SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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en eut vjijils, qu'il appela Dieu- donné, et qui eut beaucoup d'esprit. "] Mon lecteur sera sans doute bien aise de trouver ici quelque chose sur ce bâtard: j'en dirai ce que je trouve dans M. Baillet. « Adéodat n'avait que » quinze ans, lorsque son père fut » baptisé 5 mais il était alors si avan- » ce, et son esprit avait déjà reçu » tant de lumières, qu'il passait bien (11) Ibidem, cap. XII, (12) Ibidem^ AUGUSTIN.

» des personnes âgées, et beaucoup j) de ceux que l'on considère dans le 3> monde pour leur gravité et leur )> littérature. Saint Augustin composa » vers le même temps un livre en M forme de dialogue, intitulé: Du » Maître. Adéodat et lui sont les deux J) personnages qui s'y entretiennent, M et il prend Dieu à témoin que tout » ce qu'il fait dire à son fils dans cet » ouvrage est entièrement de lui, w quoiqu'il n'eût alors que seize ans. » Saint Augustin ajoute qu'il avait )) vu de cet enfant plusieurs choses » encore plus admirables que ce que » nous venons de rapporter. Enlln, >» tout esprit fort qu'il était, il dé- » clare que la grandeur de l'esprit de » son fils l'épouvantait. Adéodat re- î) eut la grâce du baptême avec son » père, et il mourut peu de temps (D) Il ne trouvait personne qui ré- pondît pleinement aux difficultés qu'il aidait à proposer. ] Saint Augustin avait l'esprit pénétrant: il était rhé- toricien de profession; il entendait la dialectique. 11 est aisé à un subtil et éloquent disputeur de former des dou- tes et de trouver des répliques: il ne faut donc pas s'étonner qu'il em- barrassât les docteurs manichéens. Il ne faut pas même s'étonner qu'il em- barrassât plusieurs catholiques, et que les faibles réponses qu'ils faisaient à ses objections le confirmassent dans ses hérésies. Il avoue qu'à son dam il avait remporté sur eux mille victoi- res: tant il est vrai que chaque or- thodoxe ne doit pas se mêler de la dispute, et qu'à moins que d'avoir affaire à un hérétique de sa volée, on ne peut, naturellement parlant, qu'en- durcir son antagoniste. Ç)K«t/«/n«oaria ijictoria penè ntihi semper in disputa- tionibus proveniebat, disserenti cum christianis imperitis; que successu cre- berrimo gliscebat adolescentis animo- sitas, et impetu suo in perficaciœ magnum ntalum imprudenter f>erge- bat (i4).

(E) L'engagement où est Véglise romaine de respecter le système de saint yiugustin, la jette dans un em- barras qui tient beaucoup du ridi- cule. ] 11 est si manifeste à tout (i3) Baillet, des Enfans célèbres, pag. 63, ex August. Confess., Ub. IX, cap. F"/. (i4) August., de duabus Aaim.

homme qui examine les choses sans préjugé et avec les lumières néces- saires, que la doctrine de saint Au- tustin et celle de Jansénius, évêque 'Ypres, sont une seule et même doc- trine, qu'on ne peut voir sans indi- gnation que la cour de Kome se soit vantée d avoir condamné Jansénius, et d'avoir néanmoins conservé à saint Augustin toute sa gloire. Ce sont deux choses tout-à-fait incompatibles. Bien plus, le concile de Trente, en con- damnant la doctrine de Calvin sur le franc arbitre, a nécessairement con- damné celle de saint Augustin j car il n'y a point de calviniste qui ait nié, ou qui ait pu nier le concours de la volonté humaine et la liberté de no- tre âme au sens que saint Augustin a donné aux mots de concours et de coopération et de liberté. Il n'y a point de calviniste qui ne reconnaisse le franc arbitre, et son usage dans la conversion, si l'on entend ce mot se- lon les idées de saint Augustin. Ceux que le concile de Trente a condam- nés ne rejettent le franc arbitre 3u'en tant qu'il signifie laliberté d'in- ifférence. Les thomistes le rejettent aussi sous cette notion, et ne laissent pas de passer pour très-catholiques. Voici une autre scène de comédie. La prédétermination physique des tho- mistes, la nécessité de saint Augustin, celle des jansénistes, celle de Calvin, sont au fond la même chose, et néanmoins les thomistes renoncent les jansénistes, et les uns et les autres prétendent qu'on les calomnie, quand on les accuse d'enseiqner la même doctrine que Calvin. S\l était permis à l'homme de juger des pensées de son prochain, on serait fort tenté de dire que les docteurs sont ici de grands comédiens, et qu'ils n'igno- rent pas que le concile de Trente n'a condamné qu'une chimère, qui n'é- tait jamais montée dans l'esprit des calvinistes, ou qu'il a condamné saint Augustin et la prédétermination physique: de sorte que, quand on se vante d'avoir la foi de saint Augus- tin et de n'avoir jamais varié dans la doctrine (i5), on ne le fait que (iS) M. Basnage montre clairement que te'- glise romaine, dans le concile de Trente et ailleurs, a de'cidé contre saint Augustin et con- tre d'autres conciles. Voyez son Histoire de la Religion des Eglises réformées, lom. II, paj^. /\^i et siiiv.

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pour garder \e décorum, et pour ëvi- de ses forces. In scripturis exponendis ter la dissipation du système qu'un trrocinium meum sub tantâ snrrinyr.

issipation du système q aveu de la vérité produit nécessaire- ment. 11 y a des gens pour qui c'est un grand bonheur que le peuple ne se soucie point de se faire rendre compte sur la doctrine, et qu'il n'en soit pas même capable. Il se mutine- rait plus souvent contre les docteurs, que contre les maltotiers. Si l'ous ne connaissez pas, leur dirait-on, que (^oiis nous trompez, ivoire stupidité mérite qu'on uous enuoie labourer la terre; et, si i^ous le connaissez, cotre tyrociniuni meum sub tantâ sarcinœ mole suc cubuit (*). J'avoue que M. Si- mon ne cite pas Pierre Castellan sans le blâmer. Mais pouvait-il, écrivant en France, ne pas se servir de quel- que ménagement.'* Je ne puis, dit-il (i8), approuver les emporternens de Pierre Castellan, grand-aumônier de France, qui accuse saint Augustin acec trop de liberté, en lui reprochant de n'avoir fait que rêver, lorsqu'il a expliqué l'Ecriture Sainte. Ceux qui ont écrit contre lui, ont très-bien su méchanceté mérite qu'on cous mette lui reprocher le peu d'accord qu'il y 'a entre l'estime qu'il c eut faire pa- raître pour les écrits de saint Augus- tin, et le jugement qu'il en fait; et ils se sont servis de cette occasion, pour donner une idée fort désavanta- geuse de ce père (19)- On ne peut, disent-ils, se former une autre idée du bienheureux saint Augustin, que d'un déclamateur, qui dit tout ce qui lui fuient en la tête, a propos ou non, pourcu que cela s'accorde acec un cer- tain système platonicien qu'il s'était entre quatre murailles, au pain et à l'eau. Mais on n'a rien à craindre: les peuples ne demandent qu'à être menés selon le train accoutumé 5 et, s'ils en demandaient davantage, ils ne seraient pas capables d'entrer en discussion: leurs affaires ne leur ont pas permis d'acquérir une si grande capacité.

(F) Les arminiens en usent sin- cèrement acec ce saint père de l'E- glise. ] Il n'a tenu qu'à eux de chicaner le terrain comme les jésuites; formé de la religion chrétienne; d'un mais ils ont trouvé plus commode d'abandonner entièrement saint Au- gustin à leurs adversaires, et de le reconnaître pour un aussi grand pré- deslinateur ( c'est un terme fort usité parmi eux ) que Calvin. Les jésuites en auraient fait autant, sans doute, s'ils avaient osé condamner un doc- teur que les papes et les conciles ont approuvé.

(G) Un sacant critique français méprise de tout son cœur les Commen- taires de saint Augustin sur l'E- criture. ] Je parle de M. Simon: voyez son Histoire critique du Vieux Tes- tament (16), où le principal éloge qu'il donne à ce père, est d'avoir connu son insuffisance. // a très-bien remarqué, dit-il (1 7), les qualités néces- saires pour bien interpréter l' Ecriture: et comme il était modeste, il a avoué librement que la plupart de ces quali- tés lui manquaient, et partant, on ne doit pas s'étonner si l'on trowe quel- quefoispeu d'exactitude dans ses Corn- vientnires sur V Ecriture Il recon- nut bientôt que l'entreprise de répon- dre aux manichéens, était au-dessus (16) Liv. III, chap. IX.

esprit qui se perd à tous momens dans les nues, et qui se laisse emporter à de froides allégories; qu'il débile comme des oracles; d'un nomme erifin, qui n'acait aucune des qualités que doit acoir un interprèle de l'Ecriture Sain- te. Ils donnent de tout cela quelques exemples bien forts. M. Simon, dans sa réplique, ne s'est pas fort attaché à défendre saint Augustin. On sent bien que son cœur n'était point là: il donne quelque chose à la bienséance, et beaucoup plus à l'intérêt de criti- quer son adversaire (20). On peut re- marquer en divers endroits de ses écrits qu'il croit que, puisque saint Augustin n'a pas fait difficulté d'a- bandonner les pères grecs sur les matières de la grâce, personne ii'est obligé de le suivre préférablement aux pères grecs. Ce subterfuge serait bien commode, mais il n'y a pas C) Lib. I, Rétractât., cap. XVIII.

(18) Histoire critique du Vieux Testament, (ig) Voyez le livre inlilule': Sentimens de quelques Tliéologiens de Hollande sur l'Histoire critique du Vieux Testament, png. 357 *' ni'V., et la Défense de ces Sentimens, pag. 348 et suiv.

(20) Vorez la Réponse aux Sentimens de quel- ques théologiens île Hollande, pag. 202 et suiv., et la Héponse à la Défense des Sentimens, pag. 198 et suiv.

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moyen âe s'en servir; car, puisque la doctrine de saint Augustin sur la grâce a été approuvée par l'Eglise, il faut que toute doctrine opposée à celle-là soit à rejeter j et ainsi, tout ce que saint Chrysostome a pu dire de favorable au molinisme est un dogme particulier, et flétri, pour le moins implicitement, par l'approba- tion authentique qui a été donnée à saint Augustin. C'est ce que j'ai ap- pelé ci-dessus un embarras qui jette de ne s'éloigner jamais des opinions de ce sai/ant éuéqiie, ni que ces mêmes opinions soient des articles de foi, m enfin qu'il faille abandonner les au- très pères, lorsqu'ils ne s'accordent point entièrement ai^ec lui. L'église nous apprend dans les mômes leçons du bréi'iaire, en parlant de saint Jean Chrysostome (*), que tout le monde admire sa manière d'interpi éter à la lettre les livres sacrés, et le juge di- gne de ce qu'on a cru de lui j savoir.

l'église romaine dans une espèce de que saint Paul, qu'il a singulièrement ridicule. Je rapporte les paroles de honoré, lui a dicté plusieurs choses.

Castellan: elles sont notables, et sa J'ai toujours eu beaucoup de uénéra- Vie n'est pas un livre fort commun tion pour ces deux 'grands hommes, en ce pays-ci. Ut divum Augustinum qui sont encore aujourd'hui l'admiracontra hcereticos de hominis chrisliani tion des églises d' Orient et d' Occident; justifie atione disputando, proximè mais ne s' agissant que de l'explication ad difi Piiuli senientiam accessisse de certains passages de V Ecriture, fatebatur, it'a, linguarum ignortitione, sommasse fréquenter atque etiam dé- lirasse sacra explicando assei'erabat: ciimque bonarum artium magis non ignorons quam peritus dici posset, non salis idoneum esse judicabat cui de artibus disserenli legendo tenipus transmitteretur qui minime olin abun- daret. Eam quoque stili ylugustiniani anfractuosam sinuositatem esse, et sermonis omni elegantid uacui impu- ritatem addebat, ut ab homine libe- raliler in litteris educato citra fasti- dium legi uix posset (21).

Depuis la première édition de ce Dictionnaire, j'ai vu l'éclaircissement que M. Simon a donné pour remédier aux plaintes des jansénistes. Mon in- tention, dit-il {22), n'a pas été de diminuer en quai que ce soit l'autorité de saint Augustin, que j'ai toujours reconnu être le plus habile théologien sur lesquels saint Augustin et saint Chrysostome ne sont pas toujours d'accord, j'ai cru qu'il m'était permis de suii're les interprétations de saint Chrysostome, lorsqu'elles me parais- saient plus littérales. Cette diversité, qui ne regarde nullement le fond de la doctrine n'empêche point qu'ils ne conviennent entre eux sur les points essentiels de notre créance. J'aurais pu, h la vérité, parlant de saint Au- gustin dans mon Histoire des Commen- tateurs, garder plus de modération pour ce qui est des expressions, \et j'ai même rapporté quelques termes du cardinal Sadolet, qui semblent trop durs; mais je n'ai jamais eu dessein de combattre la doctrine de ce saint doc- teur, qui a réfuté avec tant de force les hérésies de son temps. ]\ ajoute qa'ils'est proposé pour son guide le cardinal Gas- pard Contarin, qui jugea qu'il y avait des églises d'Occident, et avoir mérité un certain milieu à prendre entre ceux les grands éloges que tant de papes qui, sous prétexte d'être les ennemis lui ont donnés Je conviens que l'Église nous assure que ceux qui ont enseigné la théologie par art et par méthode ont pris saint Augustin pour leur maître et pour leur guide. Ce sont les paroles du bréviaire ro- main, mais elles ne signifient pas que ces maîtres de théologie, qui ont suivi saint Augustin dans la manière de traiter cette science, aient été obligés (21) Pctrus Gallandius, in Vitâ Castellani, (22} Simon, préface des Nouvelles Observa- tions sur le texte et les versions du N. T. impri- mées a Paris, en iCgS, 10-4".

des hithériens, s'approchaient trop de l'hérésie de Pelage, et ceux qui, ayant quelque teinture des écrits de saint Augustin, étant très-éloignés de sa modestie et de sa charité, prê- chaient au peuple des dogmes très- embarrassés, qu'ils n'entendaient pas eux-mêmes, et qu'ils ne sauraient expliquer qu'en se jetant dans des pa- (*) Inlerpretandi rationein el tnhterentem sen tenlice sacrorurn libronttn explanaUonem onines admiinntur, dignumque exislimanl cui Paulus apo\loUiSy tjuem ille mirificè coluii, scribenti el prardicanti inutla dictasse videalur. Breviarium Romiintim.

AUGUSTIN.

radoxes. « J'ai cru, continue -t-il, ï> que je ne pouvais mieux faire, que }) d'imiter ce grand cardinal, ayant à j> re'pondre à quelques the'ologiens de » Hollande, qui m'avaient objecte )) que la tradition de l'Eglise n'était )) point constante et certaine, en don- » nant pour exemple les matières de :» la grâce et de la pre'destination, » sur lesquelles l'Eglise avait suivi et » autorisé la doctrine de saint Augus- î> tin, quoiqu'il se fût éloigné, di- « saient-ils, des pères tant grecs que 3> latins qui l'avaient précédé. Je leur » ai fait voir que la diversité que l'on » y pouvait trouver n'était que sur » des choses qui n'avaient point été » décidées comme de foi, et sur quel- » ques passages de l'Ecriture, qui pou- » valent être expliqués diversement; )) et qu'ainsi l'on ne devait pas accu- )) ser l'Eglise de n'avoir point été » constante dans la tradition. » Pour peu qu'on examine cela, on découvre que c'est un fard, ou un plâtre, qui ne peut tromper que les gens simples j car d'où viennent, je vous prie, les controverses les plus capitales? N'est- ce point de ce qu'on explique diver- sement quelques passages de l'Ecri- ture? Pourquoi donc employez - vous l'idée de cette diversité pour nous faire entendre que saint Clirysostome et saint Augustin ne difi'èrent en rien d'essentiel? Est-ce un accident, est- ce un accessoire, à la doctrine de la grâce, que desavoir en quoi consistent les forces de l'homme pécheur, et quelle est l'essence de sa liberté? JN'est-ce pas plutôt une partie fonda- mentale de ce dogme? Si donc ces deux pères sont opposés directement dans l'explication de la nature du franc arbitre, il est sûr que leur dis- corde concerne le fond, et que [l'É- glise n'a pu adopter l'hypothèse de l'un, sans rejeter celle de l'autre. Ou bien il faudra dire qu'elle approuve une vérité, sans condamner la fausseté op- posée; car enfin, quoiqu'il fût pos- sible qu'ils se trompassent tous deux, il ne l'est point que l'opinion de tous deux soit véritable. Il faut donc, ou que ceux qui suivent les explications de saint Clirysostorae se trompent, ou que ceux qui suivent les explications de saint Augustin enseignent une faus- seté. Voilà, encore un coup, le grand embarras de la communion de nome.

Elle se voit obligée d'approuver ceux qui donnent tout, et ceux qui ôtent tout à la grâce, par rapport au con- sentement de l'homme. Une partie de ses docteurs disent que l'homme forme ce consentement avec une pleine li- berté de le refuser; l'autre partie en- seigne que la grâce produit ce consen- tement, sans laisser à l'homme la force prochaine de le refuser. Les uns ou les autres débitent une fausseté qui ne roule point sur une vétille, mais sur un point de très -grande consé- quence. Cependant l'église romaine avec son infaillibilité prétendue ne condamne rien là- dessus. Si elle con- damne le jansénisme, elle est con- trainte de déclarer en même temps qu'elle ne condamne point saint Au- gustin (23): c'est défaire d'une main ce que l'on a fait de l'autre. Notez en passant ces paroles de M. Simon: La diversité n'était que sur des choses qui n'avaient point été décidées comme de Joi.Cest-à-dire, que, pourvu que l'on ne débite le mensonge que sur les points qui n'ont pas été encore décidés comme de foi, on ne laisse pas d'être fidèle et bon chrétien: no- tez, dis-je, ce privilège de la con- science errante. Notez aussi, qu'encore qu'il fût permis de n'être pas du sen- timent de saint Augustin, lorsque les matières de la grâce n'avaient pas été encore décidées comme elles le fu- rent au temps de ce père, il ne s'en- suit pas que depuis ces décisions il doive être libre aux écrivains du XVII*. siècle de revenir au sentiment de saint Chrysostome; car voici une remarque solide d'un théologien qui ne peut pas être suspect à M. Si- mon: « Dans les disputes touchant la « grâce, l'élection et la prédestina- » tion, on a moins d'égard aux an- )) ciens pères qui ont vécu avant l'hé- » résie des pélagiens, qu'à ceux qui )) sont venus depuis; et on en a beau- » coup plus aux latins qu'aux grecs, « quoique postérieurs à cette héré- » sie...Or, entre les latins, dont nous j) avons déjà vu que l'autorité le de- )) viiit emporter au-dessus de celle des » autres pères, les théologiens con- n viennent que saint Augustin est (23) Vojei la réponse qui a ùé faite par un janse'niHe à M. Leydecker. Il en est parle' dans /'Histoire des ouvrages des Savans, en 1697, pag. 25i.

i> celui auquel on se doit le plus j) arrêter: car, non-seulement, tous les » docteurs qui sont venus depuis lui, » mais les papes mêmes, et les conci- D les des autres évêques, ont tenu sa » doctrine touchant la grâce j pour « certaine et pour catholique, et ils » ont TOUS CRO que c'était une sufli- » saute preuve de la ve'rité d'un sen- » timent, de savoir que ce saint l'a- )> vait enseigné (2^). » (H) M. Claude 5e serait expo- sé à une rude censure, s' il eût ^écu encore trois ou quatre ans. ] J'ai deux choses à montrer: l'une que M. Claude a trouvé mauvais que saint Augustin ait approuvé les lois pénales contre les hérétiques • l'autre que, s'il avait vécu encore trois ou quatre ans, il eût été censuré d'avoir censuré saint Augustin.

I. Pour prouver la première de ces deux choses, je n'ai qu'à rappor- tet les termes dont M. Claude s'est servi dans une lettre qui a été rendue publique. Il avoue que saint Au- gustin aidait l'esprit admirablement beau, l'imagination abondante et heu- reuse, marquant presque partout une grande piété, une grande justice et une grande charité; mais il ajoute qu'il y a une chose qui flétrit extrê- mement sa mémoire, savoir, qu'après ai'oirété dansdes senlimens dedouceur et de charité touchant la conduite qu'on doit tenir eni'ers les hérétiques, les contestations qu'il eut avec les dona- tistes réchauffèrent tellement, qu'il changea du blanc au noir, et soutint hautement qu'il fallait persécuter les hérétiques (aS).

II. Les actes du synode des églises wallones des Provinces-Unies, tenu à Amsterdam au mois d'août 1690, éta- blissent invinciblement la seconde chose que j'ai à prouver; car c'est ici l'une des propositions que cette assemblée conda nana, /e magistrat n'est point en droit d'employer son autorité pour abattre l'idolâtrie et empêcher les progrès de l'hérésie. Cette proposi- tion, dis-je, est l'une de celles que le synode déclare solennellement et una- nimement fous ses, scandaleuses, per- C24) Petav. Dogmat. theolog., tom. I, lib. JX, cap. VI, cité par M. Arnauld, Difficult. propos» à M. Sleyaerl, part. IX, pag. 100.

(iS) foyei la LeRre écrite de Suisse, impri- mée à Dordrechl, en 1690, pag. 20.

AUGUSTIN. 557 nicieuses, destructives également de la morale et des dogmes de la religion. Le synode comme telles les proscrit, les interdit, et les condamne, défen- dant sous les dernières censures à tou- tes personnes ecclésiastiques et séculiè- res de les débiter, ni dans les chaires, ni dans les conversations particuliè- res, et ordonnant très - expressé- ment à tous les consistoires de son res- sort de redoubler leurs soins et leur vigilance pastorale à proportion du danger qui menace leurs troupeaux, de réprimer sans distinction et sans complaisance tous ceux qui se trouve^ ront coupables, en suspendant les par- ticuliers de la sainte cène; et à l'égard des ministres, ils les suspendront de leur charge jusqu'au prochain synode, en appelant à ce jugement deux pas- teurs des églises voisines (26). Si M. Claude eAt été en vie pendant la tenue de ce synode (27), on n'aurait pas peut-être condamné la proposition que j'ai rapportée, médira quelqu'un. Je n'en sais rien; mais, quoi qu'il en soit, on ne peut nier que son senti- ment n'ait l'eçu le coup de foudre j car il est visible que saint Augustin n'a établi autre chose, sinon que les magistrats doivent réprimer les héré- tiques, en les soumettant à certaines peines. Or le synode d'Amsterdam établit cela avec tant de force, qu'il met la proposition contraire dans le nombre des erreurs pernicieuses pour lesquelles il veut qu'on excommunie les laïques, et que l'on suspende les ministres: il a donc décidé la même doctrine que M. Claude avait condam- née dans saint Augustin j le senti- ment de M. Claude a donc été fulminé par ce synode.

Si M. Claude a été surpris que saint Augustin soit passé du blanc au noir, d'autres s'étonnent encore plus que les ministres fugitifs de France (a8) soient passés tout de même du blanc au noir.

(26) Voyei. ce qui a été publié des Actes de ce syaode, dans le T.nbleau du socinianisme, (27) // était mort au mois de janvier 1687.

(28) Ils étaient en beaucoup plus grand non' bre dans le synode, que les ministres wallons, et ils ont agi de concert avec les ministres réfu- giés en Angleterre. Voyet les Actes de ce syno- de, touchant la VIII'. lettre du Tableau du SociDianisme, pag. SSg et suiv. L'auteur de ce Tableau assure, pag. 558, que l'arrêté et ié» déGnitions de ce synode ont été fAÎts d'une ni^-- nière uDanime.

AUGUSTIN.

AUGUSTIN.

Car, au lieu quesaint Augustin changea cierge' de France s'est fort servi des d'opinion, à cause que les lois des etn- raisons de saint Augustin, pour justi- pereursavaientfaitcesserun schisme, fier la conduite de la cour envers les les ministres rëfugie's ont change' de reformés. On a fait imprimer à part sentiment lorsque la ruine de leurs en beau français tout ce que saint Au- églises par l'autorité du souverain giistin a publié sur cette matière. Un était encore toute fraîche, et que la protestant en a donné la réfutation dans plaie était encore toute sanglante. Si la 111*. partie du Commentaire philo- on leur avait demandé, pendant que sophique sur Contrains-les d' entrer. les édits de persécution ne cessaient Voyez (3o) les réflexions qui ont été de pleuvoir sur le parti, ce qu'ils pen- faites sur le préjudice que fait à la saient de la conduite d'un souverain bonne cause l'autorité de ce saint. On qui assujettit à diverses peines ceux a été surpris que M. Poiret ait tâché de ses sujets qui ne demandent que la de l'excuser. Voyez l'Histoire des ou- liberté de prier Dieu selon les lumières vrages des savans, au mois de mai de leur conscience, ils auraient ré- 1692, page 358, et au mois d'août de pondu qu'elle est injuste j et dès qu'ils la même année, page 552. se sont vus en d'autres pays, ils ont (I) Un médecin...apré\ prononcé anathème sur ceux q damnent l'usage des lois pénah ]ui cou- les con- tre les errans. Cela doit servir d'exem- ple de l'instabilité des choses humai- nes: il y a bien à moraliser là-dessus étendu que ce saint bui'ail beaucoup...mais sans s'eniiTer. Nous rapporterons ses rai- sons et celles d'un journaliste qui le réfute.'} Le médecin dont je parle est M. Petit. Le chapitre où il traite de Celui qui fut le promoteur de ces cela est intitulé:^t£/eri.S.^MguitinMwi décisions synodales avait déjà passé non in^alidum potorem fuisse (3i). Il du blanc au noir; mais c'était en met d'abord le fondement de sa pré- quelque façon par un privilège spé- tention dans ces paroles de saint Au- cial, et par une dispense prophétique gustin: Ebrietas longe est a me; mi- qui ne tirait point à conséquence pour sereberis, ne appropinquet mihi. Cra- les autres. Sa Politique du clergé, son pula * autem nonnunquàm surrepit Préservatif, etc., avaient condamné servo tuo; misereberis, ut longé Jiat hautement l'usage des lois pénales en à me (32). C'est-à-dire, L'ivresse est matière de religion. 11 avait traité loin de moi; wous aurez pitié de moi, amplement de cela dans sa Réponse à Seigneur, ajin qu'elle ne s'en appro- l'Histoire du Calvinisme, et pour le che. La crapule surprend quelquefois moins il avait donné à connaître qu'il i>otre serviteur; vous aurezpiliéde lui, souhaitait de réfuter solidement les afin qu'elle s'en éloigne. Il semble apologistes des lois pénales. Il est vrai qu'il y ait là une espèce de contradic- qu'il avait ruiné d'une mam ce qu'il tion; car la crapule étant l'effet de l'i- avait tâché de bâtir de l'autre, et presse, comment peut-on avouer, sans qu'il tomba dans une pitoyable con- se contredire, qu'on ne boit jamais tradiction, qui l'a exposé à des raor- jusqu'à s'enivrer, et que cependant on tifications terribles dans plusieurs succombe quelquefois à la crapule? écrits qu'on a publiés contre lui 5 mais enfin, lUSque-là, on ne pouvait pas le parM-îluet, ministre de Dorl,pag. lii et convaincre d'avoir dit nettement et '^4-, ^.,, • • '™„v,f 1» r.11; ^t 1p non Cp n'a (3o) Ofln^t la Défense des Sentimens de quel- precisement le oui et le non. Le n a \ théologiens de Hollande sur l'Histoire cri- été qu'en conséquence des révélations,iquj, p„g. 355 et suivantes. qu'il a cru recevoir d'en haut sur la ^,^^^ ^^ ^.y, ^^ ^^„;.,,^^ intitule: Hoper les sectes par l'autorité nu oras de saint Augustin. Crapuia, y Si'Culier. Il s'est imaginé que ces gens- «tre pris pour l'excès dans le manger. Cette là lui faisaient une querelle person- '^ZV::''^::^':^'^l^'Z^^t nelle, et qu ils conspiraient contre son note de plus de trois pages pour défendre son Explication de l'Apocalypse (29). Le opinion. (î()) Voyet. /'Apologie pour les vrais Tolérans, (3») Augvislin., lib. X, Confess., cap- XXXI AUGU M. Petit justifie par l'autorité d'Aris- tote, que la crapule est le dernier pé- riode de l'ivresse, que c'est la douleur de tête qui reste lorsque le sommeil a dissipé les vapeurs du vin, et lorsqu'un homme qui s'était enivré recouvre la connaissance, et n'est plus dans l'alié- nation d'esprit qui lui ôtait le senti- ment. Il confirme cela par un passage de Pline et par des vers du poète Alexis; et voici comment il lève la con- tradiction apparente. 11 suppose que ce grand saint avait la tête assez forte pour pouvoir boire beaucoup de vin sans perdre l'usage de la raison, mais non pas sans en être incommodé le len- demain: Quodedesset cerebri ac men- tis firniitale, ut posset, in eâdem vini quantitate quœ multos ad insaniam re- digeret, ralionis usum conser^'are (33). Sur ce piedlà un homme peut avouer qu'il ne s'enivre jamais, quoiqu'on quelques occasions il se sente tour- menté de la crapule pour avoir trop bu; et il doit reconnaître en cela un certain défaut qui l'oblige à implorer la miséricorde du Père céleste, o'ic «o- bis dubitatio illa uanescil, findicatur- que Augustinus a turpitudine eorum, qui rationem suani uino obruere non dubilant: non tamen a culpd omninô, ipso judice, qui tantiim i^ini hauriret, indè ut crapulam aliquando incurreret,