SigPhi · Voltaire

Le Siècle de Louis XIV

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"aition ParM.J.Zelier têe U ihi OTTAWA iilll c.

SIÈCLE DE LOUIS XIV Tout exemplaire de cet ouvrage non revêtu de ma griffe sera réputé contrefait.

SOCIÉTÉ ANONYME D'imPRIMERIE DE VILLEFRANGHE-DE-ROUERGUE Jules BiRboux, Directeur.

VOLTAIRE SIÈCLE DE LOUIS XIV ÉDITION CONFORME AU TEXTE OFFICIEL ADOPTÉ PAR LE CONSEIL DE l'instruction PUBLIQUE ET ANNOTÉE Par m. J. ZELLER MEMBRE DE l'iNSTITUT KILIOTHECA LIBRAIRIE CH. DELAGRAYE /m PRÉFACE Nul ne saurait mieux expliquer ce que Voltaire a voulu faire, dans son Siècle de Louis XIV, que Voltaire lui-même: « Ce n'est pas seulement, dit-il au commencement de son Introduction, la vie de Louis XIV qu'on prétend écrire. On se propose un plus grand objet. On veut essayer de peindre à la postérité, non les actions d'un seul homme, mais les actions des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais. » Notons que Voltaire a dît pei/uire, et non raconter; ce qui indiquait bien de sa part une méthode nouvelle. Il veut représenter, faire revivre, et non pas seu- lement faire connaître à la postérité toute une époque disparue. Et il complète et précise sa pensée en écrivant, dans sa célèbre lettre à Milord Hervey, garde des sceaux de l'Angleterre, en 1740: «Je ne considère pas seulement Louis XIV parce quil a fait du bien aux Français, mais parce qu'il a fait du bien aux hommes. » Qui a mieux fait connaître que par ce mot ce que ce siècle avait de grand, justement parce qu'il était universel? Et il continue: « C'est comme homme et non comme sujet que j'écris; je veux peindre le dernier siècle, et non pas seulement un prince. » Par là. Voltaire réclame pour l'écrivain, pour l'historien en particulier, une indépendance qui puisse le soustraire à la sujétion d'un souverain ou aux étroites limi- tes d'un pays, pour l'investir de tous les droits d'un homme, d'un homme qui pense et dont les regards ne sont pas VI PREFACE éblouis par réclat d'un homme, mais embrassent Thuma- nité elle-même. « Il est las, il le dit, des histoires où il n'est question que des aventures d'un roi, comme s'il exis- tait seul ou que rien n'existât que par rapport à lui. En un mot, c'est encore plus d'un grand siècle que d'un grand roi qu'il écrit l'histoire. » Non seulement il introduisait ainsi une grande nouveauté dans la façon d'instruire la postérité de tout ce qui pouvait l'intéresser; non seule- ment il restituait la gloire d'un siècle à tous les grands hommes qui l'avaient illustré, pour ne point la laisser accaparer par celui qui lui donnait son nom; mais en ré- vélant les nations à elles-mêmes, dans le passé, il leur apprenait, il les préparait à jouer le rôle qui leur apparte- nait dans l'avenir. Une révolution dans la façon de traiter l'histoire du passé annonce une révolution dans l'his- toire future. Le Siècle de Louis XIV, pour sa part, contri- bue aux grands événements de 89, et Voltaire peut dire avec raison qu'en tâchant « d'élever un monument à la gloire d'un grand prince, il le consacrait encore plus à l'utilité du genre humain ».

L'auteur du Siècle de Louis XIV n'a pas seulement dé- fini avec précision et avec grandeur le but de son ouvrage; il en a excellemment décrit la méthode, il en a donné Fexemple, et son livre est devenu un modèle. « Il ne faut pas, dit-il, qu'on s'attende à trouver ici les détails im- menses des guerres, des attaques de villes prises et re- prises par les armes, données et rendues par des traités. Mille circonstances intéressantes pour les contemporains se perdent aux yeux de la postérité et disparaissent pour ne laisser voir que les grands événements qui ont fixé la destinée des empires. Tout ce qui s'est fait ne mérite pas d'être écrit. On ne s'attachera dans cette histoire qu'à ce qui inérile l'attention de tous les temps, à ce qui peut peindre le génie et les mœurs dus honimuSj à ce <pii p<'Ut PRÉFACE VII servir d'instruction et conseiller Tamour de la vertu, des arts et de la patrie. » Et Voltaire, dans ses Fragments sur l'histoire, ajoute: « Les détails qui ne mènent à rien sont, dans l'histoire, ce que sont les bagages dans une armée, impedimenta. Il faut voir les choses en grand, par cela même que l'esprit humain est petit et qu'il s'affaisse sous le poids des minuties. » Et, en faisant ainsi, Voltaire croit avoir atteint le but qu'il poursuivait. Il écrit, le 8 jan- vier 1752, au président Hénault: « J'ai prétendu faire un grand tableau des événements qui méritent d'être peints, et tenir continuellement les yeux du lecteur attachés sur les principaux personnages. Il faut une exposition, un nœud et un dénouement dans une histoire comme dans une tragédie. Je me suis surtout attaché à mettre de l'in- térêt dans une histoire que tous ceux qui l'ont traitée ont trouvé jusqu'à présent le secret de rendre ennuyeuse. En un mot, j'ai voulu émouvoir, même dans l'histoire. » Que cette façon d'écrire l'histoire est plus haute et plus large que la manière de ceux qui discutent pour savoir s'il faut écrire l'histoire pour raconter ou pour prouver quelque chose, ad narrandum aut ad prohandiun! Il faut, selon lui, écrire l'histoire pour peindre et émouvoir. Voilà le vrai. (( Ce n'est donc point, ajoute-t-il encore, seulement la vie du prince que j'écris; ce ne sont point les annales de son règne, c'est plutôt l'histoire de l'esprit humain, puisée dans le siècle le plus glorieux à l'esprit humain. » Et voilà pourquoi le Siècle de Louis XIV sera toujours of- fert en exemple à la jeunesse pour former son esprit, et à l'âge mûr pour l'instruire. Ce n'est pas seulement un modèle littéraire, c'est un exemple de vie qu'il a voulu laisser à la postérité; et il y a réussi, parce qu'il n'a cherché « à écrire l'histoire ni en flatteur, ni en panégy- riste, ni en gazetier, mais en philosophe qui aime la pa- trie et la vérité ».

VIII PREFACE Il faut encore croire Voltaire lorsqu'il nous dit « quil a rassemblé les matériaux de ce grand travail, et qu'il n"a rien négligé pour en avoir entre les mains tous les élé- ments: ni les deux seuls volumes de Mémoires imprimés alors et à la disposition de tout le monde, ni les Mémoi- res des intendants, ni les bons livres qu'on a faits sur la matière, ni ce qu'il a pu rassembler de la bouche des courtisans, des seigneurs, même de leurs valets, ni les volumineux dossiers enfouis dans les Archives, ni les tra- ditions populaires, ni même les pamphlets publiés à l'é- tranger ». Il sollicite à chaque instant, dans ses lettres, les souvenirs des contemporains sur la politique, sur les finances, sur le commerce, sur la littérature, sur les arts. « Il a consulté pendant vingt années les premiers hommes du royaume pour s'instruire de la vérité. Il a tout vu par ses yeux, tout extrait de sa main, tout rassemblé. » Bien des Mémoires des hommes d'Etat, alors inédits, mainte- nant publiés, ont été à sa disposition. Le duc de Noailles lui a confié tous ses papiers. Il a pour la vie de Louis XIV les ^Mémoires du marquis de Dangeau. Il a fait venir de loin les livres dont il avait besoin, les a parcourus, tâché d'en saisir l'esprit, et renfermé dans les bornes les plus étroites ce qu'il a cru devoir penser d'eux. Deux lignes lui ont « coûté souvent quinze jours de lecture ». Le plan fait, les matériaux rassemblés. Voltaire ne se presse pas d'é- crire; il refait, il retouche ce qu'il a commencé; « pendant longtemps il donne chaque jour quelques coups de pinceau à ce beau siècle de Louis XIV, dont il veut être le peintre et non l'historien ».

N'est-ce pas là la mélhode de travail de tout historien digne de ce nom? Voltaire en écrit la théorie en même temps qu'il en donne l'exenqile.

C'est encore Voltaire qui nous donne lui-même le plan de son ouvrage. « Cet ouvrage, dit-il, est divisé en chapi- PREFACE IX 1res. Il y en a vingt environ destinés à l'histoire générale; ce sont vingt tableaux des grands événements du temps. Les principaux personnages sont sur le devant de la toile. La foule est dans renfoncement. Malheur aux détails. La postérité les néglige tous: c'est une vermine qui tue les grands ouvrages. Ce qui caractérise le siècle, ce qui a causé des révolutions, ce qui sera important dans cent années, c'est là ce que je veux écrire aujourd'hui. Il y a un chapitre pour la vie privée de Louis XIV, deux pour les grands changements faits dans la police du royaume, dans le commerce, dans les finances; deux pour le gouvernement ecclésiastique, dans lequel la révocation de l'édit de Nan- tes et l'affaire de la régale sont comprises: cinq ou six pour l'histoire des arts, à commencer par Descartes et à finir par Rameau.

^'ollaire n'a pas craint de juger lui-même son œuvre. 11 est au moins curieux de savoir ce qu'il en pense. « On sait assez, dit-il, que l'histoire ne doit être ni un pané- gyrique, ni une satire, ni une œuvre départi, ni un roman. J'ai eu cette règle devant les yeux quand j'ai osé jeter un coup d'œil philosophique sur la terre entière. J'envisage encore le siècle de Louis XIV comme celui du génie, et le siècle présent comme celui qui raisonne sur le génie. » Il se fait le juge des souverains, des hommes d'Etat et des hommes de guerre, des parlements, de l'Eglise, des sec- tes qui la divisent, mais le plus souvent avec respect. Il dit lui-même à propos de Louis XIV qu'il en a écrit « avec le respect qu'on doit aux têtes couronnées qui viennent de mourir et avec le respect qu'on doit à la vérité qui ne mourra jamais ». Il ne s'écarte pas souvent de cette règle quand il s'agit de ceux qui ont honoré leur pays. « J'ai travaillé soixante ans, a-t-il pu dire, à rendre exacte justice aux grands hommes de ma patrie. » Et il a ajouté avec rai- son: « Tout impartial qu'est ce livre, il est consacré à la X PREFACE X PREFACE gloire de la nation française et à celle des arts, et c'est même parce qu'il est impartial qu'il affermit cette gloire. 11 a été bien reçu par tous les peuples de l'Europe, parce qu'on aime partout la vérité. » Ces mots peuvent servir de réponse à ceux qui ont quelquefois prétendu que Voltaire n'était pas bon Français.

On sait c^ue les deux premiers chapitres de cet ouvrage, l'Introduction et l'état de l'Europe avant Louis XIV, paru- rent à la fin de 1739. Un arrêt du conseil en date du 4 dé- cembre en ordonna la suppression. « J'ose dire que, dans tout autre temps, dit Voltaire, une pareille entreprise serait encouragée par le gouvernement. Louis XIV don- nait six mille livres de pension aux Valincourt, aux Pellis- son, aux Racine et aux Despréaux pour faire son histoire, qu'ils ne firent point; et moi, je suis persécuté pour avoir fait ce qu'ils devaient faire. J'élevais un monument à la gloire demonpays^ et je suis écrasé sous les premières pierres que j'ai j^osées. » Le livre lui-même ne fut publié à Berlin qu'à la-fîn de 1751 ou au commencement de 1752. t( J'ai pensé, dit-il, qu'il était plus difficile de faire imprimer dans son pays l'histoire de son pays. Comment imprimer à Paris ce qui regarde madame de Montespan et madame de Maintenon et son mariage? Il faut pourtant ou renon- cer à écrire l'histoire, ou ne rien supprimer des faits. Il faut faire sentir ce que les suites très mal ménagées de la révocation de l'édit de Nantes ont coûté à la France. Il faut avouer la mauvaise conduite du ministère dans la guerre de 1701. J'ai osé remplir tous ces devoirs, peutêtre dangereux; mais en disant ainsi la vérité, j'ose me flatter jusqu'à présent (car je peux me tromper) que j'ai élevé à la gloire de Louis XIV un monument plus durable que toutes les flatteries dont il a été accablé pendant sa vie. On a fait beaucoup d'histoires de lui; peut-être ne le irouvera-t-on vraiment grand que dans la mienne.

k PRÉFACE XI La première édilion du Siècle de Louis XIV {ni enlevée en quelques jours. Eu huit mois, outre deux traductions allemandes, huit réimpressions parurent à la Haye, à Dresde, à Leipsick, à Edimbourg. Elles étaient assez fautives, et Voltaire d'ailleurs remaniait toujours son œuvre, « Une première édition, écrivait-il au duc de Richelieu, le 16 juin 1757, n'est qu'un essai. » C'est pour- quoi il sollicitait toutes les observations et profitait de celles qu'on lui faisait. Muni de tant de secours, il fit une édition nouvelle en 1752 à Leipsick, une troisième à Dresde en 1753, une quatrième en 1756, une cinquième en 1757, une sixième en 1761. Les deux dernières édi- tions données du vivant de Voltaire et corrigées par lui datent de 1769 et de 1775. Des éditions parues après la mort de Voltaire, la meilleure est celle de Kehi, don- née par Condorcet et Beaumarchais (1785-1789). C'est son texte que nous avons adopté pour cette édition clas- sique.

Nous avons conservé à peu près pour cette édition, des- tinée à la jeunesse de nos écoles, le contexte établi par M. Dauban, à qui notre éditeur avait confié avant nous ce travail. Nous nous sommes attaché, pour éclaircir le texte, à augmenter ou à rectifier les notes, très pré- cieuses d'ailleurs, dont il l'avait déjà enrichie.

On a fait souvent à Voltaire le reproche de n'avoir pas donné à la fin de son ouvrage une sorte de conclusion qui en eût été comme le résumé. On la trouve, bien placée d'ailleurs, au commencement du Précis du siècle de Louis XV qui en est la suite naturelle. « Nous avons donné avec quelque étendue, dit-il, une idée du siècle de Louis XIV, siècle des grands hommes, des beaux-arts et de la poli- tesse. Il fut marqué, il est vrai, comme tous les autres, par des calamités publiques et particulières, inséparables de la nature humaine; mais tout ce qui peut consoler les PREFACE hommes, dans la misère de leur condition faible et péris- sable, semble avoir été prodigué dans ce siècle. » Et l'on peut encore ajouter que, pour le faire connaître et appré- cier, il a eu encore le bonheur de trouver un historien digne de lui.

SIÈCLE DE LOUIS XIV CHAPITRE PREMIERE Ce n'est pas seulement la vie de Louis XIV qu'on prétend écrire; ou se propose un plus grand objet. On veut essayer de peindre à la postérité, non les actions d'un seul homme, mais l'esprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais.

Tous les temps ont produit des héros et des politiques; tous les peuples ont éprouvé des révolutions; toutes les histoires sont presque égales pour qui ne veut mettre que des faits dans sa mémoire. Mais quiconque pense, et, ce qui est encore plus rare, quiconque a du goût, ne compte que quatre siècles dans l'histoire du monde; ces quatre âges heureux sont ceux où les arts ont été perfectionnés, et qui, servant d'époque à la grandeur de l'esprit humain, sont l'exemple de la postérité.

Le premier de ces siècles, à qui la véritable gloire est atta- chée, est celui de Philippe et d'Alexandre, ou celui des Péri- ples, des Démosthène, des Aristote, des Apelle, des Phidias, des Praxitèle; et cet honneur a été renfermé dans les limites •de la Grèce ^.

Le second âge est celui de César et dAugusle, désigné 1. Ce premier chapitre, qui parut, justement le siècle de Périclès. C'est ^vec le second, dès 1739, sous le nom à labri du pouvoir de ce grand d'Essais sur le siècle de Louis XIV, homme, à Athènes, que brillent Es- pourtâterTopinion publique, contient chyle, Sophocle, Euripide, Aristo- au milieu de vues générales élevées phane, Hérodote, Thucydide, Socrate, et justes, qui expliquent alors son Phidias; et ce sont des génies formés succès, un certain nombre d'asser- ensuite dans l'atmosphère dAlhènes, tions exagérées ou d'erreurs que Vol- Démosthène, Platon, Aristote, Xéno- iaire a reconnues plus tard. phon, Apelle, que Philippe et Alexan- 2. Nous disons aujourd'hui plus dre groupent près deux.

2 SIECLE DE LOUIS XIY encore par les noms de Lucrèce, de Cicéron. de Tite-Live, de Virgile, dHorace, d'Ovide, de Varron, de Yitruve.

Le troisième est celui ^ qui suivit la prise de Constantinople par Mahomet II. Le lecteur peut se souvenir ^ qu'on vit alors en Italie une famille de simples citoyens faire ce que devaient entreprendre les rois de l'Europe. Les Médicis appelèrent à Florence les savants, que les Turcs chassaient do la Grèce; c'était le temps de la gloire de l'Italie. Les beaux-arts y avaient déjà repris une vie nouvelle; les Italiens les honorèrent du nom de vertu, comme les premiers Grecs les avaient caracté- risés du nom de sagesse. Tout tendait à la perfection.

Les arts, toujours transplantés de Grèce en Italie, se trou- vaient dans un terrain favorable, où ils fructiilaient tout il coup. La France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, vou- lurent à leur tour avoir de ces fruits; mais ou ils ne vinrent point dans ces climats, ou bien ils dégénérèrent trop vite.

François I'"»" encouragea des savants, mais qui ne furent que savants; il eut des architectes, mais il n'eut ni des Mi- chel-Ange-^, ni des Palladio*; il voulut en vain établir de» écoles de peinture: les peintres italiens qu'il appela ne firent jDoint d'élèves français. Quelques épigrammes et quelques- contes libres composaient toute notre poésie. Rabelais était notre seul livre de prose à la mode, du temps de Henri II".

En un mot, les Italiens seuls avaient tout, si vous en excep- tez la musique, qui n'était pas encore perfectionnée, et ht philosophie expérimentale, inconnue partout également, et qu'enfin Galilée fit connaître''.

Le quatrième siècle est celui qu'on nomme le siècle de Louis XIY, et c'est peut-être celui des quatre qui approche le- plus de la perfection. Enrichi des découvertes des trois au- tres, il a plus fait en certains genres que les trois ensemble.

1. Pourquoi n'avoir pas dit le sièt-lo de nombreux ouvrages. On eût mieux de Léou X, comme on le fait aujour- aimé voir citer Leouard de Yiuci. un d'iiui souvent? génie universel comme Michel-.A.nge.

2. Allusion à l'Essai sur les tnœiirs, 5. Nous avions nos grands artistes, qui n'était pour Yoltaire quune vasle qu'il ne faut pas oulilier; Pierre Nep- iulroductiou au Si'cclc de Louis XIV. veu, Pierre Lescot, PliilibertDeiorme,.

3. Miclul-Auge Buonauotti, grand Germain Pilou, Jean Goujon; et nos architecte. grand peintre et grauil poètes, Villou, Marot, Ronsard: et nos- sculpteur, ne en Toscane en liTi; il écrivains, Jacques Amyot, traducteur mourut eu 1 JG4. de Plutarque, Montaigne et tant dau- 4. « Palladio, » célèbre architecte teurs de mémoires intéressants, né eu 1518, à "Vicence, qu'il embellit G. Il vécut de 1 JGi à 1642.

l CHAPITRE PREMIER y Tous les arts, à la vérité, n'ont point été poussés plus loin que sous les Médicis, sous les Auguste, les Alexandre; mai* la raison humaine en général s'est perfectionnée. Il est vrai de dire qu'à commencer depuis les dernières années du cardinal de Richelieu, jusqu'à celles qui ont suivi la mort de Louis XIY,. il s'est fait dans nos arts, dans nos esprits, dans nos mœurs,, comme dans notre gouvernement, une révolution générale qui doit servir de marque éternelle à la véritable gloire de notre patrie. Cette heureuse influence ne s'est pas même ar- rêtée en France; elle s'est étendue en Angleterre; elle a excité l'émulation dont avait alors besoin cette nation spirituelle et hardie; elle a porté le goût en Allemagne, les sciences en Russie; elle a même ranimé l'Italie qui languissait, et l'Eu- rope a dû sa politesse ^ et l'esprit de société à la cour de Louis XIV.

Il ne faut pas croire que ces quatre siècles aient été exempts de malheurs et de crimes. La perfection des arts, cultivés par des citoyens paisibles, n'empêche pas les princes d'être am- bitieux, les peuples d'être séditieux. Tous les siècles se res- semblent par la méchanceté des hommes; mais je ne connais que ces quatre âges distingués par les grands talents.

Avant le siècle que j'appelle de Louis XIY, et qui commence à peu près à l'établissement de l'Académie française-, les Ita- liens appelaient tous les ultramontains ^ du nom de barbares: il faut avouer que les Français méritaient en quelque sorte cette injure. Leurs pères joignaient la galanterie romanesque des Maures à la grossièreté gothique*. Ils n'avaient presque aucun des arts aimables, ce qui prouve que les arts utiles- étaient négligés °; car, lorsqu'on a perfectionné ce qui est né- cessaire, on trouve bientôt le beau et l'agréable; et il n'est pas étonnant que la peinture, la sculpture, la poésie, l'éloquence, la philosophie, fussent presque inconnues à une nation qui, ayant des ports sur l'Océan et sur la Méditerranée, n'avait 1. Dans le sous de culture et de ci- 4. II faudrait dire plutôt des Ara- vilisation. l/cx policés du xw siècle, et gothique- 2. « L'Académie française » fut ins- î'^* employé par Voltaire pour bar- tituée le 2 janvier 163.5. Richelieu fit ^'•"'e.

donner par le roi des lettres patent-s,.^- ^"^ J"gement si injuste de A ol- et se déclara protecteur de cette coni- *^"''", *''"t à.lignorance ou au mépris pao-nie 'I"*^ nommes de son temps professaient comme lui pour l'époque da .3. Ceux qui pour eux habitaient au moyen âge, dont les mérites n'ont été delà des monts des Alpes. cvélés que de nos jours.

4 SIECLE DE LOUIS XIY pourtant point de flotte, et qui, aimant le luxe à l'excès, avait à peine quelques manufactures grossières*.

Les Juifs, les Génois, les Vénitiens, les Portugais, les Fla- mands, les Hollandais, les Anglais, firent tour à tour le com- merce de la France, qui en ignorait les principes. Louis XIII, à son avènement à la couronne, n'avait pas un vaisseau: Paris ne contenait pas quatre cent mille hommes, et n'était pas dé- coré de quatre beaux édifices-; les autres villes du royaume ressemblaient à ces bourgs qu'on voit au delà de la Loire. Toute la noblesse, cantonnée à la campagne dans des donjons entourés de fossés, opprimait ceux qui cultivent la terre. Les grands chemins étaient presque impraticables; les villes étaient sans police, l'Etat sans argent, et le gouvernement presque toujours sans crédit parmi les nations étrangères.

Il faut, pour qu'un Etat soit puissant, ou que le peuple ait une liberté fondée sur les lois, ou que l'autorité souveraine soit affermie sans contradiction. En France, les peuples furent esclaves jusque vers le temps de Philippe-Auguste; les sei- gneurs furent tyrans jusqu'à Louis XI; et les rois, toujours occupés à soutenir leur autorité contre leurs vassaux, n'eurent jamais ni le temps de songer au bonheur de leurs sujets, ni le pouvoir de les rendre heureux-^.

Louis XI fit beaucoup pour la puissance royale, mais rien pour la félicité et la gloire de la nation*. François I<^'" fit naître 1. Voltaire s'est contredit lui-même dans le passage suivant de son Essai sur les mœurs sous Louis XIV: « Le commerce et les arts sont en honneur. Les étoffes d'argent et d'or reparais- sent avec plus d'éclat et enrichissent Lyon et la France. Paris est agrandi et embelli. Henri IV forme la place Iloyale, rebâtit tous les forts. Il est le vrai fondateur de la bibliothèque royale. » (clxxiv.)

2. Les plus belles parties du Lou- vre existaient, les Tuileries étaient commencées, et la plus ancienne par- tie du palais du Luxembourg achevée. Voltaire compte pour rien Notre- Dame de Paris et les plus belles églises du moyen âge, dont il n'ap- préciait point le style gothique.

3. Il faut en excepter Philippe- Auguste, qui, sans avoir rendu ses sujets heureux, ce qui est toujours bien difficile, eut le temps de faire bien des ordonnances qui améliorèrent leur sort, et Louis IX, dont Voltaire lui-même a dit: « Sa piété ne lui ôta aucune vertu de roi. Une sage écono- mie ne déroba rien à sa libéralité. Il sut accorder une politique profonde avec une justice exacte. Prudent et franc dans le conseil, intrépide dans les combats sans être emporté, com- patissant comme s'il n'avait jamais été que malheureux, il n'est pas donné à Ihomme de porter plus loin la vertu. » (LVHi.)

4. Louis XI a établi les postes, fait planter des mûriers en Touraine, en- couragé l'imprimerie, anu-lioré la po- lice, conclu les trêves marchandes de Picquigny et de Soleure. Volt;ure a dit, au chapitre xciv de son Essai sur I CHAPITRE PREMIER 5 le conimorcc, la navigation, les lettres et tous les arts; mais il fut trop malheureux pour leur faire prendre racine en France, et tous périrent avec lui *. Henri le Grand allait retirer la France des calamités et de la barbarie où trente ans de dis- corde lavaient replongée, quand il fut assassiné dans sa capi- tale, au milieu du peuple dont il commençait à faire le bon- heur. Le cardinal de Richelieu, occupé d'abaisser la maison d'Autriche, le calvinisme et les grands, ne jouit point d'une puissance assez paisible pour réformer la nation; mais au moins il commença cet heureux ouvrage.

Les Français n'eurent part ni aux grandes découvertes ni aux inventions admirables des autres nations: l'imprimerie, la poudre, les glaces, les télescopes, le compas de proportion, la machine pneumatique, le vrai système de l'univers, ne leur appartiennent point; ils faisaient des tournois, pendant que les Portugais et les Espagnols découvraient et conquéraient de nouveaux mondes à l'orient et à l'occident du monde connu. Charles-Quint prodiguait déjà en Europe les trésors du Mexi- que, avant que quelques sujets de François l'^r eussent décou- vert la contrée inculte du Canada-; mais, par le peu même que firent les Français dans le commencement du xvi" siècle, on vit de quoi ils sont capables quand ils sont conduits.

On se propose de montrer ce qu'ils ont été sous Louis XIA.