SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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que reruni opificern, Grœcos docuisse: ut permiruni sit, priores philosophas qui hœc ignorârunt, sapientum nomen, et honorent habuisse; et duas has res, quorum cognitio cunclis niortalibus optatissima est, et ad benè pièque t^i- i'cndum maxime necessaria, tam sero ad Grœcorum notitiam peri'enisse. Le père Thomassin avait In-dessus une pensée remarquable. « Tous les poé- j) tes, » dit-il (io3), « qui avoientesté 5) les plus anciens philosophes, et tous M les sages des siècles fabuleux, com- » me on les appelle, n'ayant point -» cherché, ni célébré par leurs écrits w d'autre cause que la première, et la (100) Voyez ci-dessus les citations ni.93. (loi) Cicero, Academ. Quxst., tth. Il, cap.

(loî) Percrius, <le coinmunibus omnium re- rnm natiiratium Principiis, lib. IV, cap. IF", pne. aoG.

(io3) Tliomassin, Métliodc dVttudler et d'cn- aeigncr la Philosopliie, Zic. /, chap, XIV, pag. ïCî, 163. Voyez aussi pag. 16Ô.

divinité suprême: comment pou- voit-il se faire qu'aussi-lost après, Thaïes et ses premiers successeurs ignorassent, ou laissassent dans la silence ce qui avoit fait l'occupa- tion de tous les sages, et de tous les siècles jusqu'alors? Il y a donc de l'apparence que ces premiers philo- sophes ioniens, présupposans ce qui estoit incontestable, et jusqu'alors incontesté de la première cause ef- ficiente de toutes choses, ne parlè- > rent que des causes secondes qui avoient esté inconnues jusqu'alors, et qui n'avoient pas même esté re- cherchées. Ils craignirent que s'ils faisoient encore remonter jusqu'à Dieu tous les effets particuliers, on ne retombast dans la première ac- coutumance, où on avoit esté de négliger la recherche de toutes les causes secondes, et de se contenter de la première. Il en est de mesme des anges. Homère, et les autres poètes ou philosophes très-anciens, les faisoient seuls auteurs de toutes > choses sous les ordres de Dieu. Les » disciples de Thaïes, pour faire va- loir l'efficacité des causes corporeli> les et immédiates, se passèrent de nommer les anges...Mais enfin I) Anaxagore jugea qu'en son temps le monde estoit capable de com- prendre l'alliance ei la subordi- nation des causes corporelles sous les substances angéliques, et tant des unes que des autres sous la sa- >) gesse et sous la main toute-puissante de Dieu...C'estnit...simplement pour supposer les parties de la phi- losophie, dont tout le monde estoit assez instruit, que Thaïes et ses dis- ciples ne parlèrent ny de la morale, ny de la métaphysique, et afin qu'on donnast toute son attention à celle qui n'avoit pas encore esté cultivée. Mais comme on s'aperceut que la connoissance des causes se- condes estoit peu certaine, et qu'il y avoit à craindre qu'elle ne fist oublier la science de Dieu, des an- ges et des mœurs, qui esfoit et plus constante, et plus utile, et plus né- cessaire, Anaxagore, Socrate et Platon rendirent à la théologie et à la morale leur lustre et leur crédit anciens. » Voilà une belle pensée, voilà une idée ingénieuse: mais elle a peut-être ANAXAGORAS. 3g moins de solidité que d'éclat; puis- choses (107). li fallait donc qu'ils s'ex- que nous voyons qu'Anaximènes, pliquasscnt sur ce. qu'ils croyaient de précepteur d'Anaxagoras, ne traita la nature de Dieu, et qu'ils cpuisas- point la philosophie comme une per- sent toute la doctrine des premiers sonne (|ui supposait que l'existence de principes; après quoi, il leur était Dieu, en qualité de première cause, tort permis de donner raison des ef- était si connue, qu'il ne fallait pas en fets particuliers et quotidiens de la parler. 11 jiarla des dieux; mais, bien nature, sans remonter jusqu'à la pre- ioin de les considérer comme des mière cause. Aujourd'hui les physi- principes, il soutint qu'ils devaient ciens ne considèrent que les causes se- eux-mêmes leur existence au principe condes, la matière, la forme, etc. qu'il établissait: Qui (Anaximenes) Mais ce n'est point parce qu'ils sup- omnes rerum causas inJiniLo ac'ri de- posent que la connaissance de Dieu, dit: nec deos negafit, nut tacuil; non comme de la cause première, est as- tanien ab ipsis aëreni faclum, sed ip- sez bien établie; c'est parce qu'ils eu SOS ex nëre nrtos credidil {10^). Cicé- traitent amplement, et avec beauron attribue un semblable sentiment coup d'étude, dans une partie de leur à Anaxiraander, précepteur d'A- cours, distincte de la physique (108). naximènes: Anaxiinandri npinio est Quoi qu'il en soit, tenons pour con- natii^i's esse deos, longis inlcri'aUts stant que ces anciens philosophes n'i- orientes occidentesque, eoque innn- gnoraient pas ce que les poètes avaient merabiles esse mundos. Nolez que les dit de Dieu. D'où vient donc qu'ils ne deux disciples d'Anaximènes (io5) les ont pas imités? Serait-ce parce corrigèrent l'hypothèse de leur maî- qu'ils ne faisaient pas grand fond sur tre, soit en admettant une intelli- des poésies où ils voyaient tant de £;ence distincte des corps, et cause bagatelles, et tant d'opinions popu- du monde, soit en supposant que laires qui n'étaient pas k l'épreuve l'air, le principe de toutes choses, d'un examen philosophique (109)? n'était principe qu'en tant qu'il était Aristole insinue celte raison (iio).

doué d'un esprit divin. La première Eu jugeaient-ils comme Socrate en de ces deux hypothèses est celle d'A- jugea lorsqu'il dit que les fanatiques naxagoras; l'autre est celle de Dio- ressemblent aux poètes, et que les gène d'Apollonie: Diogenes quoque mis et les autres n'entendent point ce ylnaxiinenis ollev auditor aèrent qui- qu'ils avancent:"E').va)v o5v nu kcÙ Trtp) dem dixit rerum esse maleriam de quâ tSiv woi/iTàv èv oKlyai toDto', oti où <ro- nmni a jîerent: sed eum esse compo- <^let ttoioÏh' à.KKci ^ûa-itTm, xoil IvSot/- teni dti'inœ rationis, sine quâ nihil. <riit^ovTêç, a'Wep 01 Ôso^.xvtsiç x*) 01 ex eo Jieri posset (106). Tout ceci ^f'^^M^fi^'-''- Ka< yàip oùto» xiyov<rt f/.h combat contre le père Thoniassin. Il ttukxù. na) Ketxà., 'itolti Si oi/iTsv uv xI- n'est plus question de physiciens qui ycuTi.ToioZrov t/^oi l'^â.vna-a.v 7r1i.B0cy.sti n'aient que passé sous silence la doc- oî TrotKToi mTrovBIj'Tiç (i 11). Deprehendi trinc de l'existence de Dieu; il s'agit igitur hrewi id in poè'lis, eos fidelicet de physiciens qui en ont parlé, mais non sapicniiâ facere quœfaciunt, sed d'une manière fort opposée à celle des naturd quâJani ex diuind animi conci- poètes, et à celle dÀnaxagoras. J a- talione, quemndmodiun et lii qui dtvi- joute que leur simple silence prouve- nofurore f[fflali l'aticinantur. Nani et rait beaucoup; car en ce temps-là hi multa quidem dicunt atque prœcla- les physiciens remontaient jusqu'au ra: sed eorurn quœ dicunt, nihil in- chaos, jusqu'à la première origine des teUigunt. Tali quodam pacto poé'tœ {io4Uugn5t., de Civit. Dei, W. ^7/, c«p. ^fj) ^«y*» Cicéron, Tafcuty, vers le II. Voyez aussi Cicéron, de Nat. Deorum. commencement • et Virgile, Ed. VI,vs.Zi.

lib. I, ou il du, Anaximenes aëra Denm slatult, ('«8) C est dans la meiaphy.^Kjtie.

eumque gigni. (*°9) Comme dans la Théogonie d^Hesiode, PPll°"'e- chap. r du 1". Livre de ses lnsiauliot,s,U (io6) August., de Civitate Dei, lib. VIII, chao' y précède les Divinités, cap. II. Voye.i aussi Cicéron, de Nat. Oeor., (,,o) Arist. Melaphys., lib. III, cap. IF, lib. I, cap. X, ou il dit, Quid? a^r (i»o Dio- pag.Giii, B. gencs Apollouiales utitur Deo. V") V\s.r.o in Apologiâ Socrali.<, pag. 17, F.

4o ANAXAGORAS.

affecti fuisse mihi fidentur. 11 est cer- fain que les poètes les plus ortho- tioxes ont fort erré sur la nature de Dieu; car Orphée, qui chanta que Dieu fît le ciel, ne le traite que de premier-né de toutes les créatures, et lui donne l'air pour père: Tlpai'rôyavoç gène Laérce prétend qu'Anaxagoras emprunta du poëte Linus l'un de ses dogmes (n3)j mais ce ne fut pas à l'égard de l'entendement premier mo- teur. Notez qu'Aristote, sur ce point- là, met beaucoup de différence entre Anaxagoras et Thaïes (ii4)' Finissons ceci par un beau passage de Théodo- ret j nous y verrons que les philoso- phes, qui précédèrent celui dont je fais ici l'article, ne virent goutte dans la doctrine de la première cause: 'Avtt^afvôpaç...Tœv ■Trpo ct'jTOu ^«"^«VHfÂiVaiV <^fXOS"0<()ûlV OuS'eV TTillAtTipa) TOIV CjfOÙ- (G) J'examinerai si la doctrine des îiomœoméries ne renfermait pas beau- coup de contradictions -1 Je ne me ser- virai point des argumens d'Aristote (i i6), quelque subtils et quelque so- lides qu'ils puissent êtrej et s'il se trouve que mes réflesions aient du rap- port aux siennes, ce sera un pur hasard.

I. Nous avons vu (117) pourquoi Anaxagoras voulait que chaque chose fût composée de particules sembla- bles; il voulait éviter par-là qu'un corps ne fiit fait de rien. Or, comme les alimeus les plus simples peuvent être la matière dont toutes les parties d'un animal se nourrissent, il fallait qu'il avouât que l'herbe d'un pré con- tient actuellement des os, et des on- gles, et des coines, beaucoup de (iii) Lactant., lib. /, cap. V.

(ii3) Diog. Larrt., in Proœm. num. 4' (ii4) Arist., de Animû, lib. I, cap. II,pag.

(ii5)Theodorelus, deGtxc. Affect. Serm. II, (ii6) Voyci le chapitre VU du I". livre de sa Mctapliysique, cl le chap. IV., du I". livre de sa l'hysiquc. (117) Ci-dessus dans la remarque (C).

sang, beaucoup de chair, beaucoirp de peaux et de poils, etc. tlie n'était donc point composée de particules semblables^ elle était plutôt un as- semblage de toutes sortes d'hétérogé- néités: à quoi ser\ ait donc la doc- trine des Iiomœoméries? Ne fallait- il pas qu'il l'abandonnât dans tous les cas particuliers, après l'avoir suppo- sée dans le général? Ce que j'ai dit de l'herbe ne convient- il pas au lait, au vin, à l'eau, au pain, et à une infinité d'autres choses? Y a-t-il au- cun corps qui ne serve de matière à plusieurs autres, dans les changemens qu'on appelle génération et corrup- tion? Voici donc de premiers princi- pes, qui sont /jowioçène*, et qui ne le sont point.lls le sont dans la supposition d'Anaxagoras, et ils ne le sont point en eflét, puisque les mixtes devant être se- lon lui de la même nature que leurs prin- cipes, et n'étant qu'un assemblage de parties dissemblables, il s'ensuit que les principes sont hétérogènes. Je re- toucherai ceci dans le paragraphe V. II. Il se trouvera de plus que tous les noms ont été mal imposés: car, par exemple, si tout le sang des ani- maux avait été dans les herbes qu'ils ont mangées, elles méritaient mieux le nom de sang, que celui de foin. Anaxagoras répondait que certaines particules étant plus nombreuses dans un mixte, ou placées à la surface, le faisaient paraître uniforme, et lui procuraient un nom spécifique (i i8). Lucrèce a réfuté cette réponse par les fausses conséquences qui en émanent. « 11 résulterait de là, dit-il (119), » que quand on brise les grains, on )' en tirerait quelques particules de w sang, ou de quelqu'un des autres » organes dont notre corps est com- » posé. Or cela est contraire à l'expé- » rien ce. » JAnquilur hic tennis lalitandi copia qutedami Id fjuod /4naxagoras sibi swnit, ut omnibus omnes Bes pulel iinmistas rébus lalilare; sed illud Apparere unwn, cujtis sinl pluria mixta, Et n^kis in pioinptu, primâi/ue in fronte locata. Quod lameniivera longe ratione repulsuin est. Conveniehat enini f'ruges quoque sœpè minutas^ liobore ciim saxi f'ranguniur, niitlere signum Sanguinis, aut aliùm, nostro quee corpore alunlur.

(118) Voyez Aristotel. Pbysic, lib. I, cap. IV, ANAXAGORAS.

4i Constinili ratione herbasquoque sœpi decebat, Et latieit dulces guUas, similique sapore Scilicel et glebir terrarum scepèj'riatis Herbarum gênera, elfruges,fronde.<que videri Disperlila, ac in terris IntUare minute: Postretnô in lignis cineretnj^umumque videri, Ciim prœfracla forent, ignesque lalere mi- nutas. Quorum nil fieri quoniam manifesta docel res, Scire Ucel non esse in rébus res ita mixtas.

Cette réfutation n'est pas mauvaiscj car enfin mêlez comme il vous plaira diverses sortes de grains j prenez cent fois plus de blé que d'orge; mettez toujours les grains d'orge autant qu'il vous sera possible dans une enceinte de grains de blé: que gagnerez-vous? Ferez-vous accroire qu'il n'y a là que du blé? Demeurerait-on dans cette erreur, après même que l'on aurait éparpillé votre monceau? Ne verrait- on jamais paraître quelques grains d'orge? Fables et d'accord, que les homogénéités étaient tout ensemble et plus nombreuses, et moins nombreuses, dans im même mixte: dans la pâte, par exemple; car, pendant qu'elle est pâte, elle con- tient plus de corpuscules de pâte (|ue d'une autre espèce de corps; mais, quand elle est convertie en pain, elle contient moins de corpuscules de pâte quede pain; et cependant les cor{)uscu- les de pain ne sont venusquedela pâte. IV. Voici une autre contradiction. C'est se contredire, que d'établir une hypothèse qui ramène d'un côté l'in- convénient qu'on lui veut faire chas- ser de l'autre. Voilà le mal du système d'Anaxagoras. Ce philosophe, ayant supposé que les parties de la matière avaient été éternellement dans un état de confusion; c'est-à-dire, que les ^e r raDles et rêveries que tout plus petits corpuscules homogènes cela. Anaxagoras n'eût pu résoudre avaient été entourés partout de cor- cette objection, qu'en supposant que puscules hétérogènes, supposa qu'enchaque partie sensible d'un grain de blé est tellement conditionnée, que les hétérogénéités y sont en plus petit nombre, et enveloppées des particules du blé; et que de là vient, qu'en brisant le blé entre deux meules, nous ne découvrons jamais les parties hétérogènes; mais si nous portions la tin une intelligence chassa ce désor- dre, par la séparation des particules semblables d'avec celles qui ne leur ressemblent point. Mais il renversait lui-même sa supposition, puisqu'il se voyait contraint d'avouer que tou- tes sortes d' homœontéries étaient mê- lées ensemble dans tous les corps; et division jusqu'aux particules insensi- cela, quant aux particules insensibles blés, ce serait alors que le sang, la chair, les os, etc. se montreraient à des yeux plus fins que les nôtres. En un mot, il ne se peut tirer de ce mau- vais pas que par la divisibilité à l'in- lini; et c'est imiter un homme qui, pour éviter un coup d'épée, se préci- pite à corps perdu dans un abîme d'une profondeur inconcevable. Mais attachons-nous seulement aux diffi- cultés qui enferment quelque sorte de contradiction.

III. Je dis en troisième lieu, qu'Anaxa- goras devait supposer que les particu- les semblables se trouvaient, et en plus grand nombre et en plus petit nombre dans le pain: en plus grand nombre. puisque ce composé s'appelait du pain: en plus petit nombre, puisque |)eu d'heures après que le pain a été mangé, il s'appelle chyle, et ne montre dans toutes.ses particules sensibles, que fundereiitur qiddem omnia, nunqu'am les qualités du chyle. On comprendra plusfacilement cette objection, si l'on (120) ArUtotel. Pliysic, lib. I, cap. ir, compare la pâte avec le blé, ouïe ^"f'^^jj ' -m. x. >l ttt v pain avec la pâte. On verra qu il ^o». 671, C.. /- > fallait que ce philosophe demeurât ("i 22) piaio in Phœdone, pa^. 54.

Il y avait, selon lui, une infinité de petils os et de petites gouttes de sang, etc., dans chaque brin d'herbe, et dans chaque morceau de pain: tout était mêlé dans tout, puisque chaque chose se faisait de chaque chose: Aiô in. TTciVToç icepcd]/ yivo/j-ivov (120). Ç)iia- propter inquiunt quodque in quoCibet esse mistum, quia quodlibet ex quotns oriri i^idebant. 'Avci^etyôpAç fMjulx^ett vâ.v (V -TTo-vri (^ticri (121). Anaxagoras ontne in onini misceri ait. Quel plus grand état de confusion voulez-vous voir que celui-là? Platon en jugeait ainsi; car plus d'une fois il emploie la doctrine d'Anaxagoras comme un symbole de chaos: K*v i\ o-t/yK^ivotTo //lev Tretvrtt, S'ia.KpivoiTo Js ju>i, Tot^w «tv TO T0(/ 'Avitçayopau yiyovoç ii», cjuou TrâvTet. Xf^/^'^'T". (122). Proindè si con- 4^ ANAXAGORAS.

uerà discernerentur, Anaxagorœ illud point dans la ressemblance de tontes repente contingeret, unirersa uidelictt esse simul.W dit ailleurs: Ta toc/ A- Vst^ctyâfioii âv TTohù iiv, à (fixi TlmXi...e/Lii^u stv 7ra.VTa. 'X^^yiy.a.Ta. i<^upiTO êv Tm iixiia.Tpixùûv Ka.1 i'xj.oTroiHTiKaJv (l'iSj. lllud ■^naxagorce prorsits acctderet, amive J'oie...omnia fidelicet in eodeni indiscreta coinmiscerentur, et quœ ad medicinam pertinent et salutem, etquœ ad coquinuriani attinent. M. Ménage rapporte que Luther donnait le nom de théologiens anaxagoristes à ceux qui trouvaient tout dans chaque texte de l'Ecriture: Atque indè estquod Lu- thero theologicus Anaxagoricus dicitur is qui quodiibet in quolibet loco Scrip- turœ Sacrce ini^enire possit (124).

leurs parties, mais dans la conformité qui se trouve entre Tarrangement des nélérogéneités d'un petit os, par exemple, et l'arrangement des hetc- rogénéilés de tout autre os. « Je ne « prétends point, eût-il pu dire, qu'un » os de dix pouces, divisé en cent » mille parties, ou, ce qui est la » même chose dans mon hypothèse, )) en cent mille petits os, ne contienne j) absolument aucun corpuscule qui ne )) ressemble à tous les autres. J'avoue J) que chacun de ces petits os est un » mélange de toutes sortes de princi- « pes 5 il contient des chairs j il con- J) tient du sang et des membranes, » etc.; mais comme ces matières dif- » férentes sont rangées selon la même V. Ses premiers principes l'étaient " symétrie dans chacun de ces pe et ne l'étaient pas: ils l'étaient, selon » tits os, j'ai raison de soutenir ((ue » l'assemblage de cent mille de ces sa supposition 5 et ils ne l'étaient pas réellement, puisqu'ils étaient com- posés et corruptibles, tout autant qu'aucun autre corps. Il admettait la divisibilité à l'infini: il devait donc dire, qu'il y avait une infinité de cor- puscules dans la plus petite goutte d'eau; et par conséquent, qu'elle n'en contenait pas un moindre nombre que toute la terre. D'ailleurs ce nombre infini de corpuscules était un amas de toutes sortes ^''hétérogénéités. Il n'é- tait donc pas plus simple qu'un arbre 5 et, à cet égard, il ne difléraitdes corps qu'on appelle mixtes, que parce que les yeux de l'homme n'auraient pas pu découvrir les parties dissimilaires, comme ils les découvrent dans un arbre. Enfin l'entendement, qui avait mû la matière, pouvait diviser à l'in- fini ces prétendus premiers principes, aussi aisément que le feu divise le bois 5 il était donc aussi périssable que le bois: d'où il résulte que s'ils exis- taient dans la nature des choses, ce n'était pas en qualité de premiers principes. Outre cela, que pourrait- on supposer de plus absurde, que d'établir pour principes ce qui n'exis- tait point du tout? Or il est certain, selon l'hypothèse d'Anaxagoras, qu'il n'y avait aucune homœoniérie dans l'univers.

)) petits os est un composé homogène, » ou un tas d'homœoméries: et puis- » que je suppose que l'entendement, » qui en a fait le triage, les a trou- « vées toutes faites, je puis soutenir » que chacune d'elles prise à part est )) indestructible: car elles ont tou- )) jours existé par elles-mêmes ».

Cette réponse contient deux chefs: l'un est l'explication de l'hypothèse à l'égard du sens du mot homœoniérie; l'autre regarde l'inconuptibilité de ces homœoniéries. Je vais éclaircir le premier par un exemple. Mettez dans une bibliothèque tous les exemplaires d'un même livre, reliés de la même façon. Ce sera un amas de livres sem- blables, un amas homogène: non pas à cause que chacun de ces volumes est composé de parties qui se ressemblent parfaitement, mais à cause que le blanc et le noir, les espaces, les let- tres, les accens, les points, les vir- gules, et les autres parties hétérogè- nes, ont la même symétrie dans l'un que dans tous les autres. Laissons en repos cette explication d'Anaxa- goras, et contentons-nous d'attaquer le second point de sa réponse.

VI. Je ne lui demande point pourquoi cette intelligence, qu'il a reconnue, a laissé les homœoniéries dans la confu- Examinons une rt-ponse qu'il aurait sion pendant foute l'éternité, ni d'où i)U faire. Il aurait pu supposer que vient qu'elle s'est avisée si tard de 1rs 'essence des homœoniéries ne consiste mouvoir et de les unir, ni pourquoi (124) Mcuog, iuLacriiuiu, lit/. IT, pag 73. quelque chose, lui qui avoue que le ANAXÂGORAS.

mouvement a commence'? Ces trois objections, et quelques autres, em- barrassent étrangement tous ceux qui admettent une matière éternelle, in- créée, et distincte de l'Être divin 5 mais, comme ce sont des difficultés motrice, ila pu porter la désunion dans chaque partie de l'univers, et mettre en pièces quelque homœomérie que ce soit que vous voudriez prendre pour une unité. Si elle était un atome d'Epi- cure, un corps parfaitement simple.

qu'on peut alléguer aussi-bien contre parfaitement unique, exempt de toute d'autres philosophes, que contre composition, j'avoue que rien ne le Anaxagoras, il ne serait pas à propos pourrait diviser; mais Anaxagoras ne de s'y arrêter, j'éclaircirai seulement reconnaît point de tels corps, ni auun peu la dernière. Il est certain que cunc homœomérie, pour si petite la production d'une qualité distincte qu'elle soit, qui ne renferme une inde son sujet ne diffère pointd'ime vraie finité de corpuscules distincts, et difcréatioa. C'est ce que les philosophes modernes (laS) prouvent démonstra- tivement aux aristotéliciens, qui ad- mettent une infinité de formes substan- tielles et accidentelles, distinctes delà matière; car, puisqu'elles ne sont point composées d'aucun sujet préexistant, il s'ensuit qu'elles sont faites de rien. La meilleure réponse que puissent faire les sectateurs d'Aristote, est de rétor- quer cette objection, et de dire que férens même en qualité les uns des autres. 11 est donc vrai, que ce qu'il nomme premiers principes est une chose aussi sujette à destruction, que les corps les plus composés, qu'un bœuf, par exemple: cela, dis-je, est très-vrai, lors même que l'on suppose que les homœoméries existent éternel- lement par elles-mêmes j car il suffit qu'une cause externe les puisse faire passer du mouvement au repos, quoiles cartésiens sont donc obligés de re- qu'elle n'ait pas la puissance, ni de connaître, que le mouvement ne se les faire exister, ni de les anéantir.

peut produire que par création. Les cartésiens avovient cette conséquence: ils n'attribuent qu'à Dieu la produc- tion du mouvement; et ils disent que mouvoir la matière, n'est autre chose 3 ne la créer dans chaque moment, en itlérens lieux. Concluez de tout ceci, Le recours au progrès à l'infini serait inutile dans cette rencontre. On ne pourrait pas me répliquer, que les homœoméries étant composées d'une infinité de corpuscules, celles qui font un petit os peuvent être divisées à l'in- fini sans cesserd'être un petit os: elles qu' Anaxagoras et plusieurs autres se deviennent seulement un plus petit contredisaient lorsque, d'un côté, ils os, après chaque division. Cette rêne voulaient pas admettre que de rien on pût faire quelque chose; et qu'ils avouaient de l'autre, que le mouve- ment, ou quelque autre modification, avait commencé dans le chaos éternel (126). Mais, laissant cela, attachons- nous seulement aux difficultés qui ne concernent qu'Anaxagoras.

VII. Je lui allègue cette maxime: Toutes les choses qui sont distinctes entre elles, peuvent être séparée les unes des autres: et je conclus de là, que chaque homœomérie peut être divisée à l'infini en plusieurs portions; car elle est composée de toutes sortes de principes mêlés ensemble. Puis donc que le mouvement est un prin- cipe nécessaire de division, et que Dieu a produit le mouvement dans la matière, il s'ensuit que, par cette force (n5) yorez Gassendi, Pbys. Sect. I, Lb.

VII. cap. m.

{126; Metliod. npud Phot., Cod. CCXXXVI, plique n'est point bonne; car il y a deux choses à considérer dans chaque homœnmérie; 1". Qu'elle contient une infinité de particules, et cela lui est commun avec les autres; a", que les particules sont rangées d'une certaine manière, et cela lui est parti- culier: c'est sa forme spécifique, c'est son essence, c'est par là quelle est, ou un petit os, ou une petite goutte de sang, plutôt que toute autre espèce de premiers principes. Afin donc d'ô- ter à une homœomérie d'os, son es- sence et son espèce, il suffit d'arran- ger d'une nouvelle façon les corpus- cules qui la composent. Or dès là qu'un entendement, premier moteur, a pu diviser les corps, et les démêler les uns des autres, il a pu déranger les corpuscules de chaque homœomé- rie particulière, et leur donner une autre combinaison; il a donc pu les faire changer d'espèce, comme l'on en fait changer à la farine en la pé- 44 ANAXAGORAS.

frissant, c'est-à-dire, en mêlant et en chcnt qu'il imite certains poètes qui combinant d'une autre manière ses corpuscules.

Je n'objecte point à ce philosophe. qu'il reconnaissait de la différence entre les parties de la matière avant font descendre sur le théâtre un Dieu de machine, pour dénouer des dilli- culte's qui n'en valent pas la peine. Mais, si, après avoir suppose que Je3 honiœoméiies ont été formées sans la qu elles fussent mues. Cette objection direction d'aucune cause intelligente, m'a semblé toujours très-faible: je il supposait une telle cause qui les conçois très clairement que la division eût démêlées et arrangées, on lui suppose la distinction, et qu'une che- pourrait dire qu'il imite ces poètes- ville de fer fichée dans une pièce de là, au mépris des règles (128). Pour bois, et parfaitement en repos autour voir aisément la force de cette objec- du bois parfaitement en repos, est tion, il suffit de prendre garde qu'il aussi différente du bois, que si elle se est beaucoup plus difficile de faire mouvait, et le bois aussi.

VllI. Je passe à la dernière objec- tion. Qii'arriverait-il,si l'on accordait gratuitement à ce philosophe, que la même nécessité qui fait exister les corps, les fait exister distincts en une infinité d.''homœoméries, dont chacune doit demeurer nécessaire- ment toujours entière; la nature des de bonnes montres, que de les tirer d'un tas de médailles, et de coquilla- ges, avec quoi elles auraient été mê- lées, et puis de les ranger, et de les mêler d'une meilleure làcon. Un pe- tit apprenti, un enfant, ferait ce triage et ce nouvel arrangement. Chacun m'avouera que la formation des hommes («ag) est un ouvrage qui habi- de les choses ayant été telle qu'il fallait que demande plus de direction et d' dans chaque espèce il y eût des bor- leté, que n'en demande l'art c nés fixes, comme l'on dit ordinaire- ranger selon les évolutions militaires, ment qu'il y a un minimum quod sic La plupart des philosophes modernes (127) > dans chaque espèce de corps supposent que les lois générales de la vivant? Cette concession gratuite fe- nature suffisent à faire croître le fœrait-elle beaucoup de bien à l'hypo- tus, pourvu qu'il ait été dans la sethèsed'Anaxagoras? N'aurait-il point mence bien formé, bien organisé; par-là l'incorruptibilité, et l'immu- mais ils supposent que ces petits anitabilité inférieure de ses premiers maux organisés dans la semence sont principes? Ne seraient-ils pas un si petit os, qu'en devenant un peu plus petit par la division actuelle de leurs parties, ils ne seraient plus un os, et ainsi des autres espèces? et ne serait- ce pas un signe que la nécessité de la nature les a faits indivisibles? J'en conviendrais: mais on ne ferait qu'é- viter un mal par un autre. Je trou- verais ensuite ce défaut dans le sys- tème: c'est que le Nouç, ou l'enten- dement, y entrerait contre les règles; on le ferait venir pour l'ouvrage le