SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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espagnole par la Bibliothèque des ceux qui ont vécu après la fin de écrivains espagnols, qu'il fit im- primer à Rome en deux volumes in-folio, l'an 1672. C'est un très-bon livre en son genre (A), et personne peut-être n'a mieux réussi que don Nicolas Antonio dans ces sortes de recueils *. Il naquit à Séville, l'an 1 6 1 '^, d'un père que le roi Philijîpe IV fit président de l'amirauté établie dans cette ville l'an 1626. Ayant étudié dans sa patrie les humani- tés, la philosophie et la théolo- gie, il alla étudier en droit à Salamanque, et s'attacha princi- palement aux leçons de Francis- co Ramos del Manzano, qui a été depuis conseiller du roi, et précepteur de Charles II. On ne peut mieux juger de ses progrès, que par les desseins qu'il conçut en fait de livres, et par la ma- nière dont il a exécuté une par- tie de ses projets, malgré les em- barras d'affaires qui lui étaient inévitables dans la charge qu'il a exercée à Rome. Il y était en qualité d'agent général du roi son maître; et il avait d'ailleurs des procurations spéciales, tant de l'inquisition d'Espagne que des vice-rois de Naples et de Si- cile, et du gouverneur de Milan, pour négocier à la cour de Rome les affaires qu'ils y avaient. Le dessein de la Bibliothèque des écrivains espagnols comprend * Malgré cet éloge de Bayle [iaillct, de Clément, etc., l'ouvr ^ et ceux de Uaillct, de Clément, etc., l'oiivrage d'Anto- nio laisse beaucoup à désirer; ce qui surtout est incommode, c'est la traduction des titres des ouvrages qu'il eût été plus simple de rapporter chacun dans sa langue ce siècle-là. Cette dernière par- tie, ayant été plus tôt prête que la première, a été publiée avant l'autre. Elle parut à Rome, comme je l'ai déjà dit, en deux volumes //i-/c>/zo, l'an 16^2. Je ne sais point si l'auteur a pu trouver le loisir qui lui était né- cessaire pour mettre la dernière main à l'autre partie, et à un se- cond dessein qui n'était pas moins pénible que celui-là. Il travaillait à un ouvrage dont voici le titre: Trophœitm Histo- rico-Ecclesiasticum Dec J^eri- tati erectuvt ex manubiis Pseu— do-Historicorum qui Flavii Lu- cii Dextri, M. Maximi, Hele- cœ, Brauliojiis, Luitprandi, et Juliani nomine circumferuntur ^ hoc est, J^indiciœ verce atque dudum notœ Hispanarum re- rum Historiée, Germanarum nostrce gentis laudum non ex Gennano-Fu Mens ib us Chron i- cis emendicatarum in libertatem et puritatem plena Assertio. Il a raison de dire que c'est un ou- vrage, non - seulement d'une vaste discussion, mais aussi dont les suites sont dangereuses (a); car oli sont les agens qui veuil- lent être désabusés des fables qui ont flatté long-temps la vanité d'une nation? A quoi ne s'expo- sent point ceux qui osent s'op- poser au torrent d'une tradition également fabuleuse et glorieuse {b)? Personne n'ignore les va- {a) Immensœ molis, ac forsan invidiœ Opus.

(h) Koyez la remarque (D) n lajîn.

ANTONIO. î55 carmes des Provençaux contre que sa bibliothèque ne cédait M. de Launoi, qui avait voulu qu'à celle du Vatican; quavec les guérir de leurs erreurs à l'ë- ce secours, joint à un traitait gard de la Madeleine et du La- continuel et à une application zare. Peut-être que don Nicolas infatigable, il acheva sa Biblio- Antonio ne prétendait guère tou- théque d^ Espagne en quatre i>ocUer à certaines fables pieuses (B), connaissant trop bien l'in- docilité de son pays à cet égard, et l'humeur intraitable de l'in- quisition. Il insinue qu'il avait encore d'auti-es ouvrages en tète. Mais n'oublions pas celui qu'il fit imprimer à Anvers, l'an lôSg, De Exilio, sive de pœnâ Exilii exulumque conditione et juri- bus, in-folio (c).

Yoilà ce que j'avais dit de don Nicolas Antonio dans la pre- mière édition. Depuis ce temps- là, j'ai su qu'étant retourné à Séville, après avoir étudié en droit à Salamanque, // s'enferma dans le roj^al monastère des bénédictins, et y travailla pen- dant plusieurs années à la Bi- bliothèque d'Espagne, et se ser- vit pour cet effet des livres de lûmes in-folio...(e). Qu'après avoir fait i?nprimer les deux premiers volumes, il fut rappelé à Madrid par le roi Charles II, pour y exercer la charge de conseiller de la Creusade, ce qu'il fit avec une grande inté- grité jusqu'à sa mort, arrivée en 1 684 Qu'il ne laissa point d'autre bien en tnourant que la nombreuse bibliothèque qu'il avait transportée de Rome à Madrid • qu'au contraire, sa succession s'est trouvée tellement chargée de dettes, que ses deux frères, qui sont chanoines de Salamanque, et ses neveux, ont été hors d'état de faire impri- mer sa Bibliothèque d'Espagne, et l'ont envoyée à M. le cardi- nal d' Aguirre, qui a eu la gé- nérosité de se charger des frais Beno-lt de la Serna, qui en était de V impression (C), et d'en donalors abbé, et dojen de la fa- culté de théologie de Salaman- que. Qu'en 1669, il fut envoyé à Rome par le roi Philippe IK, pour y avoir soin des affaires du royaume, en qualité d'agent général...(d). Que le cardinal d'Aragon, ambassadeur à Ro~ me, obtint pour lui du pape Alexandre VII un canonicat de l'église de Séville, dont il em- ploya le revenu en aumônes et en livres; qu'il en amassa plus de trente mille volumes; de sorte (c) Tiré de sa Bibliotlieca Hispanica, tom.

[d) Journal des Savaus du 10 juin 1697, pag.(^20, édit. de Hollande.

ner le soin à M. Marti son bi- bliothécaire, qui y a ajouté des notes sous le nom de cette émi- nence. Je viens de voir un livret, oii j'ai appris que les jésuites se sont plaints de cet ouvrage de don Nicolas Antonio (D).

(A) S(i Bibliothèque des écrivains espagnols est un très-bon lo're en son genre (i). ] J'ai cite M. Baillet, qui eu fait connaître le prix en détail. C'est avec raison qu'il en a loué jusqu'aux tab!:'S j car elles sont très-bien enten- dues ot très-utiles. L'auteur y a mis une petite préface, qui témoigne son (i' y^oyei le jugement avantageux qu'en a fait jM. Balilet, au tome II des Jugemens dfs Sav.nns, iiu/n. 128. Le Journal des Savans du G juill-'L 1676, donne un chr'iif article de cet excellent ouvrage.

ANTONIO.

bon goAt et son jugemcnl: il y rap- porte la pensée d'un écrivain espa- gnol, indicem tibri ab aulore, librum ipsum a quouisalio conficiendum esse. On fait tout le contraire: les auteurs se déchargent sur le dos d'autrui de la peine de composer les tables alpha- bétiques, et il faut avouer, que ceux rjui ne sont pas laborieux et dont le (aient ne consiste qu en un grand feu d'imagination, font bien de laisser composer à d'autres l'indice de leurs ouvrages; mais un homme de juge- ment et de travail réussira mieux aux tables de ses écrits, qu'un étranger. Il y a cent bons --eils à ^onner sur -"^^^ ^^^^^.^.^^^ lU ont la composition "^^^Uont l'âme des été imprimés à Rome, et ont paru raison de croire quelles sont 1 âme aes ^^ ^^^^ ^^^^^ ^^ trouverez de bons livres. extraits dans le Journal des Savans (B) // ne prétendait pas toucher.. -..-..-.

plus ancienne de ces fausses chroni- ques, dans ses Dissertationes tccle- siasticas, por el honor de los anti- guos tutelares, contra las hcliones modernas, imprimées à Sarragosse, (C) Le cardinal d'^guirre...a eu la générosité de se charger des frais de l'impression de deux volumes de sa Bibliothèque des auteurs espagnols. ] Il était l'ancien ami de l'auteur, et il avait étudié avec lui dans 1 acadé- mie de Salamanque. La répubhque des lettres lui doit être extrêmement obligée des frais qu'il a faits pour l'impression d'un tel livre, qui comcerlaines fables pieuses. ] Je me trom- pe peut-être, car M. Baillet en parle ainsi: Sa critique est fort saine et fort solide en plusieurs endroits, sur- tout quand il s'agit des traditions fabuleuses des premiers catéchis- tes qui ont planté la foi en Espa- gne, et de ces faux historiens que fimposture nous a produits pour la séduction des Espagnols, et dont no- tre sav-ant auteur nous a promis une critique paniculière (2). Cela me ren- drait plus décisif, si je ne trouvais à la suite de ces paroles de M. Bail- let cette autre remarque: On pour- rait néanmoins le soupçonner d'a^'oir été un peu trop indulgent pour quel- ques opinions communes et i'ulgaires qui sont abandonnées des critiques qui ont le meilleur goût. Quoi qu il en (5), etdansceluideLeipsick(6).Voici le titre de l'ouvrage: Biblioiheca Hispana uetus, sife Hispanorum qui usquam unquamve scripto aliquid consignai^erunt Notitia, complectens scriptores omnes qui ab Oclav'ianiAu- gusti impcrio usque adannumM.D. floruerunl; auctore Nicokio An- tonio, Hispalensi jurisconsulto, or- dinis sancti Jacobi équité, patriœ ec- clesiœ canonico, regiorum negotiorum in urbe et romand curiâ procuratore generali, demiim Matriti consihario regio. Opus posthumum. Nunc pri- mùm prodit jussu et expensis eminen- tissimi et reverenlissimi Domini D. Josephi Saenz, cardinalis de Aguirre. (D) Les jésuites se sont plaints de la Bibliothèque Espagnole de don Ni- colas Antonio. ] Un imprime (7) qui a pour titre: Calumnia corivicla, seu eur goui. vjuui H" " Y a pour titre: Calumnia conuicia, ic» soit, on ne peut révoquer en doute ^' -^j^,^^ familiaris Cleandri ad cla- qu'il n'ait voulu abohr 1 autorité de ^;;;,.„,„,„ ^^ eruditissimnm uirum Eua~ tous les auteurs supposés dont son ti fre fait mention (3). Il ne serait pas le premier qui aurait écrit sur ce ton- là: car voici ce que j'ai lu dans les feuilles de M. l'abbé de la Roque: Depuis un siècle, on a ose y fabri- quer ( il parle de l'Espagne ) et pu- blier de fausses chroniques, pour se jouer de la crédulité des sa^'uns, ou des simples. Cela, bien loin de dimi- nuer, relèue la gloire de M. le mar- quis d' Agropoli, lequel a si bien fron- dé et exterminé le Dexter, qui est la (2) Baillet, Jngemens des Savans (3) Fojez la remrtrqne (D), à la fin loin. II rissimum et eruditissimnm uirum Eua- ristum, super memoriali nuper por- recto, hispano idiomate ad regem catholicum à pâtre Joanne de ^ala- zol societ. Jesu, nomine et jussu 1 hyrsi Gonzales ejusdem soc. generalis prœ- positi, et qui est daté de Dilingen, le 35 de juin 1698, m'apprend que les jésuites ont représenté au roi d Es- pagne que l'une des cinq propositions de Jansénius a été louée comme cafi) Journal des Savans, d« i3 fani-.Vr 1687, pag. 11. Voyei la remarque (D), a lajin.

(5) Aux mois de juin el juillet 1697- (6) Aria Eruailor. Lipsiens. mensium junit et APAFI.

thoUque dans l'ouvrage de dou Ni- colas Antonio. Us font semblant de ne vouloir pas attaquer le cardinal de Aguirre, qui a soutenu les frais de l'impression de cet ouvrage j mais il est facile de s'apercevoir qu'ils l'atta- quent indirectement. Ils supposent qu'un janséniste a corrompu en cet endroit-là le texte d'Antonio. Voici le fond de l'affaire. Cet auteur recon- naît pour catholique cette proposition de Prudence, évêque de Troyes, que le sang de Je'sus-Christ a éfë versé pour tous les croyans, mais non pas pour ceux qui n'ont jamais cru, qui ne ci'oient et qui ne croiront jamais: Çuod sanguis Christi effusus sit pro omnibus credentibus, sed non pro Us qui nunquàm crediderunt, nec credunt, «eccref/ilM/ïiu/it. L'auteur de l'imprimé montre que cette proposition a pu être considérée comme catholique, et qu'ainsi l'on n'a eu aucune raison de rendre suspecte la foi de don Nicolas Antonio, ou celle de M. le cardinal d' Aguirre. Notez que cette éminence s'est fort déclarée contre les casuistes relâchés (8), et qu'on croit que c'est la cause des mauvais oflices que les jé- suites tâchent de lui rendre.

Apparemment ce ne seront pas les seules plaintes que l'on portera aux tribunaux contre ces deux tomes de la Bibliothèque d'Espagne. Je ne les ai point encore vus, et je doute qu'il y en ait aucun exemplaire dans les Provinces-Unies (9); mais je sais pour- tant que l'auteur s'est déclaré avec la dernière force contre le prétendu Luitprand, et contre Higuera, qui le mit au jour, et qu'il a fait main basse .sur Aubert de Séville, sur les Chro- niques de Dexter, sur Maxime, sur Julien, etc. Un jésuite espagnol (10) le remarque dans un ouvrage qu'il a publié en faveur de ses confrères d'An- vers, compilateurs des yicta Sanclo- rum. C'est là que j'ai vu quelques pas- sages de don Nicolas Antonio sur ce sujet. Mais comme le marquis d'Agro- poli, grand d'Espagne à double titre, n'a pu combattre ces historiens fa- (8) Vojei sur cela plusieurs extraits de ses livres dans le IVtémorial d'un janse'nisle, que je citerai à l'article de Bellarmin, remarque (H).

(10) Aiitonius Xaramiliiis, in Àpologiâ pro Veritote, pa^. i6o, i6i. Cet ouvrage, traduit d'espagnol en latin par le jésuite Pierre Caot, « e'tif imprime' il Anvers ■, l'an 1C98.

buleux, sans s'exposer au chagrin d'ê- tre déféré à l'inquisition comme un écrivain traître à sa patrie (i i), je ne puis comprendre que les moines de ce pays-là soient capables de laisser en repos la mémoire de notre Nicolas Antonio.

(11) Voyez l'article Vespasien, remarque D.

APAFI (Michel), prince de Transilvanie, fut promu à cette principauté l'an 1661, sans qu'il y songeât. Ali Bassa, qui avait contraint Kimin-Janos d'aban- donner la Transilvanie, craignait de ne pouvoir pas l'empécher d'y revenir, et d'y rendre sou parti supérieur par le moyen des trou- pes impériales. Il résolut donc de lui opposer un prince élu par les états du pays, sous la protec- tion de la Porte. Pour cet effet, il demanda aux députés des villes de Transilvanie, s'il n'y avait pas dans les lieux qui s'étaient soumis à ses armes quelque grand seigneur transilvain qui fût digne de la principauté {a). Ils lui indiquèrent Michel Apafi, qui se tenait dans son château d'Ebestfalve, et qui se sentait encore des longues incommodi- tés qu'il avait souffertes parmi les Tar tares, dont enfin il se voyait délivré, moyennant une très-grosse rançon. Ali l'envoya chercher, sans lui faire dire son dessein. Apafi crut qu'on l'allait faire mourir (A), et n'osa néan- moins refuser de suivre l'escorte qu'on lui avait envoyée. Sa femme, prête d'accoucher, se trouvadans de mortelles alarmes, le comptant déjà pour perdu. Il apprit, avant que d'être sorti de ses terres, qu'elle était heureusèment accouchée d'un garçon: il ne savait s'il devait se réjouir ou s'affliger de cette nouvelle; mais les Turcs qui le menaient, et qui sans doute connaissaient bien mieux que lui les intentions d'Ali Bassa, lui dirent que cela APAFI.

lut entreprendre de se mainte- nir; mais ses efforts furent sans succès. Apafi fut obligé de join- dre ses forces à celles des Turcs, pour le recouvrement des places que l'emperevir avait occupées dans la Transilvanie. La earniluiprésageait une heureuse prin- son impériale de Clausembourg cipauté. Ali le reçut honorable- se défendit très-long-temps; de ment, et, peu de jours après, il sorte que les Turcs et Michel le fît élire prince de Transilvanie Il fit en sorte qu'il parut que l'é- lection s'était faite légitimement: il fit venir dans son armée le plus Apafi levèrent ce siège avec honte (c). On négocia vainement sur l'évacuation de ces places, il en fallut venir à la guerre ouverte u'il put de gentilshommes de (df). Elle fut heureuse aux Turcs, 'ransilvanie, et leur témoigna l'an i663; mais l'année suivanqu'il souhaitait que, conjointe- te ils perdirent la fameuse bament avec les députés des villes, ils choisissent quelqu'un d'eux pour être leur prince, et leur promit de conférer au nom du sultan les marques de la princi- pauté à celui qu'ils éliraient {b) taille de Saint-Gothard, après quoi le grand visir consentit à une trêve de vingt ans. Apafi traita, en it64, avec les garni- sons impériales de Clausembourg et de Zatmar, qui lui livrèrent Voilà comment Michel Apafi de- ces deux villes (e). Il vécut sous vint prince de Transilvanie, sans la protection de la Porte, dans avoir brigué, et sans s'y être attendu (B). Il était de grande naissance (C), à la vérité; mais d'un naturel tranquille, et que une grande indépendance de la cour de Vienne, pendant la trêve des deux empires. 11 favo- risa d'abord les mécontens de la longue prison de Crimée avait Hongrie, sans rompre avec l'emfort humilié. Kimin-Janos, qui attendait des merveilles de sa jonction avec les impériaux com- mandés par le comte Montecu- culi, se vit bien trompé; car pereur; mais enfin, il entreprit une guerre ouverte pour eux, et en exposa les raisons dans un manifeste latin, qu'il adressa à tous les princes chrétiens (E).

dès qu'on eut su l'état des forces Les Turcs rompirent avec l'em- ottomanes, Montecuculi trouva pereur l'an i683, et entrèrent beaucoup plus à propos de s'en retourner en Hongrie, que de hasarder un combat. Cette re- traite donna lieu aux Turcs de faire mille ravages; et ils gagnè- rent en Transilvanie un combat, oii Kimin Janos fut tué au mois de janvier 1662 (D). Son fils vouiJA Ex «vdem Bellcnio, pag. zlfi et 349- dans la Hongrie avec une armée si formidable, qu'elle pénétra jusqu'à Vienne avec la dernière facilité. Ces heureux commence- (c) Le govverneur s^ appelai!. David Retta- ni. C'étiiU un f^enilien, bon ingénieur. Via- noli, Hist. Veneta, loin. II, pag. tiCip.

{(1) Ex Betlenio in Historiâ Rerum Tran- silvaQix.

(e) Bunonis Nol. in Phil. Cluverii Intro- duct. goug., pag. 281.

APAFI meus lurent suivis d'au revers épouvantable. Le grand visir leva le siège de Vienne; et de- puis ce temps-là, ce ne furent plus que pertes sur pertes, que malheurs sur malheurs dans le parti ottoman. La Transilvanie tomba sous la discrétion des troupes impériales, et y est en- core; et bien loin qu'Apafi ait travaillé à la liberté de la Hon- grie, qu'au contraire, il a été cause que ce royaume a perdu l'ombre de liberté qui lui restait (F); car il n'est plus électif pré- sentement: il a été regardé comme un pays de conquête; et sur ce pied-là, il est érigé en royaume héréditaire. Apafi mou- rut à Weissembourg, vers la fin d'avril ■*'' i6go(G). Les Turcs tâ- chèrent de mettre le comte Té- kéli à sa place; mais il n'eut pas le bonheur de profiter de l'irrup- tion qu'il avait faite dans le pays {f). La présence du prince Louis de Bade le fondit, pour ainsi dire, comme le soleil fond la neige; et depuis ce temps-là, jusqu'au temps oii j'écris ceci {g), il n'a guère troublé le nou- veau prince titulaire de Tran- silvanie. C'est le fils de Michel Apafi *''.

*' Joly dit que ce fut le i5 avril.

(,/") Pendant la campagne de i6qo* '^ Joly ajoute q^ue ce fils s'appela Mi- chel II. Ne' en 167b, il avait succède' à son père en 1690, fut dépouille' en 1699 de sa priacipautc par le Traité de Carlovitz, qui la céda à l'empereur; il obtint de la cour de Vienne la modique pension de mille florins et mourut le l"'. février 1713.

(A) Apafi, mandé par Ali Bassa, crut qu'on l' allait faire mourir.'} J'a- joute plus de foi à cela qu'à ceux qui disent que c'était un homme ambi- tieux. J'ai cité un auteur qui était bien lufonué: il vivait en ce temps-là, et il avait des charges en Transilvanie, qui lui donnaient toutes sortes de moyens de savoir le fond des choses (i). Or, il raconte d'une manière qui paraît fort ingénue qu'Apafi devint prince de Transilvanie sans y avoir rien contribué ^ et il affirme que ce n'était point un homme ambitieux. Cependant, c'est une faute fort ex- cusable d'avoir dit qu'Apafi...ai'ait assurément des qualités qui le ren' datent digne d'une principauté; qu'a ■ t^ec cela, il a^'ait une ambition propor- tionnée a son GRAND cœur (2) • car, pour l'oidinaire, ceux qui montent à ces principautés électives, au mi- lieu des troubles excités par les con- currens, ont l'âme très-ambitieuse. Un auteur français, qui a publié une histoire des troubles de Hongrie, ne représente point Michel Apafi comme un prince qui cherchât à s'agrandir 5 ">'' lorsqu'il parle de la résolution qui fut prise par les protestans hon- grois de se liguer avec ceux de Tran- silvanie, pour maintenir, l'épée à la main, la liberté de conscience, il ajoute ces paroles: La princesse, fem- me d'un esprit turbulent, et extrême- ment attachée aux erreurs de Caluin sollicitait puissamment cette union, tandis que son mari, plus paisible, ne s'occupait qu'à la chasse et a la con- i'ersalion des savons (3).

(B) Il devint prince de Transilva- nie, sans avoir brigué et sans s'y être attendu. ] C'est de quoi j'ai déjà parlé dans la remarque précédente. 11 ne me reste qu'à marquer quelques au- teurs qui ne paraissent pas avoir été bien informés de la manière dont il fut élu. Au commencement de l'année i663, dit l'un d'eux (4), Kimin Ja- nos fut défait et perdit la fie...Les Turcs, ne trouvant plus rien qui leur résistât, se rendirent maîtres de toute la Transilvanie, à la réserve des pla- ces dont les impériaux avaient pris (i) yoici les litres qu'il prend h la tête de son Histoire de Transilvanie, imprimée à Am- sterdam, en 1664, i/!-i2: Joannes Betlenias, Cornes Comitatûs Albensis, regni Transilvaaiœ Consiliarius, Cancellarius, ac scdis Siculicalis Udvarliely Capitaneiis suprenius, etc.

(2) Ricaut, Histoire de Mahomet lY, pag. 292.

(S) Histoire des troubles de Hongrie, liv. II, i6o APAFI.

possession. Michel Abaffi, qui m'ait été élu à la place de liimin Janos, demanda la paix aux 2'urcs; et, pour cet effet, Uali-Bassa entra en négocia- tion ai'ec le baron de Grez, Ce dis- cours signifie nettement: i°. qu'Apafi fut en guerre avec les Turcs dès qu'il se vit sur le trône de Transilvanie j a°. qu'il ne fut élu qu'après la mort de Kimin Janos, et, par conséquent, qu'il ne fut élu qu'en i663. Tout cela est faux. Il fut élu pendant la vie de Kimin Janos, l'an 1661, et par la re- commandation d'Ali Bassa. D'ailleurs Kimin Janos fut tué au mois de jan- vier 1662. L'auteur de la Vie du comte de Tékéli ( 5 ) rapporte, sur un on dit, que Michel Apaji fut élevé par les Turcs à la principauté de Transil- t'anie, parce r/u'il leur promettait un tribut plus considérable. Renvoyons cette promesse au même lieu que ces autres compétiteurs qu'il eut, et qui s'adressèrent au grand-seigneur, à ce que dit le mal informé M. Moréri.

(C) Il était de grande naissance. ] Ecoutons l'auteur que j'ai déjà cité plus d'une fois. Hic ( Michel Apafi ) erat, dit-il (6), ex antiquissimâ mag- natuni Jamilid ortus, plus, sed tant naturâ, quant propter diuturnas car- ceris crimensis molestias, pliis justo demissus ac lenis, ut adepto etiam principatu nimiœ h plerisque lenitatis insimularetur. Ces paroles: Ex anti- quissimâ magnatum familid, réfutent pleinement M. Moréri, qui a dit que Michel Abafii était fils d'un magistrat de la uille d' Uarmenstad, capitale de la Transili'anie *. C'est sans doute sur la foi de ce Dictionnaire que l'au- teur du Mercure Historique assure le même fait (7).

(D) Kimin Janos fut tué au mois de jani'ier 1662.] J'ai déjà réfuté ce- lui qui a dit que ce fut au commen- cement de l'année i663. Voici une autre réfutation à faire. M. Ricaut dé- bite que Kimin Janos, ayant été battu près de Clausembourg, résolut, quel- (5) Pag. 18 de l'édition de Van i6<j4- (6) BctleDius, Rer. Trausilvaniïe, pag. 247- * Joly r.Tpporle un passage d'un écrivain du pays d'ApaG oîj son pèretst qualifié: Consilia- rius statut intinius Gahrtelis piincipis Transil- vanioc. Paul Wallazzcy, auteur du Ccnspectus riipublicœ liUeraritK in Hungarid, 1785,10-8°. seconde édition, lîudc, 1808, in-S"., ne parle pas de la généalogie d'Apafi.

que temps après, de tenter une se- conde fois la fortune; qu'il donna ba- taille aux Turcs, a quelque dislance de Presbourg; que le succès fut assez long-temps incertain j mais qu'il fal- lut céder au nombre, et que Kimin Janos ayant pris la fuite, fut ren- i-'ersé de cheual par ses propres gens, qui le foulèrent aux pieds. Cet histo- rien remarque que les Turcs tuèrent ou firent prisonniers cinquante mille chrétiens, à la bataille de Clausem- bourg, et qu'un peu auparavant ils évitèrent le combat, parce que les troupes de l'empereur et celles de Ki- min Janos étaient supérieures aux leurs (8). Je ne trouve rien de cela dans mon auteur transilvain. 11 m'ap- prend, au contraire, que Montécu- culi et Kimin Janos, s'étant avancés jusqu'au delà de Clausembourg, fu- ient informés que l'armée d'Aii Bassa était quatre fois plus forte que la leurj si bien que Montécuculi déclara à Ki- min Janos que, vu le mauvais état où était l'infanterie, à cause de la di- sette de vivres qu'elle avait soufferte, il ne voulait point risquer les troupes de Sa Majesté Impériale (g). Kimin Janos, au désespoir, et retenant à pei- ne ses larmes sur cette déclaration (lo), fut contraint de retourner en Hongrie avec Montécuculi. 11 ne don- na point d'autre combat que celui où il fut tué: il le donna, non pas en Hongrie, proche de Presbourg^ mais dans la Transilvanie, proche d'un village nommé Hetur, le 23 de jan- vier 1662 (i i). L'historien remarque que la faim et les maladies firent pé- rir environ cinq mille soldats de l'ar- mée de Montécuculi (12). Cette cir- constance, jointe à ce qui a été dit ci-dessus, ne rend pas trop digne de foi ce que dit M. Ricaut, que les for- ces de l'empereur et celles du prince Kemini, jointes ensemble, formaient une armée si belle et si nombreuse que l'on eût dit qu'elle allait non - seule- ment défendre les frontières de la chré- tienté, mais disputer aux Otlomans l'empire de tout le monde (i3). Com- (8) Ricaut, Histoire de Mahomet IV, pag.

(9) iietlenius, pag. 25i.

(i3) Ricaut, Histoire de Mahomet IV, pag.

APAFI.

i6i ment cela, puisque l'armëe ottomane était quatre fois plus forte? Mais quel moyen de comprendre cette victoire des Turcs près de Clausembourg, qui coûta cinquante raille hommes aux chrétiens: quel moyen, dis-je, de la comprendre, lorsqu'on n'en voit pas un mot dans l'historien de ïransil- vanic? Les Turcs ont-ils à Constau- tinople des gazetiers qui, à l'envi des chrétiens, composent d&s victoires imaginaires?

(E) Il exposa ses raisons dans un manifeste latin, qu'il adressa à tous les princes chrétiens. ] J'en ai un exem- plaire imprimé l'an 1682, sur la copie de Transilvanie. Mais comme il n'y a nulle date au manifeste de Michel Apafi, et que mon édition ne marque pas en quel temps fut faite celle de Transilvanie, je n'oserais assurer que ce prince déclara la guerre en 1682; car je vois dans la vie du comte Tékéli (i4), qu'en 1681, Abaffî le vint join- dre flp'ec une armée de T'ransili^ains, et qu'il entreprit avec lui le siège de Zathmar. L'auteur de l'Histoire des troubles de Hongrie parle de ce siège sous la même année (i5), et nous ap- prend que Michel Apafi se rendit maî- tre delà ville (16), mais que, n'ayant pu réduire la citadelle, il se retira, et qu'il perdit tout son bagage dans la retraite (17) ^ qu'on n'a pu bien péné- trer la véritable cause de cette dis- grâce (18); que les uns l'attribuaient à une mésintelligence survenue entre le comte Tékéli, et Téléki qui com- mandait les troupes de Transilvanie à ce siège; qu'on accusait ce dernier de s'être servi de mauvaise poudre, qui ne faisait nul effet j quo, selon d'autres, le prince Apaffi rî avait pas voulu lui- même s'en rendre maître, sur l'at'is qu'il a^>ait eu que le grand-seigneur