SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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née de l'olympiade g3, sous l'ar- chonte Callias. Il faut donc dire que Perdiccas mourut sous le même archonte. Or parmi les diverses opi- nions qui avaient couru sur la durée du règne de ce Perdiccas, celle de Marsyas et de Philocorus, qui la fixè- rent à vingt-trois ans, fut choi- sie par Athénée en raisonnant contre Platon; il faut donc qu'il ait établi que ce Perdiccas monta sur le trône la même année que Périclès décéda, c'est-à-dire l'an 4 de la 87^. olympiade. Tout cela confirme avec tant de force le sentiment de Casaubon, qu'au lieu de dire que sa conjecture est vrai- semblable, l'on doit assurer sans au- cune hésitation, que la période qu'il restitue avait coulé efl'ectivement de la plume d'Athénée: et comme elle contient deux ou trois fois les mêmes paroles à la fin d'un sens complet, (34) Casaubon., in Atben., pag. 384t 264 ARCHÉLAUS.

Ton comprencî facilement que les co- passage à Diodore de Sicile; et, sur ce pistes l'ont sautée, pt que les lecteurs pied-là, il le censure d'un anachro- m'ont point senti qu'il manquait là nisme de trois ans. C'est qu'il suppose quelque attention, ou quelque retour sur ce qui précède. En tout cas, ils se contentent de dire, ceci est obscur, ce'a me passe; mais il n'arrive de là aurim remède; la faute demeure toujours où el'e était. Les critiques, et principalemeni les critiques traduc- teurs, n'en usent pas de la sorte. Ils dicras était en vie l'an i6 de la guerre du Péloponnèse (38). Mais, de plus, il a ignoré que les paroles qu'il attribue à Diodore de Sicile, sont d'Athénée: il a ignoré que ces paroles d'Athénée sont corromi)ucs; il ne s'est point aperçu qu'elles sont tronquées, et qu'il les fallait rétablir de la manière s'aperçoivent des fautes desens et ils que Casaubon les a rétablies. Notez en cherchent la correction; ils com- parent ensemble des manuscrits, ils fout valoir les conjectures de leur génie. Mais dans cet endroit d'Athé- née, comme Casaubonle leur reproche, leur goût fut fort émonssé.

Le grand Scaliger nous sera ici une preu.e que les lumières des plus sa- Tans personnages sont quelquefois très-bornées. Il n'a point connu l'er- reur visible de l'auteur qu'il commen- tait et qu'il critiquait, et il a pris celte erreur pour le fondement d'une censure contre Diodore de Sicile, à que Saumaise adopte comme une bonne chronologie celle qui met la mort de Perdiccas, et le commen- cement du règne d'Archélaiis, à l'an 4 de la 87*. olympiade (39): ilignorait donc certaines choses que Casaubon lui eût pu fournir 5 mais notez encore plus soigneusement qu'on peut élu- der, ou même bien réfuter, par une interprétation favorable, l'un des points de ma critique de Scaliger. J'ai dit qu'il a censuré Diodore de Sicile, et je me suis fondé sur ces paroles: Dlodoro erfço prochronismus qui il impute des paroles qui ne se J^werif trte««u(4o). Elles sont à la suite trouvent que dans Athénée. Dévelop- pons cela. Eusèbe a rangé trois choses sous lapremière année de la 87*. olym- piade: la mort de Perdiccas, le com- mencement du règne d'Archélaiis, et le commencement de la guerre du Péloponnèse. Scaliger lui passe cela, et se contente d'observer qu'on met ordinairement la première année de cette guerre sous la seconde année de l'olympiade 87, parce que la rup- ture s'étant faite vers la fin de l'ar- chontat de Pythodore, l'on a cru qu'il fallaitdater del'archontat d'Eu- thydème (36), successeur de Pythodo- re (37J. Suivant cet usage, il avoue que l'an mortuaire de Périclès est le 4 de l'o- lympiade 87, et le 3 de la guerre du Péloponnèse; et il cite un passage grec, qui porte qu'en la même année que Périclès décéda, Perdiccas roi de Macédoine mourut, et Archélaiis monta sur le trône. Il attribue ce (37) Scaliger, Ânimadv. ia Ensebinm, num.

du passage grec, faussement attribué par Scaliger à cet auteur, et où l'on trouve que Perdiccas e'tant mort la troisième année de la guerre du Pé- loponnèse, Archélaiis lui succéda. Or parce qu'Eusèbe assure qu'Arché- laiis monta sur le trône la première année de la guerre du Péloponnèse, l'on peut prétendre que Scaliger n'a voulu dire autre chose, sinon que la doctrine d'Eusèbe contient un ana- chronisme d'anticipation de trois années, selon Diodore de Sicile. Si c'est son vrai sens, il n'a point blâmé ce dernier historien j il s'est contenté de se tenir dans la suspension, ne décidant rien, ni pour lui, ni pour Eusèbe. Je serai ravi que l'on prenne garde à cette espèce de rétractation. Un critique, qui se prévaut d'une expres- sion équivoque, ne doit point omettre le sens favorable. Il motatre par ce (38) Thiicydlclcs, Uh. VI, pag. 34i.

(3q) Salmasius, Exercilat. Plin., pas, i56, (4o) Scaliger, Animadv. ia Eusebium, num, ÀRCHÉLAUS.

moyen ce que l'on peut dire pour et contre les auteurs: il soutient succes- sivement le personnage d'un avocat demandeur, et d'un avocat défendeur. (G) Il est iraisemblable qu'Arché- laiis ai'ait mené une: vie impure, qui le fit périr.\ Aristote ayant dit que plusieurs conspirations out été faites contre des monarque^, à cause de leurs impudicltc's, allègue tout aussi- tôt l'attentat de Crateiis (40- Cet liomme ne pouvait difjerer le de'shon^ neur qu'Archélaùs lui faisait, en as- souvissant sur lui la brutalité' de ses amours: ainsi une autre offense, qui n'eAt pas donné un prétexte légitime de conspirer, se joignant à celle-là, il résolut de se défaire de son maître. Cette autre offense fut que le roi, lui ayant promis l'une de ses filles, maria pourtant l'aînée au roi d'Elimée, et la cadette au fils d'Amjntas. La poli- tique fut cause de ce manquement de parole. Se trouvant embarrassé de la guerre qu'il faisait à Sirras et à Arrabeùs, il voulut gagner le roi d'Elimée. Craignant d'ailleurs que le fils d'Amyntas n'excit.lt des troubles, il en fit son gendie, et il espéra que cette alliance maintiendrait l'union entre eux, et aurait le même effet 4juant au fils deCléopâtre. Crateiis fit éclater alors son ressentiment; mais la source de sa haine venait de l'injure qu il recevait en son corps: AAxà Tiïç yi àxxoTpioTXToç CiTr'ïifX^'' '*pAl*' ''■^ ;t*p>v (42). Sed alienationis origo et principiuni fuit quod graviter tulisset se ejus libidini ad res venereas fuisse ohseculum. Hellanocrate de Larisse se joignit à lui dans cette conspiration, par de semblables motifs; car ayant abandonné aux passions d'Archélaiis la fleur de sesjeunes ans, et ne vo3'ant pas que cela lui procurât d'être rap- pelé de son exil, comme ce prince le lui avait fait espéi er, il conclut qu'on s'était servi de sa personne, non par Hn effet d'amour, mais afin de le flé- trir.Ai' hSfllI Ketl où cTl' if,a)Tl>itt\i TTSuyiccv «cêTo ilva.1 Tiiv y ly IV n/jt-iinv 'ofxtxia,v (43j. Consuetudinern illam secum esse iii- stitutam, non propter cupidilalein amaioriam, sed propter contumeliain (4i) Arist., de Rcpub., Ub. F, cap. X, fiag. 3o.'i.

(4') Idem, ibidfin. (43j Idem, ibidem.

existimni'it. Notez que Pliitarque nous apprend que Crateiis, le mignon d'Ar- cliélaiïs,iuaceprince(44)' Platon nous apprend la même chose, sans nom- mer cet assassin et ce bardache; mais il dit que le meurtrier ne se porta à cet attentat que pour s'emparer de la couronne, et qu'elle lui fut ôtée trois ou quatre jours après, par d'autres conspirateurs (45). Je m'é- tonne que Diodore de Sicile ait rap- porté d'une manière si différente de celle-là la mort de ce roi de Macé- doine, et ses suites. Il est vraisembla- ble que Platon et Aristote, plus voi- sins du temps et du lieu où ces choses arrivèrent, les connaissaient mieux que lui.

J'ai observé quelques fautes dans le Commentaire de Gifanius sur ce pas- sage d'Aristote. 1°. Cet auteur assure que Suidas a rapporté dans l'article d'Euripide que Cratevas ôta la vie au roi Arcbélaiis son amant (46). Cela n'est pas vrai: Suidas ne parle de Cratevas que comme d'un poète qui, de concert avec Arrhideiis, autre poè'te, machina la mort d'Euripide. 2". Au lieu de dire que Plutarque in A Icihiade posteriore, et Platont'/? Com- mentario de relus amatoriis, ont par- lé du meurtre d'Archélaiis (47) » il fallait donner à Platon V Alcibiades posterior, et à Plutarque le Commen- taire de rébus amatoriis. 3°. Il n'est point vrai que Thucydide, au IV®. livre, fasse mention de la guerre d'Ar- chélaiis contre SirrasetArribœus(^S)'- il ne parle que de la guerre que le roi Perdiccas et Brasidas firent à Arrhi- béus, roi des Macédoniens Lyncesles. 4° 11 est faux que Suidas ait mis Ar- rhibéus au nombre des conspirateurs contre la vie d'Archélaiis: il dit seulement que le poète Cratevas fut secondé par un autre poè'te nommé Arrhidéus, pour faire périr Euripide. 5°., Il ne fallait pas nommer roi d'Eiibée (49), mais roi d'Elimée, le premier gendre d'Archélaiis.

(44) Plutarch., in Amatorio, pag. "jCS, F.

(45) Plato, iii AIriblade posterlore pag. 453, 454;^liani Var. Hist., l,b. VIII, cap. IX.

(46) Obrrius Cifan., in cap. X, lib. V Poli- tir. Aristol., ]iag. (J69.

r47) Idem, ibid.

(4S) De hoc bello Aicfielai adversum Sirram et- ^rrihaeum..- i'ideatur Thucyd.. Itb. IV. Gisanius, in Politic. Aiistot., lib. V, cap. X, pas- CtCg.

(^2) Idem, ibidem.

ARCHÉLAUS.

(l])P^oici quelques observations con- tre le Mnreri.'] i". 11 est faux qu'Ar- chclaiis ait succédé à Perdiccas Van 364 1 du monde; car, selon Morcri, cette année du naonde répond à l'an 35i de Rome. Or cette année de RoQie repond à la 2«". année de la 94". oljm- piade; et nous avons vu ci -des- sus qu'il faut, selon Diodore de Sicile, qu'Archélaiis ait commencé de ré- gner la y. année de la 98*. olym- piade. 3°. Il n'est pas vrai que Justin parle de notre Archélaùs: celui dont il fait mention était oncle d'AIexan- dre-le-Grand, et n'a jamais été roi. On ne devait donc pas s'étonner qu'il ne parle pas du temps de son rè^ne. 3°. Il n'est pas vrai qu'il le mette en- tre les fils que Perdiccas eut d' Eury- dice: il le met entre les fils d'Amyn- tas et de Gygée; d'Amyntas, dis-je, père de Philippe, et grand-père d'A- îexandre-le- Grand. 4°- Ni ce que Jus- tin a dit, ni ce qu'il a oublié, ne sont point des marques qu'on ait confondu Arehélaiis le grand-père avec Arché- laiis le petit-fils ^ car il n'a parlé que d'un Arehélaiis qui n'était point petit- fils du nôtre. 5°. C'est une étrange faute que de placer sous l'olympiade 1 17 la mort de notre Archélaùs, et de faire correspondre cette olympiade à l'an 363 de Rome. 6°. Il ne fallait pas assurer que l'Archélaiis qui régna après Oreste était son fils, et le petit- fils d'Archélaùs; car outre qu'Eusèbe n'est guère suivi à l'égard de cet Ar- ehélaiis, second du nom, il ne marque nul degré de parenté. Ce qui suit con- cerne Je Supplément de Moréri. On y trouve que Socrate ne uoulut point approcher Arehélaiis, a cause de sa tyrannie et de ses inhumanités. Comp- tons cela pour la 7". méprise 5 car nous avons vu ci-dessus (5o) que ce ne fut point la raison qui empêcha ce phi- losophe d'aller à la cour de Macé- doine. La 8''. faute est d'imputer à Thucydide, et à Diodore de Sicile, d'avoir dit qu'Euripide, étant prié de faire quelque tragédie sur le sujet d'Archélaùs, s'en excusa, pour ne pas dépeindre les cruautés de ce tyran. Il est bien certain que Thucydide, ni Diodore de Sicile, ne disent rien de semblable^ et je ne crois pas qu'aucun bon auteur parmi les anciens ait tou- (5o) Dans la remarque (C).

ché cela. Un prince demande-t-il des tragédies sur son sujet? Un poète de cour ne peut-il pas faire des tragédies agréables à son maître, en mettant à part les cruautés de ce maître? 9°. Le favori qui tua Archélaùs se nomme Cratérus dans Diodore de Sicile (5i): c'est donc le nom qu'il eût fallu lui donner, et non pas celui de Crateus, ou de Cratewas, puis qu'on ne cite pour cela que Diodore de Sicile. iO°. La même raison me fait soutenir qu'on n'a pas dli débiter qv^Ufit une conspiration contre Archélaùs, et qu'il le tua, pour se venger d'un manque- ment de parole. Le continuateur de Moréri conte qu'Archélaùs promit sa fiile à ce favori, et la donna à un au- tre. Puisqu'il ne cite que Thucydide et Diodore de Sicile, dont le premier n'a pas dit un mot de cela, et le der- nier 3 rapporté que le favori blessa son maître par mégarde (S^), il mé- rite un peu de censure; carjcconviens que, s'il eût cité Aristote, il eût été hors d'aflaire. Voyez la remarque pré- cédente. 11*. Diodore qu'il cite nom- me Orestes celui qui régna après Ar- chélaùs (53): pourquoi donc nous vient-on dire que ce prince eut un fils de même nom qui lui succéda? 12°. Cet historien ajoute qu'Orestes était dans l'enfance, et qu'il fut tué par son tu- teur TErope, qui régna ensuite six ans. Pourquoi donc lui fait-on dire qu'Archélaùs II, fils d'Archélaùs!*■'., succéda à son père, et ne régna que quatre ans, et fut tué à la chasse par Cratérus l'un de ses con/îdens, le- quel s'empara ensuite de la couron- ne, mais il n'en jouit que trois jours? Autant de paroles, autant de fautes.

(52) 'ApXi>-t-'>^ ô /ia.a-tKivç h Tivi xuvM- yio) TTXnyiU à-KOVcrlmi vtto KpefTipoi/ Tûw ipaijuhou. archélaùs rex venalioni indulgens a Cralero quem in deliciis habebat imprttdenler saucinlun. Diodor. Sicalus, lib. XIV, cap.

XXXVII.

(53, Idem, ibidem.

ArxCHÉLAUS, roi de Cajîpa- doce, au temps d'Auguste, était arrière-petit- fils d' Archélaùs, Cappadocieii de nation («), gé- néral d'armée en Grèce pour Mi- (a) Plularch., in Syllâ, pag. 466, C.

ARCHÉLAUS.

thridate contre Sylla. Ce général, eut deux qui s'était tant signalé à la dé- fense du Pirée (Z»), abandonna le parti de Mithridate dans la se- conde guerre, et prit celui des Romains. Il laissa un fils noinmé comme lui Archélaus qui, sur la nouvelle que les Romains allaient attaquer les Parthes, se rendit auprès de Gabinius, gougarçons, dont l'un s'appelait Sisinna, et l'autre s'appelait Archélaiis. Le premier disputa le royaume de Cappa— doce à Ariarathes, qui le possé- dait. Marc Antoine fut juge de ce différent, l'an 7 1 3 de Rome, et le termina selon les désirs de Sisinna {h). Le beau sexe avait trop de pouvoir sur lui, et Glaverneur de Syrie, pour avoir phyra était une trop belle fein- 2>art à l'expédition (c). Le sénat me, pour que le procès eût une changea de dessein: l'armée de autre issue. H y a des historiens Gabinius fut destinée au réta- qui la traitent de courtisane (i): blissement du roi d'Egypte (d), c'est le moyen de faire beaucoup qui avait imploré l'assistance du mieux comprendre pourquoi peuple romain, pour recouvrer Marc Antoine jugea si favorablela couronne sur sa propre fille Bérénice. Archélaiis accompagna Gabinius dans cette guerre; mais il le quitta pour s'en aller à Alexandrie, ou il épousa Bérénice (A). Il ne posséda pas long- temps la couronne qu'il acquit par ce mariage; car il perdit la vie au bout de six mois (e), dans un combat contre les troupes de Gabinius, l'an de Rome 6q8 (B). Il avait obtenu de Pompée une dignité fort honorable (C): c'était le pontificat de Comane dans la Cappadoce {J'). Son fils Archélaus la posséda après lui (g), jusqu'à ce que César la lui eût ôtée, l'an 707 de Rome, pour la donner à im autre (D). On ignore la suite de ses aven- tures; mais on sait qu'il fut ma- rié à une très-belle femme, nommée Glaphyra, et qu'il en (b) Appian., in Mitliridat. f^oyes la der- nière remarque.

(c) Strabo, lib. XII, pag. 384, et lib. XVII, pag. 547. Dio, lib. XXXIX.

(e) Straho, lib. Xril, pag. 547. (j^) Idem, iùid.

ment pour Sisinna: mais quel- que vraisemblance qu'il y ait dans ces médisances, il ne serait pas impossible que l'amitié de Marc «Antoine pour cet Arché- laiis qui épousa Bérénice (k) l'eût fait agir. On ne sait point ce que Sisinna devint: on sait seu- lement qu'Ariarathes remonta sur le trône de Cappadoce; car il fallut que Marc Antoine l'en chassât l'an 7 1 8 de Rome: et alors il conféra ce royaume à Archélaus, autre fils de Glaphy- ra (Z). C'est celui qui paraît à la tête de cet article. Il devint fort puissant (m), et il témoigna sa reconnaissance à Marc Antoine son bienfaiteur, en lui amenant de bonnes troupes durant la guerre Actiaque («). Il fut si heureux, que cela ne le mit point mal dans l'esprit d'Augus- te: on le laissa possesseur de la Cappadoce, et il fut presque le (Jt) Appian., lib. KBelli civilis, pag. 675.

(i) Voyez l'article Glaphyra.

Qi) Plutarclius, in Antonio, pag. 917.

(ni) Voyez la remarque (L), à la fin.

yii) Plutarclius, in Aalooio, y?^^'. 9^4' ARCHÉLAUS.

seul h qui l'on fit de pareil- les grâces (o). Il aida Tibère, l'an '^34 5 à rétablir Tigranes dans l'Arménie (/?), et il ob- tint d'Auguste la petite Arménie, et une bonne partie de la Cili- cie (q). Il établit sa résidence dans l'île d'Éleuse (E), proche de la côte de Cilicie; et s'étant marié avec Pythodoris, veuve dePolémon, roi du Pont, il aug- menta considérablement sa puis- sance; car, comme les fils de Po- lémon n'étaient encore que des enfans, il eut sans doute l'admi- nistration de leur royaume con- jointement avec leur mère (F). II se signala d'une manière écla- tante à faire sa cour à Gains Cé- sar, envoyé dans l'Orient par Auguste son grand-père (/'). Cela lui fut très-funeste dans la suite (G): car Tibère, se souvenant qu'il n'avait reçu aucune civilité de lui pendant son séjour à Rhodes, et qu'au contraire Caïus César en avait reçu mille hon- neurs, s'en voulut venger dès qu'il se vit maître de Rome; et pour cet effet, il le cita, et lui donna le sénat pour juge (H) des accusations qu'on aurait à lui intenter. L'âge, la goutte, et plus que tout cela l'indignité du traitement, le firent bientôt mourir (I), encore que le sénat n'eût rien prononcé contre lui. On croit qu'il évita l'arrêt du sénat, en faisant semblant d'ex- travaguer (K). Il mourut l'an de Rome 770, le 52*. de son règne, (o) Dio, lib. LT, initia.

(p) Josophus, Ântiquitales, lib. XV, cap. V.

{q) Dio, lih. Liy, ad ann. jS/j- f'ide riiiini Siraboncm, lib. XII, pag, 068 Cl 382, fllih.Xir, pag.li6i.

après quoi la Cappadoce fut ré- duite en province (L). On se vantait d'une très-ancienne et très-glorieuse race dans sa mai- son (M). Nous dirons dans l'ar- ticle de Glaphyra quelque chose de ses descendans. Il n'est pas hors d'apparence qu'il ait com- posé des livres (N). L'adresse dont il se servit pour apaiser l'indignation farouche d'Hérode envers Alexandre son fils, té- moigne qu'il savait faire des tours de maître {s). Quelques- uns l'ont confondu avec Arché- laiis fils d'Hérode (0). Je n'ai point trouvé qu'Eutrope dise ce qu'un auteur moderne lui im- pute; savoir qu'Archélaiis légua son rayaume, en mourant, au peuple romain, et que ce fut sur ce titre que la Cappadoce fut réduite en province {t). M. de Tillemont pouvait être très-as- suré d'une chose dont il doute (m); c'est que le même Arché- laiis, qui était roi de Cappadoce, obtint par la faveur d'Auguste une partie de la Cilicie, et l'Ar- ménie mineure. M. Moréri a fait plusieurs péchés d'omission dans cet article. Son continuateur n'en a fait qu'un de commission; mais qui en vaut quatre, tant il est énorme (P). On verra ce que c'est dans la dernière remarque de cet article.

(s) Joseph. Antiquit., lib. XVI, cap. XII, et de Bello Judaico, lib. I, cap. XVII.

[t) Noldius, de Vitâ et Geslis Herodum, {il) Histoire des Empereurs, tome I,pag.

(A) Il épousa Bérénice.'] Nous fe- rons un article de cette princesse, où nous examinerons si le père Noris a dû dire qu'elle attira Archelaiis, en lui promettant de l'epouscr.

(B) Il perdit la fie dans un combat ARCHÉLAUS.

«ontre les troupes de Gahinius, l'an de Rnnie 698.] Ceci ne s'accorde point avec le XVli*. livre de Strabon, où on lit qnePtolomée, ayant été rétabli dans son royaume, fit mourir sa fille, et son gendre Arcbélaiis. Je ferai voir, dans l'article de Bérénice, que Strabon s'est trompé là, et qu'il s'est même contredit. Comptez à coup sur pour une faute de Moréri ces paroles: Plo- lomée, ayant été rétabli en 699, fit mourir Arcbélaiis et Bérénice.

(C) Il obtint de Pompée une di- gnité fort honorable. ] Le père Noris prétend que le pontife de Comane était souverain du lieu. Hune ^rchelaitrn, dit-il (j), Pompeius sacerdoteni Bel- lonœ ac Comanoruni principem ( utra- que enini dignitas unh eideinque con- Jerebatur) constituerai, cuivis Dynas- tie parem opibus, ex Appiano inMi- ihridat, pag- "i^'z- Nous examinerons en un antre lieu (a) s'il a raison, (D) César ota cette dignité au fils d' Archélaûs, pour la donner a un au- tre.'} Hirtius raconte que César disposa de ce bénéfice enfaveur de Nicomèdes qui alléguait de fort justes prétentions: Id homini nobilissimo JYicomedi Bi- ihynio adjudicai'it, qui regio Cappn- docuni génère ortus, propter adi>ersain fortunam majorunt suoruni mutatio- nemque generis jure minime dubio, fetustate tamen intermisso, sacerdo- tium id repetebat (3). Le père Noris assure que César conféra cette dignité à Lycomèdes, après avoir vaincu Pbarnaces; mais tous ceux qui con- sulteront Hirtius verront aisément que ce fut avant le combat. Quant au nom de Lycomèdes, on le voit dans les éditions de Strabon f4). Il est certain aussi que l'on voit dans Dion un Ly- comède dépouillé de ses états par Au- guste, après la fuite de Marc Antoine (5), et qu'il pourrait bien être celui que César éleva au pontificat de Coma- ne; car il régnait dans une partie de la Cappadnce On en fera ce qu'on voudra. L'épithète de Bitbynien, dont Hirtius s'est servi, favorise plus la le- çon de Nicomèdes (6) que celle de Ly- comèdes.

(i) Noris, Cenotapti. Pisana, ■pag. ^55.

(2) Dans l'article Comane.

(3) Hlrtiiis, de Bello Alexandriuo pag. Iii6.

{5i Dio, lib. LI, inu.

fG) C'est celle des éditions (i'Appien in Màt>rtd*t., mbjin.

(E) Il établit sa résidence dans l'île d'Eleuse.'JC^cst ce que Strabon et Jose- phe nous apprennent: Post Corycum JLleusa insula est continenti propin- qua. JEani Arclielaiis condidit ac ré- glant sibi fecit, riim tntam asptrani Ciliciani, excepta Seleucid, eiset nac- tus (7). Josepbe remarque qu'Hérode, ayant abordé à Éltfuse dans la Cilicie, y trouva Archélaiis, roi de Cappa- doce (8j. C'est là que les envoyés d'Hé- rode eurent ordre de porter la lettre qu'il écrivait à Arcliélaiis (9). Cet his- torien observe (ju'Eleuse s'apjielait Sebaste(\o). Ne serait-ce point Arcbé- laiis qui, pour faire sa cour à Au- guste, aurait fait ce changement de nom?

(F) // eut sans doute l'administra- tion du royaume de Pont. ] Le père Noris l'afErme rondement et absolu- ment (11): j'ai mieux aimé em- ployer une expression qui signifiât, non pas qu'on trouve ce fait dans les anciens livres; mais qu'on le doit ju- ger tiès-conforme aux apparences. Ce qui m'a porté à me servir de ce petit ménagement est de voir que Strabon ne dit autre chose, si ce n'est (|ue Py- tlîodoris demeura avec son mari Ar- chélaiis pendant qu'il vécut: Aur» Si a-vveenria-iv 'Ap^êAotû), Ka,i a-wî/u-nvn sxï(va) //.ê;tf' ''■^'''"^î ('2). Jpsi Archelao nupsit, et cum eo dum is in uit^is per- mansit vitam exegit. Elle savait com- mander: il ne serait donc pas impos- sible qu'elle eût voulu gouverner seule les états de ses enfans: Ti/v») <rai^pa)v Ka.1 Suta-Tn vrpoiç'a.a-Ôiti TTfo.yiji.i.'Toet (i3), prudens mulier et prœesse rébus gnara.

(G) Ses soins pour C. César lui de- cinrent très-funestes dans la suite. ] J'ai déjà remarqué plus d'une fois que tel qu'on méprise est destiné par la Providence à une haute fortune (i4): malheur alors à ceux qui l'ont mé- prisé. Peu de gens sont aussi équita- bles que Louis XII, qui disait qu'un (7).Strabo, lib. XIV, pag. 461.

(8) Joseph., Antiqiiit., lib. XVI, cap. VIII, (g) Idem, ibidem, cap. XVI.

(10) Idem, ibidem, cap. VIII.

(11) Noris, Ceaolaph. Pisana, pag. 227. Il ne cite personne.

(i3) Idem, ibidem, pag. 382.

(i4) Voyei la fin du texte et la remarque (B j de Varticle «i'Aroi.i.ODORE V architecte.

ARCHELAUS.

roi de France ne devait pas venger les injures faites au duc (î'Orleans. Notre Archélaùs agissait selon les lumières de la politique: il savait qu'Auguste aimait tendrement son petit-fils j et, selon toutes les apparences, ce jeune prince devait succéder à son aïeul. Tibère, dans l'île de Rliodes, était dans une espèce de disgrâce, (jui ne lui pre'sageait point l'empire. Archë- laiis croyait ne hasarder rien en le négligeant, et on l'avertit même qu'il secommettrait en cultivant cette ami- tié. Il crut que tons les honneurs qu'il rendait àCaïusCésarseraientun fonds assuré de biens et de récompenses pour toute sa vie. Il se trompa: il ne connut pas assez l'habileté de Livie à débarrasser pour son fils le chemin du trône. Caïus, et son frère, ne vécu- rent pas long-temps: elle en savait apparemment la raison. Après tout, la plus fine politique est le plus sou- vent de ménager, lors même qu'ils sont en disgrâce, tous ceux qu'on voit dans la route du grand pouvotr (i5). Apportons les autorités qui nous ap- prennent le ressentiment de Tibère: Rex Archélaùs, c'est Tacite qui par- le (16), quinquagesimum annum Cap- padocia potiebalur, int^isus Tibeiio qubd eum Rhocli ngentem nullo o/Jicio cnluisset: nec id Archélaùs per super- biam omiserat, seJ ab inlimis Aui^usti monilus, quiajlorente Caio Cœ- sare, missoque ad res Orientis intuta Tiberii amicilia credebatur. Dion dit à peu près la même chose: Tiberius Cappadociœ Regem Archelaum, in- J'ensus ei quia chm ollm sibi is sup- plicdsstl, suoque patrocinin usus, cùm ab incolis apud Augustum accusa- retur, fuisset, Rliodise neglexisset, ad Caium in Asiam fenientem ojffi- ciosè coluisset, insimulatum quasi no- uis rébus studeret, ei^ocat'it Roniam (17). Nous apprenons de ce passage que Tibère se plaignaitnon-seuleraent de l'incivilité d'Archélaiis, mais aussi de son ingratitude. La circonstance du lieu pouvait encore aigrir l'empe- reur ^ car l'île d'Éleuse, résidence d'Archélaiis, n'était éloignée de Rho- des que de quinze mille pas (18).