tiou de ledit de Nantes le força de 2. Berwick (Jacques Fitzjamcs de), s'enfuir eu Angleterre, où il se fit na- fils naturel du roi d'Angleterre Jacturaliser. Il commandait à la bataille ques II, et d'une sœur du duc de Marlde Nerwinde un régiment de ces ré- borough; maréchal de Franco en 1708, fugiés qui se distinguèrent dans les tué au siège de Philipsbourg. Il a batailles coutre la France par leur au- laissé des Mémoires publies en 1778.
CHAPITRE XXI 239 réchal de Vauban, le premier des ingénieurs, le meilleur des citoyens, homme toujours occupé de projets, les uns utiles, les autres peu praticables, et tous singuliers, proposa à la cour de France d'envoyer Philippe V régner en Amérique; ce prince y consentit. On l'eût fait embarquer avec les Espagnols attachés à son parti. L'Espagne eût été abandonnée aux fac- tions civiles. Le commerce du Pérou et du Mexique n'eût plus été que pour les Français; et dans ce revers de la famille de Louis XIY, la France eût encore trouvé sa grandeur. On dé- libéra sur ce projet à Versailles; mais la constance des Cas- tillans et les fautes des ennemis conservèrent la couronne à Philippe Y. Les peuples aimaient dans Philippe le choix qu'ils avaient fait, et dans sa femme, fille du duc de Savoie, le soin qu'elle prenait de leur plaire, une intrépidité au-dessus de son sexe et une constance agissante dans le malheur^. Elle allait elle-même de ville en ville animer les cœurs, exciter le zèle €t recevoir les dons que lui apportaient les peuples. Elle four- nit ainsi à son mari plus de deux cent mille écus en trois se- maines. Aucun des grands qui avaient juré d'être fidèles ne fut traître. Quand Galloway fit proclamer l'archiduc dans Madrid, on cria: Vive Philippe! et à Tolède, le peuple ému chassa ceux qui avaient proclamé l'archiduc.
Les Espagnols avaient jusque-là fait peu d'efforts pour sou. tenir leur roi; ils en firent de prodigieux quand ils le virent abattu, et montrèrent en cette occasion une espèce de courage contraire à celui des autres peuples, qui commencent par de grands efforts, et qui se rebutent. Il est difficile de donner un roi à une nation malgré elle. Les Portugais, les Anglais, les Autrichiens, qui étaient en Espagne, furent harcelés partout, manquèrent de vivres, firent des fautes presque toujours iné- vitables dans un pays étranger, et furent battus en détail (22 septembre 1706). Enfin Philippe Y, trois mois après être sorti de Madrid en fugitif, y rentra triomphant, et fut reçu avec autant d'acclamations que son rival avait éprouvé de froi- deur et de répugnance.
Louis XIY redoubla ses efforts quand il vit que les Espa- gnols en faisaient; et tandis qu'il veillait à la sûreté de toutes les côtes sur l'Océan et sur la Méditerranée, en y plaçant des 1. Cette princesse, dit Saint-Simon, sage, ferme, suivi. Elle devint la divi- était née avec de l'esprit, et, dans cette nité de l'Espagne, nremière jeunesse, avec un esprit 240 SIÈCLE DE LOUIS XIV milices; tandis qu'il avait une armée en Flandre, une auprès de Strasbourg, un corps dans la Navarre, un dans le Roussil- lon, il envoyait encore de nouvelles troupes au maréchal de Berwick dans la Castille.
(25 avril 1707.) Ce fut avec ces troupes, secondées des Es- pagnols, que Berwick gagna La bataille importante d'Almanza sur Galloway. Almanza, ville bàtic par les Maures, est sur la frontière de Valence: cette belle province fut le prix de la victoire. Ni Philippe Y ni l'archiduc ne furent présents à cette journée; et c'est sur quoi le fameux comte Péterborough, sin- gulier en tout, s'écria qu'on était bien bon de se battre pour eux. C'est ce qu'il manda au maréchal de Tessé, et c'est ce que je tiens de sa bouche. Il ajoutait qu'il n'y avait que des esclaves qui combattissent pour un homme, et qu'il allait com- battre pour une nation. Le duc d'Orléans, qui voulait être à cette action, et qui devait commander en Espagne, n'arriva que le lendemain; mais il profita de la victoire; il prit plusieurs places, et entre autres Lérida, l'écueil du grand Condé.
(22 mai 1707.) D'un autre côté, le maréchal de A'illars, remis en France à la tête des armées, uniquement parce qu'on avait besoin de lui, réparait en Allemagne le malheur de la journée d'Hochstedt. Il avait forcé les lignes ^ de StolhofFen au delà du Rhin, dissipé toutes les troupes ennemies, étendu les contri- butions à cinquante lieues à la ronde, pénétré jusqu'au Da- nube. Ce succès passager faisait respirer sur les frontières de l'Allemagne; mais en Italie tout était perdu. Le royaume de Naples sans défense, et accoutumé à changer de maître, était sous le joug des victorieux; et le pape, qui n'avait pu empê- cher que les troupes allemandes passassent par son territoire, voyait, sans oser murmurer, que l'Empereur se fît son vassal malgré lui. C'est un grand exemple de la force des opinions reçues et du pouvoir de la coutume, qu'on puisse toujours s'emparer de Naples sans consulter le pape, et qu'on n'ose jamais lui en refuser l'hommage.
Pendant que le petit-fils de Louis XIV perdait Naples, l'aïeul était sur le point de perdre la Provence et le Dauphiné. Déjà le duc de Savoie et le prince Eugène y étaient entrés par le col de Tende-. Ces frontières n'étaient pas défendues comme 1. Ces lignes formidables s'éten- tagnos de la forêt Noire par Bilchl. daient sur le Rhin de Philipsbourg à 2. Le col de Tende conduit de Tu- Stolhoffen, et de Stolhoffen aux mon- rin à Nice.
CHAPITRE XXI 24Î le sont la Flandre et l'Alsace, théâtre éternel de la guerre,^ hérissé de citadelles que le danger avait averti d'élever. Point de pareilles précautions vers le Yar, point de ces fortes places- qui arrêtent l'ennemi, et qui donnent le temps d'assembler des armées. Cette frontière a été négligée jusqu'à nos jours, sans que peut-être on puisse en alléguer d'autre raison, sinon (jue les hommes étendent rarement leurs soins de tous les côtés *. Le roi de France voyait avec une indignation doulou- reuse que ce même duc de Savoie, qui un an auparavant n'a- vait presque plus que sa capitale, et le prince Eugène, qui avait été élevé dans sa cour, fussent prêts de lui enlever Tou- lon et Marseille.
(Août 1707.) Toulon était assiégé et pressé; une flotte an- glaise, maîtresse de la mer, était devant le port et le bombar- dait. Un peu plus de diligence, de précautions et de concert aurait fait tomber Toulon. Marseille sans défense n'aurait pas tenu; et il était vraisemblable que la France allait perdre deux provinces. Mais le vraisemblable n'arrive pas toujours. On eut le temps d'envoyer des secours. On avait détaché des troupes de l'armée de Villars, dès que ces provinces avaient été menacées; et on sacrifia les avantages qu'on avait en Al- lemagne pour sauver une partie de la France. Le pays par où les ennemis pénétraient était sec, stérile, hérissé de mon- tagnes; les vivres rares, la retraite difficile. Les maladies, qui désolèrent l'armée ennemie, combattirent encore pour Louis XIY. — (22 août 1707.) Le siège de Toulon fut levé, et bientôt la Provence délivrée, et le Dauphiné hors de danger: tant le succès d'une invasion est rare, quand on n'a pas de grandes intelligences dans le pays! Charles-Quint y avait échoué; et, de nos jours, les troupes de la reine de Hongrie y échouèrent encore-.
1. Los invasions n'ont jamais réussi dans letemps du sioge. II le vit dans de ce côtij chez nous. Le pays offre Alt-Ranstadt en avril ITOT, et le siège trop dobstacles naturels et est trop deToulonfutlevéaumoisdaoùt.Char- loin du centre. les XII, d'ailleurs, ne se mêla jamais 2. Le respect pour la vérité dans de cette guerre; il refusa coustam- les plus petites choses, dit Voltaire, ment de voir tous les Français qu'on oblige encore de relever le discours lui députa. On ne trouve dans les Mé- que le compilateur des Mémoires de moires de Maintcnon qu(i des discours madame de Maiiitenon fait tenir par qu'on n'a ni tenus ni pu tenir; et on le roi de Suéde, Charles XII, au duc ne peut regarder ce livre que comme de Marlborough: Si Toulon est pris, je un roman mal digéré, [v.] — La reine L'irai reprendre. Ce général anglais de Hongrie pendant la guerre de suc- n'était point auprès du roi de Suède cession était Marie-Thérèse.
14 242 SIECLE DE LOUIS XIV Cependant celte irruption, qui avait coûté beaucoup aux alliés, ne coûtait pas moins aux Français: elle avait ravagé une grande étendue de terrain, et divisé les forces.
L'Europe ne s'attendait pas que dans un temps d'épuise- ment, et lorsque la France comptait pour un grand succès d'être échappée à une invasion, Louis XIV aurait assez de grandeur et de ressources pour tenter lui-même une invasion dans la Grande-Bretagne, malgré le dépérissement de ses forces maritimes, et malgré les flottes des Anglais, qui cou- vraient la mer. Ce projet fut proposé par les Ecossais atta- chés au fils de Jacques II. Le succès était douteux; mais Louis XIV^ envisagea une gloire certaine dans la seule entre- prise. Il a dit lui-même que ce motif l'avait déterminé au- tant que l'intérêt politique.
Porter la guerre dans la Grande-Bretagne, tandis qu'on en soutenait le fardeau si difficilement en tant d'autres endroits, et tenter de rétablir du moins sur le trône d'Ecosse le fils de Jacques II, pendant qu'on pouvait à peine maintenir Phi- lippe Y sur celui d'Espagne, c'était une idée pleine de gran- •deur, et qui, après tout, n'était pas destituée de vraisemblance. Parmi les Écossais, tous ceux qui ne s'étaient pas vendus à la cour de Londres gémissaient d'être dans la dépendance des Anglais. Leurs vœux secrets appelaient unanimement le descendant de leurs anciens rois, chassé, au berceau, des trô- nes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et à qui on avait dis- puté jusqu'à sa naissance^. On lui promit qu'il trouverait trente mille hommes en armes qui combattraient pour lui, s'il pou- vait seulement débarquer vers Edimbourg avec quelque se- cours de la France.
Louis XIV, qui dans ses prospérités passées avait fait tant d'efforts pour le père, en fit autant pour le fils dans le temps même de ses revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante et dix bâtiments de transport, furent préparés à Dunkerquc. — (Mars 1708.1 Six mille hommes furent embarqués. Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon, commandait les troupes. Le chevalier de Forbiu-Janson, l'un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte. La conjoncture paraissait favorable; il n'y avait en Ecosse que trois mille hommes de troupes ré- glées. L'Angleterre était dégarnie. Ses soldats étaient occu- ■ pés en Flandre sous le duc de Marlborough. Mais il fallait 1. On lavait pri-tcndu supposé.
CHAPITRE XXI 2W arriver; et les Anglais avaient eu mer une flotte de près de cinquante vaisseaux de guerre. Celte entreprise fut entière- ment semblable à celle que nous avons vue, en 1744, en fa- veur du petit-fils de Jacques II. Elle fut prévenue par le»- Anglais. Des contretemps la dérangèrent. Le ministère de Londres eut même le temps de faire revenir douze bataillons de Flandre. On se saisit dans Edimbourg des hommes les plus suspects. Enfin le prétendant s'étant présenté aux côtes d'E- cosse, et n'ayant point vu les signaux convenus, tout ce que put faire le chevalier de Forbin, ce fut de le ramener à Dun- kerque. Il sauva la flotte; mais tout le fruit de l'entreprise fut perdu. Il n'y eut que Matignon qui y gagna. Ayant ouvert les ordres de la cour en pleine mer, il y vit les provisions de maréchal de France, récompense de ce qu'il voulut et qu'il ne put faire.
Quelques historiens^ ont supposé que la reine Anne était d'intelligence avec son frère. C'est une trop grande simplicité de penser quelle invitât son compétiteur à la venir détrôner. On a confondu les temps: on a cru qu'elle le favorisait alors, parce que depuis elle le regarda eu secret comme son héri- tier 2. Mais qui peut jamais vouloir être chassé par son suc- cesseur?
Tandis que les affaires de la France devenaient de jour en jour plus mauvaises, le roi crut qu'en faisant paraître le duc de Bourgogne, son petit-fils, à la tète des armées de Flandre, la présence de l'héritier présomptif de la couronne ranimerait l'émulation, qui commençait trop à se perdre. Ce jDrince, d'un esprit ferme et intrépide, était pieux, juste et philosophe. Il était fait pour commander à des sages. Elève de Fénelon, archevêque de Cambrai, il aimait ses devoirs: il aimait les hommes; il voulait les rendre heureux. Instruit dans l'art de la guerre, il regardait cet art plutôt comme le fléau du genre humain et comme une nécessité malheureuse, que comme une source de véritable gloire. On opjDOsa ce prince philosophe au duc de Marlborough: on lui donna pour l'aider le duc de Vendôme 3. Il arriva ce qu'on ne voit que trop souvent: le grand capitaine ne fut pas assez écouté, et le conseil du 1. Entre autres Reboulet, p. 233 du 3. Saint-Simon, dans ses Mé/noi- t. VIII. II fonde ses soupçons sur ceux rcs (chapitre cxcv), fait d'excel- du chevalier de Forbin. [v.] lents portraits de ces deux géné- 2. Elle lui facilitait l'accès du trône raux, si dillercnts de caractère et de lorsqu'elle mourut. capacité.
'244 SIECLE DE LOUIS XIV prince balança souvent les raisons du général. Il se forma deux partis; et dans l'armée des alliés il n'y en avait qu'un, ■celui de la cause commune. Le prince Eugène était alors sur le Rhin; mais toutes les fois qu'il fut avec Marlborough, ils n'eurent jamais qu'un sentiment.
Le duc de Bourgogne était supérieur en forces: la France, ■que l'Europe croyait épuisée, lui avait fourni une armée de près de cent mille hommes, et les alliés n'en avaient alors que quatre-vingt mille. Il avait encore l'avantage des négociations dans un pays si longtemps espagnol, fatigué de garnisons hollandaises, et où beaucoup de citoyens penchaient pour Philippe V. Des intelligences lui ouvrirent les portes de Gand et d'Ypres; mais les manœuvres de guerre firent évanouir le fruit des manœuvres de politique. La division, qui mettait de l'incertitude dans le conseil de guerre, fit que d'abord on mar- cha vers la Dendre^, et que deux heures après on rebroussa vers l'Escaut, à Oudenarde: ainsi on perdit du temps. On trouva le prince Eugène et Marlborough qui n'en perdaient point, et qui étaient unis. — (il juillet 1708.) On fut mis en déroute vers Oudenarde; ce n'était pas une grande bataille, mais ce fut une fatale retraite. Les fautes se multiplièrent. Les régiments allaient où ils pouvaient, sans recevoir aucun ordre. Il y eut même plus de quatre mille hommes qui furent pris en chemin par l'armée ennemie, à quelques milles du champ de bataille ^.
L'armée découragée se retira sans ordre sous Gand, sous Tournai, sous Ypres, et laissa tranquillement le prince Eu- gène, maître du terrain, assiéger Lille avec une armée moins nombreuse.
Mettre le siège devant une ville aussi grande et aussi forti- fiée que Lille, sans être maître de Gand, sans pouvoir tirer ses convois que d'Ostende, sans les pouvoir conduire que par une chaussée étroite, au hasard d'être à tout moment surpris, c'est ce que l'Europe appela une action téméraire, mais que la mésintelligence et l'esprit d'incertitude qui régnaient dans l'armée française rendirent excusable; c'est enfin ce que le succès justifia. Leurs grands convois, qui pouvaient être en- levés, ne le furent point. Les troupes qui les escortaient, et 1. On Dondcr, petit affluent de l'Es- pitre cm des Mimoircs, le reproche <raut. adressé par Vendôme au duc de Bour- 2. Voir dans Saint-Simon, au cha- gogne.
CHAPITRE XXI 245 ■.luî devaient être battues par un nombre supérieur, furent victorieuses. L'armée du duc de Bourgogne, qui pouvait atla- iiuer les retranchements de l'armée ennemie imparfaits, ne les attaqua pas. — (23 octobre 1708.) Lille fut prise, au grand t'tonnement de toute lEurope, qui croyait le duc de Bourgo- irne plus en état d'assiéger Eugène et Marlborough, que ces _i'néraux en état d'assiéger Lille. Le maréchal de Boufflers a défendit pendant près de quatre mois.
Les habitants s'accoutumèrent tellement au fracas du canon et à toutes les horreurs qui suivent un siège, qu'on donnait dans la ville des spectacles aussi fréquentés qu'en temps de paix, et qu'une bombe qui tomba près de la salle de la comé- die n'interrompit point le spectacle.
Le maréchal de Boufflers avait mis si bon ordre à tout, que les habitants de cette grande ville étaient tranquilles sur la foi de ses fatigues. Sa défense lui mérita l'estime des enne- mis, les cœurs des citoyens et les récompenses du roi. Les historiens, ou plutôt les écrivains de Hollande, qui ont affecté ■de le blâmer, auraient dû se souvenir que, quand on contre- dit la voix publique, il faut avoir été témoin, et témoin éclairé, ou prouver ce qu'on avance*.
Cependant l'armée qui avait regardé faire le siège de Lille se fondait peu à peu; elle laissa prendre ensuite Gand, Bru- ges et tous les postes l'un après l'autre. Peu de campagnes furent aussi fatales. Les officiers attachés au duc de Vendôme a*eprochaient toutes ces fautes au conseil du duc de Bourgo- gne; et ce conseil rejetait tout sur le duc de Vendôme. Les •esprits s'aigrissaient par le malheur. Les succès rapides des alliés enflaient le cœur de l'empereur Joseph. Despotique dans lEmpire, maître de Landau, il voyait le chemin de Paris pres- 2. Telle est Ihistoire qu'un libraire, ra, ajoute-t-il, que Louis, dans la fernommé Van Duren, fit écrire par le je- veur du plaisir que lui donnait la cer' suite la Motte, réfugié en Hollande titude d'une victoire inattendue, offrit sous le nom de la Hode, continuée ou promit le trône à madame de Mainpar la Martiniére: le tout sur les pré- tenon. Comment, dans la ferveur de tendus Mémoires d'un comte de"*, se- limpertinence, peut-on mettre sur le crétaire dEtat. Les Mémoires de ma- papier ces nouvelles et ces discours dame de Maintenon, encore plus rem- des halles? Comment cet insensé aplis de mensonges, disent (t. IV, p. t-ilpupousserl'eirronteriejusquàdire 119) que les assiégeants jetaient dans que le duc de Bourgogne trahit le roi la ville des billets conçus en ces ter- son grand-père, et fit prendre Lille mes: Rassurez - vous, Français, la par le prince Eugène, de peur que Maintenon ne sera pas votre reine; madame de Maintenon ne fût déclarée nous ne lèverons pas le siège. On croi- reine? [v.j 246 SIECLE DE LOUIS XIV que ouvert par la prise de Lille. Déjà même un parti hollan- dais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu'au- près de Versailles, et avait enlevé sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, croyant se saisir de la personne dn Dauphin, père du duc de Bourgogne i. La terreur était dans Paris.
L'Empereur avait autant d'espérance au moins d'établir son frère Charles en Espagne, que Louis XIV d'y conserver son petit-fils. Déjà cette succession, que les Espagnols avaient voulu rendre indivisible, était partagée entre trois têtes. L'Empereur avait pris pour lui la Lombardie et le royaume de iS'aples. Charles son frère avait encore la Catalogne et une partie de l'Aragon. Le pape Clément XI avait toujours re- connu Philippe V, à l'exemple de son prédécesseur; et il était attaché à la maison de Bourbon. L'Empereur l'en punit, en déclarant dépendants de l'Empire beaucoup de fiefs qui rele- vaient jusqu'alors des papes, et surtout Parme et Plaisance, en ravageant quelques terres ecclésiastiques, en se saisissant de la ville de Comacchio.
(Août 1708.) Restait à la monarchie espagnole, au delà du continent, 1 île de Sardaigne avec celle de Sicile. Une flotte anglaise donna la Sardaigne à l'empereur Joseph; car les Anglais voulaient que l'archiduc son frère n'eût que l'Espa- gne. Leurs armes faisaient alors les traités de partage. Ils réservèrent la conquête de la Sicile pour un autre temps, et aimèrent mieux employer leurs vaisseaux à chercher sur les mers les galions de l'Amérique, dont ils prirent quelques-uns, qu'à donner à l'Empereur de nouvelles terres.
La France était aussi humiliée que Rome, et plus en dan- ger: les ressources s'épuisaient, le crédit était anéanti; les peuples, qui avaient idolâtré leur roi dans ses prospérités, murmuraient contre Louis XIV malheureux.
Des partisans-, à qui le ministère avait vendu la nation pour quelque argent comptant dans ces besoins pressants, s'en- 1. « On ne doit pas attribuer à l'ex- (L'abbé Provart, Vie du duc de Boiir^ trèmo confiance des alliés et à la prise gogne.)
de Lille, qui n'était pas encore assié- 2. « Partisan », fermier public, ce— gée, ua fait qui prouve seulement la lui qui prenait à ferme les impôts témérité d'un aventurier, un certain indirects, tels que la gabelle, par Quintcm. Encore l'audace de ce Quin- exemple, dont il rendait au roi ua tem ne réussit qu'à moitié, puisqu'il prix (ixé par un traité qu'on appelait peu de distimce il fut fait prisonnier. » parti.
CHAPITRE XXI 247 graissaient du malheur public, et insultaient à ce malheur par leur luxe. Ce qu'ils avaient prêté était dissipé, sans l'in- dustrie hardie de quelques négociants, et surtout de ceux de Saint-Malo, qui allèrent au Pérou et rapportèrent trente mil- lions dont ils prêtèrent la moitié à l'Etat, Louis XIV n'aurait pas eu de quoi payer ses troupes. La guerre avait ruiné la France, et des marchands la sauvèrent^. Il en fut de même en Espagne. Les galions qui ne furent pas pris par les Anglais servirent à défendre Philippe. Mais cette ressource de quel- ques mois ne rendait pas les recrues de soldats plus faciles. Chamillart, élevé au ministère des finances et de la guerre, se démit en 1708 des finances, qu'il laissa dans un désordre que rien ne put réparer sous ce règne; et en 1709 il quitta le ministère de la guerre, devenu non moins difficile que l'autre. On lui reprochait beaucoup de fautes. Le public, d'autant plus sévère qu'il souffrait, ne songeait pas qu'il y a des temps malheureux où les fautes sont inévitables^. Voisin, qui après lui gouverna l'état militaire, et Desmarels^, qui administra les finances, ne purent ni faire des plans de guerre plus heu- reux, ni rétablir un crédit anéanti.
(1709.) Le cruel hiver de 1709 acheva de désespérer la na- tion. Les oliviers, qui sont une grande ressource dans le midi de la France, périrent. Presque tous les arbres fruitiers ge- lèrent. Il n'y eut point d'espérance de récolte. On avait très peu de magasins. Les grains, qu'on pouvait faire venir à grands frais des Echelles du Levant * et de l'Afrique, pouvaient être pris par les flottes ennemies, auxquelles on n'avait pres- que plus de vaisseaux de guerre à opposer. Le fléau de cet hiver était général dans l'Europe; mais les ennemis avaient plus de ressources. Les Hollandais surtout, qui ont été si 1. Le plus riche de ces banquiers refonte générale des monnaies. Il fut et le plus riclieparticulier de l'Europe ordonné que les louis auraient cours était Samuel-Bernard. On lui em- pour 20 livres au lieu de 16 livres 10 prunta onze millions. sols, et les écus pour 5 livres au lieu 2. L'histoire de la Motte, rédigée de 4 livres 8 sols. On eut cette année par la Martiniére, dit que Chamillart (1709) des peines incroyables pour fut destitué du ministère des finances pourvoir à la subsistance de l'armée, en 1703, et que la voix publique y ap- avec l'excessive cherté des grains, pela le maréchal d'Harcourt. Les fan- (Voir Forbonnais, Recherches sur les tes de cet. historien sont sans nom- finances.)
bre. [v.] 4. On appelle ainsi les ports de la Mé- 3. Desmarets était neveu de Col- diterranée orientale soumis aux Turcs, bert. Il eut recours d'abord, pour Constantinople, Salonique, Smyrne, orcer des ressources à l'Etat, à une Chypre, etc.
248 SIÈCLE DE LOUIS XIV longtemps les facteurs des nations, avaient assez de maga- sins pour mettre les armées florissantes des alliés dans l'a- bondance, tandis que les troupes de France, diminuées et découragées, semblaient devoir périr de misère.
Le roi vendit pour quatre cent mille francs de vaisselle ■d'or. Les plus grands seigneurs envoyèrent leur vaisselle <l'argent à la Monnaie. On ne mangea dans Paris que du pain bis pendant quelques mois. Plusieurs familles, à Versailles même, se nourrirent de pain d'avoine. Madame de Maintenon en donna l'exemple.
Louis XIV, qui avait déjà fait quelques avances pour la paix, n'hésita pas, dans ces circonstances funestes, à la demander à ces mêmes Hollandais autrefois si maltraités par lui.
Les Etats-Généraux n'avaient plus de stathouder depuis la mort du roi Guillaume; et les magistrats hollandais qui ap- pelaient déjà leurs familles les familles patriciennes, étaient autant de rois. Les quatre commissaires hollandais députés à l'armée traitaient avec fierté trente princes d'Allemagne à leur solde. Qu'on fasse venir Holstein, disaient-ils; qu'on dise à Hesse de nous venir parler^. Ainsi s'expliquaient des marchands qui, dans la simplicité de leurs vêtements et -dans la frugalité de leurs repas, se plaisaient à écraser à la fois l'orgueil allemand qui était à leurs gages, et la fierté d'un grand roi autrefois leur vainqueur.
On les avait vus vendre à bas pris leur attachement à Louis XIV en 1665, soutenir leurs malheurs en 1672, et les réparer avec un courage intrépide; et alors ils voulaient user de leur fortune. Ils étaient bien loin de s'en tenir à faire voir aux hommes, par de simples démonstrations de supériorité, qu'il n'y a de vraie grandeur que la puissance: ils voulaient que leur Etat eût en souveraineté dix villes en Flandre, entre autres Lille, qui était entre leurs mains, et Tournai, qui n'y était pas encore. Ainsi les Hollandais prétendaient retirer le fruit de la guerre, non seulement aux dépens de la France-, mais encore aux dépens de l'Autriche, pour laquelle ils com- 1. C'est ce que l'auteur tient de la d'un stvle laconique assez en usage bouche de vingt personnes qui les dans les armées, [v.] entendirent parler ainsi à Lille, après 2. « Encore quelques années, dila prise de cette ville. Cependant il saient les Hollandais, et la France, se peut que ces expressions fussent si formidable, ne sera plus à crainmoins TeÛet d'une fierté grossière que dre. » CHAPITRE XXI 249 battaient, comme Venise avait autrefois augmenté son terri- toire des terres de tous ses voisins. L'esprit républicain est au fond aussi ambitieux que l'esprit monarchique.
Il y parut bien quelques mois après; car, lorsque ce fan- tôme de négociation fut évanoui, lorsque les armes des alliés ourcnt encore de nouveaux avantages, le duc de Marlborough, plus maître alors que sa souveraine en Angleterre, et gagné parla Hollande, fit conclure avec les États-Généraux, en 1709, ce célèbre traité de barrière, par lequel ils resteraient maîtres de toutes les villes frontières qu'on prendrait sur la France, auraient garnison dans vingt places de la Flandre, aux dépens du pays, dans Iluy, dans Liège et dans Bonn, et auraient en toute souveraineté la haute Gueldre, Ils seraient devenus en <?ffet souverains des dix-sept provinces des Pays-Bas, ils au- raient dominé dans Liège et dans Cologne. C'est ainsi qu'ils voulaient s'agrandir sur les ruines mêmes de leurs alliés. Ils nourrissaient déjà ces projets élevés, quand le roi leur en- voya secrètement le président Rouillé pour essayer de traiter avec eux.
Ce négociateur vit d'abord dans Anvers deux magistrats d'Amsterdam, Bruys et Vanderdussen, qui parlèrent en vain- queurs, et qui déployèrent, avec l'envoyé du plus fier des rois, toute la hauteur dont ils avaient été accablés en 1672. On affecta ensuite de négocier quelque temps avec lui, dans un de ces villages que les généraux de Louis XIV avaient mis autrefois à feu et à sang. Quand on l'eut joué assez longtemps, on lui déclara qu'il fallait que le roi de France forçât le roi son petit-fils à descendre du trône sans aucun dédommage- ment, que l'électeur de Bavière François-Marie et son frère l'électeur de Cologne demandassent grâce, ou que le sort des armes ferait les traités.
Les dépèches désespérantes du président Rouillé arrivaient coup sur coup au conseil, dans le temps de la plus déplorable misère où le royaume eût été réduit dans les temps les plus funestes. L'hiver de 1709 laissait des traces affreuses: le peuple périssait de famine; les troupes n'étaient point payées; la désolation était partout. Les gémissements et les terreurs du public augmentaient encore le mal.