SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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d'Apollonius furent traduits en Arabe (D) On a cru qu'il s'appropria les au temps d'Almamun. Or, Almamun fut inauguré l'an 2o3 de l'hégire (aï); 4°- qu'Abalphat ne laisse pas de prétendre que sa version est la pre- mière, et qu'on n'avait vu encore que certains fragmens d'Apollonius, les endroits les plus faciles. Cela peut faire juger, ou qu'il n'avait jamais vu la traduction qui fut faite sous Al- mamun, ou que celte traduction ne comprenait que quelques fragmens des Coniques d'Apollonius (24)' Voilà ce que j'ai pu dire pour com- menter le texte de cette remarque. Je ne parle point de V Apollonius Bata- vus de Willibrord Snellius, seu ex écrits et les découvetes d'Archimède. ] Héraclius assure qu'Arcbimède fut le premier qui travailla à des théorèmes coniques, et que ses compositions là- dessus, avant que d'être publiées, tombèrent entre les mains d'Apollo- nius, qui les publia comme son ou- vrage (27). Eutocius réfute cela par deux raisons: l'une est qu'Arcbimède en divers endroits de ses livres parle de la science des coniqnes comme d'une chose qui n'était pas nouvelle; l'autre est qu'Apollonius ne se vante point d'ê're l'inventeur de ce qu'il écrit 5 il se contente de dire qu'il a traité cette matière plus amplement suscitata geometria Apollonii Pergœi qu'on n'avait encore fait (a8). Voilà, ■Ttifi Siùùfierfxivyii To/xîtc, ouvrage impri- ce me semble, une assez mauvaise mé à Leide, Tau 1608, t« 4°- i et je justification quant au crime de plalaisse Vincenfio Viviani, auteur du giaire; car on peut fort bien s'appro- Traité de Maximis et Minimis, geo- prier les écrits d'autrui, encore que metrica Divinatio in quintum librum ce ne soient pas des ouvrages où l'auqutntu Conicnrum Apollonii Pergœi, impri mé à Florence en i65g, in-folio. (C). il/. Descartes ne jugeait pas (içj) Mersennns, Prscfat., in Apollonii Conica, ^iim.runt in ejnt St^vci-vf-ê) Matliemalicn.

(20) Voyez Vossius, de Scicutiis MalUemat., i%i)Idcm,ihid.

(22) Burcllus, in Pra;r.

(a3) Abrah. Fccliellens,, in Prœfal.

(24) Idem, ibid.

ce ne soient pas ♦eur prétende ne rien dire qui ne soit nouveau. La gloire d'expliquer mieux que l'on n'avait fait une matière diffi- cile est assez grande, pour tenter un (aS) Baillet, Vie de Descarte», tom. II, pas- ï9- (27) HrracUus, in Vitâ Archimecl., Jpud Eutocium, inil. Comment., in Apollonii Conica.

(aS) l'iilcciiis. ibidem, /'orpz Cl.iufle RjrViord, dans sa l'r''face sur Apollonius, sccl. VJI.

APOLLONIUS.

homme de s'emparer d'un écrit qui peut lui concilier cet honneur. Apol- lonius serait dans ce cas, comme il pa- raît par les propres termes de son apo- logiste. Il y a plus: il se vante quel- quefois dans le sommaire gene'ral de ses huit livres d'avancer des choses nouvelles (29), Jugez si ce n'était pas un puissant motif pour s'attribuer un pareil ouvrage. Je trouve donc qu'Eu- tocius le dclend très -mal, et qu'il vaut mieux le justifier par le silence de Pappus son censeur, et son cen- seur un peu bien fâche. Et notez que Pappus, non-seulement ne l'accuse point d'être plagiaire; mais aussi, qu'il le reconnaît formellement pour le vrai auteur des huit livres des Co- niques, quoiqu'il pre'tende qu'Euclide avait déjà fait quatre livres sur ce su- jet (3o). Il prend le parti d'Euclide contre Apollonius, qui a remarqué que cet illustre géomètre avait très- mal réussi dans un certain point. Il excuse Euclide sur ce qu'Apollonius même avait reconnu: c'est qu'avant les découvertes d'Apollonius il n'était fias possible de bien traiter ce point- à. Les principes dont on s'était servi auparavant ne suffisaient pas pour y parvenir. Il prétend qu'Euclide, plein de douceur, d'honnêteté et de modes- tie, s'attacha aux découvertes d'Aris- tée touchant les coniques, sans vou- loir ni les combattre, ni enchérir par- dessus, et qu'il s'arrêta d'oiî elles ne pouvaient point le faire aller plus avant j mais qu'il se garda bien de dire que ce fût le point de la perfec- tion: il aurait été blâmable en ce cas- là (3i). Remarquez, en passant, que ceci démontre la fausseté de la pré- tention d'Héraclius, qu'Archimède fut le premier qui écrivit touchant les coniques. Vossius n'a point pris garde aux preuves qui renversent cette prétention. 11 observe comme quelque chose de justificatif pour Hé- raclius, qu'Archimède a renvoyé quelquefois à un ouvrage sur les coni- ques; et cela, selon le style qui lui est (25)) Voyn la lettre d'Apollonius à Eiidemiis, au coininenceinent de son /*''. livre. Voyez aussi sa lettre à Attalus, an commencement du /^^ lifie.

(3o) Pappus, in Proœmio, lib. VII, Malhe- )uat. CoUect.

(Bi) Vous trouverez les paroles de Pappus dans la remarque de l'article «i'ARisTiE le e^somilre.

propre quand il renvoie à ses écrits (3a). Il ajoute que Guido Ubaldus a prouvé contre Eutocius, qu'Archi- mède n'ignorait pas que les cônes peu- vent être coupés par des plans qui ont une inclinaison difiérente au côté du cône (33). Mais que fait cela pour prouver ce dont il sagit? Accordons qu'Archimède avait fait sur les coni- ques un ouvrage bon, beau, excel- lent: est-ce à dire qu'avant lui per- sonne n'avait traité cette matière, ou que cet ouvrage fut volé par le pla- giaire Apollonius?

(E) Les Arabes ont été fort igno- rons en chronologie a l'égard d'Apol- lonius] lis ont dit qu'il a vécu au temps d'Achas, roi de Juda, et que ses écrits sur les coniques furent cause qu'Euclide écrivit des livres long- temps après (34). Cette bévue est si étrange, qu'il y a lieu de s'étonner qu'Ecchellensis Tait ménagée avec tant de précaution. Il s'est bien gardé de dire que l'auteur arabe qui a dé- bité cela s'est abusé; il dit seule- ment que cette chronologie paraît fort éloignée de la commune; In bis longé uidetur discrepare Gregorius a com- munl chronologoruni sententiâ et opi- nione, qui Apollomunifloruisse scri- bunt anno periodi Julianœ 4474- ' • • discrspat prœterea ab iisdem chrono- logis in cetate Euclidis qtiem Apollo- nio juniorem agnoscil, ubi illi eum collocant in anno periodi Julianœ 443o (35). Ecchellensis vous laisse la liberté de choisir entre ces deux opi- nions: il eût mieux fait de décider que l'aufeur arabe se trompe; car cela est très-certaiu. Et noiez que son er- reur n'est pas une différence de quel- ques années: Achas commença de ré- gner l'an 3970 de la période Julienne. Ptolomée Evergètes, sous qui Apollo- nius a fleuri, surcéda au roi son père, l'an 44^8 de la même période. L abus est donc très-grand; il enferme une difiérence d'environ cinq siècles.

(F) M. Morcri a Jnit ici bien des fautes. ) 1°. Il a donné simplement et (32) Vossius, de Scient. Mathcm., in Àdden- (33) Guiilo Ubaliliis, inilio Cummcntarii iii secundum «s-oppûiTTiX-œv ArcViimedis.

(34) Gregorius Barlirbrxns, Ub. III Chroni- rorum, in Acli.is, aptid Abrah. Ecchellensem, Prief. in ApoUoD.

APOLLONIUS.

absolument le surnom de Grand Géo- mètre à notre Apollonius: il fallait user de restriction, et se contenter de dire que ses contemporains le sur- nommèrent ainsi, à cause de sa capa- cité dans les coniques. Voilà pre'cisé- mcnt ce qu'Eutocius d'Ascalon rap- porte (36j. 1°. Morëri prétend que ce surnom est le même que celui de o Kpôvoç: c''est une grande bévue, quel- que favorablement qu'on la traite j car enfin, l'Apollonius, qui eut le surnom de IC^ôvoç, n'était puint le géo- mètre j il était natif de Cyrène (37), et n'eut jamais de réputation (38). 3°. Eutocius ne rapporte point l'ou- vraf^e d'Héraclius de la vie d'Archi- mède: il le cite seulement. 4°- Dire que nous aidons le Traité des Cônes, Conicorum, traduits par Jean-Bap- tiste de Mesmes, c'est commettre un barbarisme, et vouloir persuader aux lecteurs que ce Jean-Baptiste a tra- duit tout cet ouvrage. 11 n'en a pour- tant traduit que les quatre premiers li- vres. 5°. 11 n est pas vrai que les gens de lettres sachent que ces (Sg) quatre premiers Hures d'Apollonius sont d'Eii- clide de Mtgare. 6°. Personne n'a dit qu'Apollonius fut le disciple d' Eubu- lides, auditeur d' jEuclide; et il n'y a nulle apparence qu'il l'ait été, puis- qu'Eubulides ne cultivait guère que les cbicanes de la dialectique, et qu'il n'enseigna point dans Alexandrie, où notre Apollonius étudia sous les dis- ciples d'Euclide (4o)- 7° Après avoir avancé qu'Euclide est le véritable au- teur des quatre premiers livres d'A- pollonius, fallait-il dire que celui-ci porté du Levant ces trois livres en arabe, et que les mathématiques lui auraient bientôt de grandes obliga- tions, et surtout quand ces trois li- vres auraient été imprimés (40' 9°. L'Apollonius, qui fut le maître de Diodore, n'est point celui dont il s'a- gissait dans Cet article. On a pu voir ci-dessus (42) deux autres fautes de JM. Moréri.

C4i) Vossius, de Scient. Mathem., cap. XVI. pag. r^5.

(42) Dans la remarque (B) aux citations marginales (g) et (lo).

APOLLONIUS de Tyane a été l'un des hommes du monde dont on a dit les choses les plus extraordinaires. J'avais résolu d'en faire un fort long article; mais, ayant vu celui que M. de Tillemont en a fait, j'ai cru qu'il valait mieux employer mon temps à d'autres recherches, que prendre bien de la peine pour ne rien dire que ce qu'il a dit, ou que prendre simplement la peine de le copier. Son livre pas- sera par plus de mains qvie ce- lui-ci, et tout le monde sera plus à portée de le consulter, que de consulter mon Diction- naire. Il suffit donc d'avertir, que l'on trouvera dans le second tome de son ouvrage (a) un re— jît des Commentaires sur les quatre cueil plein et exact de tout ce premiers liv^res des Cônes de ce phi- qu'il y a de plus remarquable à losophe? Quelles brouilleries, ou plu- jire touchant Apollonius de Tyaque pas vrai que (jolius ait traduit d'a- rabe en latin le V*., le VI*. et le VIP. livre d'Apollonius. M. Moré- ri, qui l'affirme, n'est point excu- sable, puisqu'il n'avait lu dans Vos- sius que ceci, que Golius avait ap- (36) Eutoc. Ascalon., initia Comment., in Conicà Apollonii. H se fonde sur le Irmoignage de Gemini, lih. fl, Malhemat. Prœceptionum.

(37) Siraho, Ub. XVII, pag. S-fi.

(39) Nulez que Moréri n'avait rien dit « quai le mot ces se pût rapporter: cela forma un galimatias insupportable.

ne. Je dirai néanmoins, quand ce ne serait que par forme, qu'il naquit à Tyane, dans la Cappa— doce, vers le commencement du 1". siècle; qu'à l'âge de seize ans il s'érigea en observateur rigide de la règle de Pythagore, renonçant au vin, aux femmes, à toute sorte de chair, ne por- tant point de souliers, laissaiit croître ses cheveux, ne s'habillant que de toile (b); que peu après il s'érigea en réformateur; qu'il fit élection de domiciledans un temple d'Esculape, oii bien des inalades lui allaient deman- der leur guérison; qu'étant de- venu majeur, il céda une partie de son bien à son frère aîné, qu'il en distribua une autre par- tie à des parens pauvres, et qu'il en retint très-peu pour lui; qu'il passa cinq ans sans parler; qu'il ne laissa pas dans ce silence d'ar- rêter plusieurs séditions (A) en Cilicie et en Pamphjlie (c); qu'il se mit à voyager, et à faire le législateur; qu'il se vantait de savoir toutes les langues sans les avoir jamais apprises, de con- naître les pensées des hommes (d), et d'entendre les oracles que les oiseaux rendaient par leur chant (e); qu'il condamnait les danses, et les autres diver- tissemens de cette nature; qu'il recommandait les œuvres de cha- rité (/"); qu'il voyagea presque dans toutes les parties du monde (g); qu'il souleva à Cadix, contre Néron, celui qui avait l'inten- dance du pays (h) (B), et qu'il mourut fort âgé, sans qu'on ait jamais su bien certainement ni oii, ni de quelle manière (i). Sa vie a été amplement décrite par Philostrate (C): il ne faut point douter qu'elle ne contienne mille choses fabuleuses, ou que, si les faits étaient vrais, on ne dût les (b) Plùlostr., in Vitâ ApoUonii, lib. I.

(c) Idem, ihid.

(d) Tdem, ibid. le)Id.,ibid, cap. XIV.

If) Id., ibid., lib. ir, cap. I et IL (5-) Foyez la CUP. lettre de saint Jé- rôme.

(A) Phil., lib. V, cap JIl et XII.

( i ) Sous l'empire de Ncnta, en l'année de APOLLONIUS.,89 attribuer à l'art magique. Les païens étaient fort aises d'oppo- ser les prétendus miracles de cet homme à ceux de Notre-Seigneur (D;, et de les mettre en paral- lèle les uns avec les autres. Il est remarquable, que saint Au- gustin a reconnu qu'Apollonius, au pis aller, valait mieux que le Jupiter des gentils {k). On ne peut nier que ce philosophe n'ait reçu de très-grands honneurs, et pendant sa vie, et après sa mort (E); et que sa réputation n'ait duré autant que le paga- nisme (F). Il laissa quelques ou- vrages, qui ne subsistent plus (G). On parle d'un autre philo- sophe nommé Apollonius de Tyane (H): il vivait sous l'em- pire d'Hadrien. Je ne sais pas de quelle secte il était; mais per- sonne n'ignore que notre Apol- lonius était un pythagoricien à brûler. Il faisait une si ouverte profession de croire la métemp- sycose, qu'il fit adorer un lion sous prétexte que l'âme d'Amasis (/) était unie avec le corps de cette bête (m). Nous avons sa Vie traduite en français par Biaise de Vigénère, sur le grec de Philostrate (n), avec de fort amples commentaires d'Artus Thomas, sieur d'Embry, Pari- sien. Il n'y a pas long-temps qu'une traduction anglaise de cette Vie, avec des notes, a fu- rieusement scandalisé de bonnes âmes (I). Elle a été condamnée, (À) Voyez la remarque (F), citation (28;.

{I) Il avait été roi d'Egypte.

{m) Philost., lib. V. cap. XV.

(n) Le titre apprend que Fed Morel, lec- teur et interprète du roi, a revu et exacte- ment corrigé cette version sur l'original greCé Elle fut imprimée à Paris, l'an i6n, en deux vol, in-^'.

igo APOLLONIUS.

proscrite, anathématisée, et avec pl»s éloquent, plus actif, plus per- £,. * •, que celui dont parle Vireile: marques, bi nous avions cequ un mé EuphrateS, avait écrit de sa- ^Coiupexere, sUem, arrecUsque auiibus tirique contre Apollonius, nous nu «gi^'oicTis animo, ac peaora muiaurions un ample détail de médi- "' <^-*^- sances: car lorsque de tels rivaux II faut que celui-ci parle, s'il veut arse déclarent une fois la guerre, ''èter la fougue d'un peuple mutin.

_,,.,.,. son silence pythagorique fait tout ce Philostrate a raison de se servir que les plus belles figures de l'art du silence de cet Euphrates oratoire sauraient ope'rer.

pour convaincre de calomnie ceux qui avaient médit d'Apol- lonius par rapport à la chasteté, et pour soutenir hardiment qu'Apollonius dans saplusgran- (B) Il soulei^a à Cadix...celui qui avait l'intendance du pays. ] « Philos- 5> trate lui fait un mérite d'avoir sou- » levé contre Néron à Cadix Tinten- )) dant du pays, et les autres philo- » sophes n'en faisaient pas plus de de ieunesse avait triomphé de la " scr"P"le que lui ( n'y ayant que la nature, et avait toujours vécu „ considérer les hommes selon ce qu'ils dans une exacte continence (o). » sont, non en eux-mêmes, mais dans Sidonius ApoUinaris a fait une « l'ordre de Dieu, et à ne violer jadescription d'Apollonius, dans " f.f' J\/«\ ^"'«" •«"''^ ^ P»'o"ai«.f , À -^ 1 ' j 1 ■ " (4}- ")«i- de 1 lUemont se pouvait laquelle on voit un héros de phi- f^^t bien passer de cette remarque losophie aussi grand qu'on en morale, et de toute sa parenthèse. Le puisse voir (K). L'auteur du por- christianisme a des avantages très- trait n'oublia pas de bien faire l^^^' et très-sublimes au-dessus de ,, V ■ -11- toute philosophie: mais sur le point ses excuses a la toi catholique. dont il est ici question, je ne vois pas, (o) PbUostr., lib. 1, cap. VUI. que depuis plus de mille ans, il soit ^' '^ endroit d insulter les philosophes.

,..,,,., ^ Les chrétiens et eux ne s'en doivent silence, d arrêter plusieurs sedUions. 2 fg^, On peut dire de cet engagt Celle qu'il arrêta dans Aspende (.) n,ent à «eUzer;fl,Mai5 la foi qu'on était des plus d.fliciles a calmer, puis- ^^^^ ^.^^ ^^ j^^ -^..^^'^ ji_ qu il s agissait de iaire entendre rai-. r...'.-i r son à des gens que la faim avait pous- sés à la révolte, yame* uiagislra pec- candi, durissinia necessitalum (2). On était prêt de brûler le souverain, à cause que quelques riches, en cachant le blé, avaient mis une extrême disaient de la chasteté: Credo pudicUiam Salurno rege moralam In terris, visamque diu Quippè aliter lune orbe novo cœloque recenti Vivebanl homines (5): il ne passa pas les trois premiers siè- .sette dans la ville. Apollonius, sans clés. M. de Tillemont remarque qu'A- diré un seul mot, arrêta cette émeute pollonius s'efforça de soulei^er tout le populaire. Vit-on jamais un silence (i) Cc'lfiit la troisième ville de Ptimphylie.

(a) QuiÀtil. Déclamai. XII. Les Français ont un pioverbe, que ventre affamé n'a point d'oieiUes. Les anciens en avaient un semblable. Voyez dans les Chiliades d'Erasme, y enltt non liabet aures. Calon commençaune harangue par ces paroles: Arduum est ad ventrem verba lacère qui careat aurlbiis. // s'agissait d'apai- ser le peuple qui demandait des grains.

monde contre l'empereur Domitien (6). Celui qui a fait la vie de ce phi- losophe lui compte cela pour un ex- (3) Virgil., JEneid., lib. 1, vs. i5i.

(4) Tillemont, Hist. des Empereurs, tom. II, (5) Juven., Sat. VI, init.

(C) Tillemont, H ist. des Empereurs, tom. II, pag. aïo.

APOLLONIUS.

IQt ploithéroïque(7). Cet imposteur avait contre un certain Hiëroclès, grand fait le singe du fils de Dieu par rap- ennemi de l'Evangile sous l'empereur port à diverses choses j mais sur l'ar- Dioclétien. Il paraît que le but d'Iliéticle de la soumission et de la pa- rodés, dans le traitii qu'Eusèbe réfute, ■'ce, il se démasqua, il donna du avait été de faire un parallèle entre à terre. Point de parallèle là- Jesus-Christ et Apollonius de Tyane, us. où il donnait la préférence à ce dertience nez dess (C) Sa vie a été amplement décrite par Philostrate. ] Celle que Damis, originaire de Ninive, le plus attaché a lui de tous ses disciples, avait com- posée, n'était proprement que des mémoires assez mal écrits (8). Ils tom- bèrent entre les mains de l'impéra- trice Julie, femme de Sévère. Elle les nier. Ces paroles de Lactance confir- ment ce que je viens de dire: lltm ciintfacta Jesu Christi mirabilia des- trueret nec tamen negaret, i'oluit os- tendere Apollonium fel paria i^el eliam majora Jécisse (ii). Ce qu'a dit M. de Tillemont est remarquable: Apol- lone, dit-il (i2j, a été (*') l'un des donna à Philostrate, qui, sur cela, plus dangereux ennemis que l'Eglise et sur ce qu'il put tirer des oui'rages ait eus dans sa naissance, par l'innod' A polio ne même, et de quelques au- cence apparente de sa fie, et par ses très mémoires, composa l'histoire que miracles prétendus. Le (*') démon nous en ai'ons. Il parle d'un Al axime semble l'ai^oir mis au monde, selon d' Eges qui avait composé un livre sur ses propres panégyristes ( vers le yipollone, et d'un Mœragène qui en niéme temps que Jésus-Christ y voulut avait écrit quatre livres; mais il ne paraître, ou pour (*') balancer son veut point qu'on s'arrête à ce dernier autorité dans l'esprit de ceux qui pren (9). Voyez, dans la remarque (I), d'autres auteurs de la Vie d'Apol- louius. Quant à celle que Philostrate a composée, elle fut premièrement im- primée en grec, à Venise, par Aide Mauuce, avec le traité d'Eusèbe con- tre Hiéroclès. Ce traité fut mis en la- tin par Zénobius Acciaioli: la Vie d'Appollonius fut traduite en la même langue, par Alemannus Rhinuccinus, Florentin. On imprima le latiu de ces deux ouvrages, à Cologne, l'an i53a, in-8°, avec plusieurs corrections, et plusieurs petites notes marginales de Gisbert Langoliiis. L'édition de Paris de toutes les oeuvres des Philostrates, par les soins de Frédéric Morel, est meilleure que celles qui avaient pré- cédé j mais il serait à souhaiter que quelque grand grec voulût coniger la version latine. 11 y trouverait bien des choses qui demandent la main d'un bon médecin. Voyez la remar- que (I), et la citation (n) au sujet de la traduction de Vigénère.

(D) Les païens étaient fort aises d'opposer les prétendus miracles de cet homme àceux de IVotreSeigneur.'] On n'a qu'à voir l'ouvrage d'Eusèbe (10) (9) PLilostr., lib. y II, cap. II.

(8) Tillemont, Hist. des Em|lel■eur^, pag, 201. Ex Pliilostrati hb. I, cap. III.

(9) Tillemont, là même. Ex Philostrati lib. I, C(tp. Il et III.

(10) Dans le volume àe Dcmoaslr. Eyangel, pag. 5ii.

draient les illusions de ce magicien pour de vrais miracles, ) ou afin que ceux qui le reconnaîtraient pour un frai fourbe, et pour un magicien, fus- sent portés à douter aussi des mert^eil- les de Jésus-Christ tt de ses disci- ples.

(E) Il a reçu de très-grands hon- neurs, et pendant sa vie, et après sa mort. ] M. de Tillemont lui re- proche justement tie (*"•) n'avoir pas trouvé mauvais qu'on le traitdt de Dieu (*'), et d'avoir souflért qu'on l'adorât comme une divinité. Que s'il empêcha (*^) en une rencontre qu'on lui rendu publiquement des honneurs di- vins, ce fut, dit son historien, par la crainte de l'em^ie (i3). Les habitans de Tyane bâtirent nn temple à leur Apollonius après sa mort (i4): sou (11) Lact, Divinar. Institut, lib. V, cap.

m.

(12) Tillemoat, Hist. des Empereurs, lom. Il, (") Gotlcau, Hist. de l'Eglise, pag. m^S.

(*') Apollon. Viu, lib. I, cap. III.

(•3) Godeau, Hisl. de l'Eglise, pag. i!fi.

(*<!) Plùlosir., in Apollon. Vilâ, Ùb. VIII, cap. II. pag. i-li.

(*5) Ibidem, lib. VII, cap. X, pag. 346, Vorei aussi Ub. I, cap. Xlll, pag. 25.

(-6) Ibid., lib. IV, cap. X, pag. 189.

(i 3} Tillemont, Hist. des Empereurs, tom. 11^ (i4) Philostrat., liv. I, chap. IV, pag. 6. f t/ri aufsi. liv. VIII, chap. dernier.

APOLLONIUS.

image était ailleurs dans beaucoup de temples (i5). L'empereur Hadrien ra- massa les lettres d'Apollonius, autant qu'il lui fut possible, et les mit dans son beau palais d'Antium, avec un petit livre de ce philosopbe toucbant les réponses qu'il avait reçues de l'oracle Trophonius. Ce petit livre se voyait encore à Antium, lorsque Philostrate ■vivait; et il n'y eut point de singula- rité qui rendît célèbre cette ville, au- tant que fit ce livret (i6). Antonin €aracalla eut pour Apollonius une ex- trême vénération: il lui bâtit même un temple, comme à un héros (17). L'empereur Alexandre avait l'image de ce philosophe dans un lieu particu- lier du palais, mêlée avec celles de Jé- sus-Christ, d'Abraham, et des meil- leurs princes (i8).Aurélien, résolu de saccader Tyane, ne le fit pas, à cause qu'Apollonius lui apparut, et lui dé- fendit de le faire. Non content d'o- béir à cet ordre d'Apollonius, il lui ■voua une image, un temple, et des statues. Vopisque, en nous apprenant cela, se déclare l'admirateur et le dé- vot d'Apollonius, et promet d'écrire sa Vie. Le passage, quoique long, mé- rite d'être rapporté: presque tout y est une preuve du texte de cette re- marque: Taceri non débet tes quœ ad f amant i>enerahilis viri pertinet. Fertur enim Aurelianum de Thyanœ cifitatis eversione yera dixisse, l'era cogitasse: verùm Apollonium Thya- nceunt celeberrimœ famœ autoritatis- que sapientem, \^eterem philosophum, amicum l'erum deorum, ipsum eliam pro numinefrequentanduni, recipienli se in tentorium eâ forma quâ t^idetur, subito astitisse, aique hœc latine, ut homo Pannonius intelligeret, verba dixisse: Aureliane, si vis vincere, nihil est quod de civium meorum ne- ce cogites. Aureliane, si vis imperare, à cruore innocentlum abstine. Aure- liane, clementer le âge, si vis vin- cere. ISôrat uultum philosophi i^ene- rubilis Aurelianus, atque in multis ejus irnaginem ^'iderat templis. Dem- que statlm attonitus, et irnaginem et (i5) Vopiscus, in Aureliano, cap. XXIV.

(16' Philostr., in Vilâ Apollonii, Uli. VIII, tap. VIII.

/,-)'Hp»ov, Dio, lib. LXXVII,pag. 878, C; 'apiJ Tillemoiit, Hist. des Empereurs, statuas et templum eidem promisil, atque in meliorem rcdiit mentent. Hœc ego à grauibus l'iris comperi, et in Ul- piœ bibliothecœ libris relegi, et pro majestale Apollonii magis credtdi, Quid enim illo i'iro sanclius, uenera- bilius, anliquius, dit'iniusgue inler ho- mmes fuit? llle mortuis reddidit imi- tant. Ille multa ultra homines etfecit et dixit: quœ qui velil nasse, grœcos légat tibros qui de ejus uitd conscripti aunt. Ipse autem, si fita suppetat, at- que ipsius firi fauori usquequaquè placuerit, brei^iter saltem tanli t-'iri facta in lileras miltam; non quo illius i'iri gesla munere mei sernionis indi- geant, sed ut ea quœ miranda sunl, omnium l'oce prœdicenlur (19). Ces paroles de Lampridius, touchant le culte de l'empereur Alexandre, ne sont pas moins dignes d'être rappor- tées. Nous y apprenons que lorsqu'il était en état de le faire, c'est-à-dire, lorsqu'il n'avait point couché avec sa femme, il commençait îa journée par des actes de dévotion. Il s'en allait dès le matin dans son oratoire, pour y pratiquer des cérémonies religieu- ses en l'honneur des patrons qu'il s'é- tait choisis. Apollonius en était un: Usus uii'endi eidem hic fuit: Primùm ut, sifacultas esset, id est si non cunt uxore cubuisset, matutinis horis in larario suo ( in quo et diuos principes, sed optimos electos et animas sanc- tiores, in queis et Apollonium, et quantiim scriplor suorum temporunt dicit, Christum, Abraham, et Or- pheum, et hujuscemodi deos habebat, ac majorum effigies ) rewi dit^inam fa- ciebat (20). '( Eusébe témoigne que J) de son temps il y avait des person- » nés qui prétendaient faire des en- » chantemens, en y mêlant le nom M d'Apollone (21). »