SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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tus. Ce sens paraît le bon, (22J Vopiscus, cap. XIII, pag. 449, 45o.

cette nature, tout comme si au lieu d'en délibérer dans le temple de tous les dieux ils en délibéraient dans une église des chrétiens. Miror vos, patres sancti, tamdiù de aperiendis Sibyllinis dubitdsse libris, pefindè quasi in christianorum ecclesiâ, non in tcmplo deorum omnium, tractare- tis (2^). Il les pressa vivement, il les assura qu'il fournirait toutes les dé- penses nécessaires, et qu'il avait ex- pédié là-dessus ses ordres au tréso- rier de l' épargne j « car, ajoutait-il, ce » n'est pas une chose honteuse de )) vaincre avec l'assistance divine: » c'est ainsi que nos ancêtres ont )) terminé et commencé plusieurs » guerres. » Weque enim indecorum est diis jm'antibus i^incere: sic apud majores nostros mullafinita suntbella, sic cœpta (a5). Syllanus avait donc eu raison de dire aux flatteurs d'Auré- lien que ce grand homme honorait les dieux, et mettait en eux sa con- fiance, et ({ue jamais leur secours ne faisait honte aux braves gens. Me- (24) Idem, ibid., cap. XX, pag. 403.

AURÉLIEN.

minislis,P.C., vie in hoc ordine sœpè dixissejam tùm quiim primum nuntia- tiiin est Marcomannos erupisse, con- sulenda Sibyllœ décréta, utendum Apollinis beneficiis, inserfiendum deorum immorlalium prœceptis: ré- cusasse i'erb quosdam, et cum ingenli calumniâ récusasse, quîim adidaiido dicerent tanlam principis esse uirlu- tem ut opus non sit deos consuli, proindè quasi et ipse uir magnus non deos colat, non de diis imniortalibus spereU Quid plura? audiuimus litteras quibus rogat^it opem deorum, quœ nunquam cuiquam turpis est ut i^ir J'ortissimus adjui^etur (26). Après la lettre d'Aure'lien, il n'y eut plus de de'lai: le sénat fît consulter les livres de la Sibylle, ce qui amena un grand attirail de de'votion (27). Notez en passant combien la maxime d'Ajax a paru bonne à certains esprits (28). Nous avons ici des flatteurs qui s'i- maginent qu'il ne faut recourir à l'as- sistance du ciel, que lorsque l'on se de'- fîe de la valeur et de la prudence des princes du monde. Rapportons encore deux preuves qu'Aurëlien n'e'tait pas de cet avis: Credo adjuturos rom. rernp. deos qui nunquam nostris co- natibus defuerunt (29). C'est ce qu'il écrivait dans les embarras où il se vit par la longue résistance de Ze'nobie. II reconnut dans une autre lettre, que ses victoires étaient un présent des dieux. Undè apparet nullam niihi a diis immortalibus datam sine dijfficuhate uictoriam (3o). Il est vrai tju'il ajouta qu'ils les lui avaient tou- jours accordées avec mille difficul- tés. C'est le destin de toutes choses: ce n'est pas seulement la vertu qu'il faut acquérir à la sueur de son visage, c'est le propre de tous les autres biens, Sic Diis placitum.

Toc cT' à-fiTYli iS'jlcè'Ta, QiOl 'TTfOTT Âf^i^iV K*/ rÇiiP(_Ùç TO TTflÛTOV (3/). j^nte virtulem vero sudorem dit posuerunt (26) Vopiscus, cap. XIX, pag. 459, ^60.

(28) yotfezla remarque (E) de l'article d' A J.ix fils de TéUmon. (2g) Vopiscus, cap. XVI, (io) Idem, cap. XXVIII, (3i) Hesiodi Opéra et Dies, vs. zSç).

Immorlales; longa vero alque arâun via est ad ipsain, Primumque aspera Il n'y a point de dons gratuits en ce sens-là, et l'on doit même avouer que cette disposition céleste porte un ca- ractère de bonté j car nous sentons plus dejoie de l'acquisition d'un bien qui nous a coûté beaucoup de fati- gues.

(G) Sa cruauté a empêché plusieurs de le mettre entre les boas princes; et, au dire de Dioctétien, il était plus propre à commander une armée qu'à être empereur.] Vopiscus nous appren- dra ces particularités. Et Aurelia- num quident, dit-il (Sa), mulU neque inter bonos, neque inter malos princi- pes ponunt, idcircb quod ei clemen- tia, imperatoruiii dos prima, defuerit. f^ereonius Herennianus prœfectusprce- torio Diocletiani, teste Asclepiodoto, sœpè dicebat, Diocletianum fréquen- ter dixisse, quiim Maximiani asperi- tatem reprehenderet, Aurelianum ma' gis ducem esse debuisse quam princi- pem. IVam ejus nimiaferocitas eidem displicebat. Ces paroles de Dioclétien sont d'un connaisseur, car il disait qu'il n'y a rien de plus difficile que de bien régner (33), et il savait parfai- tement les raisons de cette difficulté. Vous les trouverez dans Vopiscus (34), auteur qui observe que, dans un grand nombre d'empereurs romains, on ne comptait que peu de bons prin- ces (35),• et qui loue ce qu'un bouffon avait dit, que tous les bons princes pouvaient être peints sur une bague. f^ides, quœso, quam pauci sint prin- cipes boni, ut benè dictum sit a quo- dam mimico scurrd Claudii, hujus temporibus, in uno annulo bonos prin- cipes posse perscribi atqne depin- (H) A a libéralité, et le soin qu^il prit de maintenir l'abondance, etc, fi- rent oublier sa cruauté.'] La manière dont il punit les séditions qui s'é- taient faites à Rome pendant son ab- sence, passa tellement les bornes d'une sévérité légitime et nécessaire, que cela ternit sa réputation, et le rendit très-odieux. Magnum illud, et (32) Vopiscus, cap. XLiy, pag. 532, 533.

(33) Idem, ibidem, cap. XLIII, (34) Ibidem.

(35) Idem, cap. XLII.

(36) Idem, ibid,, pug. Sag.

AURÉLIEN.

quod jam fuerat, et quod non frustra speratum est, infamiœ tristioris ictu contaminauit imperium. Timeri cœpit princeps optimus, non amari, quant ald dicerent, perfodiendum talem principem, non optandum, alii bonum quidem medicum, sed mald ratione curantem (37). Cette haine ne dura point parmi le peuple: les distribu- tions de pain et de chair de porc (38), et d'huile (39), et telles autres douceurs qu'il ressentit sous cette domination, le convertirent. Il était encore tout tel que du temps de Juvenal; il ne formait des désirs que pour le pain et les spec- tacles: rien n'était plus gai que ce peuple, pourvu qu'il eût le ventre plein.

Jam pridem ex quo luffragia nullL Vendimtts, effùgit curas. Nain qui dabat clim Impeihtrn, Jasces, legiones, oinnia, nunc se Continel, alqur duas lanùim res anxius optât, Panent, et circenses (4o) C'est par - là que cet empereur se rendit aimable à la multitude. Lisez la lettre qu'il écrivit à un intendant des vivres. Aurelianus Augiistus Flavio Arabiano prœfecto annonce. Inter cœtera quibus diis faventibus Romanam rempub. jut^imus, nihilmi- hi est magnificentius quam quod ad- dilamento uncice omne annonarum w- bicarum genus juui: quod ut esset perpétuant, nai'icularios Niliacos a- pud jEgyptiini noi'os, et Romœ amni- cos posai. Tiberinas extruxi ripas; fadiim ali>ei tumenlis ejfodi, diis et perennitati vota constitui, almam Ce- rerem consecrat'i. IVunc tuum est ojjl- ciuni, Arabiane jucundissinie, elabo- rare ne meœ dispositiones in irritant i/eniant. JYequeenim populo rom. sa- tura quicquam potest esse lœlius (4i)' Il avait dessein d'établir des distribu- tions de vin perpétuelles, et il avait pris des mesures pour cela (42)- Ou dit que le préfet de son prétoire le détourna de l'exécution, en lui disant que si l'ou donnait du vin au peuple il ne resterait plus rien qu'à lui don- ner aussi des oies et des poulets. Si et l'inuni populo romane damus, su- (38) Idem, cap. XXXV.

(39) Idem, cap. XLVIII.

(4i) Vopiscus, cap. XLVII, pag. 5"6, 57". ili-i) Idem, cap. XiriII.

perest ut et pullos et anseres deinus (43). Voilà des largesses bien capa- bles de faire oublier l'eUusion du sang de quelques personnes. Qu'Auré- lien eût fait mourir le fils ou la fille de sa sœur, ou l'un et l'autre, poui- des raisons assez frivoles (44)5 qu'il eût employé mal à propos la peine de mort (45), cela n'était point capable de lui faire perdre l'allection d'un peuple à qui il donnait les moyens de se nourrir commodément, et qu'il ré- galait de beaux habits (46). Outre 3ue sa sévérité faisait cesser plusieurs ésordres odieux à la populace. 11 ex- terminait les délateurs, les concus- sionnaires, les sangsues publiques, et telles autres engeances. Quicquid sa- ne scelerum fuit, quicquid nialœ con» Scientiœ uel artiarn funestaruvi, quic- quid deniqaè factionuni, j4 aielianus toto penitiis orbe purga^'it (47)- Iteni quadruplalores ac delatores in- génu sei^eritate persequulus est; tabu- las publicas ad prit'atorum securita- tem exuri inforo Trajano semel j as- sit. Amnestia etiam sub eo delictorum publicoruni décréta est de exeniplo Atheniensium: cujus rei etiam 7\il- lius in Philippicis meniinit. Fuies provinciales repetundaram ac pecii- latûs reos ultra militarem modum est persequutus, ut eos ingentibus sup- pliciis cruciatibusque puniret (48). H agrandit l'enceinte de Rome, il re- donna à l'empire ses anciennes bor- nes (49)- Les peuples se laissent flat- ter doucement par cet éclat de gran» deur. 11 travailla à la réforme, il bor- na le nombre des eunuques, parce qu'ils étaient montés à un trop grand prix (5o). Il fit défense d'avoir des concubines qui fussent de condition libre(5i). C'était enfin un agrément au peuple romain de voir que cet empe- reur se faisait craindre au sénat. Cette compagnie s'en faisait peut-être un peu trop accroire, et, quoi qu'il en soit, je m'imagine qu'on trouvait bon que (43) Idem, cap. XLVIII, pag. 578.

(44) Idem, cap. XXXVI et XXXIX.

(45) Voyez les Césars de Julien et les Noies de M. Spanheim là-dessus, pag. 107.

(46) Vopiscus, çap. XLVIII. i^n) Idem, cap. XXXVII.

(48) Idem, cap. XXXIX, pag. S22, 533.

(49) Idem, cap. XXXIX.

(50) Idem, cap. XLIX. (5i) Idem, ibidem.

AURÉLIEN.

les sénateurs observassent leur con- duite sous un tel maître, comme des écoliers sous la férule d'un pédago- gue. Populus autem romanus eum amafit, senatus et timuit (5^). Sena- tus niortem ejus graviter tulit, gra- t'iùstamen populus romanus, quivut- go dicebat Aurelianum pœdagogum esse senatorum (53).

(I) Si nous saluions le détail de ses grandes actions, nous trouverions bien raisonnable la plainte de Junius Tiberianus.'] Çmoj.' disait-il, un Ther- site, un Sinon, et les autres monstres de l'antiquité nous sont connus, et se- ront connus de nos descendans, et l'on ne connaîtra pas Aurélien, prince très- illustre, empereur très - sévère, qui a restitué tout le monde au nom romain? liasse le ciel que cette folie n'arrive Latins de ce temps-là. Aucun d'eux n'avait encore rien publié des gran- des actions de ce prince, le restaura- teur de l'empire, VOrbis restitutor, comme il est nommé dans une mé- daille. 11 ne s'attendait pas à cette dis- grâce lorsqu'il prenait soin de faire écrire de jour en jour la suite de ses exploits (55).

(K) On le regretta beaucoup,, on le déifia.'] Ceux-là mêmes qui le firent mourir lui érigèrent un magni- fique tombeau, et lui consacrèrent un temple (56); car ils découvrirent qu'on les avait engagés par une hor- rible imposture à conspirer contre lui. Voyons quelle fut cette imposture. Il avait fait des menaces à Mnesthée son secrétaire. Celui-ci se croyant perdu, car il savait bien que les menaces de pas /La-dessus, il engagea Flavius Vo- ce prince étaient suivies de l'effet (57), piscus à travailler à l'histoire de cet résolut de le prévenir, et fit accroire empereur, et lui promit tous les mé- à plusieurs personnes qu' Aurélien les moires que la bibliothèque de Trajan voulait faire tuer. Il leur montra une pourrait fournir. Rapportons les pro- liste où il s'était mis lui-même, et les près paroles de cet historien; Quos- exhorta à sauver leur vie. C'étaient sivit à me (Junius Tiberianus) quis vitam Aureliani in litteras retulisset, Cui egoquùm respondissem, neminem à me Latinorum, Grœcorum aliquos lectitatos, dolorem gemitûs sui vir sanctus per hœc verha profudit: Ergo Thersitem, Sinonem, caeteraque illa prodigia vetustatis et nos benè sci- mus, et posteri frequentabunt: di- vum Aurelianum, clarissimum prin- cipem, severissimum imperatorem, per quem totus Romano nomini orbis est restitutus, posteri nescient? Deus toutes personnes, ou qui avaient en- couru l'indignation d'Aurélien, ou qui avaient lieu de croire, par l'impor- tance de leurs services, qu'ils étaient fort bien dans son esprit, et qui au fond n'avaient rien à craindre (58). Tous ces gens-là firent un complot contre sa vie, et le mirent en exécu- tion. Mais ayant connu ensuite la fraude du secrétaire, ils furent des plus ardens à honorer Aurélien. Mnesthée fut exposé aux bêtes, et l'on voulut que la mémoire de ce supplice fût conservée sur le tombeau de cet eraavertat banc amentiam! Et tamen, si benè novi, ephemeridas illius viri pereur(59). Les soldats ne voulurent scriptas habemus, etiam bella cha- point conférer l'empire à aucun de ractere historico digesta, quae velim ceux qui avaient eu part à sa mort, accipias, et per ordinem scribas, ad- et demandèrent au sénat un nouveau ditis quse ad vitam pertinent. Quse prince, et la déification d'Aurélien omnia exlibris linteis, in quibus ipse (60). Le sénat ne voulut point se quotidiana sua scribiprœceperat, pro charger du soin de créer un empe- tuâ sedulitate condisces. Curabo au- reur: mais quant aux honneurs divins tem ut tibi ex Ulpiâ bibliothecâ et li- quel armée demandait pour Aurélien, bri lintei proferantur. Tu velim Au- relianum ità ut est, quatenùs potes, in litteras mittas (54). Notez que Vo- piscus parle ainsi environ trente ans après la mort d'Aurélien ^ notez, dis- jc, cela comme une preuve, ou de l'ignorance, ou de la négligence des (Si) Vopiscus, cap. uli. (53)/<iem, cap. XXXFir.

(55) Cela paraît par les paroles de Vopiscus çue je viens de rapparier.

(56) Vopiscus, cap. XXXVII. (5';) Qui scirel Aurelianum neque frustra minari solere, ne que, si minarelur, ignoscere. Vopiscus. cap. XXXVI.

(58) Mixtis iis quibus Aarelianus vere irasce- balur cum iis de quibus nihil asperum cogita- bal. Vopiscus, cap. XXXyi.

(59) Idem, cap, XXXFII.

(60) Iilem, cap. XLI.

AURÉLIEN. 575 ils furent décernes sans aucun délai, trois d'argent en d'autres lieux, et que Tacite (61), qui opina le premier chacun fût pourvu du portrait de ce dans le sénat fit un beau discours grand prince.Les trois statues d'argent qu'on sera bien aise de trouver ici, furent dédiées, maisnon pascullt; du puisqu'il contient un juste abrégé des Capitole./« edJem oratione Aureliano actions les plus éclatantes d'Aurélien, staluamaiireaniponendaminCapltoliQ et quelques pensées assez curieuses, décrétait: item statuam argenteam in Rectè atque orJine consuluissent dii Curid, item in templo Solis, item in immortales, P.C., siboniferroini^io- foro divi Trajani. Sed aiirea non est labiles extitissent, ut longiorem duce- posita: dedicatœ autem sunt solce ar- rent yitam: neque contra eos aliqua genteœ. In eâdem oratione cai^it, ut si esset potestas ils qui neces injandas quis argento publicè piii'atimque ces tristissimd ments concipiunt. Kii'eret enim princeps noster Aurelianus, quo neque utilior fuit quisquam. Respirare certè post infelivitatem F'aleriani, post Gallieni mala, imperante Clau- dio cœperat nostra respublica '• at cadeni reddila fuerat Aureliano toto penitiis orbe vincente. Ilte nobis Gal- lias dédit; ille Ilaliam liberai'it; ilte f^indelicis jugum barbaricœ sen'itutis amouit. Illo uii'ente llljrricum resti- tutum est, reddilœ romanis legibus Thraciœ. Ille {proh pudor!) Orien- tent foemineo pressura jugo in nostra jura restituit; ille Persas insultantes adhuc f^aleriani nece,fudit,fugai^it, oppressit. lllum Saraceni, Blemyes, Axomitœ, Bactriani, Seres, Uiberi, Albani, Armenii, populi etiam In- dorum, i'eluti prœsenlem penè uenera- ti sunt deum. Illius donis quœ a Bar- haris gentibus nierait, refertum est Ca- pitolium; quindecim millia librarum auri ex ejus liberalitate unum tenet templum, omnia in urbefana ejus mi- cant donis. Quare, P. C., i^el deos ipsos jure coni>enio, qui talent princi- pem interire passi sunt, nisiforlè se- cum eum esse maluerunt. Decerno igilur difinos honores: id quod uos omnes existimo esse facturas. Nam de imperatore deligendo adeundem exer- ciium censeo esse référendum. Etenim in lali génère sentehtiœ nisifîat quod dicitur, et electi periculum erit, et eli- gentis int^idia. Probata est sententia Taciti (6i). Le même Tacite ayant été élu empereur quelques mois après(63), commença son règne par ordonner que l'on érigeât quatre statues à Auré- ien, une d'or dans le Capitole, et (61) Il fut élu empereur quelques mois après.

(6a) Vopisc., cap. XLI,pag. SîG, 527.

(63) Ce fut par le sénat, car l'armée a qui le sénat laissa l'élection d'un nouveau prince rtn^vjn toujours ce soin au sénat qui enfin s'en chargea.

miscuisset, si quis auro argentuni, si quis ceri plumbum, capital esset cum bonorum proscriptione Addidit, ut Aurelianum onines pictum habe- (L) // n'y eut point de dii'inité pour qui il témoigndt plus de zèle que pour le Soleil.J 11 me semble que sa pre- mière éducation fut la cause de ce culte; car apparemment sa mère, qui était prêtresse du Soleil, lui inspira dès l'enfance une dévotion particu- lière pour cette divinité (65). Quoi qu'il en soit, nous trouvons que lors- 3u'il remei'cia Valérien, qui l'avait ésigné consul, il se servit de ces ter- mes: Dii faciant et deus certus Sol, ut et senatus de me sicjudicet (66). Un savant homme (67) prétend qu'il parla ainsi dans une lettre (68), comme si les autres dieux- étaient douteux, hors le Soleil seul. Dans la bataille qu'il ga- gna proche d'Emesse sur les troupes de Zénobie, on prétend qu'il fut secou- ru par une divinité qui encouragea les soldats, et qui fit que l'infanterie soutint la cavalerie prête à s'enfuir (69). Dès qu'il fut entré victorieux dansÉmesse, il alla au temple du So- leil: Statim ad templum Ueliogabali tetendit, quasi commuai njficio l'ota soluturus, et y trouva la même figure de divinité qui lui avait été favo- rable dans le combat. C'est pourquoi il fonda des temples dans ce lieu là (70), et puis il fit construire à Rome un temple au Soleil (71). Il fit rebâ- (64) Vopisc., in Tacito, cap. IX, pag. 608. (65j Idem, in Aureliano, cap. IV.

(66) Idem, ibidem, cap. XI f.

(67) Spanbeim, Notes sar les Césars de Julien, pag. lOQ.

(68) \ opiscos lui fait 'tenir de rive voix ce langage.

(bg) Vopisc., cnp. XXV. (70) Ilhclempla fundavit donariis ingentibui pusilis. Vopisc., cap. XXX.

{',1) Idem, ibid., etcafi. XXXV.

AURÉOLUS.

tir aussi dans Paimyre le temple du même dieu. Voici les ordres qu'il ex- pédia à cet eft'et: il est bon que je les rapporte, puisqu'ils nous feront con- naître tout ensemble la cruauté' de ce prince, et sa dévotion pour le So- leil. Aurelianus j4ugustus Ceionio Basso. Non opportet ulteriùs progre- di mUituni gladios. Jam. satis Palniy- renorum cœsuni atque concisuni est. Mulieribus non pepercimus, infantes occidimus, senes jugulai^inius, rusti- cos interemimus; eut terras, cui ur- beni deinceps relinquemus? Parcen- dunt est Us qui remanserunt. Credimus enim tant paucos tant multorum sup- pliciis esse correctos. Teniplum sanè Solis, quod apud Palniyram aquilifer legionis tertiœ ciitn l'exillijeris et dra- conario et cornicinibus atque liticini- bus diripuerunt, ad eani formant uoto quœfuit, reddi. Habes trecentas auri libras è Zenobice capsulis, habes ar- genti mille octingenta pondo. De Palmyrenorum bonis habes gemmas regias. Ex his omnibus fac coho- nestari templum: mihi et diis im- mortalibus gratissimum feceris. Ego ad senatum scribam, petens ut nnttat pontifcem qui dedicet templum (72). (M) T^opiscus fait a son sujet une distinction que peu de gens sa- vent faire'\ Les défauts d'Aurélien furent utiles: l'état en avait besoin j mais au sentiment de Vopiscus, il ne s'ensuit pas de là que c'ait été un bon empereur. Voilà le langage d'un homme qui ne confond pas les choses. Une infinité de gens ignorent cette distinction. Ils regardent simplement et absolument comme un bon rèene, comme un règne juste, la domination qui a prévenu, qui a fait cesser quel- que grand mal 5 et s'ils se figurent une fois qu'un règne est injuste, ils le re- gardent simplement et absolument comme mauvais, sans avoir égard aux avantages nécessaires que le public en retire.

AURÉOLUS ( Pierre ), moine oordelier, et puis archevêque d'Aix, a été l'un des plus sub- tils et des plus fameux théolo- giens de son temps. II a fleuri vers la fin du XÎIP. siècle, et au commencement du XIV*. 11 était né à Verberie-sur-Oise, et s'appelait Oriol(a); mais, com- me il n'est connu que sous le nom latinisé qu'il se donna, c'est ici que je le place, sans imiter M. Moréri, qui nous renvoie ^Auréole à à^Oriol. On lui par- donnerait plus aisément ce ren- voi, si l'on trouvait dans son article d'Oriol, tout ce qu'on avait raison d'attendre d'un his- torien qui cite la Vie de cet il- lustre archevêque d'Aix {b); mais c'est ce qu'on n'y trouve pas. Je ne puis point remédier à ce dé- faut, car je ne crois point que dans toute l'étendue des Provin- ces-Unies il y ait personne qui me pût prêter l'ouvrage oii a été mise cette Vie d'Auréolus **. Ce que je puis dire se réduit à ceci: Auréolus fut professeur en théo- logie dans l'université de Paris (c). On lui affecta le titre de doc- tor facundus (d). Il était pro- vincial d'Aquitaine lorsqu'on le créa archevêque d'Aix (e), et il ne vécut guère depuis qu'il eut été élevé à cette grande dignité (A). On a dit qu'il fut promu au cardinalat *'^. C'était un esprit subtil, mais trop avide de se dis- tinguer par des opinions nou- velles (B). On prétend qu'il a soutenu l'impossibilité de la créa- (a) Labbe, Dissert, de Scriptor. eccle- siast., tom. Il, pag. i83.

{b) Mise, dit-il, à la tête des Commen- taires d'Oriol sur te Maître des Sentences, imprimés à Rome l'an iSgS.

*' En effet, celte Vie d'Auréolus n'existe pas, dit Leclerc.

(c) Labbe, de Scriptor. ecclesiast., tom.

(d) Idem, ibidem.

(e) Bellarm., de Scriptor. ecclesiast., ** Ceux qui l'ont dit se sont trompe's, dit Leclerc: c'est ce que prouve Wading.

AURÉOLUS.

tion (C). Les dominicains eurent en lui un adversaire redoutable, et le firent réfuter avec beau- coup de vigueur par l'une de leurs meilleures plumes (D). Je dirai quelque chose touchant ses écrits (E). Vous trouverez dans la remarque (A) le temps de sa mort.

(A) Il ne vécut guère depuis qu'il eut été élevé h la dignité d'archet^éque d'Aix."] On hii donna l'archevêché d'Aix l'an iSai, et il se trouve que Jacques de Concos de Cabrairez, do- minicain, fut installé à la même jiré- lature le lo de juillet i3a2 (i). Il faut donc que le 27 d'avril, jour de la mortd'Auréolus (2), appartienne pour le plus tard à l'an i322. Voyez la né- gligence de ce temps-là: on se con- tentait à l'égard d'un archevêque de marquer le jour qu'il mourut j on ne se souciait pas de la date de l'an- née.

(B) Il était trop ai^ide de se distin ratio non urget, ab anteiioruin placi- tis non discedere (3). Il faut néanmoins avouer ejue ces esprits novateurs (4) et un peu brouillons sont quelquefois nécessaires; car, sans eux, pourrait- on faire des progrès considérables? Ne s'endormirait-on pas dans la pré- tention que tout est déjà trouvé, et qu'il faut acquiescer aux opinions de nos pères, comme à leur terre et à leur soleil? Les disputes et les confusions excitées par des esprits ambitieux, hardis, téméraires, ne sont jamais un mal tout pur: elles seront un grand mal tant qu'il vous plaira, mais il en résulte des utilités par rapport aux sciences et à la culture de l'esprit. Il n'est pas jusqu'aux guerres civiles dont on n'ait pu quelquefois assurer cela. Un fort honnête nomme l'a fait à l'é- gard de celles qui désolèrent la France au XVI*. siècle. Il prétend qu'elles raf- finèrent le génie, ou le langage, à quelques personnes; qu'elles épurè- rent le jugement à quelques autres 4 et qu'elles servirent de bain aux uns pour les nettoyer, et d'étrillé aux au- ,.. très, pour faire sauter leur crasse.

guerpardes opinioris nouvelles.] C'est Voici ses paroles j il me semble qu'il un caractère d'esprit fort dangereux, c'est un écueil bien à craindre: l'on n'a piesque jamais vu que ceux qui ont assez de génie et de savoir pour combattre fortement la commune tra- ditive aient assez de jugement pour s'arrêter à propos, et pour discerner ce qui ne vaut pas la peine de la ré- forme. Vous allez voir un passage où l'on juge sainement de cette sorte d'es- prits j on y range nommément notre Au- réolus: Ex hdc classe, insignia ingé- nia duo, Durandus et Aureolus, mi- nus benè audiunt, quod ingeniis qui- tus ualebant plurimiim, indulserint in plerisque, et novas cudere, ac com- minisci opiniones, communem traryii- tem sine causa deserendo non dubitâ- rint. Estque haud dubiè arguvienlum judicii miniis exquisiti, nec satis ma- turi, vel emuncti,ferri facile, et abs- que urgenti ratione, extra uiam: iCa utquamvis res de qud agitur,ad scholœ tricas merè pertineat, nec indè dispen- diumulluiti doctrinœ fidei, velsanis, ac puris moribus sit limendum, tamen consuhissimu/n sit, quando tnaniJesUt (i) Labbe, Dissert, de Scriptor. ecclesiast., (2) Ideitiy ibidem.

TOME II.

a pensé, qu'il s'est exprimé assez bien, pour être digne que je les étale ici: Ut sœpè res aduersœ inexpeclatis bo- nis locumfaciunt, ita in hdc publicd, et omnium niaximd calamitate res auc- tor dari potest, quibusdnm ingenium evasisse Umatius, acumen perspica- cius,judicium resecatius, os mundius, scripla purgatiora, prorsits ut agnos- cere liceat, œrunmarum procellas, quibus œstuai'imus, his esse balneas quœ sardes eluerunl, aliis strigilem quœ squammaui detersit, quibusdam uredinem, quœ absumpsit quicquid luxurians et inutile. Deniquè si quis verè œstimet, nunc deniiim intelligi- mus, eam, quœ reipiiblicœ tempestas fuit, prifatim et pauculis esse cotetn qud acuitur etj'aculani quâ accendi- tur quicquid in singulis est optimum (5). En vérité, le public se passerait bien de telles lessives, ou étrilles, ou limes, ou queux, comme on voudra (3) Tlicopli. Raynaudus, Erotem. de mails ac bonis lib. iium. ff'io, pag. 230.

(4) Je li entends nullement parler de ceux qui travaillent à des réfonnaiions nécessaires. [ Le- clerc dil que Bayle désigne ici Luther, Calvin, etcl (5) Carolus Papcbalins, de Oplimo Génère Elocutionis, pa^. 124.

37 AURÉOLUS.

les appeler. Il vaut mieux demeurer forces de son ge'nie pour prouver malade que de guérir par un remède l'impossibilité de la création: il ne d'une cherté si terrible. Quoi qu'il en risquait qu'une dispute philosophisoit, nous avons ici un docteur qui se que, où il ne craignait pas que les piqua de n'être de l'avis de personne chicanes et les détours du métier l'adans son Commentaire sur le Maître bandonnassent. Je suis sûr que ceux des Sentences; mais,d'autrecôté,ilfuï qui auront dans leur cabinet un exemseul de son avis; chacun se piqua de plaire de Capréolus, en lisant ceci, lecombattre: on l'a comparé à Ismaèl. seront curieux de le consulter, afin Quein (Petrum Aureolum) Antoninus de s'instruire si ce grand antagoniste ait (*) ita scripsisse in librum Senten- d'Auréolus expose fidèlement tout l'étiarum, ut quia manus ejus contra omnes qui jam scripserant, eliam ma- nus omnium contra eum fuerint (6).

(C) On prétend qu'il a soutenu l'im- possibilité de la création. * ] Les lumiè- res que j'ai là-dessus sont très-petites, car je puis seulement vous assurer que Théophile Raynaud, après avoir re- ieté comme très -faibles les raisons d'Averroès, ajoute que les argumens où Auréolusa mal employé son esprit tat de la question. Il y a bien des gens qui, dans une telle conjoncture, se con- tenteraient de représenter qu'ils réfu- ient un docteur qui a soutenu que la création est impossible, et d'exagérer les pernicieuses conséquences de ce dogme, sans avertir que ce docteur met en sûreté les intérêts de l'ortho- doxie, et soumet à l'autorité de la tradition les argumens les plus subtils que la lumière lui présente. Je sais pour montrer que la création est im- qu'Aux'éolus, dans un autre cas, s'est possible, se réduisent àla même chose, gouverné de la manière que je sup- Eodeni recidunt argumenta quibus pose qu'il a suivie à l'égard de la créa- Aureolus apud Capreolum in -2. d. i. tion, et cela me rend plus probable q. 2. in argumentis contra quartam, ma conjecture. II a dit qu'il n'y avait parùm féliciter ingenium exercuit, ut que l'autorité des saints, qui lui fit probaret creationem esse impossibilem croire que la transsubstantiation est (7). Remarquez bien qu'il n'a point lu un véritable changement de tout le Auréolus, et qu'il n'en connaît la doc- pain en tout le corps de Notre Sei- Irine qu'autant qu'elle a été rapportée •par son adversaire Capréolus. Cela m'impose une nouvelle nécessité de ne marcher ici qu'à tâtons; mais cepen- dant je ne crois pas me tromper dans la conjecture que je vais faire. Je sup- pose qu'Auréolus n'a point nié sim- plement et absolument que la créa- tion fût possible, car c'eût été avan- cer une opinion très-opposée à la foi ter...* par l'une de leurs meilleures