SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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diocrilalein, contimiatio etiam litte- morale était beaucoup plus rigide rati laboris omnent gratiam corpore qu'aujourd'hui, par rapport à l'exte'- deterget, habiludinem tenuat, succum rieur, car il n'ose point convenir qu'il exorbet, colorent oblitterat, i^igorem se serve de son miroir. Il soutient qu'il débilitât. Capillus ipse, quem isti le pourrait faire, et il le prouve par aperto mendacio ad lenocinium déco- plusieurs raisons philosophiques, qui, ris promissumdixére, vides quant non pour dire la ve'rité, sont beaucoup sit amœnus ac delicalus, horrore im- plus ingénieuses que judicieusement plexus atquè impedltus, stuppeo to- placées 5 mais il nie qu'il consulte son mento assimilis, et inœqualiter hirlus, miroir: Sequitur de speculo longa illa et globosus, et congestus: prorsùs ine- et censoria oratio, de quo pro rei alro- nodabilis diulinâ incuriâ, non modo eitate penè diruptus est Pudens, cla- comendi, sed saltem expediendi et dis- mitans: Habet spéculum philosophus, criminandi (S^). A l'égard du troisiè- possidet spéculum philosophus. £/«t^i- me chef, il ne se défendit point d'avoir iur habere concédant, ne aliquidobje- envoyé à un ami une poudre qui était cisse te credas, si negâro, non tamen propre à bien nettoyer les dents, et d'y ex eo me accipi necesse est exoniari avoirjoint des vers qui contenaient une quoque ad spéculum solere...Pluri- description exacte des effets de cette mis rébus possessu careo, usuj'ruor: poudre: il soutint que tout le monde, quod si neque habere utendi argumen- et principalement ceux qui parlaient tumest, nequè non utendi non habere, en public, devaient avoir un soin tout et speculi non tam possessio culpalur particulier de tenir nette leur bouche, quam inspectio, illud etiam doceat ne- Il eut là un beau champ pour rendre cesse est quandô et quibus prcesentibus bonne sa cause, et pour tourner en ri- in spéculum inspexerim, quoniam, ut dicule son adversaire, quoique appa- res est, majus piacuhim decernis spe- remment il eût donné lieu à la criti- culunt philosopha, quàm Cereris man- que, par une trop grande affectation dum profano i^idere (89). de se distinguer des autres savans. Voyez l'invective de Juvénal contre Voilà comment certaines causes sont l'empereur Othon qui comptait son aisées à défendre, encore qu'on ait un miroir pour l'une des principales piè- peu de tort: f^idi ego dudiim, répon- ces de son équipage de guerre: dit-il (38), ^-ix risum quosdam tenen- j„^ tcnelspeculumpathUi geslamen Othoms, teis, ciim mundicias oris i^idelicet ara- Acioris Aurunci spoUum.- quo se ilU videbat tor ille asperè accusaret, et dentifri- Armalum. cum jam tolli vexUla juberel.

Cium tanlâ indlgnatione piOnuncia- HislorU, spéculum cwUis sarcinabelU (Lo).

ret, quanta nemo quisquam venenum.

Ouidni? crimen haud contemnendum Au reste, il me semble ( je n'ose philosopha, nihil in se sordidum si- néanmoins l'affirmer, ) qu'Apulée nere, nihil uspiam corporis apertum, avait en vue son procès, lorsqu'il déimmundum pati ac fœculentum; prœ- crivit dans l'une de ses harangues ceserlïm os, cujus in propatulo et con- lui d'Apollon et de Marsjas. Il suppose spicuo usas hontini creberrimus; si\Je que Marsyas débuta par louer ses cheille cuipiam osculum Jerat, seu cùni veux entortillés, sa barbe affreuse, cuiquam serniocinetur, sive in audito- sa poitrine velue; et par reprocher à rio dissertet, «(Ve in templo preces al- Apollon une propreté extrême: Marleget. Omnem quippè hominis actum sfas, quod stuttitiœ maximum specisermo prœit: qui, ut ait poêla prœci- men est, non intelligens se deridiculo puus, è dentium muro projiciscilur. huberi, priusquam tibias occiperet in- Faisons le même jugement de la der- flare, priiis de se et Apolline quœdam pière accusation. Ce n'est pas un cri- deliramenta barbare effiitiuit daudans me à un docteur dans quelque faculté •s^*^ quod erat et coma relicinus, et que ce soit d'avoir un miroir; mais barbâ squallidus, et pcctore hirsutus, s il le consultait trop quand il s'habil- et arte tibicen, etfortund egenus; conle, on l'en pourrait critiquer fort jus- tra ApoUinem, ridicu/um dicta, adtement. Dans le temps d'Apulée, la t'ersisfirtutibusculpabat.QubdApol- (39) Idem, ibid., pag. ï8i, ï8î.

APULÉE.

lo esset et comd intonsus, et genis gratus, et corpore glabellus, et arte mulliseius, et fortunâ opulenius...Lingud falidicd seu tulè oratione, seu fersibus malis, utrobiquc facundlâ asquipari...Risére Musce, cùm audi- rent hoc senus crimina, sapienli exop- tanda, Apollini objectata (40> *^ tibi- cinem iltunt certamine superatum, ve- lut ursum bipedem, corlo exseclo nudis et laceris t'isceribus reliquerunl (4'-i)- Notez qu'Apulée assure que son accu- sateur n'e'tait qu'un gros paysan fort laid: Mihi islud crede quanquani te- lerrimum os tuum mininum à Thyestd tragico demulet, tanien profecio dis- cendi cupidine spéculum iru^iseres, et aliquandà relicto aratro mirarere tôt in facie tuâ sulcos rugarum. At ego non mirer, si boni consulis me de isto dislortissimo uullu tiio dicere, de nio- ribus luis mullô trucnlenlioribus veti- (I) On l'accusa de s'être servi de sortilèges, pour s'emparer du cœur de sa femme et de son argent. '\ Apulée n'avait pas besoin d'une grande justi- fication par rapport au premier arti- cle; car, puisque par des raisons de santé Pudentilla s'était déterminée à » garçon: et au contraire, c'est ce V qui montre que la magie eftt été )) bien superflue ■ » Cur mulier libé- ra tibi nupsit post annos tredecim ui- duitatis? quasi non magis mirandum sil quod tôt annis non nupserit At enim major natu non est juvenem as- pernata. Igitur hoc ipsum argumen- tum est nihil opus magiâ fuisse ut nu- bere uellet mulier viro, uidua cœlibi, major juniori (45). Si l'arrêt des ju- ges eût été formé sur la sentence qui fut prononcée en pareil cas à peu près par la mère d'Alexandre- îe - Grand, il eût été admirable: O 0a,o-iKtvç ^ÎKiTTTroç lipat, Qia-TcuKÎiç yuctuTav HTTTQÙS'a.a-i aùv ri'OAu/jiTndiç KctCuv THV a.v^pa>7rov ô'7roX,iipfov. 'Clc S'i tk 'à~Liv iMOUTO,, tÔ T êl'tToÇ iUVpiTTHÇ il^ivH, Ketl S^ttXÎX^" '^fo'^ ttÙT»}/ aux. dyivvuç oi/<f* tta-uvÎTctç. Xaup'i'rata-a.v (uttiv j» 'Ohuju.- etixç ) a.1 Jfa,boAa.i'' trù yctp èv crmwr» tÙ. •SjLpfA.a.M.a. é;^^itç (46). Rex Philippus de- peribat Thessalicam quandam mulie- rem, quœ uenefcio eum circumi'enisse dicebalur; opcram dédit Olympias, ut eam in suam redigeret potestateitf '■ cùm in conspectum ea reginœ venisset, neque forma tanliim uideretur egreun second mariage, avant même que gia, sed et collocuta esset neque ab- d'avoir vu ce prétendu magicien, la jectè neque imprudenter; « Facesjeunesse, la bonne mine, le beau caauet, l'esprit, et les autres agrémens 'Apulée étaient un charme plus que suffisant à le faire aimer de celte da- me. 11 eut les occasions les plus favosant, inquit Olympias, calum- » niœ: tibi tua in teipsd sunt reposita V t'cnefcia. i> Voilà pour l'article de la conquête du cœur. L'autre article, qui est celui de l'argent, fait naître râbles de gagner son amitié; car il quelques soupçons, non pas de magie, logea quelque temps chez elle: le fils aï- mais d'avarice. On a de la peine à né dePudentilla levoulut absolument; croire que ce mariage n'ait pas été un et ce fut lui qui souhaita qu'il se ma- riât avec elle, et qui le sollicita à y songer (44)- Apulée ménagea finement tous ses avantages, et poussa dans le ridicule, par des traits vifs et agréa- bles, ses accusateurs. « Vous vous » étonnez, leur disait-il, qu'une fem- w me se soit remariée après treize ans sacrifice à des raisons d'intérêt. Ne condamnons pas néanmoins Apulée sans l'entendre. Il offre de prouver par son contrat de mariage qu'il ne se fit rien donner par Pudentilla; mais qu'il se fit seulement promettre une somme assez modique, en cas qu'il lui survécût, et eu cas qu'il vînt " de viduité: il est bien plus étonnant des enfans de leur mariage. 11 fait voir par plusieurs faits combien sa con- duite avait été désintéressée, et com- bien il était raisonnable qu'il exigeât de sa femme la somme qu'elle lui avait promise. C'est là, qu'en pleine audien- ce, il est obligé de faire des confes- DIER.

3> qu'elle ne se soit pas plus tôt rema « riée. Vous croyez qu'il a fallu de la » magie pour obliger une veuve de » son âge à se marier avec un jeune (40 Voyez V application qui est faite de ce passage dans les Nouvelles de la République des lettres, septembre i685, article VII.

{l^1) Apul., Floridor., pag. 34i.

2i4 APULÉE.

sious dont Pudentilla se serait très- » vous quitte, elle remporte tout ce bien passée. II dit qu'elle n'était ni » qu'elle vous a apporté, vous ne pou- hcUe ni jeune, ni un sujet qui pût » vez point vous vanter de retenir tenter eii nulle manière de recourir jj quoi que ce soit qui lui ait appar- aux encliantemens, et qu'il ne fau- » tenu. » Il remarque plusieurs au- dralt pas s'étonner qu'elle eût fait de très inconvéniens des mariages avec grands avantages à un homme comme des veuves, et il conclut qu'il en lui: Quod insûtuipergam disputare, aurait coulé bon à Pudentilla, pour nullam mihi causant fuisse Pudentil- se marier, si elle n'avait pas trouvé en larn i>eneficiis ad nuptias prolectandi. lui une humeur de philosophe: f^ir- Formam mulieiis et celatem ipsi ultro goforntosa, etsisitoppidopauper, la- improbaferunt, Idque mihi t'itio dede- men abundè dolala est, Affert quippe runt talent uxoreni causa ai^aritiœ con- ad maritum nouant animi indolent, cupisse, atque adeo primo dotent in pulchritudinis gratiani,floris rudimen- consressu grondent et uberent rapuisse tuni. Ipsa inrginitatis commendatio {!i-j)..., Quanqu'am quis ontnium i^el jure meriloque omnibus maritis accep- exiguè rerum peritus culpnre auderet, tissinta est. Nunt quodcunque aliud in si niulier uidua et mediocri forma, at dolent acceperis, potes ciim libuit ne non (State mediocri, nubere uolens, sis beneficio obstrictus onine ut acce- longâ dots et molli condilione inui- peras retribuere; pecuniam renumera- tâsset jw'enem neque corpore, neque re, mancipia reslituere, donto demi- animo, nequefortunâ pœnitendum...? grare, prœdiis cedere. Sola uirginitas (48). Il dit que Pontianus fils de Pu- citni semel accepta est reddi nequitur: dentilla ne lui proposa le mariage de sola apud maritum ex rébus dotalibus sa mère que comme une charge, et remanet. f^idua autem qualis nupiiis comme une action d'ami et de philo- t'enit, talis divortio digreditur. Nihil sophe^ je veux dire une action plus offert irreposcibile, sed uenitjam ab convenable à un bon ami de Pontia- alio prœflorata:certè tibi, ad quœ ce- nus, et à un philosophe, que ne seiait lis, minime docilis •• non minus sus- pas d'attendre un parti où il pût psctans nouant dontum, quam ipsa trouver en même temps les richesses jam ob unum dirortiunt suspectanda '• et la beauté: Corifider'e sese fore ut sive illa morte amisit maritum, ulscœ- id onus recipiam, quoniàmnonfor- ui ominis mulier, et infandi conjugii, juosa pupilla, sed mediocri facie ma- minime appetenda; seu repudio di- ter Uberorum mihi nfferatur. Sin hœc gressa est, utramuis habebat culpani reputans formœ et diuitiarum gratiâ mulier: quœ aut tam intolerabilis fuit me ad aliant condilionem reseruareni, ut repudiaretur, aut taminsolens, ut neque pro amico neque pro philosopho repudiaret. Ob hœc et alin uiduœ dote facturum (49)- H relève extrêmement auctœ procos sollicitant. Quod Puden- Ics avantages d'une fille sur une veuve, tilla quoque in alio mariiofecisset, si a Une belle fille, dit-il, quelque pau- philosophum spernentem dotis non re- 3) vre qu'elle soit, vous apporte une perisset{5o).

y> grosse dot, un cœur tout neuf, la II y aurait bien des réflexions à )) fleur et les premières épreuves de sa pousser sur ce discours d'Apulée, si » beauté. C'est avec une grande rai- fou n'avait autre chose à faire que -» son que tous les maris font un si cela; mais, quelque pressé que je » grand cas de la fleur du pucelage, sois de passer à d'autres articles, je 5) Tous les autres biens, qu'une fem- dirai pourtant deux choses: l'une, 0 me leur apporte, sont de telle na- que ce bien, que l'on ne retire ja- » ture, qu'ils peuvent les lui rendre mais d'entre les mains d'un mari, » s'ils ne veulent point lui avoir de est fort chimérique: il n'y a ni bouj) l'obligation:, elle peut les retirer, langer ni boucher qui voulût faire w elle peut les recouvrer: celui-là crédit de cinq sous sur cette impé- )) seul ne se peut rendre; il reste tou- rissable possession; l'autre, qu'Apulée ;) jours au pouvoir du premier époux, n'avait j)as considéré selon toutes )) Si vous épousez une veuve, et qu'elle leurs espèces les désavantages des veu- ,,,.,.„„,...ves. 11 n'a rien dit des veuves qui (47) Apuleius, Apol., pag. iii. '■ ^4ç)) Jdfin, ibid., p«j,'. 32o. '""y Idem, ibid,, png, 352.

APULÉE. 2i5 n'ont pas eu d'enfans: aussi ne se sorcelée. Il ne leur était pas difficile trouvait-il point dans le cas- Un cha- de faire accroire qu'elle avait e'crit noine de Paris, qui fut embrasser à cela; car ils ne lisaient que certains G. la religion protestante, Tan 1673, mots de sa lettre, détachés de ce qui eut bientôt démêlé, parmi les fem- les précédait et de ce qui les suivait: mes qu'il vit au temple, une jeune et personne ne les pressait de lire veuve, riche et bien faite. Il trouva tout. Apulée les couvrit enûn de honbientôt roccasion de lui parler, te, en faisant lire tout le passade de et plus il la vit, plus il connut qu'elle la lettre de Pudentilla. Il parut qne serait bien son fait. Mais comme il bien loin de se plaindre d'Apulée n'avait apporté de France que l'era- elle le justifiait, et se moquait fînebonpoint des personnes de sa pro- ment des accusateurs. Voyez ses pafession, et quelques lumières sur les rôles, vous y trouverez que les méabus du papisme, on le rebuta un mes termes pi-écisément peuvent être, peu fièrement. Il me fit confidence ou l'accusation, ou la justification de ce rebut, et se plaignit moins du d'Apulée, selon qu'on les détache de fond même de l'afTaire, que des ma- ce qui précède, ou qu'on ne les en nières (5i). Je lui représentai ingé- détache pas: Bot/xo^svnv yâ-p y.i Si an nument qu'il avait eu tort de se com- «Tttov «iTistç yay.'nBma.t, stÙToç toUtov mettre, vu l'état présent de sa fortu- i-rno-ctç oivri Trâvi-œv *îfê7cr6sti, ëstu/uâ.- ne, et la grande volée de la dame. Çaiv tov a.vJ'pa., na.) o-TrwS'âZ.ùùM a-înov pour un homme comme lui; mais il //.^x^nfoi ô/uSi; xotKOMÔê7ç t« ÀvATru^uaiv^ faut rabattre beaucoup de ses riches- «.(«^vi'Jiov iTriviro 'A^ouxiîVoç juÂyoç, x.xl ses, poiiTsai\it-i\, n cause qu'elle n'a lycè /ui/Aâ.yivy.a.t ùtt etùroD. No./ scS point eu d'enfans; cela seul y fait Ka) iï^âsTê vSv Trpàç «//s, ïœçêTi a-aeipovœ, une brèche de trente ou quarante mille Càm enim uellem nubere propter eas libres. Sans la présomption qu'elle est causas, quas dixi, tu ipse persuasisti stérile, je l'estimerais d'autant un mihi, ut hune prœ omnibus eligerem, meilleur parti que je ne fais, t^u sur- admirans i^irurn, et cupiens reddere tout que mon frère unique n'a point euni nobis familiarein meâ operâ.

d'héritiers, et que ma famille court IVunc i'erb ciim nefarii et maligni pas risque de périr, si je ne laisse posté- sollicitant, Apuleius repente magus rite. Je ne voulus point entrer en dis- factm est, et egoincantata sum ab eo.

pute avec un homme qui avait exa- Certè amo eum. f^enite nunc ad me, miné si précisément celte matière: donec adhuc sum compos mentis {^1), je lui en laissai toutes les compensa- Il exagéra comme il faut cette sorte lions et les évaluations. Je me conten- de fourberie. Ses paroles sont dignes tai de croire que l'envie de ne laisser d'être gravées en lettres d'or en raille point périr sa race avait été pour lui lieux, pour étonner, s'il est possiunc vive source de lumières. ble, les calomniateurs qui, en tout (K) On trnu^'e dans son apologie pays et en tout siècle, se servent de des exemples des plus honteux arti- semblables infidélités: Multa sunt, fiées qu'un calomniateur mette en dit-il (53), quœ sola prolata calumjeu. ] J'en produirai un seulement, niœ possunt t^ideri obnoxia. Cujai'is afin qu'on voie que, dans tous les siè- oratio insimulari potest, si ea quœ ex clés, l'esprit de la calomnie a été de prioribus nexa sunt principio sui deforger des preuves par des lambeaux, fraudentur, si quœdam ex ordine scripou par des extraits infidèles de ce que torum ad libidinem supprimantnr. si quelqu'un a dit ou écrit. Les accusa- quee simulationis causa dicta sunt, teurs d'Apulée, pour le convaincre adseverantis pronunciatione quant exde magie, alléguèrent une lettre que probrantis legantur? sa femme avait écrite pendant qu'il (L) Les païens ont dit qu'il ai'ait fait la recherchait. Ils soutinrent qu'elle un grand nombre de miracles. ] On avait avoué dans cette lettre qu'Apu- aurait de la peine à croire que cela lée était magicien, et qu'il l'avait en- eût été dit, si des gens dignes de foi (50 II n'en parlail jamais sans dire, est mo- C-'") Apul., Apolog., pa§. 336. àr» in rébus. (53) Idem, ibid.

[6 APULÉE.

ne l'attestaient 5 mais nous voyons que cette impertinence des païens était tellement prônée au siècle de saint Augustin, qu'on pria ce grand prélat de la réfuter: Precator acces- serim ut ad ea t^igilantiùs respondere digneris, in quibus nihil ampliùs Do- minum quam alii homines facere po- tuerunt, fecisse t'el gessisse mentiun- tiir. ^pollonium siquidem suum no- bis et j4puleium aliosque niagicœ ar- tis homines in médium projerunt, quo- rum majora contendunt extitisse mi- racula (54). Saint Augustin se con- (M) M. Moréri a entreuu qu'il n'é- tait point l inwenteur de son Ane d'oTj\ Rapportons premièrement ses paro- les. La métamorphose de l'âne d'or <c est une paraphrase de ce qu'il avait » pris dans Lucien, comme celui-ci « l'avait tirée de Lucius de Patras, )> me apparence qu'Apulée tira de sa « source même le sujet de la fable » qu'il a accommodée à sa façon; car » il savait très-bien la langue grecque » et la latine. « Pour bien juger si M. Moréri mérite d'être critiqué, il tenta de répondre que si Apulée avait faut comparer avec ce qu'il vient de été un si puissant magicien, il n'eût dire le passage de Vossius qui lui a point vécu, avec l'ambition qui le servi d'original: De cetate Lucii Patrensis non liquet, nisi quod antiquior credatur Luciano, quippè qui indè compilasse uideatur JLucium seu Asi- num suum, uti ex Luciano posteit u4sinuTn suum aureurn exscripsit Appossédait, dans une condition aussi petite que l'avait été la sienne; que, d'ailleurs, il s'est défendu de la ma- gie comme d'un grand crime (55). On parlait de ses prétendu» miracles long-temps avant saint Augustin; car puleius. Nisi is potiiis exeodem Lucii Lactance s'étonne que l'auteur qu'il a fonte sua hausit, et hoc sanè cerisimirefuté n'eût pas joint Apulée à Apol louius de Tyane: F'oluit ostendere Apollonium uel paria, fcZ etiam ma- jora fecisse. Mirum quod Apuleium prœtermisit cujus soient et multa et ■mira memorari (56). Apulée a eu le lius est. Nempè ut Lucium in epito- men redegit Lucianus, ita paraphra- sin Lucii scripsit Appuleius, sed. ille grcBcè, hic latine (Sg). Il est clair que M. Moréri n'a pas entendu la pensée de Vossius, et qu'il ne devait pas dire destin de bien d'autres gens: on n'a que l'ouvrage d'Apulée est la para- parlé de ses miracles qu'après sa mort; phrase de celui de Lucien. Il devait ses accusateurs ne lui objectèrent que des vétilles, ou prouvèrent le plus mal du monde ce qui pouvait avoir l'apparence de sortilège. Mais je ne sais comment accorder saint Augus- tin avec Apulée. L'un dit qu'Apulée ne put jamais parvenir à aucune char- ge de judi\:ature: ad aliquam judi- ciariam reipublicœ potestatem (Sy); l'autre se vante d'occuper le poste que son père avait occupé; son père dire que Lucius de Patras avait été abrégé par Lucien, et paraphrasé par Apulée. Le raisonnement que M. Mo- réri enferme dans ces paroles, car il savait très-bien la langue grecque et la latine, ne vaut rien du tout. Mettez en forme ce raisonnement, vous y trouverez cet enthymèœe: // sat^ait très-bien la langue grecque et la la- tine: donc il a tiré de sa source même le sujet de cette fable qu'il a accomdis-je, qui avait passé par toutes les modée a sa façon; c'est-à-dire, donc charges de sa patrie: Inquâcoloniâ il n a pas paraphrasé Lucien, mais Luraient cunctis honoribus perfectum. Cujus ego hocvM in edrepub. exindè ut participare cdriam cœpi nequa- quam degener pari spero honore et existimatione tueor (58).

dus de Patras. Cet enthymème est ridicule; il ne faut pas moins savoir la langue grecque pour se servir de Lucien, que pour se servir de Lucius; et il ne sert de rien de savoir la lan- gue latine, pour accommoder a sa façon un sujet emprunté de Lucius. M. de la Fontaine ne peut-il pas ac- commoder à sa façon un conte d'Ou- villc? Il serait d'un plus grand usage qu'on ne pense de critiquer la fausse jn. 'Voyei aussi saint Jérôme sur le psaume logique des auteurs. Lcs jeunes gens, (57) Augiisllnus, Epist.

(54) Marcellinos ad Augustin,, Epist. IV, inler Epist. Augustinî. Voyez aussi la. lettre XLIX (le Saint Augustin, pag. 208.

(55) Augustinus, Epist. V.

(56) Lactant., Divin. Institut., lib. V, cap.

(59) Vosbius, de Hist, graec., pag- 5i7, 5iS.

APULÉE.

qui sont nés pour composer, profite- raient beaucoup de bonne beure à une telle critique.

(N) Quelques païens ont parlé de son roman avec mépris. '\ Je n'en veux point d'autre preuve que la lettre où Questions de table, ses Lettres a Cé- rellia, qui étaient un peu bien li- bres j ses Prowerbes, son Hermago- ras, ses Ludicra. Il parle lui-même de ce dernier. Legerunt, dit-il (63), è Ludicris mets epistolium de denlil'empereur Se'vère se plaint au se'nat fricio, uersibus scriptum. Nous avons des honneurs qu'on avait rendus à Clodius Albinus. On lui avait donné entre autres louanges celle desavant. L'empereur ne pouvait souffrir qu'une telle louange eût été' donnée à un homme qui s'était uniquement rempli l'esprit des contes et des rapsodies d'Apulée: Major fuit dolor qubd il- lum pro litteraio laudandum plerique duxistis, quîtm ille nœniis quibusdam anilibus occupatus inter Milesins puencore son Ane d'or, en onze livres, son Apologie, ses Traités de Philo- sophid naturali, de Philosophid mo- rali, de Syllogisnio categorico, de Deo Socratis, de 3fundo, et ses J^lo- rida. Quant à ses Lettres à Cérellia, je ne veux point omettre la pensée d'un savant critique (64). Il croit que le nom de Cicéron doit être inséré dans le passage d'Ausoue où il est parlé de ces lettres ^ car c'est à Cinicas Apuleii sui, et ludicra litteraria céron qu'on a reproché d'avoir eu des consenesceret (60). Macrobe a renvoyé aux nourrices tous les romans sem- blables à l'Ane d'or d'Apulée: f^el ar- gumenta fictis casihus amatorum. re- Jerta quibus l'el mulliim se arbiter exerçait, i^el Apuleium nonnunquhni lusisse miramur. Hoc totum fabula- rum genus quod solas aurium delicias profitetur, è sacrario suo in nutricum cunas s apientice tractatus éliminât {6 \).

(0) // avait été extrêmement labo- rieux. ] Voyez ce qu'il dit lui-même, quand il répond à son adversaire, sur le chapitre de l'éloquence: De elo- quentid vero, si qua mihijuisset, ne- que mirum neque invidioswn deberet uideri, si ab ineunte ceuo unis studiis liitcrarum ex sunimis uiribus deditus, omnibus aliis spretis voluptatibus, ad hoc œvi, haud sciani anne super ovi- nes hojjiines impenso labore, diuque noctuque, cuni despectu et dispendio bonœ valeludinis, eam quœsissem (62).

(P) // avait composé plusieurs li- f>rcs.'\ Voyez la dissertation de f^itd et Scriptis Apuleii, que Wower a mise à la tête de son édition, et que M. Fleuri, scoliaste dauphin, a fait imprimer -à la tête de la sienne. On peut dire qu'Apulée était un génie universel: il y a peu de sujets qu'il n'ait maniés. Il a traduit le Phédon de Platon, elV Arithmétique de Ni- comachus: il a écrit de Republicâ, de JVumeris, de Musicd; on cite ses (60) Jol. Canitolin. XII- Cladio Âlbîno, caj>.

(61) Macrobius, Saturnalium Ub. I,,'ap. II.

liaisons peu louables avec Cérellia, et de lui avoir écrit trop librement. Sur ce pied-là, il faut lire ainsi dans Ausone: Esse Apuleiuni in vitd phi- losophum, in epigramuuitis amato- rem, Ciceronis in prœceptis omnibus exslare severitatem, in epistolis ad Cœrclliam subesse petulantlam.

(Q) Plusieurs critiques ont publié des notes sur Apulée. ] Philippe Be- roalde en publia de fort amples sur l'Ane d'or, à Venise, in-folio, l'an i5o4, qui ont été réimprimées plu- sieurs fois in-8°., à Paris et en d'au- tres lieux. Godescalc Stewechius, Pierre Colvius, Jean Wower, etc. ont travaillé sur toutes les œuvres d'Apulée. Priceus a publié à part l'Ane d'or et l'Apologie, avec quan- tité d'observations (65). Les notes de Casaubon, et celles de Scipion Gen- tijis, sur l'Apologie, sont estimées. Celles-là parurent l'an i594; et cel- les-ci l'an 1607. La meilleure édition du livre de Mundn est celle de Leyde, en i5gi, in-8°. Nous la devons à Bo- naventure Vulcanius. Disons, en pas- sant, que ce traité-là n'est presque que la traduction d'un pareil ou- vrage attribué à Aristote. Le livre de Deo Socratis a paru avec les notes de Josias Mercerus (66). L'auteur que je cite vous instruira plus amplement (64) Fredericiis Gronov., in Âuson. Cent. Nuplial-, in edilione Ausonii, Ainsielodami, AQUiËUS.

de ce qui resjarde les e'ditions d'Apu- lée (67). 11 n'a point parle en parti- culier de celle de Bâle, apud Henrl- cum Pétri, en i56o, en trois volu- mes in-8°.; ni de celle de la même ville, apud Sebastianum Henric. Pé- tri, en 1620, en deux volumes in-8°.; ni de celle de Lyon, en 1614, en deux volumes in-S"., qui ressemble par- faitement à celle de Leide, dont il articule toutes les pièces, et qu'il met à l'an 161 4- Je ne sais s'il n'aurait point pris le LugJunum de France pour le Lugdunum Batafonim.

(R) Je fie sache point d'autres tra- ductions françaises de V Ane d'or, qu^en i^ieux gaulois. ] Jean Louveau, si je ne me trompe, est l'auteur de la première; la Croix dn Maine en fait mention sans marquer l'anne'e qu'elle parut (68). Il se contente de dire qu'elle fut imprimée à Lyon. Elle fut réimprimée à Paris, par Claude Micar, l'an i584. Un cerfain J. de Montlyard a donné une traduction de ce même livre, avec un commentaii'e. Les deux éditions que j'en ai vues sont, l'une jouxte la copie imprimée à Paris, chez Abel l'Angelier, 1612 j l'autre, à Paris, chez Samuel Thi- boust, 1623. La préface est assez lon- gue, et contient la critique de plu- sieurs fautes de Jean Louveau.

Au reste, je viens de m'apercevoir que la Croix du Maine, et du Verdier Vau-Privas ont parlé d'une traduc- tion qui pourrait bien être antérieure à celle de Jean Louveau. Ils disent que Georges de la Bouthière, ou de la Boutière, natif d'Autun, a mis en français la Métamorphose ou l'Ane d'or d'Apulée (69). L'un dit que cette version fut imprimée h Lyon, par Jean de Tournes et Guillaume Ga- ~eau, Van 1 553; l'autre, qu'elle fut imprimée par Jean de Tournes, 55 16 (70). Il y a ime faute d'impression dans cette dernière date ^ et il est assez apparent que, pour remettre les chiffres dans leur bon ordre, il faut lire i556. Or, comme le même bibliothécaire a dit que la traduction de Jean Louveau fut imprimée l'an i558 (71)) on a lieu de supposer qu'elle fut postérieure à celle de Geor- ges de la Bouthière.

Depuis la première édition de ce dictionnaire, il a paru à Paris une traduction d'une partie de l'Ane d'oi-. Le Journal des Savans, du 9 janvier 1696, en fait mention. M. le baron des Coutures publia, avec des notes, en 1698, sa version française du Traité de Deo Socratis.