(5i) Diog. Laërtius, in Vilâ Aristot.
(46) Phavorin., in omnimodâ Hisloriâ, apud acirlium, m Vitâ Aiistolelis, ni<m. 5. (5i) Diog. Laërtius, in Vilâ Aristot., num. 9.
(47) Alhcn., lih. XV, cap. XVI, pag. 696. (Si) Nunnesii Nolae in Vitam Aristotelis, pas- (48) Voyez les Noies de CasauboQ fur Allie- i47- if.. r>ae fi8i. ('tVi Orje. contra Ccisum. Uh. I.
uév, pag 984.
(53) Orïg. contra Ccisum, lih. I.
ARISTOTE.
à ceux qui voulurent savoir la cause de sa retraite, montre qu'il craignait qu'on ne trouvât contre lui, ou de bonnes preuves, ou de mauvaises: Je n'ai pas uoulu éire cause que les athéniens commissent une secon- de injustice contre la philosophie. La première avait ëte la mort de Socrate.
■TTtpi SaïKfaTMV 7ni.&0Ç Ctlv iTTO/UiV OÇ, Httl Tov xa9' îctuTov xivJ'yvov (55). Interro- ganti cur leliquisset Athenas respon- dit, quoniani noluisset committere ut Athenienses bis peccarent in philoso- phiam; obscure Socratis mortem in- nuens, et suurti periculum. 11 se ser- vit d'un vers d'Homère, pour signi- ûer qu'il ne faisait pas bon demeurer dans une ville où la race des délateurs ne décroissait point, les uns succédant aux autres à point nomme'. On pour- rait croire qu'il se sentait coupable d'avoir offensé personnellement, par quelque trait de raillerie, le prêtre de Cérès Eurymédon (56); et que ce fut ce qui réveilla le zèle du person- nage qui avait laissé vingt ans en repos la prétendue impiété de l'hym- ne. Or, il était plus dangereux d'of- fenser ces messieurs-là en leur per- sonne, que de les offenser en la per- sonne de leurs dieux. Voyez la re- marque (R), où nous dirons ce qu'ont pensé quelques auteurs touchant la cause de la fuite d'Aristote. J'ai dit sur la fin de l'article qu'Hésychius assure qu'on l'avait effectivement con- damné et exécuté dans Athènes. Je n'use point d'hyperbole dans l'ex- pression de uingt ans, puisqu'Aris- tote avait enseigné treize ans à Athè- nes, lorsque le procès d'irréligion l'o- bligea de se retirer à Chalcis {57). Il n'était revenu à Athènes qu'après avoir instruit Alexandre, dont il n'é- tait devenu précepteur qu'après la mort d'Hermias.
(H) On lui a donné quelques élo- ges encore plus forts, etc.'] « Aver- ') roës a dit qu'avant qu'Aristote fût '> né la nature n'était pas entière- (55) ^lian., lib. III,capUe XXXVI. Vide eliam Ammonium, in Vitâ Arjstot. Origencs con- tra Celsum, lib. I. Diogenes Laerlius, in Atist., (56) Diog. Laertius, in Vitâ Aristot., mmi. 8. [j-j) Ammon., in rjus Vitâ.
n ment achevée; qu'elle a reçu en lui » son dernier accomplissement et )) la perfection de son être; qu'elle » ne saurait plus passer outre; que » c'est l'extrémité de ses forces, et » la borne de l'intelligence luiraaine. )) Un autre philosophe a enchéri sur » Averroè's, et a dit depuis, qn'Aris- » tote était une seconde nature. » Ces paroles sont de Balzac, à la page 459 des Discours qui ont été impri- més à la suite de son Socrate chré- tien. Cela me fait souvenir des scru- { iules d'un auteur qui, voyant que a nature elle-même souscrit aux ima- ginations d'Aristote, n'oserait dou- ter de ce qu'il a dit: Reciè et hoc yiristoteles, ut cœtera; nec possiim non assentiri uiro, cujus ini/entis nec ipsa natura dissentit ( 58 ). Un théo- logien espagnol prétend que la por- tée de l'esprit de l'homme ne va pas jusqu'à pouvoir pénétrer, sans l'as- sistance particulière d'un génie, les secrets de la nature, autant qu'Aris- tote les a pénétrés (5g). 11 croit donc qu'Aristote avait un bon ou un mau- vais ange, qui Tinsfruisait invisible- ment de mille choses à quoi l'intel- ligence humaine ne saurait atteindre. Guillaume, évêque de Paris, sou- tient « en beaucoup d'endroits de » ses œuvres (60), que ce philoso- » phe tenait pour conseiller de tou- » tes ses actions un esprit qu'il avait » fait descendre de la sphère de Vé- » nus, par le sacrifice d'un agneau » enchevêtré, et quelques autres cé- » rémonies. » D'autres ont dit qu'il n'avait pas eu besoin de tels secours. C'était « l'opinion du célèbre théo- » logien Henri de Assia (61) qu'A- » ristote avait pu s'acquérir naturel- » lement une aussi parfaite connais- )) sance de la théologie, que celle ■» qui fut découverte à notre pr«- » mier père lorsqu'il s'endormit au >) paradis terrestre (62), ou à saint (58)Macrobius, Saturn.,/jé. VIII, cap. VI.
(Sg) Médina, in Thom. Aquin. /. Secundœ QuKit. CIX, art. I, cite par Naudé, Âpolog. des glands Hommes, pag. 327.
(60) De Uuiverso Spirilu, part. I,cap. XCIt, CLIII, et II part., cap. VI, cite par îi auAé. Apologie des grands Hommes, pag. 328.
(61).4pud Sibillam /, Décade peregrin., Qtieeil. cap. VIII, Qu. I, Quœsliunculd IV, cité par Naudé, Apologie des Grands Hommes, pag..iig.
(62)' Voyez ci- dessus la cilaùon (11) de l'ar- ticle (J'AD4M.
ARISTOTE.
j) Paul en son ravissement. » Un con- cile tenu en France sous Philippe- Auguste, fit brûler la Métaphysique d'Aristofe. Un docteur anglais, de l'ordre de saint Augustin (63), a laissé par écrit qu'on croyait alors qu'il n'y afail que l' Antéchrist qui dilt bien entendre les Hires d'Aristote, dont il se servirait pour convaincre tous ceux qui entreraient en dispute contre lui. Finissons cette petite com- pilation par un passage d'Agrippa, 3ui nous apprend que les théologiens e Cologne soutinrent qu'Aristote avait e'té le pre'curseur du Messie dans les mystères de la nature, com- me saint Jean l'a été dans les mys- tères de la grâce: Dignissimus pro- Jecto hodiè latinorum gymnasiorum doctor, et queni colonienses mei iheologi eliani dii>is adnumerarent, librumque sub prœlo evulgaluni ede- rent cui titulum Jacerent de Salute Aristotelis (64), ^ed et aliuni versu et métro de Vitâ et Morte Aristote- lis, quem theologicâ insuper glnssâ illustrdrunt, in cujus calce conclu- dunt, Aristotelem sic fuisse Christi prœcursorem in naturalibus, quent- admodùm Joannes Baptista in gra- tuitis (65). Parlant sans préoccupa- tion ni pour ni contre, on peut dire aue ces panégyristes outrés font plus e mal que de bien à la mémoire d'Aristote. On peut assurer d'eux à certains égards le mot de Tacite: pessimum inimicorum genus laudantes (66). On pouvait donner tant de jus- tes louanges à Aristote (^t), qu'il n'y a pas moyen d'excuser ceux qui, non contens de celles-là, y en ont joint d'hyperboliques.
Que ne se contentait-on de dire qu'il trempait sa plume dans le bon sens (68). C'est ce que doivent faire tous les philosophes, si l'on en croit le chef des stoïciens: 'O Zmvû)v 'thiyiv (63) Alexandcr Neccam., lib. de Nat. rerum, cité par la Mothe-le-Vayer, de la Vertu des Païens, loin. K, pag. I02 de ses OEuvres, édit- in-it.
(64) Voyez la remarque (R).
(65) Agrippa, de Vanit. Scicntiar., cap. LIV, pag. n^. ^sMea copié ceci. Cent. XIV, pag. 220. Voyez ci-dessous la remarque {S ).
(66) Tacit., in Vitâ Agrlcolœ, cap. XLI.
(67) Vous entrouverezplu.iieurs de telles dans les Harangues de Conringius, intitulées Aristo- telis Laiidatio.
(68) Voyez les paroles de Suidas, ci-dessous., remarque (Z) au commencement.
6T» i'ù Tov <))iXoa'o<ft>v €<{ vo:/v JuroCi,- TrTovTct '7rfo<fipi(!-6tti T/fv Aê^iv (69). Ze~ no ait mente linctum proj'erre philo- sophum lermonem debere. Ceux qui voudront voir des compilations des louanges qu'on a données à Aristo- te, feront bien de lire Georges de Trébizonde (70), Pérérius au chapi- tre l*''. du V^. livre de Principiis, Juste Lipse à la Dissertation IV du *■'. livre Manuductinnis ad Philo- sophiam Stoïcam, Théodore Ange- lotius dans sa réponse à François ra- tricius, etc.
(1) Le cardinal Pallaficin.. avoue...que, sans Aristote, l'Eglise aurait manqué de quelques-uns de ses arti- cles de foi. ] L'auteur de l'Evangile nouveau du cardinal Pallavicin ne manqua pas de relever (71) ces pa- roles du chapitre XIX du VIII*. li- vre, num. i3: Di cio si dov'ev'a in gran parte l'obligazione ad Aristo- tele, il quale se non si fosse ado~ perato in distinguer accuratamente i generi délie ragioni, noi mancauamo di molti articoli di fede. Cet éloge me fait souvenir d'un passage de Ni- cius Érythrœus, aussi flatteur qu'il s'en puisse voir pour Aristote. Cet auteur prétend qu'en vain le subtil et savant Patricius a combattu de toutes ses forces la doctrine du Ly- cée, doctrine inébranlable, et qui verra toujous périr ses rivales. Al- tiùs Aristotelis auctoritas radiées egit, quam ut cujusquam i'im. ùnpe- tumque pertimescat: t^iget, semper- que uigebit, hominis disciplina; tan- tiimque quis existimahitur scire, quantum ex doctrinœ ejusdemfonti- bus haustum intelligenùa compre- hensum habuerit; ac nemo, cui cor sapiat, non satius esse ducet in iw, quce ad philosophiam pertinent, cum Deo, ut ita dicam, philosophorum errare, quam cum aliis rectè sapere, minorum gentium magistris. Ilaque ille, omnibus in gymnasiis, ad sa- pientiam properantibus, dux semper habebitur: ille theologorum quasi mi- litice, adi^ersiis religionis noslrce hos- tes, definiiiones, argumentorum co- piam, et alia prœclarè dicta multa, tanquam amentatas hastas elargietur, (Cf)) Plularcb., in Vitâ Pliocionis.pag^. 743, E. (70) De (Comparât. Platonis et Aristotelis. r-i) Chap. VI, art. VJ, pag. i5a.
ARISTOTE.
quas illa theologicis lacertls ac viri- biter les propositions contenaes dans bus, de cœlo suppeditatis, torqueat ces thèses, à peine de punition cor- ac uibret (72}. Je me crois obligé de porelle, et d'enseigner aucune maxi- dire, pour agir selon les règles de me contre les auciens auteurs et apla bonne foi 7 que le cardinal Pal lavicin n'avance point de lui-même la maxime qu'on a rapportée *, ni comme une observation qu'il vou- lût apprendre au monde: il ne la rapporte que comme une raillerie ma- ligne du père Paul. Il est vrai qu'il traite cette raillerie d'impertinente, et qu'il prétend que les conciles où l'on distingua si subtilement la sub- stance, la personne, l'hypostase, n'y étaient pas moins sujets: il est vrai, en un mot, qu'il ne nie pas le fait, et qu'il se contente de se moquer de ceux qui s'en moquent (73). Le père Paul, après avoir rapporté le décret de la Vl«^. session, allègue ce que l'on y critiqua; et il dit, entre autres choses, que ceux qui étaient versés dans l'histoire ecclésiastique remarquèrent que tous les autres con- ciles pris ensemble avaient décidé moins d'articles que cette seule ses- sion, à quoi Aristote avait eu beau- coup de part: In che hauei^a una grnn parte Aristotele, coW haver distinlo essattamente tutti i generi di cause, a che, se egli non se fosse adoperato, noi mancauamo di niolti articoli di fede (74)- Les remontran- ces de la Sovbonne, sur lesquelles le parlement de Paris donna un ar- rêt contre des chimistes, l'an 1629, portaient: qu'on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d'Aristote, sans choquer ceux de la théo- logie scolastique, reçue dans l'Egli- se (75). L'an 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois homnir pu- la docbliquement des thèses contre trine d' Aristote j défendit à toutes personnes de publier, vendre ou dé- (72) Nie. Erythrai Pinacotb. I, pag. lofy.
* Cet aveu de Bayle fait tomber la remarque de Joly qui reproche à Rayle de faire dire à Pallavicin ce qu'il n'a pas dit.
(73) Ma quale stoltizia è quello scbemo, che di ci6 si doveva ia gran parte l'obligazione ad Aris- lotele, etc. Voyez le père Rapin, Kéflex. sur la Pbilosopb., pag. l^l^Q.
(74) Fra Paolo, Hist. del Concil. Tridentino, lib. II, aW ann. i547, V^S- ^34, edil. ileW ann. 1C29. On trouve cela dam la page 211 de la version li'Amelot, e'dit. de 168G.
(75) Rapin, Comparaison de Platon et d'Aris- lole, pag. 4i3.
prouvés, à peine de la vie (76).
(K) Encore aujourd'hui, les maho- métans...ont des écoles pour sa sec- te. 1 (t La philosophie péripatétique » s est tellement établie partout « qu'on n'en lit plus d'autre par tou- » tes les universités chrétiennes. Celles » mêmes qui sont contraintes de re- » cevoir les impostures de Mahomet » n'enseignent les sciences que con- )> formément aux principes du Lycée, » auxquels ils s'attachent si fort, » qu'Averroè's, Alfarabius, Alrau- » bassar (77), et assez d'autres phi- » losophes arabes, se sont souvent » éloignés des sentimens de leur pro- » phète, pour ne pas contredire ceux » d'Aristote, que les Turcs ont en » leur idiome turquesque et en ara- M be, comme Belon (*) le rappor- » te (78). » L'auteur dont j'emprun- te ces paroles dit, dans un autre vo- lume (79), que selon la relation d'O- léarius, les Perses ont toutes les oeuvres d'Aristote expliquées par beau- coup de commentaires arabes, qui nomment communément sa philoso- phie le gobelet du monde. Berge- ron, dit-il, remarque dans son Traité des Tartares, qu'ils possèdent les li- i'res d'Aristote traduits en leur lan- gue, enseignant, a\'ec autant de sou- mission qu'on peut faire ici, sa doctri- ne à Samarcand, unit^ersité du Grand Mogol, et a présent ville capitale du royaume d'Usbec.
(L) Lorsqu'on citait un passage de ce philosophe, on n'osait dire, tran- seat: il fallait ou le nier, ou l'ex- pliquer à sa manière.'] Si quelqu'un osait contester ce fait, je le renver- rais à plusieurs cours de philosophie imprimés dans le XV1«. siècle, où l'on voit régner la méthode que voici. L'auteur 'prouve sa thèse, première- ment par autorités, et puis par rai- sons. Les preuves par autorités sont des passages d'Aristote. La réponse aux objections comprend aussi deux {76) Mercure français, tom. X, pag. 5o4.
(77) Il fallait dire Mbumaisit, ou Albamasar, (*) Lib. III, cap. XI r.
(78) La Mothe-le-Vayer, de la Vertu des ARISTOTE.
parties. On satisfait premièrement aux passages d'Aristote qui semblent con- traires à la thèse, etqui sont des preu- ves d'autorité pour l'autre parti j en- suite, on satisfait aux raisons; mais on se garde bien de dire: J'avoue qu Aristote a cru cela, et je nie néan- moins que ma thèse, où je soutiens une autre doctrine, soit fausse. On em- ploie son industrie à donner aux pas- sages objectes un sens qui s'accom- mode avec la chose en question. On en use encore ainsi dans les écoles de théologie à l'égard de saint Augustin et de Thomas d'Aquin, parmi ceux de l'église romaine.
(M) On s'est entêté du plus faible de ses oui'rages, je i^eux dire de sa Logique et de sa Physique.^ Pour être convaincu de la faiblesse de ses ou- vrages, il ne faut que voir Gassendi dans ses Exercitationes paradoxicœ <idi^eriM*^nitote/eoi(8o).Il en dit assez contre la philosophie d'Aristote en général, pour persuader à tout lec- teur non préoccupé, qu'elle est très- défectueuse 5 mais il ruine en particu- lier la dialectique de ce philosophe. Il se préparait à critiquer de la même sorte la Physique, la Métaphysique, et la Morale, iorsqu'ayant appris l'in- dignation formidable du parti péripa- téticien contre lui, il aima mieux abandonner son ouvrage, que s'expo- ser à de fâcheuses persécutions.
Notez qu'on ne prétend pas nier qu'il ne se trouve dans la Logique et dans la Physique d'Aristote beaucoup de choses qui marquent l'élévation et la profondeur de son génie. On peut convenir de cela, et juger en même temps qu'il y a de l'hyperbole dans les louanges de Casaubon: Ego pueros puto fuisse ( stoicos in logicâ ) prœ dii'ino Aristotele, et eorum in hoc gé- nère scripta uBhov nsù ^Krivet^ov prœ Arislotetis organo; quo opère oninia mortalium ingénia {dii^ina aut de rébus diuinis semper excipio) longé supera- fit (81); et dans ce passage du père Rapin: « Il ne parut rien de réglé et » d'établi sur la logique devant Aris- » tote (*). Ce génie, si plein de raison (80) Elles sont dans le III'. volume de ses OEuvres. {81) Casaubon., in Persium, Sal. V, vs. 86, (*) Aristoleles ulriusque partis dialeclicee prmceps. Ciceron, Topic., cap. II.
» et d'intelligence, approfondit telle- >) ment l'abime de l'esprit humain, » qu'il en pénétra tous les ressorts, » par la distinction exacte qu'il fit de M ses opérations. On n'avait point en- }> core sondé ce vaste fond des pensées w de l'homme, pour en connaître la « profondeur. Aristote fut le premier » qui découvrit cette nouvelle voie, » pour parvenir à la science par l'é- « A^idence de la démonstration, et pour w aller géométriquement à la démon- » stration par l'infaillibilité du syl- î) logisme, l'ouvrage le plus accompli, " et l'effort le plus grand de l'esprit )> humain. Voilà en abrégé l'art et la » méthode de la Logique d'Aristote, i> qui est si sûre, qu on ne peut avoir » de parfaite certitude dans le raison- » nement, que par cette méthode, » laquelle est une règle de penser "juste ce qu'il faut penser (82). » On peut louer dignement le Traité du Syllogisme de ce philosophe, sans em- ployer des expressions si outrées. Il y a dans sa Physique plusieurs questions très -sublimes, qu'il pousse et qu'il éclaircit en grand maître; mais enfin, le gros, le total de cet ouvrage, ne vaut rien: infelix operis summa. La principale source de ce défaut est qu'Arisfote abandonna le chemin des plus excellens physiciens qui eussent philosophé avant lui. Ils avaient cru que les changemens qui arrivent dans lii nature ne sont qu'un nouvel arran- gement des particules de la matière: ils n'avaient point admis de généra- tion proprement dite. Ce fut un do^me qu'il rejeta (83) 5 et, par cette réjec- tion, il fut dérouté. Il fallut qu'il en- seignât qu'il se produit de nouveaux êtres, et qu'il s'en perd. 11 les distin- gua de la matière, il leur donna des noms inconnus, il affirma ou il sup- posa des choses dont il n'avait aucune idée distincte. Or, il est aussi impos- sible de bien philosopher sans l'évi- dence des idées, que de bien naviguer sans voir l'étoile polaire, ou sans avoir une boussole. C'est perdre la tramon- tane, que d'abandonner cette évi- dence ^ c'est imiter un voyageur qui, dans un pays inconnu, se déferait de son guide ^ c'est vouloir rôder de nuit (82) Rapin, Reflex. sur la Logique, num. 4 1 (83) Foyet le I"'. livre <i'Aristote, Je Gene- ratione ci Cortuptione.
ARISTOTE.
fit sans chandelle dans une maison dont me le cajola si hien, qu'elle lui on ignore les êtres. Chacun sait le nom- consulter l'oracle d'Apollon (86); bre infini de formes et de facultés dis- qu'il ordonna par son testament, que tinctes de la substance, que les secta- l'on dédiât à Jupiter et à Minerve les teursd'Aristote ont introduites: il leur avait ouvert ce chemin d'égarement; et si, dans le XVII*. siècle, la physique a reparu avec quelque lustre, ce n'a été que par la restaura tion des anciens prin- cipes qu'il avait quittés, ce n'a été que effigies de certains animaux qu'il avait voués pour le salut de Nicanor (87); 3". qu'il confesse au premier livre du Ciel et du Monde (88), 5e cum aliis ob- tulisse diis trina sacrijicia in recoe- nitionem Irince perj'eclionis in iis intités, dont notre esprit n'a aucune aussi qu'il avait connu ZainViùèt/eiperidée, et que l'on s'est attaché à la (î- sonnes avec Vanité de l'essence, comme gure, au mouvement, et à la situa- a voulu Salmeron (90), et auparai^ant tion des particules de la matière, tou- lui George Trapezonce (91), qui a tes choses que l'on conçoit clairement /ait un Hure entier de la conformité de et distinctement. ^ la doctrine d'Aristote avec la Sainte (N) On doit cette justice a ses plus Ecriture. Naudé, dont j'emprunte ce aveugles sectateurs, qu'ils l'ont aban donné oii il a choqué le christia- nisme. ] Je ne veux pas néanmoins entrer en procès contre Luther, pour les théologiens de Cologne. Il leur re- proche, et à ceux de Louvain aussi, qu'ils défendent ou qu'ils adoucissent par des interprétations forcées les plus grandes et les plus impies absurdités,, 'Aristote. Aristotelem ipsis in summo Les trois sacrifices qu'il fit aux dieux.
qu'on vient de lire, remarque ([w'' Em- manuel de 3îoura impose manifeste- ment a Philoponus, qui ne dit rien autre chose suivant le texte grec, et la vieille traduction conforme à celle de Nunnesius, sinon qu' Aristote ayant atteint l'âge de seize ans (92), fut conseillé par l'oracle pythien de s"" adon- ner principalement a la philosophie...
esse pretio, et nihil ab eo diclum esse tam absurde, vel aliène à nostrâ reli- gione, quod non défendant, quod non aliqud interpretatione quantumvis lon- gé petitâ circumvestiant, quo suus illi constat honos atque nominis existima- tio (84). De quoi n'est point capable l'entêtement!
(0) On ne sait pas s'il a reconnu ï immortalité de l'âme. ] Poinponace et Niphus ont eu une grosse que- relle sur ce sujet. Le premier soutint qu'on ne pouvait accorder l'immorta- lité de l'âme avec les principes d'Aris- tote j le dernier s'engagea à soutenir le contraire. Voyez le discours de la Mothe-le-Vayer sur l'immortalité de l'âme (85), et Bodin, à la page i5 de la préface de la Démonomanie.
(P) Selon quelques péripatéticiens, il n'ignorait point le mystère de la Trinité. ] Emmanuel de Moura, dis- putant contre ceux qui accusent Aris- tote d'athéisme, dit 1°., qu'une fem- (84) Jpud Sleidanum. de Statu Relie, et (85) Jl est au IV'. tome de l'e'dilion de ses OEuTres, in-i7.
c'est Naudé qui parie, ou la connais- sance de la Trinité, que lui ont donnée beaucoup de docteurs catholiques, « sont toutes chimères, qui ont pris » leur origine et fondement sur ce » qu'il dit en son!«''. livre du Ciel, « parlant du nombre ternaire, Aiô tto.- » sxi/vHf, x-aÀ ■TTfoç Txç dyiç-iiitç râv » &iûôv;tP^i"«6*Tâ; a'p'âA'? TOi/T«ii^ c'est- î>à-dire, quapropler hoc a naturâ » numéro sumpto perindè atque quâ- » dam illius lege, et in deorum sacrifi- ai dis celebrandis uti solemus. Duquel » passage on ne saurai tconclure autre w chose, sinon qu'Aristote dit que l'on (86) n elle Pbiloponus, en la Vie d'Aristote.
(87) Il cite Platarque et Diogène.
(88) Secl. II, cap. II, num. lo, cite' par Naudé, Apologie des grands Hommes, pag^. 328.
(■89) Emman. de Moura, lib. de En<al., sect. II, cap. III, num. 19, cité par Naudé, lii même.
(90) Tomo II, tract. XXI II, cite' par y audé (91) Lib. II, de Compar. Aristot. et Plat, cita par Naudé, lii même.
, (9^) ^« circonstance de l'âge e'nerverait toute ta preuve de Moura -, car ceux qui prétendraient qu'j4rislote aurait nié P existence des esprits ne le prendraient pas a l'dge de dir.-sept ans ARISTOTE.
» se servait en son temps du nombre j) de trois aux sacrifices; ce qui nous î) est aussi te'moigne' par Théocrite. » Après cela, Naudé remarque que le cardinal Bessarion (gS) se moque de Trapezonce, de ce qu'il aidait tant pris de peine, pour prouver par ce texte, qu Aristote aidait une entière connaissance de la Trinité. Les sco- lastiques modernes ne démordent pas de ces prétentions. Voyez Piccinardi, professeur à Padoue, dans ses Dog- mata philosophiœ peripateticœ. Le journal d'Italie en parle sous le 3i d'août lô^/jt- (Q) il Jit une belle mort.'} Se sentant proche de sa fin, il versa un torrent de larmes; et, tout pénétré de douleur et d'espérance, il implora la miséricorde du Souverain Etre. 11 approuvait extrêmement une sentence d Homère, qui porte qu'il ne sied pas mal aux dieux de se revêtir de la na- ture de l'homme, afin d'éclairer le genre humain. C'étaient des pressen- timens de l'incarnation du fils de Dieu. Proditum et illud monunientis est, quiim philosophas hic extrenia si- bi ingruere prœsensisset, dolore ac spe in lacrymas ampliùs profusum primce causœ misericordiam intentiùs implo- rasse, Quin et Homeri sententiam ex Odyssed uehementer approbâsse, qud non esse immortalibus diis indecorum pronunciatur hominis induere natu- ram, quo ab erroribus set^ocentur mor- taies. Qud in re Christi prœsensisse aduenluTti augurantur nonnulli ejus t^i- ri gloriœ in primis addicti. Voilà ce que nous lisons dans Cœlius Rhodigi- nus (94)- Son autorité dans un fait de cette nature ne vaut guère mieux que rien. D'autres parlent bien autrement des dernières heures d'Arislote. « Ils 3) disent qu'il mourut de déplaisir de n n'avoir pu comprendre la cause » du flux et du reflux de l'Euripe. 5) Sur quoi quelques modernes ont )) inventé cette fable, qui depuis )) a eu cours, que ce philosophe se » précipita dans l'Euripe, en disant )) ces paroles: Que l'Euripe ni'englou- » tisse, puisque je ne puis le compren- » dre (qS). » Diogène de Laërce cite (93) Cap. XV, lib. ///.adversiis Calumniat. Platonis.
(q4) Antiq. Lection., lih. XVII, capile XXXIV.
CçSj Le père Hapia, Compar. d'AristoW et de un auteur nommé Eumelus, qui avait dit qu'Aristote s'étant réfugié à Chal- cis s'empoisonna à l'âge de soixante- dix ans (96). Apollodore me paraît plus digne de foi: il a dit que ce grand homme mourut de maladie, à l'âge de soixante-trois ans (97).