(B) Niphus particularisa trop les perfections du eorps de cette danie.J Kiphus a dédié à cette dame son traité du Beau; et pour réfuter les anciens philosophes, qui ont soutenu qu'il n'y a point de beauté parfaite (i^ Voyrz la re TOME ir.
dans l'univers, il leur allègue, dans le V«. chaj)ilre, l'exemple de Jeanne d'Aragon. Il entre dans un détail si exact, en faisant le portrait de cette belle, qu'assurément on n'a rien vu de si bien particularisé parmi ce grand nombre de portraits, que les romans de mademoiselle de Scudéri mirent à la mode il y a trente ou quarante ans {'i). Il ne se contente jias de déciire les beautés visibles à tout le monde, il passe jiis(ju'à celles quas sinus abscondit, et jusqu'à la propor- tion qui régnait entre la cuisse et la jambe, et entre la jambe et le bras. f^enlre sub pectore decenti, et latere cui secrettorn correspondeanL. j4mplis atque perrotundis corendicibus, coxd ad tibiam et tibia ad brachiurn sesqui- alterd proportione se habente (i"). On voit, à la tète de ce traité, une lettre du cardinal Pompée Colonne à Au- gustin Kiphus, laquelle rend témoi- gnage à l'excellente beauté, et aux autres grandes qualités de Jeanne d'Aragon. Or personne n'ignore com- bien un cardinal de qualité est juge compétent en ces matières, et même fin connaisseur, quant elegans J'or- niariim spectatorjiet. Voici les termes de cette lettre: Non vulgo speciosis- sima quœque exponit natura: nostra tamen œi'O pnrens offidosa ac Uberalis ueluti diuinilatis œmula, ut perj'ectutn admiiandumqne aliquid, ddsque im- morlaUbus quamsiniil'imum gtntibus proferret, Joannam Aragnniam Co- lutnnam procreavit, atque nb incuna- bulis ad hanc usque cetutem, in quâ est florentissinia per onines pulchritu- dinis et l'enuslatis numéros proi esit, ut facile principem locum inter for- mosissiritas i^indicdrit. ylntmum prœ- tere'a singularibus et dotibus et virlu- tibus insigni^'tt, etc.
(C) Quelques auteurs ont dit que JYiphus l'aidait flultce. ] Louis Guyon ne saurait se persuader que foutes les beautés qu'Augustin INipluis attri- bue à la princesse Jeanne d'Aragon, de i Illustre maison des Colonnes, fus- sent en elle: mais je cuide, dit-il (4), qu'il en fut amoureux, attiré à son amour pour l'ai^oir i'u toucher, pal- (î) On écrit ceci en 1693.
(i) Niphus, pag. -iiî 0|)usculor., edit. Paris., an. j645.
(4) Guyun, Diverses leçons, vul. III ^ lir. ni, <.hap. XII.
i5 ARAGON.
per imement en plusieurs pnrlies de son corps inaltclc, comme les médecins font coutnmièrement, par le priuiU'i^e que leur donne leur art; et que pas- sionné pour acquérir ses bonnes grâ- ces, n mis ce lii're en lumière qu'il lui a dcdié, d'autant qu'il n'y n rien qui altiie plus une J'fmme ou filla à ai- mer quelqu'un, que de lui faire ac- croire que sa beauté l'a attiré a son amour. Après quoi il lemarqiie, que si ainsi est, ce médecin n'a pas obser^ l'é le serment qu'on lui fiL faire pre- nant ses degrés de médecin, entre tiii- très préceptes de ne convoiter les fil- les et femmes qu'il traitera. Dans la table tics malicies, il (Ht positive- ment, <pie IViplius, médecin, dei'int amoureux, pour ai'oir traité la prin- cesse Jeanne d'yJragon. C'est aller un peu bien vite: il eu fallait demeurer à la conjecture, pour le plus. J'avoue que Niphus, ([ui elail l'un des meil- leurs philosopiies du dernier siècle, était de complexion fort amoureuse; de sorte que ni la vieillesse, ni la goutte ne purent le détacher de cette chaîne, sous laquelle il jouait quel- quefois un personnai^e très-honteux, jus((u'à danser au son de la fll\te: Sus- ccplis liberis, et senescente u.rore, sepiungenaiius senex puellœ dira libi- dineni impotenti amore correptus est usqae ad insaniam; itk ut pleriqite phdosnplium scnem atque podagricum ad tibiœ modes saltantem miserabili cum pudore conspexerint (5). J'avoue aussi, qu'ayant ète amoureux d'une demoiselle d'honneur de Jeanne d'A- ragon (Gj, il a pu voir de près celte belle dame, et se chauller de près à ce grand feu; mais il n'est pas cer- tain qu'il se soit oublie jusqu'à porter ses vues si haut. D'ailleurs, comme il ne pratiquait point la médecine (7), encore qu'il y eût été gradué, il n y a point d'apparence qu'il ait été le médecin de cette duchesse; car les personnes de cette qualité se lient plus dans h urs maladies à un rasdecin d'expérience, qu'à un médecin de spéouiation, (pii fait son fort, coranu; faisait ISiplius, de la profession de philosophie. Ainsi j'aimerais mieux (5) Jovius, F.logior. cap. XCII.
(6) Nniultcus, in Juili.io de August. Niplio.
(7) iSIedicinam UcHcircUorit instar aulpnrio- ileitto! nunquàm exercueiit, optimi tamen ealle- h,\t. Nninla:iis, in Judicio Je."iipKo.
dire, f(uc le jugcmenl n'ayant pas été sa partie dominaulc, il s'est émancipé de pai'ler de choses qu'il n'avait point vues, et d'y applitpier ses idées. Ce que Louis Guyon remar<|ue, ([uc celte princesse ctaittlela maison des Colon- nos, pourrait être vrai du coté ma- ternel, et néanmoins il ne se serait pas bien exprimé. Nous avons vu que le cardinal Pompée Colonne l'appelle Joannam Aragomant Coluiunam: c'est apparemment à cause qu'elle éfait mariée à Ascanio Colonna. On aurait peut-être critiqué avec plus de fon(.l(;ment Augustin Niphus sur le chapitre LXVlll du traité de Pulchro, où, après avoir dit (pi'il n'y avait que Jeanne d'Aragon en ce temps-là qui mérit.lf le nom d'heureuse, vu qu'elle possédait les deux parties de la féli- cité des femmes, savoir, la beauté et la chasteté, il parle tout aussitôt de Victoire Colonne, marquise de Pes- caire, comme d'un exemple éclatant de la jonction de la beauté avec la pu- dicilé.
(D) On a dit de JViphus, que sa qualité de médecin lui aidait donné auprès de Jeanne d' Aragon des prii>i- léges qui l' avaient enflammé d'amour. J Il y a long-temps que les poé'Ies, et bien d'autres aussi, font des ré- flexions sur ce privilège des médecins. Voici comment Ovide fait parler l'a- moureux Aconce: lUe miseruin', <fuod non inedicorum jus.ui ministro, Astringoque manu.i, intideoqitt toro. El rursiis miseruin l t/itùd me procul indi remolo, Quem minime vellem,J'orsitan aller adetl. Ilte manus ista.t atlringit, et assidel legne; înviMts superiSf cum siiperisque mihi. Dwnipie tuo lenlal salienlem pollice venam, Candida per causam brachia sa-pè lenH, Conlrectatque sinu.t. el forsilan o-ycula jungil, OJJÎcio merces pleniur i»ta sito est (*).
Rémi Bellpau, dans son Commen- taire sur le II*-". li\re des Amours de Ronsard, prétend (pie le sonnet XLVI a été pris de cette épître d'Ovide. Voici les paroles de Ronsard: ]la! que je porte et de haine et d'envie Au médecin qui vient soir et matin, .Sans nul propos, lastonner le te'tin, J,e sein, le ventre, el lesjlnncs de m'amie.
Last il n^ est pas si soii^neux de ma vie Comme elle pense; il est méchant etjin ■ Cent fois te jour il la visite, ajin De voir son sein, qui d'aimer le convie.
(") Ovid, Hfroïd. Epi»t. XX, vs. i3î.
ARAGON.
Mais il fallaif: observer cette diffé- rence, que celui dont Aconce se plaint était fiance' avec la malade. Sans cela, elle n'aurait pas osé avouer, en repondant à Aconce, que ce rival ne la baisait que quelquefois, oscula Tara accipit. Brantôme cite en quel- que endroit de ses me'moires ce son- net de Ronsard, et en dit de bonnes à cette occasion.
(E) On lui défendit de sor- tir de Rome..Elle ne laissa pas d'en sortir bien adroitement.'\ Le passade que je vais citer d'Antoine-Marie Gra- tiani, contient en beaux termes la preuve dont j'ai besoin: Joanna Arra- gonia, Marci Antonii mater, uirilis audacice feniina, quœ uirorum quoque consiliis apud Jilium habitis interfue- rat, continere se domi, neque pedem indè efferre fuerat jussa; id enim sic indulserat dignitati ejus ponlifex, ne in carcerem duceretur. Ea ciim rem spectare ad arma bellumque, et pri- nium pontificiorum. impetuni in oppi- àafihifore intelligerei, t'estibns ma- nè summo comniutatis, cum filiâ et nuru, corruptis aut deceplis portœ custodibus, egressa Urbe, conscensis quos ad id prœparat^erat equis, proti- niis IVeapolim aufugit. Pontifex, quanquam deceptum se delusumque à jemind graviter ferebat, acerbiùs ta- men Hispanis, quorum ea consiliis adminislrarentur, irnscebatur (8). Ce fut en conse'quence de cette e'vasion, et des autres sujets de colèi'e qui aigri- rent l'esprit du pape contre les Co- lonnes, qu'il « adressa (9) un Moni- » toire à Jeanne d'Aragon, par le- j) quel il lui défendait de marier pas » une de ses filles, sans sa permission; i> faute de quoi, le mariage, même » après la consommation, serait (F) Elle était mal auec son mari, qui était aussi en une mésintelligence outrée auec son fils.'\ Le cardinal Pa- lavicin remarque qu'Ascagne Colonne avait fait tant de violences à ses créan- ciers, que le procureur fiscal le fit citer pour lui faire rendre compte de sa conduite. Comme Ascagne ne cora- (8) Gratianas, deCasibns Virornm illustrium, (lo)Fra-Paolo, Hist. du Concile de Trente, pag. 723 de la traduction d'Amelot, édition d'Amsterdam, en 1G86.
parut point, on le condamna par contumace, et on lui confisqua ses ter- res. 3Iarc-Anloine son fils, brouillé avec lui depuis long-temps, prit cette occasion de dépouiller son propre père, en s'emparant des biens confis- qués, dont ii chassa les ministres de la justice, peu avant la mort de Ju- les 111: In ipiâ rei confecltone Mar- dis Antonius ejus filius, cui cum. parente t>eteres et nunquam sctis com- positœ controi'ersiœ intercedebunt, i^im. interposuit, eodemque tenipore patrem oppidis spoliawil, ab eisquxjîsci mi- nistros procul habuit ( ii ). 11 était sorti de Rome contre la défense de Paul IV. Cette désobéissance, jointe aux griefs précédens, obligea ce pape à publier des nionitoires contre le pè- re et contre le fils. Le père s'excusa sur la prison où il était détenu à Naples, pour avoir tâché d'exciter un soulèvement j le fils allégua qu'il avait mis en séquestre les terres en- tre les mains de ftlendoza, qui ne pouvait s'en dessaisir sans l'ordre de l'empereur. Palavicin ne parle point de la femme d'Ascagne Colonne: j'en suis surpris; mais comme nous sa- vons d'ailleurs qu'elle fut mêlée à Ro- me dans les intrigues de son fils, et que son fils était mal avec son père, nous pouvons hardiment penser qu'el- le n'était pas trop bien avec son mari.
Gratiani parle plus positivement de la conduite très-odieuse de Marc Antoine envers son père: Ante omnes, dit- il (12), Colonniorumjamilia, magna in cifitate pollensque pro ilto ( Cae- sare ) slabat, cujus princeps 3Iarcus Antonius ciim pauld antè Ascanium patrem a quo hostili odio dissidebat insimulatum niajestatis in custodiam tradendum JVeapoli citrdsset, aliquot oppidis intra Jines romanœ ecclesice haud longé ub Urbe imperitabat.
(G) E/le aidait une sœur qui fut fort belle jusque dans sa vieillesse, et qui eut une bru illustre.^ Voici comme im auteur espagnol parle de ces trois dames: Que cosas no podrian decir- se en laude y exaltacion de la hernio- sissima duquesa de Tallacoza, donna Jonna de Aragon, muger de sangre real, y en summo grado casta, y (11) Pallavlc, Histor. Concil. Tridenl., lib. xi II, cap. XI y, num. g.
(lî) Gratian., de Casibus Viror. illuslrium, ARAGON.
biiena? K ansi de donna Maria su hcrmnna, marquera tlcl Fasto? Y jugei" qu'elle n'était pas moins propre de donna Isabel de Gonznga, su nue- que l'autre à s'attirer une semblable phus a parle de sa beauté' puisse faire ]uger qu'elle n'était pas moins des meilleurs capitaines de Charles- paiement considérable pour avoir été Quint. Sorbière la nomme marquise le lieu de retraite de cette dame: de Vasco, et la met parmi les fem- Dragutes...Mnariam insulam arec mes savantes (i4). Brantôme, qui l'a viunitissimd, quœ inter duas terras fort louée, l'a mise entre les beautés saxo imposita est, sed maxime Ma- qui durent long-temps \ car après riœ Aragoniœ Alfonsi Auali Vas- avoir rapporté les douceurs dont le tiiuiduœ secessu nobilenipstil {20). grand-prieur de France la régala dans Le même Jérôme Ruscelli, dont nue nombreuse compagnie: Que son j'ai parlé ci-dessus, qui s'employa automne surpassait tous les printemps avec tant de zèle à immortaliser Jeau- et étcz qui étaient en celte salle, il ne d'Aragon, se mit en grands frais aioule, Comme de t'ray, elle se mon- pour faire que les louanges de Marie irait encore unetrès-beïle dame et fort retentissent de toutes parts. Il ne se aimable; foirc plus que ses deux filles, contenta pas de se servir des expres- toutes belles et jeunes qu'elles étaient: sions les plus fortes que son imagi- si ai'oit-elle bien alors près de soixan- nation lui pût suggérer, pour peinte bonnes années ( i5). Le grand- dre les perfections de cette dame: yiiieur {^6} en fut aussitôt épris; mais, il recueillit encore plusieurs pièces quoiqu'il aimât fort la mère, il prit de poésies où elle avait été encensée pour sa maîtresse la fille aînée, par par les plus beaux esprits du temps 5 adombrar la cosci. Au bout de six ans et il les lit imprimer à la fin de son nu plus, Brantôme, étant retourné à Commentaire sur un sonnet de Jean- Mapks, ne la trouva que fort peu Baptiste d'Azzia, marquis délia Ter- changte, et encore aussi belle qu'elle za. Ce sonnet fut composé à la louange eust bien fait, dit-il, commettre un del'illustrissima ed eccellentissima sL-^ péché mortel, ou défait, ou de vo- gnora la signora donna Maria d'Ara- Innlé. Elle mourut à Chiaia, dans la gona, marchesa del Vasto. Ce Cora- maison de don Garzias de Tolède, mentaire de Ruscelli fut imprimé à le 9 de novembre i568 (17). Je ne me Venise, l'an i553, in-4°-, per Giovan souviens point d'avoir remarqué que Griffio, et contient ^i feuillets. La Brantôme ait jamais fait mention de marquise y est représentée comme la sœur de celle-ci. 11 est vrai qu'il la Beauté archétype, et le Critérium parle quelque part de la femme d'un Formœ; de sorte qu'au dire du com- Ascanio Colonne, qui passait pour la mentateur, le vrai moyen de con- lus grande beauté d'Italie, et que naître si les autres femmes sont plus arberousse tâcha d'enlever, pour en belles les unes que les autres, est de faire présent au grand-seigneur^ mais voir si elles ressemblent plus ou moins il la nomme la sicçnora Livia ( 18 ) à celle-là: Seconda che in altre t^e- Gonzaga (19). Ce n'est dont point cel- drà te fatezze del wolto e di tutto il le dont il s'agit en cet article, quoi- corpo che abbian somiglianza, o s'a- que la manière dont Augustin Ni- v'icino poco o molto a quelle di lei, cosï giudicare che le bellezzc di (i3) Joan. de Spjnosa, Dialogo en laude de quelle tali sieno piii o meno per- I.1S Mugere^./o/iogSierfo. fettc, come del Puragon deW oro (i4) Sorbière, Lettre XV, pag. 73. abbiam dctlo. E da taie essempio, (16) Cetuu Françoh de Lorraine, général qui in terra délia vera bellezza cor- des galères, fils de Claude, premier duc de porale, formar poi le rcgole, leTU- Guise. Ce voyage de Naples se fil l'an iSSg. „,ofji, le misWC, t gradi, C le pTOdel Regno di Napoli, part. iif,foUo Sg. poitioni delta beltezza mtcra e per- (18) Il devait dire Julie. JVouj en parlerons sous le mot GoKii.avs.. (jo) Thuan., Ilisloriar. lib. XI, ad ann.
(19) Brantôme, Dames illiisUes, pag. iSi. i55», poif. 222.
î ARAGON.
fella (ai). Il ne la fait pas moins belle quant à Tâme que quant au corps, et il dit que le Giraldi ayant »;u l'honneur de la voir et de l'enten- dre parler, demeura tout interdit pen- dant quelque temps, et incertain si elle était plus aimable à cause de sa beauté', qu'adoi'able à cause de son esprit: j41 cospelto di questa diuinis- sima signora condottosi gla il signor Giot'an Ballista Giraldi Cinthio, e conlemplando atlentissiniamente l'ttna e l'altra bellezza che a gli occhi del corpo e a cjuei delta mente gli si rappreseiilai'ano, délia vera bellezza del uollo dalla splendor de gli occhi, dalla soauith délia favella, dalla leg- giadria e maesla del semblante, e dalla marni^iglia de' modi e délie manière ueramente angeliche, stelle lunga pezza Ira se stesso attnnito, e stupefatto, e dalla somma bel/eiza del corpo, che primieramente s'ffffe- riua a gli occhi suoi, dovea tosto resoluersi, che questafosse da lui da amarsi sopra ogn'altra cosa morlale. Poi vassando subito col pensiero a quella delV animo, che gli si rap- presentaua perquei modi e per quelle manière gia dette, si mutai^a di opi- nione, et risoli'easi, che quella sola bellezza deli animo doi'esse, corne cosa diuina e céleste, con intera hu- miltà e diuozione adorarsi (22), Le madrigal qu'il composa sur ce problè- me se trouve à la suite de ce passage.
(H) Un galant auteur...consacra plusieurs images à son temple. '\ Ce fut Giuseppe Betussl. Il publia à Flo- rence, en i566, un dialogue intitulé le Imagini del Tempio délia Signora Donna Giot^anna Aragona. C'est un livre de 121 pages, où les éloges de plusieurs personnes du beau sexe sont mêlés adroitement avec ceux de la déesse du temple.
(I) f^oici de nous^elles particulari- tés des brouilleries qui l'obligèrent à s'enfuir de Borne, Pan i556. ] Voici ce que je trouve dans l'histoire du duc d'Albe, imprimée en latin à Sala- manque, l'an 1669, et en français, à Paris, l'an 1699. <( Jeanne d'Aragon, >> mère de Marc-AntoineîColonne, du- « chesse douairière de Palliane,...(îi) Rnscelli, Lettnra sopra nn SonettO (îell' illustriss. Signor Marcliese délia Terza alla dWloa Signora Marches» del Vaslo,JV.io S'- (2a) Ru*cclli, là même.
» était restée à Rome; et les Carafles, » qui la gardaient à vue, la rete- » naient, s'il faut ainsi dire, pour » otage. Comme la trêve les rendit » moins soupçonneux, et que les che- » mins demeurèrent libres, la du- » chesse sortit de Rome, avec ses » deux filles, à pied, feignant de s'al- » 1er divertir dans une vigne située à » quelque distance des remparts. » Quoiqu'elle fût déjà fort âgée, elle » continua de marcher à pied, jus- » qu'à ce qu'elle fût hors de la vue de » la garde de la porte, et de la senti- » nelle; après quoi, elle monta à che- » val, et y fit monter ses deux filles, » que deux cavaliers montés en » trousse tenaient embrassées. Dans » cet équipage, indigne d'elle, mais ') fort convenable à sa fortune pré- » sente, elle se réfugia au camp. Le » duc d'Albe l'y reçut avec une joie » indicible. Comme le grand âge de » cette dame ne laissait aucun soup- » çon, il l'embrassa, et se contenta » de saluer ses deux filles, qui se dé- ■» couvrirent par respect. Il me sem- )> ble, lui dit-il en l'abordant, que je )) i^ois cette fameuse Clélie, qui fuit, )> non du camp des ennemis, dans sa )> l'Hic, poussée h cela par le seul 11 amour de sa patrie; mais de la ville » dans le camp, portée a cette fuite )) par la force de l'amour maternel...■» La duchesse de Palliane fut char- » mée de l'honnêteté du général espa- )) gnol, et elle le lui témoigna par )) mille remercîmens: néanmoins elle » ne put se résoudre à demeurer au » camp, l'âge de ses filles ne le per- )) mettant point. Le duc y consentit: )) elle se retira dans la Campanie, ac- » compagnée de son fils, et escortée » par un escadron de cavalerie, que » le vice-roi lui donna par honneur, » et nullement par besoin (23). » Il faut dire quelque chose des mal- heurs de son mari. Il était prisonnier dans le Chdteau-lVeuf de Waples, ac cusc, par son propre fils d'hérésie et de conspiration contre sa majesté ca- tholique (24); et lorsque le duc d'Albe arriva à Naplcs, l'an i556, il le fut voir dans sa prison (25), et Vécouta tant qu'il eut quelque chose a lui (23) vie du Duc d'Albe, /<V. IF,clutp. XIX, (ï\) TM même, ckap. Il, pag. î (i. (iSj La même, png. i:\2.
ARAGON.
dire,...consola ce bon vieillard au- tant qu'il luijut possible, lui donna le chdleau pour prison, ayant été jus- qu'alors renjermé dans une tour assez étroite, soulagea la misère à laquelle il était réduit, tant de l'argent de sa bourse, que lui assignant une bonne pension sur les biens de son fils,.., Il ne lui rendit pas néanmoins la liberté: ses accusations se soutenaient par un trop grand nombre d'apparences, et bien des gens les croyaient très'bien fondées. D'ailleurs, il n' aurait point oblige Philippe, qui tint Ascagne dans la prison le reste de ses jours, sans néanmoins lui at^oir ôté les agré- mens que le duc aidait eu la bonté de lui accorder.
L'historien remarque que ce fait {•-iG) n'a jamais été bien approfondi; et il blilme Koè'l le Comte, qui accuse le duc d'Albe d'avoir exercé beaucoup de rigueur contre le père de Marc- Antoine Colonne.
magnificence (A). Les conseils de cette princesse, aussi ambi- tieuse que belle, lui donnèrent le courage de témoigner qu'il voulait jouir pleinement de tous ses droits (b); mais il avait af- faire à forte partie: son tuteur était l'homme du monde le plus intrigant, et le plus capable de se soutenir contre les justes pré- tentions de son neveu. Il était devenu amoureux de la princesse Isabelle la première fois qu'il la vit; et comnie elle n'était encore l'épouse de Jean Galeas que par procureur, il ne désespéra point de l'épouser, à l'exclusion de son neveu. Il s'ouvrit de ce dessein à cette princesse, et l'assura (K) Elle éiuii fille de Ferdinand qu'elle commanderait plus cer— d'ylragon, duc de Montalto.'\ An loinc, son fils, lui succéda à la du- ché de Montalto, et épousa Hippolyte délia Rovere, et puis Antoinette de Cardona, et fut père d'un autre An- toine. Celui-ci, quatrième duc de Montalto, fut marié à Marie de la Cerda, fille du duc de Médina Celi, et puis à M. Louise de Luna. Il eut plusieurs enfans, qui moururent jeu- nes, excepté une fille, nommée Ma- rie, qui fut héritière de la duché de Montalto, et mariée en Sicile à don François de Moncade, prince de Pa- terno (2^).
(27) Tiré d'un Mémoire coinm M. Miniiloli.
'nque par ARAGON (Isabelle d' ), fille d'Alfonse, duc de Calabre, fils de Ferdinand, roi de Naples, fut femme de Jean Galeas Sforce, duc de Milan. Ce duc était sous la tutelle de Louis Sforce son oncle, avant son mariage, et n'y fut pas moins depuis qu'il eut épousé Isabelle d'Aragon, l'an 1 489 (a), avec beaucoup de (a) Corio, ITistor. Ai Mihno, parte VI, paU'. 879, edilioiic deW an. 1646, in-l\".
tainement si elle l'épousait, que si elle était la femme de Jean Galeas. Cette proposition fut re- jetée fièrement. Le tuteur ne se rebuta pas: il fit en sorte que son neveu ne consommât point le mariage; et l'on dit même qu'il se servit pour cela d'une ligature magique (B). En même temps, il fit négocier à la cour de Naples son mariage avec Isabelle. Fer- dinand paraissait y donner les mains; mais le duc de Calabre ne voulut point y consentir {c). Louis Sforce fut donc obligé de livrer la proie à Jean Galeas; mais il ne renonça point à la vengeance, et il se destina pour principale victime Isabelle d'A- ragon. // lui retrancha diverses choses qui Jlallaient son goût oit son divertissement (d), et il épousa une princesse, qui lui (Z») Varillas, Histoire de Charles VIII, (c) Là même, lii>. 111, pag. 210, 211. (cl) Là mâne, liv. II, pag. 157.
ARAGON. 23i tlisputa le terrain en toutes cho- captivité, qui ne finit que par sa ses. La jeune Isabelle eut tant de mort. Elle eut une autre couso- chagrins à essuyer dans ce con- lation, aussi sensible peut-être, Ait, et dans cette espèce de fac- ou même plus sensible quecelle- tion qui vaut bien la peine d'être là: c'est que sa fille unique, décrite (G), qu'elle fit savoir à Bonne Sforce, fut mariée à Si- son père et à son aïeul, que si gismond, roi de Pologne. Elle l'on ne la tirait pas de cette mi- s'était retirée dans une ville du sère, elle attenterait à sa vie (e). royaume de Naples, qui lui avait Ces princes ne furent pas en état été donnée pour son douaire (/?), de réduire Louis Sforce à la rai- et elle y vécut d'une manière, son; car il fut l'un des instru- raens qui attirèrent les Français en Italie: ce qui abîma toute la maison d'Aragon, qui régnait à Naples. Il poussa son crime jusqu'à se défaire de son neveu if) (D). On eut beau dire que Jean Galeas était mort de trop caresser sa femme, la tradition, qui a imputé sa mort à l'ambi- tion de son oncle, a prévalu (E). La princesse Isabelle se retira à Naples, après que les Français eurent pris Milan, et parut la plus affligée de toutes les prin- cesses ses parentes, qui se trou- vèrent en grand nombre dans File d'Iscliia, lorsque le roi Fré- déric fut obligé de se remettre à la discrétion de Louis XII, l'an i5oi {g). Elle ne fit que qui témoigna que les revers de la fortune n'avaient point abattu cet air de grandeur royale sous lequel elle avait été élevée. Elle mourut d'hydropisie; mais elle avait eu le temps de faire un voyage de dévotion à Rome sous le pontificat de LéonX. EUeallaà pied au Vatican, suivie d'un grand nombre de dames parées comme des épousées. Toute la ville ac- courut à ce spectacle {i). Il se- rait à souhaiter pour sa mémoire, que nous pussions finir ici son article, sans y ajouter une queue qui est un peu incommode; mais nous ne sommes pas les maîtres de ces faits. Ses propres panégy- ristes se sont servis de la conclu- sion que l'on va voir. Cette da- me qui, dans sa plus grande jeu- passer de deuil en deuil pendant nesse, avait fait parler glorieu- un assez long temps: elle perdit sèment de sa vertu, donna prise dans l'espace de quelques années aux médisances quand elle fut son aïeul, son mari, son père, sur le retour, et souifrit les ga- son frère, son oncle, son fils (F). lanteries de Prosper Colonne, La seule consolation qui lui res- avec très-peu d'égards pour la tait fut de voir que Louis Sforce, renommée (G). Sa fille, reine son persécuteur, expia ses cri— douairière de Pologne, s'étant mes en France, dans une dure (e) Voyez la remarque (C).