(I) La plupart des autres écrits de cet auteur n'ont pas été imprimés *.] Vossius remarque qu'Aventin apprend à ses lecteurs, dans la page 286 de ses Annales ( c'est la 344 dans l'édition de i58o ), qu'il avait publié V Histoi- re d'Oetingcn, ville de Suabe, pu- blicatœ a se Historiée Utinensium me ■ minit {i']). Gesner n'a point fait men- tion de cette histoire, il n'a parlé que d'une Grammaire puliliée par Aven- tin, l'an 1 5 19, et d'un livre touchant la manière de compter sur ses doigts, publié à Ratisbonne, l'an i532, au- quel l'auteur avait joint le sommaire d'un grand ouvrage, qui ne deman- dait que le secours d'un Mécène pour sortir de dessous la presse. Voici le ti- tre du livre, imprimé en i53a: Nu- merandi per digitos manusque ( quin- etiam loquendi ) veterum consuetudi- nis Abacus, sive ExpUcatio ex Bedâ cum picturis et imagmibus, una cum capitibus rerum quibus illustrabitur Gerniania ab Aventino, modo con- tingat benigniis Mecœnas. Gesner rap- porte le précis de ce grand ouvrage d'Aventin. On connaît par-là que cet auteur avait formé un plan très-beau et très-vaste pour illustrer les anti- sieurs protestans, et nommément avec qiùtes d'Allemagne. La seule vue gé- Melanchthon, et qu d penchait de n^rale des matières qu'il embrassait leur coté, ce qui n empêcha pas qu'il est capable d étonner. Voyez la lettre (26) Idem, ibidem.
* Joly dit qu'on trouve un catalogue exact des ouvrages d'Aventin dans la Biblioiheca medice et injimte latinitalis, de Fabriclus.
{l'i) Vossius, de Hist. latinis, pag. 655- (28) C'est la XLIX'. de la centurie publies par Coldast.
ne mourût dans la communion ro- (20) Gretser, in Examine Mysterii Plessaeani, cap. XLf, pag. 354- (21) Coeffeteau, Réponse au Mystère d'Ini- quité, pag. 676.
(22) Savoir Gre'goire VII.
(23) Libert, Fromondus, in lib. de Orbe TerrBe immobil., pag. 24, 26.
(24) Voyez, la remarque (C).
(25) Conringius, <z;)U(i Magirum, Eponymo- log. Critic., pag. 90.
AVERfiOES.
be, une Histoire ecclésiastique de- improprement que de dire que Nico- puis le commencement du monde las Cisner a publié ces Annales avec jusqu'à son temps, quelques anciens des additions; car, manifestement, Grammairiens, un Dictionnaire grec cela voudrait dire qu'il y aurait ajou- et latin, des Notes sur Claudien (29), té certaines choses de son fonds et de etc. On ne sait ce que ces ouvrages son crû. Or, c'est ce qu'il n'a point sont devenus. Pour comprendre qu'il fait. Son travail revient à ceci: il a ait pu suffire à tant d'écrits, il faut publié ces Annales sur un manuscrit qu'on sache qu'il commençait à étu- d'Aventin qui n'avait point été châ- dier dès la pointe du jour, et que tré; de sorte que son édition est plus souvent il se remettait à l'étude un ample que celle de Ziéglérus, parce peu après souper jusqu'à minuit (3o). qu'elle contient tous les endroits que Comùie il a rompu la glace à ceux qui Ziéglérus avait supprimés. Les paro- ont travaillé sur les antiquités de Ba- les de Vossius, qui ont fait bron- vière (3i}, il ne faut pas s'étonner cher Moréri, n'auraient pas trompé qu'ils aient trouvé des fautes dans ses un homme attentif j elles insinuent Annales (Sa). 11 en trouverait beau- assez clairement que Cisner ne fit aucoup plus dans les leurs, s'ils lui tre chose que restituer à Aventin ce avaient fourni les avances qu'il leur qu'on lui avait ôté: Annales Bojo- a fournies. Lambecius l'a repris en rum libris vu reliquit: quos ex au- beaucoup de choses (33). thenticis codd. restituit et auxit JN^i- (K) M. Moréri a mal réussi dans colaus Cisnerus (35). Vossius a un cet article. ] 1°. Que dans la premiè- peu tort de n'avoir pas touché quel- re édition il ait parlé d'Aventin sous que chose de l'édition mutilée: s'il la lettre I, c'est une faute pardon- en eût parlé, ce que je viens de ci- nable, mais la rechute lui doit être ter eût été plus clair, o". Un prêtre, reprochée. Il ne pouvait pas ignorer qui l'est autant que M. Moréri, sou- que tout le monde se plaignait qu'il tient un étrange personnage, lors- eût placé les hommes illustres sui- qu'il qualifie considérables les ad- vant le nom de baptême. Pourquoi ditions de Nicolas Cisner j car ces n'a-t-on pas ôté ce sujet de plainte additions ne consistent qu'en invecti- dans les éditions suivantes? a". Aven- ves contre les papes et contre le cler- tin est né l'an 1466, et non pas l'an gé romain. 7°. Les autres pièces qu'A- 1460. 3°. Ayant une fois fait cette ventin /«iwa ne sont point celles dont faute, il ne fallait pas donner soixan- les sentimens ne semblaient pas bien te-huit ans de vie à Aventin mourant orthodoxes au cardinal Baronius. C'est l'année i534. Il fallait mentir encore contre les Annales de Bavière que ce une fois, en le faisant vivre septan- cardinal s'est fort'fâché. 8". Il ne falte-quatre ans ^ et, pour n'avoir pas lait point citer Baronius, T. IX an- ajouté ce second mensonge au pre- ni A. C. 772 (36) ^ car cela signifie mier on a commis une très-lourde que Baronius a consacré pour le moins bévue: on a prétendu que depuis neuf tomes à la seule année 772.
il ti V a que soixante - huit années. )J.v. ' „., iw •.
4°. Il n est pas vrai que i\lCOlas Ues- consulté touchant Aventin, te pouvait si bien ner ait donné au public les Annales préserver d'erreur; car il die ex T. IX. ad and'Aventin. Il fallait dire Nicolas Cis- «""» 11^- ner (34). 5°. Ce serait parler très- (30) Ziéglérus, in ejus Vitâ.
(3i) Conringius, a;?u<i Magirum Eponymolog. critic., pas- 90.
(3î) Biunnerus, dani ses Annales de Bavière, le critique souvent. Voyez Zeiller, de Histor., pag. i3.
(33) Lambec, Commenlar. Biblioth. Csesar., lib. II, cap. I, II. Vide Magiri Eponymol., (34) Dans l'édition de Hollande on a dit Ni- colas Gesner.
AVERROÈS (a), l'un des plus subtils philosophes qui aient pa- ru entre les Arabes, était de Cor- doue (b), et a fleuri au XIF. siè- cle (A). Il eut un extrême atta- (a) Voyez tous ses noms dans la remar- que (G).
{b) Dans /e Lindenius renovatus, on dit faussement i/ue Cordoue est une ville d'Ara- bie, AVERROÈS.
chement pour Aristote, et il en sèment de la religion de ce plii- comraenta les ouvrages avec tant losophe (H), car on veut que non- d'habileté, qu'on le nomma le seulement il ait méprisé le ju- Commentateur par excellence, daïsme et le christianisme, On admire que, ne sachant mais aussi le mahométisme, qui point de grec, il ait si bien pé- était sa religion extérieure. Dinétré le sens de l'original; on a donc raison de croire que, s'il eût su cette langue, il eût com- pris parfaitement les pensées d'Aristote: Qui grcece nescius vers auteurs ont travaillé à la traduction latine de ses ouvra- ges (I). J'espérais qu'avant que cet article fût donné aux impri- meurs, j'aurais le plaisir de confcliciter adeà mentem Aristotelis sulter le volume oii don Nicolas perspexit; quid non fecisset si Antonio a parlé fort amplement linguam sctsset grœcam (c)? Voilà ce que disent quelques sa- vans; mais d'autres assurent qu'il l'a fort mal entendu (B), tant parce que son esprit était médio- cre, que parce qu'il ignorait la belle littérature. Il fut professeur dans l'académie de Maroc (C), et se rendit fort habile dans la médecine; mais il en savait miieux la théorie que la pratique (D). On le regarde comme l'in- venteur d'un sentiment fort ab- surde, et fort contraire à l'ortho- doxie chrétienne ( E ), et qui néanmoins fit des progrès si for- midables parmi plusieurs philo- sophes italiens, qu'il fallut le faire proscrire par l'autorité pa- pale (F). Ce sentiment est qu'il y a une intelligence qui, sans se multiplier, anime tous les in- dividus de l'espèce humaine, en tant qu'ils exercent les fonctions de l'âme raisonnable. Il n'y a guère de livres oii il paraisse qu'Averroës ait eu de mteilleures intentions, que dans celui qui a pour titre, Destructiones Des- triictionum contra Algazelem d'Averroës; mais je me vois pri- vé de cette satisfaction, et réduit aux seuls extraits du journaliste de Paris. Vous allez voir ce que j'en tire. << Averroës de Cordoue V fut instruit par son père dans » la jurisprudence et dans la re- » ligion du pays. Il était exces- » sivement gras, bien qu'il ne » mangeât qu'une fois le jour. Il » passait toutes les nuits à l'étude )> de la philosophie; et, lorsqu'il » se sentait fatigué, il se diver- » tissait par la lecture de quel- » que livre de poésie ou d'hisîoi- » re. Jamais on ne le vit jouer, » ni rechercher aucun autre amu- » sèment. Les erreurs dont il » fut accusé donnèrent lieu à » une sentence par laquelle il fut u dépouillé de son bien, et obli- » gé à se rétracter. Après sa » condamnation, il fit un voyage » à Fez, puis retourna à Cordoue, » oii il demeura jusqu'à ce qu'à » l'instante prière des peuples » il fut rappelé à Maroc, oii il » passa le reste de sa vie, qu'il nalistes de Leipsick m'apprennent (G). On parle fort désavantageu- que don Nicolas Antonio, dans cette partie de son ouvrage, s'est (c) Vossius, de Philosophorum seclis, pag-. Qo. Voyez dam la remarque (l) les pa- (d) Journal des Sarans du i"^'. juillet voles de Keckermaa. 1^7 i P'^S- 4?^ i C'^''- d^ Hollande.
TOIUK U.
34 53o AVERROÈS.
fort servi d'un écrit de Jean Léon, chose très -singulière touchant qu'Hottinger a publié (e). Je puis l'eft'et de quelques discours qu'il donc, quant à cela, aller aux prononça contre le plus jeune de sources aussi bien que lui. Je di- ses fils (0). Il composa beaucoup rai donc que l'on trouve dans cet de vers de galanterie; mais écrit, que le peuple de Cordoue quand il fut vieux il les fit jeter éleva Averroës à deux belles au feu (f) (P). Je ne sais d'ovi charges, que son père et son du Verdier Van-Privas a pris aïeul avaient possédées (K): c'é- ces paroles: Averroës fut rompu taient celle de grand justicier, et par une roue quon lui mit sur celle de chef des prêtres. Il était Vestom.ac. Vous les trouvère» capable de s'en acquitter, puis- dans un chapitre qu'il intitule: qu'il entendait fort bien la ju- de plusieurs Hommes lettrés an- risprudence et la théologie, ciens et modernes, lesquels mou- Apres l'étude de ces deux scien- rurent misérablement (g). J'ai été ces, il s'attacha à la physique, à surpris de la prodigieuse stérilité la médecine, à l'astrologie et que j'ai trouvée dans la Biblio- aux mathématiques. Pendant théque orientale de M. d'Herbequ'il avait les charges dont j'ai lot (Q). On avait lieu de croire parlé, le roi de Maroc lui envoya qu'un homme qui avait une si des députés, pour lui offrir celle vaste connaissance des livres ara- de juge de Maroc et de toute la bes étalerait mille beaux re- Mauritanie, et à telle condition, cueils concernant les aventures qu'il conserverait tous les em- et les dogmes d' Averroës; et l'on plois dont il jouissait en Espa- voit, au lieu de cela, une briè- gne. Cette proposition lui plut: veté surprenante, et qui, bien il s'en alla à Maroc; mais y ayant loin de nous instruire de ce que établi des juges comme ses sub- nous ignorions, nous peut faire délégués, il s'en retourna à Cor- méconnaître ce que nous avions doue. On dit des merveilles de appris, sa patience, et de sa libéralité, ^j^ y.^^. ^,„„ ^^^^ ^^ y^^is quibusdam et de sa douceur (L). Il renvoyait iUusUibus apud Arabes, traduit par Jeau •« *„„„„♦ +^.,o 1/3C -r^^r^^as Léon, et publié par Rottingtr, au chap. III a son lieutenant tous les procès ^u W. liyrc de sa BMiothec^lbeologL.
criminels, et n'y opina jamais. (g.) c'est le xriw. du w. livre de ses Tant de bonnes qualités n'empê- diverses Leçons. chèrent pas qu'il n'eût beaucoup ^^^ ji ^ fleuri au XW. siècle.'\ d'ennemis, qui le traversèrent Je n'en vois guère donner d'autre extrêmement, et qui l'accusèrent preure que celle-cv: c'est que ses d'hérésie; ce qui eut des suites deux fils furent vus par Gilles de Ro- ■T ^., " 1 • 11 me * a la cour de Frédéric Barbe- bien fâcheuses, et bien accablan- tes pour lui (M). Il ne mourut * C'est une faute considérable, dit Leclerc, .1 A^ 1 '!• ' 1 d'avoir supposé que les deux fils d'Averroës fu- pomt sans en être délivre glO- rem vus par Gilles de Rome i U cour de Frédérieusement. Ce qu'il répondit à ^^'^:TVZ>.::n?r;^^\Z^ un jeune gentilhomme qui le Gilles de Rome ne mourm qu'en i3i6.. « Pour ••.ji- 1 r:il_^„»-" moi, dit Joly. ie pense que Gilles de Rome priait de lui accorder sa hlle, est. „,, j,„ voir les ci; d'Aveiroë» i la cour d'auassez curieux (N ). On raconte une • =•"» Frédéric Ce n'a pu être à la cour de Fré- (•) Aeta Eruditor., Lips. 1697, P'^S- 3o5. » peine i croire que c« soit à celU d» Frédéric AVERROÈS.
vousse (i). jEtatem ex eo eolligimus quod Mgidius Rnmanus in nono Quodlibeto ref'erl se duos ejus filios fidisse in auld Frederici Barbarossœ. Is vero regere cœpit anno cio. cm. ac imperawit annos xxxvii. Ces paroles sont de Vossius, à la page 1 14 de son livre Je Philosophiâ, chapitre XIV. Voyez-le aussi au chapitre XVII du Traite de Philosophonim Sectis, pag. 91, où il prouve, parle témoignage du Concdlator, et de ce même Gilles de Rome, qu'Averroès a fleuri Tan 1 1 5o; il nous renvoie aux Quodlibets de ce Gilles, lib. II, Quœstione de unita- teintellectds. Reincsius observe qu'on met la mort d'Averroës à Tan SgS de l'hégire, qui est le 1 198 de l'ère chré- tienne (a). Je voudrais que M. Konig, qui nous renvoie à Reinesius, n'eût point placé cette mort à l'an 1226. Il aurait dû nous renvoyer à Hottin- gei, et le rectifier; car ce docte Suis- se, ayant dit, après Jean Léon, qu'A- verroès décéda l'an 6o3 de l'hégire, fait correspondre cette année-là à no- tre année laaS (3). C'est un grand • II, pnisqa'il n>9t pas facile de comprendre • comment Gilles de Rome, mort le 21 décem- « bre i3i6, a po se troaver dans un certain nge • à la cour de ce prince avant isSo; ce ne put • être non plus ii celle de Frédéric III, élu en • i3i4- Je ne puis rien dire de certain i^ur ce su- » jet, ayant cbercbé inutilement le livre de Gilles • de Rome. • Ni Joly, comme il le reconnaît, ni Leclerc n'a vu le livre de Gilles de Rome (^gi- dius Romanus) appelé aussiGilles Colonne {/Egi- dius Columna ), que cite Nandé, cité à son tour par Bayle. L'édition de Louvain 1646, in folio, que j'ai aons les yeux, est intitulée: B. jïlgidii Cotutnnœ...Quodlibela revisa, correcla. ei yariè illuslrala, studio M. F. Pétri Damasi de Co- ninck. Cet ouvrage n'a que six Quodlibela: ainsi déjà, c'est une faute de Naudé ou de ses impri- meurs d'avoir indiqué le Quodltbel IX. Crst dans le second, n°. lu (page 102 de l'édition sus- dite) que Gilles de Rome parle d'Averroës, en ajoutant: Filii cujus dicuntur fuisse cum impera- tore Frederico qui temportbus nostris obiii. Gilles de Elome ne dit pas en quel pombre étaient les Ëls d'Averroës; il ne pnrle de leur séjour a^ee Frédéric que comme d'un on-dit. Il ne désigne le Frédéric que par ces mots: l'empereur Fre'df'rie <jui mourut de notre temps. Or, ce ne peut être, comme le dit Leclerc, que Frédéric II, le seul empereur de ce nom qui mourut du vivant de Gilles de Rome, et c'est toujours au XII'. siècle que celte circonstance Hxe l'existence d'Aver- roës.
(i) Nsndé, Apologie des grands bommes accu lés de magie, chap XIV, pag. S'i4: i( ciie Gilles de Rome, quodllbet IX. Voye* aussi Pétri Petiti Medici pansiensis Observât, misccl- (2) Reinesins, Epist. XV «d Hofmannnm, (i) Hotting., Bibliotb. Tbeol. png. 97g.
abus: elle correspond en partie à no- tre année iao6, et en partie à notre année 1207. La Bibliothèque rabbini- que de Bartolocci m'apprend qu'A- verroès a fleuri depuis Tan ii3i jus- qu'à Tan I2i6, qui fut celui dé sa mort 5 que ses Commentaires sur la Physique d'Aristote furent achevés à Séville, l'an 1 187, et que ses Commen- taires sur la Métaphysique du même Aristote furent écrits l'an 1 192 (4).
(B) Quelques savons prétendent qu'il a fort mal entendu jiristote...parce qu'il ignorait la belle littérature. ] C'est le sentiment de Louis Vives. JYo- men est commenlatoris nactus, dit- il (5), homo qui in Aristotele enar- rando nihil minus explicat, quam eum, ipsum, quem suscepit declarandum. Sed nec potuisset explicare etiam si diuino Juisset ingénia, quUm esset humano, et quideni intra mediocrita- tem. Nam quid tandem adferebat, quo in uiristotele enarrando posset esse probe instructus? non cognitionem weteris memoriœ, non scientiam placi- lorum priscœ discipUnœ, et intelligen- tiam sectarum, quibus Aristoteles pas- sim scatet. Ilaque videos eum, pessimè philosophas omneis antiquos citare, ut qui nullum unquam legerit, ignarus graecitatisaclatinitatis, pro Polo Ptho- lomceum ponit, pro Protogord Pyiha- goram, pro Cratylo Democi'itum; U- bros Platonis titulis ridiculis inscribit, et ith de iis loquitur, ut uel cceco perspicuum sit litteram eum in illis le- gisse nullam. At quant confidenter audet pronuntiare hoc aut illud ab eis dici, et quod impudentius est, non dici: quiim solos widerit Alexandrum, Themistium, et JVicolaum Damcsce~ num: et hos, ut apparel, versos irt arabicum perversissimè ac corruptis- simè. Citât enim eos nonnunquam, et contradicit, et cum eis rixatur, ut née ipse quidem, qui scripsil intelligat, Aristotelem vero quomodà legit? non in sud origine purumet integrum, non in lacunam latinam derivatum, non enim poluit linguarum expers, sed de latino in arabicum transvasatum. Il prouve ensuite par un exemple les égaremens de cet interprète d'Aris- (4) Bartolocc., Bibl. rabb., tcm. I, pag. lii Il tile Caserr., in Chronolog. Compendio.
(5) Lndovicns Vive», de Causis corrnptar. Ar- AVERROÈS.
tote(6). VoycE Cœlius Rhodiginus, qui dit à peu près la même chose, ge'nëralemenl pai'lant (7). Ne vous fiez pas au père Rapin, qui lui fait dire cela touchant Avicenne (8). Ce jésuite ne citait pas toujours sur l'original. Ne méprisez pas pourtant ce qu'il va vous dire. « Comme Averroès ne con- « nut Aristote que par une traductiosi » peu fidèle, il tomba lui-même dans » des altérations de sens si horribles, » queBagolin, philosophe de Vérone, j) Zimara et Mantinus entreprirent i> en vain de le corriger (9). » (C) // fut professeur da/is l'acadé- mie de Maroc. ] Ce fut sous le troi- sième roi de la race des Almohadcs, après l'expulsion des Almoravides. Lisez ce passage de Reinesius: Quent Averroè'm appellant uu/gà scholœ, ejus noinen integrum est Abualff^alid Mohammed, ebn Achjncd, cbn Mo- hammed, ebn Roshd '■ docuitque in ulcademiâ Maroccanâ auspiciis Ja- cobi, tertii ex Almohadis., post éjectas Almorai'idas reges (10).
(D) Il se rendit fort habile dans la médecine, mais il en savait mieux la théorie que la pratique. ] Sou princi- pal ouvrage de médecine est celui qu'on nomme Colliget. 11 y traite de cette science en général: on ne sera pas fâché de trouver ici un morceau de la préface: Ex prœcepto nobilis domini Audelach Sempse, qui pro consilio suorum philosophorum Avosait et At'enchalitinjunxit mihi utconscri- berem opus, quod arabica sermone to- tam medicinœ scienliam contineret, ad approbandum judicandunn'e sententins i'eterum, collegi hoc opus Colliget, id est, unii'ersale, sic inscriptum propter ordinem doctrince obserwandum, qui paulatim ab univ'ersalibus ad particu- laria procedet. In hoc enim libro uni- l'ersales régulas inchoavi, et deinceps fauente Dca aliurn libruin de iis quœ particularia sunt instituam^ etc. (11). Pour faire comprendre qu'il se piquait d'exceller en médecine, il me suflira (6) C'est-à-dire, par une citation d'un pas- sage de la Métapliysique d'Aristoti'.
(^) Ccelius Uliodigiuus, Autiq. Lecl., lib. III, cap II, pag. iio.
(8) Rapin, Kéilexions sur la Pliilosopliie, nnm. i5, pag. 33<), 34" I édition de Hollande.
{,)) LU mhne. (10) Reinesius, F.pir.t. XV atlHofraanii., pag. 32.
(Il) fimfat. Arerroit, apud Gesnerum, in rjbliolli.,j'olio 101.
d'avertir qu'il était l'émule du grand Avicenne, et son ennemi si capital, qu'il évite de le nommer dans ses écrits ''': Ai^icennœ viedici œmulus et inimicissimus fuit, ut eum nominare in suis libris s^ereatur (la): son affec- tation à cet égard est sensible. C'est apparemment cette alTectafion qui a été cause qu'en réfutant une doc- trine soutenue par Avicenne, il ne l'attaque que comme le sentiment de Galien. Je parle de la doctrine qui établit que les esprits animaux qui causent la joie sont lumineux, et que ceux qui causent la mélancolie sont noirs. M. Petit n'a pas pris garde à l'afrectation d' Averroès. JVunc quibus mentis penetrationibus Aferroïs hanc Avicennœ opinionem impugnet, uidea- mus: quanquam ea loco directe Aui- sennam non petit, sed Galenum, spon- taneum melancholicorum metum ab humoris qui in iis abundat nigredine repetentem; ueriim quœ ibi Galeno objicit, pari impetu in memoratam Ai>icennœ opinionem redeunt (i3), Averroès, ou expressément, ou par un défaut de mémoire, a tenu une conduite toute différente de celle-là à l'égard d'Avempace; car il le nomme comme l'auteur d'une remarque qu'il avait pu lire dans Philoponus (i^). Cela soit dit en passant. Or, qu'il ait été plus habile dans la théorie que dans la pratique, il l'avoue lui-même, comme le remarqueM. Petit. Aferroës jatetur de se ultro in septimo eoruni Librorum quos Colliget vulgus appel- lat, cap. 6. -Ego, inquit, non studui ei scientice (jnedicinœ) ut u'ulear nùhi in eâ esse sujfficiens: et alibi negat se in eorum numéro esse qui cegris remé- dia adhibent (i 5). Ce passage de M. Pe- tit est tout autrement exact que ces paroles de Vossius, Auerroës Cordu- * Cliaufcpié rapporte nn passage de Freind, auteur de VHisluire de la Médecine depuis Galien, qui contredit formellement ce qu^avan- çait Champier, cité dans la note (12) sur le dou- ble fait de l'inimitié et de l'afiectation de ne pas nommer Avicenne.
(12) Sympborianus Camper., apud Gesneium, ibidem folto lou. VoyeT- Ccelius Rhodiginus au chap. XII du XXX'. Hure, pag. i684, et Scaliger contre Cardan., £xerc., £,XI,nwn. 5.
(i3) Petrus Petitus, Dissertât, de Homeri Ne- pentlie, pag. 89.
(i4) Voyet le même Pétri Petiti Miscellan. Observât.; lit. III, cap. XyiII.
(i5) Idem, ibidem, lib. II, cap. Fil, prg.
AVERROES.
liensis, coi^nomento Commentator, me- que c'est un monstre forge par Avcrdicus non tant practicus, quhm iheore- roè's, Fi^menlum et momirum ab ticus. Fuit meihcus Memarolini re- -^cerroeco/i/îcmn* (ai), avait dit dans îfis (i6). Les dernières paroles affai- le chapitre III, que Thcmistius et blissent les premières plus qu'elles ne Averroès enseignent la même chose, les confirment; car être le médecin ^uerroës ilaque et ut e.ristuno anto d'un prince tient beaucoup de la pra- eittn Tliemislius concordes posuéie tique. Je ne dis rien de Memarolini animam intellecliuam realilerJistingui (17), qui n'était pas un nom propre, ab animd corruptibili, uerîim ipsain mais un nom de digoité, et par con^ se'quent peu propi-e à être uni au mot re^is. M. Mcrcklinus n'a pas songé à cela, lorsqu'il a dit, videtur medicus fuisse régis 3/iramamnlini (18). Sym- phorien Champier a été ici le mauvais guide: il a dit qu'Averroè's a vécu tempère Miramalinl régis apud Cor- dubam (19)- Notez que les médecins de Paris, grands partisans de la sai- gnée, ne conviendraient pas aisément qu'Averroè's fut médiocre dans la pra- tique de la médecine; car on dit que son exemple a contribué beaucoup à extirper une erreur qu'ils désapprou- vent. Lisez ces paroles d'Etienne Pas- quier. « Combien de siècles avons- » nous exercé la médecine, estimants » qu'il ne falloit saigner un enfant ^> jusquesàcequ'ileubtattcintl'aagede « quatorze ans, et que la.saignée leur » estoit aujiaravant ce temps,non un » remède, ains leur mort! Hérésie en il laquelle nous serions encore au- " jourd'huy, sans Averroès, Arabe, J> qui premier se hazavda d'en faire » l'espreuve sur unsien fils aagé de six » à sept ans *, qu'il guérit d'une « pleurésie (20). » (E) On le regarde comme l'int^en- teur d'un sentiment fort absurde, et fort contraire à l'orthodoxie chré- tienne. ] 11 vaudrait mieux dire, ca me semble, qu'il l'a éclairci et déve- loppé, et que l'ayant soutenu avec plus d'apjillcation qu'on ne faisait au- paravant, il lui a donné une espèce de nouvelle vie j car le même Pompo- nace, qui assure dans le chapitre IV (16) Vossius, de Pbilosopbiâ, cap. XIV, jmg. u4- (l'j) Ce n'est pas bien latiniter cette dignité'.
(18) MercMinus, in Lindenlo reaovato, (19) Sympli. Camperius, de Claris Medicis. * Chnufepié, d'après Freind, fait voir tjiie c*est une erreur de Pasc^uier; car Averroès dit lui- même que ce fui Avenioar tlui pratiqua cela sur son propre fils.
(20) Pasquier, au II', tome île ses LeHT£),