SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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nec posset sibi inter pocula temperare, quin nimio pfitu interdiim i'aletudini suce incommodaret- Qud de re ibi mi- sericordiam Dei implorai (34)' M. Pe- tit excuse saint Augustin sur la quali- té du climat où il habitait, et sur la coutume des Africains, et se propose cette objection: Il est probable que ce grand homme mettait en pratique ce qu'il conseillait aux autres: or il a loué ceux qui se contentent de vivre d'herbes et de lard, et de boire deux ou trois verres de vin pur: Duœ ■ el très i'ini meracœ poliones propter dili- gentiam ualetudinis sumptœ cum olus- culis et lardo laudantur (35). On ré- pond qu'il est vraisemblable que saint Augustin ne se tint pas tellement as- sujetti à cette règle, qu'il ne la passât quelquefois entre ses amis et ceux qu'il priait de manger à sa table épis- (33) Petrus Petitus, fiomeri Nepentlie.':, pag.

(35) Augustin., in iiiro de Moribus manicligeo- rum, apud Petitum, ibid., pag. 140- STIN, 55^ copale: F'elim et mihi illud conccdi, non miniis probabile; non itahimc re- gulœ illi addictum vixisse, ut non eum uini moduni nonnunquam inter amicos, et meusœ episcopalis hospites bibendo excederet (3G}. Car autrement il faudrait conclure qu'il ne vivait que d'herbages et de lard, ce qu'on ne pourrait penser sans une folie mo- nacale, Qund putare cucuUatœ esset dementice (37).

Voyons ce que M. Cousin a répon- du à cet étrange paradoxe de M. Pe- tit: c'est ainsi qu'il nomme ce senti- ment (38). Il veut qu'on lise le chapi- tre entier des Confessions d'où le pas- sage a été tiré (39). On verra que saint Auguitiny représente la disposition oit il était à l'égard du boire et du manger, et déclare qu'il avait appris de Dieu a ne rechercher les alimens que comme il aurait recherché les remèdes, et à user de la même sorte des uns et des autres. Il dit que, suivant ce principe, il est toujours en garde contre le plaisir, lorsqu'il satisfait aux besoins de la na- ture; qu'il se fait une guerre conti- nuelle par les jeUnes et par l'abstinen- ce; qu'il réduit soutient son corps en servitude, et entend sans cesse la uoix de Dieu qui lui crie: Ne graventur corda vestra in crapulâ et ebrietate (4o). M. Cousin demande 51 un éwêque qui a wécu de la sorte, peut être soup- çonné d'ai^oir bu quelquefois ap-ec ex- cès; il assure qu'tï n'y a point ici de distinction à faire; que saint Augustin n'a jamais bu qu'autant que la néces- sité le demandait; et qu'ainsi quand il dit crapula autem nonnunquam obrepit servo tuo, il prend le mot de crapula dans un autre sens (4i) Outre celui d'Aristote, auquel il signifie la chaleur et la douleur causées par le fin pris avec excès, il en peut ai'oir encore au moins deux autres, selon l'un desquels il est pris pour l'excès du manger, et selon l'autre pour le plaisir même de manger et de boire. Ce n'est pas au premier que saint Au- gustin l'a pris, car il était aussi éloi- gné de manger avec excès, que de boi~ (36) Petitus, ibidem.

(37) Idem, ibidem.

(38) Journal des Savans du 17 juin 1689, pagi 426, e'dilion de Hollande.

(40) Là même.

(4i) La mime, pag. 4i8.

56o AUGUSTIN.

re avec excès. Il n'a donc pu le pren- débauche de uin ou d'autres liqueurs dre qu'au second; et avouant que, bien qui enivrent. Crapuler, ajoutc-t-il qu'il s'efforçdl de résister continuelle- veut dire boire sans cesse, s'enivrer Tnent a la tentation du plaisir, qui se salement et continuellement. Le dic- înet comme en embuscade au passage tionnaire de l'académie française des alimens nécessaires pour apaiser confirme ces définitions. Mais il n'y a la faim et la soif, et pour entretenir point de conséquence à tirer d un la santé, néanmoins il s'y laissait siècle à un autre, quant au sens des quelquefois surprendre. Celte surprise termes. L'usage le fait varier prodi- arrive aux plus parfaits, à ceux qui gieusement. La distinction entre l'i- refusent tout a leur corps, et qui ne le vresse et la crapule était certaine au nourrissent que de jeûnes et d'absti- temps d'Aristote et au temps de saint nence. M. Cousin continue ceci en in- Augustin. Cela est encore plus clair diquant plusieurs choses que Possi- par le passage de ce père de l'Église, dius a rapportées touchant la sobriété que par celui de ce philosophe. La de saint Augustin, Je crois qu'il n'eût question est de savoir en quoi consis- pas mal fait de donner de bonnes tait cette différence au temps de saint preuves des deux significations du mot Augustin. Si M. Petit avait répliqué à crapula qu'il a jointes à celle que M. M- Cousin (47), il aurait débité sans Petit a si bien prouvée. doute beaucoup de littérature, et je C'est à mes lecteurs à prononcer sur pense qu'il n'aurait pas oublié ceci: cette dispute: je me contente de leur c'est que les auteurs qui, comme Aris- indiquer les raisons des deux parties, tote, traitent dogmatiquement un su- 3'ajoùterai seulement que j'ai consul- jet, descendent dans le détail des gen- té plusieurs dictionnaires, sans y res et des espèces, et observent la pro- trouver la moindre trace de la signi- priété des termes destinés à signifier iication que M. Cousin veut que l'on les différences des espèces, ou les dif- donne au mot crapula dans cet en- férens degrés d'une même qualité; droit-ci. J'ai même trouvé qu'il y a mais les poètes et les orateurs quittent des médecins qui soutiennent que l'i- bientôt cette exactitude, ils introduivresse et la crapule signifient la mê- sent un usage plus dégagé, ou bien ils me chose, et que ceux qui y cherchent s'accommodent à l'usage du public, des différences s'amusent à des dispu- qui fait prendre indifléremment les tes de mots. Qui differentiam cra^^u- uns pour les autres, en mille ren- lam et ebrietatemTïn^^""' Myni^eL'xyi- contres, les termes quelles docteurs en. Foës,pag. 353. Z)tc«. num. 47^ avaient distingués. (42). Il est certain que dans Cicéron (K) Je ne dirai pas beaucoup de les termes de crapulam edormire, cra- choses sur les éditions des œuvres de pulam exhalare, veulent dire la mê- saint Augustin.^ M. du Pin en a don- me chose que les mois français cuver né une liste (48) qui n'est ni aussi am- son vin (43). Plante emploie dans le pie, ni aussi exacte que celle que les même sens crapulam. amovere (44) > journalistes de Leipsick en ont donnée crapulam edormire ( 45 ) j crapulam (49). Or, comme il est très-aisé de edormiscere (^6). On sait aussi que consulter ces auteurs-là, il serait bien présentement notre mot crapule est superflu de les copier ici. Je dirai plus odieux que celui d^ivresse, car il donc seulement que la meilleure édi- signific le degré le plus excessif de l'i- tion des ouvrages de ce père est celle vrognerie. C'est, comme le remarque qui a paru à Paris par les soins des bé- Furetière, une uilaine et continuelle nédictins de Sainl-Maur. Elle est divi- sée en dix volumes infolio, comme (42) Jacob. Pancratius Bruno, in Lexico me- quelques autres, mais elle a donné un dico pa|. 385. r„'„„ nouvel arrangement ou une nouvelle Ui) yovei la II*. Plulippiqne de Ciceron, ■ 1 u.. 1 Ip,- chap. XJl,eLla F///". Vetrine, /<>. ///, économie dans chaque tome. Le P'. chap. XI.

(44) Plaut., in Pseudolo, act. V, scen. I, (^'j) Il n'a pu le faire; il était mort avant que yf^ 35. son Nepenthes eut vu le jour.

(45) Idem, in Mostell., acl. V, scen. II, (4») ^ojet sa Nouvelle Bibliotliéque des aa- j,j I. leurs ecclésiastiques, tom. III, pag. 257, e'di- (46) Idem, in Rudente, act. II, icen. VII, lion de Hollande.

vs. 28. (49) Dans leur moit de janvier i683, pa§. 3 AUGUSTIN.

et le II*. furent imprimés l'an 1679 ^ le III*. fut imprimé en 1680; le IV*. en i68i 5 le V*. en i683;le VK et le VII*. en i685; le Vlll*. et le IX*. en i688^ et le X*. en 1690. Ce dernier volume contient les ouvrages que saint Augustin composa contre les péla- giens.

Il a paru une Lettre de l'abbé D*** aux RR. PP. Bénédictins de la con- grégation Je Saint-Maur, sur le der- nier tome de leur édition de saint Au- gustin (5o)- L'auteur de cette lettre prétend qu'ils ont eu pour but de fa- voriser le jansénisme, et que les preu- ves qu'il en apporte sont convaincan- tes. J'ai ouï dire que cette lettre em- barrasse d'autant plus les bénédictins qu'il y a quelques évoques qui leur de- mandent compte de leur conduite, et qui les menacent de faire défendre dans leur diocèse la lecture de cette édition de saint Augustin. Ces savans pères ont donné des éclaircissemens là-dessus, et ont satisfait le public à l'égard de ce reproche. Voyez la Let- tre d'un théologien à un de ses amis, contient 79 pages in-ia, et il a été imprimé l'an 1699. On y apprend, en- tre autres choses, 1°. qu avant qu'ils eussent rien publié pour leur défen- se, un inconnu...leur adressa un écrit qu'il eut soin défaire débiter dans tout Paris, ai'ant que de leur en envoyer aucun exemplaire (53j; 2°. qu'il avait donné pour titre à son ouvrage: Let- tre d'un abbé commendaïaire aux ré- vérens pères bénédictins de la con-^ré- gation de Saint-Maur; 3°. que com- me celle que l'abbé allemand avait écrite contre ces pères s'était appelée la Bénédictine allemande, on appela celle-ci /rt petite Bénédictine, et tout le monde disait que la cadette valait bien l'aînée; 4"- '/"« l'auteur ne fait le personnage, depuis le commence- ment jusqu'à la fin, et ne parle le lan- gage des jansénistes, que pour mieux se faire entendre des bénédictins (54); 5**. que la petite Bénédictine piqua et réveilla les gens du parti, qu'ils son- gèrent dès lors à soutenir le nouvel Augustin, et que M. l'abbé du Guet alla à l'abbaye offrir sa plume à la sur un libelle qui a pour titre Lettre congrégation de Saint-Maur ^^55) j de l'abbé *'**, etc Elle fut achevée 6°. que la petite Bénédictine n'avait d'imprimer le 22 de février 1699, et contient 88 pages in-12 5 mais elle n'a point terminé le différent. Il a paru un Mémoire d'un docteur en théolo- gie, adressé a messeigneurs les prélats de France, sur la Réponse d'un théolo- logien des PP. bénédictins a la Lettre de l'abbé allemand (5i): et l'on sou- tient dans ce mémoire que tous les re- proches qui avaient été faits aux bé- nédictins sont justes, et que ces pères y ont très-mal répondu. On remarque (53) qu'ils ont envoyé de Rouen à Pa- ris une seconde réponse à l'abbé alle- mand, et que le père de Sainte-Marthe souffre même, dit-on, volontiers qu'on la lui attribue. Les bénédictins ont répas encore été vue de tout le monde, qu'une autre plus petite et plu-s agréa- ble se montra tout à coup (56); elle était intitulée: Lettre d'un bénédictin non réformé aux réuérens pères béné- dictins de la congrégation de Saint- Maur, et venait de la même source que la petite Bénédictine i 7°. que les bénédictins délibéraient encore quand on vit prendre l'essor à une quatriè- me Bénédictine, qui était d'un sérieux à faire croire qu'elle sortait uéritable- ment d'un cloître: elle avait pour ti- tre: Lettre d'un bénédictin reformé de Saint- Denis, pour servir de répon- se à l'abbé allemand, h l'abbé com- mendalaire, et au bénédictin non répliqué, et n'ont point fait taire leurs formé (5"]}; 8°. que la première répou- antagonistes. Il a paru d'autres écrits se des béné(iictins partit de Saint-Depour et contre, dont je ne saurais don- ner le détail, puisque je n'en ai vu qu'une petite partie. J'ai vu le livre intilulé: La conduite qu'ont tenue les pères bénédictins, depuis qu'on a atta- qué leur édition de saint Augustin. Il (5o) Cette pièce est imprimée Van i6gg: elle contient 72 piges l'n-ii, TOME H.

uis, et que tout le monde l'a attribuée à dom Lamy; elle est intitulée: Lettre d'un théologien à un de ses amis, sur le libelle qui a pour titre: Lettre de l'abbé *'*'* aux révérens pères bénédic- tins, etc. (58); 9°. qu'on vit paraître (53) Conduite des bénéilictins, pas. 2i.

562 AUGUSTIN.

une autre réponse qu'on n'attendait leur édition de saint Augustin. at>ee pas: c'est celle que doindeSainte-Mar- une sommation aux auteurs de ces li~ the s'est vanté d'avoir faite en moins belles de comparaître devant monseide deux jours ^ elle a pour titre: Ré^ gneur l' archevêque de Paris, et une flexions sur la Lettre d'un abbé d'elle- instruction du procès que ionjait aux magne, etc. (Sg); io°. que, du consen- tement de tout le monde, le meilleur ouvrage qui se soit fait jusqu'ici sur l'affaire de l'édition est celui qui a pour titre: Mémoire d'un docteur en théologie, adressé a messeigneurs les prélats de France, sur la réponse d'un théologien des bénédictins a la lettre de l'abbé allemand (60); 11°. qu'un homme, plus savant que poli, fit cou- rir un manuscrit contre domde Sain- te-Marthe, et l'intitula: Sainte-Mar- the maui>ais théologien, et bon jansé- niste (61); qu'au manuscrit du savant succéda le manuscrit de je ne sais quel mélancolique de mauvais goûtj que la pièce avait pour titre: Antimoine pour servir de préseri'atif contre les calomnies du père de Sainte-Marthe (6a); et que le manuscrit du mélanco- lique fut suivi d'un autre, qu'on a at- tribué à un jésuite; il est intitulé: f^indiciœ Peiawii (63) j 12°. que dans le livre intitulé: Solution de dii^ers Problèmes, et attribué à M. du Guet, les jansénistes prennent hautement en main la défense des bénédictins (64); i3°. qu'il a paru une tioisième répon- se des bénédictins (65); qu'elle est in- titulée: P^indiciœ editionis sancti Au- gustini h PP. BB. adornatœ; qu'elle a précédé la plupart des écrits dont j'ai fait mention jusqu'ici; qu'elle n'est presque qu'une traduction de la réponse du père Lamy; qu'elle est faite sous un nom emprunté, etc. (66).

J'ai vu aussi un ouvrage que l'on at- tribue à dom Lamy; c'est une Plainte de l'apologiste des bénédictins à mes- seigneurs les prélats de France, sur les libelles diffamatoires que l'on ré pand contre ces religieux, et contre (5g) Conduite des Bénédictins, pag. l^a.

(65) C'est sans tloule celle dont on avait parlé ilans la page 64 en rapportant ces paroles tire'es iVune lettre manuscrite de M. Simon au père Martianai; Un bénédictin nommé dom Bernard de MontfaucQn. • ■.,.t fait une vigoureuse ré- poa&e à l'abbé allemand, imprimée avec la per- mission du maître du.sacré palais.

(66) Conduite des kéncdictins, pag. 6S.

bénédictins sur leur édition de saint Augustin. Tout cela comprend 88 pa- ges in-S". L'auteur ayant demandé aux prélats le châtiment de ses adversai- res, remarque que la difficulté est de savoir qui sont ces esprits inquiets et séditieux, qui ont attaqué les bénédic- tins (6']). Elle n'est pas si grande qu'on le pourrait croire, ajoute -t -il. Il est vrai qu'ils se gardent bien de se nom- mer dans leurs libelles; mais les RR. PP. jésuites prennent tant de soin de s'en faire honneru dans le monde, et ils se découvrent d'ailleurs par tant d'endroits, dans ces séditieux écrits, qu'on ne peut les y méconnaître, sans prendre plaisir à s'aveugler soi-même. 11 propose ensuite ses conjectures, et après quelques considérations généra- les, il donne quelque chose de plus pré- cis et de plus décisif (68). (c Et déjà, dit-il, pour la lettre de l'abbé al- lemand, quand ces pères ne s'y se- raient pas rendus reconnaissables à l'air, à la voix, à l'accent, aux prin- cipes, à la doctrine, c'est un fait qui ne paraît plus aujourd'hui ni con- testé, ni désavoué de personne, que c'est le père Langlois, jésuite du collège de Louis-le-Grand, qui en est l'auteur. Et, assurément, ce bon père ne prétendait pas qu'on l'igno- rât, puisque le débit de son ouvrage s'est fait même dans son coUége, d'une manière assez publique. Pour les autres libelles, comme la lettre de l'abbé commendataire, et cel- le du moine non réformé, outre qu'on sait encore qu'ils en ont fait des présens dans le monde, et qu'ils y ont fait trophées de leurs préten- dues victoires, combien de fois ont- ils pris plaisir à s'y caractériser, à s'y nommer, à s'y faire regarder comme nos parties! Il est bon, mes- seigneurs, de vous faire voir sou? quelles livrées, et de quelles couleurs ils s'y dépeignent: je ne me servi- rai que de leurs propres termes: Considérez, dit-on dans ces lettres, ce que font les jésuites, ces gens que (67) Plainte de l'Apologiste des Bénédictins, AUGUSTIN.

>) t>ous pouuez soupçonner d'élre vos » parties. Prenez-les pour modèles en )> cette matière, ils répondent à tout. » Ayant rainasse plusieurs autres carac- tères, il continue de cette façon: « Je » ne pense pas qu'à tous ces traits on » puisse douter que ce sont des jésui- i) tes. Mais on dira que ce ne sont » que quelques particuliers en petit » nombre. D'accord j on sait que ce » ne peuvent être que quelques parti- i) culiers; on n'a jamais vu de corps jj entiers prêter leurs mains pour fai- » re une même lettre. Mais n'a-t-on » pas sujet d'attribuer des écrits à tout » un corps, lorsqu'on en parle com- « mune'ment dans ce corps avec ap- » probation et complaisance? Que ■» dis-jo! lorsqu'on s'en fait honneur, )) qu'on en distribue les présens, qu'on » en fait trophée dans le monde, com- >) me l'on sait que les jésuites le font » si souvent de ces belles lettres? En 3) un mot, messeigneurs, quelque }) scandaleux que soient les écrits faits » par les particuliers d'un corps, on » a sujet de les attribuer à tout ce » corps, lorsque les supérieurs ne se )) mettent pas en peine d'en arrêter » le cours^ lorsque n'en étant pas les j) maîtres, ils ne témoignent pas par » un acte public qu'ils les désapprou- ») vent, ou lorsqu'ils ne font pas eux.- ii mêmes aux personnes offensées des » réparations aussi éclatantes que les 3) injures et les calomnies l'out été. 3) C'est par cette règle qu'on a tou- 33 jours regardé comme l'ouvrage du 13 corps des jésuites l'écrit scandaleux 33 de la Comédie des Moines, où pres- 3) que tous les religieux sont traités 3) avec une indignité et une dérision 3) qu'on aurait peine à pardonner aux 33 plus déchaînés hérétiques. On l'a, 3) dis-je, justement attribuée à tout!e 3) corps, quoique composée et jouée 33 par leurs jeunes gens, parce qu'il 3) n'a jamais paru que les supérieurs 33 en aient fait nulle satisfaction, nul- 33 le justice (69). » 11 fait voir après cela que c'est à M. l'archevêque de Paris à juger du différent (70); et il somme ses parties de paraître en per- sonne à ce ti'ibunal, et de prout^tr leurs dii'erses accusations; a peine, s'ils manquent a.L'un ouà l'autre, de se (69) Plainte de l'Apologiste des Bénédictins, i^oir condamnés comme calomniateun, et leurs libelles censurés comme dijD'a- matoires. Mais, pour ne leur donner pas lieu d'abuser d'une citation uague et indéterminée pour le temps, et de peur aussi de les presser de trop près, nous leur accordons deux mois de temps, à compter du jour que notre ci- talion sera dei^enue publique à Paris (71). Enfin, il montre quel est l'état de l'affaire, et puis, dans l'instruction du procès, il réfute diverses choses publiées contre les bénédictins.

J'ose dire que M. l'archevêque de Paris, et un concile national même, se seraient trouvés embarrassés dans le jugement dune telle cause j car, outre que les questions du jansénisme sont toutes pleines d'équivoques, deux communautés puissantes et bien let- trées, qui ont chacune leurs amis et leurs ennemis, peuvent tailler beau- coup de besogne et faire naître des incidens à l'infini. Le meilleur expé- dient, lorsqu'il s'élève de ces dispu- tes, est de recourir au bras séculier, comme à un dieu de machine, qui vienne couper le nœud. C'est ce qui est arrivé dans celle-ci. Le roi ordon- na à M. le chancelier d'écrire une lettre à M. l'archevêque de Paris, afir. qu'il ne fût plus parlé de cette que- relle, et que les parties cessassent de rien publier là-dessus ( 72 ). Mais, quoi qu'il en soit, on peut dire que les bénédictins prirent le parti le plus raisonnable qu'il y eût à pren- dre, tant pour montrer qu'ils se te- naient bien assurés de leur fait, que pour arrêter le cours des libelles. Ils demandèrent une procédure réguliè- re, où leurs accusateurs fussent obli- gés de se nommer, et de prouver juridiquement les faits en question. Sans cela on ne saurait se promettre une bonne issue 5 car, dans les cau- ses même les plus mal fondées, ceux qui ont la liberté de ne plaider qu'au tribunal du public, par des livrets anonymes, se trouvent toujours en état de faire les Gers, et d'insulter, et d'étourdir, pourvu qu'ils ne- man- quent ni d'écrivains, ni d'impri- meurs. Un simple particulier, qu'il ait raison ou qu'il ait tort, se voit réduit au silence dès que les factums (72) fous la trouverez dans les Lettres liislo- iques du muis de janyier 1700, pag. gg.

AULJNOl. AURAT. AURÉLIEN.

ne se vendent plus. Il ne pourrait pas les continuer sans soutenir la dé- pense de l'impression, et il ne peut pas la soutenir. Cet inconvénient ne se trouve pas dans une communauté riche et puissante comme celle des jé- suites.

On va contrefaire, à Amsterdam, cette édition; ou la donnera en plus petits caractères, et on la vendra h beaucoup meilleur marché que celle de Paris (73). On avait dessein d'y répandre les notes critiques d'un sa- vant homme qui se cache sous le nom de Joannes Phereponus ( 74 ) i mais je viens d'apprendre qu'on a changé de dessein, et que ces notes critiques seront imprimées à part, avec le commentaire de Louis Vives sur l'ouvrage de Cn'ilate Dei, etc. On a eu peur de rebuter les catholiques romains: c'est pourquoi on leur lais- sera une entière liberté d'acheter ou de n'acheter pas des notes suspectes. Elles seront dans un tome séparé, sans lequel on vendra toutes les œu- vres de saint Augustin, exactement conformes à l'édition de Paris, à tous ceux qui ne voudront pas se charger du reste.

("3) yojes M. Bernard Nouvelles delà Ré- publique des Lettres, mois de inars 1699, pag.

AULNOI (Marie-Catherine le JuMEL DE Berneville, comtcsse d'),siconnueparsesécrits(A),fut mariée à François de la Motte, comte d'Aulnoi. Elle en était (A) Elle est fort connue par ses écrits,'] Le premier qui parut, est in- titulé f^of âge d' Espagne. Elle y avait suivi la reine d'Espagne, première femme de Charles IL Ses autres ouvra- ges sont Mémoires de la Cour d'Espa- gne, qui ont été imprimés trois fois en France, et une fois en Hollande; Mémoi- res de la Cour d'Angleterre; Hippolyie, comte de Duglas; Histoire de Jean de Bourbon, prince de Carency; le Comte de ff^aruik. Ce sont autant de petits romans qui se sont fait lire- Elle a aussi donné plusieurs contes de Fées, et une Paraphrase sur le Miserere (i).

(i) Mercure Galant, Janvier 1705, pag. 247 et suivantes.

AURAT, D'AURAT (Jean), en latin Aiiratus. Voyez Daurat.

AURÉLIEN (Lucius Domi- Tius {a) ), empereur de Rome au IIP. siècle, a été l'un des plus grands guerriers de l'antiquité. On ne sait pas bien oii il naquit (A), mais on demeure d'accord que son extraction ikait assez basse, et que sa mère, qui se mêlait de deviner, était prê- tresse du Soleil {b). Il était de belle taille, bel homme, très- robuste, et d'un génie extrême- ment vif (c). Il aimait le travail, le vin, et la bonne chère {d), mais non pas les femmes (e); il observait exactement la disciveuve, lorsqu'elle mourut au mois dejanvier 1705. Sa mère, qui s'é- pline, et il la faisait observer tait remariée en secondes noces avecla dernière sévérité (B). On à feu M. le marquis de Gadaigne, est morte à Madrid, où elle jouis- sait d'une pension considérable, que le roi Charles II lui avait vit en lui une chose très-admira- ble, c'est qu'il demeura pauvre au milieu d'un très-grand nombre de belles charges qui lui furent donnée, pour un grand service conférées (C). Il avait une si forte qu'elle avait rendu à l'état, pen- passion de dégainer, que les soldant qu'elle était à Rome. Phi- lippe V lui conserva cette pen- sion. La comtesse d'Aulnoi a laissé quatre filles (a).

(a) Mercure Galant, janv. IJOS, page i/j^ et suivantes.

(a) L'empereur Claude, en lui écrivant, ne le nomme que Aurelianus. Vopiscus, in Au- rel., cap. XVIl.

{Il) Vopisc., in Aurelian., cap. XIK.

(c) Ibidem, cap, IV et VI.

{d) Ibidem, cap. IV.

(e) Ibidem, cap. VI.

AURÉLIEN.