SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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(E) Son frère se rendit fort illustre sous le nom de Benedictds Accoltus Aretinus.] Il naquit l'an i4i5, et après avoir bien fait ses humanités, il s'appli- qua à l'étude de la jurisprudence avec tant d'ardeur qu'il ne tarda guère à parvenir au doctorat: après([uoi, tant par des leçons publiques, que par des consultations (ii), il se mit au lang des jurisconsultes les plus renommés. 11 ne renonça point aux belles-lettres, et il écrivit des traités qui sont une preuve qu'elles ne lui étaient point indifférentes. Son dialogue de Prœ- sLantid f^irorum sui œi'i tut imprimé à Parme, l'an 1692, sur le manuscrit que M. Magliabecchi avait fourni. 11 fut premier secrétaire de la républi- que de Florence, les sept dernières années de sa vie. Il mourut à Floren- ce, l'an 1466,;1gé de cinquante-un ans. Son fils Pierre, grand juriscon- sulte, ayant été auditeur de rote pendant vingt-cinq années, fut ho- noré du chapeau de cardinal par le pape Jules II. Il eut un autre fils, nommé Michel, qui fut père de Be- noît Accoltus. Celui-ci fut secrétaire de Clément VII, et puis cardinal (la). Voyez le Dictionnaire de Moréri, au mot AccoLTi.

(10) Valer. Maximus, lib. Ut, cap. Fil, iium. 8.

(12) Tire' de la Vie de Benediclus Accoltus, à la télé du dialogue de Prarstanlià Virorum à<x\:evi.

ARÉTtN (Gui), moine de l'or- dre de saint Benoit, vivait dans le XI°. siècle. Il s'est rendu cé- lèbre pour avoir trouvé une nou- velle méthode d'apprendre la musique. Il publia sur ce sujet un livre qu'il intitula Microlo- gus, et une lettre, qui a été in- sérée par le cardinal Baronius dans ses Annales, sous l'an 1022. Il était âgé de trente-quatre ans, lorsqu'il publia le Micrologus, sous le pontificat de Jean XX; et il avait été déjà trois fois appelé à Rome, par le pape Benoît VIII.

TOME U.

de cet auteur. Voila ce que nous en dit Possevin dans son Apparat {a). Pour dire quelque chose touchant cette invention de Gui Arétin, je dois remarquer que c'est lui qui a trouvé les six notes, ut, re, mi, fa, sol, la. On veut que les noms de ces six notes aient été empruntés d'une hym- ne qui contient ces vers sap- phiques.

VT queant Iaxis Mira gcslorum, SOLve poltutis RE sonare fibris FAmuli tiiorum, LAbiis realum ^b).

Il n'a fallu pour cela que prendre la première et la sixième syllabe de chaque vers. Il y en a qui prétendent que le mot gamme, si ordinaire dans la musique, est venu de ce que Gui Arétin s'étant servi des premières let- tres de l'alphabet pour désigner ou pour coter ses notes, y em- ploya la lettre G, que les grecs appellent ^ammay et qu'il le fit pour marquer que la musique était venue de Grèce (c). Ceux qui lui attribuent un livre contre Bérenger se trompent (A).

(6) Vojez Vossius, de Musice, pag. C^o.

(c) Furelière, aji mot Gamme.

(A) Ceux qui lui attribuent un li- vre contre Bérenger se trompent. ] Vossius a donné dans cette erreur, et a établi par-là qu'il florissait sous l'empereur Conrad lejeuncj et qu'ain- si ceux qui l'ont placé cent ans après n'ont pas eu raison (i). L'erreur dont je parle ici est venue de ce qu'on a confondu Gui Arétin avec un autre moine nommé Guitmond, qui était du couvent de Saint-Leufred, ordre de saint Benoît, dans le diocèse d'E - vieux que d ARÉTIN.

, et qui devint cardinal et ëvê- fait ^, et qui est cité par Magius 'Aversa en Italie. Ils étaient à ^^^ Laurent Valle était fort de ses amis, et lui a dëdié ses livres de Latind Elegantiâ (C). Yossius, qui assure qu'il était frère de Charles Arétiri (c), se trompe- rait fort, s'il n'en avait point d'autre preuve que les paroles de Volaterran, auquel il semble nous renvoyer. Volaterran ne dit rien de cette fraternité pré- tendue (D).

Il y a de bons connaisseurs qui croient que Tortellius n'acardinal et évtque d' Aversa; qu'il vait qu une médiocre littérature, peu près contemporains j car Guit- mond est mort environ l'an 1080. C'est lui qui a fait trois livres de Ke- ritate corporis et sanguinis Christi in Eucharistiâ, adversiis Berengarium, qui ont été imprimés à part, et dans la Bibliothèque des Pères (2). La cause que j'assigne de cette erreur est si vraie, que le même Vossius dit ex- pressément, en un autre endroit, qu'en 1070, sous le pontificat de Gré- goire Vil, a fleuri Guido, ou Guid- raond, natif d'Arezze, patrid Are- tinus, premièrement moine dans le monastjsre de Saint-Leufred, au dio- cèse d'Evreux, en Normandie, et puis un poste considérable, les beaux esprits de ce temps-là lui donnè- rent de grandes louanges, dont quelques-uns ensuite se rétrac- tèrent. Philelphe fut de ce nom- bre (E). Je dirai ailleurs (d) que Tortellius fut bibliothécaire de Nicolas V.

* Bayle, dit Joly, de même que ceux qui ont parle' des écrits de J. Arélia, a oublié qu'il a traduit quelques F'ies de Plutarque, imprimées à Rome, l^jo, in-tbiio, Paris, l52i, in-folio, Bâle, i5^2, et 1544, i°-fol- Joly cite, d'après la Bil/l. nianuscriptorum nova de Moulfaucon, trois autres ouvrages q renger (3).

(2) Vide Lalibeuin, de Script.,Ecclesiast., (3) Vossius, de Scient. Mathem., pag. gS.

ARÉTIN (Jean), surnommé Tortellius, passe pour l'un des savans hommes du XV*'. siècle. Il composa une T^ie de saint Aihanase (A), à la prière du pa pe Eugène IV. Il fut admis à la confidence de Nicolas V, dont il était camérier (flï). Il était agréa- ble en conversation, et il se dis- tingua glorieusement des autres ^^ J- ^■'é'in; et il ajoute qu'il croit que c"est , - un autre Jean Arétin, médecin, gui serait savans ses contemporains, en ne déshonorant pas, comme ils fai- saient, par des disputes violen- tes et injurieuses, la profession des belles-lettres. Il était prin- cipalement versé dans la connais- sance de la grammaire, comme il le témoigna par son livre de Potestate Litterarum (B). La Bi- bliothèque de Gesner rapporte les titres de plusieurs autres ou- vrages de Tortellius; mais on y a oublié un Lexicon, qu'il avait rement que Toilellius ne fit que la traduire en latin: Divi Alhunasii (a) Jovius, Elogior. cap. CVIH, KHam JL'ugenio expctenti latinamjcauteur d'une histoire manuscrite de la méde- cine (dont parle le père JNiceron, au to- me XXV de ses Mémoires) et de deux au- tres écrits aussi manuscrits, cités par Mont- faucon.

{b) Magius, Miscellan., lib. II, cap. XIV.

(c) Vossius, de Hist. Lat., pag. 5yg.

{d) Voyez dans l'une des remarques de l'article IMicolas V, le passage de la I'*. Lettre du livre XXVI de Pliilelplie. [Bayle n'a pas donné d'article à Nicolas V; mais voyez la note ajoutée sur la remarque £.]

(A) // composa une Vie de saint Athanase.] PaulJove insinueassezclai- ARÉTIN.

cit (i). Gesner le dit beaucoup plus Laurent Valle. Voici les paroles de expressément: Alhanasii Alexandii- Gesner: Joannes Toitelluis, natione ni Vitam ad Eugenium ponlijicem in Aretinus, Laurentti F'allœ amicisii- latinum transtuUl ( a )■ Mais Vossius mus, ad quem eleganiiarum linguœ lui attribue en cela beaucoup plus latinœ sex libros perscripsil. Nicolai que la fonction de traducteur: Alha- postmodiim pontificis cnntubernalis " ^ et studiorum ejus inlirnus cornes (6).

Des compilateurs qui, par l'envie de faire un gros livre en peu de temps, ou pour d'autres raisons, ne clier- chent jamais hors de la page qu'ils ont sous les yeux l'instruction qui leur est nécessaire, feraient aisément trois grosses fautes, pour peu qu'ils joignissent leurs conjectures à ce texte de Gesner. 1°. Ils diraient que Tor- tellius a fait six livres des Élégances de la langue latine, et qu'il les a dé- diés à Laurent Valle j 2°. qu'il devint après cela domestique du pape Niconasii F'itam ex wariis, Eiigenu pos- tulato, consarcinauit; et il cite Paul Jove et Volaterran (3). La citation de Paul Jove ne saurait être tout- à - fait exacte, comme chacun le peut voir par la confrontation des paroles. Cellede Volaterran n'est pasplusexac- te, car voici ce qu'il a dit: Joannes ( Aretinus ), cognomento Tortellius, romance ecctesiœ subdiaconus apud Eugenium quarlum fuit- Orlhogia- phiam, vitamque Alhanasii, ac non- nulla alia consciipsit (4). Vossius as- sure que Wicelius a mis cette vie de saint Athanase dans son Hagio- logia. 11 conjecture que Tortellius est l'auteur de la Vie de saint Zenobius, évêque de Florence, insérée dans la compilation de Surius, sous le 25 de mai. La raison de sa conjoncture est las V, et son homme d'étude, et que ce fut le grand succès de son livre qui lui procura cet honneur j 3". que Nicolas V siégeait l'an 1420; car puis- que Gesner met en ce temps-là l'état florissant de Tortellius, et que le sens prise des circonstances du temps, et commun nous dicte que cet état £lo- de ce que l'auteur de cette Vie a nom rissant doit être placé au temps que 7 —!.;„.. „./.-,,„_ ^„_..„..„ Tortellius était en faveur auprès de Nicolas V, il s'ensuit que, selon Ges- ner, ce pape siégeait au temps que j'ai dit. La vérité est qu'il fut élu l'an 144? ) et que Tortellius était dé- jà son homme d'étude et son camé- rier lorsque Laurent Valle lui dédia ses Elégances. Je ne sais ce que veut dire Moréri sur cet article avec sa ci- tation vague de Valère André. Que ne consultait-il Vossius et Paul Jove, qui lui eussent fourni quelque remède contre la maigreur?

(D) f^ossius le fait frère de Charles Arétin. f^olaterran ne dit rien de cette fraternité prétendue. ] J'ai bien raison de la nommer de la sorte, puis- que Tortellius, parlant de Charles et de Léonard d'Arezzo, les qualifie simplement ses compatriotes: A doc- tissiruis l'iris nostrœ œtatis, dit-il (*' j, et conterraneis mets Leonardo et Cu- rolo Arretinis; et lorsqu'il fait men- tion de Charles, il dit toujours: ou Caroliis Arretinus conterraneus meus, ou Carolus noster Arretinus ('''').

(f!) Gesneri Bibliolheca, /o/io 458, ex Tri- tberaio.

(") Dans la /''. partie de son ouvrage au chapitre de VY grec.

(*^) Dans la II''. partie qui contient les mots par ordre alphabétique.

Joannes archipresbyter Aretinus (B) Il a témoigné sa connaissance dans la grammaire, par son lii're de Potestate Litterarum.] « Ce que Vola- )) terran appelle Orthographia, Paul » Jove un livre dePolestaleLilterarum, » Gesner Commentarii Linguœ Lati- ■» nœ, et Magius Lexicon, n'est » qu'un seul et même volume de Tor- j) tellius, en deux parties, dont la » première, qui est fort courte, con- )i tient quelques chapitres sur l'inven- » tion, le nombre, la figure, la n prononciation, et l'assemblage des » lettres de l'alphabet. La seconde, » qui est fort longue, contient un )> catalogue alphabétique des mots « latins, la plupart tirés du grec, » desquels il enseigne ou tâche d'en- w seigner l'orthographe (5). » (C) Laurent P^alle lui a dédié ses livres de Latinâ Elegantiâ.] De la ma- nière que Gesner s'est exprimé, il n'y a personne qui ne jugeât que c'est Tortellius qui a dédie cet ouvrage à (i) Jovius, Elogiorum cap. CVIII., fS- '^^^■ (2) Gesneri Biblioth., folio 458.

(3) Vossius, de Hist. Lai. pag. 579.

(4) Volaler., lib. XXI, pag. 773.

(5) M. de la Monooie, remarques manu- scrites.

ARÉTIN.

Ceci m'a été communiqué par M. de la Monnoie. Rapportons les paroles de Volaterran, et celles de Vossius 5 on verra si le dernier a pu se fonder sur le premier; Carolus et Joannes Arctini nohilia temporis illius ingé- nia, quorum aller scriba Florenti- nforum Leonardo suceessit; aller Joan- nes cognomento Tortellius romance ec- clesice subdiaconus apud Eugenium quartunifuit (^). Voici ce que Vossius rapporte: Joannes Aretinus cogno- mento Tortellius Caroli Aretini, qui post Leonardum Aretinum scriba fïo- rentinorwn fuit, fraler, ronianœ ec- clesice subdiaconus apud Eugenium If^...prœter grande de orthographia i/olumen, etiani ylthanasii f^itani.,.. consarcinai'il, ut prœter Joi'ium auc- tor est yolalerranus lib. XXI An- thropol. ubi et hosce Aretinos Jratres nobilia illius temporis ingénia appel- Lit (8). Si l'on s'était contenté de dire qu'ils étaient parens, on aurait pu ge fonder sur ces paroles de Philel- phe: Putabam Carolum Arretinum rediisse niecunt in gratiam. Ita enini Joannes Arreiinusejus necessarius tuis ^>erbis mihi renunciârat (9) ^ car quoi- que necessarius se prenne quelquefois E quorum numéro principatum mihi tenere insus est Joannes Tortellius Aretinus, qui cùm et grœcam et la- tinam titteraturam nofisse fideri vull, utramque ignorai^isse apertissimè dé- clarât (10).

(10) M. de la Monnoie in'a fourni ceci.

ARÉTIN (Léonard) est plus connu sous ce nom qui lui a été donné à cause qu'il était d'Arez- ze, que sous celui de Brunus, ou Bruni, qui était son nom de famille *. Il a été un des plus habiles hommes du XV*. siècle (A). Il apprit le grec sous Éma- nuel Chrysolore, comme il le raconte lui-même {a); et ayant fait connaître son mérite au pape Innocent VII, il en obtint, quoi- que jeune, la charge de secré- taire des brefs, de laquelle il s'acquitta dignement sous ce jîontificat, et sous les quatre sui- vans {b). Il fut ensuite secrépour ami intime, Philelphe, cepen- taire de la république de Floren dant, et la plupart des écrivains de „„ f^\ „+ „™„,.„ 1 j ce temps-la ne 1 emploient jamais que i • /.x vî ' dans le sens de parent, ou a allié. Cet- te observation est de M. de la Mon- noie.

( E ) Philelphe fut du nombre de ceux qui se rétractèrent des louanges qu'ils avaient données a J. Aretin. ] Je citerai dans l'article de Nicolas V une lettre de Philelphe, datée du i*". d'août 1465, où la littérature latine et grecque de Tortellius est bien louée *. Mais voici ce que le même Phi- lelphe écrivit le 2g de mai 14^3: f^i- deo quosdam nosUœ tempestatis homi- nes, qui cm/m magnum de se quid- dam voluerunt in arte grammaticd pro- fiteri, in maximos errores deuenerunt.

(■•j) Volaterranus, lib. XXI, pag. 773.

(8) Vossius, de Hist. Lat., /;a^. 679.

(9) PliilelpVius, Epist., lib. IX.

" Bayle n'ayant pas donné l'article Nicolas V, voici du moins le passage qu'il avait promis et qu'a transcrit Joly • vir gravis ac diseitus Joannes Tortellius, Arrcliiius, tjiiein profiter erudilionrm lalinm gra!cce(jue titleralurcc, nobi- lissimco illi sua: Bibliothecœ idem Nicolaus Quinlus prcejeccrat, etc. Cette lettre, dit Joly, «t la prcraicrc du livre XX'VI.

biens (d), tant parce qu'il vé- cut dans le célibat (e), que par- ce qu'il fut excessivement bon ménager. Il traduisit de grec en latin quelques p^i'es de Plutar- que (B), et la Morale d'Arislote. 11 composa trois livres de la Guerre Punique, qui peuvent servir de supplément à quelques- uns de ceux qui nous manquent de Tite-Live (C). Il composa aussi V Histoire des choses qui se * Chaiifepié contient quelques particu- larile's extraites, soit du Poggiana, de Len- fant, soit de sa pre'face de VHisloire du Con- cile de Pise.

(a) Lcon. Aretinus, llistor. Rer. Italica- rum. l'ide etiam Joviuni, Elogior. cap. XXIII.

(b) Jovius, Elogior. cap. IX.

(c) Leand. All)erti Descript. Italise. (f/) Jovius, Elogior. cap. IX.

{<■') Yolalcrranus ^ lib. XXI, pag'. 772.

ARÉTTN.

Jlrent de son temps en Italie (D), celle de la République de Flo- rence, celle de l'ancienne Grèce (E), et celle des Goths. Mais cette dernière, qui lui fît beau- coup d'honneur, pendant que l'on ignora qu'il n'avait fait que la traduire du grec de Procope, attira sur sa mémoire une espèce d'infamie {f), dès qu'on sut aj)rès sa mort, par les soins de Christophe Persona *', que Pro- cope, dont il avait supprimé le nom en s'appropriant son tra- vail, était le véritable auteur de cette histoire des Goths (F). Il composa plusieurs autres livres, dont on peut voir le catalogue dans la Bibliothèque de Gesner, et mourut l'an i443, âgé de soixante - quatorze ans (G), à Florence, où l'on voit son tom- beau de marbre dans l'église de Sainte-Croix [g). Pogge fut un de ceux qui le critiquèrent (H). M. De la Mare, conseiller au parlement de Dijon, publia en i653 un catalogue des livres de Léonard Arétin, lesquels il avait dessein de faire imprimer. Je ne pense pas que la chose ait jamais été exécutée *^. J'ai ouï dire, qu'on a trouvé depuis peu, parmi les manuscrits de la bi- bliothèque d'Oxford, un exem- plaire de lettres de Léonard Arétin, où il y a XL lettres qui n'ont jamais été imprimées, et que cela pourra bien donner (/) Jovius, Elogior. cap. IX et CXVI.

*' Le Journaldes Sai>ans (novembre 1742), remarque que L. Are'tin reconnaît avoir mis Procope à coatribution; que d'ailleurs Pogge l'avait dit avant Persona. C'est au veste encore Vossius qui a induit ici Bayle en erreur.

[g) Idem, ibid., cap. IX.

*^ Elle ne l'a pas été' quoique La Mare ne soit mort qu'en 1687.

l'envie de travailler à velle édition *.

une nou- * J.-A. Fabricius donna en 1724 une o'di- tion des Epîlres de L. Arplin. Elle hissait: encore beaucoup à désirer; et L. Meliiis en donna une nouvelle édition beaucoup plus ample et plus correcte, et augmentée de deui livres, Florence, 174I1 deux, parties, iii-S' On en rend compte dans le Journal des Sa- vans, de novembre 1742, pag. G60 et suiv.

( A ) // a été un des plus habiles hommes du Xf^^. siècle. ] Selon Paul Jove, c'est Léonard Arétin qui a le premier rétabli en Italie Téclat de la langue grecque (1). Philelphe lui don- ne beaucoup d'éloquence, et un grand fonds de génie «ta'crudilion (a). Pog- ge (3) et Laurent Valla {ff) l'ont mis au-dessus de tous ses contemporains en matière d'éloquence et de science^ mais Floridiis Sabinus le loue un peu plus sobrement, et ne donne pas une idée avantageuse de son latin (5) ^ à quoi Erasme ne s'accorde pas trop mal (6). Enée Silvius loue beaucoup notre Arétin dans sa lettre Ll, et nous apprend que les Florentins avaient conféré sa charge à Pogge. Sur cela, Vossius remarque qu'Enée Silvius et Léandre Albert ne s'accordent pas, celui-ci disant, dans sa Description d'Italie, que Charles Arétin succéda à Léonard dans le secrétariat de la république de Florence. Voyez ci-des- sus l'article de ( Charles ) Arétin (7), où nous prouvons par Euée Silvius lui - même, que Léandre Albert a raison.

(B) // a traduit quelques f^ies de Plutarque. '] Savoir: celle de Paul- Emile, celle des deux Gracques, celle de Pyrrhus, celle de Sertorius, celle de Démosthcne, celle de Marc An- toine, et celle de Caton d'Utique (8). Les imprimeurs ont fait une étrange bévue dans le Dictionnaire de Moréri, en mettant f^ers de Plutarque pour yies de Plutarque.

(i) Joviu!>, Elog., cap. IX, pag. 27.

(2) Philelplius, Convivioram lib. I, et Epist. ad eitm scripta.

(3) Poggius, in Philelpb. Invect. II.

(4) ^pud Pbilelph. Invect. I, in Vallam.

(5) Flor. Sabin. advers. Calumniat. Ling. Lac.

(6) Erasm., i'k Ciceron. (•;) Dans la remarque (B). (9) Gesner., in Biblioth.

de là vient que Badius Ascensius a rais le nom de Polybe à la tête de cet ouvrage, dans son édition de Pa- ris (lo), (D) celle des choses qui se fi- <>ç)i ARÉTIN, (C) // a compose trois litres de la GueiTe Punique, qui peuvent sentir de supplément a Tite-Li^e. ] Les deux premiers de ces trois livres *' traitent de la première guerre Puni- que, qui nous manque dans Tite- rent de son temps en Italie. ] Cet ou- î.ive; le troisième traite des désor- vrage commence au schisme qui s'e- dres où les Carthaginois tombèrent leva contre le pape Urbain VI, en 1378, par la mutinerie des soldats, et par et s'étend jusqu'à la victoire rerapor- la révolte des peuples 5 comme aussi lëe par les Florentins auprès d'An- dc la guerre contre les Gaulois, et glare, l'an i44o- contre ceux d'IIlyrie, toutes choses (E) — celle Ae l'ancienne Grèce.] qui nous manquent dans l'historien Cet ouvrage s'étend depuis le géné- Romain (9). L'Arétin n'a presque fait ralat de Tbéramène et de Thrasy- que traduire le grec de Polybe, quoi- bule chez les Athéniens, jusqu'à la qu'il l'a nié dans sa préface *' j et mort d'Epaminondas. C'est compren- dre quarante-cinq ou cinquante ans. (F) On sut, par les soins de Chris *' te livre d'Arétin est, dans l'édilion de i537, intitulé: Leonardi irelini de belto Punico libri duo, quorum piior bellum v4er Romanes et Carthaginienses priinum conlinel, aller seditio- npin mUitis conductUii el populorum Jfricie à CarthagtnierKibuf defeclionem: bellum item Jlljricum et GalUcum. Le premier livre porte pour titre particulier: de bello Punico Uber primus; l'autre: di" bello Carlhaglniensium cum Jfricanis el aliis sociis geslo; item de Illyrico et ^allico liber secundut. Bayle en donnanl trois livres à l'ouvrage de bello Punico, et en disant que les deux premiers traitent de la première Tuerre Punique, a copié une faute de Vossius qu'il cite plus bas. Cependant Nicéron, tom. i5, pa". 28q, dit: ■< Il y a des éditions oh cette his- « loire est divisée en trois livres. >■ (q) Gesnerus, in BibliotViecâ.

*^ Maittaire [annales Typograph., tom. IV, paf^. 661 ) che un Polybius historicus de primo „.

bello Punico, latine, Leonardo Aretino inter- Procope que VoSsiuS devait parler prête, Brescia, 1498, in-folio, qui para.l être le ^.^^^ l'endroit OÙ il s'agissait du pla- même ouvrage que celui qur fut imprime en.,,,.,. r-i t ■ ■ vi î- » Tsin, et dont le litre est rapporté plus haut, giat de l Aretin. L est amsi qu il faut Le titre de lélition de 1498 n'annonce point dire, CC me Semble, et UOn paS pla- riotention de s'approprier le travail d'autrui.

L'édition de i537 ne contient pas de préface, du moins dans l'exemplaire que j'ai sous les yeux. Dans l'édition de la traduction de Tite-Live (par Berclioire ) faite en i5i5 et probablement dans la précédente qui est de i486, on a inséré «ne traduction de l'ouvrage d'Arélin; et dans le prologue de l'auteur, Polybe est nommé comme l'une des sources du livre. Le reproche adressé par Bayle à Arétin est donc mal fondé. Cette faute au reste n'est point de Bayle, mais de Vossius qu'il cite. Leduchat qui, le premier, a date de iS-jS. C que Joly a copiée, sans usage. Cette traduction d'Arélin est dédiée à Charles VII, et Mercier de Saint-Léger dans ses notes manuscrites sur Duverdier l'attribue à un Jean de la Vesgue, auteur en effet d'une traduc- tion de cet ouvrage que Duverdier et la Monnole disent ne p.Ts avoir été imprimée. Joly dit que dans l.i Bibliothèque de J.-Â. de Chevanncs on voyait le manuscrit d'une traduction fran- çaise du de bello Punico, faile en i445 par un Jean le Bègue, et qui futprésentée à Charles VII. Il est à croire que Jean le Bègue et Jean le Vesgue sont le même personnage. Joly dit encore que le père Monlfaucon cite une autre traduction fran- çaise du mrmc livre, dédiée à Philippe duc de Bourgogne, el don tic manuscvit est d'environ i^Go.

iophe Persona, que Procope, et non pas notre Crétin, était l'auteur de l'histoire des Goths. \ Persona se déter- mina, selon Vossius, à traduire Aga- thias, quand il eut pris garde à la mauvaise foi de notre Arétin (ii). Vossius allègue sur cela Paul Jove j mais il est certain que Paul Jove, ni dans le lieu qu'on en cite (12), ni dans un autre qu'on pouvait citer (i 3), ne parle aucunement d'Agathias, et qu'il y parle expressément de Procope. J'avoue que Persona a traduit aussi Agathias, mais c'est de la version de gianisme, comme a fait un auteur moderne, dont je vais rapporter tout le passage, à cause qu'il est plein d'erreurs. lYous devions, dit-il (i4), l'histoire de Procope en grec à Dai^id Heschelius. Léonard Arétin faisait déjà donnée en langue gothique; mais il aidait supprimé le nom de l'auleur: de sorte que, quand cet Arétin niée. sans rien dire suivant son,, ' ' / ■ J mêins trouva un autre exemplaire de cette histoire en la même langue, il la divulgua sous le nom de son auteur, et ainsi convainquit V Arétin de pla- gianisme. De quel monstre est-ce qu'il (10) Vossius, de Histor, Latin., pag. 557.

(12) Il est au chap. CXri des Éloges. (i3) Il est au chap. IX des Eloges. (i4) Le Gallois, Traité des plus belles Biblio» théques, pag. 16g, ( mal marquée i63, ) édition de Paris, en 1680.

ARÉTIN.

* Ceux qui vounous parle-là? Procope, en langue XVP. siècle gothique, publie premièrement par,jj.ont savoir ce que c'est qu'une Aretin, et puis par Persona, est ^'i„-ii^, ^, j ^vi /- unechimère ^u'on n'a jamais vue, et médaille qu on prétend qu il fit qu'on ne verra jamais. De plus, c'est frapper, pour apprendre à toute parler sans aucune exactitude, que la terre la peur que les plus de dire que Léonard Arélin, et Per- - • ^ - sona ont donne' l'histoire de Procope ^ car ils n'ont traduit qu'une partie de cette histoire. Les imprimeurs du Dic- tionnaire de Morëri ont lourdement bronché, quand ils ont mis que this- tolre des Goths n'était proprement qu'une traduction de Plutarque.

(G) Il mourut l'an i4î3, âgé de soixante-quatorze ans (i5).] Le'an- dre Albert dit bien qu'il est mort à d grands princes avaient eue de ses satires, le trouveront dans le Dictionnaire de M. Moréri. L'A- rétin se vantait dans cette mé- daille d'avoir mis sous contribu- tion ceux à qui les autres hom- mes payent des tributs et des impôts. Cette tradition est si générale, qu'il n'est pas moins connu sous le titre de Fléau des l'âge de soixante-quatorze ans; mais il place sa mort à l'anne'e \l\\o.

Son calcul ne s'accorde pas avec Mat- princes, que sous le nom de thieu Palméiius, qui met l'année l'y^re/m, ou sous celui de /'/erre natale de Léonard Aretin en 1370(16): et comme d'ailleurs je ^ ois dans Vo- laterran, que notre Aretin mourut en 1443 (17), (f e fut le 9 de mars, selon Bucholcer)je n'ai point voulu suivre Léandre Albert. J'ai remarqué ci- dessus (18) la méprise d'un moderne, qui a cru que Léonard Aretin vivait encore l'an 1480.

(H) Pogge fut un de ceux qui le critiquèrent.'] Ces paroles de Philel- phe vous l'apprendront: elles se trou- vent dans une lettre qu'il écrivit à Laurent de Médicis le 29 de mai i473: Quod eo feci accuratiiis quoniani et Leonardus Arretinusfanidiaris noster, fir sfinè facundissimus, adi>ersùs Blondum FUn'iuiu multa disseruit, et post Leonardi obitum Pnggius Ka- rolo gratificatus Arrelinn, quem di- sertissimi concii^is gloria njff'enderet, libelluni etiam contra iltius scripta contexuit, ciim neuter suo sit functus officio (19)- Ce passage m'a été com- muniqué par M. de la Monnoie.

(i5) Varillas, dans les Anectodes de Florence, pag. 162, se trompe, en le faisant vivre plus de quatre-vingts ans.

(16) Palm., in Clirooic., ad ann. 1370. Les imprimeurs de Vos-ius, de Hist. Lat,, pag. 557, ont mis par erreur cidcccclxx.

(18) Danr la remarque (A) de l'article de {François) Aretin.

(ig) Pbilelphui, Epistolat. lib. XXXVII.

ARÉTIN (Pierre), natif d'A- rezze, renommé par ses écrits sales et satiriques, vivait au Arélin (A). On lui donne un au- tre titre fort glorieux: c'est le même dont toute l'antiquité ho- nora le grand mérite de Platon, c'est celui de divin, il divino Aretino (B): il a été qualifié sur des médailles divus Petrus Are- tinus {a). Quelques-uns ont dit que peut-être il se donnait cette qualité, pour signifier qu'il fai- sait les fonctions de Dieu sur la terre, par les foudres dont il frappait les têtes les plus émi- * Mazzuchelli, auteur d'uue Vita di Pie- tro Aretino \']l\l, in-8°., a fourni à Joly le sujet de plusieurs rema»ques. Pierre ArétÏD naquit dans la nuit du 19 au 20 avril 1492. Il était fils naturel de Louis Bacci, dans la famille duquel on conservait autrefois les quittances de la pension qu'elle fournissait pour ses alimens; mais le père Pierre-Jac- ques Bacci de'cliira ces quittances par hor- reur pour sa mémoire. Un sonnet qu'Arétin Gt dans sa jeunesse contre les indulgences le contraignit à quitter sa pairie, pour aller à Pérouse où il exerça long-temps \.\ profession de relieur de livres, et où il ne montra pa': plus de respect pour la religion; car ayant vu dans une place publique très-fréijuentét une image où la Madeleine, les bras étendus et dans l'affliction, était représentée aux pieds de Jé>us-Christ, il y retourna secrète- ment, dit Joly, et lui peignit un luth entre les mains.

(a) Spizelius, dan<; son Scrutin,.\tlieismi, pag. 19, assure i/u'tl en a vu.

2ije» ARÉTIN.

neiites (C). Il se vantait que ses gage si impudent. On voit Lien libelles faisaient plus de bien au que je parle de ses Ragionamenti monde, que les sermons (D). On (K). Ils furent imprimés pen- lui écrivait qvie sa plume lui dant sa vie; mais on a de la peine avait assujetti plus de princes, à déterrer quand ils le furent que les plus grands rois n'en pour la première fois (L). Nous avaient soumis par leurs armes avons six volumes de ses Z,e/<re.y, (E), et on l'exhortai ta continuer qui ne valent pas grand'chose sur ce ton-là, afin que les mo- (M). Ses ouvrages de dévotion narques se corrigeassent (F), n'ont pas eu beaucoup de débit Notre siècle a des satiriques aussi {b); et néanmoins ils ont trouvé envenimés et aussi hardis que des approbateurs, qui leur ont l'Arétin l'ait pu être; cepen- donné beaucoup de louanges (c). dant ie ne crois pas qu'aucun Les co7n^c?ie5, qu'il fit en prose, d'eux ait établi ses contributions sont beaucoup meilleures dans dans le pays ennemi. Plusieurs leur espèce *'. Il mourut environ écrivains mal informés le font l'an i556 *^, à l'âge de soixante- passer pour l'auteur du livre de cinq ans, plus ou moins (N).