SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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(A) Il ne voulut jamais publier au- cun de ses plaidoyers.'] Ce fait, et la raison de ce fait, sont deux choses assez remarquables pour me'riter que j'en rapporte les preuves. Ciceron et Valère Maxime sont mes deux témoins. Voici comme parle Ciceron: Homltemps-là qu'il fût honteux de se nem ingeniosum M. Antonium aïunt dédire en faveur de son client. ^oUlum esse dicere, idcirco se nullam La précaution de cet avocat est ""7"^"/, '^ratio^^^m..scripsisse, ut si ' ^ ■, quia aliquando non opus esset ah se nécessaire aux personnes de sa l^se dicLn, posset se negare dixisse profession (B), et n'est pas néan- (i). Nous allons entendre Valère Maxiinoins toujours capable de les ™« • "^^^ ^- Antonio remittendum . \.,T^. nullam orationem scripsisse, ut si ne passer pomt pour savant (D). ^«^^ superiore judicio actum ei quem Sa modestie, et ses autres quali- postea defensurus esset. nociturumfotés d'honnête homme, ne le ren- ''«'' «"« dictum h se ajfirmnre posset: daien t pas moins cher à un grand ^'»/«'^' * "'^ pudentis tolerabilem causnombre d illustres amis, que son ^^p^^ ^^n solùm eioquentid sud uti, éloquence le faisait admirer de sed eliam ueremndid abuti erat patout le monde. Il périt malheu- »■««"* (a)- J^ ne pense pas qu'il y ait reusement durant les confusions ^^ chicaneur assez injuste pour soii- , ^ -mir • ^- tenir que le traduis mal le mot «en- sanglantes que Marins et Cinna hère. Tout lecteur qui aura quelque causèrent dans Rome. Il fut dé- intelligence comprendra que Marc couvert au lieu oii il s'était ca- ché, et aussitôt des soldats fu- (c) Cicero, de Orat., lib. Il, cap. XL^II, et in Vfrrem, y, initia.

(d) Idem, in Brute, cap. XXXriI, ei de Oialore.

Antoine ne voulait pas dire qu'il plai- dait par méditation, qu'il n'écrivait rien de tout ce qu'il débitait devant les juges; car, si c'eût été son sens, (i) Cicero, in Orationcpro CInentio, cap. L. (2) Valer. jVIaximiis, lib. VU, cap. XIII, nuin, 5.

ANTOINE.

il aurait donné une raison imperti- nenle de sa conduite, puisqu'il n'a- vait pour but que d'empêcher qu'on ne se servît contre lui de ses propres armes. 11 pouvait empêcher cela e'sja- lement, soit qu'il e'rri\ît, soit qu'il n'écrivit point ses plaidoyers, pourvu qu'il ne les publi:1t pas Un manu- scrit cache dans un cofire ne peut pas convaincie un homme, dans le bar- reau, qu'il a soutenu autrefois une maxime tout opposée à ce qu'il a\ an- ce présentement. Cet homme le niera avec la même assurance que s'il avait plaidé par méditation, et ne crain- dra pas qu'on le condamne à produire l'original de son plaido) er: il aurait plusieurs moyens infaillibles de s'en garantir. Concluons donc qu'il ne s'a- git poiut ici d'écrire ou de ne pas écrire un discours que l'on pronon- ce, mais de le publier ou de ne le publier pas. S'il était besoin de don- ner des preuves dans une chose si claire, j'en fournirais bientôt deux qui seraient trcs-fortes. La première serait prise d'un endroit de Cicéron, où Brutusseplaintdecequel'orateurMarc » intérêts opposés; il fa Antoinen'avait donné au public qu'un » mentqu'ilse contredi très-petit livre: l^ellem aliquid An tnnio prœter illum de ratione dicendi blic un plaidoyer sur les privilèges des pitre: « On a quelquefois le plaisir, » dans une même semaine, d'enten- » dre plaider un même avocat pour » un mari contre sa femme, et pour )) une femme contre son mari. S'il a » l'imagination excessive, il ne parle )) dans son premier plaidoyer que de » l'empire des maris: il le fonde sur )) la nature, sur la raison, sur la » parole de Dieu, sur l'usage. 11 cité » l'Ecriture, il cite les pères, il ci(e » les jurisconsultes, il cite les voya- » geurs. H déclame contre les fem- )> mes, et il ne raisonne que sur des » propositions universelles. Mais deux )) jours après, ce n'est plus cela. Il » passe dans des maximes tout op- » posées: il traite d'usurpation l'au- » toritédes maris, il parcourt la sainte " Écriture, le code, la physique, » l'histoire et la morale, en faveur )) des femmes, raisonnant toujours » sur des principes universels: car » un esprit véhément ne croit rien » prouver, s'il n'affirme, ou s'il ne " nie, sans exception 5 et, par con- » séquent, s'il s'engage à soutenir des "ut nécessaire- se. » Avouons qu'un avocat qui aurait donné au pusane exilemlibellum...libuisset scri beie (3). Il se sert là du mot scr ibère. Je prendrais la deuxième de la haran- gue même de Cicéron, où se trouve le fait dont je parle 5 car Cicéron, voulant montrer que Marc Antoine ne se précautionnait pas autant qu'il croyait, représente, non pas que 1 on peut obliger un avocat à produire l'original de son plaidoyer, mais qu'il femmes, rempli de tout le feu de son imagination, serait aisé à réfuter, s'il plaidait pour les privilèges des maris. On n'aurait qu'à le renvoyer à son livre. Notre orateur Marc Antoine voulut éviter ce grand inconvénient, et se réserver la liberté de se contre- dire, en soutenant un jour une cho- se, et le lendemain une autre, selon l'intérêt de ses parties. Il serait aisé y a des auditeurs qui se souviennent de montrer que les avocats ne sont long-temps de ce qu'ils ont ouï dire pas les seuls qui en usent de cette Si un a\0C3it: Perindc qumi quid a no- manière: les théologiens controverbis dictum aut actum sit, id nisi lltte- ris mandai'crimus liominuni memorid, non comprehendatur (4).

(B) La précaution de cet ai'ocat est nécessaire aux personnes de sa pro sistes ne font autre chose, à mesure (ju'ils ont afl'aire à diverses gens (6). Bcllarmin, contre les enthousiastes, soutient que l'Ecriture est toute rem- plie de caractères de divinité; mais fessinn. ] Je me souviens d'une lettre contrelesprotestans, ilsoutient qu elle publiée l'an i685, où l'on recher- chait les causes des contradictions des auteurs (5). On mit en jeu les avocats, et voici ce qui fut dit sur leur chaf3) Cicero, in Brnio, cap. XLIV.

(4) Cicero, Oral, pro Cluenr., cap. L, ftseq.

(5) C'est la II'. des Nouvelles LeUres contre le calvinisme, <le Rlaiiuboun;.

est obscure, et qu'elle a besoin de l'autorité de l'Eglise (7). Un ministre, que je ne nommerai pas, soutient, (fi) yoyez la remarque (L) de l'article de (Jean) Adam.

(;) yorez les efforts que le jésuite MulLu- .«iinns fait dans 7'Auctariura primum Speciili iniser'arum Parei. pour soudre celle contradic- lion. Vorei aussi la remarque (D) de C article BeIL VRMIK.

ANTOINE.

contre ceux de Teglise romaine, que rÉcriture est toute brillante de ca- ractères de divinité: contre M. Pajon, il tient un autre langage (8). Il fau- drait laisser en propre ce privilège aux poètes et aux orateurs. « Ils di- i> sent souvent, en diflërens endroits, i> des choses contraires les unes aux j> autres, selon ce qui fait à leur pro- î) pos. iVoi poêlai uni more, uû se i> res dederit, ith cel popiili vel erii- » ditorum hnniinum sentendam nostio i) f/uodani jure sequimur, atque allas 3) si sit opus, aliter de eâdem dici- » mus, dit l'excellent raonsignor del- 5) la Casa, archevêque de liénëvent, J) daus une de ses lettres à Victorius; J) et Eustathius, sur le vers i8i duse- » cnnd livre de l'Odysse'e, et sur le 3) 243". du Xil^. de riliade, a remarque » q'uHonière avait dit en ces endroits -j> des choses touchant les augures, qui y> c'taient contraires à celles cju'il avait 3) dites ailleurs: ce qu'il appelle tô 3) ei/A<^(tTtfoyhùùa-iTav. J'ai donc dit en 3) ces premiers endroits de mes poe'- 3) sies que je viens d'alléguer, que 3) c'était une vilaine chose qu'un vieux 3) poète, parce que cela faisait à mon 3) sujet j mais cela n'empêche pas que 3) je ne puisse dire ailleurs le con- 3) traire, si l'occasion s'en présente.

(9). )) Que j'aime cette bonne foi! et que je serais ravi de la trouver dans Bellarmin et dans le ministre! mais ce n'est pas vme chose qu'il faille es- pérer. Nous entendrons bientôt Ci- céron sur le droit des avocats, par l'apport à la liberté de se contredire. Voyez les remarques (H) et (I) de l'ar- ticle Balde.

(C) La précaution dont il usait n'est pas toujours capable de tirer d'affaire les at'ocats.^ Nous avons vu (10) com- ment Cicéron a observé que la mé- moire des auditeurs est redoutable aux avocats qui se contredisent (n). S'il en avait donné des exemples, il aurait mieux fait connaître que les précautions de Marc Antoine étaient (8) Voyez le Supplément du Commentaire ï)Viilosoplii((»e, et lex pages 207 et 316 de la liéponM' tle M. S.tiiriu à ce Comiuentaire- (11) Elle ne l'est pas moins aux prr'dieateurs, lorsque, bien loin de se contredire, ils débitent de temps en temps presque mot à mot te même sermon.

inutiles. Mais il faut avouer que ce qu'il ajoute est assez propre à justi- fier la conduite de cet orateur. Voici ce que c'est. Marc Brutus, qui accu- sait L. Plancius, défendu par L. Cras- sus, fit venir deux personnes, qui lu- rent tout haut certains endroits qu'il avait choisis daus deux harangues de L. Crassus, l'une desquelles élevait extrêmement l'autorité du sénat, et l'autre ne l'abaissait pas moins. Cela mit un peu en peine l'orateur, et l'obligea à préparer des excuses sur la diversité des temps et des causes qui avait exigé de lui ces deux sortes de maximes (12). Ego uerb, dit Cicé- ron (i3), in isto génère libentiiii ciim mullorum tum hominis eloquentissi- mi et sapientissimi L. Crassi auto- ritalem sequor, qui qiiiim L. Plan- cium defenderel accusante M. Bruto, homine in dicendo t'eheriienti et cal- lido, quîini Brutus duobus recitato- ribus constitutis ex duabus ejus ora- tionibus capita alterna inter se con- traria recilanda curdsset, quàd in dissitasione rogalionis ejus quœ con- tra Coloniam JSarhonensem Jerebatur quant iim potest de autoritate senatûs detrahit: in suasione legis Sers^iliœ sumniis ornât senatum laudibus, et niutta in équités romanos quiim ex ed eratione asperiùs dicta recitdsset, quo aniini illoruni judicum in Crassum incenderentur; aliquantiim esse comniottis dicitur. Ilaquè in respon- dendo primùm exposuit utriusque ra- tionem temporis, ut oratio ex re et causa habita i^iderelur, Cicéron n'a- vait garde de désapprouver le parti que L. Crassus choisit en cette ren- contre: Cicéron, dis-je, qui se voyait dans le même cas, vu qu'on avait ré- cité un morceau de l'une de ses ha- rangues, qui était fort contraire à la cause qu'il avait alors en main. Il ré- pondit que la harangue dont on avait récité quelque partie, ne contenait point les expressions de ses véritables sentimens, et qu'il ne faut pas con- sidérer ce que dit un homme en qua- lité d'avocat, comme s'il l'avançait en qualité de témoin; et que c'est le langage de la cause, et non pas le (is) f^o^M Cicéron, Oratione pro Cluent., cap. r, et seq., et encore mieux de Oralore, cap. T-V, comment il se vengea de Brutus, en faisant fcnir trois lecteurs.

(i3) Cicero, Orat. pro Cltientio, cap, LI- ANTOINE.

langage de l'orateur. Cela est assez in- telligible: il faut parler selon Tm- térêt de la cause, et selon les con- jonctures, et non pas selon ses opi- nions particulières: Ego si quidejus- modi dixi, neque cognitum comme- mnravi, neque pro teslinionio dixi; et illa oratio potiiis temporis meiquam judicii et aiiclorilalis fuit Errât t^ehemenler si quis in orationibus nos- tris quas in judiciis habidmus aulori- tates noslras consignatas se habere ar- hitratiir. Onines enim illœ oratio- nes causarum et temporum sunt, non hominum ipsorum aiit patronorum. JVam si causœ ipsce pro se loqui pos- sent, nemo adhiberet oratorem: nunc adhibemur ut ea dicamus non quœ nostrâ auctoritate constituantur, sed quœ ex re ipsd causdque dicantur (i 4)- Joignez à cela les paroles que Cicé- ron met dans la bouche de Marc An- toine, l'orateur: Oratoris omnis actio opinionibus non scienlia continetur; nam et apud eos dicimus qui nesciunt, et ea dicimus quœ nescimus ipsi: ità et illi alias aliud iisdem de rébus et sentiunt et judicant, et nos contrarias sœpè causas dicimus, non modo ut Crassus contra me dicat aliquandb, aut ego contra Crassum, quiim alter- utri necesse sit falsum dicere, sed etiam ut uterque nostrûm eâdem de re alias aliud defendat, quiim plus uno uerum esse non possit. Ut igitur in ejusruodi re quœ mendacio nixa sit, quœ ad scientiam non sœpè per- i'eniat, quœ opimones hominum et sœ- pè errores aucupetur, ità dicam ( 1 5). Je m'assure que la plupart de mes lec- teurs seront si aises de voir que ces deux grands orateurs aient eu de tels principes, et qu'ils aient si bien connu le faible de leur métier, qu'on me pardonnera tout ce qui pourrait sen- tir trop la digression dans cette re- marque. Notez que ces principes du- rent encore. Comparez les plaidoyers de M. Érard contre madame Mazarin, avec la réponse au factum de cette dame. Lisez en particulier ces paroles de la réponse: 31, Erard a parlé h madame JHazarin des ét'é/iemens de ce temps-la, delà manière dont alors elle- même det' ait les regarder. Aptes cela-, les temps et les éuénemens différent (i4) Idem, ibid., cap. l.

(i5) Cicero, de Oratoje, W II, rnp. Vtl.

changent nos sentimens et nos paroles, (D) Notre Marc Antoine affectait de ne passer point pour savant. ] Si je ne me trompe, c'était moins par modestie que par politique. Il se voyait établi dans une belle réputa- tion de grand orateur: ne pouvait-il pas croire qu'on l'admirerait davan- tage, si l'on se persuadait qu'il ne de- vait son éloquence qu'à son génie, que si on la croyait le fruit d'une lon- gue étude des livx-es grecs? Il avait une autre raison: il croyait que le peuple se laisserait plus toucher par ses harangues, en les prenant pour une production de la nature, qu'en les prenant pour une pi'oduction de l'art. On se défie de ceux qui ont ap- pris toutes les ruses du métier. A l'é- gard des juges, Marc Antoinene croyait pas que rien fût plus propre à pro- duire un bon effet, que de leur faire accroire qu'on plaidait sans prépara- tion, et que de leur cacher soigneu- sement les finesses de la rhétorique dont on se servait pour rendre sa cau- se meilleure. Mais, dans le fond, il était savant, et n'ignorait pas les bons livres que les Grecs avaient produits. Prouvons tout ceci par quelques pas- sages de Cicéron: Magna nobis pue- ris, Quinte Jrater, si memoriâ te- nes, opinio fuit L. Crassum non plus atligisse doctiinœ quant quantiim prima dtd puerili institutione potuisset, M. autem Antonium omnino omnis eruditionis expertem atque ignarum fuisse...Quiim nos..., ea disceremus quœ Crasso placèrent, et ab his doc- loribus quibus ille uteretur erudire- mur, etiam illud sœpè intelle ximu s...illumetgrœcèsic loqui nullam ut nosse aiiam linguam l'ideretur, et doctori- bus nostris ea ponere in percontando, eaque ipsum omni in sermone trac- tare, ut nifiil esse ei noi^um, nihiù inauditum uideretur. De Antonio t>e- ro quanquam sœpè ex humanissimo i'iro patruo nostro acceperamus, quem- admodiim ille i^el Atlienis vel liho- di se doctissimorum hominum sermo- nibus dedisset, tamen ipse adolescen- tulus, quantiim illius ineunlis œtatis meœ patiebatur pudor, niulta ex eo sœpè quœsii'i. JVon erit profecto tibi quod scribo hoc noi^um ( nam jam tum ex me audiebns ), mihi illum ex mul- tis fariisque sermonibus nullius rei, quœ quidem esset in his artibus de 38 qnlbus allquid existimare possein, ru- deni aut ignarum esse visum, Sedjuit hoc in utrnqiie eorum ut Crnssus non tant existiinari ^ellet non didlcisse qiihm l'ia despicere, et nnstrarum ho- minum in nmni (génère prudenliarti Orœcis anteferre. Antonius aulerti prnba/jiliorem hnc populo orationein jore censp.bat suam, si omninb didl- cisse nunquhm putaretur. Atque ila uterqne se ernuinrem fore si aller cnn- temnere, aller ne nosse quidem Grre- cos viderelur. Voilà l'exorde du 11^. livre dft TOratenr. Ajoutez-y ce qu'il y dif, de lui-même fi6), qu'il ne li- sait les auteurs g?-pcs que pour se di- vertir, qu'il n'erifeudaif rien aux li- vres des philosophes: f^tirbum pror- sits nullnvt inteUigo, itn sunt angus- tis et concisis dispn'ntionihus illigali; qu'il laissait là les poètes, dont le langage n'ëlail point humain, et qu'il s'arrêtait aux historiens ou aux ora- teurs qui s'étaient humanisés avec les demi-savans: f^ideanlur uoluisse esse nobis, qui non sumns eniditissimi, familiares. Dans la suite de ce livre, ce n'est plus Cicéron qui parle, et l'on entend dire, entre autres cho- ses, à Marc Antoine ce qui suit: Ego ista studia non iniprobo, moderata modo sint: opininnem istorutn studio- rum et suspicionem artificii apud eos qui res judicent oratnri adi'ersariam esse arbilror, imminuit enim et ora- toris autoritalem, et orationis fidejn (iiy). Voilà le fondement de la con- duite que Cice'ron lui attribue: Krat memoria sumnta, nulla meditationis suspicio, imparntus semper ag^redi ad carendum videbatur; sed ita erat paralus, ut jtidices, illo dicente, non- nunquam viderentur non satis parati ad cauendum fuisse (i8). Je me sou- viens à ce propos d'une remarque de îî. Daillé sur la différence qui se trouve entre faire l'orateur et être orateur (19). Cette remarque est très- bonne.

(16) Idem,, ihid., cap. XIV. Voyez-le aussi cap. XIX.

(i-) rde,n, de Oratore, lih. II. c. XXXVIl.

(18) Idem, in Bnito, cap. XXXriI.

fit)) Daillc, Réponse au P. Adam, ///«. part-, pag. i56.

ANTOINE (Marc), fils aîné du précédcat, eut le surnoiu de ANTOINE.

Crêtique {a). Il ne s'avança pas au-delà de la prétnre; mais il l'exerça avec une étendue d'au- torité qui n'était pas ordinaire, vu qu'avant eu la commission de faire venir des blés, cela lui donna le commandement sur toute la mer {b). Ce fut une prérogative qu'il obtint par la fa- veur du consul Cotta (c), et par la faction de Céthégus {d), et dont on ne murmura pas, com- me l'on eut fait, s'il eût eu plus de mérite (A). On prétend qu'il se laissa corrompre par de mau-^ vais conseils, pour faire des ex- torsions dans les provinces. Il en fît beaucoup (e). Celles de la Sicile ont été représentées en peu de mots par Cicéron {f). La guerre de Crète, dont il avait cru que le bon succès serait si fa- cile, qu'il avait embarqué moins d'armes sur la flotte, que de fers pour enchaîner les vaincus {g), ne lui ayant pas réussi, il tom- ba malade de chagrin et en mou- rut. Il n'eut pas la force de ré- sister aux réflexions mortifiantes qui s'élevaient dans son âme, lorsqu'il songeait que les enne- mis, s'étant rendus maîtres de plusieurs de ses vaisseaux, avaient pendu aux mâts les soldats ro- mains, et que, voguant avec ce spectacle, ils triomphaient in- {a) Plut, in M. Antonio, pag. 9t5.

{b) Patcrculus, lib. 11, cap. XXXI.

(c) J'examinerai dans F article CÉTHÉGUS, si Colla était consul lorsque Marc Antoine reç'il cette commission.

{d) Ascoii. Pedianus in Orat. Cic. contra Verrem, pag. 1 13.

(e) Ascon. Ped in Oral. Cicer. contra Ver- rem, pag. 1 13. Voyez-le aussi, pag. 3j.

(/) Ciccro, Orat. lit in Vprr«m, cap. XCI:, i-ojez-le aussi. Orat., in Veircm U, cap. m.

iS) Florns, lib. 111, cap. JII.

ANTO sciemment (3e la république en mille lieux. Julie, sa seconde femme (B), lui donna trois fils, savoir, Marc Antoine, Caïus An- toine, et Lucius Antoine {h), dont nous parlerons dans la suite.

J'aurai quelques fautes à rele- ver (C); et peut-être faudrait-il prendre pour une erreur l'éloge qui a été donné par Plutarque à notre Antoine (D).

(h) Glandorp. Onomastic. pag. yS.

(A) On eitt murmuré de lui voir fe commandement sur toute la mer, s'il edt eu p'us de mérite.'] Vellcius Pa- tercuUis me fournit cette pense'e: c'est dans l'endroit où il rapporte que Pompée ohlint une commission, deux ans après, qui le rendit presque maî- tre de toute la terre. Cela ne lui fut point accordé sans opposition, au lieu qu'on n'avait rien dit contre le décret qui avait mis une semblable puissance entre les mains de Marc Antoine. C'est qu'on n'avait pas jugé qu'il fût capable de se faire craindre; mais on trouvait dans Pompée un mérite re- doutable à la liberté publique: Jdem hoc ante hiennium in M. Antonii prceturd decretum erat, sed interdiim persona, ut exemple nocet, ita inui- diam auget aul levât. In Antonio ho- mines ceqtio animo passi erant: raro enim invidetur eorum honoribus quo- rum vis non timetur; contra in iis ho- ntines extranrdinaria rejormidant, qui ea suo arbitrio aut deposituri aut re- lenluri vident ur, et niodum in volun- tate habent (i). Voilà un beau texte iiour les faiseurs de commentaires po- itiques. Je le leur abandonne presque tout entier 5 car je me contente de cette petite observation. On se plaint que les mêmes choses, qui devaient faire monter un homme aux grandes charges, l'empêchent d'y parvenir. Jistamos d tiempo, disait George de Monte Mayor, que mererer la cosa, es principal parte para no alcancarla: c'est-à-dire, et ce sont les termes du président du Vair: En ce temps, rien n'a tant empesché les honnestes gens (j) Vell. Patercutns, Hh TI, cap. XXXI.

INE.

d'avoir des biens et honneurs, que de les mériter (a). Cette plainte est trop souvent bien fondée: mais il y a des rencontres où elle n'a pas assez de so- lidité; car, pour mériter une charge, il ne suffit pas d'avoir les qualités né- cessaires à la bien remplir selon tou- tes ses fonctions, il faut de plus que ces qualités ne soient point jointes à certains défauts, qui font qu'on abuse de la gloire que l'on acquiert en s'ac- quittant de ses emplois avec toute la capacité et avec tout le succès ima- ginable. Le mélange de ces défauts, proprement parlant, peut rendre in- dignes d'une charge ceux qui en se- raient les plus dignes par leurs belles qualités. Ce n'est donc pas toujours une injustice, que de refuser à cer- tains sujets les charges qu'ils sont très- capables de bien exercer: c'est une précaution, c'est une prudence né- cessaire, et principalement dans les républiques. Les qualités éminentes inspirent beaucoup d'ambition. Don- nez lieu à ceux qui les possèdent de rendre des services importans à leur patrie, vous allumez de plus en plus le feu de cette ambition; la gloire qu'ils acquièrent en s'acquittant di- gnement d'une grande charge leur inspire le dessein d'abuser de leur crédit, et leur montre qu'il sera aisé de monter plus haut. Us tentent la fortune; ils aspirent quelquefois à la souveraineté: et soit qu'ils y réussis- sent, soit qu'ils n'y réussissent pas, ils font naître mille désordres que l'on aurait évités en donnant les charges à des personnes d'un mérite médiocre. (B) Julie, sa seconde femme. J Elle était fdle de Julius César, consul l'an de Rome 664, et sœur d'un autre Julius César, consul l'an 690. Sa vertu et son mérite l'égalaient aux plus illus- tres dames de son temps: T*7ç àfnVaic Ti)T6 X.U.) o-co4>fioveç'â.T*i{ ivi/xO.XiÇ. Cunt prœstantissimis et pudicissimis illius memoriœ matronis comparanda (3). Elle ne fut pas des plus heureuses en maris; car après la mort de Marc An- toine le Crétique, elle épousa Publius Cornélius Lentulus, qui fut l'un des complices de la conjuration de Cati- lina, et l'un de ceux à qui ce crime coûta la vie. Ce qu'elle fit, pour sau- (2I Voyez Pierre Maltliieu, à lajin de la pré- face de /'Histoire de la Paix. (3) Plutarrh., in M. Anton., inif-, pag- 'J'^- i4o ANTO ver Liicius César son frère me'rite de l'admiration (4)- Il fut proscrit pen- dant le triumvirat, et s'alla cacher chez elle Les soldats allaient l'y cher- cher pour le mettre à mort; mais elle se mit à4a porte, et leur déclara qu'ils n'entreraient point avant que de la tuer, elle qui avait mis au mon- de Marc Antoine dont ils voulaient exécuter l'ordre. Cela les fit retirer ^5). La première femme de notre An- toine s'appelait Numitoria: elle était fille de Quintus Numitorius Pullus. On l'appelle la fille d'un traître dans les Philippiques de Cicéron (6).

(C) J'ai quelques fautes à releuer sur son sujet.'] Thysius, professeur en éloquence dans l'académie de Leide, a fait une note qui peut nous donner une mauvaise opinion de son savoir. Cette note se rapporte à ces paroles de Lactance: De IVeptuni sorte ma- nij'estuni est, cujus regnuni taie fuisse diclmus quale M. Antonii fuit ii'fi- nituni illud imperium, cui tolius orœ maritimœ potestatem senatus decre- uerat ut prœdones persef/ueretur ac mare omne pacaret (7). Thysius pré- tend, qu'au lieu à Antonii, il faut lire Pompeii, qui est la leçon des bons manuscrits; et sur cela, il rapporte que Pompée fut nommé Neptune, et que plusieurs de ses statues furent or- nées des enseignes de cette divinité. Il s'abuse: on ne peut douter que Lac- tance, qui possédait parfaitement Cicéron, n'ait eu égard au passage de la IV*'. Verrine, qui va être copié: Postquarn Marci Ântonii infinltum illud imperium. senserant (8), ou à ces paroles de l'oraison suivante: lia se in isto irtfinito imperio Marcum An- tonium ^essisse, ut, etc. fg). L'un des iils de Vossius eût pu épargner cette fausse note au professeur de Leide: car il remarque dans un livre, qui fut imprimé treize ans avant le Lactance de Thysius, que Thomasius a eu grand tort de mettre Pompeii, au lieu a An-