3> Il fut pris dans sa fuite; mais l'em- (y^ ibidem, lib. IF, cap. II.
» pereur, ne le trouvant point coupa- » ble, le mit en liberté. Athe'nëe re- (^) Les poètes se sont quelquefois » tourna à Rome, et dit à ceux qu'il servis de lépithète Atracien, pour » rencontra les premiers ces paroles signifier Thessalien.] Ce'neiis, qui » d'Euripide: fut tué dans le combat des Centaures .,,- „ - „ 1, et des Lapithes, aux noces de Piri- "^ "^ thous, est appelé Atracides par Ovi- . ~ Ht de (i), non pas pour signilier qu il était uls a Atrax, car un peu aupara- ■n Je fiens de quitter l'antre des morts, vant on l'avait nommé fils d'Élatus » et les portes de l'enfer. » On ne sau- (2), mais pour signifier en général rait comprendre l'origine de ces faus- qu'il était de Thessalie. Je n ignore setés de M. Moréri, car il semble qu'il soit plus malaisé de gâter ainsi les choses, que de les rapporter telles qu'on les trouve.
qui par leurs harangues s'acquéraient un grand crédit sur le peuple et lui Jaitaient prendre telle ou telle résolution.
ATRAX ou ATRACIA (a), ville de Thessalie {b), sur le Pé- née, eutce nom à cause qu'A- trax, fils de Pénée et de Eura, la fit bâtir (c). Elle devait être considérable, puisque les poètes se sont quelquefois servis de l'é- pithète.Atracien, pour signifier Thessalien (A). Pline met les Atraciens parmi les peuples d'É- tolie (d), mais il ne faut pas inpas que selon d'autres auteurs (3) il était fils d'Atrax. Le même poète nomme simplement Atracis la femme de Pirithoùs.
Desine mirari posito quod candidà vino Atracis ambiguos traxil in arma viras (4).
11 lui donne ailleurs le nom propre Hippodamie; mais il y ajoute l'épi- thète Atracis.
An fera centauris indicere bella coëgit Atracis HcBinonios Hippodamia viros (5) f Valérius Flaccus l'a désignée par les mots Atracia f^irgo (6).
On ne peut pas supposer qu'Ovide entend qu'elle est fille d'Atrax, on prouverait trop par-là. 11 faudrait aussi conclure qu'il a donné à Céneiis le. même père ^ mais il l'a fait fils d'Élatus, et il n'a point dit que Cé- neiis était frère de la mariée: omis- sion impardonnable, s'il l'avait cru imagine que férer de là qu'il ait prétendu!« beau-frère de Pirithoiis, parler d'un peuple ditïérent de Je crois qu'Apulée s'est i celui quihabitaitla ville d'Atrax, le nom propre de la femme de Piriqu il attribue a la ihessalie (e). écrivait en prose, il ne l'eût pas ain- Les confins des peuples et les di- si nommée, s'il eût su que ce mot-là visions des provinces ont sou- n'était qu'un jeu ou qu'une figure " ano-é Pt A\r><.\ \f TTvpinp poétique. Sic instar Atracis, dit-i" ange, et amsi le même J" J^^^ (,isez e*) Pirithoï dispecta qui appartenait en un disturbatœque nuptiœ. Béroalde a iorl à l'Étolie, était censé bien compris qu'il s'agit là d'Hippo canton temps a Thessalien en un autre temps.
La rivière Atrac, qui avait son (a) Stepliao. Byzantin., verbo' Aipa.^.
(b) Slralio, lib. IX, pag. 3o3.
(d) Pliuii Hisl. natur., lib. IF, cap. II.
(e) Ibidem, cap. FUI.
(i) Ovidii Metamorph., lib. XI f, cf. 209.
(2) Proies Elateia, ibid., vs. 18g.
(3) \ntonini Libéral. Metamorph., cap. XFIJ.
(4) Ovidii Amorum lib I, eleg. IF, vs. 7.
(5) Oïidius, Epist. HelensE, vs. 247- (6) Valerii Flacci Argoa., lib- /, vs. i4«.
(7) Apuleli Metamorph., lii. IF, }>ag 3.«2 editionit anni 1G16.
ATTALUS. ATTICUS.
dame ( ou d'Hippodamie ), femme de Pirithoiisj mais quand il ajoute qu'elle s'appelait Alracis à cause qu'elle était fille ^Alrax, qui fut le premier auteur de la magie parmi les Thessaliens (8), il dit une chose dont il aurait dû apporter des preuves, car on ne trouve point qu'Alrax ait établi la magie. 11 est bien vrai qu'on l'a nommée ^rs atracia (9); mais ce n'est qu'au sens di'Ars thessalica, qui signifie en général la magie, à cause que la Thessalie était fameuse de ce côté-là (10). C'est dans le même sens qu'il faut prendre ces vers de Valérius Flaccus: Quamiùs atracio lunam ipumare veneno Sciret, et Haroniis agitari canlibus um- Le scoliaste de Stace est le seul, si je ne me trompe, qui ait dit qu'Atrax était père d'Hippodamie. C'est ainsi que je voudrais corriger le mot Hippo- catiœ, et non pas comme Barthius, par Hippocrateœ (la). Le scoliaste d'Homère, sur le XXI*. livre de TO- dyssée j Eustathius, sur le même en- droit; et Hygin, au chapitre XXXIII, disent que la femme de Pirithoiis s'ap- pelait Hippodamie, et qu'elle était fille d'Adraste. Je ne sais si l'on n'au- rait point changé le génitif "ASp*xoç en 'Aj)i;-oj/. Si cela était arrivé, Atrax, le vrai nom du père d'Hip- podamie serait disparu pour faire place à Adraste. Les copistes ont in- troduit des changemens aussi malai- sés à faire que celui-là. J'en vais don- ner un exemple, tiré de notre sujet. Tous les manuscrits de Lycophron portent aujourd'hui cLf7ra.ya.ç KÙnauç (i3), rapaces lupos; cela signifie les Argonautes; mais l'exemplaire, dont Etienne Byzantin s'est servi, a.Tfa.KAç >.Ox.ovç (i4), Atracenses lupos, c'est- à-dire, loups de Thessalie. C'est ain- si qu'Eustathius a cité cet endroit de Lycophron (i5j.
(8) Voyez les notes de Pbilip. Béroalde snr cet endroit d'\pu\ée, (çi) Statii Thebaïd., Ub. I, vs. io6.
(10) Plinii Hist. natur., Ub. XXX, cap. I.
(11) Valerii Flacci Argon., Ub. VI, vs. ^^"j. (la) Voyez le Commentaire de Barlbius sur Slace, lom. II, pag. 3o, 3i.
(i3) Lycophronis Alexandra, vs. i3oç).
(i4) Stepli. Byy.ant., au mol "AtùO.^.
(i5) Voyez Cialcr, sur ces paroles de lyco- )lir()u.
Ce que Barthius prétend, ([n'Alra- ciœ Orœ, dans Properce (16), signifie un lieu éloigné, et que Catulle s'est servi du mot Alracis dans un même sens (i^), n'est pas fort fin. Quelques critiques mettentdans Catulle Atacis, rivière des Gaules, et non pas Aira- cis, rivière de Grèce; mais quoi qu'il en soit, nous devons entendre lit- téralement ce que Catulle et Properce disent (18). Quant à ce que Barthius suppose, qu'ils ont fait quelque allu- sion aux arts magiques, c'est une imagination ridicule.
(16) Propertii Eleg. VIII, Ub. I.
(17) Caiiilli Epigramm. XCVI.
(18) Voyez Scaliger sur cet endroit de Pro- perce.
ATTALUS, nom de quelques rois de Pergame. Cherchez Per- GAME.
ATTICUS ( Titus Pomponius ) passe pour un des plus honnêtes hommes de l'ancienne Rome. Il savait se ménager si adroitement que, sans sortir de l'état de neu- tralité, il se conservait l'estime et raflfection des deux partis (A). L'amitié intime qu'il eut pour Cicéron ne l'empêcha point d'a- voir des liaisons très-étroites avec Hortensius, et il fut cause que ces deux rivaux en éloquence, non-seulement ne s'entreblâmè- rent point, mais vécurent aussi dans une bonne intelligence (B). Il ne fut jamais brouillé, ni avec sa mère, ni avec sa sœur (C). Il en usa toujours généreusement avec ses amis, et leur ouvrit sa bourse dans leurs besoins. Il pou- vait le faire; car, outre les grands biens qui lui échurent par suc- cession (D), il trouva des voies de faire valoir son argent qui lui apportèrent beaucoup de profit. Les troubles, qui s'élevèrent à Ro- me entre le parti de Cinna et ce- lui de Sylla, le déterminèrent dans sa jeunesse à s'en aller à ATTICUS. 6o3 Athènes, oii il séjourna long- légère pendant trois mois, mais temps. Il se fit tellement aimer après cela les douleurs devin- des Athfiaiens, que le jour qu'il rent extrêmes. Il fit venir Agrip- se retira de leur ville fut en quel- pa son gendre, et deux autres que manière un jour de deuil personnes, et leur déclara qu'il (E). Il aimait extrêmement les avait résolu de mettre fin à sa belles-lettres, et il avaitdans son vie en ne mangeant rien: il les domestique plusieurs libraires pria d'approuver sa résolution, (a), et de fort bons lecteurs. Il et de ne la point combattre, faisait toujours lire à sa table, puisqu'aussi bien toutes leurs lors même qu'il régalait ses amis exhortations seraient inutiles. (F). Il ne se soucia point de s'é- Agrippa ne laissa pas d'employer lever au-dessus de l'état oti il était ses larmes et ses prières, pour né: c'était celui de chevalier. Il l'obliger à vouloir vivre, mais ce aurait pu parvenir aux grandes fut inutilement. Après deux charges de la république: mais jours d'abstinence, la fièvre ces- il aima mieux y renoncer (G), sa, et la maladie fut plus légère; parce que, dans la corruption néanmoins Atticus persista dans qui régnait alors, il n'aurait pu son dessein, et mourut trois ni les obtenir, ni les exercer se- jours après (d). Ce fut l'an de Ion les lois. Il n'eut jamais de Rome 721. Il est tombé de nos procès, et il ne se porta jamais jours entre les mains d'un cen- pouraccusateur contre personne, seur très-dangereux (I); mais et ne fut jamais le second d'un on ne l'a pas abandonné à accusateur. L'empereur Auguste la rigueur de cette censure (K). fut son allié: voici comment. Nous avons quelque chose à cor- Atticus avait marié sa fille avec riger dans le Dictionnaire de Agrippa. Il vint une fille de ce M. Moréri (L). J'ai oublié de mariage, laquelle Auguste fian- dire qu' Atticus était de la secte ça avec Tibère, presque aussitôt d'Épicure (e), et qu'on peut qu'elle fut au monde (b). Je ne défier les plus ardens défen- crois pas que la femme d'Atticus seurs du dogme qui établit ait été de grande naissance (c). que, sans la crainte d'une provi- II doit être compté au nombre dence, il est impossible d'égaler, des bons auteurs (H). Il parvint par rajîport aux bonnes mœurs, à l'âge de soixante-dix-sept ans ceux qui ont reconnu un Jupiter sans avoir guère éprovivé ce que et un Neptune, etc., de montrer c'était que maladie. Il avait été un plus honnête homme qu'At- des trente ans de suite sans avoir tiens parmi les plus grands bi- besoin de remèdes. Enfin il tom- gots du paganisme, ba malade: sa maladie fut assez ^^^ ^^ (,^_.^^,.^ j^^p^^^.^.„ y.^. p„„j,„„i^ Attici.
(a) Foyez ci-dessous la citation (38V (e) Vide Gassendum, de Vilâ Epicuri, lib.
{b) Nota est Allico neptis ex Agrippa ati II, cap. Vl.
annicularn Tibeno Clatidio Neroni Drusilla ^ ^.',,, iii „„^ |..
natopri^igno suo despondU. Cornélius Ne- ffction des deux partis.-] Il envoya do pos, i« Viiû Miici, cap. XIX. l'argent au lils de Marins, qiu avait (c) Foyes la remarque (C), À lajîn. éld déclaré ennemi de la r.'publuiii'\ et il s'insinua de telle sorte dans les bonnes grâces de Sylla, que ce gêne- rai romain le voulait toujours avoir auprès de lui, et ne trouva pas mau- vais qu'Atticus se défendît de le sui- vre à home, en alléguant pour ses raisons qu'il voulait garder la neutra- lité (i). ^oll, oro te, inquit Pompo- nius, adversùm eos me i^elle ducere, cum qulbus ne contra te arma ferrem, Italiam reliqui (2). Il se tint coi dans ATTICUS.
àere necesse inter Ccesarem atquè An- tonium, ciim se uterque principem non solùm urbii Romanœ, sed arbis terra- rum esse cupertt (8).
(B) llj'ut cause que Cicéron et HoV' tensius t'écurent dans une bonne intelligence. ] Ceux qui savent com- bien la jalousie d'éloquence agite et remue les autres passions, ne se fe- ront pas une idée médiocre de l'a- dresse et du mérite d'un homme qui Borne, pendant la guerre de César et sut conserver la paix entre les deux de Pompée: cela ne déplut point à plus célèbres orateurs de l'antiquité.
Pompée (3;, et plut infiniment à Ce- 11 ne suffisait pas que Pomponius At- sar. Après la mort de ce dernier, il ticus s'insinuât agréablement dans les " " - - X. ■ J esprits; il fallait de plus que l'on remarquât enlui des qualités qui inspi- rassent une estime respectueuse. Ce que je m'en vais citer est donc fort propre à marquer le caractère de son mérite. Vtebatur intime Q. Hortensia qui iis temporibus principalum elo- quenliœ tenebat, ut intelligi non pos' set uter eum, plus diligeret Cicero an Hortensias, et id quod erat difftcilli- mum, effîciebat ut inter quos tantce laudis esset œmulatio, nuUa interce- deret obtrectatio, esselque taliuni t^i- rorum copula (9).
(C) IL ne fut jamais brouillé, ni ayec sa mère, ni ai-ec sa sœur. ] A l'âge de soixante-sept ans, il perdit sa mère, qui en avait quatre-vingt- dix; et il avait alors encore une sœur presque aussi âgée que lui. Ce fut le jour des funérailles de sa mère qu'il déclara qu'il n'avait jamais eu besoin de se réconcilier avec elle, et qu'il n'y avait jamais eu de rupture entre sa sœur et lui. Hoc ipsum i^erègloriantem audierim in funere matris suce, quant extulit annorum nonaginta cum esset septem et sexaginta, se nunquam cum niatre in gratiam rediisse, nunquam ciim sorore fuisse in simultate quant propè œqualem liabebat; quod est signum aut nullam unquam inter eos querimoniam intercessisse, aut hune eâjuisse in suos indulgentiâ, ut quos amure deberet irasci eis nef as duceret (10). Je ne touche point cette circon- stance du temps, afin de grossir mon livre, et de remplir plus tôt une feuille de papier: chacun voit qu'elle est de l'essence de cette remarque; car si l'humeur commode d'Atticus se mon- (g) Cornélius Nepos, in Vitî Attici, ca\i. V-.
(10) Idem, aap. XFIIi envoya de l'argent à Brutus, quand le parti de la liberté commença à n'ê- tre pas le plus fort, et il rendit mille bons offices à la femme et aux amis de Marc Antoine, pendant que leur parti semblait perdu sans ressource. Marc Antoine ne fut pas ingrat; car, encore qu'il étendît sa furieuse haine sur tous les amis de Cicéron, il écrivit de sa propre main à Atticus une lettre très-obligeante (4) H travailla dans la suite au mariage de la fille d'Atticus avec Agrippa, favori d'Auguste (5). Enfin, malgré les cruelles divisions qui s'élevèrent entre Marc Antoine et Au- guste, notre Atticus se maintint dans l'amitié de l'un et de l'autre. L'un, (6), quand il était en voyage, lui e'crivait exactement ce qu'il faisait, ce qu'il lisait, et où il devait aller; et, lorsqu'il était à Rome, il lui écri- vait presque tous les jours, pour le consulter sur quelque question: l'au- tre (7) lui rendait un compte exact de ses aflaires. Il était sans doute très- difficile Je conserver en même temps l'amitié de ces deux antagonistes. Hoc quale sit, facdiîis existimabit is qui judicare poterit, quantœ sit sapien- iiœ eorum retinere usum benei'olen- tiamque inter quos maximarum rerum non s'>fiim œmulatio, sed obtrectatio tanta intercedebat, quantum fuit i/jct- (i) Cornet. Nepos, in Vitâ Attici, cap. II.
(ni Idem, cap. tV.
(3) Idem, cap VII: cependant Cicéron, Epist. Vl, lil: XI ad Atticuin, témoigne que Pompée aurait fait un mauvais parti a Atticus, s'il eût vaincu.
^4) Idem, capite \.
(5) Idem, capite XII.
(6) Savoir, Auguste. Cornélius Nepos, cap, XX.
(■)).Savoir, Marc Antoine. Cornélius Nepos, cap. XX.
ATTICUS. 5o5 tre ici sous l'idée d'une grande singu- pour nous parler des statues de Pilia larlté, c'est nrincipalement à cause sans dire ce qu'elle était? La iamiUe du nombre d années qu'il passa avec sa mère, et avec sa sœur, sans aucune brouillerie. C'est dommage que l'his toire n'ait pas ajouté comment il se gouverna avec sa femme. Il ne se van- (a de rien là-dessus (n); et cela Pilia ne fait aucune tigure dans l'an- cienne histoire romaine.
(D) De grands biens lui échurent par succession. ] Quintus Cœcilius était son oncle maternel. C'était un homme insupportable; mais Atticus pourrait faire soupçonner que son ménagea si bien cet esprit farouche, adresse, ou que sa patience, ne pu- qu'il se maintint dans ses bonn -s grâprincip ne l'obligèrent pas à faire de grandes près d'un million. Le patrimoine avances. Le fait, en ce cas-là, per- d'Atticus avait été d'environ deux drait beaucoup de sa singularité, par cent mille francs. In sestertio uicies rapport à Atticus; mais à tout pren- quod à pâtre acceperat (i5). Au reste, dre, il n'en perdrait rien, et l'aug- parce que Cœcilius adopta son neveu itérait plutôt. Voyez dans la re- par son testament, il fallut qu'Atti-...: «.- _..'**.:„..„ f..^ - -_ Al J:,. — »^.^.^c-U O.
marque suivante, qu' Atticus fut toujours bien avec un oncle dont l'hu- meur était si bourrue, qu'aucun pa- rent n'avait pu la supporter. Reve- nons à la femme d'Atticus. 11 est étrange que Cornélius Népos n'en di- se ni bien ni mal, et qu'il faille re- courir à d'autres auteurs pour ap- prendre qu'elle s'appelait Pilia, et qu' Atticus l'épousa l'an de Rome 697 (12). Il n'était plus jeune, il avait cinquante-trois ans. Il ne s'était pas hâté de s'enrôler dans cette milice. On peut recueillir d'une lettre de Ci- céron (i3), que Pilia aimait son ma- ri; car pour cet autre passage (i4)» où quelques-uns ont trouvé qu'elle songeait à faire divorce, il est visible qu'il doit être autrement lu, et qu'il signifie qu'elle était menacée de para- lysie. M. Sarrazin assure dans sa tra- duction de la vie de Pomponius Atti- cus, que la ville d'Athènes érigea aussi des statues à Pilia femme d'At- ticus j mais il est visible qu'il s'est servi d'une mauvaise édition, car il ne faut point lire Pilia dans Corné- lius Népos. Le mariage d'Atticus sui- vit de trop loin son retour d'Athènes, pour que les Athéniens aient songé à ériger des statues à sa femme. Corné- lius Népos aurait-il été assez étourdi (11) Voyelle commencement de la citation précédente, (12) Voyei la lll". lettre de Cicéron ad Qnintiiin rratrem, lib. II; et Fabricius dans la Vie de Cicéron à l'an de Rome 697.
(i3) Laoniiimedu V'. lii're ad Atticum. (i4) De la ni', lettre du XK!'. livn ad At- ticum.
eus se nommât depuis ce temps-là Q. Cœcilius Pomponius Atticus. Voyons ce que dit Cornélius Népos de l'hu- meur chagrine de cet oncle. Hnhebat avunculuin Q Cœcilium, equitem ro- manuni, famiiiareni L. LuculU (16), dii'ilem, dijfficillimd naturd, cujus sic asperitatem ueritus est, ut queni nemo ferre pisset, hujus sine nffensione ad sumniaui senectuleni relinuerit bene- folentiam • quo facto tulil pietatis fructum; Cœcilius eniin moi iens tes- tamento adoplavit eum hœredemque f'ecil ex dodrante. Ex qud hœreditate accepit circiter centies LLS (17).
(E) // se fit tellement aimer des Athéniens, que te jour de son départ de leur fille Jut,,. un jour de deuil. ] Il avait transporté chez eux la meil- leure partie de ses efl'ets, et soit en prêtant, soit en donnant, il rendit de grands services à la ville d'Athè- nes (i8). On n'en fut pas méconnais- sant: ou lui rendit toutes sortes d'hon- neurs publics. Il refusa celui de la bourgeoisie, et l'érection d'une sta- tue; mais après qu'il fut parti, on lui en érigea plusieurs. On fut très fâché de son départ. Quo factum est ut huic omnes honores quos passent publiée haberent, cii'enique facere studerent, (i5) Coraelius Nepos, in Vitâ Attict, cap.
xir.
(16) Valère Maxime, liv. VU, chap.nil, nuin. 5, dit que Caciliui: avait promis sa suc- cession à Lucullus, et que l'ayant trompe, son cadavre yut trattié par les ruer.
(18) Cornélius Népos, cap. II.
ATTICUS.
(juo benejlcio ille uti noluit, quod nonnuUl interpretantur, amitii duita- teni romanam, alid adscitd. Quam- diii affuit ne qua sibi statua poneretur restitit, abicns prohibere non po- tuit...ŒVanquillatis autem rébus romanis remigrafit Romam...Quem dietii sic unit'ersa civitas Athenien- siuni prosecuta est, ut lacrymis desi- derii J'uturi dolorem indicaret (19). 11 parlait si bien la langue grecque, qu'on Ti'ût pris pour un Athénien (20). Quelques-uns croient que le sur- nom à' Attiras lui vint de là. Vola- terran l'assure comme une chose dite par Cornélius Nepos (21)^ mais il se trompe, M. l'abbé de Saint-Réal débite qu'Atticus se nommait ainsi parce quilétiiitfori saluant en grec, et qu'il demeurait la plupart du temps à Athè- nes (22). On lui a représenté (aS) qu'il aurait fallu dire simplement à cause du long séjour qu'il fit pendant sa jeunesse à Athènes, puisqii'it est ceitain quil demeura^ la plupart de sa vie en Italie ou en Epire, où. il auait beaucoup de bien, comme il paraît par sa uie écrite par Cornélius iVe- pos, et par divers endroits des lettres de Cicéron.
(F) Il faisait toujours lire a sa table, lors même qu'il régalait ses amis.'] S'il eût tenu table ouverte indifférem- ment pour tous ceux qui se seraient présentés, il se fût rendu incommo- de à bien des gens par cette coutume de faire lire:, mais il n'invitait que des personnes de son humeur. JYemo in coni'iuio ejus aliud acroama audi- fit quàm anagnosten...JVeque un- qu'ani sine aiiqud leclio/ie apud eum cœnatum est, ut non mirais animo quàm l'entre convii'œ delectarenlur, nainque eos i^ocabat quorum mores à suis non abhorrèrent (a^j.
(G) Il aurait pu parvenir aux gran- des charges de la république; mais il aima mieux y renoncer. ] C'est appa- remment la plus forte preuve qu'il ait donnée de sa vertu. On ne pouvait (19) Idem, ca}>. III, etlV.
\w) lAem, cap. IV.
(îi) Volaterr.-in..s, lih. XVIII, pag. 666.
(22) Remarques sur les lettre» de. Clcéioa p Alticu.s, dans la Bibliothèque Universelle, loin.
(23) L'auteur de la IViblioiliéque universelle, fil même.
(j4) CorucUii.'i Ncfios, cap. XIV.
alors s'élever aux charges que par de mauvaises voies j et l'on ne pouvait les exercer selon les règles de la jus- tice, et pour le bien de la patrie, sans s'exposer à la violence d'une infinité de méchans. Il aima mieux se tenir dans une condition privée que d'al- ler aux dignités aux dépens de sa v;on- science. Que cela est beau! Que cela est rare! Si tout le monde ressemblait à Atticus, on aurait lieu d'appréhender l'état d'anarchie j mais on peut dor- mir en repos de ce côté-là: il y aura toujours plus de malhonnêtes gens prêts à occuper les charges par tou- tes sortes de voies illégitimes, qu'il n'y aura de charges à conférer. J'ai oui dire qu'un homme, qui n'avait fait que voyager toute sa vie, répon- dit à ceux qui lui reprochaient son hu- meur ambulatoire,, qu'il aurait bien voulu se fixer dans quelque ville; mais qu'il n'en avait trouvé aucune où la puissance et le crédit fussent en- tre les mains des honnêtes gens. On dit un jour à un autre voyageur qui assura qu'il cesserait de courir de lieu en lieu, dès qu'il trouverait une ville gouvernée par les personnes qui avaient le plus de mérite: Vous mour- rez DONC EN VOYAGEANT? Uonores Hon petUt, ciiin ei paterent propter uelgra- tiam i'el dignitatem: quod neque peti more majorum, neque capi passent conserfatis legibus in lam effusis am- bitds largitionibus, neque geri è re- publicdsine periculo corruptis cit'itatis moribus (25). Conférez avec ceci ce que l'on a dit ci-dessus dans l'article d'A- LEXANDER AB Alexandro, remarque (C). (H) // doit être compté au nombre des bons auteurs.'] Il composa des An- nales où il observa une chronologie très-exacte, et débrouilla le plus net- tement du monde les généalogies des magistrats romains. Cet ouvrage com- prenait sept siècles, et par-là on peut aisément conjecturer qu'il regar- dait principalement l'histoire de Rome: je dis principalement, car il ne faut point douter que l'auteur ne fît connaître dans une suite chronolo- gique l'histoire abrégée de plusieurs autres états. Ciccrou ne permet point d'en douter: Cognoscat etiam, dit-il (26), rerum gestarum et memoriœ (25) Idem, cap. FI. (2G) Cie\Mi}, in Oratore.
veteris ordinem maxime scilicet nostrœ cil'itatis, sed et imperiosorum populo- ruin et regum illustrium ■■ quem laborem nobis Attici nosUi leua^^it labor, qui consevvalis noiatisque temporibiis niliil cùni illustre preeternUtteret, artnoi'um septingenloruiu rnemoriam uno libro colligwit. Peu s'en faut qu'il n'y eût des tables chronologiques dans ces Annales. Ilabuit iste liber Attici et noua mihi quidem viulta, et eam ulilitatem quam requirebain, ut expli- calis ordinibus temporum uno in cnn- speclu onmia uidcrem (17). J'ai déjà dit qu'Atticus observait fort nette- ment l'ordre généalogique: j'ajoute ici qu'il fît des Traités particuliers sur quelques familles, et qu'il com- posa des Inscriptions de quatre ou cinq vers chacune, pour mettre sous le portrait des hommes illustres, et qu'on admirait son adresse à com- prendre tant de choses en si peu de mots. Attigit quoque poëticen, cre- lUnius, ne ejus expers esset suawitatis. JVamque t^ersibus, qui honore rerum- que gestarutn amplitudine cœteros ro- mani populi prœstiterunt, exposuit ila ut singulorum imaginibus fada ma- qistratusque eoruni non ampliiis qua- ternis quinisque uersibus Jescripserit, quod i^ix credendum sit tantas res tam ùrewiter potuisse declarari (28)...Ma- ris etiani majorum summus imitator fuit antiquitatisque amator, quam adeo diligenter habuit cognitam, ut eam tntani in eo (■•alumine exposueril quo magistratus ornawit. JYnlla enim lex, neque pax, neque bellurn, ne- que res illustris est populi romani, quœ non in eo suo tempore sit notata, et quod difficillimumfuit, sic fanii- liarum origineni subtexuit ut ex eo cla- rorum i^irorum propagincs possimns cognoscere. Fecit hoc idem separatim in aids libris, ut M. Bruti rogatuJu- niam familiam a stirpe ad liane œla- tem ordine enumerauil, notons qui à quo orlus, quos honores, quibusque temporibus cepisset. Pari modo Mar- celLi Claudii de Marccllorum; Scipio- nis Cornelii, et Fabii Maximi de Cor- ncliorum et Fabiorum et yEmiliorum quoque, quibus libris nihtl potcst esse dulcius iis qui aliquam cupiditatem habenl nolitiœ clarorum virorum (29).
(27) Cicero, m lîruto.
(i8) Cornélius Nepos, cnp. XVIII.
(39) Iiicin, ibidem.
ATTICUS. 5o7 C'est dommage que ces livres se soient perdus, ils éclairciraient un nombre infini de ditliculte's. Je ne dis rien de YHistoire du consulat de Cicéron, qu'Atticus avait écrite en langue grecque (3o), et sans ornemens (3i).
(I) // est tombé de nos jours entre les mains d'un censeur très -dangereux. ] C'est M. l'abbé de Saint-Réal. Voyez le livre intitulé Césarion, ou Entretiens dii'ers.W fut imprimé à la Haye, sur la copie de Paris, en i685. Il est divisé en quatre journées, dont la troisième est une critique fort rigoureuse de Pom- ponius Atticus, et de son panégyriste Cornélius Népos. On m'a dit que l'au- teur de cet ouvrage a persisté dans les mêmes sentimens, et que cela pa- raît par les remarques qu'il a jointes à la traduction des deux premiers li- vres des Lettres de Cicéron à Atticus. On a parlé de cette version dans un livre fort connu (Sa), et je me suis tou- jours étonné que les libraires d'Am- sterdam ne la contrefissent pas 5 car je ne doute point qu'il n'y ait beau- coup de profit à faire dans la lecture de cet ouvi'age.
(K)...Mais on ne l'a pas abandonné a la rigueur de cette censure. ] Il parut un petit livre en Hollande, l'an 1686, sous le titre de le Retour des pièces choisies, ou Bigarrures curieuses, par- mi lesquels on inséra l'Apologie de Pomponius Atticus contre les attaques de Césarion. L'auteur de l'Apologie ne se nomma pas; mais on n'ignore point que c'était feu M. Rainssant, garde du cabinet des médailles de sa majesté T.- C. Les Nouvelles de la république des lettres (33) s'étendirent sur l'écrit de M. Rainssant d'une manière qui ne plut pas à M. l'abbé de Sainl-Rcal.
(L) IVous aurons quelque chose h cor- riger à son sujet dans le Dictionnaire de M.Moréri.] 1°. Il est faux que Cicéron ait épousé la sœur d'Atticus. Ce fut le frère de Cicéron qui l'épousa. 2°. Une fallait point parler des liaisons d'ami- tié produites parce mariage, puisque Cornélius Népos remarque très-expres- sément que l'amitié d'Atticus futbean- (3o) Idem, ibidem: (3i) Cîcero, Epistol. I, lib. II, ad Alllciim.
(3j) Au XX'^. tome de la Bibliotliéque Uni- verselle, /jiaj». 37. fierez aussi le Journal des Savans du nfiiviier j6ç)i.
ATTILA.
coup moins forte pour Quintus Cice- lon son beau-frère, que pour Cice- ton. Eratnuptasoror Attici Q. TulLio Ciceroni, easque nuptias M. Cicero conclliâral, cum quo a conJiscipulatu uiuebat conjunctissimè, multo eliam Jamiliariùs quant cum Çuinto, utju- dicari possit plus in arniciliâ ralere simililudinem morum quant ajffînita- iem (34). Poraponia, sœur d'Atticus, n'e'fait pas toujours fort bien avec son mari (35): elle n'était donc guère pro- pre à serrer le nœud de l'amitié de son mari et de son frère. 3°. Cice'ron n'a point de'die' un volume de sns Let- tres à Atticus: il fallait dire qu'il eut un continuel commerce de lettres avec lui, et que l'on a un recueil de lettres qu'il lui écrivit, qui est divisé en seize livres. Cornélius Népos en parle (36), et dit que l'on y trouve l'histoire du temps, et en quelque sorte la prophé- tie de ce qui devait arriver: Ut nihil in ils non apparent, et J'acilè existimari pnssit prudenliam quodamniodo esse dluinationeni. Non enim Cicero ea so- litni quœ l'ii'o se accidei'untfuturaprœ- dixit, sed etiam quœ nunc usufeniunt