SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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tes les attaques de ceux de l'autre ter les livres des noui>eaux ministres, communion, dont pas un n'a ose le et entre autres celui d'Aobertin et ceux combattre de bonne guerre, ni l'entre- de M. Daillc. 11 soutient « que prendre tête a tête, s' il faut ainsi dire. » l'ouvrage d'Aubertin est un ou- Ceux-la mêmes qui passent parmi eux n vrage très-méprisable; que ce mipour des colomnes et des chefs de par- » nistre était un hommu de peu ti, n'ont pu faire autre chose que lui » d'esprit, qui n'avait qu'une basse porter quelques coups obliques, selon » critique sans élévation et sans jules règles de ce nouvel art qu'ils ont n gement, qui a lu beaucoup parce inventé, et que le désespoir de leur » qu'il ne faut pour cela que des cause leur a jait mettre en pratique )) yeux et du loisir, mais qui a lu sous le nom spécieux de méthode de » sans discernement et sans lumières, prescription f8j. M. Daillé désigne là m qui ne distingue point entre les les théologiens de PortKoyal, qui, » bonnes et les mauvaises raisons j dans leur livre de la Perpétuité de la » qui se récrie à tout moment sur Foi, ne combattirent de tout l'ouvrage «les preuves les plus faibles j qui de M. Aubertin, que l'Histoire du » s'est corrompu le sens commun, changement de créance: encore ne » par l'accoutumance de répéter touoombattirent-ils celte histoire que par des raisonnemens, et non pas en opposant preuves de fait à preuves de fait. Voyez le IP. chapitre du P'. li- vre de la grande Réponse de M. Clau- de, où il montre que l'auteur de la » jours les mêmes absurdités, et qui, » bien loin d'at'oir remporté une belle » i^ictoire sur l'école de Rome, n'a » fait que découvrir la faiblesse des M calvinistes (ii). " (E) M. Claude eut mille occasions Perpétuité de la Foi attaqua le livre déparier du mérite du livre d'Auber^ de M. Aubertin d'une manière oblique tin. ] En faveur de ceux qui, sans auet indirecte. tre peine que celle de lire cet article, (D) Une querelle entre MM. de souhaiteront de savoir le plan d'Au- Port-Royal et M. Claude fit con- bertin, je copierai ces paroles de naître le nom d^ Aubertin et le caractère M. Claude: k fout le livre d'Auberde son ouvrage. 1^ L'auteur de la Per- » tia est un corps de disputes sur pétuité de la Foi ne choisit à réfuter « le sujet de l'Eucharistie, qui est dans le gros ouvrage de ce ministre, » divisé en trois parties. Dans la preque l'Histoire de l'Innovation. Cela j> mière, il traite la matière par l'Efournit assez d'occasions de produire » criture Sainte et par le raisonnesur la scène le nom et le travail d'Au- » ment humain. Il produit ses passabertin. Voici un passage de la Perpé- » gesetses argumens, il réfute les rétuité de la Foi. « Aussi Aubertin, » ponses qu'on y fait ^ il rapporte les » ayant bien vu qu'il n'y avait pas w passagesetles argumens de ceux de la » moyen de soutenir une folie si visi- n communion de Rome, il y satisfait; » ble (9), a cru devoir réformer ce » et il répond à peu prés à tout ce » plan. Et voici à quoi se réduit ce « qne les controversistes ont dit jus- .) que ce ministre, qui a consumé » qu'ici de plus considérable sur ce » malheureusement sa vie à chercher J) sujet. Dans la seconde, il examine la ;> dans les écrits des anciens de quoi » créance de l'Eglise durant six cents » obscurcir la vérité, a trouvé de m ans, par une discussion exacte de )) plus plausible, pour rendre viaisem- » tous les passages de part et d'autre, M blable le prodigieux renversement » et il fait voir que la transsubstan- (8) Vie de M. Daillé, pag. ii. (10; Dans la préface de la Perpétuité Jéfeu» (9) Il entend la supposition de Blondel, que ""'• la transsubstantiation élail née long-temps après (n) Perpétuité défendue, 'if. /, chap. /, Be'renger. prg. 5.

5i6 AUBI » tiation et la présence re'elle sont des » dogmes inconnus pendant tout ce » temps-là. Dans la troisième, il fait j) l'histoire de rintroduction de ces j> doctrines (12). » M. Claude avait déjà dit dans sa première Réponse, que M. Aubertin, après avoir traité à fond toutes les questions de l'Eucha- ristie par/' jEc/ùare Sainteetparle rai- sonnement, et ai'oir remporté une belle victoire sur toutes les subtilités de l'école romaine, examine J'ort au long tous les passages des saints pères qui ont été jusqu'ici produits sur cette matière de part et d'autre, faisant voir par ce moyen a toute la terre le changement que l'église romaine a fait; en faisant lui-même une perpé- tuelle comparaison de la créance an- cienne et de la noui'elle; a quoi il ajoute l'histoire de la naissance et des progrès de la transsubstantiation et de la présence réelle (i3).

(F) // fut exposé dans son agonie aux vexations du curé * de Saint-Sul- pice. j II se présenta à la porte du malade, avec le bailli de Saint-Ger- main, à neuf heures du soir. La ca- naille, au nombre de quarante per- sonnes, le suivait avec des armes. Celui qui frappa à la porte contrefit la voix du médecin afin qu'on ou- vrît. Dès que la porte fut ouverte, toute la troupe se jeta impétueusement dans la maison, et se mit à dire que le malade souhaitait de faire son abjura- tion entre les mains d'un curé, mais qu'on l'en empêchait j qu'on venait donc pour délivrer de cet esclavage sa conscience. Le fils aîné du ministre agonisant défendit autant qu'il put les montées; mais enfin pour empêcher que cette canaille ne rompît les por- tes des chambres, on consentit que le curé et le bailli entrassent seuls à la chambre du malade. Les cris et les huées de leur escorte firent un peu revenir M. Aubertin de son assoupis- sement léthargique, si bien qu'il dé- clara fort distinctement sa persévé- (12) Claude, Réponse au Livre de M. Ârnauld, (i3) Claude, Réponse au II'. Traité, chap. I.

" Ce curé était J.-J. Olier Sulpicîen dont le père Giry, minime, a composé la Vie, i68^, in-i2. Le Maire, dans sa Défense de la foi ca- tholique, fait une scène d'édificalion de ce dont Bayle fait une scène de scandale. Leclerc et Joly rapporteat le texte de le Maire et adoptent sou récit.

GNÉ.

rance dans la religion réformée. Le curé et le bailli sortirent, et eurent bien de la peine à faire retirer la ca - naille. Elle revint peu après, cria qu'on avait fait sortir par force le curé, et aurait enfoncé et pillé toute la maison, si deux notables n'eussent interposé leurs prières, l^i- ciniam non latuit extrema hœc cala^ mitas, quœ pii viri spirans adhuc spo- lium cujusuis illudere parati injuriée exponebat. Lamentabili istâ occasione infeliciter usus prceferuidi sed tumul- tuosi zeli vir Joannes Jacobus Olle- rius, basilicœ S\ Sulpitii curatus, et sndalitatis quœ de propaeandâ fide diciiur primipilus, etc. (i4). Peut-on songer à cela sans se souvenir de ce triste mot de Lucrèce?

Tanlùm religio potuit suadere malorum '.

Un zèle furieux de religion de quoi n'est-il point capable?

Tristius haud illo monslrum, nec sœvior ulla Peslis et ira deûin Slrgiis sese exlulit un- dis (i5).

Il ne laisse pas même mourir les gens en repos. Après les avoir tourmentés pendant leur vie, il %'a leur tendre des pièges jusque dans les bras d'une maladie qui ôte l'usage de la raison. Il se prévaut des raomens où l'âme est aussi malade que le corps, et où Claudicat ingenium, délirai linguaque mens- (i4) Darid Blondellus, Prœfat. lit. Âlbertini de Eucbaristiâ.

(i5) VirgiL, JEneïd., lib. III, vs. 214.

AUBIGNÉ (d') * (A).

' Il s'appelait Tlie'odore Agrippa. Leclerc et Joly renvoient à la remarque (Q) de l'arti- cle Jeanne d'Albret, reine de Navarre. C'est à la remarque (R) qu'il est question d'Au- bigné.

(A) ] J'ai lu dans le Mercure Galant de janvier 1705 (i), que Jean d'Aubigné fut favori et chancelier de Jeanne d'Albret, reine de Navarre et mère de Henri If^, et en grande fa- veur auprès de ce prince 5 c^yC il mourut a Genève, après l'avoir quitté ensuite de sa conversion; qu'il était alors ami- ral de Bretagne, gouverneur d'Olerou et de Maillezais, et gentilhomme de (i) Mercure Galant, janvier 1705, paga 233 et suiv.

AUDEBERT.

la chaJitbre du roi; qu'il nous reste de lui une Histoire de France écrite «p'ec un désintéressement qui lui a attiré les louanges de tous les auteurs contem- porains, et de ceux qui sont t'émis ciat, à Bologne, pendant quel- ques années, et il revint d'Italie si satisfait du pays, et des gens qu'il y avait pratiqués, qu'il emjnéme plus de cas que de celle de M. de Thou, qui est cependant fort estimée; qu'Otton remarque que, lorsque dans son histoire il en est à la mort de ce grand prince (a), il dit après lui; qa'on regarde son ouvrage pl^yg tout l'art de sa poésie à la comme un che.f-d' œuvre en fait d lus- j -,• jr> « n » toire, et que quelques auteurs en font description de Rome, a celle de ■■ " P^enise et a celle de Nap les (a).

Ces trois poëmes ont été insérés au premier volume des Délices des poètes de France. On verra que la plume tui tombe des ^malns, et ci-dessous de quelle manière les Vénitiens récompensèrent la description de leur ville. Il avait composé d'autres poëmes, qui auraient pu être communiqués au public, si son fils, qui était conseiller au parlement de Bre- tagne, lui eût survécu quelque temps {b). Scévole de Sainte- Marthe a fait réloge de notre Audebert, avec son éloquence ordinaire. Il lui a donné les qua- lités les plus essentielles à un honnête homme. M. Moréri a fidèlement rapporté le précis de cet éloge. Je ne doute point qu'il n'ignorât les conséquences avantageuses que les protestans ont tirées de ce chapitre de Scé- vole de Sainte -Marthe, pour justifier d'une horrible accusa- tion l'un de leurs plus illustres ministres. On ne saurait assez déplorer, ou la malice, ou l'igno- rance de l'homme, quand on songe * que Théodore de Bèze a été accusé d'une infamie abo- minable, sur un fondement qu'il n'a plus la force de rien écrire; que cette histoire est en deux volumes in-folio j qu'elle a été revue, corrigée par ses soins, et imprimée sur un très- beau papier et en de très-beaux carac- tères, à Maillezais, dont il était gou- verneur; que Constant, son fils, t^ice- roi des lies d' Amérique, où il passa en 1643, était père de madame de Maintenon et de M. le comte d'Aubi- gné dernier mort, chevalier des or- dres du roi et gouverneur de Ber- ri (3). Dans le Mercure Galant du mois de février i^oS (4), on a corrige' la faute touchant le nom de baptême de d'Aubigné. On a dit qu'il se nom- mait Agrippa et non Jean. On a dit aussi que son Histoire universelle est en trois volumes, que le troisième est rare, et a été imprimé à Loudun ^ qu'il a pris soin de composer lui-même sa yie, dont il y a un manuscrit à Paris, écrit de sa main, et que c'est une pièce curieuse. Le marquis de Ti- gni, frère de M. Tévêque de Noyon, est le chef de la branche aînée de la maison d'Aubigné, et père de M. le comte d'Anbigné, à qui le roi a don- né le régiment royal (5).

(î) Henri IV.

(3) Il n'a laissé qu'une fille qui est marie'e à M, le duc de Noailles.

(4) Mercure Galant, yVmer 1705, pag. 207.

(5) Mercure Galant, janvier 1705, pag.

aussi frivole que l'est son épi- AUDEBERT (Germain), prési- gramme, de sua in Candidam dent en l'élection d'Orléans *, et Audebertum benevolentid. a été un homme de beaucoup de ^^^ Sammanbanus, Elogior. hb. 11.

mente, et bon poète latin, au (^O) I^elictis, pmter en quœ commémorai XVP. siècle. Il fut disciple d' Al- poemata, SUvamm aliquot libris qui luccm * Il ne fut jamais président, dit Leclerc, c'est ce qu'on voit par son épiUplie rapportée dans la remarque (B).

expectore poleranl ab ejiis hœrede, etc., Samniartliaous, Elogiorum lib. II.

* Tous les honnêtes gens, dit Joly, sous-- criront sans peine à celte réflexion.

5,8 AUDEBERT.

M. Maimtourg renouvela cette accusation dans son Histoire du Calvinisme. On le réfuta très-so- lidement par l'examen de la pièce même, et on n'oublia point de fortifier l'apologie par le grand mérite d'Audebert (c). Théodore de Bèze s'était déjà servi de cette raison (A). M. Gra- verol le ministre avait eu dessein de publier les épitaphes de cet (B) yoici une occasion très-com- mode de publier les ëpitaphes d'Au- debert.] Pour ne point la laisser per- dre, j'insérerai ici mot à mot ce que la personne que j'ai nomme'e m'écri- vit et m'envoya.

Je uous prie d'agréer que je iious em^oye un extrait Jidèle des épitaphes de Germain Audebert et de son fils. Si je les eusse rfcues dans le temps qu'on me les ayait promises, je les aurais ajoutées a la petite apologie latine de Théodore de Bèze, quune occasion singulière m'obligea de donillustre magistrat, dans une dis- ner au public Une pièce si authenti ., *?■ ':i ^.f an irinr que me parait seule capable de mettre sertation latme qvi il mit au our /, ^P,.^^„,„,„^ Jroce dont on a en ce temps-la (rf); mais il les •^^^^«e^ i^ chai reçut trop tard. II nie les a com- "- - muniquées, et voici une occa- sion très - commode de les pu- blier (B). On y verra l'histoire de notre Audebert toute telle fendre.

qu'un dictionnaire historique la « Cy gist Messire Germain Audebert, doit fournir. Le sieur Konig a coupé cet auteur en deux (C). Sainte-Marthe n'est pas le seul qui ait fait l'éloge de cet hon- nête homme (D) •gé la mémoire de cet excellent serviteur de Dieu. par quel- que éuasion qu'on tâche d'en éluder la force, et uous rendrez un sen^ice si- gnalé a la vérité, si uous donnez au public ce nouveau moyen de la dénatit de cette ville d'Orléans, prince des poètes de son temps, qui pour sa seule vertu fut anobli lui et les siens naiz et à naistre parle ti-ès-chrestien roi de France et de Pologne Henri 111, et fait chevalier. Et pour comble d'hon- neur, Sa Majesté lui donna deux fleurs (C) Jur.e., Apologie_ pour les Ke'for^e's, de lys d'or pour -tt- - chef <^ ses Ire, part., pag. l4« et suie.

(d) Elle est intitulée, De JuvenilibusTlieo- dori Beza Poëmatis, et imprimée à Amster- (A) On fi.t servir son grand mérite a la justification de Bèze,...qui s'était déjà servi de cette raison.'] C'est dans sa 1I*=. Apologie contre Claude de Sainctes. Il dit que, lorsqu'il composa l'épigramme, Audebert était déjà avocat au parlement de Paris. Voici son latin. Quid quitm eousque prove- heris ut meam curn honestissimo viro, et jam tum in Senatu Parisiensi ad- vocato, quem vacant, nunc verb in civitale Aureliensi magna curn digni- tate versanti, amicitiam et familiari- tatem summam ad nefarium et exe- cranduin illud scelus transféras, quod à nnbis ne nominnri quideni sine hor- rore potest, a vobis autem in vestris Mis gurgustiolis, ut omnes norunt, pro ludo eljoco ducitur, quis te ip- sum vir honeslus non execretur (i)?

(i) Bc2a, Operum lom. II, pag. 36o.

armes, pour la décoration d'icelles. Nostre saint Père le pape Grégoire XIII, et le duc et seigneurie de Venise, le firent pareillement chevalier, et ceux- ci lui envoyèrent par leur ambassa- deur l'ordre de Saint-Marc jusques en France. Et nonobstant ces grands hon- neurs, il s'est tousjours plu à exercer Testât d'élu dans cette élection l'es- pace de 5o ans, tant il estoit amateur de sa patrie. Ce que considérant Sa- dite Majesté, ayant créé et érigé uu président et un lieutenant en chaque élection de France, exempta ledit Messire Germain Audebert, et voulut qu'il présidast et précédas! l'un et l'autre. Il a escrit trois livres de Ve- nise, un de Rome, un de Naples, deux de Sylves, trépassa l'an iSgS, le 24 de décembre, âgé de quatre- vingts ans ou environ.

i( Et sons le mesrae marbre gist Mes- sire Nicolas Audebert, conseiller du roi en sa cour de parlement de Bre- tagne, fils dudit Messire Germain Audebert, grand imitateur des vertus AUDIGUIER.

paternelles, qui tre'passa cinq jours imprimés à Hanaw, en l6o3 ^ mai après son père, en l'âge de quarante- ce n'était pas la première e'dition. Ou deux ans. Leurs âmes soient entre les peut voir par-là qu'il est moins facile bienheureux. » « Audeberlorum, Germani palris et Nicolai fila Tumutus. » Audeberlorum si quis depingere laudes Cogitet, ille slbi nihilo plus explicet, ac si lasane sapiens solem illustrare laboret. Parcendum verbis igitur, vanoque labori. Sil dixlsse salis, situs bîc jacet Aiideberttis, El paler, et gnalus patris cilô fata seculus. Norainat hœc quisquissincerânomina linguà, Virlutum ell;iudura gazas simul émit omnes. Quas qui nescierit commuais luminis expers Credalur furvis semper vixisse sub antris. •< Ces trois épitaphes se trouvent écrites en lettres d'or sur un marbre noir at- taché a la muraille de la (galerie du cimetière de Véglise de Sainte-Croix d^ Orléans, en entrant a main gauche, eni'imn 60 pas dans la galerie. Elles ont été copiées mot a mot sur l'original par une personne fidèle. Ici finit l'ex- trait delà lettre de M. Graverol. Con- cluez de ce qui est dit de la charge d'Audebert dans la première de ces épitaphes, que M. Jurieu s'est trom- pe, lorsqu'il a dit qu'Audebert mou- rut après ai'oir passé dans tontes les plus belles charges de la robe (3). Sainte-Marthe aurait pu lui e'pargner ce mensonge, car il est expressément remarqué qu'Audebert fut si modeste, qu'il se contenta d'une charge fort au-dessous de son mérite. JVec sibi quidquani, dit-il, de solild modestid detraxit, contentus eâ quam apudsuns jamdudiim exercebat fecligalium in- diclionumque prœfeclurd, humilifor- tassè illâ et obscurd, si hominis digni- tatem respicias, sed quant eo tantiun anima susceperat, ne nullam reipu- blicœ partent attigisse, sibique soli uixisse dicerelur (3).

(C) Konig a coupé cet auteur en deux.'\ Il nous donne un Germanus Audebertus, et un Aurelius Aude- herlus. Il nous renvoie pour le pre- mier à la page 191 des Eloges de Sainte-Marthe, et il dit du second qu'il a composé trois poèmes en l'an- née i6o3. Scripsit P^enetias, Romani, Partfienopen, carminé, A. i6o3. Cette date est une nouvelle faute, puis- qu'Audebert mourut en l'année iSgS. 11 est vrai que ces trois poèmes furent (2) Jurieu, Apologie pour les réformés, /'*. partie, pag- i^5.

fi) Saramarlli., in Elcgiis.

qu'on ne pense de bien composer la Bibliothèque des auteurs. Ceux qui ne connaissent point la chronologie des éditions ni la différence des noms de baptême et des noms de pa- trie, sont bien sujets à se tromper. Germanus est le nom de baptèmt- d'Audebert; Aurelius est son nom d« patrie. Ce qu'il y a d'admirable, c'est de voir que M. Konig nous renvoie à un auteur qu'il n'avait pas vu lui- même; car s'il avait pris la peine de jeter les yeux sur l'endroit qu'il cite de Sainte-Marthe, il y aurait vu que Germanus Audebert est celui qui a composé les trois poèmes de Venise, de Rome, et de Naples, f^enetias, et Romani, et Parlhenopen ed carminis niajeslate descripsit. Quand on renvoie son lecteur à quelque li- vre, il faudrait payer d'exemple, il faudrait y aller soi-même tout le pre- mier.

(D) Sainte- Marthe n'est pas le seul qui ait fait l'éloge d'Audebert."] Un avocat aux conseils, qui s'est donné en latin le nom de Rodolphus Botereius, a loué magniQquement Audebert dans son histoire de France (4). Il n'oublie point les honneurs que le pape et la république de Venise lui firent; mais au lieu que l'épitaphe attribue à Grégoire XIII l'honneur qu'Audebert reçut de la cour de Rome, il l'attribue à Grégoire XIV. 11 dit où l'ambassadeur de Venise conféra la chevalerie de Saint-Marc, et devant ffuel concours de monde. Gregorius Xll^ ac f^eneti illum cu'italis jure et ecjuestris ordinis dignitatc donârunt • effiisiîis P'eneli, qui per oratoreiu suum in suburbano Tybure gcntilia- co, assidente speclaculo et cont'ii'io longd corond hnminum literatissimo- runi, Audebertum torque aureo difi Marci insignit>erunt.

(4) Botereius, lib. V, pag. '460 el seqq. ad ann. i5g8.

AUDIGUIER (N. d'), auteur de plusieurs livres (A), qu'on li- * Son nom de Iiaplême était Vital. Letlcrr le dit ue' vers l565. Ayant succédé à son père, magistrat royal, (peut-être à Toulouse), il fut le 26 février 1591 attaqué par onze sait beaucoup au temps de leur nouveauté, et qu'on ne lit plus aujourd'hui, florissait au com- mencement du règne de Louis Xni. Le sieur Soi'el ayant dit que l'auteur de la Polixène (a) eût pu produire vn jour de meilleu' res choses, s'il n' eus t point esté aussi malheureux que d'Audi- guier, ajoute c^xiils ont tous deux esté assassinés * par ceux qu'ils tenoient pour leurs amys (b). « Je crois bien, dit-il ail- « leurs ( c ), que d'Audiguier » avoit bon esprit; mais c'estoit » plustôt un soldat qu'un homme j) d'estude, comme il fait paroîsliommes. Remis de ses blessures, il sortait pour la première fois le 8 avril suivant, lors- qu'il fut attaqué encore par les mêmes hom- mes qui étaient des ligueurs.

(fl) C'est le titre d'un roman dont l'auteur s'appelait Molière.

* François de Molière, personnage ne'glige' (on pourrait presque dire oublié) par tous les faiseurs de clictionnaires historiques, est auteur d'un roman intitulé: la Voliocène. Il fut assassiné en l623, ( Voyez la Biographie universelle au mot MoLlÈRE ). Audiguier fut assassiné en la maison et en la présence AUDIGUIER.

AUDIGUIER.

» tre dans toutes les épistres dé- >) dicatoires de ses livres, oîi il » parle quasi toujours de son »> épée, ou de quelque chose qui » en approche: et l'on raconte » aussi que, pour monstrer qu'il » n'escrivoit que par négligence, » il disoit un jour, par une bra- » vade de Gascon (d), qu'il » tailloit sa plume avec son épée. » Il y en a qui assurent que l'on « lui repartoit, que c'estoit donc » à cause de cela qu'il escrivoit » si mal; mais il ne faut pas » estre si satirique. Il n'y a » point de doute que cette façon » de se vanter avoit beaucoup de » grâce, et qu'elle mérite d'être >) mise au rang des apophtheg- » mes françois. » D'Audiguier avait un neveu *' qui a passé pour l'auteur de la traduction de la Stratonice, roman italien; mais on croit que Malleville l'a- vait faite, et qu'étant un de ses meilleurs amis, il la lui donna (e). Il y a eu un d' Audiguier **, d'une présidente. « On le fit, dit CoUetet avocat au parlement de Paris, dans {'Histoire (manuscrite) ^''^^^"^'^ qui a publié quclques plaidoyers » français, jouer au piquet; on 1 » compta tant de fois son jeu qu'il ne put » s'empêcher de dire à celui qui le fourbait: » Vous comptez mal; parole qui fut rele- « vée d'un démenti; en même temps plu- » sieurs satellites sortis de derrière une ta- » pisserie se jetèrent dessus lui, et quelques I» efforts «m'il fit de parer leurs coups avec un » escabeau qui lui servit quelque temps de » bouclier et de plastron, il fallut qu'il ccdâi •' à la force, et ce d'autant plus que ses enne- •• mis se saisirent d'abord de son épée qui était •■ sur un lit. Jl fut percé de plusieurs coups, et n rendit ainsi l'espritsous l'effort de ces tigres » de qui la rage ne se put assouvir que par » son dernier soupir, ce qui advint au faubourg » Saint-Germain vers Tan 1624- Si bien qu'il • mourut âgé d'environ cinquante-cinq ans. » Voyez Examen critique et Complément des dictionnaires hislorir/ues les plus répandus (par M. A. A. Barbier), tom.I"-., p. 56.

(6) Sorel, Berger extravagant, remarques sur le XIII". livre, pag-. 493, édition de Rouen, chez Osmont, en 164^1 ««-8". deux volumes.

(/*). J'ignore s'il est le même que le neveu, qui était le bon ami de Malleville *^, mais je sais (d) Voyez le Socrate chrétien de Balzac, discours X, pag. 263.

*■ Ce neveu s'appelait Pierre. M. Barbier, dans son Examen critique, etc., donne des détails curieux sur les traductions diverses des Aventures de Lazarille de Tonnes- Audi- guier neveu passe pour auteur d'une des tra- ductions de cet ouvrage; il l'est seulement d'une partie.

(e) Pellisson, Histoire de l'Académie fran- çaise, pag. 292.

*' II s'appelait Henri, sieur du Mazet, et était, ditLeclerc, avocat général de la reine mère, dès l652.

(/) Marolles, Mémoires, pag. 41 • *'Malleville (Claude) était l'ami d'Audi- guier neveu. Pellisson prétend même que la tra- duction de Siratonice est de Malleville. C'est à l'ami de Malleville que l'on doit r£ro//ît'nc.

AVENTIN.

qu'il a vécu au XVII'. siècle (g); et je crois que ce neveu est l'au- teur que l'on appelait D'Audi- guier le jeune, et qui publia, en- tre autres ouvrages, VEromene. Un passage, que je cite ci-des- » de nos bons traducteurs. Son der- » nier ouvrage, qui est les Amours » d'Aristandreetàe Cléonice, n'était » pas des pires de son temps.»

(B) Un passage me fait croire que l'on tua notre d' Audieuier l'an i63o.] Ce passage est pris d'une let- tre de Balzac, datée du 20 d'août SOUS, me fait croire que 1 on tua 1630*. D'Audiguier n'y est pas nom notre d'Audiguier l'an l63o (B). mé, et l'on a mis des étoiles à la place de la personne que Balzac avait nom- (g) MaroUes, Dénombrement des auteurs, (A) Il est auteur de plusieurs hi'res.'\ Il publia à Paris, chez Pierre Billaine, en 1617, le Vrai et ancien Usage des Duels. C'est un livre de 53a pages in-B°., qui n'est pas indigne des bi- bliothèques. Il publia aussi quelques vers français: les Amours de Lysan- dre et de Calliste, celles d'Aristandre et de Cléonice, la Flat^ie, la Miner- i^e *', etc. Ce sont des romans, qui eurent beaucoup de cours f i). II tra- duisit en français les Nouvelles de Miguel de Ceri'antes*^. Voici le ju- gement que Sorel a fait de cet au- teur, dans un ouvrage qui a suivi de bien loin son Berger extravagant. « Je ne pense pas, dit-il (2), qu'on 3> doive mépriser absolument le sieur » à^Audiguier, auteur des Aventures w de Ly sandre et de Calliste. Quoi- j) qu'il n'eût pas beaucoup d'étude, » il écrivait en ce temps-là d'un style •» assez vigoureux et assez net, comme » on voit dans plusieurs romans qu'il « a composés, dans ses lettres, et }) dans quelques traductions. Au com- » mencement, ayant fait un livre « appelé la Philosophie soldade, il 3> avait encore un peu de gasconisme; 5) mais il s'instruisit dans ses traduc- 3) tions des Nouvelles de Cervantes ^ » et du livre de la Perfection chré- M tienne fait par Rodriguez *^: de M sorte qu'il pouvait passer pour un *' Le Lysandre est de 1616, Hit Leclerc, (M. Barbier, Examen et Critique des Diction- naires, etc., dit. 1607), réimprimé en 1620; V Arislandre de ifizS; la Minerve de iGîS.

(i) Notez que Sorel a critiqué les deux pre- miers, dans ses remarques sur le Berger extra- v.igant, principalement dans le XIII'. livre de ces remarques.

*^ Les Nouvelles de Cervantes ont été im- primées en iGiS, dit Leclerc: M. Barbier dit (3) Sorel, Bibl. franc., pag. ïfii.

^^ Imprimé en 1623, dit Leclerc.

mée; mais je ne doute nullement que ce ne fût l'écrivain dont je donne ici l'article. Je crois que son caractère n'est pas mal représenté dans les pa- oles suivantes (3). « Encore vaut-il mieux se réjouir innocemment à l'hôtel de Venise, que de se faire tuer aux Marais du Temple comme le pauvre**''. Je le plains certes en qualité de mort et de malheureux, et suis fâché qu'il n'ait eu loisir de songer au salut de son âme, et de demander pardon à Dieu. Mais de m'imaginer qu'une grande lu- mière de la France soit éteinte, et que nous ayons perdu un grand personnage, je le connaissais trop pour en avoir une si haute opinion. Il était véritablement homme de cœur, et avait certaines fougues d'esprit qui n'étaient pas mal plai- santes, pourvu qu'elles ne fussent pas imprimées. Mais il n'y avait point moyen de le souffrir parmi les auteurs modernes, et dans le re- cueil des vers de ce temps. Néan- moins il comptait pour rien son courage et toutes ses vertus mili- taires, et ne se piquait que de bien dire et de bien écrire. Il était d'ailleurs si persuadé de son mé- rite en ce genre-là, que pour l'avoir un jour voulu guérir de cette fâ- cheuse maladie, il ne m'a jamais bien aimé depuis, et il est mort, je m'assure, avec ce mal de cœur contre moi. » * Leclerc croit que d'Audiguier fut tué en 1626; Colletet, dans le passage rapporté en U note ci-dessus, a dit vers 1624- (3) Balzac, Lettres, ^V. rill, lettre XLII, p. 387, 388, du tom. /". des OEuvres de Bal- zac, édition de Paris, chez Joly, en i665, en deux volumes in-folio.

AVENTIN (Jean), célèbre par ses Annales de Bavière, a fleuri au XVr. siècle (A). Il était de basse naissance