SigPhi · Voltaire

Zaïre : tragédie

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V. 1420. Mais malheur aux ingrats. — C'est sur une menace de ce genre, destinée à faire pressentir le crime du dénoûment, que se termine presque toujours un quatrième acte, comme dans Britannicus: Viens, Narcisse, allons voir ce que nous devons faire. On sait que ce n'est pas là une vaine parole, l'auteur ayant eu soin de nous avertir dès le début du caractère violent d'Orosmane.

ACTE V SCÈNE PREMIÈRE OROSMANE, COHASMIIS, UN ESCLAVE.

OROSMANE, On Ta fait avertir, Tingrate va paraître. Songe que dans tes mains est le sort de ton maître; Donne-lui le billet de ce traître chrétien; Rends-moi compte de tout, examine-la bien: 1425 Porte-moi sa réponse. On approche...c'est elle. {A Corasmin,) Viens, d'un malheureux prince ami tendre et fidèle, Viens m'aider à cacher ma rage et mes ennuis.

SCENE 11 ZAÏRE, FATIME, L'ESCLAVE.

ZAÏRE Eh! qui peut me parler dans Tétat où je suis?

Var. Dans la seule édition de 1736, Mélédor est partout substitue à l'esclave.

V. 1427. Mes ennuis — Voir la note au v. 87.

V. 1428. Qui peut me parler, — Légère ellipse pour: Qui peut avoir à me parle)'? ou vouloir me parler?

L^ (^ \ ACTE V, SCÈNE III 143 A tant dliorreurs, hélas! qui pourra me soustraire? 1430 Le sérail est fermé! Dieu! si c'était mon frère! Si la main de ce Dieu, pour soutenir ma foi. Par des chemins cachés le conduisait vers moi! Quel esclave inconnu se présente à ma vue?

l'esclave Cette lettre en secret à mes mains parvenue, Pourra vous assurer de ma fidélité.

ZAÏRE Donne.

{fille lit.)

FATiME, à part, pendant que Zaïre lit.

Dieu tout-puissant, éclate en ta bonté; Fais descendre ta grâce en ce séjour profane.

Arrache ma princesse au barbare Orosraane!

ZAÏRE, à Fatime.

Je voudrais te parler.

Allez, retirez-vous; 1440 On vous rappellera, soyez prêt; laissez-nous.

SCÈNE III ZAÏRE, FATIME.

ZAÏRE Lis ce billet: hélas! dis-moi ce qu'il faut faire; Var V. 1434 en mes mains (1733) dans mes mains (1736, 1784) à mes mains (1775^ V. 1436. Eclate en ta bonté, — Eclater au sens de &e manifester d'une manière frappante, ne se dit guère que des choses. Cette expres- sion de Voltaire est donc très hardie, et Ton ne pourrait lui comparer que cette phrase de Bossuet: « L'année d'auparavant, c'est-à-dire en 1532, le roi avait déjà épousé Anne de Boulen en secret; elle était grosse, et il était temps à" éclater, > {Variations^ VII).

1 44 ZAÏRE V II Je voudrais obéir aux ordres de mon frère, FATIME Dites plutôt, Madame, aux ordres éternels D'un Dieu qui vous demande aux pieds de ses autels. 1445 Ce n'est point Nérestan, c'est Dieu qui vous appelle.

ZAÏRE Je le sais, à sa voix je ne suis point rebelle, J'en ai fait le serment; mais puis-je m'engager, Moi, les chrétiens, mon frère, en un si grand danger?

FATIME Ce n'est point leur danger dont vous êtes troublée; 1450 Votre amour parle seul à votre àme ébranlée. Je connais votre cœur: il penserait comme eux. Il hasarderait tout, s'il n'était amoureux.

^ il Ah! connaissez du moins l'erreur qui vous engage. W Vous tremblez d'oflfenser l'amant qui vous outrage.

V. 1443 et suiv. — r Fatime, comme on a pu le remarquer, joue auprès de Zaïre le même rôle que Néarque à côté de Polyeucte, mais avec moius de succès. Néarque, en somme, prêche un converti: il n'est que Thumble auxiliaire de la grâce divine qui a déjà opéré. Fatime, au contraire, se heurte à une résistance désespérée de la part de son amie, qui oppose sans cesse à ses sages exhortations « ces raisons du cœur que la raison ne connaît pas ». C'est ainsi que cette malheureuse Zaïre, si intéressante déjà par le combat douloureux qui se livre en elle entre son devoir et sa passion, le devient plus encore, quand on songe qu'elle n'a auprès d'elle personne pour la comprendre et pour lui parler son langage. C'est là vrai- ment une des situations les plus dramatiques qu'il y ait au théâtre.

V. 1444. Aux pieds. — Voir la note au v. 386. * V. 1451. // penserait. — Voir la note au vers 1363.

V. 1453. Qui voiLS engage. — C'est-à-dire qui vous entraîne. Ce qui est remarquable ici, c'est l'emploi de ce verbe sans complément indirect. Corneille a dit de même: L'intérêt du pays n'est pas ce qui l'engage.

(Cinna, III, 1).

ACTE V, SCÈNE III 145 1455 Quoi! ne voyez-vous pas toutes ses cruautés, Et Tâme d'un Tartare à travers ses bontés? Ce tigre, encor farouche au sein de sa tendresse, 'Même en vous adorant menaçait sa maitresse...Et votre cœur encor ne s'en peut.détacher!

1460 Vous soupirez pour lui!

ZAÏRE Qu*ai-je à lui reprocher? C'est moi qui TofTensais, moi qu'en cette journée 11 a vu souhaiter ce fatal hvménée; Le trône était tout prêt, le temple était paré, Mon amant m'adorait, et j'ai tout différé. 1465 Moi qui devais ici trembler sous sa puissance. J'ai de ses sentiments bravé la violence; J'ai soumis son amour, il fait ce que je veux, V. 1457. — Cette locution, au sein de, ne peut avoir pour complément qu'un mot exprimant quelque chose d'extérieur, qui vous enveloppe, où Ton se plonge. Ainsi Orosmane pouvait très naturellement dire, v. 168, Gouvernant leur pays du sein des voluptés. Mais quand il dit ma ten- dresse, cette tendresse est en lui, ce n'est pas lui-même qui peut être au sein de sa propre tendresse, V. 146Ô. Qu'ai-je à lui reprocher? — Ces deux amants si parfaits, au moment où ils sont le plus divisés, conservent toute leur tendresse. Cha- cun d'eux excuse l'autre et rejette sur soi-même toute la faute. Orosmane disait également au v. 1226 Est-ce à moi de me plaindre?

V. 1461-1462. Moi...qu'il a vu souhaiter...— La règle d'accord des participes exigerait: qu'il a vue, puisque le relatif que est le sujet de la proposition infinitive. Mais cette règle, d'ailleurs très contestée jusqu'au xvm* siècle, était souvent violée par les poètes pour les besoins du vers. Racine dira de même, en parlant d'Athalie: Tantôt à son aspect je l'ai vu s'émouvoir...fAthalie^Y, 2).

Ce vers a été blâmé par l'Académie, dans ses Observations sur Athalie. Voltaire, dans son commentaire de Cinna, a défendu au contraire la légiti- mité de cette licence grammaticale. < S'il n'est pas permis à un poète, dit-il, de se servir du participe absolu, il faut renoncer à faire des vers. » V. 1462. Hymenée. — Voir la note au v. 73.

10 146 ZAÏRE Il ma sacrifié ses transports amoureux.

FATIME Ce malheureux amour dont votre âme est blessée, 1470 Peut-il en ce moment remplir votre pensée?

ZAÏRE Ah! Fatime, tout sert à me désespérer: Je sais que du sérail rien ne peut me tirer: Je voudrais des chrétiens voir l'heureuse contrée, Quitter ce lieu funeste à mon âme égarée; ' 1475 Et je sens qu*à l'instant, prompte à me démentir, Je fais des vœux secrets pour n'en jamais sortir. Quel état! quel tourment! non, mon âme inquiète Xe sait ce qu'elle doit, ni ce qu'elle souhaite; Une terreur affreuse est tout ce que je sens. 1480 Dieu! détourne de moi ces noirs pressentiments; Prends soin de nos chrétiens, et veille sur mon frère; • I*rends soin, du haut des cieux, d'une lète si chère! jOui, je le vais trouver, je lui vais obéir: Mais dès que de Solyme il aura pu partir, V. 1469. Dont votre âme est blessée. — Sur cet emploi de dont, voir la noie au y. 883.

V. 1478. Ce qu'elle doit. — Cette ellipse du verbe faire, après devoir, falloir, est fréquente, surtout lorsqu'il a été exprimé précédemment dans la phrase, comme dans ces mots fais ce que dois; autre exemple au V. 1482. Uune tête si chère. — Voir la note au v. 510.

V. 1483. Je le vais trouver, je lui vais obéir. — Cette construction est archaïque et tend à disparaître complètement. « On comprend du restQ fort bien que la langue ait rapproché de plus en plus le pronom régime de rinfinitif. Placé entre lui et le verbe, il rend plus sensible à l'esprit l'exis- tence de deux propositions distinctes (principale et infinitive) que le latin, et après lui l'ancien français, tendaient au contraire à confondre en une seule. Comparez: j'aime le voir et je Vaimc voir. La première forme est évidemment plus analytique la deuxième. Aussi l'a-t-elle emporté, bien que la seconde, au dire de Vaugelas, eût p'us de grâce >. (Bninot, Gram. historiq. du français, § 556.)

'^ ACTE V, SCÈNE IV 147 1485 Par son absence alors à parler enhardie, J'apprends à mon amant le secret de ma vie: Je lui dirai le culte où mon cœur est lié; Il lira dans ce cœur, il en aura pitié: .Mais, dussé-je au supplice être ici condamnée, 14^0 Je ne trahirai point le sang dont je suis née.

Va, tu peux amener mon cher frère en ces lieux, tppelle cet esclave.

SCÈNE IV ZAÏRE, seule.

Dieu de mes aïeux!

V. V. 1491. Toutes les éditions donnent mon chef frère; nous ignorons Torigine de la varianie introduite par les éditeurs de Kehl, mon frère dans ces lieux, V. 1487. Où mon cœur est lié. — Cet emploi de Tadverbe où, avec la valeur d'un pronom relatif précédé de diverses prépositions (à, chez, parmi, en, par), est très ancien dans la langue: on le trouve chez Froissart. Mais il se répand surtout au xvii® siècle, et remplace le pronom lequel, tombé en discrédit et condamné par les grammairiens comme étant lourd et in- commode. Il se rencontre alors indifféremment avec un antécédent person- nel ou impersonnel: , Je m'acquitte des soins où Créon me destine — « Quand j'ai vu que ce commissaire où il nous renvoyait était ce cher ami...(M"™® de Sévigné, VII, 267). L'emploi de où comme pronom est du reste aussi logique que celui de dont, qui est également à l'origine un adverbe (latin de unde], mais qui a perdu dans l'usage toute sa va- leur adverbiale. Aujourd'hui le pronom où n'est plus employé que pour exprimer un rapportt de lieu ou de temps, et il n'a jamais pour antécédent un nom de personne.

1 48 ZAÏRE Dieu de tous mes parents, de mon malheureux père, Que ta main me conduise, et que ton œil m'éclaire?

SCÈNE V ZAÏRE, LESCLAVE.

ZAÎEIB i 495 Allez dire au chrétien qui marche sur vos pas Que mon cœur aujourd'hui ne le trahira pas, Que Fatime en ces lieux va bientôt l'introduire (A pari). Allons, rassure-toi, malheureuse Zaïre!

SCÈNE VI OROSMANE, CORASMLX, L'ESCLAVE.

OROSMANE Que ces moments, grand Dieu, sont lents pour ma fureur!

V. 1494. Que ton œil m'éclaire. — Cette expression qui semble d'a- bord si étrange et si obscure s'explique par le sens à." observer^ surveiller, que le verbe éclairer avait quelquefois au xvii® siècle, et qui est resté dans la langue militaire au mot éclaireur.

Au diable le fâcheux qui toujours nous éclaire.

(Molière, VÉtourdi, I, 4.)

Ceux même dont les yeux les devaient éclairer.

V. 1496 Que mon cœur aujourd'hui ne le trahira pas. — Ce vers est équivoque à dessein, comme Tétait la lettre à Nérestan.

ACTE V, SCÈNE VI 149 {A l'esclave.) 1500 Eh bien! que t'a-t-on dit? réponds, parle.

l'esclave Seigneur, On n'a jamais senti de si vives alarmes. Elle a pâli, tremblé, ses yeux versaient des larmes; Elle m'a fait sortir, elle m'a rappelé. Et d'une voix tremblante, et d'un cœur tout troublé, 1505 Près de ces lieux. Seigneur, elle a promis d'attendre Celui qui cette nuit à ses yeux doit se rendre.

OROSMANE {A Vesclave,) [A Corasmin.)

Allez, il me suffit...Ote-toi de mes yeux; Laissez-moi; tout mortel me devient odieux. \)ll Laisse-moi seul, te dis-je, à ma fureur extrême. 151(|\ Me hais le monde enj jf^Pj j*^ "^'«bl>nrrft mo''-rp^"^ V. 1504. D* une voix tombante,.. — (Variante de l'édition de 1733.) C'est-à-dire d'une voix qui s'éteint, qui s'affaiblit. Le mot est expressif.

Lui, d'une voix tombante offrant ce don fatal.

(Corneille, Pompée^ III, 1.)

Rapprocher encore la phrase célèbre de Bossuet: « Les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint » {Oi\ fun, de Condé), V. 1504. D'un cœur tout troublé. — La préposition de est employée ici au sens de avec. Cette substitution, fréquente dans l'ancienne langue, ne se fait plus guère aujourd'hui que lorsqu'on veut exprimer une idée d'instrument, et non d" accompagnement. On dit bien, par exemple, par* 1er d'une voix forte; mais on ne saurait dire: parler d'une grande élo^ quence. De même, cet exemple de Voltaire serait peu correct dans la lan- gue moderne. Remarquons d'ailleurs que cette expression est amenée par celle qui précède: d'une voix tremblante. Cf. Corneille (Polyeucte, I, 3 ) S'il ne vous traite ici d'entière confidence.

150 ZAÏRE SCÈNE VII Ju OROSMANE, seul.

Où suis-je? 6 ciel! où suis-je? où porté-je mes vœux? Zalce ^érestan...co uple ingrat, co uple affr eux! Traîtres, arrachez-moi ce jour que je respire, Ce jour souillé par vous!...Misérable Zaïre, 1515 Tu ne jouiras pas...Corasmin, revenez.

V. 1511. Plusieurs éditions du siècle dernier donnent. Ou portai- je mes vœux. — Cette orthographe s'explique probablement par une analogie avec le passé défini, ou avec des formes comme fai-je (du verbe faire), sçai-je etc. — Quanta la forme porté-je, il faut sans doute y voir une prononcia- tion euphonique, due à la difficulté de conserver en français deux voyelles atones après la tonique. Aime-je ne se prononcerait pas facilement. Re- marquons cependant qu'on dit fort bien; aime^le.

V. 15lS. Ce jour, que je respire. — Cette alliance de mots, très sin- gulière à première vue, s'explique par une double altération de sens. Le jour, en poésie, est devenu par l'usage un simple synonyme de vie; de même le verbe respirer n'est plus qu'un équivalent de vivre. L'image représentée par ces deux mots s'est complètement effacée. (Voir la note du vers 883). — On se trouve donc en présence d'une expression analogue à celle-ci: Dormez votre sommeil. Corneille et Racine ofi*rent des exemples semblables: Albe où j'ai commencé de respirer le jour {Horace, I, 1.)

Quoi! Vous, à qui Néron doit le jour qu'il respire!

ACTE V, SCÈNE VIII 451 SCÈNE VIII OROSMANE, CORASMIN OROSMANE Ah! trop cruel ami, quoi, vous m'abandonnez! Venez: a-t-il paru, ce rival, ce coupable?

CORASMIN Rien ne parait encor.

OROSMANE nuit! nuit effroyable! Peux-tu prêter ton voile à de pareils forfaits?

1520 Zaïre!.., l'infidèle!...après tant de bienfaits! J'aurais d'un œil serein, d'un front inaltérable, Contemplé de mon rang la chute épouvantable; J'aurais su, dans l'horreur de la captivité, Conserver mon courage et ma tranquillité; 1525 Mais me voir à ce point trompé par ce que j'aime!

V. 1516. Quoi! vous m'abandonnez? — C'est Orosmane lui-même qui vient de dire à son confident: « Laisse-moi seul, » Ces brusques con- tradictions peignent bien le désordre extrême de la passion.

V. 1522. De mon rang la chute épouvantable, — Encore une image incohérente. Logiquement parlant, un rang ne tombe pas; on tombe, on déchoit d'un rang. Mais Voltaire n'a vu dans ce mot qu'un équivalent de dignité, pouvoir, puissance. Nous avons déjà relevé plusieurs exemples de cet abus des synonymes.

132 zjyÛRE CORA5M1X Eh! que prétendez-voos dans cette horreur extrême? Qaet est votre dessein?

OROSMANC, retenant un moment 4e son égarement, >'entends-in pas des cris?

CORASMIN Seigneur...OROSMASNE, plus treublé. Un brait affreux a frappé mes esprits. On Tient.

CORASMIN Non, josqu^ici nul mortel ne s'avance; 1 530 Le sérail est plongé dans un profond silence: Tout dort: tout est tranquille; et l'ombre de la nuit...Var. t. 1526, 1527. Eh î que prétendez- vous etc. (1733, 1748, 1775;.

Eh! Seigneur, Toolez-Toos toqs en punir Toos-méme lA part). Hélas! que je rous pbins! (1736). r, w, 1527-1528 Ces jeox de scène sont indiqués par Tédit de 1736.

V. 1526. Ek! que pr étende z-voa$? — Cet emploi du verbe prétendre dans le sens de aspirer â...désirer^ avec un régime direct est archaïque: Tu prétends un peu trop: mais quoi que ta prétendes. Rends- toi digne du moins de ce que tu demandes.

(Corneille, Cinna, IV, 6.) € Ceux qui ne sont pas satisfaits de ces raisons...ne peuvent rien préten- dre aux démonstrations géométiiques. > (Pa.scal, Esprit géom,, I.)

V. 152B. Mes esprits, — Les esprits, dans la langue scientifique du xni^ siècle, c*étaient ces corps légers et subtils que Ton considérait comme le principe de la vie et des sentiments. Le mot, mis à la mode par Des- cartes, avec sa fameuse théorie des esprits animaux, passa en poésie, en prenant, comme le mot sens (voy. au v. 1183; une acception très vague et très étendue.

Hélas l de quelle horreur ses timides esprits, A ce nouveau spectacle, auront été surpris!

(Racine, Britannicus, I, 3 ) D^honneur et de pitié mes esprits déchirés (Voltaire, Mort de César, 111, 2.)

ACTE V, SCÈNE VIII 153 OROSMANE Hélas! le crime veille, et son horreur me suit. A ce coupable excès porter la hardiesse! Tu ne connaissais pas mon cœur et ma tendresse, 1535 Combien je t adorais! quels feux! Ah! Corasmin! Un seul de ses regards aurait fait mon destin; [ejie_puis être heureux ni souffrir que par elle. Prends pitié de ma rage. Oui, cours...Ah! la cruelle!

CORASMIN Est-ce vous qui pleurez? vous, Orosmane? ô cieux!

OROSMANE 1540 Voilà les premiers pleurs qui coulent de mes yeux. Tu vois mon sort, tu vois la honte où je me livre; îMais ces pleurs sont cruels, et la mort va les suivre: Plains Zaïre, plains moi; l'heure approche, ces pleurs Du sang qui va couler sont les avant-coureurs.

CORASMIN 1545 Ah! je tremble pour vous!

OROSMANE Frémis de mes souffrances, Frémis de mon amour, frémis de mes vengeances. Approche, viens; j'entends.. je ne me trompe pas.

Var. V. 1547. J'entends quelqu'un sans doute, et ne me trompe pas. (1733.) On vient, il est trop vrai...je ne me trompe pas. (1736.) Nous donnons le texte de 1748 et 1775.

V. 1536. Mon destin, — C'est-à-dire mon bonheur^ comme dans ce vers de Corneille: Là je menai l'objet qui fait seul mon destin.

[Menteur^ I, 5.) Destin peut aussi être synonyme de malheur, misère.

Malheureux., ce mot seul déjà vous importune! On craint d'être forcé d'adoucir mes destins!

(Gilbert, Le poète malheureux,) Le mot fortune a également les deux sens.

V. 1541. La honte où je me livre. — Voir au vers 1487.

V. 1542. Mais ces pleurs sont cruels.,. — « Je suis bien forcé de pleu- rer; mais ce sont des pleurs cruels...» ^Othello, V, 2).

ZAÏRE CORASMIN Sous les murs du palais quelqu'lun porte ses pas.

OROSMANE Va saisir Nérestan, va, dis-je, qu'on Fenchalne, 1550 Que tout chargé de fers à mes yeux onTentralne.

SCÈNE IX OROSMANE, ZAÏRE et FATIME, mm4UumL.pmdgMla^ nuit dans renfoncement dujhéâêre.

ZAÏRE Viens, Fatime.

OROSMANE Qu*entends-je! est-ce là cette voix Dont les sons enchanteurs m'ont séduit tant de fois? Celte voix qui trahit un feu si légitime? Cette voix infidèle, et Torgane du crime? 1555 Perfide!...vengeons-nous...Quoi! c'est elle! ô deslin! (Il tv^e son poignard,) Zaïre! ah Dieu!...ce fer échappe de ma main.

V. 1551. Est'Ce là cette voix,., — « Il est convaincu -que Zaïre est infidèle et qu'elle ne vient que pour le trahir; il est prêt à la frapper, et il ne peut résister au son de sa voix Le poignard va tomber de la main d'Orosmane; mais ce qu'il entend ranime sa fureur...> (La Harpe).

V. 1552. Cette voix qui trahit, — Il est à remarquer que ce vers, pris à part, signifierait tout le contraire de ce que Voltaire à voulu dire. On comprendrait nécessairement: Cette voix qui décèle un feu...etc. Mais grâce au contexte, le doute n'est pas possible. — Pour cette alliance de mots, rapprocher le vers;...Versant à ses yeux le sang qui m*a trahi.

V. 1556. Ce fer échappe de ma main, — Le verbe échapper^ quand il signifie s* enfuir, sortir de...^ (et c'est le cas ici), se construit avec la ACTE V, SCÈNE IX 155 ZAÏRE à Fatime, C'est ici le cheioin: viens, soutiens mon courage.

FATIME Il va venir.

OROSMANE Ce mot me rend toute ma rage.

ZAÏRE Je marche en frissonnant; mon cœur est éperdu.. 1560 Est-ce vous, Nérestan, que j'ai tant attendu?

OROSMANE, courant à Zaïre, C'est moi que tu trah is; tombe à n) ^s P"rd;jjQ^2;;iiL^ * 'Z, zaîr)c, tombant dans la coulisse, a/H Je me meurs, ô mon DieuJ OROSMANE J'ai vengé mon injure. /^ w proposition de; s'il veut dire: être sauvé de.,, on met à ou de; enfin, s'il a le sens de se sovLStraire à, on emploie la préposition à. C'est la règle donnée par Littré: mais il ne semble pas qu'elle ait été rigoureusement observée au xvii« et au xyiii® siècles.

V. 1560. Est-ce vous, Nérestan?.,, — « Au nom de Nérestan, le coup est déjà porté; et l'amour, qui plonge le poignai*d dans le sein d'une victime innocente, n'a jamais été ni plus malheureux, ni plus excusable » (La Harpe).

V, 1561. Tombe à mes pieds ^ parjure! — Zaïre, comme Camille, tombe dans la coulisse, selon toutes les règles de l'art. Il était convenu qu'on ne devait point souiller la scène par une effusion de sang, du moins quand il s'agissait d'un meurtre: en effet le suicide même sanglant était parfaitement admis. Voltaire, tout en subissant cette loi, n'a pas laissé de faire remarquer, dans son Discours sur la tragédie, ce qu'elle avait d'illogique et d'étroit: « Que l'on me dise pourquoi il est permis à nos héros et à nos héroïnes de se tuer, et qu'il leur est défendu de tuer per- sonne. La scène est- elle moins ensanglantée par la mort d'Atalide, qui se poignarde pour son amant, qu'elle ne le serait par le meurtre de César? et si le spectacle du fils de Caton, qui parait mort aux yeux de son père, est l'occasion d'un discours admirable de ce vieux Romain, si ce morceau a été applaudi en Angleterre et en Italie par ceux qui sont les plus grands par- tisans de la bienséance française..., pourquoi les Français ne s'y accoutume- raient-ils pas? La nature n'est-elle pas la même dans tous les hommes? » 1 56 ZAÏRE 1 56 ZAÏRE Otons-nous de ces lieux.,. Je ne puis...Qu'ai-je fait? Rien que de juste.., Allons, j*ai puni son forfait. 1565 Ah! voici son amant que mon destin m'envoie, Pour remplir ma vengeance et ma cruelle joie.

SCÈNE DERNIÈRE OROSMAîSE, ZAÏRE, NÉRESTAN, CORASMIN, FAÏIME, ESCLAVES.

OROSMANE Approche, malheureux, qui viens de m'arracher, De m'ôter pour jamais ce qui me fut si cher; Méprisable ennemi, qui fais encor paraître 1570 L*audace d'un héros avec l'àme d'un traître: Tu m'imposais ici pour me déshonorer.

V. 1562. Mon injure, — Injure est pris ici au sens passif: V injure que Von m'a faite: Vous savez...Que je ne cherche pas à venger mes injures (Racine Athalie, II, 5). Comparer: mon outrage, au vers 1390.

V. 1566. Remplir ma vengeance. — Remplir, au sens de satisfaire à, comme au v. 2bb je remplis mes serments, mon honneur.

V. 1567. — L'édition de 1733 donne qui vient de m' arracher. Voir la note du vers 619. Pour la rime, arracher-cher, v. au vers 483, et sur la prononciation de ces infinitifs de la première conjugaison, voir Thurot, histoire de la Prononciation française.

V. 1571. Tu m'imposais. — Le verbe imposer, au xvii® siècle et même au xyiii®, signifiait tantôt inspirer du respect, tantôt tromper ^ abuser (aujourd'hui, dans ce dernier sens, on dirait de préférence: en impo- ser). Ici dans l'esprit de l'auteur, les deux sens sont confondus à peu près.

ACTE V, SCÈNE X 157 ACTE V, SCÈNE X 157 Va, le prix en est prêt, tu peux t*y préparer. Tes maux vont égaler les maux où tu m'exposes, Et ton ingratitude, et l'horreur que tu causes. 1575 Avez-vous ordonné son supplice?

CORASMIN Oui, seigneur.

OROSMANE Il commence déjà dans le fond de ton cœur. Tes yeux cherchent partout, et demandent encore La perfide qui t'aime, et qui me déshonore. Regarde, elle est ici.

NÉRESTAN Que dis-tu? quelle erreur?...OROSMANE gÉRES,X4N.

OROSMANE Sa sœur! Qu'ai-je entendu? Dieu, serait-il possible?

NÉRESTAN Barbare, il est trop vrai: viens épuiser mon flanc Du reste infortuné de cet auguste sang. 1585 Lusignan, ce vieillard, fut son malheureux père; V. 1572. Le prix en est prêt; tu peux t'y préparer, — Le sens est clair, mais la construction est plus logique que grammaticale. En repré- sente ridée contenue dans le vers précédent; de même le pronom y rappelle non pas le mot prix, mais cette idée que Nérestan va recevoir le prix de son crime. Quant au mot prix, il signignifie ici, par antiphrase: chdti- nient; punition: Où Photin a reçu le prix de son audace (Corneille Pompée, V, 3). Que d'un prix si cruel vous payez les bienfaits.

(Racine, Mithriadate, III, 3) V. 1575. Ordonné son supplice. — Ici encore, ordonner signifie non pas commander, mais disposer, préparer, comme plus haut, v. 295.

1 58 ZAÏRE ' Il venait dans mes bras d'achever sa misère, Et d'un père expiré j'apportais en ces lieux La volonté dernière et les derniers adieux; Je venais dans un cœur trop faible et trop sensible 1590. Rappeler des chrétiens le culte incorruptible. Hélas! elle offensait notre Dieu, notre loi; Et ce Dieu la punit d'avoir brûlé pour toi...1 OROSMANE >J \\ Zaïr^^^_Eil£.m'aimait.2^st jl bien vrai, Fatim e? Sa sœur?...J'étais aimé? (// tombe dans un fatiteuiL) * * Cette iadication se trouve dans ] édition de 1736. Var. V. 1594: voilà son crime (1733, 1748, 1775); voilà ton crime (1736).

V. 1586. Achever sa misère. — C'est-à-dire sa malheureuse vie, ou tout simplement sa vie, car c'est un chrétien qui parle. — Comparer, pour l'expression, ce ve^ de Racine: Hécube près d'Ulysse acheva sa misère.

{Andromaque, I, 2.)

V. 1587. Un père expiré.

« Vons sentirez cfe ver qui vous ronge expiré. » (Massillon.) A ce mot, le héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré.

(Racine, Phèdre, V, 6.) M. Littré dit à ce propos: < Les grammairiens ont condamné, comme si c'était une hardiesse de Racine, le participe expiré, pour mort. D'abord Bossuet, et, bien avant, Montaigne, ont employé ce participe; puis la rai- son que donne d'Olivet, à savoir qu'on ne peut pas plus dire expiré pour ayant expiré, que parlé pour ayant parlé, est mauvaise, car expirer se construit aussi bien avec le verbe être qu'c avec le verbe avoir ». — Ajou- tons que l'analogie du verbe mourir explique et justifie cette hardiesse. Du reste le participe expiré s' appliquant à des choses, est très usité dans la langue courante.

V. 1590. Le culte incorruptible. Culte est mis comme synonyme de croyance, religion, dont il n'est nullement l'équivalent. C'est à ces mots seuls, et non à lui, que peut convenir ici l'épithète incorruptible: une religion qui n'admet pas de partage, de mélange.

ACTE V, SCÈNE X 159 FATIME Cruel! voilà son crime. 1595 Tigre altéré de sang, tu viens de massacrer Celle qui malgré soi constante à t^adorer, Se flattait, espérait que le Dieu de ses pères . Recevrait le tribut de ses larmes sincères, ; Qu'il verrait en pitié cet amour malheureux, i60(|j2ue peut-être il voudrait vous réunir tous deux. Hélas! à cet excès son cœur Tavait trompée; De cet espoir trop tendre elle était occupée; Tu balançais son Dieu dans son cœur alarmé.

OROSMANE, se relevant. * i Tu m'en as dit assez, f) çjç;!! j'otnin nimi^! ) I 1605 Va, je n'ai pas besoin d'en savoir davantage...NÉRESTAN Cruel! qu'attends-tu donc pour assouvir ta rage?

* Ce jeu est ajoute par Tédition de 1736.

V. 1595. Tigre altéré de sang. — Rapprocher le vers de Corneille: Tigre altéré de sang, Décie impito^^able (Polyeucte, IV, 2.) V. 1596. Malgré soi, — Voir la note au v. 1357.

V. 1596. Constante à f adorer. — Cette construction, assez rare du reste, était possible dans l'ancienne langue, grâce à l'emploi très libre de la préposition à. Corneille a dit de même: Ah! si tu le voj^ais, tu serais plus constant A courir sans relâche au bonheur qui t'attend!

{Imitation, I, 2.)

Un prince à cet excès pourrait-il s'oublier?

Cf. Adélaïde du Guesclin, (III, 5.) Néron tant détesté N'a point à cet excès poussé sa cruauté: (Racine, Bérénice^ IV, 6.)

V. 1603. Ta balançais son Dieu. ^^ Balancer, déjà employé ainsi au y, 1338, rare avec ce sens de contrebalancer, tenir en échec. Les bienfaits dans un cœur balancent ils l'amour?

(Racine, Bajazet, III, 7.)

Il ne reste que moi de ce sang glorieux Dont ton père et ton bras ont inondé ces lieux; Rejoins un malheureux à sa triste famille, i610 Au héros dont tu viens d'assassiner la fille.

Tes tourments sont-ils prêts? Je puis braver tes coups; Tu m'as fait éprouver le plus cruel de tous.

Mais la soif de mon sang, qui toujours te dévore, Permet-elle à Thonneur de te parler encore? 1615 En m'arrachant le jour, souviens-toi des chrétiens Dont tu m'avais juré de briser les liens; Dans sa férocité, ton cœur impitoyable De ce trait généreux serait-il bien capable?

Parle, à ce prix encor je bénis mon trépas. o^SMj^E^a//aw^z;ers le cor ps de Z aïre.

CORASMlN Hélas! Seigneur, où portez- vou§ vos pas? Rentrez, trop de douleur de votre âme s'empare; Souffrez que Nérestan...NÉRESTAN Qu'ordonnes-tu, barbare? OROSMANE, après une longue pause. Qu'on détache ses fers...Ecoutez, Corasmin, Que tous ses compagnons soient délivrés soudain, V. 1609. Rejoins. — C'est-à-dire réunis. Le mot a vieilli dans ce sens: Depuis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici.

(Racine, Andromaqiie, I, 1.)

Et que les mêmes coups Rejoignent les enfants et la femme et l'époux V. 1624. — Soudain signifie ici sur-le champ. C'est un sens qu'il a souvent dans la langue classique.

Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

(Molière, Tartufe, I, 5.)

4^ 1625 Aux malheureux chrétiens prodiguez mes largesses; Comblés de mes bienfaits, chargés de mes richesses, r Jusqu'au port de Joppé vous conduirez leurs pas. ] CORASMIN Mais, Seigneur...OROSMANE Obéis, et ne réplique pas; Vole, et ne trahis point la volonté suprême 1630 D'un Soudan qui commande, et d'un ami qui t'aime: Va, ne perds point de temps, sors, obéis...{A Nérestan.)

Et toi, Guerrier infortuné, mais moins encor que moi, Quitte ces lieux sanglants; remporte en ta patrie. Cet objet que ma rage a privé de la vie.

V. 1627. Le port de Joppé, — Auj. Jaffa, au N.-O. de Jérusalem.

V. 1632 et suivants. — De même qu'Orosmane, Othello voudrait avant de mourir réhabiliter sa mémoire: € Arrêtez: encore une parole avant que vous partiez. J'ai rendu à TËtat quelques services: on le sait; n*en par- lons plus. Je vous fais une prière: dans vos lettres, quand vous rendrez compte de ces faits déplorables, peignez-moi tel que je suis, sans rien aggraver par malignité. Alors vous aurez à peindre un homme qui n*a que trop aimé, mais qui ne sut pas aimer sagement; un homme qui ne devint pas aisément jaloux, mais qui, une fois enveloppé dans la trame, fut poussé en furieux jusqu'aux derniers excès ^ qui détruisit une perle d'innocence, plus précieuse que tout son empire, un homme dont les yeux, peu accou- tumés à fondre en larmes, en versent plus que la myrrhe n*en répand dans l'Asie. Peignez-moi sous ces traits. > (Othello^ V, 5.)

V. 1634. Cet objet, — On a dit d'abord V objet de mon amour ^ de mes vœux, etc., puis cher objet; en dernier lieu le mot, même employé sans autre qualification, a fini par désigner une personne. Mais lorsqu'il dépend, comme ici, d'un verbe qui prête à l'équivoque, l'expression est loin d'être heureuse. Remporter un objet se comprendrait difficilement d'une personne. -— Voltaire avait écrit d'abord: ce trésor (édit. de 1733). Cette correction, introduite dans l'édition de 1736, n'est qu'à demi-satisfaisante; mais à tout prendre, et le procédé de l'auteur une fois admis, elle vaut mieux que le texte original.

11 162 - ZAÏRE 1635 Ton roi, tous tes chrétiens, apprenant tes malheurs, N'en parleront jamais sans répandre des pleurs: Mais, si la vérité par toi se fait connaître. En détestant mon crime, on me plaindra peut-être. Porte aux tiens ce poignard, que mon bras égaré, 1640 A plongé dans un sein quidutm'ètre sacré; Qis-leur que j'ai donné la mort la plus affreuse A la plus digne femme, à la plus vertueuse Dont le ciel ait formé les innocents appas; Dis-leur qu'à ses genoux j'avais mis mes Etats; 1645 Dis-leur que dans son sang cette main s'est plongée; Dis que je l'a dorais, et que je l'ai vengj Respectez ce héros, et conduisez ses pas.

NÉRESTAN Guide-moi, Dieu puissant! je ne me connais pas.

Faut-il qu'à t'admirer ta fureur me contraigne, Et que dans mon malheur ce soit moi qui te plaigne?

V. 1640. — Qui dut m'étre sacré. Voir la note au vers 1287.

V. 1648. Je ne me connais pas^ c'est-à-dire je suis hors de moi. On dirait de préférence en prose: je ne me connais plus. Voltaire dit éga- lement dans la Mort de César (III, 4): Je ne me connais plus. Tonnez sur moi, grands Dieux!

FIN.

/ APPENDICE LES ENFANTS TROUVES OU LE SULTAN POLI PAR L'AMOUR PARODIE DE ZAÏRE, TRAGÉDIE DE MONSIEUR DE VOLTAIRE Représentée à la Comédie italienne Le 9 décembre il 32.

ACTEURS TÉMIRE.

FATIME, confidente de Témire.

DIAPHANE, Sultan de Tripoli.

ALCIDOR.

JASMIN, visir, confident du Sultan.

CARABIN, gascon.

MATADOR.

Esclaves.

La seine est à Tripoli dans le sérail.

Le Mercure de décembre 1733 indique les noms des acteurs. Témire, M»* Silvia. Fatitne, M»' La Lande. Diaphane, Romagnesi. Alcidor, Dominique. Carabin, Riccoboni. (Ces trois derniers étaient les auteurs de la pièce).

LES ENFANTS TROUVES ■ ou LE SULTAN POLI PAR L'AMOUR SCÈNE PREMIÈRE TÉMIRE, PATIME.

PATIME Je ne m'attendais pas, jeune et belle Témire, Vous qui pleuriez toujours, à vous voir jamais rire!

Quoi! vous ne tournez plus les yeux vers ces climats, Où ce vaillant Français devait guider nos pas?

Vous ne me parlez plus des plaisirs que la France Permet à notre sexe avec tant de licence: Vous ne Tignorez point, c'est là que les maris Vivent d'intelligence avec les favoris.

Que la femme, y bravant la contrainte fatale, Est prude avec renom, coquette sans scandale, Ne soupirez-vous plus pour cette liberté?

TÉMIRE Le sérail aujourd'hui fait ma félicité. Chez les raahométans dès l'enfance enfermée, A leur façon d'agir ils m'ont accoutumée. Tout le monde en convient, le roi de Tripoli Est, malgré sa moustache, un seigneur très poli.

FATIME Mais ce jeune officier va donc perdre sa peine? Lui qu'on a vu partir pour briser notre chaîne, Qui reviendra bientôt payer notre rançon, Qui nous l'a tant promis.

TÉMIRE Tu sais qu'il est Gascon, 166 LES ENFANTS TROUVÉS Peut-être sa promesse a passé sa puissance.

Des fils de la Garonne on connaît Topulence; A tenir peu soigneux, à promettre hardis, Ils voudraient qu'on crût tout, dès qu'ils disent sandis.

Il n'y faut plus penser.

FATIME Mais s'il était fidèle?

TÉMIRE Ce serait un peu tard qu'il prouverait son zèle, Et j'ai trop réfléchi depuis que je l'attends...FATIME Quel est donc ce discours?

TÉMIRE