SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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(lo) C'est un proverbe en France pour dési- gner un esprit pesant.

(il) Epître aux Komains, chap. IX, vs. i8. (12) Epître aux Romaios, chap. IX, vt. 19.

puissance de Dieu, et le droit su- prême qu'a le Créateur de disposer de ses Créatures comme bon lui semble. Mais plutôt, o homme, qui es-tu, toi qui contestes contre Dieu? La chose formée diratelle à celui qui l'a formée, pourquoi m'as-tu ainsi faite (i3)? Il reconnaît làuneincompréheu- sibilité qui doit arrêter toutes les dis- putes, et imposer un profond silence à notre raison, O profondeur des ri- chesses et de la sapience et de la cns- noissance de Dieu! s'écrie-t-il (i4); que ses jugemens sont incompréhen- sibles, et ses voies impossibles à trow ver'. Tous les chrétiens doivent trou- ver là un arrêt définitif prononcé en dernier ressort et sans appel, tou- cliant les disputes de la grâce; ou plutôt ils doivent apprendre, pas- cette conduite de saint Paul, à ne ja- mais disputer sur la prédestina- tion, et à opposer du premier coup cette barrière à toutes les subtilités de l'esprit humain, soit qu'elles s'offrent d'elles-mêmes pendant qu'on médite ce grand sujet, soit qu'au autre homme nous les propose. Le plus court et le meilleur est d'oppo- ser d'abord cette forte digue aux inon-^ dations des raisonnemens, et do considérer cette sentence définitive de saint Paul comme ces rochers iné- branlables au milieu des ondes, contre lesquels les vagues les plus enflées ont beau s'élancer ^ elles écument, elles battent inutilement, elles ne font que se rompre. Tous les traits qu'on déco- chera contre un tel bouclier, auront le sort de ceuxde Priam.

Sic fatus senior, telumque imbelle sine ictu Conjecit: rauco quod proUn'us œre repulsum. Et swnmo cl/pei neauicquam umbone pepen- dit (i5).

C'est donc ainsi que l'on doit agir dans cette dispute, quand elle se, passe de chrétien à chrétien. Que si l'on trouve à propos de donner quel- que occupation à l'esprit, on doit pour le moins sonner la retraite un peu de bonne heure, et se remettie derrière la digue dont j'ai parlé. Si Arminius avait fait cela toutes les fois que sa raison lui suggérait des difficultés contre l'hypothèse des ré- (i3) Là même, vs. îo.

(i5j YirgiUns, iEneid., lib. II, vs. 544.

388 ARMINIUS.

formateurs, ou toutes les fois qu'il se plus pernicieuse que la coagulatioii voyait appelé à répondre à des dis- putans, il aurait tenu une conduite parfaitement sage et apostolique, et il aurait employé comme il fallait les (17). J'excepte les cas où il y va du salut des âmes, et où il s'agit de les arracher de la gueule du démon; car alors la charité ne doit pas permettre lumières de son esprit. S'il trouvait que l'on se tienne en repos, quelque des duretésdans la doctrine ordinaire, ' ~~^ "''"" s'il se trouvait soulagé en adoptant une méthode moins rigide, il pou- vait se mettre au large pour son usage particulier; mais il devait jouir de cette commodité en silence, je veux dire sans attaquer les droits de la pos- session, puisqu'il ne les pouvait at- taquer sans que des tempêtes péril- leuses s'excitassent dans l'église. Son silence lui eût épargné à lui-mênie bien des maux; il eût très-bien fait de se souvenir d'un vieux apologue: Sed tacilus pasci si possel corvus, haberet Plus dapis et Tixœ muUà miniis invidice- Voyez la remarque (D) de l'article de ( Joseph ) Hall.

Mais, dira-t-on, n'eut-il pas été prévaricateur, et indigne du ministère, s'il eût négligé de travailler a l'in- struction de ses auditeurs, qu'il croyait grandes que puissent être les émotions que l'on causera par accident. Il faut se remettre de toutes ces suites aux soins de la providence. Sur ce pied- là, Arminius n'avait rien qui le pres- sât de s'opposer à la doctrine com- mune: il ne croyait pas que l'on courût aucun risque de son salut en suivant les hypothèses de Calvin. Voyons l'autre endroit par où il se rendit inexcusable. Il substituait, à un système rempli de grandes difficul- tés, un système qui, à proprement palier, n'en entraîne pas de moins grandes. On peut dire de son hypo- thèse ce que j'ai dit des innovations de Saumur (18): elle est mieux liée et plus dégagée que le sentiment de M. Arayraut j mais, après tout, c'est un remède palliatif, car à peine les arminiens ont-ils répondu à certaines objections, qui ne peuvent être réfu- tées dans le système de Calvin " "" engagés dans une fausse doctrine? U ^^,.,^ prétend'ent, qu'ils se trouvent osés à des argumens dont ils ne se vent tirer que par un aveu sincère firmité de notre esprit, ou que qu'il désapprouvait fût préjudiciable au salut; l'autre, que sa nouvelle mé- thode était inutile pour lever les prin- cipales difficultés qui se rencontrent dans les matières de la prédestination. Avouons que la plus petite vérité est digne, absolument parlant, d'être proposée, et qu'il n'y a point de faus- seté, pour si peu considérable qu'elle soit, dont il ne vaille mieux être guéri, que d'en être imbu; mais lors- que les circonstances des temps et des lieux ne souffrent pas que l'on propose des nouveautés, vraies tant qu'il vous plaira, sans causer mille désordres dans les universités, dans les famil- les, dans toute la république, il vaut cent fois mieux laisser les choses comme elles sont, que d'entrepren- dre de les réformer. Le remède serait pire que le mal: il faut se conduire comme à l'égard de certains malades, à qui l'on ne saurait faire prendre de médecines sans remuer plusieurs mau- vaises humeurs dont l'agitation est (i6j Horat., Epist. XVII, lit/. I, vs. 5o. ticle Amiraut par la considération de l'infinité in- compréhensible de Dinu. Etait-ce la peine de contredire Calvin? Fallait-il tant faire le délicat au commence- ment, puisque dans la suite on de- vait avoir recours à cet asile? Que ne commenciez-vous par-là, puisqu'il y fallait venir tôt ou tard? Vous ne de- vez pas vous imaginer, qu'après être entré en lice avec un grand dispu- teur, il vous laissera triompher, sous prétexte que vous aurez eu d'abord quelque avantage sur lui. Un athlète, qui, au tiers ou au milieu de la car- rière, devançait son antagoniste, ne méritait point pour cela d'être cou- ronné; on ne lui donnait la couronne, qu'en cas qu'au bout de la course il eût gagné l'avantage. C'est la même chose dans les controverses: il ne ( 1 1) Expediebat quasi cegrœ sauciœque Rei- publictB requiescere quotnodocunque ne vulnera curalione ipsà rescindereiKur. Florus, lib- IIÏ, cap. XXI 11.

(18) Voyez ci-dessus la remarque (E) de l'ar- ARNAULD.

uffit point de pai-er les premiers Pe„ de temps après ce mariage, coups, il faut aussi satisfaire aux in stances, jusqu'à ce que tous les doutes soient bien éclaircis. Or c'est de quoi l'hypothèse d'Arminius, ni celle des molinistes, ni même celle des soci- niens, ne sout point capables (19). La méthode des arminiens n'est pro- pre qu'à faire obtenir quelque avan- tage dans ces préludes de combat où l'on détache des enfans perdus pour escarraoucher 5 mais quand on en est à un combat décisif, il faut qu'elle se retire comme les autres derrière les relranchemens du mystère incom- pre'hensible.

(F) Ses écrits, ] En voici les titres: Dispiitationes de difersis christianœ religionis capitibus; Orationes, item- que Tractatus insigniores aliquot; Exa- men modestnm libelli Guilhelmi Per- kimii de Prœdestinationis modo et or- dine, itemque de amplitudine Gratiœ dii'ince; Analysis capilis ix ad Roma- no$; Dissertalio de i>ero etgenuino sen- su cap. f^ll. Epistolœ ad Romanos; Arnica Collatio cum D. Francisco Ju- nio, de Prœdestinalione, per tilteras habita; Epistola ad Hippolyturn a CoUibus; etc.

(ig) Voyez M. Jurieu, au Jogement surlesMé- thodes rigides et relâcliéej d'expliquer la Grâce.

ARNAULD ♦, ûimille noble et ancienne d'Auvergne. Il y a plus de deux cents ans qu'une fille de cette maison fut mariée à un sei- gneur de la Fayette, petit-fils de celui qui était maréchal de France sous Charles VI. HeiVRI Arnauld épousa, vers l'an 1480, Catherine Rariot, parente de ce- lui qui fut conseiller au parle- ment de Paris, et maître des requêtes, sous Louis XI {a).

* Les nouveaux éditeurs de \z Bibliothèque Historique de la France, par le père Lelong ^ tome II, a". 29087, disent qu'il fallait écrire Arnaud. Au a°. 19779 ils avaient dit que ce fut Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne, né en 1612 (dont on verra l'article ci-après) qui ajouta une la son nom, et que quelques- uns de ses parens l'ont imité. En traduisant son nom en latin, Antoine avait écrit /Ir- naldus.

{a^ De lui sont sortis M. Bnriot, marquis de Mous.'ty, et MM. Bariot, comtes d'Hon- neuil et du Mazy.

il vint s'établir à Riom, ou il fut attiré, avec plusieurs autres per- sonnes de mérite, par Pierre de Bourbon comte de Reaujeu (A), qui y faisait sa résidence ordi- naire. Ce prince était marié avec Madame Anne de France, fille de Louis XI, laquelle gouver- nait absolument l'esprit de Char- les VIII son frère, et était ré- gente pendant sa minorité. Hen- ri Arnauld se fit estimer du comte et de la comtesse de Beau- jeu. Il devint écuyer du comte, et gouverneur de la ville et du château de Hermant. C'était le lieu de sa naissance, à huit lieues de Riom, sur les frontières de la Marche du Limosin, près d'Ussel. Ce gouvernement lui fut continué par le connétable de Bourbon, gendre du comte de Reaujeu. La charge d'écuyer lui fut aussi conservée. Il ren- dit un très-grand service à ce connétable, en faisant ferrer ses chevaux à rebours (b), lorsque François I"., qui le traitait de rebelle, envoya des gens pour le prendre. Ces gens-là, jugeant par la trace des chevaux qu'il était parti du lieu oii au con- traire il s'était caché, allèrent courir inutilement oii il n'était pas. Henri Arnauld avait lié une amitié très-étroite avec Flori- mond de Robertet, secrétaire du comte de Beaujeu, et depuis se- crétaire d'état sous François P'., et il ne tint qu'à lui de procurer à son fils un mariage très-avan- tageux par la générosité de cet (/»") On voit dans les Galanteries des rois de France, imprime'es en Hollande l'an l6'()^, à la page 189 du premier tome, que la mai- son d'Arnauld fut pillée à cause de cette ruse.

3gti ARNAULD.

mais il voulut répondre à procureur général, et procureur du roi au présidial de Riom, qui en ce temps-là avait plus de qua- rante lieues d'étendue (d). Il se distingua fort dans ces deux cette générosité par une autre (B). Il laissa deux fils, Jean et Antoine. Le premier mourut sans enfans: il se donne, dans les registres baptistairesde la ville charges. Il prend dans tous les de Riom, en 1 542, la qualité de actes qui restent de lui la qualité commandeur de Hermant. Aiv- ToiNE Arnauld, son cadet, a con- tinué la postérité. Il épousa en premières noces Marguerite Mos- nier-Dubourg, proche parente du chancelier de ce nom, sœur du fameux Anne Dubourg con- seiller au parlement, et de Jean Dubourg lieutenant criminel de Riom. Il n'eut qu'un fils de ce mariage, savoir Jean de la Mot- te-Arnauld, dont parle M. de Thou dans son histoire avec tant d'éloge, qui, à la tête d'une compagnie de cavalerie dont il était capitaine, s'enferma dans la ville d'Issoire, qui tenait pour le roi contre la ligue, et en sou- tint long-temps le siège avec les de seigneur de la Motte, de Chantegrenelle, de Fontaine- bleau, de Pessac, et de Bonne- filles, qui sont des fiefs et des châteaux à une demi-lieue de Riom. Il épousa en secondes noces Anne Forget, fille du pre- inier maître d'hôtel du conné- table de Bourbon (e). Il vécut jusqu'à l'âge de cent et un ans, et mourut à Paris, oii la reine Catherine de Médicis l'avait appelé. On l'enterra dans l'église de Saint-Sulpice, à la première chapelle qui y ait été bâtie, dont il était le fondateur. Le titre de la fondation porte qu'il avait une charge de correcteur des comp- tes, et de contrôleur général des seigneurs de Chabanes et de Cha- restes (C), et qu'il était seigneur zeron; après quoi, il fit une vi- de Corbeuille, près de Paris. De goureuse sortie, à la tête de trente maîtres, et tua de sa pro- pre main le comte de Randam (c), chef de la ligue en Auvergne. Cette mort fit lever le siège, et fut cause du gain de la bataille qui se donna ensuite, et qui as- sura toute l'Auvergne à Hen- ri IV, le même jour et la même année qu'il gagna la bataille d'Ivry. Le père de ce Jean Ar- nauld suivit d'abord le parti des armes. Il leva une compagnie de chevau-légers, et se trouva en diverses occasions. Mais Ca- therine de Médicis, le connais- sant capable et fidèle, le fit son (c) Madame, de Senecey, gouvernante du roi, eUiii sajilkson second mariage sortirent douze enfans mâles {f), et en- tre autres Antoine Arnauld, dont je parlerai à part; Isaac Ar- nauld, qui fut intendant des fi- nances; David Arnauld, capi- taine, tué au siège de Jerzeau; Louis Arnauld, général des fi- nances à Riom; un autre Louis Arnauld, secrétaire du roi à Pa- (d)Les présidiaux deGuéret, de Clermont et d Aurillac n''en avaient pas été démembrés encore.

(c) M. Forget, secrétaire d'état sous Hen- ri ly, et président à mortier, était de la même famille.

(f) Dans le Discours historique de la Vie de M. Arnauld, docteur de Sorbonne, pag. 2, édition de TAége, en 1702, on ne donne que huitjils, de lieux lits, à Antoine Ar- nauld.

ris; et Pierre Arnauld, le plus jeune des douze frères, et celui qui se distingua le plus dans la profession des armes. Il fut ma- réchal des camps et armées du roi Louis XIII, gouverneur du Fort-Louis, et colonel du régi- ment de Champagne. C'est celui dont le sieur de Pontis fait une si honorable mention: il ne craint point de l'égaler aux plus fameux capitaines qui aient jamais été parmi les Grecs et les Romains. Il dit que c'était l'homme du monde qui savait le mieux l'an- cienne discipline militaire, et qui la faisait le mieux observer par les soldats, et qu'ils l'ai- maient jusqu'à l'adoration. Isaac Arnauld, dont il a été parlé ci- dessus, fut père d'un autre Isaac Arnauld, qui fut gouverneur de ARNAULD. 391 par quel cas fortuit il est arrive que tant d'Auvergnats ont paru à la cour pai de France, dans les postes les pins sublimes, sous Charles VIII, Louis XII, et François I'^^ La comtesse de Beaujeu les avait tires de leur pro- vince, et leur avait mis la fortune en main. Sans elle, ils seraient morts dans l'obscurité, leurs grands talens ne seraient jamais sortis hors de terre. Concluez de là que la gloire particu- lière d'une province, en certains temps, ne dépend que de ces sortes de patronages. Vous trouverez un supplément de ceci dans la suite du Ménagiana, aux pages 3o4 et 3o5 de l'édition de Hollande.

(B) Il était intime ami de Robertet.., et il répondit a sa générosité par une autre. ] Voici ce que c'est. Florimond de Robertet, quittant Montbrison sa patrie, fut s'établir dans î\iom, et devint secrétaire du comte de Beaujeu. Il le gouYernait absolument, comme il gouverna ensuite l'esprit de Charles VIJI, à qui la régente le donna, et celui de Louis XII, après la mort du cardinal d'Amboise, et enfin celui de Philisbourg, et mestre-de-camp François 1er., dont il futsecrétaire d'é- des carabins, un des plus bra- tat. Il aimait si fojt Henri Arnauld,que, ves hommes, et des plus beaux esprits de son siècle: il est cé- lèbre dans les écrits de Voiture. Sa sœur fut mariée à Manassé de Feuquières, qui commandait l'armée du roi devant Thion- ville, l'an lôSg {g).

(g) Tiré d'un Mémoire communiqué à l'au- leiir du Mercure Galant, et inséré au mois de décembre 1693.

(A) Il fut attiré h Riom, avec plu- sieurs autres personnes de mérite, par Pierre de Bourbon, comte de Beau- jeu. ] On montre encore dans Riom les maisons des Montboissier, Mont- morin, Chazeron, Florat, Chasteau- gay, Mariliac, Dubourg, Duprat, f orget, et Robertet, qui tous furent les principaux officiers et favoris du comte et de la comtesse de Beaujeu, et du connétable de Bourbon, leur gendre, par qui ils furent tous avan- cés dans la suite aux premières di- gnités de l'épée et de la robe (i). Voilà (i) Tiré d'un yiémo'iie insère' dans le Mer- cure Galant du nwis de décembre 1693, pag. 43.

lorsqu'il quitta Riom, pour s'établir à la cour de Charles VIII, il y amena tous ses enfans, hormis Jeanne de Robertet sa fille aînée, qu'il laissa à Riom entre les mains de la femme de Henri Arnauld, exprès afin qu'ils la mariassent avec Jean Arnauld leur fils aîné, quand elle serait en âge. Mais les tuteurs ne trouvèrent pas leur fils un parti assez bon pour elle; ainsi ils la marièrent au plus riche jeune homme de Riom, nommé Ama- blede Ceriers, fils d'une Mariliac (a). (C) // était correcteur des comptes, et contrôleur général des restes.'} De- puis la première édition de cet ouvra- ge, j'ai reçu un petit mémoire écrit par un des premiers généalogistes de l'Europe. J'y ai trouvé ce qui suit: « Antoine Arnauld, sieur de la Mothe » et de Villeneuve, procureur du » roi en la sénéchaussée d'Auvergne )> à Riom, solliciteur général des » restes du parlement en i568 et » 1570, puis auditeur des comptes » à Paris, et procureur général en- y suite de Catherine de Médicis, fut (2) Tire' du inémeMèmoite.

» anobli en décembre 1577 ' ^"^ :» qualité d^auditeur des comptes. Il » était fils d'Henri Arnauld, bailli du » lieu d'Hermant en Auvergne, et de » N. Colonges. Il avait épousé Anne » Forget, fille de Jean Forget sieur 5) de Bidoigne procureur du roi en » Auvergne, et de Jeanne Godinet, et V il mourut à l'âge de cent et un an, en- » vironl'an iSgi. Voyez les Mémoires 3) de Sully, tom. IV, folio 71. w Mais, d'autre côté, lisez aussi la suite du Ménagiana, à la page 3o5 de l'édition de Hollande.

ARNAULD (ANTomE (a), avo- ARNAULD.

du plaider, qu'il le prit dans son carrosse *', l'amena dîner, et fit mettre sa fille aînée Catherine Marion auprès de lui. Après le dîner, il le tira à l'écart, et lui demanda ce qu'il pensait de sa fille; et ayant su qu'elle lui sem- blait d'un grand mérite, il la lui donna en mariage (d). Une des plus fameuses causes qu'Antoi- ne Arnauld ait plaidées, est celle de l'université contre les jésuites, cat au parlement de Paris, fils ^ «^ »^94- Nous verrons ci-desd'un autre Antoine dont j'ai par- ^^^* ^"«1^ «« fut la recompense nuit par son éloquence une mer- Publia un livre, l'an 1602, pour veilleuse réputation. Henri IV, empêcher leur rappel (C), mais voulant mener le duc de Savoie 4" ajant bien prévu qu ils re- viendraient, et qu ils au parlement, fit choisir *' un jour qu' Arnauld devait plaider ime belle cause (b). Il donna à cet habile homme un brevet de conseiller d'état *^. La reine Marie de Médicis le fit son avo- cat général, et voulut le faire secrétaire d'état; mais il refusa cette charge, et dit à la reine et qu ils seraient redoutables, il tâcha de le sup- primer. Il avait été conseiller et procureur général de la reine Catherine de Médicis. Ceux qui ont débité qu'il était de la reli- gion, ont débité un très-grand mensonge (D). Il eut de son ma- riage avec Catherine Marion gic'ilsen'irait mieux Sa Majes- vingt-deux enfans (e) (E). Il té étanta.ocat, que s'il était se- ^«^rut environ 1 an ib.8 «. crétaire d'état. On a insinué ce Notez que 1 une de ses filles refor- fait dans son épitaphe( A). M. l'a- mal abbaye de Port-Royal (F). vocat général Marion (c) fut un. I^ » acquitta de la profession jour si satisfait de l'avoir enten- (a) Konig le nomme Marc- Antoine. La lettre M, que lui ou d'autres ont vue au-de- vant d'Antoine, dans quelques livres fran- çais, où elle signifiait maître ou monsieur, a été apparemment la cause de cette mé- prise.

*' Matthieu, suivant la remarque de Le- cleic, dit au contraire que le président de Harlay, ayant su que le roi les voulait venir voir, avait fait choisir une cause pour y être plaidée. Leclerc ajoute que cela arriva en 1600. TjB roi assista incognito à l'audience.

{b) 11. s'agissait de la peine des calomnia- teurs. Voyez dans Matthieu, à /'Histoire de Henri IV, tome 1, pag. l[55 et Suiv., les Plaidoyers sur cela.

" Il n'oul jamais de brevet, dit Leclerc.

(t) MM. Marion, comtes de Druys, des- cendent de lui.

du barreau, avec tant d'hon- neur, et d'une manière si élevée, que « dejDuis lui il ne s'est trou- » vé personne, à la réserve de *' Leclerc prétend qu'en 1587, e'poque de ce mariage, Marion n'avait certainement pas de carrosse puisqu'il n'était alors que simple avocat. Ce no fut qu'en iSgÔ qu'il devint conseiller au parlement, puis président en la seconde chambre des enquêtes, et en iSgy avocat général.

{d) Tiré du Mémoire inséré dans le Mer- cure Galant au mois de décembre 1698.

** Leclerc, d'après Quesnel, dit qu'An- toine Arnauld n'eut que vingt enfans.

(c) 7'iré du Mémoire inséré au Mercure- Galant de décembre lôgS.

*^ Ce fut, dit Leclerc, le 29 dc'ccmbre 1619, dans sa soixantième année.

ARNAULD.

» M. le Maître son petit-fils, gratis cette cause si fameuse. L'uni- « qui l'ait exercée avec plus d'é- versité fit un acte dans les formes «Clat et plus de dignité. Sa mai- ^'engagea à une éternelle reconnais- » son était continuellement plei- sance, tant envers lui qu'envers sa » ne de princes et de grands sei- postérité'. Voici les termes du décret, « gneurs, qui venaient le con- Q"»propter, chm consultomm di- » sulter sur leurs plus importan- „„,, ^ Antonics Arnaidus, injoro Pa- « tes affaires; et il fut partout risiensl speclatus a mullis annis patro- » en telle vénération, qu'après nus pro defensione juris academici .. sa mort il fut exposé sur son '"«'"/'«'■^ desudMi • et lon^â comtâ- ,., / ^ que oratione. quœ doctorum nianibus » ht pendant quelque temps, 7^^^,^^ ^ probârit Ckmque idem » pour satisfaire au public qui le pro defensionis laboribus et patrocinii » demanda avec instance {/). » 7"'^ oblatum sibi ab academiâ hono- On a eu grand tort de lui impu- ter une apologie de Phalaris (G).

(y") Perrault, Hommes illustr., pag. 5^, 55, édition de Hollande.

(A) Il refusa d'être secrétaire d'é- tat.,.. On a insinué ce fait dans son épitapke. ] M. le Maître, petit-fils et filleul d'Antoine Arnauld l'avocat, est l'auteur de cette e'pitaphe. Ceux qui la voudront lire n'auront que faire de la chercher ailleurs que sur cette page; ceux qui n'eu seront point curieux n'ont qu'à passer ou- tre. Ils le feraient bien sans attendre mon avis.

Passant, du grand Arnauld révère la mé- moire. Ses vertus à sa race ont servi d'ornement, Sa plume à son pays, sa voix au parlement, Son esprit à son siècle, et ses faits à l'his- toire ". Contre un second Philippe, usurpateur des lis, Ce second Démosthène anima ses écrits, Et contre Emtnanuel arma son éloquence *'. // vit comme un néant les hautes dif^nités, Et prêtera l'honneur d'oracle de la France A tout le vain éclat des titres empruntés.

(B) Il plaida pour V uniuersité con- tre les jésuites f^oici quelle en fut la récompense.} 11 renvoya à l'u- niversité le présent qu'elle lui avait fait donner: il voulut avoir plaidé *' Il manque ici, dit Joly, quatre vers à celte épitaphe qui est un sonnet. Il est surprenant, dit-il, que Bayle ne se soit pas aperçu de cette lacune. Voici les quatre vers qui composent le second quatrain: Ses discours aux héros dispensèrent la gloire. Par lui la vérité triompha puissamment, Des princes et des rois il fut l'élonnement Et les eut pour témoins d'une illustre victoire. *^ C'est (Paprès ce vers et sur le témoignage de Guichenon, que Bayle attribue à Arnauld la preraièreA'ai'Oi'tj'cnne; mais la Bibliothèque his- torique de la France, n». 19779, élève des doutes là-dessus.

rariitrii remiseril, gratmtamque suam opérant esse foluerit; ne apud nos in- grati animi culpa résident, placuit rectori, quatuor facultatibus, et singu- lis nalionibus, ut perpétua tanti bene- ficii memoria publicis tabiilis consig- nata et testata apud posteras extaret, huicque sacraniento se omnes acade- miœ ordines obslringerent, se eu offi^ cia quœ a bonis clienlibusfido patrono soient deferri, oninia in illcm ejdsque LiBEROs ac posteras collatitros, nec eo- runt unquam honnri, cominodis, fa~ mœque defuturos (i). Vous trouverez amplement ce fait dans la préface d'ua livre imprimé à Liège, l'an 1699, et intitulé: Causa Arnaldina, seu An- tonius Arnaldus doctor et socius sor- bonicus à censura anno i656 sub no- mine facultatis theologicœ Parisiensis fulgatâ uindicatus.

(C) Il publia un lii^re pour empêcher le rappel des jésuites; mais il ta- cha de le supprimer, ] C'est un petit livre de i^i^pa^es in-ia, intitulé: Le franc et i^éritable discours au roi, sur le rétablissement qui lui est demande pour les jésitites *. Le père Richeome le réfute dans sa Plainte apologétique, où il réfute aussi le Catéchisme des jésuites qui avait paru en même temps, et qui venait de la plume d'Etienne Pasquier. J'ai lu dans les remarques sur la confession catholiaue de San- cy (j), un fait que je m'en vais rap- (i) Prœfat. Causie Arnaldinae, pag. xcvij.

* Lecleic dit que cet ouvrage n'est pas d'Ar- nauld, parce que le style n'en est pas assez impé- tueux. Leducbat, au contraire, apporte des preu- ves à l'appui de son opinion, qui est qu'Arnauld est auteur de ce li\Te qu'on a réimprimé en 161'» à l'occasion de la mort de Henri IV, et en i-'W .nvec préface et notes de l'abbé Goujet.

ARNAULD.

porter en simple copiste. «L'avocat ta. Antoine Arnauld, homme très- 3) Arnauld ne repondit point: ce ne éloquent, fut employé pour plaider la iporte » rait à la fin sur toutes les raisons » qu'on pouvait avoir de laisser sub- « sister contre eux l'arrêt de leur ban- :) nissement. En effet, le pauvre » homme eut même tant de peur d'en » avoir trop dit dans son petit livre, ;> que j'en ai vu un exemplaire, où 3J un habile homme de ce temps -là » avait fait de sa propre main l'obser- 5> vation suivante: Ce lifre (Le Franc 3) et véritable Discours ) composé par » IH^. Antoine Arnauldleur bon ami; 3> et plus bas, les copies retirées par î> l'auteur, w (D) Ceux qui ont dit qu'il était de la religion ont débité un très-grand men- songe. ] L'auteur de V Ampliitheatrum honoris, déguisé sous le nom de Cla- rus Bnnarscius, qui est l'anagramme de Carolus Scribanius, son véritable nom, traite nettement de calviniste, Ant. Arnauld l'avocat. Ij"" Imago primi seculi soc. Jesu le fait aussi. L'auteur de l'Apologie de Jean Châtel dit, page 2o5, que le nom d'Arnauld vient d'«.p- ^wy-tti, qui signifie renier ou apostaquil ne le jut jamais, laissé des enfans très-i'ertueux et très- zélés à la religion catholique. C'est une chose étrange, qu'un historien, qui n'était pas du commun, ait pu se laisser tromper sur la profession de religion d'un si célèbre avocat, qui avait pris à témoin de sa catholicité tout le parlement, dans le plaidoyer même qui donne lieu à Dupleix de parler de lui. Voyons ce qu'il dit dans ce plaidoyer. Si d'aventure ils ne sont si impudens, et ceux qui les soutiennent, d^oser dire que la Sorbonne estoit hérétique en i554, lorsqu'elle Jit ce décret contre eux: tout ainsi qu'ils sont si eshontez, que de publier parmi les femmes de leur congrégation, que tous ceux qui pour- suivent cette cause sont hérétiques, qui viennent de Genève et d'Angleterre. Que si moi, qui parle, n^estois cogneu depuis mon enfance instruit dans le collège royal de IVavarre, et que ma profession si notoire et ma réception en charges publiques et honorables dès l'an 8o et 85 ne m'exemptoient sier, et qu'il approche de celui de l'an- trop manifestement de leurs impostulechrist, où se trouve le nom de la Bête; et page 206: Digne ministre de celui auquel a esté donné gueule pro- férante grandes choses et blasphèmes, Apocal. i3 (4). Dupleix débita le mensonge dont il s'agit, et s'en ré- tracta publiquement. Il avait dit dans L\ première édition de son Histoire d'Henri IV, en parlant du procès qu'eurent les jésuites avec l'université de Paris, l'an i594, qu'Antoine Ar- nauld faisant profession du calvinisme., le choix que les agens de l'université avaient fait de lui fut trouvé grande- ment scandaleux, et de mauvaise grâce. Mais voici comment il se rétrac- (3) L'auteur des remarques avait ditpag. 534 ifue Richeonie, sous le nom de François de la Montagne, a^ajl répondu l'an i5qI\ au plaidoyer de Pasquier, par un livre qui avait pour litre, L.1 Vérité défendue, f Au lieu de François de la Montagne et de plaidoyer de Pasquier, il faut, dit Leclerc, lire François des Montagnes et plaidoyer d^Anl. Arnauld. La Vérité défendue n'e.-'t point une réponse au Franc discours.^ (4) Ceci a clé lire de la Question curieuse, si M. Arnauld est liérctiquc? p«^. i3.