SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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(/■) Conjuge Joanne Galeacio orbata est; eb (juidi'in liicluosiUs ac miseriùs, qiwd is venejîcio suhlalns crederetur. Jovias, Elo- gior. lib. f, pag-, i;|22.

(}•■) Gralianus, de Casibus Viror. iUus- trium, piig. 4^, retirée à la même terre du royaume de Naples, y suivit cet exemjîle maternel (H): tant il est vrai que c'est l'écueil le plus ordinaire et le jîlus inévitable (/() À Ttari. Voyez la Jerniire remarque. [i) Jovius, Elogior. lib. V, pag. (\iz.

232 ARAGON.

de la gloire et du mérite des H ducato di HliUmo. M. Vnrilla?, femmes, lorsqu'elles vivent dans «"tant que je l'ai pu remarquer ne ' Jj ir.li touche point cette particularité: H se le grand monde! Elles sont ex- contente de dire que Louis Sforce posées à échouer là tôt ou tard. SeriUs oc i lis sors exttura.

Notre Isabelle mourut le 1 1 de février i524, comme on l'a marqué dans son épitaphe, rap- portée par M. Misson, au II", tome (A) de son Voyage d'Italie.

(A) Pag:e 41 de la troisième édition.

(A) Elle fut mariée à Jean Galeas Sforce, duc de Milan,...auec beau- coup de magnificence. ] Lisez Tristan Calchus, auteur de ce temps-là (1), in Nufitiarum Mediolanensium de$- criptione. Le père Me'ne'trier en cite un fort long passage, qui contient la description du magnifique souper que B "rgonce Botta, gentilhomme de Lombardie, donna au duc Galeas et à sa nouvelle épouse, lorsqu'il les reçut àTortone, dans sa maison. Chaque empêcha durant plus de trois m.ois la consommation du mariage (4). Il fait assez entendre que l'empêchement ne venait que de ce que l'on ne soufl'rait pas que les deux parties s'approchas- sent ^ car il dit que le père de la ma- riée mit son point d'honneur à ne pas souffrir que Louis Sforce séparât plus long-temps les deux jeunes époux l'un de l'autre; qu'il menaça de s'en plaindre à toute l'Europe, et de Car- mer pour l'enger sa querelle{5). C'était une grande malice, et une violence bien insupportable, que celle de ce tuteur.

(C) L'espèce de faction qu'elle eut h soutenir vaut bien la peine d'être décrite."] Comme il me semble que M. Varillas a bien réussi dans ce por- trait, j'ai cru que je donnerais un fragment curieux, si je rapportais ici ses propres paroles. C'est une pièce d'autant plus nécessaire à cet article, service fut accompagné d'une espèce qu'elle sertà faire connaître l'humeur, d'opéra, que le rétablissement de ces \ esprit, et les qualités intérie ures actions en musique commençait ^ '■"■■■ "• rendre agréables par la grâce de la nouueaulé, plutôt que par les autres beautés qu'on leur a données depuis (2). (B) Son mari fie consomma point le mariage, et l'on dit qu'on se sentit pour cela d'une ligature magique.^ Guicciardin assure que le bruit en courut, et que toute l'Italie en de- meura persuadée. jE manifesto, dit- il (3), che quando Isabella figUuola d^^lfonso andô a congiugnersi col marilo, Lodoi^ico came ta uidde, innamorato di lei, desidero ottenerla per moglie dal padre: e a questo ef- fetto operà ( cost fu allora creduto /)er tutta Italia ) con incantamenti e con mal'ie che Giot^an Qaleazzo fu per molli mesi impotente alla consu- mazione del matrimonio: alla quai cosa Ferdinando harebbe acconsentito, ma Alfonso répugna, onde Lodoi^ico escluso di questa speranza, presa altra. moglie ed auutnne fîgliuoli, foltô tutti i pensieri a trasferire in quegli (i) Konig te trompe lourdement, dt le faire vivre en 1672.

(s) Ménélrier, des Représentations en miisid'Isabelle d'Aragon. « Louis Sforce » abandonna Isabelle à son neveu...» et pour lui donner une rivale qui j> la contrôlât en toutes occasions, )) il recherchala princesse Alphonsine, » fille d'Hercule d'Est duc de Ferrare. >) Alphonsine ressemblait à Isabelle )) en toutes choses, excepté qu'elle » n'était pas si belle. Elles étaient )) toutes deux entêtées mal à propos » de leur naissance, puisqu'elles n'a- » vaient rien à se reprocher en ce » point, et qu'il y avait de la bâtar- » dise dans la généalogie de l'une et » de l'autre (*). Elles étaient fières >) jusqu'à l'excès, et leur fierté tenait >> delà plus fine ambition. Elles étaient » plus chastes par gloire que par » tempérament. Isabelle s'était ré- » solue au mariage, et Alphonsine y n aspirait, plutôt pour partager le » pouvoir de leurs époux que leurs » lits. Elles aimaient toutes deux le (4) Vïrillas, Hijfoire de Loiiij XII, liv. 1, (5) Varillas, Histoire de Charte» VIII, iiV, (*) Bor.io d'Esté, trisaïeul paternel d^ Al- phonsine, et Ferdinand, uirul paternel d'isa^ helle, vlaifnl liUuuds.

ARAGON.

» luxe; et, quoiqu'elles eussent été » élevées tlans des maisons où rien » n'était tant en recommandation ») que l'épargne, elles étaient prodi- » gués, et leur huaieur allait à dé- J> penser autant qu'elles en auraient » le moyen. Le duc de Ferrare ne '> délibéra pas un moment s'il accor- " derait Alphonsine à Louis Sforce. » 11 n'avait point de dot à lui don- " ner, et de plus il avait lieu d'es- » pérer qu'elle serait duchesse de >' Milan. Elle tut donc pi'omptement son aïeul, des lettres dont il raie encore la meilleure partie (8). £lle «y plaignait de son malheur dans les termes les plus pathétiques dont on usait alors; elle en faisait une peinture si vive, qu'elle était capable d'arra- cher des larmes des cœurs les plus durs: elle prétendait ne s'être rendue esclave que par obéissance, et elle menaçait de se donner la mort par ses propres mains, si on ne la mettait bientôt en liberté.

(D) Louis Sforce poussa son crime » envoyée à Louis Sforce, qui en eut jusqu'à se défaire de son neveu.'] Je me » deux fils de suite. Cette fécondité » lui donna lieu d'insulter à Isabelle, » qui n'avait accouché la seconde >' fois que d'une fille; mais la jalousie » avait déjà rais de la discorde en- » tre elles. Alphonsine ne pouvait 5) souflVir que l'on louât en sa pré- "» sence la beauté d'Isabelle, parce- » qu'elle s'imaginait qu'on lui repro- » chait ainsi sa laideur; et Isabelle >' n'endurait pas plus volontiers que » l'on rendît des honneurs extraor- if ditiaires à Alphonsine, parce qu'elle " croyait qu'ils ne fussent dus qu'à » elle. L'une et l'autre demeuraient » dans un même palais, et mangeaient » ensemble. Ellesavaient tous les jours » une infinité d'occasions d'augmen- >' ter leur aversion, et les courtisans » leur en fournissaient la plus grande " partie. Ils étaient fort assidus auprès » d' Alphonsine, à cause que son »• mari distribuait les grâces; et ils '> n'allaient que par mauière d'acquit » dans l'appartement d'Isabelle. Elle » en était au désespoir j et ce fut bien " autant cette solitude, (jue le peu '> d'argent qu'on lui founiisiait pour » s'entretenir, qui lui fit écrire à son » père et à son aïeul, qu'elle atten- J> terait à sa propre vie, si on ne la >» délivrait de captivité. Alphonsine, 3) de son côté, se lassa tellement d"I- }) sabelle, que, pour s'en défaire, elle >j sollicita Louis Sforce son mari de la » faire duchesse.comme il lui avait pro- » mis, et d'ajouter la qualité de duc )) de Milan à celle d'administrateur 5) de ce duché (6). » M. Villars avait dit dans cette même histoii'e (7), qu'Isabelle avait écrit au duc de Ca- labre son père, et au roi de JVaples (6) Varillas, Histoire de Châties Vltl,?..-, servirai encore des propres termes de M. Varillas. Voici donc ce qu'il dit sous l'année i494 > après avoir conduit son roi jusqu'à Pavie: « Louis j) Sforce, persuadé qu'il était temps » de se défaire du duc Jean Galeas )) son neveu, lui avait, dit-on, fait » donner un de ces poisons lents qui » produit le mieu.x dans le corps hu- » main les symptômes de l'épuisement, » afin de rendre plus vraisemblable » le bruit que l'on répandit en même j> temps, que le mal de ce jeune prince » n'était venu que de son trop d'at- » tachement à la beauté de sa femme. » Les médecins n'espéraient déjà plus » sa guérison, quand le roi, passant » par Pavie où il était malade, ne " put se dispenser de le visiter. Sa » majesté ne lui parla point d'affai- 3) res, parce que Louis Sforce avait » demandé avec tant d'instance d'être » présent à cette entrevue, que l'on » u'avait osé le refuser. Elle témoigna » seulement du regret de voir son » cousin germain (''') dans un si pi- » toyable état, et elle tâcha de le » flatter de quelque espérance de » guérison; mais Jean Galeas, qui se n sentait mourir, et ne doutait pas » que ce ne fût par la méchanceté de M son oncle, profita de cette conjonc- » ture. Il ne pensa plus à soi^ et ne » se souvenant que du fils et de la » tille qu'il laissait au monde, il les » recommanda au roi avec une abon- 1» dance de larmes, qui marquait )i assez, que si sa majesté ne prenait w d'eux un soin particulier, il pré- » voyait qu'on les empoisonnerait aus- » si-bien que lui. La duchesse sa fem- (8) Il eue en marge ^Histoire de Bcrnardia Corio.

(') Ils éiaienl deux Jils de deux soeurs, prin- cesses de Savoie, ARAGON.

i> me, po» r achever la tragédie, se jeta » aux pieds du roi, selon les auteurs 3) italiens, qui sont en cela plus » croyables que Comines, qui veut j> que ce fût aux pieds de Louis Sforce. 5) Elle était trop lière pour s'abaisser }> jusque-là; et, quand elle aurait pu }> s'y résoudre, elle n'était que trop i> convaincue que sa soumission serait 3> inutile. Elle ne parla pas de ses J) enfans, parce qu'elle supposa que J) les larmes de son mari auraient eu » leur efiet en ce point: elle employa >J les siennes pour son père, et le l'oi « ne lui repartit autre chose, sinon '> que l'expédition de Naples était » trop avancée pour la laisser im- 3) jiarlaite (9). » (E) On a eu beau dire que Jean Galeas était nwrt de trop caresser sa femme, la tradition de son empoison- nement a préi'alu.l Guicciardin avoue que l'on publia cela; mais il ne laisse pas de donner pour l'opinion générale de toute l'Italie, que ce prince mou- rut du poison que Louis Sforce lui avait fait avaler: fu publicato da niolti la morte di Gioi^an Galeazzo essere proceduta da coito immoderato; nondimenn si credette unii'ersalmente per lutta Italia, che e'' Jus se morto, non per infennita naturale ne per in- contincntia, madi oeleno: e leodoro da Pai'ia, uno de' medici regii, il quale era présente quando Carlo lo fisità, aff'ernto ai'erne veduto segni manifestissimi. Ne fu alcuno, che dubilasse che se era slato f'eleno, non gli fusse stato dnlo per opéra del zio (10). Jovien Pontan assure que tout le monde parlait hautement de ce crime abominable de Louis Sforce: Ludoi^icum Sfortiani qui pubescentem primo, dein adolescentem jani œtatem Joannis Galeatii fralris filii Medio- lanensis ducis procuratione hactenits ac patrocinio tutatus est sua, i^eneno illum h medio sustulisse cii^es, adwenœ, peregrini, passlmatque impunè omnes prœdicanl Fora, porticus, plateœ, circulique infiniorum cujusque gene- ris hominum nefandi criminis accusalionibus imprecationihus etiani maxime diris plena undiquè circumso- nant (ïi). La foule des historiens va (Ç)) Varillas, Histoire tic Charles VIII, liv.

(loj Guicciardini, lib. /, p. i-,aU' ann. i/^q/^. (il) Jov. Paatan.,de Prudeutiû,/i&. IF, iitU.

là, un Bernardin Corio (12), un Pierre Bembus (i3), un Vianoli{i4), etc.

(F). JïlUe perdu dans l'espace de quelques années son aïeul, son mari, son père, son frère, son oncle, son fils. ^ Paid Jove décrit éloquemment cette longue suite de malheurs; mais il n'a pas toujours observé l'ordre: il a rais la mort du mari avant celle de l'aïeul. Quant au fils de notre princesse, il dit que les Français l'enlevèrent à sa mère, et le transportèrent en France, pour en faire un moine, et qu'une chute de cheval lui causa la mort: In rena- tione currentis equi lapsu in Heduis exanimatus esse nunciaretur. Hune enini rel im'iia deposcentibus Gallis tradiderat, à quibus cucullati sacer- dotis habita in npulenti sacerdotii coe- nobium idcircà conjectus fuerat, ne Sforziani regni légitimes prolis hœres superesset {\^). Bernardin Corio fait une description touchante de la dou- leur où cette princesse fut plongée, lorsqu'elle vit tout à la fois son mari dans le tombeau, son fils exclus de la duché de Milan, et la femme de Louis Sforce sur le trône; Li suoi fautori gridando duca, j'jijto (Ludo- vico ) il tenipio di dii^o Ambrosio, e le canipane in segno di letitia fece sonare, il morto corpo di Giovanne Galeazo ancora essendo nel donio scoperto, e quasi uniuersalmenle da tutti pianto e condoluto il miserando e pietoso caso. Isabella sua mugliere a Pauia con li proi^eri figtioletti ues- titi di lugubre uestimeiUi, corne pre- gionera si recluse entra una caméra, e gran tempo stette giacendo sopra la dura terra, che non vide aère. Do- t^erebbe pensare ogni lettore l'acerbo caso délia sconsolata duchessa, e se piii duro il cuore auesse che diamante, piangerebbe a considerare quai dogUa douea essere quella de la sciagurata e infelice mugliere, in uno punlo ue- dere la morte delgio^'anetto e bellissimo consorte, la perdita de tutto lo iniperio sua, e li figlioletli a canto orbati de ogni bene, il pâtre efratello con la casa sua expulsi dal Neapolitano Reame, e Ludouico Sforza con Bea- (12) Corio, Ilistoria Mcdiolan., part. VII.

03) Petr. Bembus, Hist. Venct., lib. II, folio 3o.

(i4) Vianoli, Histor. Venct., part. II, irice sua mugliere nel modo dimoitra- ta haviergli occupala la signoria.

(G) Elle donna prise aux médisan- ces quand elle fut sur le retour, et foujffrit les galanteries de Prosper Colonne auec très-peu d'égards pour la renommée.'] Paul Jove mappiend cela dans Teloge qu'il a fait de cette princesse. Il le finit par un au reste, qui contient le cas: Cœterùm, in hâc eximiœ uiriutis ftmind improOœ pie- bis rumor non mediocriler pudoris decus perstrinxit, ou id grui'ior qubd quùni florente ceLate impenetrabUempu- diciliani prœtuliiset, in ipsn dcmiini œtatis flexu Prosperum Columnam sibi cultum et afficium assidue tri- buentem, sœpèque procaceni ad ur- baniores jocos admitlerel (16).

(H) Bonne Sforce, sa Jille, suii'it l'exemple maternel. 1 M. de Thou dit beaucoup plus de mal de la fille, que Paul Jove de la mère. Chacun en pourra juger par la confrontation des passages: Eodeni tempore, Bonn Sfortia, Sigismundi ^ugusti Poloniœ régis parens filii pertœsa, Sarmatid relictd, in Italiam uenit, et honorificè f^enetiis excepta est undè paratam triremeni conscendens in Apuliam ad Bariuni navigavit, cujus urbis possessio genlilitio yira- goniœ gentis jure dotale et hœredita- rium illi erat(i']). Ibi soluté et dis- sentiente à prière witd ratione postea fixit, consuetudine cujusdain Papa- caudœ non satis honestè usa, cui et omnia bona testamento prceteritis li- beris reliquit, et J'umâ ne bonis de- coctis haud niullo posi in sunimdeges- tate et infamid decessit (18). Voilà ce que dit M. de Tbou de la reine douai- rière de Pologne. Il prétend qu'après avoir fait banqueroute et de biens et de réputation, elle mourut dans la pau- vreté et dans l'infamie. Que saurait- on ajouter à cet éloge?

(16) Jovius, Elogior. pag. ^2^.

(17) M. VarilLis, dans /'Histoire de Louis XII, liv. I, pag. 47, dil que Louis Sfortp, se voyant contraint de sortir de la duché' cie Milan, Iransporla à la duchesse Isabelle le duché de Barri et la principauté de Rossano, qui lui avaient été donnés pour récompense d'avoir ré- tabli la maison d'Aragon sur le trône de Naples.

(18) Ttuanus, Histor., tib. XFI, <i<i ann.

ARAGON ( Marie d'), femme de l'empereur Othon III, et fille ARAGON. 235 d'un roi d'Aragon, se diffama terriblement par ses impudici- tés, qui enfin la précipitèrent dans le supplice du feu. Elle avait eu l'adresse de se procurer pour femme de chambre un jeune homme qu'elle aimait, et qu'elle fit déguiser en fille («). 11 ne faut pas demander si elle usa de mo- dération: son tempérament, et la perpétuité des occasions, di- sent assez que sa prétendue femme de chambre ne manquait pas d'exercice, et qu'elle était de tous les voyages de la cour. L'empereur, s'étant aperçu de cette vilaine supercherie, en voulut faire la honte toute en- tière à l'impératrice; et pour cet effet, en présence de plusieurs témoins, il fit dépouiller le jeune homme; et, sur la découverte incontestable de son sexe, il le fit condamner au feu. Il fut as- sez débonnaire pour ne punir point sa femme: il espéra qu'elle se corrigerait à l'avenir; mais il se trompa: elle devint éperdu- ment amoureuse d'un jeune comte auprès de Modène, et lui fit promptement sa déclaration; car elle était beaucoup plus en possession de solliciter, que d'ê- tre sollicitée sur cette sorte d'af- faires. Le comte, aussi chaste que beau, résista à toutes les avances, ou pour mieux dire à toutes les violentes attaques qui lui furent faites; mais, si en cela il ne fit qu'imiter Joseph, il n'eut pas le même bonheur que (a) Sccum?niilie[iri habita circumdu.rit juvenem quocum congrediebatiir quotidiè, qnandoquidein càpro cuhiculiirin ulebatitr; c'est-à-dire, elle menait avec elle le jeune homme de'guisé en fem.me, et lui ordonnait chaque jour te congrès; car elle le faisait passer pour sa /"emme de chambre. Munslc- ri Cosmograpliia, itb. III.

236 ARAMONT.

lui d'en être quitte pour la pri- bassadeur de France à Constan- son. L'impératrice se plaignit à tinople, sous le règne de Ileu- son mari que ce comte lui avait ri lï, était un gentilhomme de parlé d'amour, et demanda que Gascogne, qui s'acquitta digne- cette audace ne demeurât point ment de son emploi. Le connéta- impunie. Le crédule Othon ne l>le de Montmorenci, examinant manqua pas de faire trancher la tête à l'accusé. Voici comment l'accusatrice eut son tour. Le comte, se voyant condamné et n'espérant point de grâce, et ne voulant pas néanmoins révéler tout le mystère, avait fait pro- mettre à sa femme, qu'elle le l'ouverture que le pape Paul ÏII avait donnée, que le seul moyen de tirer Plaisance des mains de l'empereur était de faire venir la flotte turque sur les côtes de Na- ples et de Sicile, obligea le roi son inaître à négocier sur cela avec Soliman. On choisit Arajustifierait le mieux qu'il lui se- mont pour cette affaire. Il n'érait possible auprès d'Othon. Elle lui tint sa parole, garda sa tête, et prit son temps, lorsque l'empereur rendait justice dans une assemblée générale, qui se tenait au milieu d'une grande plaine, auprès de Plaisance; elle prit, dis-je, ce temps, pour demander que le meurtrier de son mari fût châtié. L'empereur, qui ne la connaissait pas, lui promit justice, selon toute la rigueur des lois. Là-dessus, cette comtesse lui montra la tête de son mari, et s'offrit de justifier son innocence par Tépreuve du feu. Ses offres furent acceptées. On fit apporter un fer tout rou- ge: elle le prit, et le tint tant qu'on voulut sans se brûler, et tait ni moins adroit, ni moins expérimenté que Laforêt, Rin- con et Paulin, qui l'avaient pré- cédé dans cette ambassade. Il se fit des amis à la Porte, qui lui procurèrent un libre accès, et des audiences secrètes; et il sut si bien tourner les choses, qu'il ramena Soliman, que l'on avait un peu prévenu contre les Fran- çais. Il ne fut plus question que de savoir à quoi la flotte de sa hautesse serait employée: c'est pour cela qu'Aramont s'en re- tourna promptement en France, afin de concerter avec son maî- tre les moyens d'employer utile- ment les secours du grand-sei- gneur. Le roi et le connétable lui apprirent qu'ils avaient des puis demanda hardiment la tête intelligences dans l'île de Corse, d'Othon convaincu d'être le et qu'il serait aisé de s'en empameurtrier de son mari: enfin rer, pourvu que la flotte turque elle se contenta de la punition et celle de France l'attaquassent de l'impératrice, qu'Othon con- en même temps. Il partit avec damna à être brûlée {b). Ceci se ce projet pour le communiquer passa vers la fin du X", siècle. au grand -seigneur: mais dès (i)Go.rn.i.Vitcrl.Chrooic.,^«H..Ym. 9^''^ ^ut débarqué à Malte, il fut Albert Krantz. Cuspinian. in Otlione III. mstammeut pnc par le graud- Sigonius, r,7,/ par Maimbourg, Dccadeace maître (o) d'aller trouver les eéneraux turcs, qui avaient mis le AFi AMONT (GaDRIEL d'), am- («) CélaU un Espagnol nommé Omeda, ARAMONT. 237 siège devant Tripoli de Barbarie, dans la place, et assista même à et d'cinployer son crédit et l'au- torité de Henri II, pour les obli- ger à lever le siège. Il eut cette complaisance, et se rendit au camp des Turcs, lorsque leurs batteries commençaient d'être en état (b). Il eut plusieurs con- férences avec Sinan Eassa, et avec Dragut, dans lesquelles il leur remontra qu'ils s'enga- geaient à une entrejjrise entièreun festin oii Sinan et Dragut l'invitèrent après leur conquête. Charles-Quint était trop bon politique pour laisser tomber cet événement: il en prit occa- sion de publier que la France avait contribué à la prise de Tripoli *. Henri II fit tout ce qu'il put pour répondre à cette plainte (A). Je n'ai pas eu le temps de chercher la suite des négoment opposée au traité que Soli- ciations et des aventures d'Ara— mau allait conclure avec laFran- mont. Je sais bien que ses dépè- ce, puisque sa hautesse était de- ches furent quelquefois inter- meurèe d'accord de n'attaquer ceptées, et que l'empereur s'en que l'empereur, et que Tripoli servit pour reprocher aux Fran- appartenait à l'ordre de Malte, çais leurs intelligences avec les On lui répondit que les cheva- Turcs (B). La relation de son liers de Malte étaient des parju- ambassade est en manuscrit dans res qui, nonobstant le serment la bibliothèque de M. de Laqu'ils avaient fait à Soliman, lorsqu'ils en furent traités avec tant d'honnêteté à la sortie de Rhodes, faisaient incessamment des hostilités contre les Turcs. On ajouta qu'on avait ordre de les chasser de l'Afrique, et qu'on moignon (c).

Je viens de lire une chose qui doit servir d'addition à cet arti- cle: Les lies d'Or en Provence, c'est-à-dire les îles d'Hières,yi/- rent érigées en marquisat par lettres du roj Henri //, ^'érine pouvait surseoir V exécution Jiées au par leme/it d'y^ix; et de de cet ordre. Aramont ne man- ce marquisat fut investi et ensai- qua ni d'excuses, ni de répliques; sine le seigneur d'Aramond, et, voyant qu'il ne gagnait rien ambassadeur de France à Con- auprès de Sinan Bassa, il se ré- stantinople, pour le tenir en fief solut à partir eu diligence pour du roi ^ à la charge expresse Constantiuople, afin d'obtenir de Soliman, s'il était possible, qu'on ne prît point Tripoli. Mais comme son crédit et ses intri- gues n'étaient point inconnues au Bassa, il ne put obtenir la permission de continuer son voyage, qu'après la prise de Tri- poli. Il sauva la vie et la liberté aux Français qui se trouvèrent (6) Voyez le jugement qiCafail de ceUe conduite M. de Wicquefort, au Tiailé de l'Ambassadeur, liv. li, section F, pag. 110, de bâtir en ces isles des châ- teaux, tours et forteresses, jus- quà la somme de cinquante mille es eus (d).

Li clerc, après avoir remarque' que foiit l'article Aramont esl sans date fixe, ajoute; • Au moins Baylo devait-il marquer que li prise de Tripoli est du mois de septembre l55t. Il parait que d'Aramont leviut eu Fiance en l552. • (c) Varillas, Histoire de Henri II, p. 200.

id] Saiut-Lazare, Histoire des Dignité!; Honoraires de France, pag. ^00, édition de (A) Henri H fil tout ce qu'il put 238 ARAMONT.

pour répondre h la plainte Je Charles- sit (3). Le roi de France re manqua Quint, que d'Aramont et les Fran- pas de produire celte re'ponse dans vais avaient contribué a la prise de toutes les cours de l'Europe, afin de Tripoli (i).] Le grand-maître de montrer que ses ennemis débitaient à Malte accusait notre Aramonl d'à- tort et à travers sans fondement tout voir pousse le gouverneur de Tripoli ce qui pouvait le rendre odieux: Eas à capituler. M. de Thou, réfutant literas...posteci rex per oratores siios cette accusation, expose que le con- passlm publicari jussit, qud publicanetable de Montraorenci, qui était tione compressis Cœsarianorum querealors le tout-puissant, avait chargé lis ac rumoribus, evulgata in gallici cet ambassadeur de témoigner au nominis invidianijamapariterconquiegrand-maître rattachement particu- i'it (4). Cela pouvait bien persuader lier qu'il avait lui connétable aux in- que les partisans de Charles-Quint s'étérêts et à la prospérité de l'ordre, taient trompés en cette rencontre; mai» Cet historien ajoute qu'il a vu des ceux qui n'aimaient pas la France les lettres où le connétable témoignait excusaient facilement. On s'imagine beaucoup de chagrin de la prise de sans peine, quand cela s'accommode Tripoli, et que ces lettres ne doivent avec nos inclinations, qu'il est perpersonne a laque ble disait fort librement ses pensées probables. C'est à la vérité une source (•2). Mais lorsque Henri II eut su que inépuisable de faux jugeraensj mais les partisans de l'empereur accusaient pourvu qu'ils soient utiles, on ne s'en l'ambassadeur de France d'avoir con- met pas trop en peine, tribué à cette conquête des Ottomans, (B) On se servit des lettres intercepil dépêcha un gentilhomme au grand- tées d'Aramont, pour reprocher aux maître, pour se plaindre des bruits Français leurs intelligences avec les qu'on faisait courir, et pour lui de- Turcs. ] Charles-Quint, dans une letmander comment Aramont s'était tre qu'il écrivit Tannée 1 552 aux princonduit dans cette affaire. Il déclara ces et aux états de FEmpire, s'étonne cru ipport N'ai-je que si son ambassadeur était inno- )> pas, rfà-iZ, les Mémoires d'Aramont cent, le grand-maître en voulût ren- >, dressés à Constantinople, qui font dre un témoignage public. La réponse „ foi de Falliance ménagée contre un du grand-maître disculpa pleinement « prince chrétien entre la Porte et la Gabriel d'Aramont: Quo in negotio „ France? « Jam quod de communia nullum afficium prœtennisisset ut or- catis cuni Turco consiliis obiter per- dini ed in re nostro gratificarelur, hoc stringil, quasi abundè purgatum exis- eninia V. M. enixè ac religiosè sibi tiinet, qud fronte excusare potest? injunctum. Prœterea ut quorum culpa atqui pênes nie habeo Aramontii Gal- ea clades accepta esset certà cunclis Ud legati commentarios Byzantii constaret undiquè probationes collegi- scriptos, et ad regem per Costam cen- inus, et inquisitione diligenti super ed turionem quemdam jnissos, qui socié- té habitd nihil comperimus quo j4ra- tatis cwn Turcis in Christinni nomi- montiuni cladi causani dédisse, aut nis prinripem initœ plénum fidem fa- dedtttnnis auctorem fuisse credi de- ciunt (5). M. Varillas observe (|^ue le beat. Quinimoex eqùuibus captivis...p„pe et l'empereur faisaient déjà leur ditlicimus eum non soliini omni culpd compte d'accuser le roi de France, en