SigPhi · Pierre Bayle

Pensées diverses sur la comète

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1 5 que de détruire tous les raisonnemens que l'on fonde sur ces idées. Comment sait-on que la terre est au centre du monde? N'est-il pas évident que pour connoitre le centre d'un corps, il en faut connoitre la superficie et qu'ainsi n'étant point possible à l'esprit humain de marquer où 20 sont les extremitez du monde, il nous est impossible de connoitre si la terre est au centre du monde ou si elle n'y est pas?

De plus comment savons nous qu'il y a des corps qui ont une inclination naturelle à s'approcher du centre du 25 monde? Ne savons nous pas au contraire que tous les corps qui se meuvent à l'entour d'un certain centre, s'en éloignent le plus qu'ils peuvent? Les expériences que l'on en a n'ont-elles point forcé la plus part des Sectateurs d'Aristote, de reconnoitre avec Monsieur Descartes, que 3° c'est une des loix générales de la nature? Il n'y a donc rien de plus absurde que de supposer qu'il y a des corps qui tendent naturellement vers le centre de la terre et il est bien plus raisonnable de dire qu'ils tendent tous à s'en éloigner; et que ceux qui ont la force de le faire, s'en eloi- 35 gnent effectivement: d'où il arrive que ceux qui ont PEKSÉES SUR LA COMETE 47 moins Je force sont chassez vers le centre, parce que tout étant plein, il est impossible qu'un corps s'éloigne d'un lieu, sans qu'un autre s'en approche.

Il est facile de montrer après cela qu'on se trompe bien 40 grossièrement quand on s'imagine que les exhalaisons des Comètes peuvent mieux descendre sur la terre, que les exhalaisons de la terre ne peuvent monter au ciel, car de quelque système que l'on se serve, il faut nécessairement convenir qu'il se fait dans le monde un mouvement très 45 considérable à l'entour d'un centre commun. Que ce soit à l'entour de la terre comme veulent les Philosophes de l'Université, ou à l'entour du soleil comme veulent les Sectateurs de Copernic, ou en partie à l'entour du soleil, et en partie à l'entour de la terre, comme veulent les Sec- 50 tateurs de Tycho-Brahé, peu m'importe pour le présent; il est toujours vrai que les Comètes se font voir dans un lieu où il y a des corps qui tournent à l'entour d'un certain centre; par conséquent tous ces corps tendent de toute leur force à s'éloigner de ce centre et ont plus de force 5 5 pour s'en éloigner, que tous les corps qui sont entre eux et la terre, d'où il s'ensuit que la matière qui est autour des Comètes n'a point de facilité à descendre sur la terre, et qu'il lui est aussi mal aisé d'y descendre, qu'il est malaisé à la matière terrestre de monter au ciel.

60 Si on consideroit la peine qu'on a à faire descendre dans l'eau un balon bien rempli d'air, on ne diroit pas univer- sellement qu'il est plus malaisé de monter que de des- cendre; cela n'est vrai qu'à l'égard des corps qui n'ont aucune force pour s'éloigner du centre du mouvement, 65 mais à l'égard de ceux qui ont eu la force de s'en éloigner prodigieusement, c'est à les faire descendre que l'on 48 PENSÉES SUR LA COMÈTE trouve de la peine; puis donc que les Comètes sont dans un eloignement prodigieux du centre du mouvement, il est juste de conclurre qu'il faudroit une peine effroyable 70 pour faire descendre quelque chose de cet endroit là jus- ques sur la terre: ce qui est seul capable de réfuter toutes les illusions de l'Astrologie.

Permettez-moi, s'il vous plait, Monsieur, de dire que toute la matière qu'il y a d'icy jusques au delà de Saturne 75 et des Comètes, forme un grand tourbillon; et souffrez que je le nomme le tourbillon du Soleil; je ne vous demande pas cela pour faire le moindre préjudice à vôtre système de Ptolomée, c'est seulement pour exprimer en moins de paroles ce que je m'en vais vous dire.

XIV Accordons que les Comètes peuvent pousser jusques sur la terre quantité d'exhalaisons, s'ensuivra-t'il que les hommes en seront notablement altérez (1)? Point du tout, 1. En titre, dans C: Que les exhalaisons îles Comètes, quand même elles parviendraient jusqu'à lu terre, n'y produiraient rien.

(1) « Ce sont, disent-ils, des choses narurellcs, donc elles n'ont aucun effet dans la nature. Et moy je dis, ce sont des choses naturelles et par conséquent il y a lieu de croire qu'elles peuvent avoir quelque effet boa ou mauvais dans la nature. Si c'estoit des choses surnatu- relles ou spirituelles, je ne les craindrois point: mais sçachant que les corps agissent sur les corps et que les choses naturelles ont une estroite liaison les unes avec les autres, de ce que je voy que les Comètes sont de cette sorte, je prens de là occasion d'examiner si elles ne pourroient pas estre capables de quelque chose, et avoir sur moy quelque pouvoir...C'est pourquoy, fondé sur toutes les aparences de vray-semblance qu'on peut avoir dans ces sortes de sujets, je m'imagine que les Comètes troublant la pureté de nostre air par un mélange de matière PENSÉES SUR LA COMÈTE 49 5 car si ces exhalaisons parcouroient des espaces aussi im- menses, elles se briseroient et se diviseroient en une infi- nité de particules insensibles, qui se repandroient dans toute l'étendue du tourbillon du soleil, à peu prés comme les particules du sel se distribuent dans toute la masse 10 d'eau qui les dissout. Or, si nous comparons la Comète avec tout le tourbillon du soleil nous trouverons qu'elle n'est pas à l'égard de ce tourbillon ce qu'est un grain de sel à l'égard d'une lieue cubique d'eau; et par conséquent il v a lieu de croire que si toute la Comète réduite en poudre 15 étoit mise par infusion dans le grand tourbillon du soleil, elle n'y apporterait pas une altération plus considérable, que celle qu'un grain de sel jette dans une lieue cubique d'eau, produirait dans toutes les parties de cette eau. Tout le monde sait qu'afin qu'une liqueur produise des 20 effects considérables, il ne surfit pas qu'elle soit imprégnée de certains esprits; qu'il faut qu'elle en soit chargée jus- qu'à une certaine dose. Je dis pareillement qu'afin que nôtre air reçoive de grandes altérations, il ne suffit pas qu'il soit imprégné de quelques parcelles de la Comète a 25 raison de la quantité de matière qu'il contient dans l'eten- dûe du tourbillon; mais qu'il faut qu'il en reçoive une dose plus copieuse. Cependant il est seur qu'il ne peut avoir que sa part, je ne dis pas de toute la Comète, (car elle ne se dissout pas dans les liqueurs du tourbillon) 5. C. des espaces aussi immenses que ceux là. 8. A. dans toute l'étendue du tourbillon. 19. C. Personne n'ignore qu'afin.

grossière que la nature avoit reléguée comme une lie à l'extrémité des tourbillons et à laquelle, nos corps ne sont pas proportionnez, peuvent causer de médians effets sur les corps terrestres, nuire à la santé, alté- rer les fruits, et faire mesme quelque impression sur les esprits en en faisant sur le sang. » (Mallement de Messange, Diss. sur les Corn., p. 16.)

Pensées sur la Comète. 4 50 PEXSÉES SUR LA COMÈTE 30 mais des atomes qu'elle semé deçà et delà, ce qui revient à rien pour chaque partie de nôtre monde.

Je ne crains pas que l'on m'objecte qu'il n'y a que la terre qui ait part à cela, car ce seroit supposer que les Comètes lui envoyent à elle seule toutes leurs exhalaisons 35 et qu'elles empêchent que leurs traits ne fassent aucun écart dans un trajet d'une longueur prodigieuse, ce qui ne se peut dire sans extravagance. Je ne crains pas non plus qu'on me vienne dire que peut être les Comètes ne sont pas aussi éloignées de la terre que le supposent ceux 40 qui les mettent bien loin au delà de Saturne, car cette objection n'est d'aucune force pour moi, parce que soit qu'on les pose un peu en deçà, ou un peu au delà de Saturne, il faut convenir que leurs evaporations appar- tiennent également à toutes les parties du tourbillon du 45 soleil, aussi bien à celles qui sont entre Jupiter et Mars, qu'à celles qui environnent la terre; aussi bien à celles qui sont au delà de Saturne, qu'à celles qui sont au deçà. En effect si une Comète posée entre Jupiter et Saturne, a la force de chasser jusques au centre la matière dont elle 50 est environnée, elle doit avoir aussi la force de la pousser à peu prés autant du côté de la circonférence, car il n'est pas plus difficile de faire monter les corps pesans, que de faire descendre les corps légers, comme il paroit par l'exemple d'un gros ballon qu'on a tant de peine à pousser 55 dans l'eau. Ainsi nous devons faire état que les ecoule- mens qui sortent de la Comète, se répandent à la ronde par toute l'étendue du tourbillon du soleil, à peu prés 33. A. supposer que les Comètes la couchent en joue particulière- ment, qu'elles lui décochent à elle seule toutes leurs exhalaisons.

39. A. que je le suppose avec l'Auteur de la Dissertation, qui les met.

44. A. toutes les parties du grand tourbillon.

57. A. l'étendue du grand tourbillon.

PEKSÉES SUR LA COMÈTE 5 I comme les parties d'un morceau de sucre que l'on tien- droit suspendu dans un verre d'eau, se repandroient au 60 dessus et au dessous dans toute la capacité du verre, et cela d'autant plus aisément que toute la matière du tour- billon est dans un mouvement continuel. Puis donc que toute la Comète liquéfiée dans le fluide du tourbillon ne seroit pas comme un grain de sel liquéfié dans une lieue 65 cubique d'eau, qui est une proportion dans laquelle je na croi pas que ni l'antimoine ni aucun venin conservent leurs qualitez actives; il est vrai de dire que les influences des Comètes, qui contiennent si peu de substance en com- paraison des Comètes mêmes, ne seroient pas capables 70 d'un grand effect, quand même elles parviendroient jus- ques à nous.

XV V. Dira-t-on enfin qu'il n'est pas impossible que les Comètes envoyent sur la terre une matière ou une qualité 71. A. A la suite du § XIV de B: Or afin que l'on ne me dise pas que tout ce que je viens de repondre au Célèbre Cartésien, n'est qu'un des arguments à la personne, qui ne décident point le fond de l'affaire, je veux bien que l'on sache qu'il n'y a point de secte contre laquelle je ne me puisse servir de ma réponse ou en tout ou en partie, parce qu'il n'y a désormais personne qui puissent nier I. que les Planètes ne soient suspendues au milieu d'une matière fluide, ce qui montre que les corps massifs et compacts ne tendent pas vers la terre, et par conséquent que les exhalaisons des Comètes ne sont pas déterminées par leur pesanteur à descendre sur la terre. II. Que les Planètes ne tournent autour du Soleil, ce qui montre qu'il y a un tourbillon de matière dans nôtre monde dont le soleil occupe le centre. III. Que tous les corps qui tournent a l'entour d'un centre commun ne s'en éloignent le plus qu'ils peuvent, ce qui montre que les parties de la matière qui sont dans la région de Saturne, et dans celle des Comètes, ont plus de force pour s'éloigner du soleil et de la terre, que toutes celles qui sont au dessous de cette région.

1. En titre, dans C: Réfutation de ceux qui disent que cela n'est pas impos- sible, ou qui voudraient soutenir que les influences ne sont pas des corpuscules.

52 PENSÉES SUR LA COMÈTE fort active? C'est tout ce qu'on peut avancer de plus rai- S sonnable et cependant ce n'est rien dire, parce qu'il est non seulement possible, mais aussi très apparent que les Comètes n'envoyent sur la terre ni qualité, ni matière capables d'une grande action, et que dans les choses où il n'y a point plus de raison d'un côté que d'autre, le tort io est toujours plutôt du côté de ceux qui affirment, que du côté de ceux qui suspendent leur jugement. Si bien que n'y ayant aucune raison positive qui nous porte à croire l'influence des Comètes et y en ayant au contraire plu- sieurs qui nous portent à la rejetter, ceux qui prennent le 15 premier parti ont tout le tort de leur côté.

Je vous prie, Monsieur, de bien prendre garde que je viens de distinguer les qualitez produites par les Comètes d'avec les corpuscules qu'elles envoyent, pour m'accom- moder à la Philosophie de l'Université, et de peur que 20 vous ne veniez à croire que mes objections ne seroient d'aucune force si je supposois les principes ordinaires touchant la propagation des accidens. Pour prévenir cela je déclare icy qu'encore que dans toute la suitte de cet écrit je ne réfute les influences des Comètes, que sous 25 l'idée d'atomes et de corpuscules, je prétends neantmoins que mes raisons doivent avoir la même force contre des influences, qui consisteroient en pures qualitez distinctes de la matière. Et môme dans le cas présent j'aurois beau- coup plus d'avantage contre un Peripateticien, parce que 30 s'il veut raisonner consequemment, il est obligé de dire que dés que la Comète n'est plus, les qualitez malignes qu'elle avoit produittes au dehors, sont entièrement de- truites par les formes substantielles de chaque sujet, qui 17. C. J'ai fait cette distinction afin de m'accommoder.

20. C. que vous ne vinssiez.

30. A. il est obligé, s'il veut raisonner consequemment, de dire.

PEXSÉES SUR LA COMÈTE 55 ne souffrent, selon lui, aucune qualité étrangère, qu'autant 35 de tems que la cause qui a introduit par violence cette qualité étrangère, la maintient et la conserve. D'où il resuite manifestement que rien de tout ce qui arrive après la destruction de la Comète ne peut être produit par les qualitez de la Comète, mais tout au plus par les atomes 40 qu'elle a répandus deçà et delà.

Outre que l'expérience nous faisant voir que les qua- litez des corps ne se produisent que dans un certain espace qu'on appelle la sphère de leur activité, il est aussi absurde dans les principes d'Aristote, de dire que la 45 Comète communique ses qualitez à tout le tourbillon du soleil, qu'il est absurde de le dire dans les principes des autres Philosophes; puis que les Sectateurs d'Aristote sont obligez de reconnoitre que ce qu'ils appellent de purs accidens n'a pas moins de peine à se répandre à la ronde, 50 que les ecoulemens d'atomes, en quoi les autres Sectes font consister la production des qualitez corporelles.

XVI IIe Raison: Que si les Comètes avoient la vertu de produire quelque chose sur la terre, ce pourvoit être tout aussi bien du bonheur que du malheur (i).

On peut dire en second lieu, que supposé que les Co- mètes répandent jusques sur la terre des corpuscules 41. Toute la fin de ce % depuis Outre que l'expérience, n'est pas dans A.

2. C. beaucoup de corpuscules.

(1) « Ceux qui prétendent que ces Etoiles chevelues sont toujours accompagnées de quelques grands malheurs n'ont pour preuves que 54 PENSEES SUR LA COMETE capables d'une grande action, il n'y a pas plus de raison à soutenir qu'ils doivent produire la peste, la guerre, la S famine, qu'à soutenir qu'ils doivent produire la santé, la paix, et l'abondance, parce que personne ne connoit la nature de ces corpuscules, la figure, le mouvement, ou les autres qualitez de leurs parties. Et en effet y a-t-il plus de bon sens à soutenir que la présente Comète qui io ne peut empêcher un froid excessif pendant qu'elle se montre tout entière, causera la guerre trois ans après qu'elle ne sera plus; parce ' qu'échauffant la masse du sang, elle rendra les hommes plus prompts; qu'à soute- nir qu'elle entretiendra la paix, parce que rafraîchissant 15 la masse du sang elle rendra les hommes plus sages?

Ouy, me dira-t-on, il y a plus de bon sens dans le pre- mier parti que dans l'autre; car il est plus apparent que la matière grossière qui nous vient des extremitez du tourbillon du soleil, n'étant pas proportionnée aux corps 20 terrestres, fait toutes choses de travers parmi nous, qu'il n'est apparent qu'elle y apporte ou qu'elle y conserve des dispositions favorables. Il est fort probable qu'elle aug- 18 A. que cette matière grossière qui nous vient des extremitez du tourbillon, où elle avoit été reléguée comme une lie.

quelques inductions; mais par une mesme sorte de raisonnement, je pourrais conclure que les Comètes annoncent toujours quelque grand bonheur à la Terre. Il y a plus de quinze cens ans, au raport d'Ori- gene, que le Philosophe Charemon fit un Livre des Comètes, dans lequel il remarquoit que toutes les Etoiles cheveluëes avoient toujours présagé quelque bonheur. » (Comiers, Mercure de France, Janvier 1681, Apres avoir cité un grand nombre d'événemens heureux arrives a la suite des Comètes, il conclut: «Enfin pour ne pas faire l'Histoire générale des Comètes, on peut conclure aussitost qu'elles sont des présages heureux autant que mal- heureux; ou plustost ou doit conclure que puis qu'elles sont suivies tantost de quelque bonheur, tantost de quelque malheur, elles ne présagent rien du tout et sont tout à fait indifférentes. » (Ibid., p. 144.)

PENSÉES SUR LA COMÈTE 55 mente le froid en hvvcr et la chaleur en été, parce qu'étant plus difficile à ébranler, elle doit augmenter le 25 froid et le repos, lorsqu'il n'y a pas de force pour la mettre en mouvement, et qu'étant une fois échauffée, elle doit avoir beaucoup plus de chaleur que les matières subtiles, d'où vient que le fer rouge brûle bien plus que la flamme d'esprit de vin, et que le feu est plus violent lors que le 30 froid est extrême, car il y a beaucoup d'apparence que le froid dispose le bois de telle sorte, que les parties que le feu en détache à chaque fois sont plus massives.

Mais je répons que ce sont toutes conjectures en l'air, et qu'on en peut faire d'aussi vrai-semblables en prenant 35 le contre-pied. Qui m'empêchera de dire que cette matière grossière epaisissant l'air et facilitant la condensation des vapeurs, doit diminuer le froid et le chaud selon la saison où l'on se trouve: le froid, parce qu'il n'est jamais plus violent que lors que l'air est le plus serain et le plus 40 pur (a); le chaud, parce qu'il n'est jamais plus insuppor- table que lors que le soleil darde ses rayons sur nous, sans rencontrer aucune nue, et parce que les pluyes qui naissent de la condensation des vapeurs, rafraîchissent extrêmement l'air? Je puis supposer encore, que cette 45 matière grossière venant à se précipiter, est un ferment et une graisse qui doit rendre la terre fertile, comme ces corpuscules que le Nil laisse dans les lieux qu'il a inondez. Un autre dira avec autant de raison qu'à la vérité cette matière grossière cause un froid piquant qui purifie l'air 5° de toute semence de maladie; mais qu'elle se subtilise (a) Et positas ut glacici nives, puro inimitié Jupiter.

29. A. A quoi on pourroit ajouter, que c'est apparemment la raison pour laquelle le feu est plus violent.

30. A. y ayant apparence que le froid.

40. A. La citation d'Horace est dans le texte.

56 PENSÉES SUR LA COMÈTE peu à peu, le plus grossier tombant à terre comme un sédiment gras et plein de principes de fécondité, pendant que le reste ne retient que la solidité nécessaire pour pouvoir tempérer la chaleur de tems en tems, par la con- 55 densation des nues, et par des pluyes également salutaires à la santé et à la récolte.

Peut-on empêcher un autre de dire que cette matière crasse a bien le loisir de se filtrer et de se subtiliser avant que de venir à nous, puis qu'elle fait un trajet de plu- 60 sieurs millions de lieues, et que s'il luy reste encore de quoi épaissir nôtre air, cela doit être conté pour un de ces brouillards qui durent quelquefois sept ou huit jours sans conséquence, ou pour une de ces pluyes qui trou- blent l'eau des rivières pour quelque tems, sans qu'on 65 remarque que les poissons s'en portent moins bien?

XVII IIIe Raison: Que T Astrologie qui est le fondement des prédictions particulières des Comètes, est la chose du monde la plus ridicule (1).

Je dis en troisième lieu que le détail des présages des Comètes ne roulant que sur les principes de l'Astrologie, 59. A. plus de 16 millions de lieues.

61. C. compté comme l'un de ces brouillards.

63. C. ou comme l'une de ces pluies.

65. A. ajoute la phrase suivante à la fin du § XVI de B: Pourquoi dirait-on que nôtre air garde des 3. et 4. ans de suitte cette lie dont une Comète le barbouille, puis que nous voyons constamment que les eaux des rivières les plus troubles se clarifient en peu de jours?

(1) Cf. Bernier, Abrégé de la Philosophie de Gassendi, 2e- partie. Réfuta- tion de l'Astrologie judiciaire, particulièrement p. 252 sqq.

Petit s'autorise aussi de l'exemple de l'Astrologie judiciaire et de ses PENSÉES SUR LA COMÈTE 57 ne peut être que très ridicule, parce qu'il n'y a jamais eu rien de plus impertinent, rien de plus chymerique que 5 l'Astrologie, rien de plus ignominieux à la nature humaine, à la honte de laquelle il sera vray de dire éter- nellement, qu'il y a eu des hommes assez fourbes pour tromper les autres sous le prétexte de connoitre les choses du ciel, et des hommes assez sots pour donner créance à 10 ces autres là, jusques au point d'ériger la charge d'Astro- logue en titre d'Office, et de n'oser prendre un habit neuf ou planter un arbre sans l'approbation de l'Astro- logue (a).

Voulez vous savoir d'un homme de cette profession, 15 quels sont en particulier les présages d'une telle ou d'une telle Comète!(i) Il vous repondra que la vertu particu- (a) Mr. Bernter: Relat. du Mogol.

fraudes niaises pour prouver la vanité de la croyance aux présages des Comètes. Bayle reprend son argumentation, mais il en profite pour ruiner la doctrine du Consentement universel et sa discussion prend ainsi une portée philosophique bien autrement importante.

(1) « Mais l'Astrologie est un vil amusement, une vaine observation indigne d'un Homme de bon sens et punissable dans la personne des Chrestiens, qui, en voulant sonder les secrets de l'avenir, entreprennent, selon Tertullien, de voler la Divinité.

Il suffit, pour détruire les présages des Astrologues, d'en raporter icy quelques uns. Les Comètes, disent-ils, estant dans le ^ signe du Bélier, malheur à l'Orient; mais chaque Païs est oriental à l'égard d'un autre. Si elles se font voir au signe du Taureau, malheur à l'Occident et au Sep- tentrion, etc. Si elles vont contre l'ordre des signes, elles présagent l'établis- sement de nouvelles Loix. Si elles paraissent au milieu du Ciel, elles annoncent l'accroissement d'un Royaume. Si elles sont près de Saturne elles engendrent la peste, la stérilité, les trahisons; proches de Jupiter, elles causent des ebangemens de Loix et la mort des Pontifes; proche de Mars, elles donnent le signal a de sanglantes guerres; et proche de Mercure qui avec son Caducée et ses Talonnieres estoit le Messager des Dieux, elles dé- couvrent les secrets des Souverains d'icy-las.

Ce sont là les beaux raisonnemeus et les éclatantes folies des Astro- logues. Si ce n'estoit pas leur faire trop d'honneur que de les réfuter, il ne faudroit que leur demander s'il y a quelque apparence de croire que les Planètes ayent les vertus qu'ils leur attribuent, parce que les Anciens leur ont donné à leur fantaisie des noms de Divinitez feintes, 58 PENSÉES SUR LA COMÈTE liere d'une Comète dépend de la qualité du signe, et de la maison, où elle a commencé d'être veùe, comme aussi de l'aspect où elle a esté avec les Planètes. Que c'est à cette 20 situation qu'il faut regarder principalement pour bien faire l'Horoscope d'une Comète (1), à quoi on ajoute la con- sidération des signes par où elle passe successivement. Là dessus il vous apprendra qu'il y a des signes mascu- lins et des signes féminins, qu'il y en a de terrestres et 25 d'aqueux, de froids et de chauds, de diurnes et de noc- turnes, etc.; que chaque Planète domine sur une certaine portion de la terre, et sur une certaine espèce de gens et de choses (2); Saturne, par exemple, sur la Bavière, la Saxe qui n'avoient elles-mesmes ces qualïtez que dans la fausse opinion de leurs Adorateurs. La Planète de Mars porte le nom du Dieu de la Guerre, et par conséquent elle a la vertu de présider à la guerre, mais on luy pouvoit donner le nom de Minerve et alors elle eust préside à la Paix, ou du moins aux Beaux Arts qui se cultivent pendant la Paix. » (Comiers, Disc, sur les Comètes. Mercure galant. Jan- (1) Horoscope, le degré de l'ascendant, ou l'astre qui monte sur l'hori- zon en certain moment qu'on veut observer pour prédire quelque évé- nement, comme la qualité du temps qu'il fera, la fortune d'un homme qui vient au monde. Mercure et Venus étoient dans Yhoroscopc.

On appelle aussi horoscope, cette figure ou thème céleste contenant les douze Maisons dans lesquelles on marque la disposition du Ciel et des Astres en un certain moment pour faire des prédictions. On dit tirer Yboroscope. On appelle aussi cela Dresser une. nativité, quand il s'agit de prédictions sur la vie et la fortune des hommes, car on fait aussi les horoscopes des villes, des Estats, des grandes entreprises, etc. (Dictionnaire de Furetière, éd. de 1694).

(2) « Ils ont départy comme bon leur a semblé toute la terre, de la manière la plus extravagante qu'on puisse imaginer. Ils assujettissent à Saturne la Bavière, la Saxe, l'Espagne, une partie de l'Italie, les Juifs, les Maures, Constance, Ravenne, Ingolstad et autres villes, Peuples et Provinces. A Jupiter la Perse, la Hongrie, partie de la France, Babylone, Cologne, etc.; à Mars tout le Nord, une partie de l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, la Lombardie, Padoùe, Ferrare, Cra- covie, etc. A Venus, l'Arabie, l'Autriche, la Pologne, la Suisse, etc. A Mercure, la Grèce, l'Egypte, la Flandre, Paris, etc. » fPetit, Diss. sur « Quant aux maisons...c'est une division qu'ils font de tout le Ciel PENSÉES SUR LA COMÈTE 59 et l'Espagne, sur une partie de l'Italie, sur Ravennes et 30 sur Ingolstad, sur les Maures et sur les Juifs, sur les étangs, les cloaques et les cimetières, sur la vieillesse, sur la rate, sur le noir et le tanné et sur l'aigre; car il n'y a pas jusqu'aux couleurs et aux saveurs qu'on ne leur par- tage. Il ajoutera que les signes et particulièrement ceux 3 S du Zodiaque ont aussi leurs departemens marquez sur le globe de la terre, pour y exercer leur vertu: le Bélier, par exemple, domine sur toutes les choses assujetties à la Planète de Mars son hôte (car vous remarquerez que chaque Planète a son logis arrêté dans un certain signe) 40 qui sont le Nord, une partie de l'Italie et de l'Allemagne, l'Angleterre et la Capitale de Pologne, le foye, le fiel, les soldats, les bouchers, les sergeans et les bourreaux, le rouge, l'amer et le mordicant. Et outre cela il règne sur la Palestine, sur l'Arménie, sur la mer rouge, sur la Bour- 45 gogne, sur les villes de Mets et de Marseille. Il vous dira 31. A. sur les étangs, cloaques et cimetières.

Ce lu-dessous de nous et qui fait la nuict en six autres parties. Et cette division se fait par trois ou quatre diverses manières, suivant qu'il a pieu a quelques Autheurs Anciens et Modernes, qui ont chacun fait un secte à part...Ces divisions s'appellent donc les 12 maisons dont les six premières sont sous nostre Hémisphère et commencent vers l'Orient: les autres six sont au-dessus, la septiesme commençant vers l'Occident, la dixiesme estant au midy, et la douziesme finissant à l'Orient. L'Horoscope à parler proprement est donc le vray point ou de°ré du Zodiaque, qui se trouve monter en l'Orient au tems et au moment que l'on dresse la Figure sur laquelle on veut porter le juge- ment ou de la personne naissante, ou de la Comète qui paroist, ou du Royaume qui s'establit ou de la ville ou de la Maison, ou de la Navire qu'on bastit, de la Religion qu'on embrasse, de l'Escolier qui va au Collège, du Soldat qui prend les armes, du Marchand qui s'embarque, de l'habit que l'on prend, du Malade qui se met au lict, ou de tout ce qu'il vous plaira: parce qu'on fait l'Horoscope de toutes choses, mesmes celuy du Monde, des Religions et des Monarchies. » f Petit, Diss. sur 60 PENSÉES SUR LA COMÈTE de plus qu'il y a 12 maisons à considérer dans le Ciel(i), dont chacune a ses fonctions particulières et appartient à une certaine Planète: car, par exemple, la première mai- son se raporte à la vie et à la complexion du corps et la 50 dernière aux ennemis, à la prison et à la fidélité des Domestiques. Mercure se plait dans la première plus que toutes les autres Planètes, et répand de là une vie heu- reuse et une forte complexion. Venus se plait dans la cinquième, où elle promet de la joye par les enfans.

5 5 Cela posé avec plusieurs autres remarques de même nature, l'Astrologue vous dira à quel pays et à quelles gens ou à quelles bêtes la Comète en veut principalement, et de quelle sorte de maux elle menace. Dans le Bélier (2), elle signifie de grandes guerres, et de grandes mortalitez, (1) Cf. sur les Prédications des Astrologues et les « Maisons », Ber- nier, Abrégé de la Philosophie de Gassendi, 2' partie, p. 250 et 255.

(2) « Pour les signes, ils avancent donc que les Comètes dans le Bélier signifient de grandes guerres, effusions de sang, mortalité et abbaisse- ment des grands, eslevations de Personnes basses, maladies, sécheresses, etc. Au Taureau de mesrae avec grands froids, tremblemens de terre et renversemens de Villes. Dans les Gémeaux, tonnerres, famines, morts de jeunes gens, changemens de Religion, incendies. Dans le Cancer, force rebellions, contre les Princes et les Seigneurs, grande abondance de vermine pour gaster tous les biens de la terre et famine en suite. Dans le Lyon, tous les mesmes maux et plus encore la rage des loups, des chiens et autres bestes. Dans la Vierge, des Concussions, Vexations de gens de bien, emprisonnemens, morts de femmes et avortemens dangereux, etc. Si les signes et les constellations par où passent les Comètes sont de forme humaine, comme les Gémeaux, la Vierge, l'Orion et autres, c'est aux hommes qu'elles en veulent; si c'est par les bestes, comme le Taureau, le Bélier et autres, c'est à leur espèce, etc. (Cf. Mizauld, Cometographia, item Calalogus cometarum usquc ad an- num 1540 visarum ciim portentis et eventis aux secuta sitnt. Paris, 1549).