rendre à Voltaire un mauvais service que de prononcer ici le nom de Shakespeare. Toute comparaison doit Técraser.
Othello est une étude morale, puissante et douloureuse. Zaïre est un roman. Qu'y a,-t-il de commun entre les deux œuvres? Dans Tune comme dans l'autre, un jaloux tue sur de faux soupçons une femme qu'il adorait, et Voltaire a certainement pris cette idée à Shakespeare, mais à part ce simple fait, tout est différence.
Comment expliquer Tentier revirement d'un homme qui pasèe du sentiment le plus tendre, le plus confiant, au mépris, à la haine et au meurtre? Là est tout Teffort de Shakespeare. Pas un détail dans sa pièce qui ne tende à la solution du problème Cet Africain vieilli dans les camps, qui se sait laid et rude de manières, peut douter de Tamour qu'il inspire à une jeune femme romanesque, un moment séduite par le récit de ses aventures. Le jour du premier soupçon, les paroles vengeresses du vieux Brabantio lui reviendront à la mémoire. « Elle a trompé son père, elle pourra te tromper aussi. » Sa nature ardente et brutale est également une excuse. Encore faut-il que mille incidents se succèdent, contribuant tous à l'égarer davantage, changeant sa méfiance première en torture et en folie. Pour transfor- mer ainsi la nature d'un homme, il faut des semaines, des mois. Il faut encore ici l'action incessante, les insinuations perfides, les ruses infernales d'un ennemi. Sans Jago, la jalousie d'Othello ne serait pas née, et si Jago ne s'était trouvé là pour l'alimenter chaque jour, elle serait peut-être tombée d'elle-même, ou serait restée un sentiment incer- tain, un malaise, sans jamais aboutir à la crise du meurtre.
En regard de cette profonde psychologie de Shakespeare, combien Voltaire est en effet superficiel! Pour justifier le coup de poignard final, il a soin de nous avertir que son héros est de nature violente « né parmi les rochers au sein de la ïaurique. » Mais l'analyse morale ne va pas plus loin. Aucune des circonstances explicatives accumulées par Sha- kespeare et toutes jugées par lui indispensables ne se re- XXXIV ZAIRE trouve ici. Jeune, brillant et puissant, Orosmane peut-il, comme Othello, faire un triste examen de soi-même et se demander s'il mérite d'être aimé? Il n'a pas d'ennemi atta- ché à sa perte, pour faire naître ses soupçons, les aigrir sans cesse, et changer en preuves les moindres circonstances. Son Corasmin n'est qu'un confident, personnage insignifiant, qui parle au hasard et presque toujours d'après lui, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, ici pour le soupçon, là pour la confiance, et n'a pas même sur son esprit autant d'influence que Fatime en peut avoir sur celui de Zaïre.
La jalousie d'Orosmane est donc toute spontanée. Elle nait d'un hasard, d'une observation qu'il a cru faire pendant l'audience accordée à Nérestan en présence de Zaïre.
Corasmin, que veut donc cet esclave infidèle? Il soupirait...ses yeux se sont tournés vers elle.
Jusqu'à la fin du quatrième acte, aucun incident nouveau ne vient donner corps à ce soupçon. Combattue par les lar- mes et les tendres assurances de sa maltresse, cette jalousie a même si bien disparu, que plus d'une l'ois il permet à Zaïre de s'entretenir avec Nérestan. C'est après la lecture de cette lettre à double sens que tout d'un coup sa fureur éclate. Un seul mot suffirait pour la justification de Zaïre, il la tue sur un malentendu plus digne de la comédie que du drame; l'in- -h trigue tient à un fil.
11 n'y a là aucune étude morale, et la comparaison avec Shakespeare serait désastreuse pour Voltaire, s'il était vrai qu'il eut osé l'affronter. Mais tandisque le drame anglais porte le nom d'Othello, sa tragédie a pris celui de Zaïre. Pour lui la jalousie d'Orosmane, cette jalousie à fleur de peau, n'est, aussi bien que la religion de Zaïre, qu'un res- sort tragique nécessaire au dénoùment. Ce n'est pas là qu'il place l'intérêt de sa pièce. Ce qu'il développe de préférence, c'est l'hésitation de Zaïre entre sa religion et son amour.
INtRODUCTION XXXV INtRODUCTION XXXV c'est presque, à la place du thème de Shakespeare, la lutte Cornélienne de la passion et du devoir, raais avec cette dif- férence qu'au lieu d'être héroïque, la lutte est seulement douloureuse.
Transporter sur la scène française une analyse de la jalou- sie rivalisant d'ampleur et de profondeur avec celle de Sha- kespeare était d'ailleurs, génie à part, chose impossible alors. Il eût fallu dans l'esprit des spectateurs, comme dans celui du poète, une disposition plus grave, presque austère, inconnue au xviii* siècle. 11 eût fallu surtout un système dra- matique tout autre. C'est ici qu'on peut voir à quel point celte fameuse règle des 24 heures, imposée à nos poètes au nom de la vraisemblance de l'action; les condamne souvent à l'ivraisemblance psychologique, la plus grave de toutes. Une passion exige du temps pour naître, se développer, en- vahir tout l'homme, et hii armer la main pour le crime. C'est un virus qui ne produit l'accès de rage qu'après une longue incubation. Limités par le temps, nos poètes ne considèrent que l'accès final, et négligent tous ces antécédents, dont la recherche minutieuse serait l'étude philosophique par ex- cellence. C'est dans ce sens que Gœthe a pu accuser noire tragédie de se réduire à une crise. Ou bien, si toute l'his- toire d'une passion est renfermée dans la durée de l'action tragique, l'observation se montre forcément superficielle, et l'invraisemblance choquante.
Un jour seul ne fait pas d'un mortel vertueux Un perfide assassin, un lâche incestueux.
a dit Racine. Voilà pourtant ce qui arrive à beaucoup de nos héros tragiques: ils passent trop vite par trop d'alternatives, se retournent brusquement et tout entiers: dans nos tragé- dies de second ordre, ils s'agitent comme des incohérents.
Racine s'est plu à représenter souvent la jalousie féminine. Hermione surtout et Roxane en sont d'admirables types, mais c'est la jalousie provoquée par un dédain, par une tra- XXXVI ZAÏRE hison manifeste, et dont l'action vengeresse peut se produire au moment même où la perfidie se découvre. Il eût hésité, croyons-nous, à mettre sur la scène un amant, fût-il Turc, qui poignarde sa maîtresse sans autre explication, après la lecture d'un billet, sur la fausse apparence d'un rendez- vous.
VI La Harpe a dit en parlant de Zah'e: « Le style de Voltaire, f qui jusque là avait été d'un imitateur de Racine, a pris une couleur qui lui est propre...Il n'y a dans cette piè^ce que huit ou dix vers que la critique voulût retrancher; il y en a plus de mille que la sensibilité et le goût ont consacrés. » Son jugement ne sera pas le nôtre. Une étude un peu atten- tive de. ce style nous révèle au contraire bien des défauts, les uns dont l'auteur est seul responsable, les autres qui lui sont communs avec tous les poètes de son siècle.
Voltaire composait très^ vite. Lorsqu'il était pris de la fiè- vre dramatique, le plan de sa pièce à peine ébauché, il jetait sur le papier les vers par centaines. En peu de jours la tra- gédie tant bien que mal était debout. Il est vrai qu'ensuite le poète faisait bon marché d'une œuvre qui lui avait coûté si peu, et la remaniait sans cesse au point de la renouveler. Tantôt il corrigeait de son propre mouvement, tantôt il se soumettait aux critiques de ses amis, surtout d'Argental, avec une docilité qui étonne, bien que les preuves abondent dans sa correspondance. Néanmoins il reste, même dans les ou- vrages qu'il a le plus mûris, bien des traces de cette rapidité première.
A plus forte raison en restera-t-il dans Zaïre, qui fut son chef-d'œuvre d'improvisation, et ne lui demanda en tout que trois semaines. Si nous n'avions déjà sur ce point son propre aveu^ nous pourrions le devinera de nombreux indices. L'œu- INTRODUCTION XXXVII vre est faite de verve, avec toute la chaleur, toute la vivacité et Téclat que devait provoquer dans une imagination comme la sienne un sujet aussi heureux, mais aussi, avouons-le, avec toutes les petites négligences inévitables en pareil cas delà part d'un poète dont la facilité est extrême, qui veut pousser toujours de l'avant, et qui remplira n'importe com- ment un vers dont il n'a pas de suite entrevu la forme défini- tive, afin d'arriver plus vite à son cinquième acte.
On a beau se dire qu'on reviendra plus tard sur ses pas, qu'on refera avec patience et plus d'une fois la même route, l'auteur est déjà trop habitué à son œuvre, et bien des détails lui échappent.
Zaïre fut souvent retouchée. Sans parler des corrections dont Voltaire importunait les acteurs jusqu'à la veille de la première représentalion, quelquefois même après, et qu'il trouva un moyen si galant d'imposer à Quinault-Dufresne, l'édition de 1736 diffère sur plusieurs points sensiblerhent de la première; d'autres encore, notamment celle de 1748, attestent des remaniements successifs.
La suite de ces corrections, que nous avons reproduite aussi complète que possible, mérite d'être étudiée comme leçon de style: chacune a sa raison d'être bien visible et marque un progrès sur la précédente. Mais que d'autres en- core il eût fallu! En dépit de tout, le style de Zaïre est resté ce qu'il était à l'origine, celui d'une œuvre improvisée.
Il y a par exemple des mots d'un emploi trop commode, qui revenaient sans cesse sous sa plume, et qu'il a laissé re- paraître à des intervalles très rapprochés. Horreur, horrible, se répètent quatre fois en quinze vers (1256, 1257, 1261, 1271). Il en est souvent de même pour le vs\çA> feux, synonyme consacré ai amour, pour mes sen$ signifiant mon cœur, et pour bien d'autres. Quelques-unes seulement de ces redites sont signalées dans le commentaire, la liste complète en serait trop longue.
C'est surtout à l'endroit des épithètes que se trahit cette négligence. Elles sont très nombreuses et d'une banalité XXXVIII ZAÏRE souvent excessive, en un mot, de pur remplissage. Voltaire disait de certains avocats de son temps: ils ne devraient pas oublier, que « l'adjectif est Tennemi du substantif, bien qu'il s'accorde avec lui en genre, en nombre et en cas. » Sans doute, dans sa pensée, ce spirituel précepte ne s'appliquait qu'à la prose; mais il n'aurait pas été moins utile à ses vers. Alors Nérestan aurait apostrophé sa sœur en termes moins faibles que ceux-ci: « Opprobre malheureux du sang dont vous sortez. » (V. 8333). Il y a pour lui des adjectifs que cer- tains noms attirent invariablement. Un déplaisir est toujours mortel (v. 364, 738, 1408). Des épithètes comme* affreux y fa- tal, fier, auguste, barbare, superbe, d autres encore qui n'ont pas dû lui coûter plus, sont prodiguées à pleines mains, vingt fois peut-être chacune. Elles semblent venir en ligne droite du Gradus ad Parnassum, et n'ont pas été choisies par lui avec plus de scrupule que du temps où il se livrait, chez les Jésuites du collège Louis-le-Grand, à l'exercice des vers latins.
L'emploi des synonymes ne lui est pas moins familier: habitude dangereuse, deux termes sont-ils jamais d'une par- faite équivalence? mais toute scolaire aussi, vieux souvenir de l'enseignement du Gradus, Il s'y livre sans discernement. Si le mot de religion l'embarrasse comme trop long, il le remplace par celui de secte: « Une secte ennemie » (v. 178), « Qu'auraient donc de commun cette secte et ma flamme? » (v. 952). Dans les deux cas c'est Orosmane qui parle, et il désigne le christianisme, auquel ce terme s'applique assez mal ^ Ailleurs (v. 1S90), le mot culte est mis pour croyance, foi: Je venais dans un cœur trop faible et trop sensible - Rappeler des chrétiens le culte incorruptible.
1. Corneille emploie bien ce mot dans Poîyeucte (I, 3), et l'applique également aux chrétiehs, mais avec une portée tout aulre, au sens de croyance naissante, de minorité révoltée. C'est Stratonice qui parle: tieur secte est insensée, impie et sacrilège.
INTRODUCTION XXXIX ?sl répithète incorruptible ni surtout le complément des chrétiens ne lui conviennent aussi bien qu'au mot qu'il rem- place.
C'est ainsi qu'il dit encore, en parlant des lois du sérail (v. 16), austérité pour sévérité, ce qui est loin de signifier la même chose.
V. 336, abandonna pour laissa, qui serait plus juste.
V. 518, trépas pour mort; par suite le séjour du trépas, alors que trépas indique un fait passager, non un état dura- ble où Ton puisse séjourner.
V. 539, trop digne chevalier pour trop généreux; mais trop ne peut plus se maintenir après cette substitution.
V. 1067, vœux pour amour; arrache-moi mes vceux, au lieu de, arrache cet amour de mon âme.
V. H85, mes sens pour mon esprit^ mon cœur, de là mes sens déchirés.
V. 1522, rang pour dignité; par suite la chute de mon rang.
V. 1634, a remporte en ta patrie...cet objet », c'est- à-dire le corps de Zaïre.
(Objet est donné par l'édition de 1736, au lieu du mot trésor qui était la leçon du texte primitif, mais ne vaut pas mieux en somme. Dans les deux cas l'expression prête à une une confusion assez ridicule.)
Ainsi, au lieu de travailler ses expressions pour leur don- ner une marque personnelle, au lieu en un mot de créer son style. Voltaire le prend tout fait dans le domaine public, il puise au vocabulaire banal de toutes les tragédies d'alors, sans aucun souci de la couleur particulière qu'aurait exigée son sujet. L'idée d'un prince, même musulman, est insépa- rable des mots trône, sceptre, couronne. Cette expression le trône et Vautel s'applique (v. 173) aux califes successeurs de Mahomet. Le mariage d'Orosmane et de Zaïre ne s'appelle qyx'hymen ou hyménée, et ces infidèles parlent du ciel à mainte reprise comme pourraient le faire de vrais chrétiens. Voilà pour la couleur locale.
Nérestan devait guider vers la France les pas de Zaïre et XL ZAÏRE de Fatime (v. 8) ou y porter ses pas lui-même (v. 486), autre- ment dit, s'embarquer à Jafia pour Marseille. L'idée d'une captivité sévère ou adoucie, peu importe, n'est exprimée que par l'image de fej^s ou de liens. Aucune de ces formu- les ne semble au poète trop commune, trop usée. Nulle part ne se manifeste un effort quelconque vers l'expression ori- ginale.
Lui, si hardi et souvent téméraire ailleurs, qui dans ce sujet même cherchait à rajeunir l'ancienne tragédie, à lui donner plus d'action et de vie, à lui ouvrir un domaine nou- veau, en fait de langue poétique ici n'a rien changé, a sim- plement accepté les yeux fermés, avec une foi entière, la tradition reçue, celle de Racine, ou plutôt de l'école qui se réclame de lui, et assez souvent le dénature.
Nous n'avons pas en français, comme il existe en anglais et en allemand par exemple, d'idiome propre à la poésie. Force est d'employer en vers tous les mêmes mots usités dans la prose, et d'en chercher une combinaison différente. L'effort du poêle sera surtout de ne pas parler comme le prosateur, ce qui est son perpétuel danger. Pour cela il aura recours à divers artifices de style; mais si ces artifices sont mal choisis ou maladroitement appliqués, il en arrivera pour tout résultat à produire quelque chose qui n'est pas de la prose, mais qui vaut moins.
Tel a été souvent le malheur de nos poètes du xviii* siècle. Leur unique modèle était Racine; ils crurent possible de lui arracher son secret pour le réduire à quelques procédés d'un usage courant, dont voici les principaux.
L'inve?'sion, considérée alors non comme une licence, mais comme un ornement nécessaire. Voltaire l'emploie par élé- gance, lors même que la construction du vers ne l'exigerait pas.
Uanacohithe. La première scène à elle seule en offre de très nombreux exemples, v. 2J, 80, 408, 116, 118, 153; voir encore au v. 436.
U antithèse produite par l'association au substantif d'une INTRODUCTION XLI épithèle presque contradictoire, et qui en toute autre cir- constance paraîtrait incompatible: V. 02, l'honneur honteux. 239, respectable ennemi. 341, la clémence odieuse. 861, le barbare secours.
Employé avec discrétion, et lorsqu'il est pleinement justi- fié par l'idée, ce contraste peut produire d'heureux effets, comme dans le premier exemple, mais il a son défaut, exa- gère quelquefois l'expression, respectable ennemi, l'obscur- cit ou la dénature, le barbare secoiiî's.
La syllepse, autre figure hardie, un peu insolite, dont Ra- cine a donné dans Athalie un exemple célèbre (Entre le pau- vre et vous vous prendrez Dieu pour juge, etc.), n'est pas moins familière à Voltaire; ainsi au v. 550, Lorsque du fier Anglais la valeur menaçante SatisûL en tombant aux lys quV/s ont bravés.
ainsi encore aux vers 571, 1194.
Comme Raciae en maint endroit, comme Bossuet dans cette phrase célèbre, « versez des larmes avec des prières, » lorsqu'il donne pour complément à un verbe plusieurs subs- tantifs, il aime à en introduire un que sa nature semble ex- clure de tout rapport avec ce verbe, et qui ne passe qu'avec l'appui et à la suite des autres.
V. 63 Et que j'essuie enfin Toutrage et le danger.
V. 255 Je remplis mes serments, mon honneur, mon devoir.
V. 623 Leur parole, leurs traits De leur mère en effet sont les vivants portraits.
Citons aussi la réticence, dont Racine a souvent tiré des effets si dramatiques, directement imités par Voltaire.
XLII ZAÏRE Qui depuis.. pardonnez si mon cœur en soupire.
Autres exemples encore aux vers 567, 638, 817, 951.
De même enfin que chez Racine, il arrive souvent à ses personnages de parler d'eux à la troisième personne. Cette tournure un peu emphatique ne peut guère se justifier que lorsqu'elle contient en germe un raisonnement, comme dans les paroles d'Orosmane à Nérestan, v. 259.
Mais ton orgueil ici se serait-il flatté D'effacer Orosmane en générosité?
Orosmane, c'est-à-dire un homme tel que moi. Ailleurs elle n'est qu'un détour inutile.
Va, c'est trop te celer le destin de Zaïre, dit Zaïre elle-même à sa confidente (v. 50), de même que Josabeth disait à Zacharie (Athalie^ II, 2).
Je tremble: hâtez-vous d'éclaircir votre mère.
Tous ces procédés, dont le retour fréquent semblera mo- notone, et l'emploi quelquefois peu judicieux, mais qui sont bons en soi, ne forment encore, pour ainsi dire, que l'exté- rieur du style, et peuvent laisser à la langue poétique toute sa vigueur et son éclat. Mais en voici un dont la répétition continuelle suffit pour tout perdre: celui-là s'attaque à tout, finit par détruire toute sève et toute fleur, car il est par na- ture peu poétique. C'est la recherche de l'expression abs- traite.
Il n'est imaginé ni par Voltaire ni par aucun de ses con- temporains; il existait déjà en germe, depuis Malherbe, chez nos grands poètes du xvii® siècle. Racine en avait su faipe une des formes de l'élégance. Mais Racine doit-il être INTRODUCTION XLllI rendu responsable de Texcès où sont tombés ses imita- teurs?
Sa langue plutôt oratoire que poétique au sens où on en- tendrait maintenant ce mot, c'est-à-dire en réalité très sobre d'images, nous offre déjà beaucoup d'expressions abstraites. Une tournure qu'il affectionne consiste à remplacer la dési- gnation de la personne par celle du sentiment qu'on lui suppose ou qui la fait agir.
Votre bonté, Madame, avec tranquillité Pouvait se reposer sur ma fidélité.
(B7*itannicuSf IV, 2.) En vain l'injuste violence Au peuple qui le loue imposerait silence.
Cette métbode après lui devient de règle. Les successeurs immédiats de Racine l'ont transmise à Voltaire qui l'am- plifie, et l'abstraction finit par régner dans la langue tragi- que du xvin* siècle. Ainsi dans Zaïre: Ce généreux Français dont la tendre amitié Nous promit si souvent de rompre notre chaîne.
V. 35 Sa générosité Devait payer le prix de notre liberté.
V. 61 Que d'un maître absolu la superbe tendresse M'offre l'honneur honteux du rang de sa maîtresse.
V. 193 Que mon honneur confie La vertu d'une épouse à ces monstres d'Asie.
V. 269 Mais parmi ces chrétiens que ma bonté délivre.
Les exemples sont si nombreux qu'il est impossible de les relever tous.
Cette habitude entraîne, par analogie, celle de remplacer un adjectif de qualité par le substantif exprimant l'idée d XLlV ZAÏRE même de cette qualité: Uerreur d'un soupçon pour un faux soupçon. Il en résulte une abstraction de plus, et une accu- mulation de mois qui nous parait plus propre à délayer ridée ou à encombrer le style qu'à rehausser Texpressipu. Car ce substantif qui tient lieu d'épithète ne procure pas pour cela l'économie d*un adjectif; une épithète est toujours jointe ou à lui-même ou à son voisin. Mous avons déjà vu au L*honneur honteux du rang de sa raaîlrese, de même dans les phrases suivantes: V. 300 De ce soupçon jaloux écoutez-vous Terreur? V. 213 EL du nœud de l'hymen l'étreinte dangereuse. V. 752 Des rigueurs du sérail la contrainte cruelle. V. i228 De mes transports jaloux l'injurieuse offense. V. 1401 Son amour indiscret et plein de confiance Aura de ses soupirs hasardé Tinsolence.
Ainsi le style est tout en circonlocutions, résultat de cette tendance à la noblesse déjà reprochée à Racine, mais que ses copistes du xviii® siècle ont dépassée avec une prétention quelquefois ridicule, car Racine a de ces audaces que nul après lui ne se fût permises, de ces expressions qu'on aurait considérées du temps de Voltaire comme d'énormes crudi- tés.
Pour donner de la noblesse au style, a dit Buffon, il faut nommer les choses par les termes les plus généraux. Cette loi s'établit pour les vers plus encore que pour la prose, et domine toute la poésie du siècle. Ainsi le mot propre, qui a de la force et de la couleur, qui seul représente à l'esprit quelque chose de net, est proscrit pour faire place à de pâles équivalents. Au lieu de se manifester dans toute sa clarté, la pensée est voilée. Le style poétique est comme un enduit g-risàtre sous lequel a disparu tout contour et toute couleur.
INTRODUCTION XLV INTRODUCTION XLV Ce précepte que formulera Buffoo, Voltaire le connaît et le pratique déjà. Pour dire tm lieu, un pays, il dit un climat, un séjour. Tout lui conviendra plutôt que le mot vrai. C'est alors un parti-pris de ne pas appeler les choses par leur nom, je ne dis pas quand il s'agit de détails vulgaires, mais alors même que ce nom ne saurait blesser les oreilles les plus délicates. Il est plus d'une fois question du prêtre qui doit venir baptiser Zaïre; nulle part le mot n'est simplement écrit; partout il est dissimulé au moyen des à-peu-près les plus nobles, le sacré pontife, le ministre sacré, le saint in- terprète. Quant au mot à' eunuques, il n'y fallait pas penser; le poète lui substitue (v. 195) une périphrase digne de figu- rer à côté des plus célèbres en ce genre.
Dans cette langue si terne de la poésie d'alors, les méta- phores elles-mêmes sont devenues des abstractions, c'est-à- dire ont perdu toute la valeur et la couleur qui leur est pro- pre, pour n'avoir plus que celle du mot premier qu'elles représentent. Cela tient non pas seulement à ce que ces mé- taphores toujours les mêmes sont en partie efifacées par un long usage, mais aussi.à ce que le poète se montre très in- différent en fait d'images. Corneille avait déjà dit: Les illustres marques Qui font briller en lui le sang de vos monarques, (Nîcomède, II, 3).
ne voyant plus dans le mot sang d'autre idée que celle de noblesse, race. Ainsi fait Voltaire avec la plupart des méta- phores anciennement consacrées, notamment avec le mot feux, ce synonyme classique d'amour.
V. 883 Ces feux dont il soupire.
V. 915 De tant de feux justement possédée.
V. 925 Et préside à mes feux.
V. 993 Mes feux sont-ils trahis?
Et même, par une singulière méprise, il lui arrive d'asso- XLVI ZAÏRE cier ce mot à deux autres dont l'un exige qu'il conserve son sens propre, Tautre qu'il soit pris au figuré.
« V. 883 Le baptême éteindra ces feux dont il soupire feux doit être concret avec baptême et abstrait avec soupire. On lit pareillement aux vers 709-710: Et venir arroser de leur sang odieux Ces palmes que pour nous Dieu fait croître en ces lieux.
Palmes est employé à la fois au propre et au figuré. Ce sont-là des images simplement incohérentes.
Il serait donc facile, par un examen minutieux de sa lan- gue poétique, de retourner contre Voltaire, cette fois avec plus de justice, toutes les sévérités de son commentaire sur Corneille. Nous sommes loin de Topinion de La Harpe. La proportion qu'il établit entre les vers à conserver et les vers à retrancher devrait être plutôt renversée.
Les beaux vers ne manquent cependant pas dans cette pièce, et il y en a quelques-uns d'admirables. Plus la criti- que a pu paraître sévère, plus il convient de les signaler à leur tour. Ces deux études non seulement se complètent, mais doivent se confirmer Tune l'autre.
Voltaire avait, mieux que personne alors, ce qu'on appelle le mot dramatique, le mot à effet, celui qui résume une si- tuation ou un caractère, qui fait frémir ou qui attendrit, V. 308 Je ne suis point jaloux...si je Tétais jamais!...V. 1154 Zaïre, vous pleurez?
V, 817 Je suis chrétienne, hélas!
Il a aussi, car il s'était vraiment identifié avec ses person- nages, des vers exquis de naturel et de sensibilité.
V. 866 Pardonnez-moi, chrétiens, qui ne l'aurait aimé?
V. 649 Mon Dieu, j'ai combattu soixante ans pour ta gloire.
V. 580 Hélas! et j'étais père, et je ne pus mourir!
INTRODUCTION XLYII Sartout dans la bouche du vieux Lusignan, dont le dis- cours pathétique est, en fait de style, la partie saillante de la tragédie. Mais en beaucoup d'autres endroits, Témotion très réelle de Tauteur a cessé d'être communicative; beaucoup d'effets sont maintenant perdus. Les seuls vers qu'on goûte à la lecture, que la mémoire conserve avec plaisir ou puisse même conserver, sont ceux oà il s'exprime sans aucune pré- tention de poète, avec la simplicité et la netteté de la prose. Partout où il a voulu semer des beautés poétiques, c'est-à- dire les ornements factices et le jargon du temps, alors le charme est détruit.
Ce que nous disons ici de Zahc peut aussi bien s'étendre aux autres pièces de Voltaire et à celles de ses contempo- rains, car il n'y a alors qu'un style: partout c'est la même langue emphatique, incolore et pauvre, fausse, monotone, et! surtout impersonnelle. Cette langue soi-disant poétique a \ tué la tragédie. Sans elle Zaïre serait un admirable drame, i Ces défauts, qui ont rendu le théâtre du xvui" siècle à peu près illisible, avaient bien été sentis et signalés par quel- ques contemporains. N'osant espérer une réforme radicale, ils préféraient bannir les vers du théâtre. Quant Diderot ima- ginait sa théorie du drame bourgeois, il le voulait en prose. Son ami Grimm, que la quaHté d'étranger élevait au-dessus de nos préjugés classiques, pensait de même.
« Après avoir entendu cette lecture [Mélanie de La Harpe), je me suis plus que jamais confirmé dans l'opinion que la vraie tragédie, celle qui n'existe point en France, celle qui est encore à créer, ne pourra être écrite qu'en prose, et ne s'accommodera jamais du langage pompeux, arrondi et phra- sier du vers alexandrin. Il est impossible de donner à ce vers moins d'emphase, plus de force et de simplicité qu'il n'en a dans l'ouvrage de M. de La Harpe; et c'est ce vers qui tue à tout moment l'effet, et qui empêche le poète de m'ar- racher le cœur, de me déchirer les entrailles. Comment le pourrait -il si, dans le langage cérémonieux que ce vers en- traîne, il ne peut jamais appeler le curé Monsieur le Ctiré, iy XLVIII ZAÏRE si c'est iouîours un pasteur dont la sollicitude, etc.? Comment le pourrait-il si, au lieu de dire le mot qui porte coup, il est obligé d'embellir et d'affaiblir ce mot par une épilhète? ^ » Le goût moderne leur a donné raison. De toutes les œu- vres dramatiques du siècle dernier, les seules qui aient sur- vécu sont des comédies. Turcaret, Le jeu de Vamour et dit hasard y la Partie de chasse de Henri IV, le Philosophe sans le savoir, Figaro, et c'est surtout à la prose qu'elles doivent cette chance heureuse. La comédie en vers, bien qu'elle ait su conserver un langage pins naturel et plus franc, semble déjà loin de nous. La Métromanie, le Méchant, sont en ce genre à peu près les seuls ouvrages qui puissent de loin en loin se montrer encore sur la scène. Quant à la tragédie, elle a sombré tout entière, Voltaire aussi bien que Crébillon, Saurin, Le- mierre, La Harpe, Ducis ou Chénier. Une reprise isolée, es- sayée à titre de pure curiosité, comme celle de Mahomet il y a quelques années, n'empêche pas le naufrage d'être complet.
Les contemporains de Voltaire voyaient surtout en lui le poète, l'auteur de Brtitus, d'Alzire, de Mérope, l'auteur de cette Henriade que Frédéric plaçait à côté, sinon au-dessus de l'Enéide. Quel revirement depuis! Ce qui survit en lui, c'est cette prose exquise et inimitable, qui le place sans rival au premier rang, qui fait de lui le roi de notre langue, et qu'on admirera de plus en plus à mesure que le français sera plus dénaturé par le néologisme, par Tinvasion des mots étrangers, des termes pédants ou techniques, par la négligence de certains écrivains ou la recherche de certains autres. Mais Voltaire poète, qu'en reste-t-il, à part ses vers légers, ses contes, et ses discours philosophiques, écrits d'un style sobre, avec une mâle éloquence? La Henriade est dé- laissée comme la plupart des épopées factices; et ses tragé- dies même les meilleures, malgré leur supériorité scénique, malgré des vers éclatants, sont mortes, tuées par le style.
1. Correspondance Littérairej février 1770. Voir encore 15-juilIet 1764 et jan- INTRODUCTION XLIX VII Quand on passe de la lecture d'une tragédie de Voltaire à celle de son Commentaire su?* Coimeille, on est frappé du grand nombre des expressions et des tournures qu'il con- damne après les avoir employées lui-même. En voici quel- ques exemples pour Zaïre, Cinna^ III, 4.
Je suis toujours moi-même, et ma foi [toujours pure. « II faut: ma foi est toujours pure. Ma foi ne peut être gouvernée par je suis, » Zaïre, v. 108.
J*eu8se été près du Gange esclave des [faux dieux, Chrétienne dans Paris, Musulmane en [ces lieux.
Polyeucle 1, 1.
N'ose déplaire aux yeux dont il est [possédé.
a Expression impropre, vicieuse: on ne peut dire être possédé des yeux. » Zaïre, v. 915.
Moi, qui de tant de feux justement [possédée.
Polt/eucte, II, 2.
Eût gagné l'un par l'autre, et me l'eût [conservée, «c II faut éviter en poésie ces termes: celui-ci, celui-là; l'un, Vautre; le premier, le second, tous termes de discussion, tous d'une prose ram- pante...»
Zaïre, v. 1325.
Malheureux l'un par l'autre, Il faut régler d'un mot et mon sort et [le vôtre.
Polyeucte, Y, 3.
Ah! ruses de l'enfer! Faut-il tant de fois vaincre avant que [triompher! « Enfer ne rime aveô triompher qu'à l'aide d'une prononciation vi- cieuse; grande preuve que l'on ne doit rimer que pour les oreilles. » Zaïre: V. 483, 484, fers rimant avec légers. V. 1567, 1568, arracher rimant avec cher.
ZAÏRE Pompée f lî, 2.
Mon cœur en soupire, Et croit que César même, etc.
<c Un cœur quicroitt cela ne serait pas souffert aujourd'hui. » Zaïre, v. 1363.
Sachez donc qu'en secret il (mon cœur [pensait malgré lui. Je connais votre cœur: il penserait [comme eux...Héraclius, I, 1...Et lui perçant le flanc, On en fit dégoutter plus de lait que de [sang. « Lui perçant le flanc est un solé- cisme; il faut en lui perçant.
Zaïre, v. 493.
Vous daignâtes bientôt.., etc. Revoyant des Français le glorieux em- Y chercher la rançon..., etc. [pire, Héraclius, II, 2.
La mort de ce tyran, quoique trop lé- [gitime...« Trop légitime: ce trop est de trop. » Zaïre, v. 539.
Trop digne chevalier, quoi 1 vous pas- [sez les mers...Héraclius^ III, 1.
En brisant les beaux fers qui me te- [naient captive « De beaux fers! et on reproche à Racine d'avoir parlé d'amour!
Mais on ne trouve chez lui ni beaux fers ni beaux feux; ce n'est que dans sa faible tragédie à" Alexandre, où il fait dire à Ephestion: Fidèle confident du beau feu de ton [maître. » Si j'ai besoin de vous, de peur qu'on [me contraigne. « Il faudrait, pour que la phrase fût exacte, la négation ne...> Zaïre, v. 1135.
Et qui craignant surtout qu'à rougir [on l'expose.
Nicoméde, I, *2.
J'avais ici laissé mon maître et ma [maîtresse. « Maîtresse: on permettait alors ce terme peu tragique. » Zaïre, v. 62...Du rang de sa maîtresse.
De craindre une maîtresse.
Leurs lettres en font foi qu'elle vient [de me rendre. « Cela n'est pas français; il faut, Leurs lettres quelle vient de me rendre en font foi. » Sertorius^ I, 3.
Si votre hymen m'élève à la grandeur [sublime...« Sublime est inutile avec gran- deur. Ne vous servez jamais d'épithètes que quand elles ajouteront beaucoup à la chose. > Sertorius, 11,2...Pour remplir Thonneur de ma naifsance. K On soutient Fhonneur de sa nais- sance; on remplit les devoirs de sa naissance^ mais on ne remplit point un honneur. » Sertorius, II, 2.
Je trahirais, Madame, et vous et vos lëtots. De voir un tel secours et ne l'accepter [pas. « Je trahirais de voir est un solé- cisme. » Sertorius, IV, 3.
Quels services faut-il que votre espoir [hasarde? < Des services qu'un espoir ha^ sarde f » Sertorius, V, 2.
A deux milles d'ici j'ai su le rencontrer. « Ce J'ai su fait entendre qu'il y avait beaucoup de peine, beaucoup d'art et de savoir-faire à rencontrer Pompée. — J*ai su vaincre et régner, parce que ce sont deux choses très dif- ficiles Mais J'ai su rencontrer un homme en chemin est ridicule. Tous les mauvais poètes ont imité cette faute. » Zaïre, v. 1041.
Il donnera la force à vos bras lan- [guissants. De briser des liens si chers et si puis- [sants.
Zaïre, v. 1228.
Je remplis mes serments, mon hon- [neur, mon devoir.
Zaïre, v. 208.
Je me croirais haï, d'être aimé fai- [blement.
Zaïre, v. 1402.
Son amour indiscret...Aura de ses soupirs hasardé l'inso- [lence.
Zaïre, v. 303.
Moil que je puisse aimer comme Ton [sait haïr!
ui Zaïre VIII Nous reproduisons ici quelques appréciations de Zaïre qui n'ont pas trouvé place dans l'Introduction ou dans le Commen- taire.
CoNDORCET, Vie de Voltaire, « Cette pièce est la première où, quittant la trace de Corneille et de Racine, il ait montré un art, un talent, un style qui n'étaient plus qu'à lui. Jamais un amour plus vrai, plus passionné, n'avait arraché de si douces larmes; jamais aucun poète n'avait peint les fureurs de la jalousie dans une âme si tendre, si naïve et si généreuse. On aime Orosmane, alors même quUl lait frémir; il immole Zaïre, cette Zaïre si intéressante, si vertueuse, et on ne peut le haïr. Et s'il était possible de se distraire d'Orosmane et fde Zaïre, combien la religion n'est-elle pas imposante dans le vieux Lusignan! quelle noblesse le fanatique Nérostan met dans ses reproches! avec quel art le poète a su présenter ces chré- tiens qui viennent troubler une union si poétique et si tou- chante! Une femme sensible et pieuse pleure sur Zaïre, qui a sacrifié à son Dieu son amour et sa vie, tandis qu'un homme étranger au christianisme pleure Zaïre dont le cœur, égaré pjir sa tendresse pour son père, s'immole au préjugé supersti- tieux qui lui défend d'aimer un homme d'une secte étrangère; et c'est là le chef d'œuvre de l'art. Pour quiconque ne croit poinî aux livres juifs, Athalie n'est que Técole du fanatisme, de l'assassinat et du mensonge. Zaïre ^sl dans toutes les opinions, comme pour tous les pays, la tragédie des cœurs tendres et des âmes pures ».
J.-J. Rousseau. Lettre à cTAlembert sur les spectacles, § 83.