relier d'Abensperg dans la Ba- vière (B). II étudia première- ment à Ingolstad, et puis dans l'université de Paris, sous Jac- ques le Fèvre d'Étaples, et sous Josse Clictou. Étant retourné en Allemagne, l'an 1 5o3, il s'arrê- ta quelque temps à Vienne, oii il enseigna en chambre l'élo- quence et la poésie. Il s'en alla en Pologne l'an iSo-j, et ensei- gna publiquement la grammaire grecque dans Cracovie. Il revint en Allemagne, et passa quelque temps à Ratisbonne, d'oii il se transporta à Ingolstad l'an iSop, et y expliqua quelques livres de Cicéron. Comme il passait pour fort habile homme, on le fit ve- nir à Munich l'an 1 5 1 2, afin d'ê- tre précepteur du prince Louis et du prince Ernest (a). Il voya- gea avec le dernier de ces deux princes (6). Après cela, il entre- prit de composer les Annales de Bavière (C), et y fut encouragé par les espérances que les ducs de ce nom lui donnèrent de fournir aux frais. Il n'oublia rien pour répondre là-dessus à l'attente de ses maîtres: il con- sulta le mieux qu'il put les ar- chives d'Allemagne, et il s'appli- qua tout entier à cet ouvrage. Il n'a point perdu sa peine, car il s'est acquis par-là beaucoup de réputation. Il reçut en iSag un affront qui lui causa un cha- grin dont il fut rongé tout le reste de sa vie. On le tira par force du logis de sa sœur à Abens- perg, et on le mit en prison. Personne n'a jamais su au vrai (a) Ils étaient Jils d'Albcrt-le-Sage, duc de Bavière.
(b) Voyez /'Histoire de Bavière du sieur le Blanc, loin- III, pag. l\\t\, l^iS.
AVENTIN. fils d'un caba- le sujet d'une telle violence, que l'on aurait poussée plus loin, si le duc de Bavière n'eût pris ce savant personnage sous sa pro- tection. La mélancolie indomp- table qui accompagnait Aventin depuis ce temps-là, bien loin de lui faire prendre la résolution de continuer à vivre dans le céli- bat, comme il y avait vécu jus- qu'à l'âge de soixante - quatre ans, le poussa peut-être à songer au mariage. Cette nouvelle pas- sion ne fut pas si forte qu'elle ne lui laissât la liberté de consul- ter la Sainte Écriture et ses amis sur ce qu'il avait à faire. Il ne trouvait que des conseils rem- plis de beaucoup d'incertitude (D); c'est pourquoi il fallut qu'il donnât lui— même la résolution de ce problème, et il conclut pour le mariage (E). Il ne fut plus question que de chercher un parti, et il eut l'imprudence de s'en rapporter à une vieille rusée qui le trompa vilaine- ment (F); car elle lui amena une femme du pays de Suabe, qui avait trois grandes imperfections, une femme, dis-je, pauvre, lai- de, et chagrine, qui lui donna lieu de faire bien des expérien- ces (G). Il loua une maison à Ratisbonne depuis ses noces, et puis il fut attiré à Ingolstad en i533 pour y être précepteur du fils d'un conseiller du duc de Bavière (c). Il y voulut transpor- ter sa femme; et pour cet effet, il fit un voyage à Ratisbonne, pendant les fêtes de Noël; mais il y arriva atteint de la maladie dont il mourut le 9 de janvier i534, âgé de soixante-huit ans. Il ne laissa qu'une fille, qui n'a- <c) Leonardus ab Eck.
AVENTIN. 523 dit-il (4), est assez célèbre en l'his- toire romaine, principalement par l'empereur Antonin, qui, dans son Itinéraire, la nom/ue A ventinium. Cel auteur serait bien embarrassé, si l'en exigeait de lui qu'il prouvât quK cette ville est assez célèbre dans l'hiscroyait pas qu on trouvât qi eût porté d'autre nom que celui d'//- busina, qui lui est donné dans l'Iti- néraire d'Antonin; et c'est pour cela vait guère que deux mois {d). Il fut enterré dans l'église de Saint- Hémeran, à Ratisbonne, oii son épitaphe lui donne l'éloge de bon catholique (e). Cependant, par les recherches que les ]esuites ^^.^^ romaine. Le docte Lambecius ont faites, il s'est trouve qu il ne croyait pas qu'on trouvât qu'elle était un bon luthérien caché (H). C'est par-là que ceux de l'église romaine tâchent d'affaiblir le ^^,.^ ^j.^^ l'auteur des Annales de poids de son témoignage contre ^g s'être pas nommé Abusinensis.
la conduite des papes, et contre Patria ejusfuit Abusina, undèfalsb, la mauvaise vie des prêtres; car «""» *« nominare debuisseï Abusinenles protestans ont mille fois aile- j^,^.; ^/^^^ ^(^j.^l ^^ j^^ agrémens gué les annales d'Aventin, pour <je celui d'une des montagnes de montrer les désordres de l'Égli- Kome?
se. La plupart des autres écrits (C) Il entreprit de composer les de cet auteur n'ont pas été im,- primés (I). M. Moréri a mal réussi dans cet article (K).
(d) Il avait eu un fils qui était mort.
(e) Tiré de sa Vie, composée par Jérôme Ziéglérus. Elle est à la tête de ses Annales.
(A) // a fleuri au XVl'^. siècle. ] Il naquit l'an 1^66, et mourut l'an i534: d'où Vossius infère avec beau- coup de raison, que Génebrard s'est trompé, en faisant fleurir cet histo- rien l'an i366 (i). Le père Gaultier a suivi la faute de Génebrard. Dans l'Épitomé de la Bibliothèque de Ges- ner, ou met faussement la mort d'A- ventin à l'an iSîQ.
(B) // était fils d'un cabaretier d' Abensperg, dans la Bai'ière.'] Jé- rôme Ziéglérus dit que cet homme se nommait Jean Timrmair, et que de là vint que Léonard d'Eckh donna dans une épigramrae le nom de Thur- niomarus (2) à Jean Aventin(3). Il ajoute que l'annaliste de Bavière se nomma Ai'entinus, à cause que l'an- cien nom d'Abensperg est A^enti- nium. L' Empereur Antomn,cor\iixi\ie- t-il, la nomme Abusina dans son Iti- néraire. M. Bullart n'a pas bien en- tendu ceci. La uille d^ Abensperg, Ci) Vossius, de Histor. Latiois, pag. 655.
(2) Il ne semble pas que Vun de ces noms vienne bien de Vautre. Il y a peul-élre dans Vun OH dans VauLfe quelque faute d'impression, (3) Zieglertis, m Vitâ Joaonis Aventini.
Annales de Bavière.] Il eut pensiou pour cela. Il y mit la première main peu avant la mort de l'empereur Maxi- milien. L'ouvrage comprend sept li- vres, et s'étend jusqu'à l'année i533*', Vossius remarque toutes ces choses. Annales Bojorum libris vu reliquit..,. Terminatur ejus historia anno cio 13 xxxin. Extremis Maximiliani tem- poribus jam coeperat historiam suani scribere auspiciis etliberalitate fruens Guilielmi et Ludouici Bai^ariœ Du- cum, qui patri suo Alberto successe- rant anno ï5o8 (6). Ces Annales ne virent le jour qu en l'année i554 *'. Ce fut Jérôme Ziéglérus, professeur en poésie dans l'université d'Ingol- stad, qui les publia ^ mais, comme il l'avoue lui-même dans la préface, il en ôta les invectives qui regar- daient les gens d'église, et plusieurs contes qui ne faisaient rien à l'his- toire de Bavière. Multa sine diibio emenddsset (Aventinus), pleraque forsitan mutdsset etiam, siperfala licuisset Int^ectiuas quasaam con- tra ecclesiasticas personas, itemjabu- losas narrationes nihil quidquam ad historiam facientes, non fraude sed (4) ftullart, Académie des Sciences, lom. I, (5) Lambec, Comment. Bibliotli. Cassar., lib. II, cap. yi, pag. 471, in not. margin., num, 2, apud Magirum, Ëponjmol., pag. gi.
*' Il Cnil à l'an i4'^°, dit Leclerc.
(6) Vossius, de Histor. Latinis, pag. 655.
*^ Joly dit que Tauteur en avait publié un Essai en allemand, dès i522, à Nuremberg, judicio omisimus (7). La précaution de Ziéglërus, et la bonne foi avec la- quelle il confessa les mutilations, n'e'- taient point deux choses qui fussent nées l'une pour l'autre; car cet aveu excita la curiosité' des protestans, et les obligea à tâcher de déterrer ce qui avait été supprimé: et ils cher- chèrent si bien un manuscrit de ces Annales non tronqué, qu'ils le trouvè- rent Il fut publié à Bâle, Tan i58o, pas les soins de Nicolas Cisnerus. Le titre de cette édition porte Joannis Auentini Annalium Bnjorum libri vu, ex authenticis manuscriptis codicibus recogniti, restiluti, aucti dUigentiâ Nicolai Cisneri. Coefl'eteau n a pu s'empêcher de faire éclater son cha- grin contre l'édition de Cisnerus. Voici comme il parle: Auentin n'est point auteur digne de foi en ces ma- tières'ecclésiastiques, n'ayant eu autre but en ses Annales, que de désho- norer le clergé; et surtout il est récu- sahle en l'histoire de Grégoire f^ll — JJ incontinence de sa plume en ces ma- tières aidait été cause que Ziéglérus en sapremière impression en aidait retran- ché beaucoup de narrations menson- gères, et beaucoup d' in^'ectives contre les ecclésiastiques; mais les protes- tans, qui détournent leurs oreilles de la vérité pour s'adonner aux fables, n'ont pu supporter cette correction, et nous ont publié ses Annales ai>ec toutes ses ordures (8).
(D) // ne trouva, sur son mariage, que des conseils remplis de beaucoup d'incertitude. ] Voici ce que M. Bul- lart récite à l'égard des réponses que les livres firent: « Socrate le laissait » en peine, par ce discours qu'il a » autrefois tenu à un jeune homme >} qui était dans la même irrésolu- » tion: Mariez-fous, ou ne i^ous ma- » riez pas, i^ous ne pouvez manquer )) a vous repentir de l'un et de l'autre. » Il n'eût pas eu besoin d'autre con- i> seil s'il eût cru celui de Diogène, » qui disait aux jeunes gens qu'il » n'était pas encore temps qu'ils se » mariassent, et aux vieillards, que ■» le temps était passé. Euripide (7) Ziégler, in Priefalione. Cisner, dans sa Préface, montre ^u'Aventin, i'il avait vécu, n'aurait point changé ce que Ziéglérus prétend qu'il aurait changé.
(8) Coeffeteau, Réponse au Mystère d'Iniquilé da sieur du Plessis, pag. 0^3.
AVENTIN.
» flattait son désir, en disant que la » femme est une douce consolation au ■» mari dans ses maladies et dans ses » adversités; mais il l'afHigeait par )) plusieurs autres sentences qu'il pro- )) nonce ailleurs contre ce sexe (9). n C'est un pur roman, et une occasion mendiée de débiter un lieu commun; car la Vie d'Aventin marque expres- sément qu'il n'examina, avec deux de ses amis, que des passages de l'Ecri- ture. Sœpiîis multos locos ex sacris litteris suadenles et dissuadentes ma- trimonium protulit.
(E) Il conclut pour le mariage. ] Continuons d'entendre parler le même M. Bullart. « Aventin, lassé de cher- » cher des avis permi les morts et les » vivans, et espérant de rencontrer )) une femme selon ses souhaits, s'é- n cria tout à coup: Je suis vieil, j'ai )> besoin d'une compagnie qui m'as- » siste et me serve dans la caducité )> de mon âge. » Voici ce que dit Ziéglérus: Senectutem suam omnino considérons, tandem prorumpens in hcec verba dixit: « Senex sum, mi- » hi ministrari opus est. » Sa conclu- sion fut selon les règles de la logique. Conclusio sequitur debiliorem partem. D'un côté, ses livres et ses amis lui conseillaient de délibérer toute sa vie; et, de l'autre, son infirmité lui conseillait de se marier. Par sa con- clusion, il se mit du côté le plus in- firme. Mais n'eut-il pas deux enfans en peu d'années, et cela, quoique la laideur et les criailleries de sa dia- blesse de femme ne fussent pas fort propres à l'échauffer? Il avait donc tort de dire qu'il lui fallait une fem- me à cause de la caducité de sa vieil- lesse, il lui en fallait aussi une à cau- se des restes de jeunesse qu'il sentait encore, (F) On le trompa vilainement."] Son historien lui fait ici beaucoup de tort j car voici comme il s'exprime: Duxit Suevam, morosam mulierem, illepi- dam, et omnino pauperem, deceptus ab anu quâdam, quœ ei illam utfa- viulam saltem adduxerat. La vieille ne lui amena point cette fille de Sua- be sur le pied d'une femme qu'il dût épouser, mais comme une simple ser- vante. En quoi donc est-ce qu'elle le trompa? 11 fallait que Ziéglérus prît (9) Bullart, Académie des Sciences, pag- ï4'- AVENTIN. 5^5 la peine de nous l'apprendre j car eu rement, l'un qu'elle était laide, l'au- prenant droit sur ses expressions, on tre qu'elle était pauvre. Mais cette peut facilement disculper la vieille, connaissance ne peut pas nous faire et faire tomber toute la faute sur le conclure qu'il agit imprudemment • bon vieillard. On croira qu'ayant ré- car elle pouvait lui promettre l'exemp- solu de se marier, et n'ayant perdu tion de mille incommodités insuppor- que trep de temps à s'y résoudre vu tables. Comme il avait beaucoup de son âge, il prit la première fille qui lecture, il savait les axiomes des an- lui tomba sous la main, et ce fut sa ciens sur la discorde de la beauté et propre servante: et ainsi le voilà un de la pudicité (i3), et sur l'orgueil sujet propre à grossir la liste des Colle- qui accompagne les belles filles (li), têts et de tant d'autres qui se sont et qui s'empare d'une épouse riche- mariés avec leurs servantes (lo). ment dolée (i5). On apprend ces axio- (G) Sa femme lui donna lieu de mes au collège, et l'on trouve tous les faire bien des expériences. ] « Ayant jours mille occasions de les appH- i» franchi le pas, et décidé toutes ses quer: de là vieut qu'ils demeurent >) délibérations par son mariage, il fortement imprimés dans la mémoire » n'eut plus rien à faire qu'à méditer et cela augmente la peur d'en éprou- » sur le changement de sa vie, et à ver la vérité, si l'on s'expose à cou- M considérer s'il est moins fâcheux de rir cette fortune. Nous pouvons donc « nourrir une femme pauvre, que de croire, avec beaucoup de vraisem- » souffrir de l'orgueil d'une riche j blance, qu'Aventin considéra qu'eu » de posséder celle que personne ne épousant une femme jeune et jolie, il « veut que d'en garder une belle, exposerait son front à une disgrâce » Comme la sienne était pour le moins honteuse et tout-à-fait mal plaisante. » aussi mauvaise que la Xantippe de H savait sans doute que la beauté ne » Socrate, l'exemple de ce grand phi- donne point l'exclusion à un désir » losophe pouvait encore lui servir très-sincère de se comporter chaste- » de consolation (n). m Sans mentir, ment 5 mais d'ailleurs, il s'imaginait ce docte Allemand fut bien malheu- qu'elle rend très-difficile l'exécution reux: il croyait entrer dans un bon de ce désir. La cajolerie, presque port, et se mettre à couvert de mille inévitable dans ce cas-là, est d'une incommodités, et il s'exposa à une tem- force merveilleuse pour vaincre les pêtecontinuelle.Encoresisafemmeeût bonnes résolutions. Quand il consi- été jolie et riche; mais elle n'avait eu dérait son âge, il ne pouvait que s'a- pour dot que sa laideur et son humeur larmer déplus en plus: sa soixante- querelleuse. Afentinus t^ir doctus, quatrième année était un nouvel magnijudicii integritatisque, sedfoitu- épouvantail, et il disait peut-être en nâ admodiim tenui, quam corrupit ul- lui-même: Si l'on fait ces choses au teriiis ductd uxore rixosd et malorum bois uert, que sera-ce du bois sec? THorum, ut cum duobus malis pau- Un jeune mari n'est pas à coui^ert de pertate et uxore malâ ipsi fuerit con- cette infortune, comment l'eViteraifiictandum {17,). je, moi qui suis bien l'ieux? Les Nous lui ferions injustice peut-être, maux réels, dans la condition d'un si nous supposions qu'il n'épousa point "vieux mari qui a une jeune et belle cette femme sans avoir profondément fename, quelque vraisemblablement raisonné sur les inconvéniens. Elle ne qu'ils se fassent craindre, sont pour- pouvait pas le tromper sur l'article de la laideur, il avait des yeux. On ne f'^) ■ • ■ ^"ra est adeà concordia forma, la lui avait amenée que comme ser- Mquepudidtiœ défauts qu il lui connaissait tres-clai- (,4) Pauus inest puUhris se,uUur,ue super.
biaformam.
(10) yoyez le Ménagiana, pag. aSi, et la Ovidius, Fast., Wi. /, vy. ^ig.
remarque (E) de l'article BmsEÏs. (l5) Ità islœ soient quœ viros subservi're (il) BuUart, Académie des Sciences, pag. Sibi postulant dote frelce féroces.
(12; Lonringins, Dissertât, de Rebusp. apuà Voyez tes Elecla Plantina de Philippe Pareiis, Mjgirom, EponymolBg. Critic., pag. 90. au met Conjugium.
AVE NT IN.
tant moins difficiles à éviter que les maux inJaginaires. Je veux dire qu'un tel mari a plus de sujet de craindre les chagrins de sa jalousie, que l'infide'- lité de sa femme. 11 arrive plus sou- vent qu'on lui est fidèle sans qu'il en soit bien persuadé, qu'il n'arrive qu'on lui soit infidèle sans qu'il en ressente des inquiétudes. 11 y a donc quelque apparence qu'Aventin se dé- fia encoie plus de soi-même que d'une épouse jolie, et qu'il raisonna comme ceci: Je veux qu'elle soit chaste effec- tivement; mais suis-je bien assuré que je n'aurai pas la faiblesse d'en- trer dam des défiances, en m aper- cevant qu'elle plaît a mes voisins et à mes amis, et qu'ils tachent de lui plaire ( i6 )? Que ma jalousie soit aussi mal fondée que l'on voudra, elle n'en sera pas un bourreau moins farouche et moins barbare. Le plus sûr est de ne s'y pas exposer, et de prendre à femme cette servante dont la laideur me tirera d'inquiétude; car, casta est quam nemo rogavit: oii trouverait-elle des corrupteurs, quand même elle formerait de mauvais des- seins? et comme d'autre côté elle est pauvre, je n'aurai pas lieu de crain- dre qu'elle soit impérieuse: ce sera un esprit soumis, qui n'osera point parler haut et me contredire. iVe saisje pas ce qu'ont dit les anciens poètes (i^)? Si nous supposons qu'il prit la chose par ces endroits-là, nous le trouverons plus malheureux qu'im- prudent; car enfin, les raisons qui l'auraient déterminé à son choix sont spécieuses et éblouissantes: mais il faut aussi supposer que le troisième défaut ne lui était pas connu, et que sa servante avait eu l'adresse de ca- cher son humeur chagrine, gron- deuse, bourrue, acariâtre. Elle n'eut garde de la découvrir: elle connut bientôt que son maître était résolu à sortir du célibat à quelque prix que ce fût, et sans doute il ne tarda pas long-temps à faire reluire quelques rayons qui la portèrent à croire qu'il ne chercherait pas hors de son logis (iC) Magno periculo custoditur quod muliis placet. Publius Syrus.
(17) L'un d'eux a Ji'C Sponsam sine dole non habere loquendi liberlatern. Et voici ce qu'a dit Plaute, in Aulular., Jet. III, scèn. V, ys. 60.
Quse indotata est ea in potestate est viri. Doutai mactaat kK malo et daiuno viros.
la femme qu'il voulait prendre. Com- me il ne faut point juger des choses par l'événement, gardons-nous bien de le blâmer d'imprudence sous pré- texte que son mariage fut mallieu- reux. Le s plus sages y sont attrapés, Caton fut trompé par ses propres rai- sonnemens dans une semblable ma- tière (18). En ua mot, pour dire qu'Aventin fut imprudent, il faudrait savoir deux choses: l'une, qu'il ne mit pas en balance les raisons qu'on a vues ci-dessus, et les raisons du parti contraire j l'autre, que s'il eût épousé une femme jeune, riche et jo- lie, il n'eût pas eu autant de chagrins qu'il en sentit ayant épousé sa ser- vante. Voilà deux sources de jugemens téméraires: on condamne les gens sans savoir ni les motifs secrets, îîiea pesés, bien examinés, qui les déter- minent, ni ce qui leur serait arrivé s'ils eussent choisi d'une autre façon. (H) Les jésuites ont découvert qu'il était un bon luthérien caché. ] Je dis caché; car puisqu'il fut enterré dans une église catholique, avec les céré- monies ordinaires, et qu'on mit à son épitaphe tierce religionis amator, il faut croire qu'il ne se déclara point publiquement pour les protestans, non pas même à l'article de la mort, dans ce moment décisif où il n'est plus question de dissimuler. Il est même vrai que le style de son histoire est tout catholique romain, si l'on ex- cepte les endroits où il parle si libre- ment contre la tyrannie des papes, et contre les mauvaises mœurs du cler- gé (19). Il ne faut donc pas trouver étrange que M. du Plessis l'objecte à ceux de l'église romaine, comme un témoin qui a été de leur religion. M. du Plessis ne savait pas les anec- dotes que le père Gretser avait pu- bliées. Voici un passage de ce jésuite: Addit Plessœus inveclivœ Aventinia- nœ hanc clausulam; haec quidem li- cet professione romanus, plura forte, silicuisset, dicturus. Professione ro- manus, hoc est catholicus non fuit Aventinus, sed hœreticus; cujus cri- minis ut alia probamenta deessent, id tamen salis superque liqueret ex epistold Melanchthonis adAventinum (18) Voyexla remarque (L) de l'article (Marc) PORCIOS.
(ig) Voyez Rivet, dans sa Réponse à Coefte- t«au puur du Plessis, tuin, II, pag. 167.
AVENTIN, quant ex ipso autographo recitai'i lib, a, contra Cal^inianum Replicatorera cap. 19 (2e). Coeileteau n'a point su cette particularité \ néanmoins il a soutenu hautement qu'Aventin était hérétique: Quant à ce, dit- il (21), que du Plessii fait Auentin de pro- fession romaine, nous ne l'accorderons jamais. Son langage le découvre, et on voit par toutes ses Annales comme la passion le transporte contre le saint siège. C'est pourquoi, pour le tran- cher court, tout ce qu'on nous abjecte de lui ne vaut pas une feuille de chê- ne, et ne le jugeons non plus digne de réponse que l' imposteur Benno, sur les mémoires duquel il a écrit la f^ie de ce pontife (aa). Aventin a été trai- té d'auteur luthérien dans Tlndice des livres défendus: Fromond, néanmoins, ne le croit pas hérétique, mais seule- ment semblable à Érasme, en fait de parler trop librement contre les dé- fauts des moines: Liberrimce enim linguœ ( hœreticce dicere non ausim, neque puto ) et plané Erasmicœ in monachorum et ecclesiasticorum vi- tia fuit Aventinus (a3). Plus etiam uimio favens schismaticis, et parùm iatejjrâ fîde res rom. pontificum pro- didisse perhibetur, idebque meruit in classe auctoruni cautè legendorum ab Indice expurgatorio recenseri. Les plus vastes mémoires ne savent pas tout ce qui est assez commun. J en vais donner un exemple. Conringius avait oublié que ceux qui publièrent à Ingolstaff les Annales d'Aventin en retranchèrent ce qui ne leur paraissait pas d'un bon catholique (a4). Libri ejus, dit-il (a5), post morlem demùm ab ipsis pontifie iis fngolstadii sunt edili, ut hinc appareat primas saltem editores non improbâsse quce ibi repe- riantur. 11 avoue qu'Aventin entre- tenait commerce de lettres avec plumaine. P'ixit superiori seculo quando maxima illa sacrorum mutatio fteret, et multa pontificice reltgionis dogma- ta improbavii. Per luteras familiari- tatem coluit cum protestanlium non- nullis, et cum PhUippo quoque Me- lanchlhone; rcperire taruen non potui reliquisse eum peniiiis ecclestam ro- rnanam utut in protestantes l'ideatur propensior; vixit enun et mortuus est in illd ecclesid, sepultusque Regmo- burgi in monasterio sancti l'.nicrami ceremoniis ponlijiciœ ectlesi<e usilatis (26;. Je remarque qu'on peut compa- rer fort justement le sort d'Aventin avec celui de Fra-Paolo.