de ce professeur de Sorbonne, il (e); mais les principaux docteur» voulut étudier cette matière l'ayant fort pressé de penser de- dans saint Augustin, et il j^ré- rieitsement à y entrer et lui fera le système de ce docteur de ayant promis que, pourvu qu'il la grâce à celui de M. l'Escot. régentât un cours de philosophie C'est ce qu'il témoigna publique- on ne prendrait point garde à la ment par la tentative (^i^\\ sou— circonstance du temps, il entre- tint l'an 1636, pour prendre le prit cette affaire, sans s'arrêter degré de bachelier (c). Il employa à l'obstacle qui se présentait à V étude les deux années d^inter- cest qu! étant en sa licence, le i>alle qui se doivent trouver, selon temps dans lequel les statuts les lois de la faculté de Paris, prescrivent que soit fait le cours entre la tentative et la licence; de philosophie était passé...après quoi, il commença les ac- Les deux années de ce pénible tes de sa licence à Pâques de travail étant achevées, il sup— Van i638, et les continua jus- plia la maison de V admettre à qu'au carême de i64o. Il sou- la preuve de son cours, et de dé- tint l'acte de vesperies le 18 de libérer sur l'honneur quil lui décembre 164 1, et le lendemain demandait <ï être reçu dans cet il prit le bonnet de docteur. Il illustre corps. M. l'Escot trouva avait composé et enseigné publi- là une occasion de se venger. // quement un Cours de philoso- n'avait point appris au cardinal phie durant sa licence (d). A la de Richelieu, sonpénitent, à par- fin de ce cours de philosophie, donner, et il avait appris de son qu'il régenta à Paris dans le col- pénitent à ne pardonner pas (f). lége du Mans, il fit soutenir des II empêcha que M. Arnauîd ne thèses oii il témoigna d'une ma- fût admis à la société de Sor— nière fort remarquable sa bonne bonne (C). Il n'eut pas le même foi, sa docilité, son humilité (B). crédit après la mort du cardinal; Il (ut ordonné prêtre aux quatre mais s'il fut contraint de voir temps de septembre de li^^i, et entrer ce jeune docteur dans il célébra sa première messe le cette société, l'an i643, il n'ou- jourdela Toussaint de la même l>lia pas de travailler à l'en exannée, après une retraite de clure, dès que l'occasion lui en quarante jours // avait fut offerte. Le livre de la Frécommencé sa licence, sans quente Communion publié par avoir eu dessein d'être de la mai- M. Arnauld *, l'an i643, dé- son de Sorbonne...Il s'était plut extrêmement aux jésuites. contenté de jouir des droits de Us le réfutèrent, et dans leurs Vhospitnlité qui lui donnaient la iweiie ae loger dans ta maison ^q^^^^^ q^^^^ Araald. p,,p/., pag-. xx^j.
if) Ufut confesseur du cardinal de Ri- (ci CeUe Thèse fut de'die'e au clergé de chelieu, et puis évégue de Chartres.
France assemblé alors à Paris. « Leclerc prétend que dans cet ouvrage il {d) Notez une chose, que l'auteur que je n'y a guère que le style qui soit de M. Arcopie ne distingue pas, c'est que M. Arnauld nauld. 11 dit que l'ouvrage est en partie de ne commença de régenter ce cours de pliilo- l'abbe' de Saint-Gyran, et en partie de M. Legopliie, que la deuxième année de sa li- maislre et de M. de Sacy, son frère: mais t^ence. ce fut Arnauld qui le publia.
4o2 ARNAULD.
sermons, et clans des ouvrages cette paix: il alla faire la révé- impriraçs, comme rempli d'une rence au roi et au nonce, et pa- très-pernicieuse doctrine. Les rut autant qu'il voulut en pu- disputes sur la grâce, qui s'é- blic, jusqu'à ce qu'en 167g, il chauffèrent en ce temps-là dans se retira volontairement hors du l'université de Paris, ne servirent royaume, parce qu'il sut que ses qu'à fomenter l'animosité réci- ennemis le rendaient suspect au proque des jésuites et de M. Ar- roi {h). On ne doute point qu'il nauld. Ce docteur soutint le n'ait vécu depuis ce temps-là parti de Jansénius par des écrits dans le Pays-Bas, mais il ne s'est d'ime grande force, soit en ré- jamais fait connaître qu'à un pe- futant les trois sermons de M. Ha- tit nombre d'amis aflidés. On bert et l'apologie que le prédica- l'inquiéta à Liège, l'an 1 690 (F). teurenfit, soit en réfutant M. le La réflexion qui a été faite sur Moine, professeur de Sorbonne cette entreprise est digne de l'at- (o-), et quelques autres. On ne tention de ceux qui gouvernent trouva lieu de le censurer juri- (i). Il a continué ses exploits de diquement, que loi'squ'il eut plume contre les jésuites avec pviblié deux /e«re,y sur une aven- une grande force jusqu'à sa ture du duc de Liancour, grand mort. Il continua aussi pendant ami dePort-lloyal (D). On trou- quelque temps à écrire contre va, dans la seconde de ces let- ceux de la religion; mais un mi- tres, deux propositions que la nistre, le plus exposé à ses atta- faculté de théologie condamna ques, employa en \683 un stra- l'an ï656. M. Arnauld fut en tagème qui fit cesser ses irrup- même temps déclaré exclus de la tions sur le parti protestant. Je faculté. Il y eut bien des irré- parle de l'auteur de I'Esprit de gularités dans les procédures (E). M. Arnauld (G). Nous pourrions Il y avait déjà plusieurs années donner une longue liste des faus- qu'il ne se montrait jjoint; car, setés de fait qui regardent ce depuis qu'à l'occasion des trou- docteur, mais nous nous conten- bles de la fréquente communion terons d'en rajjporter quelques- il se vit cité à Rome, et que ce unes. On l'a fait huguenot (k); ne fut qu'à force de remontran- on l'a mis de l'assemblée de ces que l'on fit révoquer à la Bourg-Fontaine (H): on l'a fait reine mère les ordres qu'elle lui aller au sabbat {1); on l'a envoyé avait donnés de partir incessam- commander les troupes vaudoi- ment, il demeura ou caché en ses (K); on lui a donné la charge divers lieux, ou comme solitaire àPort-Rojal des Champs. Cette vie de retraite dura près de vingt-cinq années, jusqu'à la paix du jansénisme conclue l'an 1668. M. Arnauld fut compris dans (g) Cette réfutalion a pour titre. Apologie pour les saints pères de l'église, défenseurs de 1,1 (irâce de Jésus-Christ.
(//) Tiré, ou d'un lii're imprimeTan 1690, sous le titre de Question curieuse si M. Ar- nauld, docteur de Soibonne, est liéréfique, ou d'un livre qui est une seconde édition de celui-là bien augmenté, et publié l'an 1695, sous le titre c/'Hisloire abrégée de la vie et des ouvrages de M. Arnauld. Voyez aussi la préface du Causa Arnaldina.
(1) Voyez la remari/uc (A) de l'article de (Jacques Le Kossu ).
I AÎINAULD. 4o3 d'écuyer du Goliath Pierre Ju- Son agonie fut douce, tranquille, rieu (L); on a dit qu'il avait été courte. Il eut d'autre côté au- banni de France (M), et qu'il tant de force d'esprit, et de mé- avait fait l'Apologie pour les ca- moire, et de plume, la dernière tholiques, afin de recouvrer ses année de sa vie, qu'à l'àee de bénéfices (N); on lui a imputé quarante ou de cinquante ans, plusieurs livres qu'il n'avait Ce sont deux bonheurs qui arri- point composés (Oj: j'en mar- vent à peu de personnes de let- querai quelques-uns, et je ne très. Il avait écrit peu de mois doute pas que l'on n'en puisse in- avant sa mort quatre lellres con- diquer bien d'autres. On a impu- tre le père Mallebranche (m), té son silence à une fausse rai- et une lettre à M. du Bois, son son (P); on lui a donné des lu- ancien ami, toute remplie de nettes, et un valet infidèle (Q). réflexions sur V éloquence des Les principaux livres qu'il a faits prédicateurs {n). Le public a vu depuis sa sortie-de France con- ces derniers ouvrages, et n'y a cernent le système de la nature trouvé aucune marque d'un es— et de la grâce du père Malle- prit diminué. M. du Bois ne branche, le péché philosophi- survécut guère ni à sa récepque, la morale pratique des je- tion à l'académie française, ni suites *, et quelques proposi- à la lecture des Réflexions *', où tions de M. Steyaert. Il s'est il avait pu apprendre qu'il n'a- battu vigoureusement contre le vait rien entendu dans la doc- père Simon dans ce dernier li- trine de saint Augustin touchant vre, soit pour le Nouveau Testa- l'éloquence de la chaire (o). Je ment de Mons, soit touchant ne sais si le public verra jamais l'inspiration des auteurs sacrés ce que M. Arnauld écrivit envi- et les versions de l'Ecriture en ron le même temps *^ en faveur langue vulgaire (R), soit en fa- de M. Despréaux (T), mais je ne veur des attestations des Grecs doute point que cette lettre ne (S), etc. soit admirable. Il y a un autre II mourut la nuit du 8 au g bonheur à considérer dans sa d'août 1694, âgé de quatre- vie, et qui surpasse ceux que j'ai vingt-deux ans, six mois et deux jours. Il reçut du ciel dans cette y„>„ ieg/j^^A les sultans.
grande vieillesse deux faveurs (n) Histoire abrégée de M. Arnauld, ^^a»-.
insignes et tout-à-fait rares; ^^i To„u av ni, P, 1 1- 1 -1 Leclerc dit que Dubois mourut avant car la maladie dont il mourut que le manuscrit d'Arnauld fût arrivé à Pa- ne dura qu'une semaine, plus ou ^'^;,-,,., ^,, *, ^ 1 (o) Ce çuil avait dit sur cela se trouve moms, et ne 1 empêcha pas de dans la préface de sa traduction française dire la messe ou de l'entendre ^'' 7"«''/"'-'*" Sermons de saint Augustin.
et de rcciter son bréviaire a peu « j„iy reproche à Bayie d'avoir dit que près aux heures ordinaires (/). cette lettre était adressée à Despréaux, tan- dis qu'elle l'était à Perrault en faveur de * Comme le remarque Leclerc, Bayle lui- Despréaux. Bayle, qui ne dit pas à qui elle même a transcritdans sa remarque 1,0), n». Il, est adressée, n'a pas pu se tromper d'adresse, vm passage où Arnauld désavoue cet ou- comme le prétend Joly; et, de plus, il in- ^''^S^-..,,, dique, ce qui était suffisant, en fareiir de (/> Histoire abrége'e de M. Arnauld, ^. 279- qui élait cette lettre, 4o4 ARNAULD.
marqués, c'est qu'il fut toujours enterré, et c'est l'une des conexact dans la pratique des exer- formités que ses amis ont marcices de piété que son sacerdoce quées entre son destin et celui exigeait de lui; et ce qui est en- de Moïse (q^. Il souhaita qu'on core plus difficile, c'est que, portât son cœur à Port-Royal (r).
même dans sa jeunesse il s'éloi- Cela fut exécuté; mais les vers gna des plaisirs des sens; et que de M. Santeuil sur ce sujet excila pureté de ses mœurs ne se dé- tërent une guerre fort violente mentit jamais {p ). On n'a point vu que ses adversaires lui aient donné des atteintes par cet en- droit-là, quoiqu'à l'égard de l'orthodoxie, ils aient tâché de le diffamer à toute outrance. Si la lecture des mauvais livres pro- duisait dans le cœur des jeunes gens les mêmes effets qu'en lui, il serait bon de la conseiller (V). Les protestations qu'il a faites de son attachement à la vraie foi, et de son zèle pour Dieu, (AA), et qui a bien diverti plu- sieurs personnes. On cria beau- coup contre les jésuites, sur ce qu'ils obtinrent que M. Perrault fût obligé à supprimer le feuillet qu'il avait destiné à M. Arnauld dans son Recueil des portraits et des éloges des hommes illustres de la nation française (BB). Je n'oublierai pas l'estime que ce docteur de Sorbonne mérita au- près de M. Descartes (CC). J'ai ouï dire à des gens qui avaient pax-aissent en divers endroits de été admis à sa familiarité, que ses livres, et surtout dans le Ze,î- c'était un homme fort simple tament spirituel (X) qu'il fit le dans ses manières, et qu'à moins i6 de septembre 1679, oii il qu'on lui proposât quelque quesprend Dieu à témoin des dispo- sitions avec lesquelles il s'est en- gagé à faire tels et tels livres. On a reconnu enfin à la cour de Ro- me ce qu'il valait (Y), et il n'a tenu qu'à lui d'être cardinal. Il n'est pas besoin de dire qu'il combattit de toute sa force les relâchen^ens de la morale, et tion, ou qu'on lui demandât quelque instruction, il ne disait rien qui fût au-dessus des con- versations communes (DD), et qui put faire conjecturer qu'il était habile; mais dès qu'il s'a- gissait de répondre à ceux qui le voulaient mettre sur quelque matière de science, on le voyait qu'il fut toujours un docteur et comme transformé en un autre un directeur d'austérité. On homme, on l'entendait débiter trouve qu'il s'écarta un peu de la voie étroite, dans l'affaire qui donna lieu à un factum de M. Des- Lyons (Z). Notez qu'on ignore le nom du lieu oii il mourut: on croit que ce fut dans un vilcent belles choses avec beaucoup de clarté et beaucoup d'érudi- tion, et l'on trouvait qu'il avait un don tout particulier de se rendre intelligible aux esprits les inoins pénétrans. Je crois que lage du pays de Liège. On sait j'insérerai dans quelque endroit encore moins le lieu oii il a été (ç) Voyez /'Histoiie abrégée de sa vie, (p) Prœfat. Causae Arnald., pag. ix, pag- 3o3. Voyez austi l'Histoire abrégée de sa rie, (r) Perrault, Hommes Illustres, pag.
ARNAULD. 4o5 de mon ouvrage (s) une lettre du Calvinisme de M. Maimbourg, a que l'on supposa que le roi lui Çru.que la haine de M. Arnauld pour qui furent cause qu'il prit la ré- solution de s'exiler volontaire- ment y oat plus perdu que ga- gné; car il n'eût rien écrit con- tre eux dans Paris: il eût obsei'vé autrefois comparé a Annibal trop opiniâtrement persécuté par les Ro- mains (5j: je ne sais si je ne pourrais pas le comparer au même yînnibal promettant à son père dès ses plus tendres années, qu'aussiiot (pûil en cela les conditions de la paix; serait en âge de porter les armes, il au lieu que, se voyant hors du ferait la guerre a ces mortels ennemis •1 ui- ' c ^ de sa patrie. On suit que M. Arnauld royaume, il a publie un fort est fils de ce célèbre luoine Arnauld, grand nombre d écrits, qui ont m'ocat au parlement de Paris, qui fait beaucoup de tort aux jésui— plaida si éloquemment pour iuniuertes it). On prétend même qu'il *"^' contre les jésuites, l'an \5<^\, et est devenu l'apôtre du jansénis- me en Hollande (EE).
{s) Voyez la remarque (A) de l'article Ypres. [C'ait à la lettre I, comme si l'on écrivait Ipiies, qu'il faut chercher cet ar- ticle] (t) foyex /'Histoire abrégée de sa vie, (A) // est fils d'Antoine Arnauld tauocat.^ Cette filiation est sans doute l'origine de la grande haine des je'- suites pour M. Arnauld, et de M. Ar- nauld pour les jésuites. L'auteur de la Question curieuse (1) ne m'en de's- avouera pas tout- à -fait, puisqu'il parie ainsi (2): M. Arnauld i^int au monde le 6 de février l'an 161 2, et eut pour père M. Antoine Arnauld, si célèbre dans le barreau, et connu dans l'histoire des jésuites par le fa- meux plaidoyer qu'il fit contre eux pour l'unii'ersité de Paris, en iSg^...Par la raison que je uiens de dire, M. Arnauld naquit avec un second péché originel, que nul sacrement ne pjut effacer, et le crime du plai- doyer ayant rendu le père cahiniste et ministre de l'Antéchrist dans l'esprit des jésuites (3), quoique toujours bon catholique et bon chrétien partout ailleurs, le fils ne poui^ail manquer de naître à leur égard enfant de colère, et d'être hérétique, et pis encore, ai'ant que d'être chrétien. L'un des protes- tans qui ont e'crit contre l'Histoire (1) Voyez dans le texte de cet article, cita- tion (h), quel livre c^esl.
(3) Voyez la remarque (D) de l'arlicle ti'An- toine Arnauld l'avocal.
qui n'oublia rien pour persuader aux juges, qu'il ne fallait point les souf- frir dans le royaume. Cette action le rendit odieux à toute la société, autant ou plus que la société ne lui était odieuse. Il est fort apparent quil inspira à ses fils les sentimens qu'il aidait pour les jésuites; au moins, est-il bien certain qu'en cela ils n'ont point dégénéré de la wertu de leur père.
(B) Ilfit soutenir des thèses, ou il témoigna d''une manière fort remar- quable sa bonne foi, sa docilité, son humilité.] a A la iin du cours de » philosophie, qu'il re'genta au col- » lége du Mans dans l'université' de » Paris, il fit soutenir des thèses à » plusieurs de ses écoliers: entre » lesquels étaient le sieur Barbey, de- )i puis célèbre professeur de philo- » Sophie dans la même université, » et M. Wallon de Beaupuis, ecclé- » siastique de Beauvais, d'une grande » piété, qui vit encore, et qui a » laissé ce fait par écrit. Ce dernier » soutenant ses thèses le a5 juillet j> 1641, M. de la Barde, savant prêtre » de l'Oratoire, alors chanoine de » l'église cathédrale de Paris, y dis- » pusta, et poussa si vigoureusement » son argument, que le professeur « fut obligé de venir au secours de (4) ÎVouvelles Lettres sur le Calvinisme de Mairub., pag. ii5.
(5) C'est dans la V'. Lettre de la Critique générnle, pag. 9S. Quand je me figure ce gran l bomme reluit à la dure nécessité de se tacher, je songe au fameux Annibal, et aux dernières pa- roles que les injustes persécutions des Homains lui arrachèrent; Liberemus diuturnd cura popii- luin Eomanum, quandb inorteni seni< expectc.re longum eenseal. Tite-Live, iib. XXXIX.
ARNAULD.
« l'ecoliei'. Mais il fut lui- même si 5) vivement presse' par l'illustre dis- î» putant, qu'il vit bien qu'il n'y » avait pas de bonne réponse à lui » donner. Il ne lui aurait pas été dif- 3> ficile de se tirer d'affaire par une i> distinction telle quelle, comme » font souvent les professeurs 5 mais w cela ne s'accommodait pas avec sa )) sincérité et son amour pour la vérité. V II lui dit donc publiquement et » sans façon, qu'il croyait qu'il avait 5) raison, que son sentiment lui pa- j) raissait le plus véritable, et qu'il 3) le suivrait lui - même à l'avenir. Il » n'y manqua pas 5 car environ trois M ans après, son même disciple ayant i> à soutenir enSorbonne sa tentative » pour le baccalauréat, il pria M. Ar- 3> nauld de lui composer ses thèses. 3) Il le lit, et y mit l'opinion contraire 3) à celle de ses thèses de philoso- 3) phie (6). 3) Il manque dans ce narré une partie essentielle; on n'y dit point quelle est l'opinion que M. Ar- nauld avait soutenue, et dont il con- nut la fausseté par les fortes objections de l'opposant. Suppléons ce!a, et disons que la thèse que M. de la Barde attaqua était celle-ci. JSns synonimè cotwenit Deo et Creaturœ (7). L'au- teur du narré juge bien des choses, quand il dit que cette action de M. Arnauld était grande devant Dieu, et rare devant les hommes, et que ce qui rient d'une grande droiture de cœur, d'un amour constant et uni- J'ornie de la uériié, d'une grandeur d'âme qui est au-dessus du désir de vaincre et de la crainte d'affaiblir sa réputation est toujours grand (8): mais il me semble qu'il tiaite avec un peu îi'op do mépris les solutions que l'on peut donner aux argiimens de ceux qui soutiennent que l'idée de l'être ne convient pas univoquement à Dieu et aux créatures. J'ai autrefois examiné cette dispute, qui est fort célèbre dans les écoles, et il me parut que ceuxqui nient Tunivocalion de l'être ont pour eux la foule, le grand nombre (9), mais non pas les (6) Hi.sloire abrégée de 3T. ArnauH, png. 46.
(7) Prcejal. Causa; Aniiililina;, jag. xviij.
(8) Histoire abrégée de M. Arnauld, pag. 47- (g) Sed illos Pcfenflit numeius, junctirquc vmhone pha- . langes.
Juvenal,, Sat. II, vs. ^5.
plus solides raisons j c'est pourquoi je choisis le sentiment qu'ils combat- tent. Je l'ai soutenu souvent dans des disputes publiques, et n'ai jamais éprouvé qu'on me proposât aucune objection embarrassante. Ce n'est pas que l'on ne sautât d'abord à l'objec- tion, que Dieu est Vêlre par excellen- ce, l'élre nécessaire, infini, souve- rainement parj'ail, au lieu que celui des créatures n'est que précaire. Je ne trouvais aucune force dans cette ob- jection; car les élémens de la doctrine des universaux nous instruisent, que les idées du genre se séparent entiè- rement des propriétés spécifiques par la précision de notre esprit. Mais si j'avais su que M. Arnauld, ayant soutenu cette opinion, avait été dé- terminé par le choc de la dispute à y renoncer, j'aurais soupçonné qu'il y avait là certaines difiicultés que je n'avais rencontrées dans aucun des scolastiques espagnols c|ue j'avais examinés. Souvenons-nous qu'on re- marque qu'il ne f\if point nécessité à changer de sentiment. Cela porte à croire qu'il ne trouva point insoute- nable son premier dogme; mais seule- ment, que l'analogie de l'être lui pa- rut une meilleure doctrine que l'iini- vocation. Erudito discipulo sub yali- dissimorum argumcntorunujue mole J'aliscente (10), suppelias uenit ma- gister, diiique conjlictatus, non cedendi necessitate coactus, sed ueritate et t'eritatis amore rictus, rictum se ultra piofessus est, et a senlentid suâ discessurum publiée spnpondit. Pro- missis stetit, etc. (11).
(C) M. FEscot empêcha que M. Ar- nauld ne fut admis à la société de Sorbonne.2 11 n'y eut que deux doc- teurs qui ne furent pas favorables à la requête de M. Arnauld. Ils allé- guaient contre le sentiment des autres la loi et la coutume, qui roulaient que le cours eût été fait ai-ant la licence: et sur ce différent, qui de- rail être décidé a la pluralité des roix, ils furent d'aris qu'il en j allait rendre juge le cardinal de Richelieu, prori- stur de Sorbonne, ce qui était contre les lois et contre la liberté de la niai- (10) Notez qii'en France, ceux qui pre'sidenl h une dispute ne prennent la parole que lors que leur écolier est il haut. En d'autres pays, ils parlent presque toujours, et ii peine lui don- nent-ils In loisir de répéter l'argument.
(11) Prœfat. Causx Arnaldiua;, pag. xix.
ARNAULD.
son! mais c'eût été un crime alors de lettre, M. Arnauld se crut obligé de refuser un tel juge. On lui députa réfuter les faussetés et les calomnies donc M. Hardlviliers archevêque de dont ils étaient remplis, en faisant Bourges, et M. Hubert théologal de imprimer une seconde lettre, qui ré- l'église de Paris ('■*)■ Le caidi- pond a neuf de ces écrits {iS).
nal ne jugea pas à propos que la com- (E) Il fut exclus de la faculté. Il y pagnie fît rien contre ses lois et ses eut bien des irrégularités dans les pro- coutumes. Mais c'était moins le zèle cédures. ] « On nomma pour commisde l'ordre et du règlement qui lefai sait agir et parler aimi, que la con- naissance qu'il allait de V étroite union qui était entre M. Arnauld et M. de St.- Cyran, le dépit de ce ministre de » saires ( à JM. Arnauld) ses plus dë- » clares ennemis, contre qui il avait » e'crit sur ces matières, et qui étaient » connus de tout le monde pour les » plus ardens à sa perte, et tout ce ce que M, Arnauld n'aidait point re- » qu'il put faire représenter sur cela cherché sa protection durant sa licence, » ne lui servit de rien (16). Tous les et enfin le crédit qu'avait M. l'Escot » docteurs de la communauté de sur l'esprit du cardinal, son pénitent. » Saint-Sulpice, continue-t-on, contre Car ce docteur était l'un des deux » qui la lettre de M. Arnauld était opposons, et avait pris, comme j'ai » écrite, eurent la durefë et l'injustice remarqué, un grand éloignement de » de demeurer ses juges, nonobstant M. Arnauld, par un esprit de jalou- » sa récusation, au lieu qu'il ne leur sie et de vengeance. Il était assuré- w fallait qu'un peu d'honneur, pour ment plus glorieux à M. Arnauld » les porter à se récuser eux-mêmes, d'être exclus de la société de cettema- » comme font les honnêtes gens dans nière, que d'y être reçu comme la » les tribunaux même laïques (17). » plupart des autres. Il y fut néanmoins On verra plusieurs autres irrégularités, reçu après la mort du cardinal, la innovations, contraventions à l'ordre Sorbonne ayant recouvré alors sa li- toujours observé en ces rencontres, et berté, aussi-bien que beaucoup d'au- violemens même de l'équité naturelle, V gea dans la suite, en le faisant Arnauld fit signer à la faculté (18). J) exclure, et de la maison de Sor- L'ouvrage qui a été publié à Liège » bonne, et de la faculté, par la l'an 1699, sous le titre de Causa Ar- » censure de i656, dont il fut le naldina, peut servir d'instrnclion » promoteur, avec M. le Moine, suc- complète touchant cette procédure » cesseur de sa chaire et de ses des théologiens de Paris, et louciiant » sentimens (i4)» le fonds du dogme qu'ils censurèrent.
(D) // publia deux lettres sur une On a recueilli dans cet ouvrage pluaventure du duc de Liancour, grand sieurs écrits que M. Arnauld et ses ami de Port-Royal.^ Ce duc faisait partisans firent imprimer en ce tempsélever sa petite-Glle à Port-Royal, et là, pour soutenir la justice de sa avait chez lui M. l'abbé de Courzeys. cause.
Il se présenta en 1 655, pour la confes- (F) On l'inquiéta a Liège, l'an sion, à un prêtre de St.-Sulpicc sa 1690. ] Six supérieurs s'assemblèrent paroisse, qui lui déclara qu'il ne lui pour exploiter canoniqnement contre pouvait donner l'absolution, a moins lui. Ce furent le garclien dos rccolqu'il ne lui promît de rompre tout lets, le gardien des cordeliers, le commerce avec ces messieurs-, de re- sous-prieur-vicaire des augustins, le tirer sa pelile-ftlle de Port-Royal, et recteur des jésuites, le vicaire des de congédier de chez lui cet abbé Cette affaire ayant fait grand bruit dans Paris et par toute la France, jyi. Arnauld fut prié défaire impri- mer une lettre pour la justification de ce seigneur Un grand nombre d'é- crits ayant été publiés contre celle Îia) Histoire abrégée de M. Arnauld,;><7^. 5o. lî) L'a même, pag. 5i, Sa.
(i5) Question curieuse, pag. 58 et Sg.
(1-) Ce lerma fera rire bien des gens, qui ne croient pas que l'es tribunaux civils puissent être comparés aux fcclêsiastiques, que comme le bon au moins bon.
(18) Il en a la page 71 de /a Qnestion cu- rieuse, forez dans les Nouvelles de la Répu- blique des Lettres, mois de Juin 1686, art. HT. ce que M. de Launui jugeait de celle censura sorbonique.
ARNAULD.
carmes déchaussés, et le prieur des jacobins. Ils rappelèrent un certain Arnold; mais, ne leur en déplaise, cela ne fait point d'honneur à leurs communautés: il y a là, ou une M. Arnauld partout où il le trouve- rait dans le diocèse (21); mais il traite cela d'une insigne fausseté (m).
(G) Je parle de fauteur de /'Esprit DE M. Arnauld.] Il y aurait cent choignoranoe impardonnable à des gens ses à rapporter touchant cet ouvrage; de lettres, ou une aflectation d'airs dédai{<npnx, qui ne sied pas bien à des personnes consacrées au service divin, el <|ui décrètent pour la foi. Il n'y a point d'homme de It-ttres qui puisse dire, sans s'exposer à la risée des savans, un certain Scaliger, un certain Sirmond, un certain Pétau, un certain Saumaise, un certain Gro- tius, un certain Seldeniis et (s'il s'agit du docteur de Sorbonne ) un certain Arnauld. Les disputes où ce