SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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bus omnia humanitiis loquendo pare- bant, ac summum coeli et terrœ Domi- num qui simul cum suo unigenito imperii orbis uniuersi habenas niode- rntur (i3). Voilà comment M. de Larroque a fait valoir cette preuve. M. de Tillemont y a joint un autre passagCé « Athénagore ('*'') souhaite à » ces deux princes que le fils succède » à son père: ha. ttclTç 7ra.fà. 7ra.rpoc » <ri*J"êX*"'"8* ''■*'*' ^a.<riKiictv. Il parle )) donc à un père et à un fils, dont » l'un seulement possédait l'empire, » quoique l'autre pût avoir le litre » d'empereur, c'est-àdire, à Marc Au- M rèle, et à Commode son fils, et non )) pas à deux frères qui régnaient en- « semble. Il est encore plus clair en » un autre endroit (*'), où il dit, » Tout est soumis h fos majestés, au » père et au fils: dç ù/a.7]/ ttcltpi Kcit ùitti » wivT* mXilpaiTeci: de quoi le père » Pagi (*') n'a pu s'échapper, qu'en » disant qu'Athénagore fait Lucius « fils de Marc Aurèle, quoique ce fût » son frère, afin de faire une allusion » plus juste aux deux personnes de » la Trinité, le Père et le Fils (i4)- " Le père Pagi se servirait là d'un sub- terfuge qui ne serait guère propre à tromper. Il eût mieux valu se défen- dre en disant qu'Athénagore n'igno- (*') Athfnagor. Lcg., pag. 4", a. (i4) Tillemont, Hist. des Empereurs, i»">- ", ATHÉNÂGORAS.

rait pas que Lncius Aurèle était ma- pour le frère: Suffridus Pétri (21), rie avec la fille de Marc Aurèle, et Baronius, le père Petau (22), M. du qu'ainsi, puisqu'il adressait la parole Pin (23), M. de Larroque, M. de Tilau beau-père et au gendre, il pouvait leniont, et plusieurs autres savans bien les considérer comme le père et le tils. C'est ainsi en effet que le père Pagi a répondu à cette objection («ôj. Il remarque même que c'est aussi la pensée de M. Toinard. L'autre pas- sage que M. de Tillemont cite n'est point concluant: on peut l'entendre de cette façon. Nous faisons des vœux pour i'otre empire, afin que te fils le reçoii^e de son père, comme- la justice le demande. Tlip^i f^h rîiçjipX.îii ■TTlUfa. TroLTpoç.

KAToi tÔ «flX-StlÔTaTOV, cTtot- <rê;^^MO-Tê T»v ficLiTiKiicLv (i6). Pro impe- rio uestro oramus, ut etjilius à pâtre, sicut cequissimum est, imperium per mctnus accipiatis. Ce discours est très- raisonnable, soit qu'on suppose que l'Apologie fut présentée à Marc Au- rèle et à son frère, soit qu'on sup- pose qu'elle le fut à Marc Aurèle et à son Gis. C'est un voeu qui ''-"'' dans sont pour le fils.

INotons. en passant, une erreur de Grotius. FLoruil j4ihenagoras, dit-il (24) j circa ann. Christi 190, ut ex libri inscriptione apparel. Cela n'est point juste; car Marc Aurèle étant mort l'an 180, le titre d'un livre qui lui a été dédié ne prouve point qu'il en faille faire fleurir l'auteur vers (B) On suppose qu' Aihénagorasful député...a la cour,., et qu'il y pré- senta actuellement leur Apologie; mais il y a lieu d^en douter. ] Voici les termes de Baronius: Orientis quo- que ecclesias eâdem esse clade i^exa- tas, LEGATio pro illis ab Athenagorâ Alheniensi tune ad imperatores SDSCEPTA, et apologia pro eisdem tune scripta ac dictis principibus oblata, manifestam certamque fidem faciunt (25). Le père Labbe ne s'exprime pas l'hypothèse de Baronius, regarderait moins clairement: Legationem susce moins Commode, qui avait déjà ete piT pro christianis inter annum i65 associé à l'empire, que les descendans de Commode. C'est un souhait que la famille de Marc Aurèle possédât tou- jours la majesté impériale selon l'or- dre des successions légitimes en ligne directe. Notez que le père Pagi allè- gue ce vœu comme une preuve que le fils de Marc Aurèle n'était pas en- core empereur. Je réfuterai en un au- tre lieu (17) ce qu'on infère de ce qu'Athénagoras a dit d'un Alexandre. Concluons deux choses de tout ce- ci: la première, que le fondement de la controverse est en ce que les uns et annum 170 non desunt tamen qui anno dunlaxat 177 oblatt;m li- brum illum imperatoribus asserant (26). M. Moréri, traduisant ce pas- sage du père Labbe, s'est servi de ces paroles: Il présenta pour les fidèles a V empereur Marc Aurèle Antoine une excellente apologie // ai>ait été eni'oyé a Rome pour les chrétiens, et ce fut depuis l'an i65, jusques en 170. Il n'a pas bien entendu son ori- ginal, car les expressions du père Labbe signifient, non pas que l'am- bassade d'Athénagoras dura depuis prennent le collègue de Marc Aurèle l'an i65 jusqu'à Tan 170, mais qu'elle pour son frère, et les autres pour son tîls; la seconde, qu'il faut bien que ni les uns ni les autres n'allèguent rien d'évident, puisque le partage dure toujours. Scaliger (18), le père Labbe (19), le père Pagi, M. Dodwel, M. Chevreau (20), etc., sont (i5) Pagi, in Baron., ad ann. 177.

(17) Pans iarlicle Paris [n'existe pas]. (t8) Scalig., Aniraadv. in Euseb., nuin. 2182, (iq) Labbe, de Script, ecclesiast., loin. I, pag- J23- (ao) Chevreau, Hist. du monde, (om. //, pag. 353 de la première édition de Hollande: il met la présentation de f Apologie à l'an i65. M. de Larroque, dans sa Dissertât, de Legiene fulminatrice, pag. 64S, lui attribue de l'avoir mise rt l'an 175. // s'est servi peut-être d'une autre édition.

(21) Suflfrid. Pétri Comment., in Àthenagor., pag' 100: il choisit l'an 179.

(22) Pelavius, apud Pagi Dissertât. Hypat., pag. 116: il choisit l'an 177.

(23) Du Pin, Bibliotliéq., pa^. fj6,apud Larroquanura, Dissert, de Legione fulminât., pag. 648: il choisit l'an 178.

(24) Orotius, de Verit. Keligionis Christian., pag. 128, apud Larroquan., ibid.

(25) Baron., ad ann. 179, num. 3Q,pag.

(af)) PUilippus Labbe, Dissert, de Scriptor. ecclesiast., loin. 1, pag. I23, I24' ATHÉNAGORAS.

doit être appliquée à une portion de cet intervalle de temps. Ceux qui sa- vent les fre'quens voyages des empe- reurs romains en ce siècle - là ne s'esposent point à dire sans en être bien assurés, qu'on leur députa à Rome un tel ou un tel. Disons donc que M. Moréri s'est écarté un peu té- mérairement de la route de son guide; il a déterminé la durée et le lieu de l'ambassade; le père Labbe ne l'a- vait point fait. M. Dodwel, qui con- jecture qu'Athénagoras exerça cette ambassade (27) lorsque l'empereur Lucius Verus retourna à Rome pour y célébrer son triomphe (28J, n'a point de part à notre petite critique, en tant qu'il détermine le lieu; car cette limitation est une suite de l'hy- pothèse qu'il a suivie après une étude laborieuse des circonstances; mais j'ai quelque peine à croire qu'il ait dû dire que ce philosophe chrétien fit réellement la fonction d'ambassa- deur.

Ma première raison est tirée du si- lence de toute l'antiquité. Serait-il possible qu'aucun écrivain n'eût rien dit d'une telle députation, que les circonstances du temps, le mérite du député, et la force de l'apologie pré- sentée aux empereurs, auraient dû rendre si mémorable? En second lieu, je ne trouve point apparent que, lorsque le nom chrétien était si odieux et si opprimé, Athénagoras se soit produit à la cour impériale, comme député du corps, et qu'il y ait pu obtenir audience, et donner même aux empereurs un long écrit, où, malgré la modération respec- tueuse qu'il y répand, il représente les infamies les plus ridicules de la re- ligion païenne, et ce qui était le plus capable d'échauffer la bile des persé- cuteurs. J'ajoute que le titre de cet écrit, la plus forte preuve que l'on me puisse opposer, n'est point une preuve: 'AQnvctyôfiau'A6Yi\/iu.lou cfixotrécpou Xptç-iavoi/ Trfiia^uct Ttift XptC'stvwv: Athenagnrœ Athenietisis, philoso- phi christiani, legatio pro christianis. Voilà le titie de la pièce. Mais vous remarquerez, s'il vous plaît, 1°. qu'il y a des manuscrits ou après vpio-èila., 1 on trouve « ai?roMyiA, uel apologia (27) Legaliim egitpro Christianis. Dodwel., Dissert. Cyprian. XI, nuin. 27, j>ag. 261.

(28) Idem, ibidem.

(29); et qu'il y en a d'autres, où, au lieu de Trfis-fiiiet on lit ù.?rohoylct: i". que le mot TTfia-Çiia. signifie non-seu- lement une ambassade ou une dépu- tation, mais aussi une requête et une prière j TJiv 7rpia-ëila.v non modo lega- tionem, sed et deprecationem ac supplicationem apud Grcecos signifi- care notum est (3o): 3°. que le titre d'ambassade ne se donne point à la harangue de l'ambassadeur, mais à toute la relation que l'on compose de ses négociations. Ce serait donc une grande impropriété que de prendre ici le mot Tr^io-dlct pour ambassade. Enfin, j'observe que M. de Tillemont ne s'exprime pas comme les autres écrivains. Oni^oitbien, dit-il, (3i), ffue la religion était alors persécutée dans l'Orient., puis qu Athénagore fut obli- gé d'y composer une apologie, sous le titre rfe Légation pour les Chrétiens. // l'adressa aux deux Augustes. Il ne parle point d'aucun voyage, ni d'au- cune députation, ni d aucune apolo- gie présentée aux empereurs; il ne parle que d'un ouvrage composé dans le cabinet de l'auteur, et adressé à Marc Aurèle, etc. Chacun sait la difTérence qui se trouve entre un écrit qu'on fait remettre actuellement en- tre les mains d'un monarque, et un écrit qui est simplement adressé à ce monarque. J'avoue que l'autorité de M. de Tillemont me paraît ici très- bonne, car il s'était fait une loi de ne pas étendre les témoignages des au- teurs au delà de ce qu'ils signifiaient clairement: il se renfermait scrupu- leusement dans les limites de ses preuves. J'infère de là qu'il ne trou- vait aucun fondement pour cette dé- putation d'Athénagoras, ni pour la présentation actuelle de son écrit apologétique.

Réduisant à peu de mots ce que je juge de ceci, j'ose bien dire que je compare Athénagoras à ces écrivains modernes qui, sans sortir de leur ca- binet, ont fait voler par toute la terre une production de leur plume sous le tire de requête des protestans présen- tée au roi. Ceux qui liront ces sortes (29) Vide Commentariiim Sufiridi Potri in Allienagor., pag- 91.

(30) Adam hecbenb. Noise in Athenagor., (3i) Tillemont, Hist. des Emper., tom. II, pag. 756, 757, e'dition de Bruxelles, ATHÉNAGORAS.

de pièces d'ici à cent ans, ne doute- ront pas qu'elles n'aient été actuelle- ment présentées; mais nous autres, nous savons bien que cela est faux, nous savons bien que l'an 1680 il cou- rut un imprimé, qui avait tout l'air d'une requête effectivement pi-ésentée au roi de France par ceux de la reli- gion (32). Une infinité de gens le cru- rent dans les pays étrangers, et dans les provinces éloignées de Paris. J'ai néanmoins oui dire qu'elle ne fut point présentée, et il est certain que les députés des églises qui l'avaient dressée, en désavouèrent la publica- tion. Il parut un autre imprimé de la même espèce, pendant les confé- rences de Ryswik, l'an 1697, pièce vagabonde et sans aveu ^ mais qu'on pourra mettre un jour parmi les actes autbentiques, vu que rien n'y mar- que que cette requête n'ait pas été actuellement remise entre les mains de Louis XIV. Les premiers chrétiens en usaient apparemment de la même manière. Ils composaient des écrits adressés aux empereurs, et les pu- bliaient sous l'espérance qu'il en tom- bei'ait quelque exemplaire entre les mains de ces princes, et que cela por- terait la cour à remédier aux violen- ces que l'on exerçait sur les fidèles injustement accusés. Encore un coup, je me persuade qu'Athénagoras fiit dans le 11^. siècle ce que fit Calvin dans le XVl". Calvin, caché à Bâle dans une petite chambre, dédia à François P"^. son Institution chré- tienne, que ni lui, ni aucun autre, ne présentèrent jamais.

Je ne dois pas supprimer que le jour même que je composai cette remar- que, je la communiquai à M. Cock- burn (33), qui s'offrit tout aussitôt de consulter là-dessus M. Dodwel. 11 m'a fait la grâce de me communiquer la réponse qu'il a reçue, qui est toute pleine d'une exquise érudition, d'où l'on tire des conséquences en faveur du sentiment que j'ai combattu. Ces conséquences ont de la probabilité. La lettre de ce savant homme méri- terait d'cire imprimée. Je l'insérerais ici volontiers, si j'ert avais la permis- sion: mais ne l'ayant pas, je dois (Sa) Voyez la remarque suivante.

(33) C'etl un Ecossais, docteur en théologie, et auteur de quelques livres anglais, dont quel- ques-uns coinbaltenl le Dunrignonisnie aussi me priver de la liberté de la dis- pute.

(C) C/ne infinité de requêtes des protestons de rrance.., ont été impri- mées, sans avoir jamais été présentées au prince. ] Le public est si certain de cela, que je ferais une chose très- inutile, si je m'amusais à le prouver. Mais pour ce qui regarde la requête qui courut l'an 1680, j'ai sujet de croire que mes lecteurs s imagineront que je me suis trop avancé en niant (qu'elle ait été présentée. Il est donc juste que je propose mes raisons. Je commence par démêler cette requête d'avec plusieurs autres, qui furent dressées en divers temps, et je dis que c'est celle qui fut réfutée par un prê- tre nommé Soulier. La réponse qu'il y fit fut imprimée sans son nom. Il est parlé de cette réponse dans la 6*. page des Derniers Efforts de l'innocence op- primée, et dans la page 3o5 de l'His- toire des édits de pacification (34), et dans le III*. tome de l'Histoire de l'édit de Nantes (35). On trouve même dans ce dernier livre un précis de cette ré- ponse, et Cela comme d'un écrit dont l'auteur était inconnu. Cet historien de l'édit de Nantes assure que la re- quête fut présentée: il arriua, je ne sais comment, ajoute-t-il (36), que quelque temps après ellefiit imprimée et débitée publiquement. Je crois qu'il se trompe, et qu'elle fut imprimée et débitée avant qu'on eût pu la présen- ter. Or, depuis qu'elle eut paru en public, le roi ne l'eût point reçue. Voyez dans la Vie de M. du Bosc comment le conseil se scandalisa de ce que les députés de ceux de la reli- gion avaient publié une requête qu'ils avaient présentée, mais que le roi n'a- vait pas encore répondue (37). Ce prince fut tellement choqué de l'im- pression de cette requête, qu'il la con- damna sans la foir, et qu'il fit mettre à la Bastille deux des députés (38). Ceci se passa environ l'an 167 1. Quelle apparence, qu'au bout de neuf ans, c'est-à-dire, dans un temps où (34) De l'édition de Hollande, en 1682. Le sieur Soulier est V auteur de celle Histoire, et il y a mis son nom. Tl se reconnaît l'auteur de la Réponse à la Requête, à la page 3o5 de cette Histoire.

(35) Liv. XVI, pag. 4o4 et suiv.

(36) Là même.

(37) Vie de M. tlu Bosc, pag. 81.

(38) Lit même.

ATHÉNAGORAS.

les cKoses étaient empire'es, les dépu- tes des églises eussent osé publier une requête, après l'avoir présentée au roi, et avant que de savoir sa ré- ponse? L'auteur de l'Histoire de l'édit de Nantes pourrait éluder ceci, en aurait été interlocuteur dans le dialo- gue dont Epiphane donne des extraits. Or, c'est un dialogue composé par Méthodius contre Origène, et où Mc- thodius est l'un des interlocuteurs. Mais les critiques ont fort bien consoutenant que les missionnaires firent jecturé qu'au lieu de S 'Adttvityâp*, imprimer la requête des protestans. Cela, quoique possible, choque toute vraisemblance; mais voici un fait qui le pressera un peu plus. M. Jurieu composa un livre fort peu après que cette requête eut vu le jour, et il n en parla que comme d'une requête qu'on AVAIT DESSEIN de présenter (Sg). N'est- il pas plus digne de foi sur de telles choses, que l'historien de l'édit de Nantes, qui n'a écrit que bien des années après cet événement? Lorsque je vis l'opposition qui se trouve entre ces deux écrivains, je fis consulter trois des principaux députés des égli- ses, et nommément celui qui passe pour l'auteur de la requête. Les ré- ponses que j'en ai tirées s'accordent parfaitement en ceci: c'est qu'ils ne se souviennent point si elle fut présentée ou non. Ils s'excusent de l'oubli sur le grand nombre d'affaires qui leur passaient alors par les mains, et sur le long et très-fâcheux temps qui s'est écoulé depuis. Je n'ai donc pas lieu de craindre que les personnes raison- nables m'accusent de témérité dans le parti que je prends; car, outre les preuves que j'ai avancées, je me sou- viens que la tradition la plus fraîche, et en quelque façon originale, était celle que M. Jurieu a suivie, c'est que la requête vit le jour sans avoir été présentée par les députés.

(D) On ne le trouve cité que dans un oui'rage d'Epiphane.l II faut même corriger le texte, si l'on veut y ren- contrer cette citation, Tî auv à Aistfoxa-SetTrip iKiX^» ■> ^ 'ABtwttyiptt, yiiii/u.i- vov ùtto toZ &iOL (4o). Quidnam igitur tandern Dlabolum esse dicemus? Spi- ritum uidellcet qui circa materiam uer- satur, quemadmodùm dictum est, 6 Aihenagnra, h Deopiocreatum. C'est ce que portent les éditions d'Épiphane; et suivant cela, il faudrait dire qu'il s'agit là d'un autre Alhénagoras, qui (39) ^or«?e.f Derniers Efforts de l'innocence opprimée, pag. 6.

(40) Epiptian. advers. H.-eres., num. 64. pag.

il faut lire râ 'Adtivctyôff, ab yitheno' gord(4i).

(E) // n'était pas bien purge- de toute hétérodoxie.^ Il admet deux sortes de mauvais anges: l'une comprend ceux que Dieu créa, et qui s'acquittèrent mal de la commission qu'ils avaient reçue de gouverner la matière et de présider à la production des formes; l'autre comprend ceux qu'ils engen- drèrent par le commerce charnel qu'ils eurent avec les femmes: elle comprend, dis-ie, les âmes des géans qui naquirent de ce commerce (4^)- SufTridus Pétri remarque qu'Athéna- goras appuie son hypothèse sur deux passages de l'Ecriture mal entendus. Teslimonia sunl potissimiim duo, sed nialè intellecta, quibus niti uidetur Athenagoras (43). Il n'entend, et il n'applique pas mieux le passage de l'Évangile qui condamne ceux qui ré- pudient une femme pour en épouser une autre; car il s'en sert à con- damner les secondes noces, qu'il ap- pelle sans détour un spécieux adultère.

pmv êStUTSV tÎÏç TrpOTSpoLÇ yUVSLIKOÇ, X.XI it TêSvJixs, //oip^ôç êç"' Tra.pcLX.iKO.XVf/.fJihoÇ, ■n'ttpstSAivaiv julv thv ^««Jj* toO diau, oVi èv à.pX^ ô ôêàc 'ivst a.vS'pit iTT'Ka.T-i kili y.ia.v yvvctiKoL (44)* Autut quisque nalus est y ità maneat, auL unis nuptiis contentas sit, sccundœ enim speciosum sunt adul- terium: Quisquis enim ( inquit ) di- miserit uxorem suam, et duxerit aliam, adulterium commitit: neque dimittere sinens eam, cujus uirgini- tatem delibaris, neque altérant du- cerc. JVâm qui seipsum priori uxore (4i) Paulus Leopardus, Emendat., lib. 'XIX, cap. IX. Pelavius in Epiphan., ad Ha-'res., (4^) Athenagoras, pag. 227, et sequcnl.

{!^'■) Suffrid. Pétri in Athenagor. Apolog., ATHÉNAGORAS.

prLi'at, eliamstea mortua sit, adullei est clancularius, citm prituiim. Dei nianum tiansgrcdintur ( quoniam ab initio Dcus ununi uirum et mulie- reiii unam ). Vous voyez qu'il ira- pose à tous les hommes la même loi que Dieu n'imposa qu'au souverain sa- crificateur (45): il veut que, s'ils se marient, ce soit seulement avec une fille. Il ne se contente pas qu'ils soient vierges, il veut aussi qu'ils ne choisis- sent que des vierges pour leurs fem- mes. C'est errer conséquemment j car si les secondes noces étaient crimi- nelles, un garçon qui épouserait une veuve, serait criminel, et ferait un nouveau crime toutes les fois qu'il reliqutrunt. Qui per mentis abreptia- neni, Spiritu dwino ipsos niowenle, quœ accepenint, elocuti sunt, cùm et Spirilus eodem modo per ipsns opera- retur, quo tibicen iii/lat Jintulam. 11 est vrai que la comparaison du Saint- Esprit avec un joueur de flûte est basse, mais le fond de la chose n'est point une erreur.

Ce que j'ai dit de la loi qui fut prescrite au souverain sacrificateur des Juifs, me suggèi'e une conjecture que je m'en vais hasarder. Les pre- miers chrétiens, qui se déclarèrent si fortement contre les secondes noces, furent peut-être engagés à ce senti- ment parla considération qu'il, faut s'acquitterait des fonctions matrimo- êlre plus parfait sous la loi de l'Évan niales. Il ferait pécher son épouse, or, gile, que sous la loi mosaïque ^ de sorte selon les règles de la morale, quicon que fait pécher les autres pèche lui- même. Dites-en autant d'une fille qui épouserait un veuf. Je ne sais, dit M. de Tillemont (46), si l'expression (*') dont Athénagore se sert touchant les prophètes, en un temps oii les extases que les laïques chrétiens sont obligés à observer toute la plus grande régu- larité qui fût en usage parmi les ecclé- siastiques de la synagogue. En efl'et, il semble qu'à certains égards tous les chrétiens soient installés à la sacrifî- cature (48). S'il fut donc trouvé à prode Montan commençaient h troubler pos d'interdire le mariage d'une veuve l'Eglise, ne peut point donner lieu de craindre qu'il n'ait été engagé dans ce parti. Néanmoins, ni Scultet, ni M. du Pin {*'), n'ont point remarqué cet endroit comme sujet à quelque mauvais sens. Je ne trouve pas qu'on puisse au souverain sacrificateur des Juifs, afin que cette défense le fît souvenir de l'attachement qu'il devait avoir à la pureté, n'a -t- on point dû croire qu'il fallait mettre tous les chrétiens sous ce même joug? C'est ainsi peutavoir la moindre raison de le soup- être que l'on raisonna: peut-être aussi çonner de montanisme sous un tel pré- que la première origine de cette mo- texte. Combien y a-t-il d'orthodoxes, raie sévère fut le désir d'ôter pleine- qui prétendent que les anciens prophè- nement l'abus de cette espèce de po- tes étaient ravis en extase, et que leur lygamie, que le divorce rendait fré- langue ou leur plume étaient l'instru- quente. Les mauvais plaisans seraient ment du Saint-Esprit? Que pourraient- plus que ridicules, s'ils s'avisaient de ils donc trouver de blâmable dans ces critiquer ce qui fut prescrit au souve- rain sacrificateur. Il aurait fallu l'as- sujettir a quelque loi onéreuse, dira- t-on 5 mais au contraire, il a été obligé h faire le délicat, et a ne vouloir pas être sert'id'une t^iande réchauffée. Per- mis aux autres de prendre le reste des autres, lui seul devait être plus diffi- cile, et d'un goût bien plus friand. Fade et basse raillerie ^ car c'est au rose4seeor«m,9M«?Moses, <7MœEsaias, fond une servitude que de n'avoir quœ Hieremias, quœ cceteri Prophetœ pas le droit de se marier à qui l'on veut; et combien y a-t-il de gens sen- suels qui, dans une pleine liberté de choisir, préféreraient certainesveuves à toute autre maîtresse? Mais de plus, paroles d'Athénagoras: No^m/^û) koÀ vy.Siç...oùx. âvoMTOuç ^«-yovsvjii ovn tbov Mooo-laiç, otfTê Tœv 'Ha-atiof xa.' lipifAiCiU, x.«t< Tffiv MiTrcèv ITpo^îJiTœv, o» xclt ïx.ç'xetùroùç Tau èiiou wvêi^//*Toç, aiivnpyoï/iTO 5^J<j)û)V11irat.V' o-t/^;^pMo-*//t£Vow TOU TrvivfJ-C- TOÇ, ÙxTii KCLI £tC/XMT»)Ç, StUAOV l/y.TTViUCrcH (47). Arbitror vos etiam...non igna (45) Lévitique, chap. XXI, vs. i3 eti4.

(46) Tillemont, Hist. des Empereurs, loin. II, pag. •jSg.

(*■) Athenagor., Leg., pag. g, d.

f»») Scalt.,;>flg. 53. Du Pin, lom. I, pag.

(48) Voyei la l«. Épître de saint Pierre, chap. II, vers. 5 et 9.

ATHÉNAGORAS.

n'est-on pas aveugle, si l'on ne voit fias dans cette défense la sagesse du égislateur? Cette loi n'avertissait-elle pas le grand pontife de s'éloigner plus exactement qu'un autre des moindres déréglemens? car si une femme n'était pas digne de lui, dès qu'elle n'aspirait pas à ce beau degré de perfection et de gloire où elle eût pu parvenir en préférant un chaste veuvage aux se- condes noces, si la seule absence de cette vertu relevée, si, dis-je, cette seule absence qui est moins un vice réel que la simple privation d'un mé- rite distingué, suffisait à faire qu'elle fût indigne d'épouser le grand sacri- ficateur, n'éfait-ce point une preuve que Dieu exigeait de lui un cloigne- ment particulier de l'impureté, et un attachement particulier à la conduite la plus exacte? Lisez ces paroles d'un grand homme: Quin et iUa addecla- raiulam insignein filœ mundiùeni per- tinent, qubd si quis de stirpe Aaron teneatur pro/lut^io sanguinis, fetalur ad sacerdotis niensani accedere sacris- que l'esci panibus: item quod quicum- que i^itio maculdwe corporis essent de- jorinati, subnioi'entur a sacris minis- teriis: rursîis qubd ipse ponlifex ju- belur i^irginem suœ gentis ducere, à viduâ, repudiald, ac proslitutâ, abs- linere. JVon statlni quod ptebi licet, licet et sacerdoti: muUitudini multa conceduntur, à sacerdote suimna requiritur puritas in omni i'ilœporùone gaisg jg ^^^^ écrits d'Athénagoras (49. Le même esprit a règne dans la composée par Arnaud du Perron (56) - mscipline chrétienne, autemps même —;- -i.,. \,>."> qu'elle n'excluait point du sacerdoce les gens mariés (5o); car elle en ex- cluait ceux qui avaient eu successive- ment deux femmes, ou qui s'étaient mariés avec une veuve, ou qui avaient été déshonorés par l'adultère de leurs femmes: et si ce déshonneur leur ar- rivait dans l'état de cléricature, il fallait qu'ils s'en délivrassent par le divorce, ou qu'ils renonçassent à cet état. Verba sjnodi Neocœsav. cap. 8 hœc sunt: Si cujus uxorem adutlerium commisisse, citm esset laïcus, efiden- ter fuerit probatum, hic ad ministe- rium ecclesiasticum admitti non po- test. Quod si in clericatu eojam cons- tituto aduUerai'erit, data répudia di- (4q) Erasmus, in Ecclesiaste, lib. I, pas.

(5o) Voyez Duaren., de Sacris Eccles. Mînist. ac BeneCc., lib. IV, cap. VllI.,pag. 386.

miltere eam débet: si i>ero retinere ejus consortium l'élit, non potest suscepto ministerio perjrui. cap. si cujus, 3^. distin (5i). Voyez la dissertation de M. Morin, ou l'extrait oui en fut donne dans les Nouvelles de la république des lettres (52).

(F) M. du Pin a oublié quelques éditions d'Athénagoras. ] Sa liste est fort ample (53), mais elle n'est pas toujours bien ponctuée dans l'édition d'Amsterdam (54). Cela cause des brouilleries dans l'esprit, il n'a point marqué l'édition d'Oxford, ni l'édi- tion de Leipsick: celle-là parut l'an 1682, i/z-i3, par les soins de M. Fell, évè'jue d'Oxford, et celle-ci l'an 1684? i/i-8°.. par les soins d'Adam Rechen- berg Elles sont l'une et l'autre en grec et en latin, et accompagnées de notes. Il n a point parlé nun plus du Com- mentaire de M. Kortholt sur les traités d'Athénagoras. Cet ouvrage fut im- primé à Kiel, Tan 1675, in-Jolio, et a été inséré, avec des augmentations, dans l'édition de Justin Martyr, d'A- thénagoras, etc., à Leipsick, en 1686. Notez que Guy Gaussart, prieur de Sainte-Foi à Coulommiers, fit une version française de l'Apologie d'A- thénagoras, et qu'il y joignit les notes de Sullridus Pétri. Cela fut imprimé à Paris, in-%°., l'an 1574 Du Verdier Vau-Privas, qui me l'apprend (55), fait mention d'une traduction franmais il ne marque ni où ni quand elle a été imprimée (57).

(G) Je parlerai d'un roman, qui a paru sous le nom d'Athénagoras.\ Se- lon M. Cave, on n'en a vu encore que la traduction française, qui fut im- primée à Paris, chez Daniel Guille- mot, l'an 161 a, sous ce titre: Du vrai et parfait amour, écrit en grec, par (5i) Dnaren., de Sacris Eccles. Minist. ac Beneficiis, lib. IV, cap. VIII, pag. 887.

($2) Mois de juillet 1684, article VI, pag.

(53) Voyez le I". tome de ta Nouvelle niblio- ifaéque, imprime' l'an 1686.

(54) Je parle ainsi, n'ayant point celle d^ Paris.

(55) Du Verdier, 6ibliothéç|ae françoise, (56) Celuiqui a fait en latin une Continuation de Paul Emile.

(57) Du Verdier, Bibliolhéçiue française, ATHÉNÉE.

Athénagnras, philosophe alhénien, Juvénal, que ces sortes de lectugone et de Charide, de Pherécide et ""^^ ^J^^^"* ^«^^ fréquentes, et de Mélangénie. Martin Fumée, sei- <ï"e f ronton prêtait sa maison gneur de Genillë, avait fait cette tra- et ses jardins aux poètes qui vouduction, et l'avait envoyée l'an 1569, laient réciter leurs vers devant à M. de Lamané, secrétaire du car- „ _^i.,.