SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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L'objection que je viens de faire, et que je fonde sur l'idée que nous donnent de la nature angélique les docteurs chrétiens, me paraît très- forte en supposant la vérité de cette idée:, mais si l'on suivait un système^ diflerent de celui-là, et «jui ne lé- pugne point à la possibilité des choses, on affaiblirait beaucoup cette objec- tion. Ce serait de dire, qu'il y a beau- coup d'esprits, non-seulement plus bornés que l'homme à certains égards par rapport à la manière de s'expli- quer, mais aussi plus volages, et plus capricieux que l'homme. Que sait-ou s'ils n'aiment pas à se divertir à nos dépens, et à nous faire courir après des énigmes, où ils mêlent tout exprès du puérile et du frivole, pour se pro- curer un spectacle plus ridicule? Que sait-on si nous ne leur servons pas de jouet, comme les bêtes nous en ser- vent? Que sait-on s'ils ne trouvent pas dans le mouvement de nos esprits animaux un obstacle qu'ils ne peuvent vaincre, lorsqu'ils souhaiteraient de se rendre intelligibles? Voyez la remar- que (D) de l'article Majus. Quoi qu'il en soit, la raison veut que l'homme se garde bien de faire un art de cela, et qu'il considère un tel art comme la plus chimérique et la plus vaine du toutes les occupations.

(C) Il acheta tout ce qui avait été écrit sur l'explication des songes, ce (ci) Artem., lib. f, pag. 255, num. 17.

£V iiTrVdtÇ ù£piÇî<rS!Ci. Cornariiis traduit ainsi, per somnium visus suin niihi ab uxore nied viiit~ periis et plagis impeli. Artemidor, lib. Il, cap. LUI, pag. i44- 468 ARTÉMIDORE.

qui montait à plusieurs volumes.^ 3'ai prendie en peu de temps (17): et' déjà témoigné mon étonnement. qu'il pour ce qui est de Denys Héliopolite» y ait eu des personnes qui aient fort je ne l'ai point rencontré dans Arté tendue science des songes. Je ne m'é- tonnerais pas que plusieurs soi-disans devins se vantassent de la posséder: ils pouvaient gagner leur vie à cela, et profiter des songes d'autrui sans se chagriner des leurs, car ils pouvaient n'avoir nulle foi pour l'art dont ils fai- saient profession. Mais je ne saurais juger ainsi d'Artémidore, ni de tant d'autres auteurs graves, qui ont écrit sur l'explication des songes (11). Ils midore. On peut nommer à coup sûr Pappus d'Alexandrie; car il a écrit sur l'explication des songes, comme nous l'apprend Suidas. Voyez ci-dessus l'ar- ticle d'AcHMET. Entre les modernes, il y a un certain Josué Abrech, qui promet monts et merveilles dans le titre de son livre. Je n'en connais que cela, pour l'avoir vu dans Vander Linden (18), et dans Théophile Spi- zélius (19). Son ouvrage fut imprimé l'an 1607. Nous parlerons de Junien y étaient trompés tous les premiers. Ma.tos en son lieu (20). Tout à ce rao- Voici ceux que M. Rigaut nomme ( 12): ment je rappelle dans ma mémoire que AiLemon Mdesius, ^ntiphon, Apol lodorus Telmissvtiiis, Apollonius At- talensis, Aristander l'elmissensis, Aristarchus, Alexander Myndlus, Cratippus, Deinelrius Phalereus, Dio- nysius Rhodius, Epicharnius, Geminus Tyrius (i^), Hermippus, JYicoslratus jEphesius, Phœbus Aniiochenus, Philochorus, Panyasis Halicarnas- seus, Serapion, Strato. Ils avaient tous précédé Artémidore, selon M. Ri- gaut. Tertullien n'en nomme qu'une partie: Quanti autem, dit-il (i4), commentatores et ajfîrmatores in haiic rem, Artemon, Antiphon, Strato, Philochorus, Epicharnius, Serapion, Cratippus, et Dionysius Rhodius, Hermippus tota sœculi litteratura. An- dré Schot, outre quelques-uns de ceux- là, nomme Astrampsychus, Cassius Maximus, et Dionysius Heliopolita( 1 5). il dit qu' Artémidore a cité ces deux derniers; mais quant à Cassius Maxi- mus, je ne vois point qu'Artémidore, qui lui dédie les trois premiers livres de son ouvrage, en parle que comme d'un homme qui était curieux de cette science (16), et qui pourrait la com- (11) Voyei ci-dessous lepassage deTetUiLWita, citai. (i4)- (12) Rigalt, Not. io Artemidor., pag. 5. Ii3) AnJré Scbol, sur la IX«. controverse (te Sénèque; et Jonsius, de Script. Hist. Philosopb., pag. 329, disent Gemiaus Pyrius. Ilja dans /'Artémidore de Higaut, liv. II, chap. XLIX, i'if/.IV(jÛ TOÛ TupitiU.

(i4) Tcrtul., lib. de Animô, cap. XLVI. Vide eiiam Fulgenl. Mytliolog., lib. I, cap. XIII, et ibi Munckerum.

(i5) Andr..Scottiis, in hcec verba Senec», Controv. IX, Antiphonlis librus vocabat, tanluin in illis somniorum est.

Ariem., lib. III, inil. pag. 164; Ub.

IV, in Lysimachus, fils delà fille d'Aristide, gagnait sa vie à interpréter des songes dans un carrefour. MvMyaovsiêiv'Apç-êi'ïbv ôuya.TptS'ot/v iù y.a.'Ka. Tritura. Aua-i/uct^nv, oç la-uTov iK, Tnva.Kiov tivoç oiiipoxpiTiKoZ Koa-Ki (21). Inter Aristidis nepotes ex Jiliâ cognasse oppido pauperem Lysi- machum, qui juxta locum, quod la- cheum appellatur, sedens uitam inter- pretnndis ex tabula quâdam somniis toleraret. La misère l'avait réduit à cela. Il eût fait moins de tort à la glo- rieuse mémoire de son aïeul, si, au lieu de cette manière d'almanach dont il se servait pour répondre aux con- sultans, il eût manié une alêne et du ligneul, afin de raccommoder de vieux souliers.

(D) Il méprisa les médisances de ces gens graines...qui méprisent...ceux qui se mêlent de prédire. ] Ces gens-là ont tort quelquefois 5 et l'on fait bien d'aller toujours son chemin en ces rencontres, sans avoir égard à leur critique. Mais Artémidore se trou- vait-il dans le cas? Etait-il beaucoup moins blâmable que ceux qui, à l'imi- tation de Catulle, se moquent injus- tement de la censure chagrine des ■vieux barbons?

Vivainus, mea Lesbia, alqiie amemus, Rwnnresque senum seferiorum Omnes unius eestiinenius assis (22), (17) Idem, lib. II, circafin. pag, 161. (iS) De Scriptorib. Medicis.

(19) Specim. Biblioth.

(20) Voyez son article, et le commencement delà remarque (H) de l'article li'ALSX^NDsr.

AB ALEX4NDH0.

(21) Phal-^rus in Socrate, apud Plutarcb., suh fin. Vitœ Aristidis, pag. 335.

(22) Citulli Epigr. V.

ARTÉMIDORE.

Les sages lecteurs n'auront pas beau- coup de peine à juger de tout ceci: je leur en laisse le soin, et me contente de leur mettre devant les yeux les phrases d'Arte'midore. ToÎ/to (Ta Ku.i o'^oJ'pa, SictCiCM/Aivaiy tû)V «v ctyoptt jL.'.stVTÎmv, o3ç (Tîi Trpo'in.Tttç ts koli •j^omtcic xa.Ta,d)^ov)iV«tî tÎic <AstCo\«ç sVêo-» ttoxxojç (iy.ix)i<7-A (aS). Parùni vero cùm omnes vates ex foro prnfligati essent, ulpotè quos mendicos, prœstigiatores, ac scurras appellant hi qui grai^i simu- lato i/ultu supercilia contrahunt, ciun eis tamen, onini xpretd calumniâ, per multos annos conversatus sum.

(E) // croyait que son Irai^ail sur les songes lui avait fourni de quoi payer de raison et d'expérience. ] Il faut Ten- tendre lui-même. 'Aj* t»v Trufcav x.a.\ xstvova Keù jutiprupa, tSùi s^œv xô-j-aiv t?ri^o£/uisii. 'Eyci f/.h ovv TnLVTûnv «tf» S'ià. TTupitç thnM rèct.- TW y.ii\Slv èixho WpctTTêlV till Si KOLI VVX-TOÇ X.HI JUiB' >i/A£/u.a.y Trp'oç oviipûKpia-tet,v ihcLi (u4)- Seniper expe- rientiam et régulant testes meoruni sermonum adi^oco. Ego itaque ad om- nium experientiani jam perweni, neque enim quicquam aliud feci, veritm seni- per et noctù et interdiù. circa somniorum judicationem ac interpretalionem ver- satus sum.

(F) Il fait h ses lecteurs,...une adjuration au nom de...la provi- dence, qui prend garde à tout. ] « Si '> quelqu'un )), dit-il (aS), « peut " ajouter de nouvelles choses à mon " livre, qu'il les garde pour lui, qu'il » les conserve en pure propriété'; " cela est plus commode: s'il trouve » que j'en ai dit trop, il n'a qu'à J) prendre ce qui sera à son usage, et gaut n'a trouve' cet homme nulle part 5 et peut-être, dit -il, devrait-on lire FABIfl ou TATin MAEIMÎÎ:, car Jules Capitolin fait mention d'un Gai'ius Maximus, qui fut préfet du prétoire pendant vingt ans, sous l'empire d'An- tonin, et qui eut pour successeur Tatius Maximus. Quoi qu'il en soit, le he'ros du livre d'Arlémidore était Phénicien de nation (26), grand orateur, et d'un e&|irit si pénétrant que, sans lire tout ce que les auteurs avaient dit, il en- tendait leurs ouvrages (27). André Schot le nomme Cossinus Maximus, et le distingue de Cassius Maximus (28). Deux fautes pour une, sans compter celle de la remarque (C) (29). le ne sais si pei'sonne s'est avisé de conjecturer qu il faudrait mettre Claudius Maxi- mus, au lieu de Cassius Maximus. Il y avait sous l'empire d'Antonin Pins un proconsul d'Afrique nommé Claudius Maximus. L'accusation de magie, dont Apulée se défendit, fut portée devant ce proconsul. Il paraît, par divers en- droits de son plaidoyer, que ce Clau- dius Maximus passait pour savant, et pour un homme qui avait été curieux des livres de philosophie: Benè quod apudte, Maxime, causa agitur, quipro tua eruditione legistiprofectà Aristote- lis TTipt ÇaSûiv yi\'i(ria!ç, Trifi ^a>a>y Àva.ro- junç 5 TTipi îç-op'W muUijuga i^olumina: prœtereà problemata iniiumera ejusdem, tum ex eâdem sectd cœterorum in quibus id genus varia tractantur. C'est ainsi qu'on lui parle dans la page 1 15. Peu après, on l'apostrophe de cette manière: Audisti-, Maxime., quorum pleraque scilicet legeras aqud antiques philo sophorum. Ailleurs (3o) on lui dit: Multa fando, Maxime, au- disti, et plura legendo didicisti, non me '» laisser le reste où il est. » Ta KaiTrà. pauca experiendo comperisti; comn Tcôv jiiQximv^y.» i^cttpoov, èiov imTtTm nni aussi (3i) An quod multn prœstabili ^CxoLKit 7râ.vToev ]iof/.ll^a)v tov 'Aîrôxxœva.. est, tuâ doctrinâ, Claudi Maxime, iieliquis ex Ubris non exemplis deum tudque perfectâ eruditione frelus, coninspectorem et custodem omnium rêve- temnam stultis et impolitis ad hœc ritus Apullinem. Il craignait ces tours respondere. 11 semble même qu'il avait de fripiers, qui ont lieu dans la li- été au commencement philosophe de brairie, par lesquels on bouleverse profession, et qu'il s'était poussé par tout le travail d'un auteur, tantôt par ses longs services militaires. Erras...des abrégés, et tantôt par des mé- langes.

(G) Il a dédié ses trois premiers livres à un Cassius Maximus. ] M. Ri- (23) Artcm., in Prœfalione, pag. 3- (26) Arlem., lib. II, sub fin. pag. itii.

(28) Andr. Schott., inSenecœ Controvcrs. IX (29) Citation (i3).

(30) Apukii Apologia, pag. i49, volume II ^ édition. Lugdun., an. i6i4, i"-8°- (3«) Ibidem, pag. iS'j.

ARTÉ si euin fortunée indulgenlid non ex philosophiœ censura metiris; si firum tant AUSTERE SECT*, iamque diutinœ militiœ non putas amiciorem esse coé'r- citce mediocritati quant delicatœ opu- Icntiœ (Sî).

(H) // aidait fait un traite des Au- gures, et un de la Chiromance. On ne les a point. ] C'est à tort que Vander Linden assure, même dans rëdition de Merklinus, qu'Aide les a imprime's en grec, que Cornarius les a traduits en latin, et que Rigaut les a publie's en ces deux langues (33). Il faut re- monter un peu plus haut pour trou- ver l'origine de ce mensonge ^ et il n'est pas inutile de faire cette obser- yation: elle peut faire comprendre à ceux qui font des abrége's la cause la plus fe'conde des égaremens où ils en- gagent leur lecteur. Gesner avait dit: ^rtemidorus...scripsit de som- niorum interpretatione libros 4 > item de auguras, et manuum inspectione. Suidas. Hujus autoris quinque libros Aldus grcecè excudit (34). Il avait ob- serve' ensuite que ces cinq livres ne regardaient que les songes. Voici com- ment Simler abrégea ce texte: Arte- midorus...scripsit de somniorum interpretatione lib- 4- Item de augu- ras, et manuum inspectione. Eos Aldus grœcè excudit. Est-ce réduire en moins de mots ce qu'a dit un homme, ou est-ce le falsifier? C'est plutôt le der- nier que le premier.

(Sï) Apuleii Apologia, pa^'. i49. ; (33) Vander Linden, de Scriptis Medicis. (34) Gesner., Bibliothec.,yo/i'o Ç)6 verso.

ARTÉMISE, reine de Carie, et fille de Lygdamis (A), suivit en personne le roi Xerxës dans la guerre contre les Grecs (B). C'était une femme capable des grandes affaires, et qui avait un courage tout-à-fait viril. Se trou- van t donc saisie de l'autorité sou- veraine, pendant les préparatifs de Xerxès, tant h cause qu'elle était veuve, qu'à cause de la mi- norité de son fils {a), elle prit cette occasion de faire parler de (a) Il.l'appelait Pisindele. Vojez la re- marque E) de l'article Mausole.

MISE.

soi, et s'engagea de son propre mouvement à cette fameuse ex- pédition. Personne ne s'y distin- gua plus qu'elle, soit du côté de la tête, soit du côté de la main. Les raisons qu'elle allégua pour soutenir son avis, qui était de ne point donner la bataille de Sala- mine (b), étaient les plus sensées du monde. Elle se tira d'affaire fort habilement dans ce combat; car se voyant poursuivie par un vaisseau athénien, sans aucune apparence de se pouvoir garan- tir de cette poursuite, elle atta- qua un vaisseau des Perses monté par Damasithymus roi de Calyn- de, avec qui elle avait eu une querelle, et le coula à fond (c). Cela fit croire à ceux qui la poursuivaient que son vaisseau était du parti des Grecs (C), et il n'eurent garde de pousser leur pointe. Par bonheur pour elle il ne se sauva personne du vaisseau de Damasithymus; de sorte que, sans avoir passé pour la cause de cette perte, elle se défit d'un ennemi, elle évita d'être prise, et fut louée d'avoir couléeà fond un vaisseau grec. Xerxës fut sa principale dupe là-dedans; car il s'écria que ses hommes s'é- taient comportés comme des femmes., et ses femmes comme des hoinm.es (D). Il lui confia la conduite des jeunes princes de Perse ses enfans, lorsque suivant ses avis il abandonna la Grèce pour repasser en Asie. Les Athé- niens étaient si fâchés qu'une femme leur fit la guerre, qu'ils promirent une grande somme à ceux qui prendraient Artémise, et qu'ils ordonnèrent à tous leurs {h) Herod., lih. Vlll, cap, LXVII. {(■^ îbid, cap. LXXXFII.

ARTÉMISE.

4: capitaines de vaisseau d'y tâcher lui fait dire ^ savoir, que Lygdamis demone parmi celles des gène- ^^^se, Ju côté de son père ^ et de raux perses, dans le portique qui Crète, du côté de sa mère. Si je ne avait été construit des dépouilles voyais point dans ce même historien de cette nation (e). La ruse dont q"e le Lyedaoïis, qui assista Pisistrate ,,. ^ ^ j et auquel Pisistrate, après s être ré- elle se servit, pour se rendre tabli à Athènes, donna le commande- maîtresse de Latmus, est aussi ment de l'île de Naxos, était natif de bonne selon le machiavélisme, cette île (2), je le prendrais pour le ^.,. mise. M. Blancard a laisse dans son nisme: elle mit sei troupes en <;dition d'Harpocration (3) la faute des embuscade, et s'en alla avec un précédentes, Damls, pour Ly^da- ; équipage de dévotion com- '«« (4)- Les notes de M. de Valois grand ( posé d'eunuques, de femmes, de trompettes et de tambours, célébrer la fête de la mère des dieux dans le bois qui lui était avertissent de la correction qu'il fal- lait faire, et que M. Grouovius a faite en publiant Harpocration l'an 1696.

(B) Elle suii'it en personne le roi Xerxès dans la guerre contre les Grecs (5).] Suidas dit que ce fut contre consacré auprès de la ville. Les, n - n.. -,• //;\ tiabitans, ediiies de ce zèle, ac— ce passage pourrait bien avoir été cscoururent là pour admirer sa dé- tropié; car le bon mot de Xerxès rapvotion; et pendant cela, les Porté tout de suite par Suidas, les troupes d'Artémise s'emparèrent '"""'"" sont devenus femmes, elles de Latmus (/). Ces grandes qua- destitué de sens, si Artémise avait été lités ne la délivrèrent pas des dans l'armée grecque, vu que les faiblesse amoureuses (E): elle hommes s'y battirent comme des lions.

d Abydos, nomme Dardanus, et ^^ nsp^riK*, tempore belli Perslci (7).

fut si outrée de son mépris, (C) Elle fit croire que...son qu'elle lui creva les yeux pen- ''aisseau était du parti des Grecs. ] dantquildormaitCg-). Les dieux très-essentielle, sans quoi sa narrapour la punir la rendirent en- tion perd beaucoup de sa vraisemcore plus amoureuse: de sorte blance. Il ne nous dit point, comme que l'oracle lui ayant conseillé il.devait faire, et comme Poliaenus a j> Il, T J /i\ 1 C fait, qu Artemise tit oter de son vaisdes amans désespères, elle y fut fait tenir la conduite de ces pirates faire le saut, et n'en réchappa qui arborent toutes sortes de pavillons point. Elle fut enterrée en ce selon le besoin. Quand elle poursuivait *- - - - un vaisseau grec, elle arborait le pavillon des barbares; mais s'il fallait fuir devant les Grecs, elle arborait leur pavillon. 11 tourne en tant de lieu-là. Bien des gens la confon- dent mal à propos avec l'Arté- mise dont je vais parler (F).

{d) Herod., lib. VIII, cap. XCIU. (e) Pausan., lib. III, pag. gS. if) Potysenus, Sirat., lib. VIII, cap. LUI. (g) Ptolem. Hephsest., apud Pliol., cod. CXC,pag.l^^\.

[h) Voyez l'article Leucade.

(A) Elle était fille de Lygdamis. ] Hérodote ne dit point ce que Moiéri (i) Herod., lib. VII, cap. XCIX. (2) Idem, lib. I, cap. LXI, LXIV. (i) C'esC celle de Leyde, en i683. Ci) In'AoTffAïa-ix.

(5) Herod., lib. VII, cap. XCIX.

(6) 'HpirêfcTê koltÀ rieca-œVj Fortissimo se gessil advenus Persas.

(7) Maussac., Nolne in Hsrpocrat.

(8) Polysn. Stralagem., lib. VIII, cap. LUI* /,72 ARTÉMISE.

manières le combat de cette reine, de l'herbe arlemisia ( c'est celle que qu'il le multiplie en trois ou quatre nous appelons armoise ), et que la actions diflerentes, et il nous parle femme de Mausole n'a vécu qu'après d'un fuseau et d'une quenouille envoyés par le roi de Perse à un capitaine de navire, à quoi l'on ne trouve aucun sens, puisque le vaisseau attaqué par Artémise fut coulé à fond, et qu'il ne s'en sauva personne.

(D) j^ son occasion Xerxès s'écria que ses hommes s'étaient comportés en Jemmes, et ses femmes en hommes. ] Voyons les paroles d'Hérodote: Esffuv /è inrcti KÎyiTO.! ■n-fo; tÀ ^pctl^û/xivct' « O'i Atèv xv<f'ùiç yiyôv a.a-1 //.oi yuva.tx.ic, cli Si yuvHiKi;, àLvSpiçig)-'» UnJè Xerxemfe- runt ad ea quce narrahantur dixisse.

Hippocrate, il s'ensuit que l'une des deux Artémises a été prise pour l'au- tre dans ce passage de Pline. Si l'une d'elles a communiqué son nom à l'ar- moise, il faut que ce soit la fille de Lygdamis, l'habile et la courageuse Artémise qui suivit Xerxès. M. Che- vreau, dont j'emprunte cette remar- que contre Pline, m'apprend que Léon d'Allazzi, dont il l'avait empruntée, a censuré avec raison Robert Etienne, qui a dit (i3) qu Artémise, femme de Mausole, se signala dans la guerije de Xerxès, en Grèce (i 4)- M. Che- « l^iri quidem extiterunt niihi femi- vreau a remarqué la même faute dans nœ, feminœ autem uiri. n Joignons-y le Théâtre historique de Chrétien Matthieu: il ajoute <7we ce m'« pas ete sans quelque raison que Pline, dans le passage qu'il a allégué, donne à Mausole le titre de riche. Je trouve bien cette épithète dans la version de du Pinet, mais non pas dans le Pline du père Hardouin; et je vois que Pline, décrivant en un autre lieu (i5) la magnificence du mausolée, se con- tente de dire que Mausole était un petit roi de Carie, Cariœ regulus. Le père Hardouin tâche d'aller au secours de son auteur, en soupçonnant que tous les rois de Carie s'appelaient Mau- sole, comme tous les rois d'Egypte s'appelaientPtolomée, et qu'ainsi l' Ar- témise, femme de Mausole, à laquelle Pline attribue l'ambition d'avoir fait porter son nom à une herbe, est celle qui vivait du temps de Xerxès ^ mais il me permettra de dire que son auteur, en ce cas-là, serait très-digne de censure par un autre endroit. II eût caractérisé une reine par un titre qui lui aurait été commun avec toutes les autres reines du pays. Le père Har- douin fonde ses soupçons sur un pas- sage où les deux Artémises sont qua- lifiées reines de Carie (i6). Je laisse là ce fondement, mais je trouve que celles de Justin: Artemisia regina Halicarnassi quce in auxilium Xerxi venerat, inter primas duces bellum acerrimè ciebat, quippè ut in i^iro mu- liebrem timorem, ità in muliere t^irilem audaciam cerneres (lo).

(E) Ses grandes qualités ne la déli- vrèrent pas des faiblesses amoureuses.'] Toutes les femmes de grand courage ne sont pas comme Agrippine, qui s'était défaite des défauts de son sexe, en s'occupant des soins de l'autre. Agrippina, œqui impatiens, domi- nandi afida, virilibus curis femina- rum initia exuerat (ii). Sémiramis, ambitieuse et guerrière au souverain point, était de la dernière lasciveté. On remarque que les plus grands hommes de guerre sont pour la plu- part de complexion amoureuse, de quoi les humanistes mystiques peuvent faire honneur à Homère, qui a si naïve- ment raconté les liaisons de Mars et de Vénus; mais je crois qu'à l'égard des femmes cela n'est pas si commun, et que les grandes affaires les élèvent mieux au-dessus de l'amourette.

(F) On la confond mal a propos awec Artémise, femme de Mausole. ] 11 semble que Pline soit coupable de cette faute, car il dit qu'Artémise, femme de Mausole, donna son nom à l'herbequ'ou appelait partAe/iîs (12). Or, comme Hippocrate fait mention (9) Herod., lib. VIII, cap. LXXXVIII.

(10) Justin., Uh. II, cap. XII. Voyez aussi Polyaenus, Stratagem., lib. VIII, cap. LUI, et Pausanias, Ub. III, pag. g3.

(il) Tacit., Annales, lih. VI, cap. XXV. (i3)Plin., Itb. XXV, cap. VII.

(i3) Dans son Thésaurus Lingnœ latinse. Tai remarqué qu}l a fait la même faute dans le Dictionaritim Nominum propriorum, etc., im- prime in-S"., h Cologne, en i558.

(i4) Chevreau, Hist. du Monde, lom. IV, pag. 33. de la première édition de Hollande.

(i5) LU,. XXXVI, cap. V.

(16) Ce passage est rf'Harpocrale; mais on le donnerait à Tzetzès, si l'on suivait rigoureuse- ment l'expression du père Hardouin, tcm. IV, ARTÉMISE.

catomne; et c'est à la première qu'il faute, attribue d'avoir suivi Xerxès. Or tous Deduhanc coniagio labem, les auteurs conviennent que celle qui ^' dabu m plures; sicui grcx totus inagrU fit bâtir un magnifique tombeau à f;Zl/™^wl'r '' ^°7^'"'r"i, x son mari, était iiile a necatomne, et., „, ^ femme de Mausole: et que l'Artémise *[' J^enage, ayant rapporté plusieurs qui suivit les Perses contre les Grecs, choses avantageuses d Artémise, ferae'tait fille de Lygdamis. Le grand Sca- liger ne passera pas ici à la montre; il a trop visiblement pris l'une pour l'autre (18), et cela dans un endroit où il n'était pas facile de se mépren- dre^ car c'est dans l'extrait d'un livre dont l'auteur a dit en propres termes qu'il parle d'une Artémise, fille de Lygdamis, laquelle avait pris les ar- mes pour les Perses (191. Scaliger, supprimant tous ces caractères, a substitué celui de t'cut'e de Mausole, qui ne peut être appliqué qu'à cette me de Mausole, et nommément l'hon- neur qu'on lui fait de la proposer pour un modèle d'amitié conjugale, conti- nue de cette façon: Cependant Ptolomée, Jîls d'Héphestion dit qu Artémise fut tellement éprise d'a- mour pour un certain Dardanus, etc. Ayant raconté toute l'histoire, il pour- suit ainsi: « Il y a eu deux Art^- « mises, toutes deux reines de Carie, î) comme nous l'apprenons de Sui- » das; celle qui avait épousé Mau- « sole, et une autre plus ancienne; reine de Carie, qui'fît tant d'honneur " ^*' ** <^^"^ histoire est véritable, il à la mémoire de son mari. Ce grand " y ^ apparence qu'elle est arrivée à homme a fait errer un autre grand " *=^**^ première Artémise, et que ce homme, puisqu'il a été cause que " P'olopee, fils d'Héphestion, qui Henri de Valois a débité qu'Artémise, ^' 1 attribue à la femme de Mausole, après la mort de Mausole, se voyant " ^^^^ trompé (33). » La conjecture méprisée de Dardanus, qu'elle aimait, ^^ ce savant homme est très-juste, lui creva les yeux; et puis, se trou- ™^'*, " ^ eu tort de dire que ce Pto- vant encore plus amoureuse, s'en alla lo^ee attribue à la femme de Mau- " ■ ■ " - - jQJg l'aventure dont il s'agit. Sarasin, faisant parler M. Ménage dans le Dia- logue, 5'tZ faut qu'un jeune homme soit amoureux, lui fait débiter qu'Ar- témise, la même Artémise qui fut si faire le saut de Leucade,qui la tua (30) Pour peu qu'on confronte ce passage avec celui de Scaliger, ou se convainc pleinement que l'un est la copie de l'autre. Ce faux pas de M. de Valois m-. j en si beau chemin, et la diversité a™gee de la mort de son mari, qui qu'il observe entre Théopompe, qui *f. ""JT»'* le i^isage de pleurs, et qui mais, fait mourir Artémise de regret pour la perte de son mari, et Ptolomée, fils d'Héphestion, qui la fait mourir d'amour pour un autre homme, à ce que M. de Valois prétend, sont des Tout ce que fait dire la rage, Quand elle est maislresse des sens (24) » devint ensuite amoureuse de Dardachoses d'autant plus étonnantes, qu'il nus, et qu'il n'y a point de coquette avait cité, deux lignes plus haut, le déclarée qui ne tînt a honte d'avoir eu Vll«. livre de ce Ptolomée, afin de ^^s emportemens de cette reine. Làprouver que le père d'Artémise ne s'ap- dessus on cite ce que Scaliger raconte, pelait point Damis, mais Lygdamis. Voilà donc encore un bel-esprit, ou Balthasar Boniface, qui rapporte le plutôt deux, M. Sarasin et M. Mémême faux conte de la femme de nage, trompés par le savant Scaliger.

Mausole (21), ne nie point qu'il ne L'ingénieux auteur des nouveaux Diapoint qu (17) Tieues, chiliad. XII, Hiit. 455.

(18) Scalig, Ausooiar. Lection. lib. II, cap. XVIII. Vide Ausoninm Tollii.pa^. 329.

O9) Plolem. Hephaest., apud Phot., cod. CXC, pag. 4gi.

(20J Valesii Notîe in Harpocrat. Lexicon, pag. II.

(21) fftec Ptolomitus Hephceslionis flius logues des Morts a supposé qu'Arté- mise, celle-là même qui pleura tant apud juniorem Scaligerum recenset. Balth. Bo- rilac, Hist. Ludicr.,/ii. ///, cap.XXXFII.

(il^) Ménage, Observât, sur Malherbe, />. 53o.

{l'j) OEuvres de Sarasiu, pag. 181.

ARTÉMISE.

son luavi, fut amoureuse d'un jeune ticularisée de ce superbe noonuhomme (a5).

On ferait une longue énumëration, si l'on marquait tous ceux qui ont confondu les deux Arlemises. Ravi- sius Textor (26) et les auteurs du The- sûuriis Fabri, sont de ceux-là. Oli- vier, qui a fait un Commentaire sur Valère Maxime, en est aussi, quoi ment (b). On la peut voir en fran- çais dans l'histoire de M. Che- vreau (c), et dans le Supplément de Moréri. Artémise ne survé- cut que deux ans à son cher ma- ri {d), qui était mort sans en-