ce petit animal par son mouvement qui n'estoit pas si grand assurément que celuy d'une Comète après avoir formé autour de luy à une médiocre estenduë comme un petit nuage de sable, il le poussa si loin que cette eau la plus belle et la plus claire qu'on vit jamais, fut en un moment toute troublée, dont les petits poissons qui y estoient en fort grande quantité purent sans doute estre incommodés, comme nous le serions d'un mauvais air qu'on nous feroit respirer; puisque nous sommes justement dans l'air comme les poissons sont dans l'eau. S'il est donc permis de faire une comparaison, ce ruisseau est un air ou une matière céleste; le sable du fond est la matière grossière reléguée à l'extrémité, et comme au fond du grand tourbillon, et le petit animal sera une grosse Comète qui se veautre dans cette fange. Elle en excite un nuage à l'entour d'elle, et par son mouvement la pousse si loin, que tout le plus pur fluide du grand tourbillon en est infecté et que les hommes mesmes en peuvent recevoir de l'incommodité.
(Mallement de Messange, Diss. sur les Coin., p. 12).
APPENDICE II Voici encore un long passage de l'édition de 1682 qui a été supprimé dans la première édition des Pensées.
Fin du § XLVI.
La raison est en cecy tout à fait contre le sentiment com- mun, car on ne voit pas en vertu dequoi la Lune allant succes- sivement et imperceptiblement de la conjonction à l'opposition, et de l'opposition à la conjonction, doit changer tout à coup la température de l'air justement lorsqu'elle est arrivée au point de l'opposition et de la conjonction. Il faudroit pour cela que son mouvement fust semblable à celui des roues d'une horloge, qui ne fait sonner les heures que lors qu'il est arrivé précisément à un certain point, ce qu'aucune raison ne nous persuade, étant bien plus probable au contraire que si une certaine situation de la Lune a quelque vertu, on ne doit pas attendre à s'en sen- tir, qu'elle y soit parfaitement arrivée, comme il n'est pas nécessaire que le soleil soit arrivé précisément au méridien, afin qu'il nous fasse sentir la chaleur. Nous la sentons augmenter à mesure qu'il s'en approche, sans pourtant qu'elle diminue à pro- portion qu'il s'en éloigne, car le chaud est souvent plus insup- portable à 2. et à 3. heures après midy, qu'à midy même. Pourquoi donc ne sentirions nous par degrez la vertu d'une cer- taine position de la Lune? Ajoutez à cela que la nouvelle Lune ne sauroit changer la température du tems sans faire cesser la pluye en un endroit, et la faire commencer en un autre, et ainsi du reste. Or on ne voit pas par quelle raison tous ces differens changemens peuvent résulter d'un certain aspect de la Lune, lequel est presque le même que les aspects d'un peu devant et d'un peu après, qui ne peuvent rien produire de semblable. On 366 PENSÉES SUR LA COMÈTE voit encore moins par quelle vertu la température de l'air pro- duire par ce certain aspect de la Lune peut demeurer en son état pendant 15. jours, quoi que la Lune ne retienne point ce même aspect, et qu'elle change au contraire perpétuellement sa demeure. A l'égard des marées on explique fort bien pourquoi elles sont plus grandes dans les Conjonctions et dans les Oppo- sitions, en supposant que la Lune se trouve alors dans les extremitez du petit Diamètre de son Orbe, mais cela ne tire pas à conséquence pour les pluves, pour le froid et pour le chaud. Outre qu'il est bien vrai que les plus grandes marées arrivent les jours de la pleine et de la nouvelle Lune, mais de telle sorte, qu'elles croissent ou décroissent journellement, selon que la Lune s'éloigne, ou s'approche des quadratures, ce qui ne se fait point à l'égard de la pluye, ou du beau tems.
Ayant fait ces objections à de fort honnêtes gens, je n'ay eu pour toute réponse, si non qu'il faut bien que cela soit ainsi, puisque nos anciens l'ont cru, qu'il n'y a pas apparence que cette opinion eût pu s'établir de main en main dans tous les siècles, si l'expérience ne l'eût soutenue. Et comme je leur ay fait souvent remarquer que le mauvais tems ayant continué 2. ou 3. jours après la nouvelle Lune, le reste du mois n'avoit pas laissé d'être fort beau, ils m'ont repondu qu'il ne faloit par y regarder de si prés, et qu'on pouvoit fort bien entendre par nouvelle Lune les 2. ou 3. jours qui précèdent et qui suivent sa conjonction avec le soleil.
A cela Mr. je ne trouve pas qu'il soit nécessaire de répliquer autre chose si ce n'est qu'il faut bien que nos Anciens se soient trompez puis que l'expérience n'est pas conforme à leur Tradi- tion, car je ne voi pas qu'il y ait lieu de croire que la Nature ait assez changé pour être en ces choses là toute différente de ce quelle étoit autrefois; du reste qu'il n'est pas étonnant qu'une erreur devienne générale veu le peu de soin qu'ont les hommes de consulter la raison quand ils ajoutent foy à ce qu'ils enten- tendent dire à d'autres, et le peu de profit qu'ils font des occa- sions qui leur sont offertes de se détromper.
Ne sortons pas de nôtre sujet pour voir des preuves de cela. Combien y a-t'il de gens qui ont peu remarquer en mille ren- contres la fausseté des prédictions de l'Almanach, qui pourtant «n achètent tous les ans, et le consultent jour par jour, et sou- tiennent qu'il rencontre tout: jusques là qu'on en voit qui sont APPENDICE II 367 prêts à faire des paris l'un pour son Almanach de Liège, l'autre pour son Almanach de Milan, un troisième pour son Almanach de Basle, de Troyes ou de quelque autre lieu, comme font les Anglois pour leurs Cocqs. Et moi je leur soutiens et suis prêt à parier tout ce qu'ils voudront pourveu qu'ils m'ap- portent un Almanach qui entre dans le détail de chaque journée, qu'il arrivera tout le contraire de ce qu'il dira. Que l'Astrologue fasse de son mieux pour observer les aspects de toutes les Pla- nètes, je suis seur que s'il particularise l'état de chaque journée, disant par exemple, il faira un tel vent le lundi; le tetns sera serain jusqu'à 10. heures; après quoi nous aurons une petite pluye qui finira à soleil couché; la nuit sera sans nuages, et sans aucun vent; il s' élever a des brouillards le lendemain, qui dureront jusqu'à midy; il gèlera en suitte, ou il neigera jusques à l'entrée de la nuict; je suis seur, dis-je, que s'il veut entrer ainsi dans le détail, et ne se pas contenter de dire en gros, il faira chaud au mois de juillet, etc. il perdra plus de fois que moi qui serai appointé contraire avec lui. Car selon les reigles du bon sens il faut qu'il perde beaucoup plus souvent que moi, parce que pour gagner il faut qu'il rencontre un certain vent déterminé parmi les 32. vents de la boussole, au lieu qu'il peut perdre soit qu'on sente aucun vent, soit qu'on sente quelqu'un des 3 1. vents qui restent, c'est à dire que sur le chapitre du vent il doit perdre 32. fois contre moi une, car à ne point considérer la disposition particulière d'un certain lieu qui le rend sujet à certains inconnus ailleurs, à quoi aussi les Astrologues n'ont point d'égard, il est 32. fois plus probable qu'un tel jour il ne faira pas un certain vent donné, qu'il n'est probable qu'il faira ce certain vent.
Vous aurez encore une autre remarque sur cette matière. Tous ceux qui attendent de la Lune le changement du tems, observent certaines Lunaisons tout autrement que les autres; la Lune de Noël, par exemple, celle de Mars, et celle de St. Jean. Ils disent que la Lune de Mars est fort bourrue et sujette à faire des incartades, fondez apparemment sur ce qu'on a remarqué que le mois de Mars est plein d'irregularitez, à cause quu le soleil s'aprochant de nous bien plus sensiblement chaque jour qu'il ne faisoit auparavant, acquiert en peu de tems une augmentation sensible de forces, qui fait qu'il eleve de la terre remplie deshumiditez de l'hyver, quantitez de vapeurs et d'exha- laisons qui, faute de pouvoir être cuites et digérées, eau- 368 PEXSÉES SUR LA COMÈTE sent diverses altérations dans l'air, et comme une espèce de recheute dans la saison rigoureuse, comme il arrive à ceux qui mangent trop au sortir d'une maladie. Passe pour cela; je con- sens puis qu'ils le veulent que la Lune de Mars soit bourrue.
Mais ils veulent de plus que la Lune qui est devenue nouvelle les derniers jours de Février, ne soit point la Lune de Mars, et n'ait aucune influence redoutable, quoi qu'elle règne dans le mois de Mars. Ils prétendent qu'alors c'est à la Lune qui règne dans le mois d'Avril à faire la capricieuse. C'est ce que je ne leur saurois passer, car il s'ensuivroit de là que la Lune se reigle sur le Kalendrier de Jules César, et qu'elle suspend quelquefois pour 30. jours les effects de sa colère, à cause que par un usage le plus arbitraire du monde, il nous plait d'allonger le mois de Février tous les 4. ans, comme si quatre doigts de parchemin contenant un ordre de commencer un certain mois plutôt ou plus tard, étoient capables de rompre toutes les mesures que la Lune auroit prises pour nous nuire.
Ils prétendent outre cela que quand la Lune est deux fois nouvelle au mois de Mars, comme elle le fût l'année passée, la seconde de ces Lunes est aussi bourrue que la première, et continue ses incartades tout le mois d'Avril. C'est encore ce que je ne leur saurois passer, et c'est dequoi je me moquai l'année passée tout mon saoul, voyant des gens d'étude, des gens d'es- prit, des gens de qualité, dans ce misérable panneau, dont ils pouvoient se délivrer en considérant seulement que s'il avoit plù aux Romains de mutiler le mois de Mars comme ils firent le mois de Février (ce qui leur étoit aisé) la nouvelle Lune du 30. Mars 1680. eût été la Lune d'Avril. En ce cas-là cette Lune n'eust pas du être bourrue puis qu'elle n'eust pas été la Lune de Mars. Elle fut donc bourrue l'année passée non à cause du point du Ciel où elle avoit fait sa conjonction, ni à cause de l'état où elle trouva la région Elémentaire, car c'eust été toute la même chose si Mars eust eu la destinée de Février; mais à cause que les Romains avoient donné le nom de Mars à un certain nombre de jours, dequoi sans doutte la Lune qui en étoit avertie voulût profiter, pour avoir plus de loisir de déchar- ger sa mauvaise humeur, et pour se venger du mauvais tour que lui joue quelquefois l'intercalation du Bissexte, en dimi- nuant le règne de ses boutades. Pour ce qui est de la Lune du 1. de Mars 1680. qui n'échappa le Bissexte que de quelques APPENDICE II 369 heures, elle a cecy de remarquable c'est qu'elle ne deut être quinteuse que dans les Pays Catholiques, car de quel droit eût- elle fait sentir ses bizarreries aux Protestans qui n'ont pas reçeu la Reformation du Kalendrier, puis qu'elle étoit Lune de Février à leur égard.
Tout ce développement est supprimé dans B et remplacé par: Mais j'ayme mieux me servir de l'expérience, jusqu'à: Per- mettez moi de vous demander Mr.
- TABLE DES MATIERES DU TOME PREMIER Introduction v Avis au Lecteur i Avertissement au Lecteur 14 Le Libraire au Lecteur 21 Pensées Diverses écrites à un Docteur de Sorbonne a l'occasion de la Comète qui parut au mois de décembre 1680. 23 Table des Sections contenues dans le tome premier. 351 Appendice II 365 w UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY Do not re mo ve the card ( from this Pocket.
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