dats lui donnèrent le surnom A' Épée-à-la-main, pour le distin- guer d'un capitaine qui s'appelait comme lui (D). Il faisait un tel carnage dans les combats, qu'il tua quarante-huit Sarmates en un seul jour, et qu'on se servait du nombre de mille pour comp- ter les coups mortels qu'il avait donnés aux ennemis {/)■ Cette pensée trouva place dans les chan- sons et les vaudevilles {g): il eut en cela le même avantage que le premier roi des Juifs {h), et il le mérita beaucoup mieux: car on ne prétendait pas que Saiil eût fait mourir de sa main les mille ennemis dont les chansons lui attribuaient la tuerie; mais c'était ainsi que la chose était en- tendue à l'égard d'Âurélien. Il fut adopté par Ulpius Critinus, l'un des plus grands homroes de ce temps-là (i). L'empereur Va- lérien, qui ménagea cette affai- re {k), le fit lieutenant du même Critinus (Z), général des fron- tières de l'Illyrie et de Thrace (m), et le désigna consul l'an 3.58. Ces récompenses, et quel- ques autres, furent accompa- gnées des agrémens les plus sen- sibles, vu les éloges et témoigna- ges d'estime qui servirent de avec tant de gloire, les armées qu'après la mort de cet empereur toutes les légions conspirent à le mettre sur le trône («). Cela se fit l'an ^"jO. 11 vint peu après à Rome; et dès qu'il y eut affermi son autorité, il marcha vers la Pannonie, où les Goths avaient fait une irruption (o). Il leur donna bataille, et les obligea de repasser le Danube, et de de- mander la paix. Après cela, dès qu'il eut appris que les Marco- mans, les Juthonges (p), et quel- ques autres nations, avaient ré- solu de porter la guerre en Ita- lie, il marcha contre eux, et les vainquit vers le Danube dans un grand combat. Il en tua encore beaucoup, lorsqu'ils voulurent repasser cette rivière, et il em- pêcha les autres de s'en retour- ner en leur pays, et les enferma dans les terres des Roniains. Le défaut de vivres, et cent autres incommodités qui les obligèrent à lui demander la paix, ne leur inspirèrent pas une soumission qui lui pût être agréable. Leurs députés parlèrent assez fièrement, et il les renvoya avec beaucoup de hauteur; car comme il s'ima- ginait qu'il avait coupé la retrai- te à cette armée, il ne croyait préface aux déclarations de l'em- pas qu'elle lui pût échapper. Il pereur (E). On ne trouve pas qu'Aurélien fasse figure sous l'empire de Gallien; mais sous l'empire de Claude, il a les pre- miers emplois, et il commande (J") Vopisc., in Âureliano, cap. VI.
[g) Id. ibid. et cap. VJI.
(h) Voyez le 1". livre de Samuel, ( xrin, vs. 7- (i) Vopisc., in Aurelian., cap. XIV. {k) Id. ibid., cap. XV. yl) Ibidem, capile X. {m) Ibidem, cap. XIII, 'tap.
se trompa: les ennemis se déga- gèrent; et, ayant pris le devant, ils entrèrent en Italie, et firent de grands ravages autour de Mi- lan. Il ne put les suivre avec as- ser de promptitude, car son ar- mée était plus pesante que la leur. Ils le battirent par surprise (n) Ibidem, cap. XVII. (o) Zozini, libr. I, pag. 65^, 655. (p) Ils étaient les plus voisins de la Rhé- tie et de l'Italie.
566 AURÉLIEN aux environs de Plaisance {q), et et de châtier les malversations s'ils eussent entendu l'art mili- taire aussi bien que lui, ils eus- sent été capables de ruiner l'em- pire après une telle défaite; mais comme ils n'en surent pas pro- fiter, et qu'ils ne marchèrent point serrés, il les défit en plu- sieurs rencontres, et les rédui- sit à rien (r). Ce fut pendant cette guerre, que l'on consulta dans Rome les livres de la sibyl- le: il faudra que j'en rapporte quelques circonstances, qui fe- ront connaître la religion d'Au- rélien, et l'irréligion de ses flatteurs (F). Il poursuivit appa- remment les ennemis jusqu'en Allemagne, et il fut obligé de s'y arrêter quelque temps, pour re- pousser les Vandales, qui avaient passé le Danube. Il les vainquit, et les obligea à lui demander la paix, et il fut bien aise de la leur donner \s). Il retourna à Rome plein de colère, à cause des séditions qui s'y étaient éle- vées, et il les punit avec une ex- trême cruauté (/). C'était son vice dominant; et ce fut à cause de cela, que plusieurs ne voulu- rent point le mettre entre les bons princes, et qu'au dire de Dioclétien, il était plus propre à commander une armée, qu'à être empereur (G). Il faut néan- moins prendre garde que son na- turel sanguinaire ne l'empêcha point de se faire aimer du peu- ple: sa libéralité, et le soin qu'il prit de maintenir l'abondance (/y) Vopiscus, in Aureliano, cap. XXI.
(r) Tiré de M. rf*^ Tilleniont, Hist. des Empereurs, tom. ITl, png. io!5o cl suiv. Il cite Dcxippe principalement. Voyez aussi ses notes.
(s) Vojez Tillemont, le même.
[t) Voyez la remarque (H).
firent oublier sa cruauté (H). II entreprit l'expédition du Levant, contre Zénobie {v), dès qu'il eut puni les séditieux, et rétabli l'or- dre dans Rome {x). Il termina cette guerre par la prise de cette brave princesse; il la ter- mina, dis-je, assez prompte— ment, quoiqu'il trouvât en son chemin plusieurs ennemis à com- battre, et plusieurs villes à rédui- re. Nous avons vu ailleurs {j-) ce qui l'empêcha de ruiner celle de Tyane. Il s'exposa tellement, lorsqu'il assiégeait Zénobie dans la ville de Palmyre, qu'il fut blessé d'un coup de flèche {z). Il battit les Perses, qui étaient ve- nus au secours des assiégés, et l'on ne saurait exprimer la ré- putation qu'il s'acquit par la conquête de tous les états de Zé- nobie {ad). Comme il s'en reve- nait en Occident, il apprit que les Palmyréniens s'étaient soule- vés. Cette nouvelle le fit retour- ner en Syrie, et il arriva à An— tioche avant qu'on sût qu'il ve- nait [bb]. Il châtia Palmyre avec une cruauté énorme, car il y fit tout passer au fil de l'épée (ce). Il était encore à Cares dans la Mésopotamie lorsqu'il apprit le soulèvement des Egyptiens. Il marcha contre eux avec son bon- heur et sa diligence ordinaires: il défit leur chef, il le prit, il le {x) Vopisc., cap. XXII.
(y) Dans la remarque (E) de l'article Apollonius de Tyane.
(z) Vopiscus, in Aureliano, cap. XXVI.
(aa) Voyez dans Tillemont, Hist. des Empereurs, lom. III,pag. io55, la liste des peuples qui lui envoyèrent des présens. Voyez aussi ci-dessous la citation (61).
{bb) Tillemont, Hist. des Kmper., tom. III, pag. io56.
(ce) Voyez la remarque (L).
AURÉLIEN. 56; fit mourir, et soumit ainsi l'É- savions en détail par des descrip- gypte en très-peu de temps {dd). tiens exactes, et telles qu'on les L'envie de réunir à l'empire les donne aujourd'hui des conque- Gaules, l'Espagne et la Breta- tes et des batailles, nous le pour- gne, qui obéissaient à Tétricus, rions assez admirer, et nous le fit revenir en Occident. Il ga- trouverions bien raisonnable la gna une bataille auprès de Chà- plainte de Junius Tibérianus (!)• lons-sur-Marne, et ce fut la dé- car enfin Aurélien était un hom- cision de l'affaire, d'autant plus me qui transportait le guerre que ïétricus se livra à lui peu- d'Orient en Occident, avec la dant le combat (ee). Il revint à même facilité qu'on la transpor- Rome, et y triompha de Zé- te aujourd'hui d'Alsace en Flan- nobie et de Tétricus avec une dre. On le regretta beaucoup, pompe extraordinaire {ff)- Il et l'on érigea en son honneur repassa en Gaule; et ayant su les monumens les plus magni- que les Barbares étaient entrés fiques. On le déifia (K), on lui dans le pays des Yindéliciens fit bâtir un temple. Remarquons {gg) 1 il courut tout aussitôt de qu'il n'y eut point de divinité, ce côté-là, et remédia au mal. pour qui il témoignât plus de Il passa delà dans l'Illyrie; et zèle que pour le Soleil (L). Il ne jugeant pas qu'il pût conser- ne laissa qu'une fille unique, dont ver la Dace, dont Trajan avait fait le petit — fils vivait encore au une province au delà du Danu- temps de Dioclétien (M). C'était be, et qui avait été perdue sous un sénateur vénérable par sa Gallien, il en retira les troupes vertu, et qui avait été procon- et les habitans, et il donna à sul de Cilicie. Comptons pour un ceux-ci une partie de la Mésie mensonge ce que dit Abulphara- et de la Dardanie, qu'il couver- ge, qu Aurélien, en faisant la tit en une nouvelle province paix avec Sapor, roi de Perse, {hh). Il avait en Thrace une bel- lui donna sa Jîlle en mariage le armée, qu'il voulait conduire (//). On prétend aussi qu'il lui contre les Perses après l'hiver, envoya des médecins grecs, qui lorsqu'il fut tué par l'un de ses enseignèrent aux Perses la méde- généraux (//). Ce fut au mois de cine d'Hippocrate {mm). Notez janvier 2'^5. Nous ne connais- que les médecins étaient des sons qu'en gros les grandes ac— gens qu'il n'employait pas dans tions de sa vie; mais si nous les ses maladies: il ne se servait guère d'autre remède que de (rf(f) Vopisc., j/iAureliao., ca;).XYXi7. l'abstineucc {nn). Au reste, ce tom.m,pag.io',^,iobc). ^ fut uu bonheur pour les chre- {ff) f^oyez-en la description dans No^h- ticUS, qu'uU priuce si Sangui- cus, chap. XXXIII, et suif ans.
{gg) C'est en partie le pays qu'on nomme (.kfc) Vopisc., in Aur., cap. XLII, pag.
aujourd'hui Bavière et Suabe. 528.
(hh) Qui fut aussi nommée la Dace, ou (II) Tillem., Hist. des Empereurs, tom.
la Noiwelle.Dac£. Voyez les preuves de tout Ut, pag. 1 182.
ceci dans TiWemoay, Hisl. des Empereurs, [mm) AbulpLarage, cite' par Tillemont, '(il Vopiscus, in Aurielano, cap. XXXF. [nn) Vopbc.. in Aiirelian., cap. T.
AURÉtIEN.
naire ne s'appliquât pas à les dé- truire. J'avoue qu'on met sous son règne l'une des persécutions de l'Eglise; mais il y a des his- toriens qui n'en font aucune mention, et ceux qui en parlent conviennent qu'elle fut courte (oo). Ne finissons point, sans ob- server une distinction que fait Vopiscus, et que peu de gens la multitude des lieux qiri se veulent faire honneur d'avoir produit les hom- mes ilhistres. On se prévaut de l'in- certitude du fait, on espère de ne pouvoir pas être solidement réfutiJ, on avance donc sans preuve et par vanité qu'ils sont nés en tel et tel lieu. De là vinrent les disputes sur la patrie d'Homère (3). J'accorde à Vopiscus que l'importance est, non pas de savoir d'où sont les grands princes, mais de savoir comment ils ont gouverné: Nec tamen mngnorum savent faire {M): Telle fut la fn principum ^irtutibus summaSciendi d'Jurélien, dit-il {pp) » prince est, ubi quisquesUgenitus, sedqualis plus nécessaire que bon. Ce que "* republ. fuerit. Néanmoins comme l'Aneeloni raconte de quelques ".«"^ sommes naturellement fort cupièces de marbre qui furent k naissance des grands hommes, je trouvées sous le pontificat d'Ur- crois qu'un historien est obligé à faire bain VIII, lorsqu'on aplanit toutes les recherches possibles pour l'endroit oîi Aurélien avait fait ^«"^^^t^r là-dessus tous ses lecteurs, , ^. ^,, ^ et que l on a droit de se plaindre de batir un temple sur le mont la négligenced'uneinfmite'd'écrivains Quirinal {qq), est fort propre à qui n ont pas pris cette peine, donner une grande idée de la {^) 11^ faisait observer la discipline magnificence de cet édifice.
(p6) Voyez Tillemont, Hist. des Empe- reurs, tom. III, pag. \o%b etstiii'.
(pp) Hic _finis Aureliano fuit, principi inagis necessario quàm bono. Vopisc., in Aurel., cap. XXXV II.
igif) Francesco ÂDgeloni, Historia Au- gusla, da Giulio Cesare infiuo à Costanti- no il Magno, illustra ta con la verità delle an- ticlie medaglie, pag. 332.
(A) On ne sait pas bien ou il na- quit.^ Vopiscus, ayant rapporté trois opinions (i), ajoute qu'il arrive or- dinairement que la patrie de ceux qui sont nés dans un chétif lieu est in- connue. 11 eu donne cette raison, c'est qu'ils mentent sur ce sujet, afin de se rendre recommandables à la postérité par l'éclat du lieu natal. JEvcnit quideni ut de eorurn firorum genitali solo nesciatur, qui humiliori loco nali, plerique solum génitale conjingunt, ut dent posteritati de lo- corunisplendore Jiilgorem (a). Je crois qu'il y a une autre chose qui contri- bue encore plus à cela, je veux dire (i) Orlus, ulplures loquunlur, Sirmii, fami- lid obtcuriore; til iionnulti, Dacid Bipcnsi. Ego autPin legisse meinini auctorein, qui euin Mœsi penitum prœdicarel. Vopiscus, in Aurel., cav.
{i) Idem, ibidem.
avec la dernière séuérité. ] Ajoutons à cela qu'il eut le bonheur de voir que cette sévérité ne cabra point les soldats, et qu'elle ne fît que leur don- ner une crainte qui les empêcha de sortir de leur devoir. Ce fut sans doute un bonheur, car les généraux ont quelquefois autant de sujet de crain- dre les suites d'une trop grande sé- vérité, que celles d'une trop grande mollesse. Celui-ci se trouva très-bien de punir rigoureusement et sans ré- mission. Militibus ita timori fuit, ut siib eo posleaquam seniel cum ingenti sefcrilate castrensia peccata correxit, nemo peccaverit. Sa tus deniquè om- nium militem qui adulterium cum hospitis uxore commiserat, ita puni- vit, ut duarum arborum capita inflec- teret, et ad pedes militis deligaret, eademque subito dimitteret, ut scissus ille utrinque penderet. Quœ res in- génient timorem omnibus fecit (4). Vous voyez dans ces paroles latines que, pour punir un soldat qui avait commis adultère avec la femme de son hôte, il se servit du même sup- plice qui fut employé par Alexandre pour punir le traître Dessus, qui avait (3) Voyez la remarque (A) de l'article Rot- terdam.
(4) Vopisc., in Aureliaoo, cap. VII, pag.
AURÉLIEN.
ôlélavie au roi Darius. On ne peut rien voir de plus beau que les orilres d'Aurëlien touchant ce que les soldats devaient faire et ne pas faire. Saint Jean Baptiste ne leur eût pas défendu , plus de choses, s'il eût voulu descen- dre dans le détail (5). Aurëlien ne leur voulait pas permettre de toucher à aucun fruit, ni de se faire donner du sel, du bois, ou de l'huile ni de s'e'carter des règles de la chasteté. Ne dirait-on pas qu'il avait dessein d'in- troduire dans les armées la disci- pline monacale? Hujus epistola mi- litaris est ad vicarium suum data hujus modi.-Si vis tribunus esse, iraô si vis vivere, manus militura contine. Nemo puUum alienum rapiat, ovem neraocontingat; uvamnullusauferatj segetem nemo deterat; oleum, sal, lignum, nemo exigat: annonâ suâ contentus sit. De praedâ hostis, non de lacrymis provincialium, habeat; arma tersa sint, ferramenta samiata.,. alter alteri quasi servus obsequatur: à medicis gratis curentur; aruspici- bus nihil dent; in hospitiis caste agant; qui litem fecerit, vapulet (6). Il était si rigide, que l'empereur Va- lérien, qui avait pour lui une estime singulière, n'osa mettre son fils sous sa direction; car il craignit que ce jeune prince, qui aimait à folâtrer, n'éprou- vât trop fortement l'austérité d'un tel maître. C'est pourquoi il lui choi- sit un gouverneur moins exact. Voici ce qu'il répondit au consul Antonin Gallus, qui n'approuvait pas que cette charge n'eût pas été conférée à Aurélien: Culpas mefamiliaribus lit- teris quàd Posthumio filium meum GalUenum magis quam Aurellano conimiserim: quùm ulique et seueriori et puer credendus J'uerit et exercitns: ?iec tu id diutiks judicabis, si benè scieris quantœ sit Aurelianus seue- ritatis. IVimius est, multus est, gra- tis est, et ad nosira jam non facit iempora, Testor autem onines deos, me etiam iimuisse ne quid etiam erga JiUum, meum severiùs, si quidillej'e- cisset, ut est naturd pronus ad ludicra, sœfiîis cngitaret. Hœc epistola indicat quant?e fuerit severifatis, ut. illum Valerianus etiam timuisse se dicat (7).
N'oublions pas la sévérité d'Aurelien à l'égard des domestiques. Il faisait fouetter en sa présence ceux qui s'é- taient écartés de leur devoir, et il mit entre les mains de la justice plu- sieurs de ses propres valets, afin de les faire châtier de leurs fautes. 11 fit mourir sa servante, qui avait com- mis adultère avec son valet. Scruos et ministros perçantes corani se cœdi juhehat, ut plerique dicunt, causa tenendœ scueritalis; ut alii, studio crudelitatis. Ancillam suamquœ adul- terium cum servo suofecerat, capite puniuit. Mullos servos èfamiliâ pro- priâ qui peccaverant, legibus audien- dos judiciis publiais dédit (8). Que Valérien dit avec raison qu'un tel homme était trop sévère pour le siècle où il vivait! j4d nnslra jam non facit tempora (9). Il n'était propre que pour la secte des montanistes. Les chrétiens des siècles suivans l'auraient trouvé excessif, et combien trouve- rait-on aujourd'hui de casuistes qui diraient de sa morale ce qu'ils disent de celle des pères, qu'elle était trop forte, et que ce remède trop amer et trop corrosif ne convient pas à nos malades! Où sont les gens de guerre, où sont même les bourgeois, qui s'a- visent de châtier les galanteries de leurs valets et de leurs servantes? On congédie ceux et celles dont les fautes de cette nature sautent aux yeux: voilà tout le châtiment. Quelquefois même on a la bonté de les marier ensemble. Notez que l'histoire ne fait mention que d'une servante d'Aure- lien châtiéepour sonimpudicité. C'est un signe que de telles fautes furent très-jares dans son domestique; et c'est un sujet d'élonnement, quand on songe à ce qui se passe tous les jours, et qu'on sait qu'un général, qu'un empereur, avait nécessairement plusieurs esclaves de l'un et de l'autre sexe.
(C) Il demeura panure au milieu d^un très-grand nombre de charges gui lui furent conférées (10).] L'em- pcrcnr son maître rendit témoignage à cf'tte vertu, quand il chargea le public de la dépense que le consulat qu'il promettait à Aurélien exigerait.
(5) Foyez ^Evangile de saint Lac, chap. III, (S) Idem, ibidem, cap. XKIX,pag. 585. 3- '4. _ (9) Idem, ibidem, cap. VIII, pag. ijBg- (6) Vopisc, in Aureliano, cap. VU, pag. 434- (1°) f^oyet-en le dénombrement dans Vopis" AURÉLIEN.
Consulatuvi cum eodem Ulpio Cri- nito in aninini sequentem a die unde- cimo calend. juniarum, in locum Gai- lieni et F'aleriani, sperare te conve- nit sumptu publico. Levanda est enim i^estiario suo habuit, neque alleri ulendam dédit. Et quàm ab eo uxor sua peteret, ut unico pallio blatteo serico utcretur, ilte respondit, Absit ut auro fila pensentur; libra enim paupertas eorum hominum qui diù auri tune libra sericifuit (i5). Voyez reipublicœ t^it^enies pauperes sunt, et M. de Tillemont, qui a trouvé peu nulLorum magis (u). L'historien, d'accord entre ce fait-là, et certaines qui me fournit ces paroles, produit choses rapportées par le même histola lettre que l'empereur e'crivit au rien ou par d'autres, touchant le préfet de Rome, pour lui marquer ce luxe de cet empereur (16). Mais n'ouqu'il souhaitait que l'on donnât au blions pas qu'il n'habilla point ses qu u sounaitait q nouveau consul. u4ureliano oui con- sulatum detulimus ob paupertatem, qud ille niagnus est cœteris major, dabis ad editionem Circensium aureos antonianos trecentos, etc. (la). Quel- ques-uns ont dit que la pauvreté d Au- rélien obligea Valérien à donner ordre qu'Ulpius Crinitus l'adoptât: Memini me in quodani libro grœco legisse,...Mandatum esse Crinito a f^aleriano ut jiurelianus adoptaretur, idcirco prœ- cipuè qubd pauper esset {ï5). Notez qu'étant empereur il ne sortit point des règles de la médiocrité, en faisant du bien à ses amis. Il en usa peut-être de la sorte par l'habitude qu'il s'était faite de renoncer à l'opulence, et par l'opinion qu'il eut que des richesses médiocres suffisaient à un grand hom- me. Peut-être aussi qu'il ne voulut point irriter le peuple par des pro- fusions excessives j car les sujets ne se plaisent pas à voir leur prince ré- pandre sans poids ni mesure les tré- sors et les faveurs sur la tête de ses amis. Vopiscus nous dit que cet em- pereur voulut tenir un milieu qui ôtât les incommodités de la pauvreté, sans exposer à l'envie. Amicos suos honestè diuitauit et niodicè, ut mise- rias paupertatis eff'ugerent, et di\^itia- rum int^idiam. patrimonii moderatione v'itarent{\\). On ajoute qu'il ne per- mit à personne de porter des habits de soie, qu'il paya d'exemple, et qu'il soumit sa propre femme à cette loi; car lorsqu'elle lui en demanda pour le moins un, il lui fit réponse: A Dieu neplaiseque lejil coûte autant que l'or: c'est qu'en ce temps-là une livre de soie valait une livre d'or. f estent holosericam neque ipse in (12) Idem, cap. XII. (i3) Idem, cap. XV. (i4) Idem, cap. XIF, pag. SiQ.
domestiques avec plus de magnifi- cence depuis son élévation sur le trône qu'auparavant (17); et qu'il accorda aux sénateurs d'avoir les mêmes livrées que lui (18).
(D) Les soldats lui donnèrent le surnom d'Epée - à - la - main, pour le distinguer d'un autre capitaine qui s'appelait comme lui. ] Que voilà une distinction capable de flatter l'or- gueil d'un brave guerrier! Rappor- tons les paroles de Vopiscus: Gladii exerendi cupidus. Nain quiim esseni in exercitu duo Aureliani tribuni, hic, et alius qui cuni f^aleriano cap- tas est, huic signum exercitus appo- suerat manus ad ferrum, ut si forte qucereretur quis Aurelianus aliquid t^el fecisset uel gessisset, suggerere- tur, Aurelianus manu ad ferrum, atque cognosceretur (19).
(E) On lui donna des éloges qui servirent de préface aux déclarations de l'empereur.'] Je m'en vais les rap- porter, car ils contiennent les ser- vices importans qu'Aurélien avait rendus à l'empire: f^alerianus Augus- tus Ceionio Albino, prœfecto urbis. f^ellemus quidem singulis quibusque deuotissitnis reipub. riris multo majora déferre compendia quàm eorum dig- nitas postulat, maxime ubi honorem fila comiuendat. Débet enim quid prœter dignitatem pretiuni esse meri- torum. Sed facit rigor publicus, ut accipere de provinciarum oblationibus ultra ordinis sui gradum nemo plus possit. Aurelianum fortissimum fi- rum ad inspicienda et ordinanda cas- tra omnia destinauimus: cui tantùnt h nobis atque ab omni republicâ, (i5) Idem, ibidem, pag. 5^0. (16) Tillemont, H isloire des Empereurs, iom.
(i-;) Vopiscus, in Aurel., cap. In {18) Idem, ibid., cap. XLIX.
(19) Idem, ibid,, cap. VI, pag. ^2&.
AURÉLIEN.
wommuni totius exercitûs confessione, les empereurs, il n'y avait qu'oppres debetur, ut digna illi fix aliqua wel sion et que tyrannie dans les provin nimis magna sunt munera. Quid enim ces romaines. Cela n'était pas tonjouin Mo non clarum? quid non Cor- vinis et Scipionlbus conferendum? llle liberaior lUyrici, ille Galliarum restitutor, ille dux magnitotius exem- pli. Et tamen nihit prœtereà possum addere tanto i^im ad muneris gratiam vrai: nous voyons ici que Vale'rien ménage les frais publics à la décharge des provinces avec plus de précau- tion que l'on n'en observe aujourd'hui dans les royaumes chrétiens.
(F) f^oici quelques circonstances quant patitur sobria et benè gerenda qui feront connaître la religion d'An respub. Quarè sinceritas tua, mi pa- rélien, et l'irréligion de ses flatteurs.']
rens charissime, supra dicto v'iro ef- La consternation fut grande à Rome, Jiciet, quandiii Romœ fuerit, panes dès que l'on y eut appris que les Mar* militares mundos sedecim, etc. (20). comans étaient entrés dans l'Italie, Voilà ce que Valérien écrivit au pré- et qu'ils y faisaient de grands ravages fet de Rome, et voici ce qu'il écrivit à Aurélien. Ego de te tantàm, Deo J'afente, spero quantiim de Trajano, si uiveret, p^sset sperare respub. Ne- que enim minor est (21), in cujus lo- cuin fidemque te legi. Consulatum cum eodem Ulpio Crinito in annum sequentem à die undecimo calend. ju- niarum, in locum Gallieni et f^ale- riani, sperare te conuenit sumptu pu- blico. Voici encore le discours que (23 j. Les séditions se mêlèrent à cette consternation: c'est pourquoi Ulpius Syllanus, chef du sénat, proposa de consulter les livres de la Sibylle; mais il y eut des sénateurs qui s'y opposèrent par la raison que sous un prince aussi brave qu'Aurélien, il n'était pas nécessaire de s'informer de la volonté des dieux. Cette diver- sité d'opinions faisant différer la con- sultation des écrits de la Sibylle, il Valérien lui tint en présence de l'ar- fallut qu'Aurélien s'en mêlât. 11 écri mée et de la cour. Gratias tibi agit, vit donc aux sénateurs qu'il s'étonnait Aureliane, resp. qubd eam Gotlho- qu'ils balançassent sur une affaire de rum potestate liberâsti. Abundamus per te prcedd, abundamus gloriâ, et his omnibus quibus romana félicitas crescit. Cape igitur tibi pro rébus gestis tuis coronas murales quatuor, coronas uallares quinque, coronas na- i^ales duas, coronas civicas duas, lias- tas puras deceni, vexilla bicolora quatuor, tunicas ducales russas qua- tuor, pallia proconsularia duo, togam prœtextam, tunicam palmatam, to- gam pictam, subarmalem profundum, sellant eboralam. Nam te consulem hodiè désigna, scripturus ad senatum ut tibi deputet scipionvrn, deputet cliam fiisces. Hœc enim imperator non solet dare, sed a senalu, quandojît consul, accipere (22).
Le premier de ces trois passages de Vopiscus contient une chose qui mé- rite quelque attention, et qui ne ré- pond pas trop aux idées que l'on se fait des désordres de l'em[>ire. On se fi- gure que, depuis que les soldats se furent accoutumés à créer et à tuer (ao) Jdein, ibid., cap. IX, pag. 44a- (21) Casaubon veut qiCon lise es, c'est-à-dire, ifue yale'rien croyait qu'Aurélien égalait Crini-