(F) Il gagna le prix de la course aux jeux néméens.'] Apollodore, au livre 111, dit qu'Adraste fut le vain- queur à la course de cheval; mais Stace feint que ce prince donna son Arion à Polynice son gendre, et qu'A- rion jeta en bas ce nouveau cocher, et, confinant de courir, devança tous les autres: ce qui n'empêcha point qu'Amphiaraiis ne remportât la cou- ronne; car encore qu'il n'ei^t point gagué le devant à Arion,,il suffisait qu'il l'eiit gagné à ses concurrens, ou que Polynice, jeté en bas, n'eût rien à préfendre en vertu de la vitesse su- périeure de son cheval: Forsitan et victo prior isset Ariane Crgnus, Sed velal œ/juoreus uinci pater: hinc vice jus ta Gloria inan.'il equo, cessit vicloria vati (g).
Apollodore convient qu'Amphia- raiis vainquit à la course de chariot, ((j) Vojez-le au livre IV, vs. S-Ji. (7) Clâudian. Consul. IV Honorii, vi. 555. Lloycl ci(p deux fuis ceci.
(9; Slalius, Tlitbaïdos Ub^ yi, vs. SiS- ARIOSTA.
S.ffjLH.11 •, ce que son traducteur latin devait rendre par curru, et non pas par cursu, comme Barthius l'a re- marque (lo). Quant à ce distique de Properce, qui nous donne Arion comme un animal parlant: Qualis et Adrasiijuerit vocahs Arion, Trisùs ad Archeinori funera viclor equus (u), je ne crois pas qu'il lui attribue la tristesse que Passerat s'imagine: je crois cjue le mot tristis se rapporte à l'accident funeste d'Archemore, pour lequel ces jeux étaient célèbres: et non pas au dépit qu'Arion conçut en sentant qu'un autre qu'Adraste se servait de lui (la).
(10) Barlh., in Stal., tom. III, pag. 537.
(11) Propcrt. Elegiâ ult., Uh. II.
(12) yorei les Nouvelles de la République des lettres, juillet 1^02, pag. iio.
ARIOSTA (Lippa), concubine d'Opizzon, marquis d'Est et de Ferrare, fortifia de telle sorte par sa fidélité, et par son habi- « les lois sont leté politique, les impressions " ^^'^ poi°t 1; que sa beauté avait faites sur le cœur de ce marquis, qu'il la re- connut enfin pour sa femme lé- gitime, l'an i352. Il mourut la même année, et lui laissa l'ad- ministration de ses états, dont elle s'acquitta très-bien, pen- dant la minorité de ses onze en- fans. D'elle est issue toute la maison d'Est, qui subsiste en- core en la branche des ducs de ModèneetdeRhège{a). L'auteur, dont j'emprunte ceci, observe J'ai parlé ailleurs (i) de l'efficace sin- gulière du mariage. On ne la saurait assez admirer; car enfin, elle fait changer de nature les trois espèces de temps: le passé ne relève pas moins de ses infl-uences que le {trésent et que l'avenir. « N'admirez-vous pas » quelle force a l'usage, et quelle au- » torité dans le monde? Avec trois " mots. qu'un homme dit. Ego con- » jungo p-oj, il fait coucher un garçon » avec une fille, à la vue et du con- >j sentement de tout le monde; et cela >» s'appelle un sacrement administré » par une personne sacrée. La même 5) action, sans ces trois mots, est un » crime énorme, qui déshonore une » pauvre femme; et celui qui a con- )) duit l'affaire s'appelle, ne vous » déplaise, un m Le père et la » mère, dans la première affaire, M se réjouissent, dansent, et mènent 3> eux-mêmes leur fille au lit: et it dans la seconde, ils sont au déses- » poir, ils la font raser, et ils la mettent » dans un couvent. Il faut avouer que bien plaisantes (a).» Ce à le merveilleux de l'afsiste dans l'effet rétroactif. Notre Ariosta avait été concubine, ses en- fans étaient bâtards; c'était une tache à son honneur, et à sa maison: mais tout cela fut effacé, lavé, anéanti, par les trois paroles du prêtre, ego conjungo uos. Le marquis de Ferrare, épousant cette maîtresse un peu avant que de partir de ce monde, la con- vertit en femme d'honneur, et donna la qualité de légitimes à des enfans qui étaient dûment chargés de la qualité contraire. Une semblable mé- tamorphose se voit tous les jours, et il y a eu des gens qui ont prétendu que les enfans mêmes, qui sont nés que Lippa Ariosta rendit plus dans un temps où les pères et mères d'honneur à sa famille, qui est ne pouvaient point se marier faute des plus nobles de Ferrare,...de dispense, doivent ^</e légitiniés par quelle ne lui en aidait ote (A), lement de Parisjugea contre cette pré- On trouvera quelques réflexions tention,ran i6i54(3). On demandera là-dessus dans la remarqueque je peul-êtrepourquoicemarquisn'envint joins à cet article. '* (a) Le Laboureur, Relation du Voyage de Pologne, part. III, pag. 17a.
(A) Elle rendit plus d' honneur h sa famille,...qu'elle ne lui en ai'ail ote.]
là que l'année de sa mort. Je pourrais (i^ Ci-dessu.^, dans Varlicle Ales, remarque (D), immédiate ment après la citation (1 1).
(7.) Bussi Rabutin, leUre CXXXri de U ly.'part., pag. 192, édition de Hollande.
(S) Voyez le Jourual det Saraos du i-i de jan- ARISTANDRE 317 téponclre qu'un concubinaire, qui se lui qui expliqua mieux que ne sent proche de sa fin, est beaucoup surent faire ses confrères le sonce plus disposé à tenir cette conduite, • ^, q épousé Olympias. Il lui sembla qu'il appliquait sur le ventre de la reine un cachet, oti la figure d'un lion était gravée. Les autres devins lui conseillèrent là-dessus de faire observer plus soigneuse- ment la conduite de sa femme (C); mais Aristandre soutint que ce songe signifiait que la reine était enceinte d'un fils qui au- rait le courage d'un lion [a). Elle était alors grosse d'Alexan- dre. Le roi Philippe s'était voulu mêler de l'explication de son songe, et n'y avait rien entenlispc que s'il espe'rait de vivre encore long temps. Les remords de la conscience excités d'eux-mêmes, ou par les dis- cours d'un casuiste, sont plus vifs <(uaiid on a peur de mourir: on fait donc moins de difRcultés de passer par une cérémonie fâcheuse qui les apaise. Ajoutez à cela, qu'un grand seigneur, sollicité au mariage par une maîtresse dont il jouit, peut s'imaginer qu'elle sera mille fois plus complaisante et plus fidèle pendant qu'elle se flatte de parvenir à la qualité de femme légi- time; et qu'y étant parvenue, elle ferait éclater sa fierté, sa mauvaise humeur, etc. On trouve donc à pro- pos de la tenir en haleine par une simple espérance; mais si l'on se voit d sans espoir de guenson, on renonce soit, il se trouve des personnes si se- ^u (D). (Quoique Aristandre s ap- vères, que la conduite de ce marquis pliquât beaucoup à l'intelligence de Ferrare, ni celle de ses imitateu ne leur plaît point: ils voudraient qu'une fille, ou qu'une femme, qui s'est déshonorée, et quia long-temps été en scandale à tout un pays, fût toute sa vie sous la flétrissure, et que l'exemple de sa réhabilitation ne pût point servir d'amorce à d'autres filles, et ne leur cachât pas, sous une sem- blable espérance, l'infamie du con- cubinage (4).
(4) Voyez ci-dessus, remarque (D) de l'aiticte Alis.
ARISTANDRE, fameux devin sous Alexandre-le-Grand, était d'une ville d'Asie, oii presque tout le monde naissait avec des dispositions à prophétiser (a). Il suivit Alexandre à la conquête de la Perse, et s'acquit un ascen- dant merveilleux sur l'esprit de ce monarque (A), par le bon succès de son art (É), Il avait déjà eu le même emploi à la cour du roi Philippe, et ce fut (a) Telmesse. Voyez son article. Plular- t(ue, Arriea, Lucien, Clément d'Alexandrie, el plusieurs autres, remarquent iju' Àristan- riic elail (le cette ville.
des songes, et qu'il soit l'un des auteurs qui eût écrit le plus doc- tement sur cette matière [h], il ne laissa pas d'exercer son art sur toutes sortes de prodiges. Si l'on vient annoncer qu'une statue d'Orphée a sué, il dit que cela présage que les poètes sueront un jour à chanter les victoires d'Alexandre (c). Si une hiron- delle vient importuner ce prin- ce, et se poser même sur sa tête, Aristandre dit que c'est un signe que l'on conspire contre le roi, mais que la conspiration sera découverte {d). Si, pendant qu'on se prépare au siège de Ty r, le sang qui sort du pain d'un sol- dat étonne le roi, Aristandre le rassure: il lui dit que, puisque le sang était sorti des parties in- térieures du pain, c'était un iii) Plutarehus', in Alexandr. init. va"-.
{b) Artemidor., lib. I, cap. XXXI IT, (<:) PlutarcU., in Alexandro, pag. 671.
{dj Arriau., lib. I, cap. FUL 3i8 AKlSTANDRE.
sicne funeste à la ville qu'on as- creJebatur ex uatihus (3). 11 est d'ailcontre, il interprète le présage edsuperstuione mentis (/t).Supersiitiod'un corbeau qui avait laissé nis potens non erai (5). 1\ est (ionc aihé tomber quelque chose sur la tète de conclure qu'Arlstandre avait beaud'Ai j t • „'^.„-+ „il-i couii de pouvoir sur lui. Ce prince, Alexandre, et puis s était aile ^J^^ ^ remarque Quinte-Curce, mettre sur une tour ou I on 1 a- j^j ^^^^^ y^^^é sa crédulité: Quipost Vait pris (f)- Les entrailles des Dmium fictum arinlos et tuâtes con- victimes étaient aussi du ressort suie redesie rat, mrsùs ad supersiitio- 1 1 1 - / \ -1 r neni kumanarum sentium ludibria dede ce grand devin (g-): il exph- ^„;„^„,^^,.j,j^„/r„;„cuicREDULiTATEM quait même les présages des ac- 5^^^^, addixerat, explorare et^eniunt re- lions des hommes (E). Il y a donc ruju sacrifidis jubet (6). C'était avec beaucoup d'apparence que c'est l"i qu'il s'enfermait lorsqu'il était ,,. i 1? j i j question de se rendre les dieux tavoa lui que Ion doit donner ce ^^^^^^ dans les grandes crises des af- livre tout rempli d'evenemens faires: c'était, clis-je, avec lui qu'il prodigieux, duquel Pline fait s'enfermait pour exccuterles plus mys- 1 P —,,., 7- térieuses et les plus ineffables cérémonies de la religion. C'est Plutarque qui nous l'apprend, lorsqu'il raconte les préparatifs de la bataille d'Arbelles: 'AA2Ça,v<rpoç é's, tÔûv McCKiSiti/ûiv dvctTrctuofAiVCDV, etÙTÛÇ TTfO Ttïç (TKMVMÇ //.iTOL Tût/ yt/.stVTîftjç 'Aptçâ.vS'fou (TiêTpifêv, npoupyiitç Tivà-Ç ÀTTopp^rouç lipoufiyavfMVOi, kcli too <S>oiCcti (r<fcLyia,i^ô/ui.ivai (7). Alexander quiescentibus Macedonibus cum i^ate Aristandro egit pro tabernaculo suo sa- cris quibusdani arcanis operans, atque ApoUini immolans. Quinte-Curce dit jnention (F). Mais pour les livres d'agriculture, dont Varron et Columelle ont parlé (/?), je les croirais facilement d'un autre Aristandre; vu même que Var- ron a donné le surnom d'Athé- nien à celui qui les a faits. Notre Aristandre survécut au roi son maître, et fut cause par ses re- montrances qu'on songea tout de bon à l'enterrer. Je ne sais qu'en cette occasion."Alexandre bien pas si cette particularité a été en peine fit venir auprès de lui Aris- 1 1 ' 1 ' +„„„„^»,o^ tandre, afin d'implorer le secours des touchée par quelqu autre que par ji^ux, et qu'Aristandre, enhabitde Ehen, qui en fait mention au cérémonie, lui dictait le formulaire dernier chapitre du XIF. livre de son Histoire diverse.
(e) Q. Curtius, lib. IV, cap. II, (f) Idem, ibid., cap. VI.
{g) Q. Curtius, lib. ru, cap. VII. Plu- tarchus-, in Alexandro, pag. 679.
(A) £e;[)èreHardouin dans son Index auc- tonim, prend pour le même Aristandre celui de Varron et Columelle, et celui de Pline.
(A) // s'acquit un ascendant mer- veilltux sur l'esprit d' Altxandre-le- Grand.'] Il est certain, d'un côté, qu'il n'y avait pas dans l'armée macédo- nienne aucun devin qui eût autant de réputation cld'autorité qu'Aristandre: Peritissimus vatum (i); cui maxima Jïdes habebatur (2) 5 cui lum plurimiim (i) Curlini, lib. /r, cap. II.
des prières: Alexander non alias ma- gis territus ad uota et preces Aristan- drum uocari jubet. llle in candidd i/este i^erbenas manu prœferens, ca- pite celato prœibat preces régi Jo- i'em, Mineri>am, f^ictoriamque pro- pitianti (8). On ne doit pas s'étonner que ce prince fît tant de cas de son devin; car il en retirait plus de ser- vice que d'aucun de ses généraux. Par son moyen, il remplissait d'espé- rance et de courage son armée; et c'étaient de grandes avances pour réussir dans ses entreprises. Voyez-moi cet Aristandre, qui, au plus fort de (3) Itlem, lih. V, cap. IV.
,4) I.tem, lih. IV. cap. VI.
(5) Idem, lib. VII, cap. VII (é) Idrm, lib. Vil, cap. VII.
(.7) Plutarch., m Aleiaiui., pag. G83.
(8) Quint. Curtius, lib. IV, cap. XII l- ARISTANDRE.
la bataille d'ArbelIes, habillé de blanc, et le laurier à la main, dit aux soldats qiTil voit une aigle sur la tête d'Alexandre, caution assurée de la victoire, et qu'ils peuvent la voir aussi bien que lui. Combien croyez- vous que cela servit à la victoire, sans qu'il iùt besoin que le soldat vît cela? II s'en fiait aux yeux du devin j et s'il ne voyait rien, il s'en prenait à sa ■vue, ou au peu de temps qu'il pouvait donner à chercher un tel objet au mi- lieu des airs: Plates Arlstander albd pesle indutus, et dextrd prœferens lau- reant, militibus in pugnam intentis auem nionstrafit, fiaud duhium t'ic- toriœ nuspicium. Ingens ergô alacritas ac fiducia paulo antè terrilos acccndit ad pugnam (9). Plutarque observe qu'Alexandre prétait la main à ses de- vins (10) j et que, de peur que l'évé- nement ne justifiât ceux qui sifilaient la promesse d'Aristandre, qu'avant la fin du mois on prendrait la ville de Tyr, il ordonna que le jour présent, qui était le dei-nier du mois, ue fftt compté à l'avenir que le 28. Il vou- lait donner du temps à son prophète, qui, néanmoins, ne s'était pas trop avancé^ car la ville fut emportée ce jour-là, si nous en croyons Plutarque, auteur fort suspect en ces matières. N'oublions point que personne ne faisait aussi bien que notre Aristandre le métier de consolateur auprès de son maître. 11 n'usait pas de beaucoup de rhétorique pour le tirer des chagrins les plus accablans. Un songe lui te- nait lieu de toutes choses. Alexandre, au désespoir d'avoir tué Clitus, se met hors d'haleine à force de gémir et de pleurer. On craint qu'il ue soit mort de douleur \ on enfonce la porte de sa chambre; il ne veut écouter per- sonne j mais, dès qu'Aristandre le fait souvenir d'un songe qui se rapportait à la mort de Clitus, et qu'il lui repré- sente que ce malheureux était prédes- tiné à cela depuis long-temps, voilà un prince qui se trouve tout consolé: (9) Idem, ub. ir, cap. xr.
\6Ùc xai (rt'^<ÇiXoTi^oy//t«VûC ( l'éaiiion de Francfort de 1620 porte o"y//^lAoTi//oi//xevov, ce qui ferait tout un autre sens) a.H TOIÇ ^aVT6i>^st3-(v, iX-iXilil. Cernens rex per- plexnm, favensque xeniper valiciniit i/etuU- i*ti(laccb., m Alexaudro, pag. 679.
Oii/i'.ce.pf/.îvciiv TouTa>v,iJ'(j'SiV t\<Stéiya.i[j i). At quùni vates Arlstander fisum illi quod de Clitof lierai et reprœsentatuiu et prodigium subjiceret, jamdudhrn hœc infalis fuisse, visas est animinn relaxare.
(B) Par le bon succès de son art. ] Ceux qui se mêlent de prédire l'avenir sont heureux lors([u'ils ser- vent un prince que la providence de Dieu destine à de grandes choses. Mille raisons humaines les portent à prédire toutes sortes de prospérités, vaille (jue vaille, et ils ont la joie de voir que l'événement justifie leur témérité. Aristandre fut dans ce cas. 11 s'embar- rassait dans l'avenir à tout hasard ^ et Alexandre, avec sa bonne fortune, le tirait d'affaire. Le devin avait bien raison d'aimer un tel conquérant j et celui-ci était excusable de se fier à un homme qui devinait si juste. Je m'é- tonnais autrefois qu'Alexandre fût su- perstitieux; et présentement, je m'é- tonnerais s'il ne l'avait pas été, et je m'étonne que sa déférence j)our les devins ait été interrompue dans le temps de sa plus haute prospérité (12). Il ne pouvait pas ignorer que son bon- heur n'allât mille fois plus loin que les lumières de sa prudence, et que les forces de son courage. Il fallait donc qu'il crût nécessairement qu'une vertu invisible et très-puissante pre- nait un soin tout particulier de ses affaires: il fallait donc, naturelle- ment parlant, qu'il fût toujours dis- posé à se ménager la faveur de cette puissance, par tous les expédions (]ue les devins lui suggéraient; les devins, dis-je, qu'il considérait comme les observateurs continuels du temps de la bonne ou de la mauvaise linmi-ur de la fortune, et comme les arbitres des moyens de plaire à cette déesse, et de l'apaiser. On trouverait moins étran- ge que certains princes méprisassent tous les conseils de ceux qui sont pré- posés à leurs dévotions; certains prin- ces, dis-je, qui ne réussissent dan» leurs entreprises qu'à proportion des moyens humains dont ils se servent Eour les rendre presque immanqua- les, et qui ont du dessous partout (11) Plntarcb., in Alexandre, pag. 69^. (la) l'ojez ci-dessus, citation (5), ce fui * été cite de Quiute-Curce.
ARISTANDRE.
où leur prudence n'a point pris toutes les mesures nécessaires. Ils sont les antipodes des grands conquérans ^ mais j'avoue qu'il reste toujours un sujet d'ëtonnement. Un grand esprit comme Alexandre pouvait-il se repré- senter Dieu sous l'idée que la super- stition en donne? Il avait des inter- valles lucides à l'égard de la super- stition, comme quand il renvoya bien loin l'un de ses devins, qui le venait de'tourner d'une attaque, pour la- quelle on préparait toutes choses: « Au milieu de ce prépara lif, lui dit- t) il, rien ne saurait être plus impor- M tun qu'un devin superstitieux: » « Si quis, inquit, arti tuce intentiini » et exta speclantem sic interpellet, 3) non duhitem quin incommodas ac mo- « lestas i>ideri tibi possit. » « Et ciirn ■» ille ita prorsiis fularum respondis- » set, Censesne, inquit, tantas res n non pecudum Jibras nnte oculos ha- )> benti, uUum esse majus inipedimen- ■» tum quant fatem supers! itione cap- 3> tum (i3)? » La confiance qu'il avait en sa fortune l'empêcha quelquefois de se soumettre à l'avis de son Aris- tandre. Il se sentait destiné à de gran- des choses, sentiment qui est lun des plus puissans ressorts delaprovidencej et là-dessus il releva le courage de ce devin: Rex jussuni conjidere Jelici- tati suce remisit. Stbi enim ad alla gloriam concedere Deos {i^).
Si quelqu'un trouve ces remarques trop longues, qu'il sache que j'ai eu mes raisons. J'ai voulu décharger d'autant un article où la matière n'é- tait que trop abondante (i 5). On lit plutôt quatre choses qu'une, encore que cette une soit plus courte que les quatre autres. C'est ce qui m'oblige à répandre deçà et delà bien des choses qui appartiennent naturellement y un seul sujet. Que ne faut-il pas faire pour s'accommoder à un siècle dégoûté?
(C) Il expliqua le songe de Philippe mieux que ses confrères qui lui con- seillèrent défaire obsen'er soigneuse- ment la conduite de sa femme. ] Leur raison était pour le moins aussi bonne que celle d'Aristandre j car voici son raisonnement: On ne cacheté point une boîte i^ide; il faut donc que la reine soit grosse, puisque le roi a son- (i3) Qumtus Curt., W. IX, cap. IT. (i4j Idem, lib. yil, cap. VII. 'i5) Celui rf'Alexaudrelc-Giand-.
gé qu'il lui cachetait le ventre (f6). Mais voici le raisonnement des autres devins: On ne cacheté pas une boîte, lorsqu'il n'y a nul danger que personne l'oui're: on ne la cacheté que lorsque l'on se défie de ceux qui en peuvent approcher; il faut donc que la boîte de la reine soit exposée au pillage, puisque le roi a songé qu ily apposait le sceau. Le lion gracié sur le cachet marque la nécessité d'une grande pré- caution: cela fait foir que la place est assiégée, et qu'elle songe a se rendre; et qu'à moins que l'on n'y enuoye une forte et courageuse garnison les as- siégeansy seront bientôt entrés. Cicé- ron, pour se moquer des interprètes des songes, allègue l'explication dif- férente qu'ils donnèrent dans un cas qui ressemblait fort à celui-ci: Parère quœdani matrona cupiens, dubitans essetne prœgnans, visa est in quiète obsignatam habere naturam: ad con- jectorem retulit. JVegavit eam, quo- niam ohsignata fuisset, concipere po- tuisse. At alter prœgnantem essedixit, nam inane obsignaii nihil solere. Quœ est ars conjectoris, eludentis ingenio (17)? Mais, dira-t-on, Aristandre ren- contra mieux; il raisonnadonc mieux. Je nie la conséquence: on peut être plus heureux en conjectures, sans être pour cela plus habile j et puis, ne pouvaient-ils pas avoir raison les uns et les autres? la grossessse et la chas- teté se suivent-elles? Olympias pou- vait ressembler un peu à Julie qui di- sait: Nunquhm nisi navi plend tollo vectorem {18}. Nous allons voir une autre explication de ce même songe. (D) Le roi Philippe s'était voulu mêler de l'explication de son songe, et n'y avait rien entendu. ] Ce n'est point Plutarque, ou quelque autre au- teur païen qui nous l'apprund: c'est un père de l'église. Je m'en vais rap- porter tout ce qu'il dit là-dessus 5 car on y apprend plusieurs choses: Phi- lippus Jktacedo, nondùmpater, Olym- piadis uxoris naturam obsigndsse vide- rat annula, Léo erat signum: credi- derat prœclusam genituram, opinor, quia leo semel pnterest. Aristodemus, vel ytrislophoti, conjecians inimo nihil vacuum obsignari, fitium et quidein maxinii impetus portendi, uilexan- (17) C'.iccr., de Divinat., Ub. II, cap. LXX, (iSj IVlacrob. iiaturnaliuiii Ub. \ll, cap. V, ARISTARQUE.
dmm qui sciunt leonem. annuli cog- noscunt (19). Il paraît de là, \°. Que le cachet applique' en songe aux par- ties naturelles d'Olympias, faisait croire à son mari qu'elle n'aurait point d'enfans. Il y avait quelque vraisem- blance dans cette pensée, et l'on pour- rait presque soupçonner que Philippe était un de ces païens d'Europe qui avaient lu, dit-on, la Sainte Ecriture: on pourrait, dis-ie, le soupçonner, si les ieules idées du sens commun ne conduisaient assez naturellement à la conjecture de ce prince j mais il est sûr que la parole de Dieu représente sous cette idée la stérilité des femmes. Si la clôture de la matrice y repré- sente la punition que Dieu exerçait par la voie de la stérilité (20), l'ou- verture y représente la bénédiction par laquelle il faisait cesser ce mal (21). 1°. En second lieu, il paraît que Tertullien ne fit,nulle réflexion sur cette idée que l'Ecriture foui-nit, et que l'on peut avoir naturellement. 11 ne s'arrêta qu'au lion qui était gravé sur le cachet: il crut que Philippe fonda toute sa conjecture sur ce lion. Tertullien suppose faux en cet endroit, et conclut mal. Il est faux que le lion ne soit père qu'une fois (22) ^ et d'ail- leurs un homme qui croirait cela ne serait-il pas ridicule d'en augurer qu'il n'aurait jamais d'enfans? il de- vrait pour le moins en conclure qu'il en aurait un. 3". Il paraît, en troisiè- me lieu, que Tertullien avait oublié le nom du devin qui rencontra le mieux de tous: il ne sait s'il doit le nommer Aristophon ou Aristodème. Il n'avait retenu que les deux premiè- res syllabes du nom, et il ne put sup- pléer juste les autres: en un mot, le nom d'Aristandre ne lui revint pas en mémoire. 4°- E" quatrième lien, nous voyons qu'il était fort satisfait de l'explication du songe: c'est un de ceux qu'il allègue pour prouver l'ex- cellence de notre âme. Finissons ceci, en disant que peut-être le roi Philippe disputa long- temps contre ses devins pour l'explication qu'il donnait au songe; et qu'Aristandre lui dit peut- (19) TertuUian., de ÂDÏmâ, cap. XL VI.
(21) ha même, chap. XXX, vs. 22. Voyet, aussi chap. XXIX, vs. 3i.
(22) Voyez les Notes de Rigaiit sut cet endroit as Tertullien.
TOME U.
être ce qu'un mucisien dit un jour à ce même prince en pareil cas: A Dieu ne plaise que uotie majesté soit jamais assez malheureuse pour enten- dre ces choses mieux que moi: M.» yhoiTâ (TOI olifceç, m ficta-i\tU, KOLKaç, i'v«t îjuoû Ttnura. /SsAtiov tij^ç (23)..Ab- sit, 6 Rex, ut eô tu infortunii deuol- uare, ut harum rerum scientid me fias prior.
(E) // expliquait les présages des actions des hommes. ] Par exemple, il prédit que Lysimachus, garde du corps d'Alexandre, parviendrait à la royauté, mais que ce ne serait pas sans beaucoup de peines (24). Sa rai- son était que Lysimachus, ne pouvant plus suivre à pied Alexandre monté sur un bon cheval, se prit à la queue de ce cheval, afin de ne quitter pas son maître. Il fut blessé par hasard au front: et comme Alexaiidre, dont la lance avait fait ce coup, eut la bonté de se servir de son diadème, faute de linge, pour bander cette blessure, il arriva que ce diadème fut teint de sang. Voilà sur quoi fut fondée la pré- diction d'Aristandre.
(F) Il y a apparence qu'il est l'au- teur d'un liire rempli d'éfénemens prodigieux, duquel Pline fait men- tion.^ Voici ses paroles: Prodigio au- tem fiunt ex dulcihus acerba poma, aut dulcia ex acerbis: è caprijfîco Ji- ci, aut contra: gravi ostento ciim in détériora mutantur ex oleâ in oleas- trum, ex candidd uvâ etjico in ni- gras: ut Laodiceœ, Xerxis adi^entu platano in oleam mutatd: qualibus oslentis Aristandri apud Grœcos uolu- men scatet, ne in irtfînitum habeamus: apud nos uero C. Epidii Commenta- rii, in quibus arbores locutce quoque reperiuntur (25). Conférez avec ceci le passage de Cicéron touchant les habi- tans de Telmesse, rapporté dans l'ar- ticle de cette ville (26), et admirez la facilité incroyable des anciens païens à multiplier les prodiges.
(23) Plutarchus, de Discrim. Adnlat. et Amici, pag. 67.
(24) Appianus, in Syriacis.
(25) Plin., U. XVII, cap. XXV.
(26) Remarque (^C)- ARISTARQUE, philosophe grec, natif de Samos, est un des premiers qui ont soutenu que la 21 322 ARISTARQUE.
terre tourne sur son centre, et statquominùslempus mente concipiant.
Plutarque, voulant ëclaircir une pen- sée de Platon, et se demandant si ce philosophe n'aurait point cru la mo- bilité de la terre, ajoute que cette opi- nion a été ensuite celle d'Aristarque et celle de Séleucus, et qu'Aristarque la débitait comme une hypothèse, et Séleucus comme un dogme positif: 'flç UÇ-ipOt 'AfilçctpX.'^ç HCtl lÎMUKClÇ ÀTTié'iÎKVuira.V 0 fjih, ÔTro'riBî/xivoç /uôvov; a (Ts lixiUKOi, jtsti ttwo<ç*ivé//«voç (2). Ut postniodo jiristarehus et Séleucus os- tenderunt. Sanè hoc Me ità ut suppo- neret tantiim, hic etiani pronuntians. C'est nous insinuer qu'Aristarque était regardé comme l'inventeur de ce senti- ment. Archiméde nous l'insinue avec qu'elle décrit tous les ans un cercle autour du soleil (A). Il inventa l'une des espèces d'hor- loge solaire (a). On n'est pas bien d'accord sur le temps oii il a vécu: on sait seulement avec certitude qu'il n'est point né de- Îuis la mort d' Archiméde (B). 1 ne nous reste de ses ouvrages que le Traité de la grandeur et de la distance du soleil et de la lune, traduit en latin, et com- menté par Frideric Commandin, ^ à,7rKcLv» Tœv ôiç-fcev, koj tov àixnjv /ulÎvhv est, Friderico Commandino in terlis le publia en grec, avec la version latine de Commandin, l'an 1688, et il l'a inséré au IIF. tome de ses œuvres mathé- matiques, imprimées à Oxford, l'an 1699. Le Système du Mon- de, qui a paru sous son nom, est un ouvrage de Roberval (b).