SigPhi · Théodule-Armand Ribot

Les maladies de la mémoire

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Ce trajet dont nous avons indiqué grossièremer principales étapes et dont les plus savants anatom sont loin de connaître tous les détails, suppose la en activité d’éléments nerveux, très nombreux e qui concerne la quantité, très différents en ce qui i® cerne la qualité. Ainsi les nerfs moteurs et sen fit diffèrent parleur constitution histologique des ner. » la moelle et du cerveau. Les cellules diffèrent e i elles par le volume, par la forme (fusiformes, géai tU pyramidales, etc.), par l’orientation, par le nombr « leurs prolongements, par leur position dans les d If ses parties de l’axe cérébro-spinal, puisqu’elles iœ répandues depuis l’extrémité inférieure de la mi fi’ jusqu’aux couches corticales. Tous ces éléments jo' i leur partie dans ce concert. Si le lecteur veut id jeter les yeux sur quelques planches anatomiqui k] sur quelques préparations histologiques, il se (f une idée approximative de la somme inouïe d ili ments nerveux nécessaires pour produire un mo i ment et par conséquent pour le conserver et le re' si duire. K Nous croyons donc de la plus haute importance « tirer l’attention sur ce point: que la mémoire org k que ne suppose pas seulement une modification « éléments nerveux, mais la formation entre eux d\ dations déterminées pour chaque événement partich lîi l’établissement de certaines associations dynami » ^qui, par la répétition, deviennent aussi stables qu fi connexions anatomiques primitives. A nos yeux, cc it importe, comme base de la mémoire, ce n’est pas p LA MÉMOIRE COMME FAIT BIOLOGIQUE 17 ment la modification imprimée à chaque élément, ikais la manière dont plusieurs éléments se groupent our former un complexus.

Ce point étant pour nous d’une importance capitale, ious ne craindrons pas d’y insister. D’abord, on peut lîmarquer que notre hypothèse — conséquence néces- :iiire de ce qui est admis sur le siège de la mémoire — mplifie certaines difficultés en paraissant les compli- uer. On s’est demandé si chaque cellule nerveuse peut | inserver plusieurs modifications dill'érentes, ou si, ne fois modifiée, elle est pour jamais polarisée. Natu- dle'ment, on en est réduit à des conjectures. On peut enser toutefois sans témérité que, si elle est capable 3 plusieurs modifications, le nombre doit en être mité. On peut même admettre qu’elle n’en garde u’une. Le nombre des cellules cérébrales étant de [)0 000 000, d’après les calculs de Meynert (et sir Lio- el Beale donne un chiffre beaucoup plus élevé), hypothèse d’une impression unique n’a rien d’inac- 3ptable. Mais cette question est pour nous d’un itérêt secondaire; car, même en admettant la der- ière hypothèse, — la plus défavorable pour expliquer ; nombre et la complexité des souvenirs organisés, — ous ferons remarquer que cette modification unique, ouvant entrer dans des combinaisons difi'érentes, peut roduire des résultats différents. Il ne faut pas tenir ompte seulement de chaque facteur pris individuelleîent, mais de leurs rapports entre eux et des combi- laisons qui en résultent. On peut comparer la cellule îodifiée à une lettre de l’alphabet; cette lettre, tout n restant la même, a concouru à former des millions e mots dans les langues vivantes ou mortes. Par des i T'oupements, les combinaisons les plus nombreuses et 18 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE les plus complexes peuvent naître d’un petit nomb d’éléments.

Pour en revenir à notre exemple de la locomotio la mémoire organique qui lui sert de base consiste ( une modification particulière d’un grand nombre d’él ments nerveux. Mais plusieurs de ces éléments ain; modifiés peuvent servir à une autre fin, entrer dai d’autres combinaisons, faire partie d’une autre mi moire. Les mouvements secondaires automatiques qi constituent la natation ou la danse supposent certainn modifications des muscles, des articulations déjà uS' tées dans la locomotion, déjà enregistrées dans ce tains éléments nerveux: ils trouvent, en un mot, ur mémoire déjà organisée, dont ils détournent plusieui éléments à leur profit, pour les faire entrer dans ur nouvelle combinaison et concourir à former une auti mémoire.

Remarquons encore que la nécessité d’un gran nombre de cellules et de filets nerveux pour la consc' vation et la reproduction d’un mouvement, même rr lativernent simple, implique une possibilité plus grand de permanence et de réviviscence; par suite du noir bre des éléments et de la solidarité qui s’établit enti eux, les chances de résurrection augmentent, chacu pouvant contribuer à raviver tous les autres.

Enfin notre hypothèse s’accorde avec deux làii d’observation courante: 1“ Un mouvement acquis, bien fixé dans l’orga nisme, bien retenu, est très difficilement remplacé ps un autre, ayant à peu près le même siège, mais sup posant un mécanisme différent. Il s’agit, en effet, d défaire une association pour en faire une autre; d briser des rapports établis pour en nouer des nouveaux 19 1 LA MÉMOIRK COMME FAIT BIOLOGIQUE {2“ Il arrive quelquefois que, au lieu d’un mouve- Jnt accoutumé, nous produisons involontairement /i, autre mouvement accoutumé: ce qui s’explique ;'rce que, les mêmes éléments entrant dans des com- iaisons différentes, pouvant susciter des décharges I divers sens, il suffit de circonstances infiniment ,ites pour mettre en activité un groupe au lieu d’un :re et produire en conséquence des effets différents.

Ijst ainsi du moins que nous exiiliquons le fait sui- 'jit, rapporté par Lewes (ouvrage cité, p. 128): « Je •■ontais un jour une visite à l’Hôpital des épilepti- 3S et désirant nommer l’ami qui m’accompagnait et i était le D-- Bastian, je dis le D'' Brinton; je me re- s immédiatement en disant le D'' Bridges; je me re- s encore pour prononcer enfin le D’' Bastian. Je ne sais aucune confusion quant aux personnes; mais, ant imparfaitement ajusté les groupes de muscles cessaires pour l'articulation d’un nom, le seul élé- ml commun à ce groupe et aux autres, savoir le B, servi à les rappeler tous trois. » Cette explication us paraît parfaitement exacte, et nous pouvons en- re avec l’auteur noter un fait bien connu qui vient à ppui de notre thèse: « Qui ne sait que lorsque nous "erchons à nous rappeler un nom et que nous avons sentiment qu’il commence par une certaine lettre, conservant constamment cette lettre dans fesprit, groupe entier finit par surgir, sans qu’il soit d’ail- ^ irs necessaire que cette lettre soit toujours présente ' la conscience. » Une remarque analogue peut être 'i te pour les mouvements acquis qui constituent l 'écri- ' re. C’est une méprise que j’ai observée souvent sur ' Di-même surtout lorsque j’écris vite et que j ai la ^;e embarrassée; elle est si courte, si vite réparée et 20 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE si vite oubliée, que j’ai dû en noter plusieurs imméi tement. En voici des exemples: Voulant écrire « ( de bonnes », j’écris « donne ». Voulant écrire « ne faire une part », j’écris « ne part faire », etc., etc. 1 demment, dans le premier cas la lettre D et dan second, la lettre P (j’entends par lettre l’état psyc,* physiologique qui sert de base à leur conception f leur reproduction graphique) ont suscité un groupe lieu d'un autre groupe; et cette confusion était d’ tant plus facile que le reste des groupes onne, art é déjà éveillé dans la conscience. Je ne doute pas ceux qui prendront la peine de s'observer à ce po de vue ne constatent que c’est un fait fréquent.

Ce qui précède est une hypothèse, ne l’ouhlit pas; mais elle paraît conforme aux données sciei fiques, elle rend compte des faits. Elle nous permet*'-' nous représenter sous une forme assez nette les ha de la mémoire organique, de ces mouvements acq qui constituent la mémoire de nos divers organes, nos yeux, de nos mains, de nos membres supérieurs inférieurs. Ces bases ne consistent pas pour nous un enregistrement tout mécanique, ni, suivant la co] paraison accoutumée, en une empreinte oui ser conservée on ne sait où, semblable à l’image de la dont il était question plus haut. Ce sont des mé phores de l’ordre physique, qui ne sont "^'s'ii place ici. La mémoire est un fait biologique. Une m moire riche et bien fournie n’est pas une collectû d’empreintes, mais un ensemble d’associations dyn iniques très stables et très promptes à s’éveiller.

,Èr rit LA MÉMOIRE COMME FAIT BIOLOGIQUE 21 léj .1 njoiis allons étudier maintenant une forme plus com- { (ce de la mémoire, celle qui est accompagnée de ip de conscience, que la langue usuelle et même celle )( psychologues considère comme la mémoire tout f fère. Il s’agit de voir en quelle mesure ce qui a été é de la mémoire organique lui est applicable et ce la conscience y ajoute.

I, In passant du simple au complexe, de l’inférieur au érieur, d’une forme stable à une forme instable de oémoire, nous ne pouvons échapper à une question alable, celle des rapports de l’inconscient et de la science. Ce problème est tellement entouré d’obs- ité naturelle et de mysticisme artificiel qu’il paraît icile d’en dire quelque chose de clair et de positif, as l’essayerons.

1 est bien évident d’abord que nous n’avons pas à is occuper de la métaphysique de l’inconscient, telle J Hartmann ou tout autre l’ont comprise. Nous pmencerons même par déclarer que nous ne voyons une manière d’expliquer le passage de l’inconscient i conscience. On peut faire là-dessus des hypothèses énieuses, plausibles; rien de plus. D’ailleurs, la h fohologie comme science de faits n’a pas à s’en in- > éter. Elle prend les états de conscience à titre de ' inées, sans s’occuper de leur genèse. Tout ce qu’elle ’’ it faire, c’est de déterminer quelques-unes de leurs i iditions d’existence.

Hia première de ces conditions, c’est le mode d’ac- tté du système nerveux que les physiologistes dési- 22 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE!

g'iient sous le nom de décharge nerveuse. Mais a plupart des étals nerveux ne font pas naître la C| science ou n’y contribuent que très rarement et d’ manière indirecte: par exemple, les excitations} les décharges dont le grand sympathique est le siée l’action normale des nerfs vaso-moteurs; un gr nombre de réflexes, etc. D’autres sont accompagi par la conscience d’une manière intermittente; bien, après avoir été conscients pendant la prem période de la vie, cessent de l’être à l’état adii (exemple, les actions automatiques secondaires d nous avons parlé). L’activité nerveuse est beauc( plus étendue que l’activité psychique: toute act psychique suppose une action nerveuse, mais la r proque n’est pas vraie. Entre l’activité nerveuse n’est jamais (ou presque jamais) accompagnée de c science et l’activité nerveuse qui l’est toujours presque toujours), il y a celle qui l’est quelquef C’est dans ce groupe de faits qu’il faut étudier 1 conscient.

Avant d’en venir à des conclusions plus nettes plus solides sur ce sujet, notons encore deux conditi d’existence de la conscience: l’intensité et la durée 1“ L’intensité est une condition d’un caractère 1 variable. Nos états de conscience luttent sans ce pour se supplanter; mais la victoire peut égalera résulter de la force du vainqueur ou de la faiblesse autres lutteurs. Nous savons — et c’est un point c l’école de Herbart a très bien élucidé — que l’étal plus vif peut continuellement décroître jusqu’au n ment où il tombe « au-dessous du seuil de la cc science », c’est-à-dire où l’une de ses conditions d’ex tence fait défaut. On est bien fondé à dire que LA MÉJIOItlE COMMU FAIT BIOLOGIQUE 23 îDnscience a tous les degrés possibles si petits qu’on budra, à admettre en elle des modalités infimes — ces .ats que Maudsley appelle subconscients; — mais rien 'autorise à dire que cette décroissance n’a pas de imite, bien qu’elle nous échappe.

2“ On ne s’est guère occupé de la durée, comme con- ..tion nécessaire de la conscience. Elle est pourtant ipitale. Ici, nous pouvons raisonner sur des données ■'écises. Les travaux poursuivis depuis une trentaine '^années ont déterminé le temps nécessaire pour les iiverses perceptions (son = 0",16 à 0",14; tact = ',21 à 0",18; lumière = 0'',20 à 0’',22) pour l’acte de scernement le plus simple, le plus voisin du réflexe f= 0",02à0'',04). Bien que les résultats varient suivant js expérimentateurs, suivant les personnes, suivant js circonstances et la nature des actes psychiques Ijudiés, il est du moins établi que chaque acte psychi- le requiert une durée appréciable et que la prétendue tesse infinie de la pensée n’est qu’une métaphore. ;ci posé, il est clair que toute action nerveuse dont durée est inférieure à celle que requiert Laction ychique, ne peut éveiller la conscience. A cet égard, est instructif de rapprocher l’acte nerveux accom- igné de conscience du pur réflexe. D’après Exner‘, temps physiologique nécessaire pour un réflexe rait de 0",0G62 à ü", 0578, nombre très inférieur à ux que nous avons donnés ei-dessus pour les divers dres de perceptions. Si, comme le dit Herbert Spencer, lile d’un moucheron donne dix ou quinze mille coups 1. Pflüqer's Arch'iv, VIIl (1874), p. 52G. La durée des réflexes rie suivant la force de l’excitation, suivant le sens longitudinal transversal de la transmission dans la moelle. Celte question , d’ailleurs loin d’être élucidée.

24 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE par seconde ‘ et que chaque coup implique une act i nerveuse séparée, nous y trouvons l’exemple d’un é nerveux dont la rapidité confond et en comparaûi duquel l’état nerveux qui est accompagné de coi cience occupe un temps énorme. Il résulte de ce (* précède que tout état de conscience occupant néC'l sairement une certaine durée, une condition ess(| tielle de la conscience manque, dès que la durée processus nerveux tombe au-dessous de ce minimun' Bornons-nous à ces remarques et concluons.

question de l’inconscient n’est si vague, si embarrass d’opinions contradictoires que parce qu'elle est n posée. Si l’on considère la conscience comme u essence, comme une propriété fondamentale de l’ân tout devient obscur; si on la considère comme phénomène qui a ses conditions d’existence propn tout devient clair et l’inconscient ne présente plus ri de mystérieux. Il ne faut jamais oublier que l’état conscience est un événement complexe qui suppose i état particulier du système nerveux; que cette actir nerveuse nest pas un accessoire^ mais une partie mi grante de V événement; qu’il en est la base, la conditic 1. Principes de psychologie, I, 220. D’après les travaux Marey, l’aile d’une mouche bat seulement 330 fois par seconc Ces divergences ne changent rien à la validité de notre re sonnemeiit.

2. Les travaux sur la durée des actes psychiques peuveP jeter un jour nouveau sur quelques faits de notre vie mental Ainsi, selon moi, ils contribuent à expliquer le passage ( conscient à l’inconscient, dans l’habitude. Un acte est exécu d’abord lentement et avec conscience; par la répétition, devient plus facile et plus rapide; c’est-à-dire que le process nerveux qui lui sert de base, trouvant les voies toutes tracées,; fait vite et peu à peu tombe au-dessous du minimum de dun nécessaire à ila conscience. S LA MÉMOIRE COMME FAIT BIOLOGIQUE 25 ondamentale; que, dès qu’il se produit, l’événement xiste en lui-même; que dès que la conscience s’y ajoute, événement existe pour lui même; que la conscience ; complète, l’achève, mais ne le constitue pas. Si l’une es conditions du phénomène-conscience manque, soit intensité, soit la durée, soit d’autres que nous igno- pns; une partie de ce tout complexe — la conscience — jisparaît; une autre partie — le processus nerveux — ubsiste. Il ne reste de l’événement que sa phase pu- jjment organique. Rien d’étonnant donc si plus tard is résultats de ce travail cérébral se retrouvent: il a 1 lieu en fait, quoique rien ne l’ait constaté.

Ceci compris, tout ce qui tient à l’activité incon- Jienteperd son caractère mystérieux et s’explique avec I plus grande facilité; par exemple: les irruptions udaines de souvenirs qui ne paraissent suscités par jicune association et qui nous surviennent à chaque I'stant dans la journée; les leçons d’écoliers lues la ûlle et apprises le lendemain; les problèmes long- mps ruminés dont la solution jaillit brusquement ms la conscience; les inventions poétiques, scienti- ues, mécaniques; les sympathies et antipathies se- ètes, etc., etc. La cérébraüon-iacojftseioftte fait son jvre sans bruit, met de l’ordre dans les idées ob- ares. Dans un cas curieux cité par Carpenter, un mme avait une vague conscience du travail qui se ssait dans son cerveau, sans atteindre le degré d’une nscience distincte: « Un homme d’affaires de Boston a dit que, étant occupé d'une affaire très importante, l’avait abandonnée pendant une semaine, comme “dessus de ses forces. Mais il avait conscience d’une ion qui se passait dans son cerveau et qui était si lible, si extraordinaire, qu’il craignit d être menacé Ribot. — Mémoire. 2 26 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE de paralysie ou de quelque accident semblable; apri quelques heures passées dans cet état incommode, si perplexités disparurent, la solution qu’il cherchait i présenta d’elle-même, naturellement: durant cet ii tervalle troublé et obscur, elle s’était élaborée h » En résumé, nous pouvons nous représenter le syi tème nerveux comme traversé par de perpétuelle décharges. Parmi ces actions nerveuses, les unes répo. dent au rhythme incessant des actions vitales; d’autre en bien petit nombre, à la succession des états ( conscience; d’autres en bien plus grand nombre con tituent la cérébration inconsciente. Les 600 millioi (ou 1 200 millions) de cellules et les 4 ou 5 milliar» de fibres, même en déduisant celles qui sont au repi ou qui restent inoccupées toute la vie, offrent un ass beau contingent d’éléments actifs. L’encéphale e comme un laboratoire plein de mouvement oîi mil travaux se font à la fois. La cérébration inconscient n’étant pas soumise à la condition du temps, ne se fs sant pour ainsi dire que dans l’espace, peut agir da plusieurs endroits à la fois. La conscience est l’étrc 1. Carpenter, Mental Physiology, p. 533. Le chapitre XIII te entier contient des faits intéressants sur la cérébration incc scieute. Un mathématicien ami de l’auteur s’était occupé d’ problème géométrique dont il avait entrevu la solution. Il revint plusieurs fois sans succès. Plusieurs années après, solution se présenta à lui si brusquement « qu’il fut saisi tremblement, comme si un autre lui avait communiqué s propre secret « (p. 536). Si l’on veut se donner le specta d’un esprit puissant et pénétrant embarrassé par une mauva méthode, il faut lire la très remarquable étude sur la Latet. de sir William Hamilton [Lectures on metaphysics,t. I,lect.XVII Avec sa théorie des facultés de l’âme et son oubli voulu toute physiologie, il ne parvient à sortir d’aucune di cubé.

LA MEMOIRE COMME FAIT BIOLOGIQUE 27 ^ guichet par où une toute petite partie de ce travail nous apparaît.

Nous venons de voir en quoi consiste le rapport de la conscience à l'inconscient; nous sommes fixés par là même sur le rapport de la mémoire psychique à la mémoire organique: ce n’est qu’un cas particulier. D’une manière générale, ce qui a été dit de la mémoire physiologique s’applique à la mémoire consciente; il n’y a qu’un facteur en plus. Il est utile cependant de 'reprendre la question à nouveau et en détail.

Nous avons encore ici à examiner deux choses: les résidus et leurs groupements.

l. Les anciennes théories sur la mémoire, ne l’ayant guère considérée que sous son aspect psychologique, "ui ont donné pour unique base des « vestiges w, des < traces », des « résidus » et ont eu le tort d’employer ' souvent ces termes dans un sens équivoque. Tantôt il Vagit d’empreintes matérielles dans le cerveau, tantôt ‘ijle modifications latentes conservées dans « l’âme ». 'l'ieux qui ont adopté celte dernière opinion restaient lans la logique. Mais cette thèse, quoiqu’elle compte «eaucoup de partisans parmi ceux qui s’abstiennent Me physiologie, est insoutenable. Un état de conscience [ui n’est plus conscient, une représentation qui n’est dus représentée est un pur flatus vocis. Retrancher 'une chose ce qui en constitue la réalité, c’est la éduire à un possible; c’est dire que, lorsque ses con- itions d’existence reparaîtront, elle reparaîtra: ce ■ |Ui nous ramène à la thèse exposée plus haut sur l’in- ^onscienl.

Pour nous, la question des « résidus psychologiques » 28 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE est résolue d’avance: si tout état de conscience impliqu à titre de partie intégrante une action nerveuse, et, s eette action modifie les centres nerveux d’une manièr permanente, l’état de conscience s’y trouve inscrit par 1 même. On peut objecter, à la vérité, que l’état de con science implique une action nerveuse et quelque chos en plus. Peu nous importe. Si l’état nerveux primitif - celui qui répond à la perception — a suffi à suscite' ce quelque chose en plus; l’état nerveux secondaire - celui qui répond au souvenir — y suffit également. Le conditions sont les mêmes dans les deux cas, et la solu tion de cette difficulté, si elle est possible, incombe une théorie de la perception, non à une théorie de 1 mémoire.

Ce résidu psychophysiologique, nous pouvons l’appi 1er avec Wundt une disposition et faire remarquer ave lui en quoi il diffère d’une empreinte. « Des analogie tirées du domine physiologique font ressentir cette diffi rence. Dans l’œil qui a été exposé à une lumière intense l’impression reçue persiste sous la forme d’une imag consécutive. L’œil qui chaque jour compare et mesur des distances et des relations dans l’espace gagne d plus en plus en précision. L’image consécutive est un empreinte; l’accommodation de l’œil, sa faculté de mesures est une di§.position fonctionnelle. Il se peij que, dans l’œil non exercé, la rétine et les muscle, soient constitués comme dans l’œil exercé; mais il y dans le second une disposition bien plus marquée qu! dans le premier. Sans doute on peut dire que l’accou, tumance physiologique des organes repose moins su leurs changements proprement dits que sur les em preinlcs qui restent dans leurs centres nerveux. Ma toutes les études physiologiques relatives aux phé LA MÉMOIRIÎ COMME FAIT BIOLOGIQUE 29 nomènes d’habitude, d’adaptation à des conditions données, etc., montrent que là même les empreintes consistent essentiellement en des dispositions fonction¬ nelles *. » II. Ces considérations nous conduisent au point sur lequel nous voulons insister. Les associations dynami¬ ques des éléments nerveux jouent un rôle bien plus important encore dans la mémoire de la conscience que dans celle des organes. Nous pourrions répéter ce qui a été dit plus haut; mais cet aspect de la question a été si peu étudié qu’il est préférable de le reprendre sous une autre forme.

Chacun de nous trouve dans sa conscience un certain nombre de souvenirs: des images d’hommes, d’ani- : maux, de villes, de campagnes, des connaissances scientifiques, historiques, des langues, etc. Ces souve- nirs nous reviennent sous la forme de séries plus ou moins longues. La formation de ces séries a été très i bien expliquée par les lois d’association entre les états de conscience: nous n’avons rien à en dire. Ce qui 'nous intéresse, ce ne sont pas les séries, mais leurs termes. Nous cherchons l’état de conscience simple, afin de montrer quelle complexité il suppose.

Prenons donc un de ces termes: la mémoire d’une 'pomme. A en croire le verdict de la conscience, c’est un lait simple. La physiologie nous m.ontre que ce ver¬ dict est une illusion. La mémoire d’une pomme est Inécessairement la forme affaiblie de la perception ' id’une pomme. Que suppose cette perception? Une ’ Imodificalion de la rétine, terminaison nerveuse d’une Istructure si compliquée, une transmission par le nerf ‘. 1. Gruudzüge der philosophischen Psychologie, p. 791.

30 LES MALADIES DE LA MÉMOIHE optique, les corps genouillés jusqu’aux tubercules qua-i drijumeaux, de là aux ganglions cérébraux (couche' optique?) puis, à travers la substance blanche auxj couches corticales (dans la région du pli courbe, d’après Ferrier). Cela suppose la mise en activité de bien des éléments divers, épars sur un long trajet. Mais ce n’est pas tout. Il ne s’agit pas d’une simple sensation de- couleur. Nous voyons, ou nous imaginons, la pomme comme un objet solide, ayant une forme sphérique. Ces jugements résultent de l’exquise sensibilité mus¬ culaire de notre appareil visuel et de ses mouvements. Or les mouvements de l’œil sont réglés par plusieurs nerfs: le pathétique, le moteur oculaire commun, le moteur oculaire externe. Chacun de ces nerfs aboutit à un point particulier du bulbe, rattaché lui-même par un long trajet à l’écorce du cerveau où se formen ce que Maudsley appelle les intuitions motrices. Nouf indiquons en gros. Pour les détails, on peut consultei les traités d’anatomie et de physiologie. On se fera um idée du nombre prodigieux de filets nerveux et d( cellules disséminées en îlots et en archipels dans le.‘ diverses parties de Taxe cérébro-spinal, qui serven de base à cet état psychique — la mémoire d’um pomme — que la double illusion de la conscience e du langage nous fait considérer comme simple.

Dira-t-on qu’une perception visuelle est très com' plexe et prouve trop en faveur de notre thèse? Pre nons la mémoire d’un mot. S’il s’agit du mot écrit, c’es une mémoire visuelle, qui se rapproche du cas précé dent. S’il s’agit du mot parlé, nous trouvons une com plexité tout aussi grande. Le langage articulé suppos- l’intervention du larynx, du pharynx, de la bouche des fosses nasales et par conséquent de plusieurs nerf LA MÉMOIRE COMME FAIT BIOLOGIQUE 31 ni ont leurs centres dans diverses parties du bulbe: 1 spinal, le facial, l’hypoglosse. Si l’on attribue un île aux impressions auditives dans la mémoire des lots, c’est une complication encore plus grande. Enfin 1 centre bulbaire doit être lui-même relié à la cir- tnvolution de Broca et à la région de Vinsula, consi- crées universellement comme le centre psychique de l parole. On voit que ce cas ne diffère du précédent r en nature ni en complexité, et que la mémoire de Laque mot doit avoir pour base une association dé- t’minée d’éléments nerveux h Inutile d’insister: de ce qui précède ressort assez 1 «portance de ces associations, que j’appellerai les tses dynamiques de la mémoire, les modifications i primées aux éléments étant les bases statiques. On f a peut-être remarquer que nos exemples supposent ^ cas encore plus simples. Gela est vrai, mais nous tiivons pas à nous en occuper. Ce que la mémoire pnserve et reproduit, ce sont des états de conscience [increts, réels; nous avions donc à les considérer l^me tels et à choisir nos exemples dans cet ordre I faits. Que l’analyse physiologique et l’analyse idéo- krique, chacune de leur côté, descendent jusqu’aux élé- l;nts ultimes, c’est une œuvre utile pour expliquer la ^nèse des états de conscience: ici, nous les considé- ps tout formés. Quand nous commençons à parler, )us employons quelques mots simples, plus tard des ■ . Forbes Winslow {On the obscure Diseases of the Braîyi and Èorders of the Mind), p. 2.i7, 4° édition, cite le cas d’un soldat , ayant.subi l’opération du trépan, perdit quelques portions 1 sou cerveau. Ou s’aperçut quelque temps après qu'il avait lalié les nombres cing et sept, et cela seulement. 11 recouvra tmémoire de ces deux nombres an bout de quelque temps.

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