(62) Du Plessis, Traité de la Cène, pag. 1106. (*) Averroès.
(63) Drelincourt, Di«\ogiie,IX contre le» mis- sionnaire» sur le service des Églises réformées.
(64) Là même. Dialogue VI, pag. i36.
(65) Cicero, de Naturâ Deorum, lib. JII, cap. XVl.
{^) Idem, iiiJ.
quand il raisonne de la sorte à l'e'gard de Cérès et de Bacchus; « mais, ajoute- » t -1/(67), c'est une extrême sagesse » sous le christianisme, que de man- « ger ce que l'on croit être Dieu, et » nous regardons comme coupables » d'une intidélité très-insensée ettrès- » stupide ceux qui ne prennent pas » à la lettre les paroles de Jésus-Christ, » ceci est mon corps, et qui nous ob- » jectent en se moquant ces paroles » ide Cicéron: » Amenlissmœ ac sto- lidissimœ injidelitalis damnamus hœ- reticos homines, qui Christi Doviini hoc eit ipsius veritatis pianissimo disertissimaque verba, etc (68).
Illud Academicum, sublato cachinno procaciter usurpant, academicorun non Jîdelium nepotes: Ecquem tara amentem esse putas, qui illud, quo vescatur, Deum credat esse? At cum npostolo catholici respondemus: Nos stulti propter Christum; utinam vos silis prudentes in Christo (69)! Il ne s'agit point ici d'examiner la qualité de ces réflexions; il ne s'agit que des pensées d'Averroës. Je remar- que que Vossius n'a parlé qu'en gé- néral du mépris de ce philosophe pour la religion chrétienne: il n'a point considéré en particulier le ré- sultat de la Transsubstantiation. Quam pariim viderit tanins philoso- fjhus in verâ et unicà salutis via ar~ guit illud quod diceret, malle se animam suam esse cum philosophis quam cum christianis (70). Quelques- uns disent qu'Averroès naquit chré- tien, et qu'il se Ct juif, et ensuite mahométan. De christiano judœus, de judœo factus est mahumetanus (71). D'autres disent qu'il écrivit contre les trois grands législateurs, Moïse, Jésus-Christ et Mahomet; et qu'il fournit les matériaux du livre de Tri- bus Impostoribus (72). D'autres ob- servent qu'il n'a jamais cru qu'il y eût des diables (78); et qu'ainsi (&i) Lescaloperius, in Cicéron., de Nat.Deor., (68) Idem, ibidem.
(69) Idem, ibidem.
(70) Vo.sius, de Philosopbor. Sectis, cap. XF'II, pag. gi.
(71) Anton. Sirmondns, de Immortalilate Ani- mât, pag. ag.
(72) Claudius Berigardus, in Proamio Circuli Pisani, pag. 5.
(73; NauJ£, Apologie des grands Houuues, 54o AVERROÈS.
Cardan a fait violence à sa doctrine, aussi M. du Plessis: Arislote estoit, au quand il introduit un démon qui se dire de plusieurs, peu religieux, et disait l'un de ses disciples et secta- u4werroës son interprète du tout imteurs ^74)' On ne peut rien pronon- pie (78). JYul n'ignore combien cer de plus fort que ce jugemeut ou * ce \œu d'Érajnie, Vtinain prodisset ingens illuil opus adveniis Âuerroëm iwp,um KCLt Tpiç HXTOLpOLTOV (76). Il écrit cela à un homme qui lui avait fait savoir (jue son grand ouvrage contre ligion d'Averroè's, il ne faudrait ] Averroës e'tait imprimé. Alterum oublier les traits que ses hypothè magnum opus secluuL in libros sex et miaJragi/.lu ex peripatcticâ disciplina conjecimus advtrsiii Ai'erroëm, quod etiitm eacusum est (7(5). D'où vient donc qu'Erasme en souhaite la publication? N'est-ce pas un signe qu'en répondant à ses amis il ne mettait pas toujours sous ses yeux leurs lettres, et qu^il en avait oublié quelques circonstances? Quoi qu'il eu soit, son vœu me fait souvenir d'une lettre de Pétrarque oiî l'on exhorte un savant théologien à réfuter Averroës, ce chien enragé, qui aboie si furieusement contre Jésus-Christ. Pétrarque ajoute qu'il avait fait des recueils pour un tel ouvrage, mais qu'il n'a ni le loisir, ni le savoir qui lui seraient néces- saires pour écrire là-dessus. 11 ap- pelle impie le silence que tant de grands hommes ont gardé, et il souhaite qu'on lui dédie, quand mê- me il serait déjà dans le tombeau, l'ouvrage qu'il exhorte son ami à composer. Extremum quœso ut citm primiim perceneris quo suspiras, quod citojore conjido, contra canem illum rabidum Awerroëni, qui Jurore actus infando, contra Dominum suum Ohristdm, contraque calholicamjîdem Au'erroës principalement presse Véter- nitédu monde, et l intellect unit>ersel, qui toutes fois ne peuvent compatir acec piété {'jcj).
Pour achever le tableau de l'irré- pas èses sur l'âme de l'homme fournissent. 11 est sûr qu'il n'admettait point de peines et de récompenses après cette vie 5 car, à proprement parler, il en- seignait la mortalité de l'âme humai- ne. Je sais bien qu'il reconnaissait que l'entendement ne mourait jamais, et qu'il en faisait une nature éternelle; mais à cet égard il ne le considérait pas comme une substance appropinée à chaque homme, et par conséquent, quoi qu'il avouât que le principe des opérations actuelles de Pierre et de Paul subsistait après leur mort, il ne laissait pas de croire que tout ce qui avait appartenu en particulier à Pierre et àPanl, et quant au corps, et quant à l'âme, cessait de vivre lorsqu'ils mouraient. Il niait donc le paradis et l'enfer. Vossius, qui a bien compris cette doctrine, n'eût pas dû l'attri- buer absolument à Mirandulanus, puisque cet auteur ne l'adopte point comme véritable en elle-même, mais seulement comme l'interprétation lé- gitime des paroles d'Aristote (8o). Aurait-on osé dans des livres impri- més se déclai'er pour un sentiment impie, et qui exposait les gens aux feux de l'inquisition? Le passage de latrat, collectis undique blasplwmiis Vossius que je vais citer servira de ejus, quod, ut scis, jam coeperamus; preuve que les écrivains les plus doc- sed me ingens semper, et nunc solito tes ne distinguent pas toujours ce major occupatio, nec minor temporis qu'ils devraient distinguer. Ils impu- quam scientiœ retraxil inopia, totis tentquelquefois à un philosophe, non ingenii virilms ac nervis incumbens, pas ce qu'il croit absolument, mais ce rem a multis magnis t^iris impie ne- qu'il dit, qu'il faudrait croire si 1 on glectam, opusculum unum scribas, voulait suivre les opinions d Aristote, et mihi illud inscribas, seu tune i'ivus ou de quelque autre fondateur de secte. ero, seu intérim abiero (nn). Citons Bifnriamjubetconsiderarehominisintellectum ( Averroës ), ut est intellec- tus, et ut est forma quam obtinet, (74) Cardan., âe Siibtilitate, lib. XIX, pag.
(75) Erasmus, Epist. XXIX, lib. X,pag.
(76J Ambrosias Lcft, Kpist. ad Erasmum. Cette Leure est la XX^III'. du X^. livre parmi celles d'Èr»sme, pag. 53 1.
(77) Fianciscus PctraicL», Epistolâ iiltinui hbri sine tilulo, par;, ()5o.
(78) Du Plessis-Mornai, de la Vérité de la Religion chrétienne, chap. XX,Jolio 258 veisu.
(79) Va infnie, folio îSg.
(80) Forez ci-dessus,, remarque (E), cilo- lion (?.3), ce que j'ai cite des jésuites de Coniui- brc.
AVERROÈS. 541 Priori modo ait édition, continue-t-il, ne peut pas valoir grand'chose; car Bagolin, h l'égard d'une partie des oeuures d'A- i'erroës, se sentit de la traduction d'un Juij nommé Jacques Mantinus: et a l'égard de l'autre partie, on employa les traductions précédentes, et même celles que lYiphus et Zimara n'aidaient nullement corrigées en traînaillant sur Auerroës. Le traducteur Mantinus suivit les traces d'Abraham deBalmis, qui avait très-mal réussi. On ne peut donc se promettre qu'un traducteur, qui a eu de si mauvais guides, ait bien exprimé l'original; et comme Bagolin n'entendait rien dans l'arabe, il ne pouvaitpoint juger de ces inter- prétations (86). Je m'en vais copier un long passage de Keckerman, où l'on souhaite que Dieu veuille susci- ter un traducteur qui délivre de la Ai'erroïs Arahicos codices in JHurovd crasse et ténébreuse barbarie des pre- reperiri posse putabat Scaliger, so- cédens les œuvres d'Averroës. C'est dum nobis unitur eum h morte nostrd superesse, quippè ceternum, nec dure homini essentiam, sed uniri illi per operationem snam phantasmatum interfentu. Hano sen- tentiam etiam sequitur Antonius Mi- randulanus Ei^efs, singid. certam. tib. xxxu. sect. I., et lib. seq. sect. 11, et vu S iniiliterque Cardanus: quem propie- re'a reprehendit, ac refellil Cœsar Sca- liger Exercit. cccvi (81), sect. 3o. Et sanè ea sententia Scripluris è diametro afersatur; ut quœ suam cuique ani- mam, sua etiam a morte prœmia, et pœnas, adsignent (82).
(I) Diwers auteurs ont travaillé h la traduction latine d' Averroës.'] Voici un passage de M. Huet, qui nous ap- prendra le nom de quelques-uns île ces traducteurs, et en même temps une méprise de Scaliger. f^ix ul/os lamque conuersioneni ab Aimegando Blasd, Jacoho Mantino, Johanne Francisco Buraiid, Abrahamo de Balmis, P^itale JVisso, Calo Calony mo, Johanne Bruyerino Campegio, Paulo Israëlitd, aliisque adornatam in lucem fenisse. Ego tamen his ver- savi manibus arabicum Averroïs li- hrum, ex Oriente hue olim à Pos- tello devectwn; quod miror Scalige- rum fugisse, Pnstello olim amicitid et lilterarid consuetudine conjunctum. Eo libro continentur in Logicam, Rhetoricam, et Poëlicam commenta- ria; quœ adJacobi Mantini et Abra- hami de Balmis interprelationem h me expensa, Jîdem eorum et arlem apertè alors que l'on verrait les grands servi- ces que cet Arabe a rendus à la philo- sophie. Quidet quantiim utiiuersœphi- losophiœ Averroës iste proJUerit, tàm clarum perspectumque haberemus, si quem nobis Deus uirum excitaret, qui latinam ejus uersionem ab istd, qud scatet undique molesta barbarie liberaret, et stylo latinn saltem me- diocri et intelligibili in gratiam phi- losophiœ studiosorum uerteret. Ad quant rem illa, quœ nuper Ai'icennam arabicum nilidissimis typis dédit clarissima typographia medicea plu- rimùm adjumenti adferret, si lingua arabica Averroem ederet, alque ità occasionem uiris ejus linguœ peritis mihi comprobârunt (83). Notez qu'il y faciliorem prceberet barbarœ versionis a eu des rabbins qui ont traduit en ^"i^ndandce, et ad intelligentiam tra~ hébi'eu quelques ouvrages d'Aver- roës (84). Il est bon que j'observe ici ce que je trouve dans Possevin. Ce jésaite assure que ceux qui étaient si entêtés de ce philosophe arabe, ne le pouvaient lire que dans des versions pitoyables, avant l'édition que Jean- Baptiste Bagolin fît faire à Venise, ducendœ.- alihs certum est, Aver- roem à muais neglectum iri, à qui- bus legeretur diligenter, nisi tam mullis locis non intelligeretur. In Pos- terioribus Anal, apparet singularem operam prœstitisse et immortalitatc dignissimam: Et Epilome Lagicee, quam scripsit, laudatissima est ob sachez les Junctes, l'an iSSa (85); cette rias causas, ut et Logica ejusquœsita.
JVemo tam interpretum ueterum uideri potest proximus Aristotelis menti at- que hic Arabs (87). Je doute qu'il y ait aujourd'hui beaucoup de gens qui fassent un pareil vœu, ou qui fondent (86) Idrm, ibid.
(81) Il fallait dire ccctii.
(82) Vossius de Origine et Progressa Idololalriœ, lib. III, cap. XLII, pag. g52.
(8d) Huelius, de Claris Interpretibus, pag. i85.
(84) f^ojei la Bibliotb. rabbinique du pèrt Rarlolocci, tom. I, pag. i3 el suiy.
(85) Possevious, Bibliotb. selectœ Ul/. XII c'ap. XVI, pag. 43, tom. II. ' ' ($■}) Keckermannns, in Pr-necogaitis IoïicJ$ Trael. II, cap. II, nuin. 32, pag. io3. ' AVERROÈS.
de si belles espérances sur une version la noblesse, et parmi les gens de let- accomphe des œuvres d'Averroès, très, plusieurs personnes qui le haïs- ou qui lui donnent deji grands éloges, saient et qui le {contrôlaient Un (K) Le peuple de Cordoue Vélcfa a jour qu'il faisait leçon dans l'audi- deux belles charges que son père et son aïeul aidaient possédées,'] Son aïeul était l'un des plus fameux juris- consultes de son temps; il passait pour un second Malicb, qui a été l'un des quatre plus grands casuistes de la religion mabométane: Unus ex ■quatuor primariis juris muhammeda- norum Canonici inlerpretibus (88); et il fut d'ailleurs un savant théologien. Ce fut lui que le peuple de Cordoue, secouant le joug de son prince, et voulant avoir i)our maître le roi de Maroc, députa à ce monarque pour négocier cette grande affaire. Il en ob- tint toutes les faveurs qu'il lui de- manda de la part de ces mutins, et il retourna vers eux comblé de bienfaits et de caresses, ayant été créé chef gens de lettres nécessiteux, soit qu'ils ind-juge du royaume l'aimassent, soit qu'ils le haïssent. Ses toire de jurisprudence, le valet de l'un de ses ennemis lui alla dire quel- que chose à l'oreille. Il changea de couleur, et répondit simplement, oui, oui. Le lendemain, le même va- let retourna à l'auditoire, demanda pardon, et confessa devant tous les écoliers qu'il avait dit une grosse injure à Averroès, en lui parlant à 1 oreille. Dieu te bénisse, lui répon- dit-il, puis que tu as déclaré que je suis pouniu de patience. Il lui donna ensuite une certaine somme d'argent, et lui dit, Refais point a d'autres ce que tu m'as fait. Quoiqu'il fût riche, et par son mariage, et par ses char- ges, il était toujours endetté, parce qu'il faisait beaucoup d'aumônes aux des prêtres, et granc de Cordoue. Il mourut après avovr joui de ces dignités un fort long temps, et laissa un fils qui était légiste, et qui fut destiné aux mêmes emplois par les suffrages des babitans de Cordoue. Le roi de Maroc confirma cette élec- tion j et par ce moyen notre légiste se vit revêtu d'un beau caractère. On trouve que l'autorité de ses charges s'étendait sur toute l'Andalousie, et sur le royaume de Valence. Sa vie fut longue, et il la passa joyeusement. Après qu'il fut mort ses dignités furent conférées à son fils AveiToès par les suffrages du peuple (89). Notez qu'à la prière de plusieurs grands, 3ui imploraient sa clémence en faveur 'Ibnu Saigh, fameux médecin, détenu dans les prisons pour le crime d'hé- résie, il 1 avait mis en liberté. Ibnu Giulgiul disait pendant cette procé- dure, Le père d'Auerroës ne sait pas qu'il a eu un fils qui sera un beau- coup plus grand hérétique que celui- là (90). Ce n'était point se tromper. (L) On dit des merveilles de sa pa- tience, et de sa libéralité, et de sa douceur. ] Il y avait à Cordoue, parmi (»)8) HoUing., Bibl. theolog., lib. II, cnp.
(8û) Tiré d'un livre de Viris qnibusHam illos- tribus «puil Arabes, IrailuU en lauu par Jean Léon l'Alricain, elpuhlié par Hotlinger, Biblio- lec. theolog., citp. JII, pag. 27a.
(îjo) Idem, ibid., pag. 369.
amis le censurèrent un jour de ce qu'il distribuait son bien à ses ennemis: Malheureux que fous êtes, répondit- il, fOus ne savez pas que faire du bien a ses parens et à ses amis n'est point un acte de libéralité: on se porte a cela par des sentimens de la nature. Être libéral, c'est communiquer son bien à ses ennemis; et parce que mes riches- ses ne viennent pas de ce que moi ou mes ancêtres ayons exercé la marchan- dise j ou quelque art, ou le métier des armes, mais de la profession de la t'ertu, n'esl-il pas juste que je les dé- pense par la vertu? Je trouve que je ne les ai pas mal placées; elles m'ont servi h convertir en amis ceux qui étaient mes ennemis (91). Joignez à cela ce que j'ai dit concernant sa so- briété j sa vigilance, son application à l'étude, etc (9a). Il ne voulut point consentir que le plus jeune de ses fils fût élevé aux honneurs qu'on lui of- frait à la cour de Maroc; et bien loin de voir avec joie la déférence que l'on témoignait à ce jeune homme, et dans laquelle on se proposait de faire plai- sir au père, il s'en chagrinait tout de bon (93). Quel dommage que tant de (91) HottÏDger., Bibliotbeca tbeolog., lib.
(92) Ci-dessus dans le texte de cet article, au passage du Journal des Savans, citation i,d).
(gS) j^pud Hottinger, Bibliotb. ibcolog-, AVERROÈS.
Tcrtus, et tant de bonnes qualités, n'aient pas été accompagnées de l'or- thodoxie, et qu'au contraire elles aient été jointes aux erreurs les plus énormes! Les écrits de ses adversaires ne le diliamaient que du côté de l'bé- résie, et ses panégyristes ne le louaient que du côté de la vertu et de la scien- ce, etc. Hic a multls laudalus, a nonnullis vero aliis uituperio affectas est Adversarius ejus scripsit epistolam qud i^itiiperabatur Auerroès, eum de hceresi infamando; et alius scripsit atiam laudando eum de nobi- litate, justitid, et doctrinâ: quœ qui- dem epistolœ sunt longissimœ (94).
(M) Ses ennemis l' accusèrent d'hé- résie, ce qui eut des suites bien ac- cablantes pour lui. ] Plusieurs nobles, et plusieurs docteurs de Cordoue, et nommément le médecin Ibnu Zoar, lui portaient envie, et résolurent de lui intenter un procès de religion. Ils subornèrent de jeunes gens, pour le Îirier de leur faire une leçon de pbi- osophie. Il y donna les mains, et leur découvrit dans cette leçon sa créance de philosophie; /nter legendum aulem suam philosophalem Jîdem detexerunt (^5). Ils en firent dresser un acte par im notaire, et l'y déclarèrent héréti- que. Cet acte fut signé par cent té- moins, et envoyé à Mansor roi de Ma- roc. Ce prince l'ayant vu, se mit en colère contre Averroès, et dit tout haut: H est clair que cet homme-la n'est point de notre religion. Hune nostrœ legis non esse palet. Il fit con- fisquer tous ses biens, et le condamna à se tenir au quartier des juifs. Aver- roès obéit; mais étant allé quelque- fois à la mosquée, pour y faire ses oraisons, et ayant été chassé à coups de pierre par les enfans, il se retira de Cordoue à Fez, et s'y tint caché. On le reconnut dans peu de jours, et on le mit en prison, et l'ondemanda à Mansor ce qu'on en ferait. Ce prince assembla plusieurs docteurs en thiiolofie et en jurisprudence, et s'informa 'eux de quelle peine un tel homme était digne. La plupart répondirent qu'en qualité d'hérétique il méritait la mort, mais quelques-uns représen- tèrent qu'il ne fallait pas faire mourir un tel personnage, qui était princi- palement connu sous la qualité de légiste et sous celle de théologien: de sorte, dirent-ils, qu'on ne divulguera point par le monde qu'un hérétique a été condamné, mais qu'un légiste, qu'un théologien, a subi cette senten- ce: doit il arrii-'era, 1°. que les infi- dèles n'embrasseront plus notre Joi, et qu'ainsi notre religion sera amoindrie; a°. que l'on se plaindra que les doc- teurs africains cherchent et trouvent des raisons de s'ôter la uie les uns aux autres. Il y aura plus de justice à le faire rétracter devant la porte de la grande mosquée, où on lui deman- dera s'il se repent. Nous sommes d'avis que f^otre Majesté lui pardonne en cas qu'il se repente; car il n'y a aucun homme sur la terre qui soit exempt de tout crime. Mansor goûta ce conseil, et donna ses ordres au gouverneur de Fez pour une telle exécution. En consé- quence de quoi, un vendredi à l'heure de la prière, notre philosophe fut conduit devant la porte de la mos- cfuée, et mis, tête nue, sur le plus haut degré, et tous ceux qui entraient dans la mosquée lui crachèrent au visage. La prière étant finie, les docteurs avec des notaires, et le juge avec ses asses- seurs, vinrent là, et demandèrent à ce misérable s'il se repentait de son hérésie? Il répondit par un oui: on le renvoya; il se tint à Fez, et y fit des leçons de jurisprudence. Mansor lui ayant permis quelque temps après de retourner à Cordoue, il y retourna, et y vécut misérablement privé de biens et de livres. Cependant le juge 3ui lui avaitsuccédé s'acquittait si mai e sa charge, et en général la justice était si mal administrée dans ce pays- là que les peuples en gémissaient. Mansor, voulant remédier à ce désor- dre, assembla son conseil, et y pro- posa de rétablir Averroès. La plupart des conseillers eu furent d'avis: c'est pourquoi il lui envoya un ordre de venir incessamment à Maroc, pour y faire les fonctions de sa première ma- gistrature. Averroès partit aussitôt avec toute sa famille, et passa tout le reste de ses jours à Maroc (96). Il y fut enterré hors de la porte des Corroyeurs (97). Son tombeau et son épitaphe y ont paru fort long-temps (98).
(96; Hottingerus, Biblioth. tbeolos., pag. 376 et seqq.
(97) tbiiUm, pag. i^y.
(98) Ibidem.
AVEllROÈS.
Il ue faut pas oublier ce qu'il ré- pondit à ceux qui demandèrent quelle e'tait la situation de sou âme, pendant la persécution. Cet étal-la, leur dit-il, me plaisait et me déplaisait. J^étais bien aise d'être déchargé des Jonctions pénibles de la judicature; mais il me fâchai t d'ai^oir été opprimé par de faux témoins. Je n^ ai point souhaité, ajoute- t-il, d'être rétabli dans la charge de magistrat, et je ne Vai reprise qu'a- près que mon innocence a été manifes- (N; Ce qu il répondit a un jeune gentilhomme, qui le priait de lui ac- corder sa fille, est assez curieux. ] ic Donnez-la moi, lui dit ce galant, je » vous en paierai son pesant d'or ». O domine judex, da mihi in uxorem filiam tuam, et quanti eam pondera- t^eris, itidem auruni tibi tradam (100). (( Savez-vous, répondit Averroës, si )) ma fille est belle ou laide; savez- » TOUS si vous en serez content? » J'ai vu sa copie, reprit l'autre, c'est-à- dire, son frère (loi). Je crains, re'- pliqua Averroës, que uotre ardeur impétueuse ne vous ait empêché de la connaître (102). Le jeune homme se retira tout honteux, et ne revint point à la charge. Cette fille fut ma- riée depuis par son père à un parent du roi de Maroc (io3). Quand j'ai dit que la réponse d' Averroës était cu- rieuse, j'ai eu égard à deux choses: en premier lieu, aux circonstances, et puis à l'obscurité du traducteur. Je le soupçonne de s'être mal exprimé. Il n'entendait guère la langue latine: l'apparence est que les mots arabes ont plus de sel que sa traduction, et ainsi les esprits curieux seront bien aises qu'on leur propose à examiner ce petit fait-là. C'est une assez grande singularité de voir un galant qui, poids pour poids, veut troquer son or contre une fille qu'il n'a point vue. Le prix monterait bien haut, même en Espagne, où les gens sont beau- coup moins gras qu'en plusieurs au- tres pays. Averroës n'aurait pas mal fait de demander au galant, sayez- (loi) Comparatioaem ejus vidi, fralrem scili- cet ejus, ibiU.
(io2)Timeo te eam non cognoTisseobimpetum tuiim, ihiJ., png. 276.
(lo'i) Ibidem, COUS si majille est d'une taille délice," ou si elle a trop d'embonpoint? Cet éclaircissement pouvait être de consé- quence, puisqu'au second cas la mar- chandise eût plus coûté, et moins valu. Selon nos coutumes, rien ner serait plus singulier qu'un galant qui n'aurait point vu!a fille du principal magistrat du lieu de sa résidence ^ mais parmi les mahométans, cela est commun: ils ne permettent point aux filles de se montrer aux fenêtres, et devant la porte du logis, de courir de lieu en lieu, et de recevoir des vi- sites chaque jour. Cependant j'ose dire qu'il y a quelque chose de Considéra- ble en ce que le noble cordouan (ro4) ne savait que par conjecture si la fille d' Averroës était belle. Voilà quelques- unes des circonstances à quoi j'ai eu égard.
(0) On raconte une chose très-sin- gulière touchant l'effet de quelques discours qu'il prononça contre le plus jeune de ses fils. ] Je ne m'amuserai pas à traduire en notre langue ce qui doit me servir ici de commentaire; cela n'aurait que très-peu de grâces en français. 11 me suffira de dire qu'A- verroès souhaita plutôt la mort de son fils, que de le voir désobéissant, et qu'il fit là-dessus une imprécation à laquelle ce jeune homme ne survécut que dix mois. Voici bien du latin: je ne le prends pas d'Hottinger, car je l'ai trouvé plus correct dans un autre au- teur. De AveiToïs carmir.um ejfflcaciâ hanc historiam historicus jirabs re- Jert: Quâdam die eo exislente cum amicis quibusdam colloqtientibusque, ingressus estjilius ejus cum aliquibus sociis jnuenibus, quos cùm animad- uertisset j4uerroé's, protulit duo car- mina, hujus sensus: Rapuerunt pul- chritudines tuce, capreolo pulchritudi- nem suam, donec miratus est omnis pulcher in te: tibi est pectus ejus, et oculi ejus, et stupor ejus; werîim cras cornua sua patri tuo erunt. Post quœ dixit: Sit maledicta peregrinatio: quando eram jiwenis, aliquando pa- trem nieum puniebam; nunc autem senex filium meum punire non possum. At Deum deprecor, ut priusquam ui- deam aliquidcontra voluntatem meam, eiim mori faciat. Sicque priusquàrit (io4) Juvenis qnidam e« nobillbus civiUlis, Ibidem, pag. ^^.î.
AVERROÈS.
transirent menses decem filius ejus u jwenis, ac quando tempus cum cal- mortuus est, et major solus remansit, w t^iiie senecluteque agitauit me, tum qui judex opinionis et sectœ ejffeclus w parui yoluntali meœ. Vtinani 'natus est (io5). Bartholin, qui me fournit n fuissent senex, et injui^entute abso- ce passage, attribue saus raison aux » lutus (108)! » Quel souhait plusdi- vers de ce philosophe le grand efl'et gne d'un philosophe pourrait-on faire? dont il s'agit, et qu'il ne faut impu- Rapportons ce que fit Averroés à ter qu'à l'imprécation en prose qu'A- l'égard des vers d'amour d'un autre verroës prononça. Les compilateurs ont écrivain. Il y avait à Cordoue un phi- recueilli beaucoup d'exemples de pa- losophe, médecin et astrolo"ue reilseflets de telles imprécations (106). nommé Abraham Ibnu Sahal, qui ' (P) Quand il fut vieux il fit jeter par un caprice de sa mauvaise fortu- auyèu ses vers de galanterie. ] Le dis- ne, devint amoureux, et se mit à cpurs qui accompagna cet acte est tout confit en sagesse. L'homme, dit-il, sera jugé par ses paroles; et si j'ai mal parlé, je ne veux point donner a connaître ma folie. Si mes vers plai- saient à quelqu'un, il me prendrait pour un homme sage, et je ne recon- nais point que je le sois. Vous voyez là un bon caractère. Averroés, ayant fait la faute, la répara: il voulut se dérober également à l'approbation qu'il ne croyait pas mériter, et au blâmequ'il méritait. 11 se serait trouvé faire des vers, se souciant peu de la dignité doctorale. Postea ob disgra- tiam suœ fortunée, amore capitur, et dignitate doctorum postpositâ, cœpit edere carmina (109). Les juifs, ses confrères de religion, l'exhortèrent à ne donner point au public de ces poé- sies impudiques. Il leur fit en vers une réponse profane. Cela fit qu'ils eurent recours à l'autorité du magis- trat \ et comme Averroés était le grand juge du pays, ce fut à lui qu'ils s'a- dressèrent. Ils lui représentèrent que une infinité de gens qui auraient lu cet Abraham avait corrompu par ses ses vers d'amour l'encens à la main qui les auraient admirés, qui au- raient béni sa mémoire. Ovide et Ca- tulle sont des exemples de cela. Il ne voulut point de cette louange. D'au- tres eussent trouvé fort mauvais qu'un si grand homme, un légiste et un phi- losophe si excellent, eût fait des vers poésies toute la ville, et principale- ment la jeunesse de l'un et de l'autre sexe, et qu'on ne chantait autre chose dans les festins nuptiaux. Averroés s'indigna contre ce poè'te, et lui fit défendre de continuer, à peine d'être châtié selon l'exigence du cas, ou comme il plairait au juge. 11 entende galanterie. Il prévint leur critique dit dire que sa défense n'arrêtait point