SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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que la santé ne soit pas plus souhai- table que la maladie? Ut Arislonis esset explosa senlenlia dicentis, nihil dijlferre aliud ab alio, nec esse res uL- las pnvler virtutes et f'itia, tnter quas quicquani omnino interesset, sic errare Zenonem, qui nulld in re nisi in vir- tute aiit i'itio prnpensionem, ne miniini guident inomenti ad summum bonum adipiscendum esse diceret. El quitm ad bcatani vitam nullum niomentum ea res haberet, ad appetitionem au- tem rerum, esse in his monienta dice- ret; quasi uerb hœc appelitio non ad sumnii boni adeplionem pertineret ^2a). Se faut-il étonner que cette secte n'ait guère duré, puisqu'Ariston même se relâclia dans l'âge le plus favorable à ses maximes? 11 devint ami des plai- sirs dans sa vieillesse (23), lorsqu'il lui eût ëte' plus séant d'être rigide et de fer, prcefractus etferreus.

(F) Il disait une chose, qui peut rendre moins odieuse la doctrine d'A- riitippe qu'elle ne l'est ordinaire- ment. ] 11 disait qu'un philosophe pouvait nuire à des auditeurs qui dou- uaieut un mauvais sens à ses paroles; que, par exemple, ceux d'Aristippe pouvaient devenir dissolus. N'est-ce pas déclarer que la doctrine de ce philosophe ne produisait cet effet, que lorsqu'elle était mal entendue? Aristo Chius dicere solebat, nocere audienlibus philosophos iis qui bcnè dicta malè interpretartntur; passe enim asolos ex lAristippi, acerbns è Zenonis Scholâ exire {i^). Il auraitdû ajouter que tout docteur est donc obligé de s'abstenir d'une maxime ambiguë, ou de prévenir les fausses gloses.

(G) On lui donnait des oui'rages, qui étaient ^'Ariston de Céa philoso- phe péripatéticien. ] Diogène Laè'rce, ayant rapporté le titre de plusieurs ouvrages de notre Arlston, ajoute que Panaetius et Sosicrate les don~ liaient tous hormis un au péripatéti- cien Ariston (aS). 11 ne dit pas que ce péripatéticien fût natif de l'île de Céa j mais je conjecture qu'il lui faut don- ner cette patrie, parce qu'on ne peut entendre cela d' Ariston l'Alexandrin, (22) CIcero, Ub. IV ie Finib., cap. XVII.

(24) Cicero, de Naturâ Deorom, ^16. ///, £ap^ XXXI.

(25; DIogen. Laërt., Ub. Fil, mm. i63.

a vécu sous Auguste, et duquel par conséquent Pana;tius n'a pu rien dire; car on peut prouver qu'en l'année 65o de Rome il ne vivait plus ('iôj. M. Moréri s'est donc trompé quand il a dit qu' Ariston d'Alexandrie est celui à qui plusieurs attribuent quel- ques traités d'Ariston de Chio. Celui- ci fit un ouvrage de Senectute, dont Diogène Laérce n'a point parlé: peut- é!re n'élait-il qu'une portion de quel- que autre livre. Hune librum de li'e- nectnle ad te misimus; omnem autem sermonem tribuimus non Tiihono ut jirislo Chius, pariim enim esset auc- toritatis in fabula, sed M. Caloni se- ni, qub majorem auctorUatem haberet oratio (17). Aldobrandin cite ce pas- sage de Cicérou, comme s'il fallait lire Aristo Ceus (28), mais les meil- leures éditions portent ^/"tito Chius. Il a donc tort de prétendre qu'Ariston de Céa, philosophe péripatéticien, est l'auteur du livre de Senectute. 11 est mieux fondé à lui ajjpliquer cet endroit de Cicéron: Hujus ( Strato- nis ) Lysias et oratione locuples, rébus ipsis jejnnior. Concinnus deindè et elegans hujus Aristo: sed ea, quce desideratur à magnn philosopha, gra- vitas in eo non fuit. Scripta sanè et muUa et polita, sed ncscio quo pacta autoritatem oratio non habet{iQ).Ce\d ne se peut entendre que d'un Aristoa philosophe péripatéticien: c'est pour- 3uoi l'on peut reprendre M. Ménage 'avoir cru que ces paroles latines concernent notre Ariston (3o).

(H) f^aici quelques méprises de f^ossius. ] 11 dit qu'Ariston d'Alexan- drie, philosophe péripatéticien, au temps d'Auguste, est l'auteur d'un Traité du Nil (3i). Sa raison est que Straboa observe qu'il avait vu de son temps deux livres tou- chant ce fleuve, l'un composé par Eudore, et l'autre par Aristou le pé- (26) Voyez JoDsiiis, de Scriptor. Hist. Philos., (27) Cicer. de Senect., cap. I.

(28) Aldobrand., in Diogen. Laërtium, 2(i.

(29) Cicer., de Finib., Ub. V, cap. V.

(30) Menag., in Diogen. Laërt., lib. Vil, num. i63. On approuve ceUe Note de M. Mé- nage dans le Commentaire sur Cicéron de Se- nectute, editionis Grceviaitee.

C3i) Vossius, de Hist. Grscis, Ub. Il, cap.

ARTS ripatélicien (Sa). Mais, continue Vos- siijs, y ayant eu deux Prisions de la secte péripatéticienne, l'un d'Alexan- drie, l'autre de l'île de Céa, pourquoi soutiens-je que celui d'Alexandrie a composé le Traité du Nil? C'est parce au' il est plus probable qu'un Egyptien a écrit de cette riuière, qu'il n'est,pro- bable qu'un insulaire de la mer Egée l'ait fait. 11 détruit tout aussitôt cette raison; car il avoue qu'il est vrai- semblable qii'Ariston de Chios, ou Su'Ariston de Ce'a, ont fait un livre u Nil, puisque le scoliaste d'Apol- lonius rapporte le sentiment d'Ariston de Chios sur l'origine de ce fleuve (33). Il aura confondu Chius et Cewi, ajoute Vossius. Voilà donc un défaut d'exac- titude dans le raisonnement; mais de plus, on peut censurer ce savant homme de n'avoir pas su la vraie rai- son pourquoi le Traité du Nil allégué par Strabon doit être plutôt donné à Ariston l'Alexandrin, qu'à Ariston de rîle de Céa. C'est que Strabon parle d'un livre publié de son temps. Or, Ariston de Céa fleurit long -temps avant Strabon, comme Vossius lui- même le reconnaît j car il rapporte après Diogène Laèrce, que Pansetius et Sosicrate (3^) ont attribué à cet Ariston presque tous les livres qui étaient attribués à Ariston le stoïcien. Llovd et Hofman ont copié mot à mot tout ce long passage de Vossius, et n'ont pas même oublié de mettre So- crate au lieu de Sosicrate.

(32) Strabo, lib. XFII, pag. 544- (33) Schol. ApoUonii, in IV Argonaut.

(34) Il y a Socrates dans Vossius.

ARISTON (Titus), juriscon- sulte romain, sous l'empire de Trajan, était un si honnête homme, et un si savant person- nage, qu'il méritait de n'être pas oublié dans le Moréri. Il en- tendait parfaitement le droit pu- blic et le droit civil, l'histoire, les antiquités (A). S'il ne répon- dait pas promplement aux ques- tions qui lui étaient faites, c'é- tait à cause que par la force de son jugement il remontait jus - qu'aux sources des raisons du TON.

TON.

pour et du contre, afin de les comparer ensemble. Un homme, d'ailleurs, ennemi du luxe, et sans aucun faste, et qui cher- chait la récompense d'une belle action dans l'action même, et non pas dans les apjolaudissemens de la multitude (a). Il ne faisait point profession d'être philoso- phe (B); mais aucun de ceux qui en faisaient profession ne le sur- passait dans la pratique de la vertu. Il fit paraître une fermeté d'esprit incomparable pendant une longue maladie (C), et il pria enfin ses amis de demander aux médecins s'il en pouvait ré- chapper, et leur déclara, qu'en cas qu'on la jugeât incurable, il se donnerait la mort; mais que, s'il en pouvait être quitte pour souffrir long-temps, il se résou- drait à vivre, et accorderait cela aux prières de sa femme, et aux larmes de sa fille, et au désir de ceux à qui il parlait {b). Pline le jeune, l'un d'eux, fait sur cela une bonne réflexion (D), et il exprime admirablement la ten- dresse de son amitié (E). Les mé- decins donnèrent d'assez bonnes espérances (c). Quelques-uns as- surent qu' Ariston parvint à une extrême vieillesse (F), mais la preuve qu'ils en apportent est très-infirme. II fut auteur de quelques livres (G).

(a) Voyez In preuve de tout ceci dans la remarque (A).

{b) Plinius, Epist. XKII, lib. 1, pag. ô";. (cj Idem, ibid.

(A) H entendait parfaitement le droit,.. l'histoire, les antiquités. ] Ce que Pline dit sur cela, et sur la vertu d'Ariston, est si beau, que je n'en veux retrancher aucune parole. iVJ/ti/e.«ti^/o (Tito Aristone), dit-il (i), (i) Plioius, Epist. XXII, lib. I, pag.

ARÏSTON.

grwius, sanctius, àoctius: ut mi- la fièvre, et différait à faire cesser hi non iinus honto, sed litLerœ ipsœ l'ardeur de sa soif. MirarerU, si inleromntsque bonœ artes in uno homine esses, t/ud palientid hanc ipsam walcsurmnum periculum adiré uideantur. luJinem tolerei, tu dolori résistât, ut Quant peiilus aie et prii^ali jiiris et inciedibileni febrilem ardorem imntopublici (2).' quanlùm rerum! quanlàrn tus operlusque transtniltat (5).

exemplorum! quantum antiquUatis te net! I\'ihil est, quod discere l'elis, quod ille docere non possil. Mihi certè quoties aliquid abditum quœro, ille thésaurus est. Jatn quanta sermonibus ejus fides! quanta authorilas! qiiàiu pressa et décora cunclatio! quid est quod non statïm sciât? et tamen ple- rumquè hœsital. Dubitat dii'ersitate rationum: quas acri niagnoque judicio ab origine causisque priniis repetit, discernit, expendit. Ad hoc quant parcus in l'iota! quant modicus in cultu! Soleo ipsum cubiculum ejus ipsumque lectum, ut iniaginem quam- dam priscœ frugalitatis, aspicere. Ornât hœc mag/iittido aninii, quœ nihil ad ostentationeni, oninia ad conscientiam refert: rectèque facti, (D) Pline...fait sur sa grandeur d'dme une bonne réflexion. ] « C'est » une cliose commuue, dit-iL, que de )) courir à la mort par impétuosité i> d'esprit; mais il n'y a qu'une {:;ra!ule )) âme qui, ayant délibéré s'il faut » vivre ou s'il faut mourir, pèseexac- » temeut les motifs de part et d'à u- )) tre, et se détermine, par le poids » de la raison, ou à mourir, ou à )) vivre. » Id ego arduum in prirnis, et prœcipud laude dignum puto. JYam. impelu quodam, et instinclu procur- rere ad inorlem, commune cum ntuttis: deliberare t^ero, et caussas ejus e.t pen- dere, utque suaserit ratio, l'itœ nior- tisque consiliunisuscipere, uel ponere ingentis est aninii (6).

(E) Pline exprime admirablement non ex populi sermone mercedem, sed la tendresse de son amitié pour Aris ex facto petit. ton. ] 11 souhaitait passionnément (B) H ne faisait point profession d'aller jouir de quelque repos dans sa d'être philosophe. ] Sa philosophie maison de campagne, et d'y étudier était pratique en deux manières 5 car ^^?° ^'^^ '1 ™^^^ ^^ ^^ privait de ce ;-t;s mœurs étaient semblables à celles d'un vrai philosophe, et il ne passait point sa vie dans l'ombre d'un cabi- net ou d'un collège, mais dans les fonctions du barreau. Écoutons Pline. In summd, non facile quis quemquam ex istis qui sapientiœ studium habita corporis prœferunt, liuic l'iro conipa- rdrii. Non quidem gyrnnusia sectatur, aut porticus, nec disputalionibus lon- gis aliorum otium, suumque de/ectat, sed in togâ, negotiisque i/crsatur: niultos adi'ocaiione, plures consilio jiwat. JVemini tamen istorum castilate, pietate, justitid, fortitudine, etiam primo loco cessent (3).

plaisir, jpour ne pas quitter Ariston malade depuis long-temps, et il souf- frait mille inquiétudes à la vue de cet objet: cela lui ôtait le temps et l'en- vie de vaquer à ses études. Laissons-le parler lui-même: Diiijam in urbehœ- reo, et quidem altonitus. Perturbât me longa et pertinax valeludo Tui Aristonis quem singulariter et miror et diligo (7). C'est le commencement de sa lettre. « Les médecins, dit-il » dans la suite, nous promettent sa » guérison. Dieu veuille ratifier leurs » promesses, et me délivrer enfin de » cette inquiétude! » Et medici qui ■ dtm secunda nobis pollicentur. Su- {C) Il fit paraître une fermeté d' es- P*"""' ' ^^ prooussis Dcus adnuat, prit incomparable pendant une longue ^"i'^^'f^^ni^^^^eliacsolicitudineexoli'at. maladie (4). ] Il demeurait immobile.V'"^ ''^«,':f "' ' Laurenttnum meum, et bien couvert dans le plus chaud de ''"'^ "''■ ^'^''"«•^ ^' pugillarcs, studiosumque otiuni repetam. JVunc enim ('î'i Joignez à cela ces paroles de la Lettre XIV du riH'.livre, laquelle Pline e'crh'U a Arislon: Cuiii sis peritissimiis et priva ti jiiris et public!...peto ut medearis.scientiâ tiiâ, cui su- perfuit cura; sic jura pubiica ut privata, sic an- tiqua ut recentia, sic tara ut assidua tractare (3) Plinius, Episl. XXII, Ub. /, pn» nihil légère, nihil scribere, aut assi- denti i'ucal, aut anxio libet. flabes quid timeam, quid optent, quid etinm in poslerum destinem (8). Je rapporte (5) Plinius, Epist. XXn, Ub. I, pas. G: (C) hUm, ibid. (-) riem, ibid. (8J Idem, ibid.

tout ce passage, tant pour l'honneur tVAriston, que pour celui de Pline le jeune; car on y voit le caractère d'un bon cœur, et une preuve que la vertu a toujours trouvé des retiaites dans les villes les plus corrompues par une longue prospérité suivie des longues fureurs des guerres civiles et du gou ARISTOTE, ARISTOTE, nommé ordinai- rement le prmte des philosophes, ou le philosophe par excellence, a été le fondateur d'une secle qui a surpassé, et qui enfin a englouti toutes les autres (a). Ce vernement des tyrans. C'est ce qu'on " ^^t pas quelle n ait eu ses lepouvait dire de Rome dans ce siè- vers et ses infortunes, et qu en delà. ce siècle XVII surtout, on ne mais la preuve qu'ils en donnent est ^ais les theo Ogiens catholiques très-infirme.'] Cette preuve est tirée d un cote, et les théologiens pro- de ce qu'Ariston avait assisté à des plaidoyers de Cassius, c'est-à-dire de Caius Cassius Longinus, qui fut consul sous l'empire de Tibère. Or oncornpte soixante ans entre Tibère et Trajan, et l'on sait qu'Ariston fut consulté par Trajan sur une affaire de droit. Yoilà le raisonnement de Bertrand (9). On le réfute par la raison que Cassuis a vécu jusqu'à l'empire de Vespa- sien(io), et qu'entre le commen- cement de cet empire et celui de Trajan, il n'y a qu'environ vingt- huit années (11).

(G) // fut l'auteur de quelques li- fres.] Les Pandectes en font mention, et vous en verrez les titres dans les deux auteurs que je cite (12). Voyez testans de l'autre, ont couru comme au feu à son secours, et se sont tellement fortifiés du bras séculier contre les nouveaux philosophes, qu'il n'y a point d'apparence qu'elle perde de long- temps sa domination. M. Moréri trouva tant de beaux matériaux dans un ouvrage du père Rapin (c), qu'il donna un fort long ar- ticle d'Aristote, et fort capable de me dispenser de mettre la main à cette matière. Aussi n'ai-je pas dessein de m'y étendre aussiAulu-Gene,qui avait lu dans un autant quelle le pourrait souf- ouvrage d'Ariston, que toutes sortes de frir, et je me contenterai même vols étaient permises dans l'ancienne de ne produire dans les remar- t^y^Xeldetiammeminilegere me in qu'une partie des erreurs libro Aristonis mreconsulli iiaudqua- ^.,\.\ quam indocti \^in, apud ueteres que 3 ai recueillies concernant ce JEgyptios, quod genus hominum philosophe. Je pense en avoir constat et in artibus reperiendis sol- trouvé quelques-unes dans la narration du père Rapin (A). Ce n'est pas un fait certain qu'Aris- tote ait exercé la pharmacie dans Athènes, pendant qu'il était dis- ciple de Platon {d); mais on n'est pas non plus certain qu'il ne l'y ait pas exercée. On doit (a) Arisloteles more Oltomanorum regnare se havd Uilo passe pulabal, nisifratres stios omnes conirnciddssel. Bacon, de Augment. Scientiai'., lib. Ill, cap. IV.

(b) y oyez le livre de M. de Launoi, d» Varia Arislolelis Forlunâ.

(c) La Comparaison de Platon et d'Aris- tote.

(d) Voyez la remarque (A), mim. Z.

lertes exstilisse, et in cognitione rerum indagandd sagaces, furta om- nia fuisse licita et irnpunitn (i3). Ber- trand conjecture que c'était un traité du larcin, puisqu'AuluGelle le cite au singulier, lui qui savait qu'Ariston était auteur de beaucoup de livres (i 4)- (9) Vid. Bertrand, in Vitis Jurisperjtoriim, (10) Poraponius l'assure. Vide Guillelin. Grotlum in Vitis Jurisconsultor., lib. Il, cap. III, pag. J23.

(iij GuUielm. Grotii Vit» Jurisconsultorum, (12) Berlrand, et Guillaume Grotius.

(i;<) Aulus Gcllius, Ub. XI, cap. XVIII, pag. Ï02.

(i/j) Bertrand, de Vitis Jurisconsultorum, png. içiq.

ARISTOTE.

ajouter très-peu de foi à la tra- homme, dans sa Morale il u dition qui court, qu'il apprit parlé en dieu {f); et qu'il r a beaucoup de choses d'un Juif, et sujet de douter si dans ses Mo- encore moins au conte de sa raies il tient plus du juriscon- prétendue conversion au judaïs- suite que du pré ire, plus du me (B). Ceux qui prétendent prêtre que du prophète, plus du qu'il était juif lui-même se prophète que de Dieu {g) > Se rsio- trompent beaucoup plus grossie- porterai dans les remarques quel rement (C). La mauvaise ponc- tuation d'un passage a été cause de leur bévue (e). On s'est trom- pé, quand on a dit qu'il avait été disciple de Socrate trois an- nées consécutives (D); car lors- qu'il naquit, il y avait douze ou quinze ans que Socrate n'était plus au monde. On parle diver- sement de la conduite d'Aristote envers Platon son maître (E): les uns veulent que, par une va- nité et une ingratitude prodi- gieuse, il ait élevé autel contre autel, il ait dressé une école dans Athènes, pendant la vie de Platon, afin de lui causer du chagrin; d'autres diseut qu'il ne s'érigea en professeur qu'après la mort de son maître. On débita des choses désavantageuses tou- chant ses amours (Fj: on pré- tendit qu'il y eut de l'idolâtrie dans sa passion conjugale, et que s'il ne se fût retiré d'Athènes, le procès d'irréligion que les prê- tres lui avaient fait (G) aurait pu avoir les mêmes suites que ce- lui de Socrate. Quoiqu'on ait pu lui donner très-justement des éloges magnifiques, il est certain que la plupart des mensonges ou des erreurs qui le concernent doivent être cherchés dans les louanges dont on l'a comblé; car, par exemple, n'est-ce pas mentir que de dire, que si dans sa Phjsique Aristote a parlé en (e) Voyez la remarque (C). TOME II.

ques éloges encore plus forts que ceux-là (H). Le cardinal Pallavi- cin ne fait point difficulté d'a- vouer en quelque façon que, sans Aristote, l'église aurait manqué de quelques-uns de ses articles de foi (1). Les chrétiens ne sont pas les seuls qui aient autorisé sa philosophie: les ma- hométans ne s'en sont guère moins entêtés [K); et l'on débite, qu'encore aujourd'hui, malgré l'ignorance qu'ils laissent régner parmi eux, ils ont des écoles pour cette secte (K). Ce sera un sujet éternel d'étonnement pour les personnes qui savent bien ce que c'est que philosophie, que de voir que l'autorité d'Aristote a été tellement respectée dans les écoles pendant quelques siècles, que lorsqu'un disputant citait un passage de ce philosophe, celui qui soutenait la thèse n'osait point dire, transeat; il fallait qu'il niât le passage, ou qu'il l'expliquât à sa manière (L). C'est ainsi qu'on en use dans les écoles de théologie, à l'égard de l'Écriture Sainte. Les parlemens, qui ont proscrit toute autre phi- losophie que celle d'Aristote {i), if) Le père ParJies dans la Lettre d'un pbilosopbe à un cartésien, dit que c'est le sentiment d'un bel-esprif, et il cite en marge Cornel. à Lapide, praefal. in Eccles.

(g-) C'est le sentiment d'un autre hel-esprit, selon le père Pardies, là même- (h) Voyez le père I^apin, Compar. de Platon et d'Aristote, pag. ^oS.

peuvent être mieux excusés que les vérités de la religion. Campa- les docteurs; car soit que les nella soutint la même chose dans membres des parlemens fussent son livre de Reductione ad Reli- persuadés, comme il y a beau- g•^■(;/^em qui fut approuvé à Rome, coup d'apparence, que cette phi- l'an i63o. On a soutenu en Hol- losophie était la meilleure de lande, depuis peu, dans la pré- toutes, soit qu'ils ne le crussent face de quelques livres, que la pas, le bien public a pu les por- doctrine de ce philosophe ne dif- ter à proscrire les nouveaux dog- fère pas beaucoup du spinozisme mes, de peur que les divisions {k). Cependant, si l'on en veut académiques ne répandissent croire quelques péripatéticiens, leurs malignes influences sur la il n'ignorait pas le mystère de la tranquillité de l'état. Ce qui doit Trinité (P), il fit une belle mort, donc étonner le plus les hommes (Q), et il jouit de la félicité éter- sages, c'est que les professeurs se nelle (R). Il composa un très- soient si furieusement entêtés grand nombre de livres, dont des hypothèses philosophiques une assez bonne partie est parve- d'Aristote. Si l'on avait eu cette nue jusqu'à nous. Il est vrai que prévention pour sa Poétique et certains critiques forment mille pour sa Rhétorique, il y aurait doutes sur cela. Nous parlons des moins de sujet de s'étonner; mais on s'est entêté du plus fai- ble de ses ouvrages, je veux dire de sa Logique et de sa Physique (M). Il faut rendre cette justice à ses plus aveugles sectateurs, qu'ils l'ont abandonné dans les choses où il a choqué le christia- nisme (N). Ces choses sont de la dernière conséquence, puisqu'il a soutenu l'éternité de l'univers, et qu'il n'a point cru que la pro* vidence s'étendit sur les êtres sublunaires. Pour l'immortalité de l'âme, on ne sait pas bien s'il l'a reconnue (0). Nous rapporte- rons en quelque autre lieu les longues disputes qui ont régné dans l'Italie sur ce point de fait. Le célèbre capucin Valérien aventures de ces livres dans les remarques sur l'article Tyran- NioN (/). Il fut extrêmement ho- noré dans sa patrie (S); et il y a eu des hérétiques qui vénéraient son image conjointement avec celle de Jésus-Christ. Je n'ai point trouvé que les antino- ïmens portassent plus de respect à ce sage païen, quà la sagesse incréée (T), ni que les aëliens aient été excommuniés, parce qu'ils donnaient à leurs disciples les Catégories d'Aristote pour catéchisme {m); mais j'ai bien lu quelque part, qu'avant la ré- formation, il y a eu des églises en Allemagne, oii l'on lisait au peuple tous les dimanches la Morale d'Aristote, au lieu de Magni publia un ouvrage de l'a- l'Évangile (V). Il n'y a guère de théisme d'Aristote, l'an 1647- Il y avait alors cent trente ans que Marc-Antoine Vénérius avait publié une Philosophie qui montre plusieurs contrariétés entre les dogmes d'Aristote et {k) Hassel, dans la préface de /'Anti- Spiooza, de Willichius, imprimé fan 1690, et dans la préface de /'Jnvestigatio Epistolne ad Hebraeos du même, imprimée l'an 1691.

(/) Voyez ci-dessus les remarques (B) (C) et (D) de l'article AndroNICUS.

{m) Rapin, Gompar. de Platon et d'Aris- tote, pajj. 392.

AIIISTOTE. 355 marques de zèle pour la religion, maladie dont il mourut (Z). que l'on n'ait données pour le Quelques-uns disent que s'étant péripatétisme. Paul de Foix, ce- réfugié dans l'ile d'Eubœe à lèbre par ses ambassades et par cause d'un procès d'irréligion son érudition, ne voulut pas qu'on lui faisait à Athènes il voir à Ferrare François Patrice, s'empoisonna {q). Mais il n'avait parce qu'il apprit que ce savant que faire de sortir de cette ville homme enseignait une autre pour se délivrer de la persécu- philosophie que la péripatéti- tien par cette voie. Hésychius cienne (n). Celait pratiquer en- vers les ennemis d'Aristote ce que les zélateurs veulent qu'on fasse à l'égard des hérétiques. Après tout, il ne faut pas s'éton- ner que le péripatétisme, tel qu'on l'enseigne depuis plusieurs siècles, trouve tant de pi-otec- teurs (X), et qu'on en croie les intérêts inséparables de ceux de la théologie {o); car il accoutume l'esprit à acquiescer sans évi- dence. Cette réunion d'intérêts doit être aux péripatéticiens un gage de l'immortalité de leur assure, non -seulement qu'il y eut arrêt de mort contre lui, à cause d'un hymne qu'il avait fait en l'honneur de son beau- père, mais aussi, qu'il avala de l'aconit en exécution de l'arrêt (r). Si la chose était véritable, elle serait rapportée par plus d'auteurs. Voyez les remarques (G)et(Z).

Le nombre des écrivains an- ciens et modernes qui ont tra- vaillé sur Aristote, soit pour le commenter, soit pour le tradui- re, est infini. On en trouve une secte, et aux nouveaux philoso- liste, mais qui n'est pas com- phes un sujet de diminuer leurs plète, dans quelques-unes des espérances; joint qu'il y a des doctrines d'Aristote que les modernes ont rejetées, et qu'il faudra enfin adopter {p). Les théologiens protestans ont bien change de maxime, s'il est vrai que les premiers réformateurs aient autant crié que l'on dit contre le péripatétisme (Y). Le genre de mort qui peut à cer- tains égards faire plus d'honneur à la mémoire d'Aristote^ est de dire que le chagrin de n'avoir pu découvrir la cause du flux et du reflux de l'Euripe lui causa la (n) Thuanus, de Vilâ suâ, lib. I.

(p) Voyez la remarque (I).

[p) Telle est l'hypothèse des intelligences motrices; car la doctrine des tourbillons sans quelques lois générales, et sans quel- que direction particulière à chaque planète, ne peut contenter l'esprit.

éditions de toutes les œuvres (s). Voyez aussi un traité du père Labbe, qui a pour titre, Aris- totelis et Platonis grœcorum in- terpretum typis hactenùs edito- rum brevis Conspectus, et qui fut imprimé à Paris, l'an itiSy, in-4°. M. Teissier nomme qua- tre auteurs qui ont composé la vie d'Aristote, savoir: Ammo- nius, Guarin de Vérone, Jean- Jacques Beurerus, et Léonard Arétin {t). Il a oublié Jérôme Gemusaeus, médecin et profes- {q) Eumelus, apud. D. Laërtium, lib. V, (r) Hesycbius, in Vitâ Aristot.

(s) Dans celle de Genève en i6'o5, et dans celle de Paris, en 1629, procurée par Guil- laume du Val, et qui est la meilleure de toutes.

(«j Teissier, CaUl. Aut. Bibliothec., etc, ARISTOTE.

seur en philosophie à Bâie, au- parti, et ik arrangent tous de cetfn teurd'un livre de VitâAristole- lis, et ejus Operum Censura.

(A) Je pense at^oir troufé quelques erreurs touchant Aristote dans la nar- ration du père Rapln.'] Cette remar- que sera un peu longue; ainsi j'userai de divisions.

I. Dire, qu'encore qu'Aristote eût quitté ses études par pur libertinage, et eût abusé quelque temps de l'indul- gence de son tuteur, il réussit néan- moins daiu la poésie, témoin le poème qu'il composa sur la mort des guer- riers qui furent tués au siège de Troie{^), n'est pas raisonner juste; car si Eustatius et Porphyre, qui font mention de ce poème, ne disent pas expresse'ment qu'Aristote le composa dans sa jeunesse (i), nous pouvons penser qu'il le fit après s'être remis à l'étude; et alors, on ne pourra plus débiter ce poème comme une preuve des progi-ès qu'il fit en poésie, nonobstant son libertinage.

II. Dire, qu'ayant dissipé par ses débauches une partie du bien que son père lui auait laissé, il se jeta dans les troupes de la république (3), est une expression impropre, et très- vague. S'il s'agissait d'un homme né dans Athènes, ou à Lacédémone, on entendrait bien cette expression j mais il s'agit d'un homme qui était né dans la Macédoine. Athe'née ne con- naissait qu'un seul auteur qui eût dit qu'Aristote, ayant dépensé son patri- moine, s'enrôla, et puis se mit à vendre des drogues, après avoir vu que la profession des armes n'était point son fait (4)- L'auteur unique de cette histoire était Épicure. Il y a beaucoup d'apparence qu'Elien la tenait de lui (5). Aristocle, qui l'a re- jetée, ne cite que le seul Epicure (6). Quoi qu'il en soit, aucun des auteurs que le père Kapin allègue, ne spécifie dans quelles troupes Aristote prit (i)Rapm, Comparaison de Platon et d'Aris- tote, pag. 3o3.

(2) le père Rapin ne dit point qu'ils fassent CeUe remarque.

(3) Là même.

(5) ^lian., Var. Hist., Ub. V, cap. IX.

(6) j4pud Eusebinin, Pra:p., Ub. XV, cap.