ouvrage fut vendu. M. Moréri croyait tout dire par ces paroles: // était si paui^re, qu'il fut contraint, pour subsister, de i'endre un petit traité qu'il ai'ait composé.

Comment ne voyait-il pas qu'il ùfait presque toute la force à la preuve de l'historien latin? On ne sera pas fâché de savoir d'où est venue sa seconde faulequi comprend deuxou trois insi- gnes faussetés. Il n'a point compris le raisonnement de Vossius. Il s'agissait de prouver qu'Andronicus avait vécu au temps de Sisenna, de Quadrigarius et de quelques autres. Vossius le prouve par la raison qu'Antoine Gni l'intelligence de la langue grec- que; car il avait lu tous les au- teurs qui avaient écrit en cette langue, et il entendait fort bien la philosophie d'Aristote. Il en- seigna dans Rome, et il y était logé chez le cardinal Bessarion. Les gages qu'on lui donnait fu- rent si petits, que la misère l'o- bligea à sortir de Rome. Il s'en alla à Florence: il y fut jjrofes- seur assez long-temps, et s'attira un grand nombre d'auditeurs; mais comme il espérait de trou- ver en France une meilleure for- tune, il s'y transporta, et y mourut peu après dans un âge très-avancé. Il prononçait mal, -, -Al- -,, et il ne se mêlait d'autre chose me temps, et que ce Gniphon, au rap- q"^ de ses études («). Platine Im port de Suétone, enseignait dans la donne 1 eloge d avoir tres-bien maison deJules César, et eut Cicéron su et le grec et le latin (Ù). On (2) Sueton., de illuslr. Grammat., cap. VIII.

(3) P'ide Casaubonuin in hune Suetoaii lo~ cutn.

(4) fn Sueton., ibitlmn.

(3) De Histor, Latin., pag.lî'].

(rt) Grœcâet latind liitgiiâ apprimè erudi- tus. Plalma, in Panegyric. Bcssarionis.

ih) Tiré de Volaltrran, lib. XXI, io8 ANDRONICUS.

verra dans mes remarques une un coup, M. Moreri ne devait pas le méprise de Gabriel Naudé (A), distinguer de celui qui enseigna dans , 1. » ^ ^ Pans, ni dire de celui-ci qu il tut n y avait en même temps un au- pi-ofesseur à Bâle. L'auteur àAihènts tre Andronic qui enseignait à Bologne, et qui était de Con- stantinople (B).

ancienne et noiwelle met Antonicus au nombre des savans grecs qui pas- sèrent en Italie 5ur le mUieudu quator- zième siècle (4)- 11 a sans doute voulu dire Andronicus, et il a mis quator- zième au lieu de quinzième.

(B) Il y ai/ait en même temps un autre Andronic, qui enseignait a Bo- logne, et quiétait de Constantinnple.'] Philelphe en parle avec ëloge dans plusieurs de ses lettres. Cet endroit, tiré de la première du XXIV''. livre, datée du dernier octobre i^6^, suf- fira: Quaiè non possuni vos omnes qui Bononiœ agitis non mirari pluri- miim, qiibd ciitn uobis uiri doctissimè eruditi copia data sit ad grœcam dis- ciplinant peniiùs consequendam,?na- litis indocti esse quam docli. JYun- quain ec/uidem discendi gratid traje- cissem in Grœcinm Constantinopolim, qud in urbe septennium egi, si istius- modimihi Andronicus Bjzanllus esset oblalus.

(4) Albènes ancienne et nouvelle, pag. 289 de la 3'. édition de Paris, en 1676.

ANDRONICUS ( Tranquillus), né en Dalmatie, vers la fin du XV. siècle, travaillait à un ou- vrage qu'il faisait espérer au pu- blic (A). Il enseigna dans l'aca- démie de Leipsick, en même temps que Mosellan (B). Nos re- marques feront voir qu'il a pu- blié quelque chose (a). Érasme lui écrivit une lettre, qui est la X^ du I\^ livre.

les Turcs avaient réduit la Dalmatie ne permettait point qu'on y cultivât l'étude des belles-lettres, et qu'ainsi le recueil de ses éloges ne comprendrait point de gens de ce pays-là, ajoute, à moins que Tranquillus Andronicus ne fasse connaître le mérite de ses coin patriotes. Rapportons les paroles mêmes de Paul Jove: Siculneniodi-g- (A) P'oici une méprise de Gabriel Waiidc au sujet d' Andronic. ] Ayant dit qu'un Hermonyme de Sparte en- seigna dans Paris, il ajoute, après ce- la, il y en t^int encore un autre, nommé Tranquillus Andronicus Dalmata, qui fut le dernier de ceux qui y arri- f^èrent pendant le règne de Louis XI (i). Il est visible qu'il confond An- dronic de Thessalonique avec celui dont je parle dans l'article suivant. Moreri a commis la même faute; et, ayant voulu se servir de distinction, il s'est encore plus embrouille. 11 veut que son Tranquillus Andronic, pro- fesseur en langue grecque à Paris, ne soit pas celui quiai^aitbeaucoup de part en l'amitié du cardinal Bessarion; et néanmoins, c'est une chose certaine que le client de ce cardinal ne diffère point de celui qui fut professeur à Paris. Il ne fallait pas le nommer Ca- lixte Andronic, comme a fait M. Mo- re'rij mais Andronic Calliste. Consi- dérez ces paroles qui nous apprennent qu'il était parent du fameux Théodore Gaza: Gaudeo equidem plurimiim, c'est Philelphe qui parle, dans une lettre qu'il écrivit de Milan à ce Théo- dore, le 2 1 de janvier 1469, erudi- tissimum i^irum miJiique amicissimum Andronicum KalUstum necessarium tuiim apud i>os agcre, id est in musa- rum et sapientiœ domicilio, quem ut verbis meis sah'ere jubeas abs tepeto, meque to7ç Tnfi Vivia-o-cn^im (t. tov S'iovrô- 'Tiiv commenda (3). Cet Andronic Cal- liste était péripatéticien, et a fait un livre de Physicâ Scientiâ et Fortund; une Monodie de misera Constantino- (i) Naudé, Addit.

(2) Philclpli., E l'Histoire de Louis XI, clph., Jipist., lih. XXIX. Voyez droit du livre XVI et un autre du liv. XVII. Ces passages tn'onl été indiqués par M. de la Monnoic.

(3) Dans sa BibliotbecanovaManuscriptoruin.

Jh tiens cela du M. de la Monnoic, comme «ntii ce ijui est contenu dans la remarque tuivtmte.

ANGIOLELLO.

nus clogio coinparcat, nisi in lucern studiosè producal cii'es suos Tianquil- lus Andronicus prœclarus Ciceronis œniulator, dum grai'issimaruni actio- num ac othomanicœ Ittgalionis, ob- scurorumque nobis itineruin Conimen- tariaperscriba{\). Ce passage insinue qu'Andronicus avait fait le voyage de Constantinople, ou comme envoyé, ou à la suite d'un ambassadeur. Konig n'use pas de tant de reserve ^ ii décide qu'Andronicus fut député en Tur- quie, et fit un livre sur sa négocia- tion: Legalinneni ad Turcam obiït, eamque suis Commentaiiis illusliai'it. On ne saurait trop souvent fronder les auteurs qui amplifient ce qu'ils ci- tent. Paul Jove ne parle que d'un ou- vrage auquel Andronicus travaillait. Konigconvertitcela en un livre donné au public.

(B) // enseigna a Leipsich], en même temps que MoselLm-l C'est de Simler que je sais cela; Hic, dit-il (2), /itte- ras docuit Lipsiœ, Pet. MoselLani tempore. 11 le nomme Tranquillus Parthenius Andronicus Dalmata, et lui donne une harangue imprimée à Augsbourg, Tan i5i8, et à Vienne, l'an i54i- Le sujet de cette harangue est d'eshorter tous les princes d'Alle- magne à la guerre centre les Turcs. On a une autre harangue de lui de Laudibus Eloquentiœ, et quelques cer* latins (3j. LesSupplémens de Du Ver- dier nous donnent un dialogue du mêmeauteur. 11 a pour titre Hylla: les interlocuteurs sont César, Sylla, Pompée, Minos; il est imprimé à Leipsick, in-S". (4): l'année de l'im- pression n'est point marquée dans ces Supplémens de Du Verdier.

(j) Jovius, in Elogiis, pag. 299.

(2) Ëpltom. Bibliotb. Gesneri, pag. 806.

(3) Idem, ibid.

(4) Idem, ibid.

ANGIOLELLO ( Jea>--Marie), natif de Vicenze, a comjDose en italien et en turc une histoire de Mahomet H., laquelle il lui dédia. Elle fut agréablement re- çue par ce fier sultan qui, outre les caresses qu'il fit à An- giolello, lui donna des marques de sa libéralité. L'auteur avait été témoin oculaire de ce qu'il rapportait; car étant un des es- claves du jeune sultan Mustapha, il le suivit à l'expédition de Perse, l'an 1473. Je parle de la terrible guerre que Mahomet alla porter en personne avec près de deux cent mille combattans dans les états d'Ussun-Cassan. Il y a lieu de s'étonner qu'Angiolelio, qui connaissait sans doute la fierté de cet empereur turc, ait osé redire les paroles outrageantes qu'Ussun-Cassan employa pour lui reprocher une naissance illé- gitime, lorsque d'une hauteur, qui était au bord de l'Euphrate, il eut découvert l'armée des en- nemis. Peut-être Mahomet igno- ra toujours que l'histoire eût immortalisé cette injure; car les princes ne savent pas tout ce qui est dans les livres qu'on leur dé- die. Quoi qu'il en soit, l'ouvrage d'Angiolello n'en fut pas moins bien reçu, ni moins bien récom- pensé {a). Ceux qui le font fleu- rir en i524 ip)-) le prennent un peu trop sur son arrière-saison; mais ce qu'ils ajoutent, qu'il a composé la vie d'Ussun-Cassan, est plus juste. On imprima à Ve- nise, l'an 1 553, un ouvrage de Gio V.Mario Angiolello délia T^ita e Fatti di Re di Persia (c), et l'on voit dans la bibliothèque de M. de Thou {d), Relalione délia Vita e de Fatlidelsignor Usun- Cassan, par notre Angiolello.

On a oublié de marquer l'année et le lieu de l'impression.

{a) Voyez l'Histoire de Maboniet II, par Guillel, tom. Il, pag. 210, 2l8, 234- [b] Konig, Biblioth. vet. et nova, coce ÀDgelellus.

(ci t'oyez le Catalogue d'Oxford.

( d ) Première partie du Catalogue, ANGLUS.

Rome par la congrégation de Vindex, et en d'autres lieux par les censures des académies (E). Il eut un sentiment fort parti- culier sur l'état des âmes sépa- rées du corps, et sur la facilité d'acquérir le paradis. Je ne sais IIO ANGLUS (Thomas), prêtre an- glais, ne s'est pas moins fait connaître par la singularité de ses opinions, que par la multi- tude de ses petits livres, dans le XVIF. siècle. Il était d'une fort bonne maison, et il l'a souvent indiqué sur le frontispice de ses pas bien en quelle année il est ouvrages(A). Il a porté plusieurs mort: il ne l'était pas, lorsque noms (B); et il y a peu de pays Charles II fut rétabli sur le en Europe oii il n'ait fait du se- trône d'Angleterre. J'ai vu des jour. 11 fut principal de collège livres de sa façon, composés de- à Lisbonne, et sous-principal à puis le mariage de ce prince avec Douai (a). Rome et Paris lui ont l'infante de Portugal. Il ne fut point ami des jésuites, et il n'au- rait pas été fâché qu'ils l'eussent jugé digne de leur colère (F). J'ai ouï dire, qu'au commence- ment des troubles qui s'élevè- rent entre Charles l". et le parle- ment, il écrivit en anglais pour soutenir avec l'église anglicane le sentiment de l'obéissance pas- sive.

fourni de longues stations. Il a été long-temps domestique du chevalier Digby, et il a témoi- gné publiquement qu'il avait une estime très-particulière pour les opinions de ce gentilhomme (C). Il se piqua de persévérer dans le péripatétisme, et de ré- sister aux lumières que M. Des- cartes voulut lui donner (D). Il prétendit même faire servir les principes d'Aristote à l'éclair- cissement des plus impénétra- bles mystères de la religion; et dans cette vue, il se mêla de manier les matières de la liberté, et de la grâce. Il s'y embarrassa, et pour avoir donné trop l'essor à ses pensées particulières, il ne plut, ni aux molinistes, ni aux jansénistes. Il avait l'esprit assez pénétrant et assez vaste; mais il n'était pas heureux à discerner les idées qui méritaient de ser- vir de règle et de fondement, ni à développer les matières {b). C'était un philosophe et un théo- logien héléroclitc. Quelques-uns de ses ouvrages ont été flétris à (a) Voyez le livre intitule Slilcri appen- ja, etc. pag. 5o.

(A) // était de bonne maison, et il l'a soui'ent indiqué sur le frontispice de ses out^rages. ] Par exemple, ses trois dialogues de Miindo, imprimés à Paris, en 1642, contiennent au ti-^ tre, Authore Thomas Anglo, è gene- rosd Albiorum in Oriente Trinoban- tuni prosapid oriundo.

(B) // a porté plusieurs noms.'] Voici ce que M. Baillet remaïque sur ce su- jet: M. Digby « avait près de lui le ')) fameux Thomas Anglus, gentil- » homme anglais, prêtre catholique, » d'une des plus anciennes maisons » d'Angleterre, revêtu d'un extérieur » hibeinois, vivant dans une grande » mais volontaire pauvreté. Son vrai )) surnom était fVhile, qu'il avait » coutume de déguiser, tantôt eu » Candidus, tantôt en yllbius (* ), » queUpicfois en Bianchi, quclque- )) fois en Bichworth; mais il n'était » presque connu en France que sous le M nom de Thomas Anglus...• cause d'Albion ANGT » uiL'Tit ÏM. f^'itus (i). » On \oit au bas de plusieurs épîtres dedicatoires de Thomas Anglus, Thomas ex AL- biis.

(C) // aidait une estime particulière pour les opinions de Digbj. ] Voici le titre d'un de ses livres, imprime' à Lyon, en 1646: Instituiionuru Peri- patelicarum ad mentern sumnii v/iri clarissimicjue Philosophi KenelmiEqdi- Tis DiGB^i. La préface donne la raison de ce titre en cette manière: Qund ad mentem summi viri et clarissivd philosophi Keneliid equilis Digbœi scripta pronunciem, indè est qubd ciim in invidendo illo de aniniœ im- mortalitate libro totam naturœ com- positionem à printd corporis ralione usquè ad vu'isibiles animœ spirilualis arliculos dissecuerit, et in omnium oculos intulerit, alia qu'ani ipse prœ- cesserat incedere neque uolui neque potui. Quicquid itaquc deillo subjecto uides, indè iranslatum est. Il ue se contenta pas de lui faire hommage de ses doctrines philosophiques: il vou- lut de plus relever de lui en qualité' de théologien, et cela par rapport aux plus sublimes mystères; témoin le livre qui a pour titre: Quœstio Theo- logica, quomodb secundiim principia Peripatetices Digbœanœ si\^e secun- diim ralioncm et abstrahcndo quan- tum maleria patilur, ab aulhoritate, bu mani arbitrii libertas sit e.rplicanda, et cum gratià efficaci concilianda (2). Il fit imprimer Tan i652 ses Institutio- nes Theologicce, super jundamentis in Peripateticd Digbaeanâ jactis ex- tructae.

(D) // résista aux lumières que M. Descartes voulut lui donner. ] Je recours encore à M. Baillet. « Thomas )) Anglus, dit-il (3), était un péripa- » te'ticien encore plus extraordinaire j) que M. le chevalier Digby, et il le « surpassait assurément pour l'obscu- )) rite de ses conceptions et pour l'in- )) compréhensibilité de ses pensées. Il )) était du reste l'un des philosophes » les plus subtils de son temps, et il » s'était affranchi de l'assujettissement (i) BaiUet, Vie de Descartes, tom. II, pag.

(2) C'est un (11-12: le lieu et l'année de l'im- pression n'y paraissent point. On l'oit par la préface que l'auteur e'tait de'jà vieux.

(3; BaiUet, "Vie de Descartes, tom. II, US.

lit de la scolastique, qui retient la plu- part des péripatéticiens. M. Descar- tes...avait conçu de l'estime pour lui, sur les témoignages avantai^cux que M. le chevalier Digby lui en avait rendus. Il soufiiit volontiers que Thomas Anglus lui fît des ob- jections. La nature de ses objections et la haute idée que M. Digby lui avait donnée de son esprit, lui fi- rent espérer de le voir bientôt range parmi les sectateurs de sa philoso- phie; mais l'événement fit voir qu'il présumait un peu trop de la docilité de Thomas Anglus. Celui-ci se laissa brouiller la cervelle dans les questions épineuses de la prédes- tination, delà liberté etde lagrïïce, qui commençaient à troubler les fa- cultés théologif|ues de Louvain et de Paris. Persuadé que M. Descartes n'é- tait point appelé de Dieu pour lui donner les solutions nécessaires à ces difficultés toutes surnaturelles, il aima mieux recourir aux lumières d'Aristote, pour percer ces ténè- bres mystérieuses. Ce qu'il en a écrit avec cette assistance ne ressemble point mal à des oracles pour l'ob- scurité; et c'est peut-être ce qui l'a rendu inintelligible à messieurs de la congrégation romaine de l'index (*'), et qui l'a fait regarder par les jésuites comme un théologien sau- vage (*=). )) Il ne sera pas hors de propos de dire ici ce qu'il répondait à ceux qui l'accusaient d'obscurité; sa réponse peut servir à nous faire mieux connaître le caractère de son génie: Je me pique de la brièveté qui contaient aux maîtres et aux distributeurs des sciences, disait-il (4). Les théologiens sont cause que mes écrits demeurent obscurs; car ils éi'itent de me donner l'occasion de m'expliquer: enfin, ou les gens doctes m'entendent, ou ils ne m'entendent pas; s'ils m'entendent et s'ils me trom'ent dans l'erreur, il leur est facile de me réfitter; s'ils ne m'en- tendent pas, c'est à tort qu'ils criail- lent contre ma doctrine. Cela sent son homme qui ne cherche qu'à faire par- ler de soi et qui est marri de n'avoir pas assez d'adversaires pour attirer sur sa personne les yeux et l'attention du public: Riserunt aliqui hominem (*') Décret, sacr. Congr. C.oUecJ. (*^) Labbaeo diclus Tbeologaster. (4) Prxfal. Staler» appensx.

112 ANGLUS.

qubd ei'identiam jactet, ckm laiiien perobsciirè ipsuni scribere, quotquot eum legant, queriteniur. Respondet Me, se brei^itati scientiarum tradilori- biis aptœ studere; ilieologos in causa esse quàd obscura maneani ipsius scrip- ta, diini sese explicandi unsam prœbe- re refugiunt. Addit cel doctos eum intelligere passe; undè et, si errores scribat, ipsum confutare in proclu'i est; fel non intelligere, et sic neque debere ipsi occlamitare; ciimpessimus ait aninii niorbus calumniai i quod nes- €is. 11 y a quelque chose de sophisti- que dans ce dilemme. (E) Quelques-uns de ses ouurages ont été pétris par la congrégation de /'index et par les censures de diverses académies. ] Le décret de cette con- £;iégation du lo juin i658 condamna ces quatre traités de Thomas Anghis, Institutiones peripateticœ; AppendLX theologica de Origine mundi; Tabula suffragialis de terminandis Jidei lili- bus ab Ecclesid Catholicdjixa; Tes- serœ romanœ evulgatio. Les deux der- nières pièces furent publiées contre le fameux père Macedo, qui, dans les guerres de plume, a été un véritable chercheur d'occasions, un chevalier errant toujours prêt à rompre une lance. Il attaqua Thomas Anglus (5) 5 mais au lieu de répliquer au Tabulée suffragiales et au Tesserœ romanœ efulgatio, qu'on avait opposés à son attaque, il recourut à des intrigues,