SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

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Î>uilî’e palier dansl’œfophage, 8c fi quelque • alive s’y mêlant fert à mieux faire cette première divifion, on voit que tout cela n’arrive que par le mouvement.

44. Si tout cela palTe dans l’ellomac-, 8c y trouvant certaine liqueur, dont les moindres parties coupantes comme celle de l’eau forte, font excitées par la cha- leur des entrailles: il.efl encore plus di- vifé qu’auparavant, 8c réduit à peu près au même état, que ces lambeaux de tantdi- verfes couleurs aflcmblés fous les martellcs d’un moulin à papier, lcfquclles pour êtte feulement imbibés d’une eau qui coule fans celfe, fc divifent en tant de parcelles, quelles compofent une liqueur blanchâtre comme la colle: Cela arrive-t-il par d’au- tres caufes que par le mouvement?

45. Si lorfquc cette liqueur cil defeen-- 38^ Discours due de ce vifcere dans ceux qui entourent le mezentcre, le prertement continuel du bas ventre vient à exprimer les plus déli- cates parties à travers les pores, qui réf>ondent aux petits conduits qu’on nomme es veines laétées, 8c à repou fler les plus terreftres parties de cette même liqueur dans les gros inteftins, pour en décharger le corps comme d’un faix inutile: Ne doit- on pas encore attribuer cet effet au même mouvement?

4<f. Que fi delà, le plus délicat 8c le 5 lus précieux de cette liqueur, partant ans ces conduits que les yeux n’ont pu fuivre par tout, 8c dont la feule adreffe de Monfieur Pequetaf^û demêler les détours, devient plus excite qu’auparavant, foit 3u’une portion débile s’y mêle pour lui onner plus d’a&ion, foit que forçant des partages trop étroits les parties acquièrent , plus d’émotion, 8c à caufe de cela commeri- cent à repoufler autrement qu’elles ne faifoient la lumière contre nos yeux, on verra quetoutcelafe fait par le mouvement.

47. Que fi fe mêlant avec le fang qui coule déjà dans les vaifleaux que la na- •ture a mechaniquement difpofés à cet ul'a- , fi va jufques au cœur, où il acquiert encore plus de chaleur & d’a&ion pour _ pafler enfin dans les arteres: Cela fans dou- te, eft encore un effet du mouvement, 8c • * j dit Mouvement locàl. 383 delà difpofition de toutes Tes parties.

48. Que s’il eft pouflé dans les arteres avec un effort qui les fafle enfler jufques aux extrémités, en forte que leurs peaux s’étendant, & leurs pores s’ouvrant, il puiflepafler des particules de fang, par des pores qui foient ajuftés à leur figure, cela n’arrive-t-il pas par le mouvement!

49. Que fi ces particules qui s’échappent étant de differentes figures, &c moins foli- des les unes que les autres, félon Iesdiver- fes préparations qu’elles ont reçues, &c les differentes endroits où elles ont pafle, vont ou plus loin ou plus près fe mcler entre les filets droits ou courbés, qui compofent déjà les chairs, en forte qu’elles y fafl’ent croître la mafle des parties qui leur font femblables: Tout cela ne fc fait-il pas par le mouvement, & cette afîïmulation dont la raifon travaille tant ceux qui la vont chercher où elle n’cft pas, cft-elle fi diffi- cile à concevoir par ce biais?

jo. Par cette fuite on a pu ce me fcmblc, appercevoir, que la meme mafle qu’on di- foit avoir dans un certain arrangement, la forme.du pain, a pafle lorfquc fes mê- mes parties ont été plus divifées, ôc autre- ment ajuftées les uns aux autres en une li- queur à laquelle on a affigné une autre for- me. Enfin, on a pù obfcrvcr que cette mê- me liqueur, dont toutes les gouttes paroifj.84 Dis cours j.84 Dis cours l'oient uniformes quand fes parties croient* bien mêlées, n’étoient pas pourtant conv- pofccs de parties toutes femblables: puif- que la diverfité de leur figure 8c de lent groffeur leur a donné moyen de palier par des endroits fi différons, 8c de for- mer en l’un de laîchair, en l’autre de la graille, en un autre des cheveux, & en. un autre une autre cliofe: en forte qu’au- cune de fes petites parties n’eft perie, mais a tellement change fa figure, fa fituation, 8c fon mouvement, qu’à voir ce qu’elle eft en l’homme, on a peine à croire ce qu’elle étoit dans le pain. Et cela arrive1, parce qu’ordinaircmcnt on ne fuit pas a fiez exactement dans fon progrès la caufe du changement de chaque particule, 8c que ne confiderant pas q ue c’eft parle mouve- ment qu’elle pafic peu à peu d’un état à l’autre -, on vient tout-à-coup à confidcrer celui où elle a été autrefois, 8c celui où on la voit pour lors, comme deux chofes fi étrangement differentes qu’on s’imagine que ce changement doit avoir une caufe tout autre que le mouvement, & pour l’af- figner, on dit qu’il y a nouvelle forme.

P- A'ü relie, il feroit facile d’expliquer, en fuivant toujours ces petites particules’ que j’ai laifiées en differens endroits de notre corps, pourquoi leurs mouvemens étant trop grands, elles fortent du corps fans*- ( DU M OUVEME NT t OC AI. 3 S 3 fans s’arrêter j de maniéré que l’on devient prefque fec. Je pourrois auffi expliquer qu’elle eft la figure des parties qui font la graiffe; comment faute d’un allez grand mouvement, ou pour être trop abon- dantes, elles s’embarallent,, comment: après elles s’épuifent: & enfin qu’elle eft le different cours des particules que les arteres pou fient hors d’elles, fui- vant la différence des âges, des lieux 8c des faifons. Mais j’ai déjà trop arrêté cette compagnie, &C il me fuffit d’avoir tenté d’expliquer tous lesmouvemens qui nous font connus par une feule définition, ou ce qui eft la même chofe, de montrer que tous les mouvemens font d’une même cf- pece: &c que c’eft plutôt la diverfité de leurs degrés ou de leurs effets fcnfibles, que la différence de leur nature qu’on a voulu marquer, quand on leur a donné tantôt le nom de mouvement local ou chan- gement de lieu, & tantôt celui de mou- vement de quantité, de qualité, ou de forme.

5 z. On doit dire le même du repos; car tant qu’une chofe demeurera appli- quée aux mêmes parties des corps environ- nans, on appellera cet état repos de lieu.

5 3 • Que fi les parties de cette chofe éta nt un peu en mouvement, on né voit pas que pour cela elles fc quittent, qu’elles ad-* K k 384 Discours mcttententreelles aucunes nouvelles par- ties qui leur foient fembîables: On dira qu’elle n’augmente ni ne diminue point, Ôc cet état s’appellera un repos de quantité.

54. Enfuite, tant qu’on verra que les parties de cette même chofe garderont tou- jours allez d’une certaine fituation, pour produire toujours un certain effet fur nos fiens, quoique d’ailleurs elles fe remuent, on nommera cet état un repos de qualité.

55. Enfin tant qu’il lui reliera affez de cet arrangement de partie, auquel on fait confifter Fa nature particulière, on appel- lera cet état un repos de forme.

56. A in fi Meilleurs, fi un corps demeu- re en même état, c’eft parce que fes par- ties n’ont point changé leur fituation, &C fi le même corps à changé d’état, c’eft parce que fes parties ont changé leur fi- tuation.

DISCOURS DE LA FIÈVRE Digilized by Googli AVIS DU LIBRAIRE au Le&eur.

E petit T mité du Mou- vement que je viens de vous donner, part de la plume d'un Philofophe, dont le flile montre affef& la net- teté de Jes conceptions & la folidité de fon efprit s Le Difcours fuivant de la Fièvre efl de la compoftion d’un autre Philosophe & Mathé- maticien, à qui le Public a quelque forte d’obligation de plufieurs décou- vertes qu'il a faites dans la PhjJï- • que. Je vous dirois le nom de l’un & de l’autre fi j’en avois lapermif- fion. Mais comme ces Traités m’ont . été communiques par quelques-uns de leurs Amis qui ne m’ont pas vou- Kk Hj DISCOURS DELA FIÈVRE.

U is qjj e le froid de la Fiè- vre fait aujourd’hui toute no- tre recherche, nous devons principalement prendre garde de ne rien avancer touchant fa nature, qui ne*s’accorde avec l’explica- tion tfes autres phain^menes ou accidens de cette maladie. C’efl pourquoi me hazardant d’en dire ici mon fentiment, je me trouve obligé de parler de la Fiévte même *, Et comme elle eft une fuite de qüelque dére- glement qui arrive dans le corps de l’ani- mal, il ne fera pas tout-à-fait hors de pro- pos de rapporter quelques-unes des réglés qui entretiennent fon harmonie.

Il faut premièrement reconnoîtrepour confiant, que le fang fe raréfiant dans le cœur, êc ainfi acquérant la forme de l’ef- prit vital, en fort avec impetuofitè pour K k iiij Discours entrer dans les arteres, par lefquels il elt porté jufqu’aux extrémités du corps; d’où il pail’e dans les petites veines, & enfuite dans les plus çrofles, enforte qu’à la fin tout parvient a la veine cave, qui le re- donne au cœur -, où il recommence fa cir- culation -, qui fc réitéré ainfi plufieurs fois dans I’efpace de chaque jour.

C’eft une vérité clairement démontrée par plufieurs expériences, & par des raifons très-fortes, qu’il y a dans le corps plufieurs autres diverles liqueurs, qui ont pareille- ment un cours réglé & des routes déter- minées -, tellement que la plupart de ces parties qu’on nomme folides, en ne fe tou- chant pas immédiatement, compofent com- me une infinité de petits canaux fcnfibles ou infenfibles, par où les parties fluides prennent leur cours.»

Les battemens des arteres, qui font pré- cifement égaux en nombre à ceux du cœur, fe renouvellent toutes les fois qu’elles en reçoivent du fang. Et parce que cette li- queur efl: compofée de plufieurs petites par- ties, qui fe meuvent diverfement les unes à l’égard des autres; il en échappe tou- jours une allez grande quantité par les pores infenfibles des arteres, qui fert à • nourrir l’animal, ou à augmenter fon corps quand il efl: en état de croître.

Çes parties du fang qui fe feparent ainfi des autres doivent fans doute être les plus agitées & les plus fubtiles de toutes; & cc qui retourne dans les veines doit être le plus grollîer •, mais il fe fubtilife en palTant aerechefdanslecœur. C’eft pourquoi tou- te la malle du fangpourroità la fin fe con- vertir en efprits, qui échaperoient tous des arteres, 8c ainfi le fang tariroit dans les veines; fi ce n’étoit qu’avec celui qui eft prêt à retourner dans le cœur, il fe mêle une certaine quantité de chile, dont il reçoit quelque forte de rafraîchiflement, & qui le rend moins propre à y prendre feu, 8c à s’y embrafer.

Le fang qui coule du cœur coulant fans celle très-vîte dans toutes les arteres 8c les veines, porte par ce moyen la chaleur qu’il acquiert dans le cœur à toutes les autres parties du corps; mais celui qui fe porte en haut par le plus gros canal de l’Aorte, donne moyen a les plus vives parties de pafler au travers des arteres Carotides juf- 3ues dans le cerveau, où étant féparées es autres moins fubtiles, 8c moins agitées, elles compofent les efprits animaux, qui pafl'ans de-là dans les nerfs & dans les muf- cles produifent deux effets confiderables. Dont le premier eft, qu’enflant un mufcle plutôt que fon oppolé, elles font que cc mufcle s’accourcit, 8c confequemment qu’il tire le membre auquel il eft attaché, pui$ 'Discours * quand le mufcle oppofé vient à s’enfler Sc à fc racourcir, il retire vers foi cette partie, 6c la remet en Ton premier état. Tellement qu’on peut dire que le mouvement dès membres dépend immédiatement du cours des efprits animaux.

L’autre effet qui fuit de ce que les ef- prits coulent dans les nerfs, eft qu’en con* tinuant leur agitation entre les filets qui compofent leur moelle ils les tiennent le - parés 5 8c par ce moyen fi les parties du corps où Ces filets aboutiffent font mues par quelques objets extérieurs, leur aétion fe tranfmet aifément jufqu’au cerveau, d’où réfultent quelques fenfations -, 8c c’eft cet crat qu’on nomme la veille.

Au contraire, fi ces efprits manquent de remplir les nerfs, foit qu’ils ayent été tout-à-fait dilfipés, ou feulement qu’y en ayant unetrop petite quantité ilsne puif- fent pas fuffirea remplir le cerveau 8c les nerfs -, alors leurs filets demeurans lâches, & comme collés les uns contre les autres, l’impreflion que les objets feront fur les organes extérieurs, ne fe tran finettra plus julqu’au cerveau: 8c ainfi nous céderons de fentir: Et cet état n’cft autre que celui du Sommeil -, qui ne fçauroit finir qu’après qu’il fe fera fait des efprits animaux en fi grande quantité, qu’ils ayent là force de dilater le cerveau, & d’ouvrir les orifices des Dï LA. F I Ë V R I.' iietfs, & enfuite de les remplir -, Et quand il n’y auroit dans le cerveau qu’une fort petite quantité d’efprits,pourvû neanmoins 2uele corps reçût au dehors une impref- on aflez grande pour être portée jufqu’a» cerveau, nonobftant le peu dedifpontion qui fe rencontre alors dans les organes, on ne laifleroit pas de s’éveiller en quelque façon: Car alors il en rçfulteroit en l’ame une fenfation, qui feroit caufe que la plû* {>art dcsefprits prenans leurs cours vers le ieu d’où viendroit l’impreflîon, les arte* res 8c les nerfs s’ouvriroient, & donnans ainfi paflaged ce peu d’efprits animaux > qui fans cela auroient été employés à d’au» très ufages, ils pourroient mouvoir quel- ques membres, & difpofer le corps à quel- les a&ions de la veille.

Ces remarques fuppofées, fi pour quel- que caufe que ce foit, une petite portion de quelqu’une de nos humeurs, croupit- fant en quelque endroit de notre corps fe corrompt en quelque maniéré, ôc coulant au bout de quelque tems, vient à fe mê- ler avec le fang des veines, par lefquelles elles foit portées dans le cœur, la fuppofant d’ailleurs moins propre à fe raréfier que le fang que les Médecins appellent loüable: ( De même que le bois verd s’enflame plus mal-aifément que celui qui eft fec) il doit ar- river que le cœur ne s’enflera que très- peu i $94 Discovrs $94 Discovrs & confequemment que les arteres qui n{! recevront qu’une très petite crue defang ne battront que tres-foiblement. Et ce qui eft ici detres-grande importance à obferver, seft, que les efprits vitaux courans dans le corps en bien moindre quantité, & avec beaucoup moins d’agitation que de coutu- me, le mouvement ordinaire des parties, lequel ils entretiennent } & en quoi confi- fte leur chaleur naturelle doiteefler. Et ainfi nous devons expérimenter ce fenti- ment de froid, qu’on nomme le froid de la fièvre y qui peut être accompagné de cer- taines piqueures aiguës, ou moufles, fé- lon que la matière corrompue, qui coule dans les arteres ébranle leur peau inferieu- re, ou félon que quelques-unes de fes par- • tics qui échappent par les pores meuvent diverfement les filets des nerfs qu’elles ren- contrent en leur chemin.

Et parce que tandis que nous fommesen cet état, il eft impoffible qu’il fe faffe au- tant d’efprits animaux qu’à l’ordinaire,ceux que la volonté détermine à prendre leur cours vers quelques mufcles, pour mouvoir le corps, ou pour le tenir en certaine po- fture, ne fe trouvans pas en (Quantité iuf- fifante pour prefler les valvules contre les pores par où ils peuvent échapper *, il doit t arriver que comme l’air tjui n’a été ferin-, gué qu’en petite quantité dans un ballon, Dï U FlEV RE.' J95 ne prefle pas la languette contre le trou „ & en fort facilement: aulïi ces efprits qui étoient entrés dans ces mufcles en échap- pent, &c fe portent temerairement d’un mufcle dans l’autre, &c ainfi tirent & fe- coüent alternativement les membres vers des parties contraires» c’cft-à-dire, qu’ils caufent ce tremblement qui accompagne le froid de la fièvre.

: Et bien que toute la matière corrompue ait peut-être pafle en moins d’un demi quart d’heure dans le cœur, il fe peut fai- re neanmoins que le froid ou le frifion du- re beaucoup plus longtems j parce que par la loi de la circulation, cette même matiè- re peut-être ramenée dans le cœur avec auf- fipeu de difpofition à fe dilater qu’elle en avoit la première fois qu’elle y a pafle: Mais par }a même raifon qui fait que le bois verd à force d’être échauffé s’embrafe bien plus fort que le bois fec: cette matiè- re corrompue après avoir pafle plufieurs fois dans le cœur peut à la fin s’y raréfier extraordinairement j & ainfi en fortir bien plus vîte Sc plus agitée que de coutume y ce qui fuffit pour caufer cet état qu’on nom- me l’ardeur de la^iévre, qui fuccede à un fi grand froid.

Car pour le battement du poulx, il efl évident qu’il doit être beaucoup plus fre- quent, & plus élevé que de coutume-, puif* 59? Discours que le fang fe décharge dans les arteres paf reprifes plus fou vent réitérées, & qu’il eft plus dilaté qu’à l’ordinaire -, Et l’on doit ■expérimenter une chaleur beaucoup plus grande* puifque le fangqui fort tout boüil- knt du cœur } eft porté d’une tres-grande vîteffe jufques aux extrémités des membres, fans qu’il ait le temps de fe rafraîchir par la longueur du chemin.

De plus, parce que dans cet état il doit entrer beaucoup plus d’efprits dans le cer- veau, & dc-là dans les nerfs & dans les mufcles. Il en doit réfulter la difficulté de dormir, les douleurs de tête, cette fenfibi- lité très-importune par toutes les parties du corps, & cette force extraordinaire qu’on obferve en quelques malades.

Il peut même arriver que les efprits animaux qui courent fortuitement vers le cerveau, & qui ont beaucoup de force, fe portent opiniâtrement d’eux-mêmes à ou- vrir &c ébranler certaines parties, à la fa- çon qu’elles l’ont autrefois été à la prefen- ce de quelques objets: C’cft pourquoi on fentira ces mêmes objets comme s’ils étoient prefens * Et c’eft ce qui ^:aufe ces fortes rêveries.

Et fi cet état duroir long-temps 3 comme les parties du fang, qui devroient s’aller joindre à celles de notre corps qui s’afent continuellement afin de les reparer, auïoîent beaucoup plus de mouvement que de coutume, elle ne pourroient pas s’arrê- ter contre, mais pafleroient outre en for-* mé de fueur, ou par tranfpiradon infenfî- ble Sc en entraîneroient même avec foi quel- ques-unes: Et jjnfi le corps deviendroic maigre à la façon que les plantes fe de flè- chent, 8c lorfque durant une chaleur ex- ceflivc, le fuc de la terre qui les devroic nourrir pâlie au travers de leurs pores fans s’y arrêter.

Il n’y a pas de doute que la Fièvre ne s’engendre a la façon que je viens de dire: fi l’on confiderc que quand il fe fait du pus dans quelque abcès, où à l’occafîon de quelque bleflure, on expérimente la Fiè- vre dont on eft ordinairement délivré, quand ce pus ceCede fe faire, où quand il prend fon cours hors du corps.

Au relie encore que cette matière pour- rie cefle de couler du foyer où elle s’étoic engendrée,&qu’il ne s’en mêle plus de nou- velle avec le tang qui va au cœur, celle 3ui y eft déjà mêlée, peut fuflire pour faire urer l’accès jufqu’à ce que par plufieurs circulations elle le foie épurée, & réduite à peu près au tempérament du fang loua- ble. De même que le vin nouveau s’éclair- cit à la longue à force de boüillir dans le tonneau. Ainfi l’accès finiflant, la Fièvre ne devroit plus reprendre, s’il ne reftoit 358 Discours comme un levain, ou certaines difpo/îtions au lieu où la première matière s’étoit corrompue, pour Faire qu’il s’y en raflern- ble d’autre: laquelle sUcant derechef meu- rie au bout d’un certain tems, vient à cou- ler vers le cœur à la façor^de la première: Etainfi caufe tous les mêmes fymptomes.

D’où il faut conclure que la Fièvre eft quarte, quand la matière a befoin de trois jours pour le meurir, & devenir capable de couler avec le fang: qu’elle cil tierce, quand elle n’a befoin que de deux jours: qu’elle eft continue, quand elle coule con- tinuëment: Et enfin qu’elle eft continue avec redoublement, quand cette matière a tellement gâté le fang, qu’il ne Içauroit fe purifier dans le tems qui eft compris en- tre ce moment auquel la derniere goutte s’eft écoulée, 8c celui auquel la première goutte de celle qui s’eft derechef aftemblée commence à couler vers le cœur: ou bien quand cette même matière qui le corrompt, s’amalTe en plus grande quantité qu’il ne s’en écoule: en forte qu’au bout de certai- nes heures, elle puifle être accrûe à tel ex- cès, qu’elle force les digues qui la rete- noient en partie.

Car dans l’un ou l’autre de ces deux cas, étant vrai qu’il y a un tems auquel la ma- tière corrompue fe porte en plus grande quantité au cœur, il eft neceflaire qu’elle * caufe DE LA FIEVRE. ' caufe un plus grand embrafement. Et ceci fe prouve, parce que comme cette matière -que nous avons comparée au bois verd, doit d’abord en quelque façon rafraîchir le fang, auparavant de fe trouver capable d’être rarefîée: auffi quand elle pâlie pour la première fiw dans le Cœur, elle cau- fe certains petits frilfons, & des difpo- fitions à dormir, comme font les baille— mens 6c l’aflbupifleraent, Etcen’eft: qu’en- fuite qu’on expérimente le redoublement.

Tout ce que j’ai dit deviendra encore plus croyable, li l’on confidere les moyens que les Médecins employent pour gué- rir la Fièvre. Ce qu’ils nous ordonnent eft: de ne plus prendre tant de nourriture, de nous faire tirer du fang, de prendre quel- ques purgations: où ce qui eft: plus rare, de nous faire appliquer quelque médica- ment à l’exterieur, aux endroits où les ar- tères font moins cachées fous la peau. Par les deux premiers moyens nous avons fu- jets de devenir un peu plus maigres, 6C les fibres des chairs diminuant de grofteur ne fe ferrent plus fi flfet. Ce qui eft: évident en ce que le corps d'une perfonne «maigre eft: plus mol. Et par là il arrive que ces pe- tits canaux par où coulent les humeurs fe dilatent, 6c le fang fe trouvant d’ailleurs en plus petite quantité, il a moins d’occa- - fioft d’être retenu à l’endroit où il pour- U / '400 Discours roit entretenir la maladie. Peut-être auffif que la nature des alimens contribuans à cette corruption, fi l’on vient à s’en abfte- nir, on fait que la caufe de la Fièvre ccfTc, confequemmcnt l’effet, qui eft la Fièvre. Par la purgation, le fangïepcut purifier, & le décharger de ce qtÉl^le rendoit fort different du fang loüable: de même que par le mélange d’une goutrc de certaine li- 3ucur, les Chimyques clarifient une gran- e quantité d’une autre liqueur qui étoit toute trouble. En fui te de quoi venant à paffer par le foyer de la Fièvre, il ne doit pas fe corrompre fi aifément, 8c les cho- ies deviennent petit à petit à leur premier état. Ou bien ilfe peut faire que l’effet de la purgation foit de rendre le fang plus li- quide, fans changer autrement fon tem- pérament, 8c cela fuffiroit pour guérir la fièvre: parce qu’il pourroit avec cette qualité pafTcr où il étoit auparavant rete>- nu, 8c confequemment ne le plus pour- rir. J’eftimc que les medicamens appliqués par dehors ne font capables que de ce der- nier effet, & meme qu’ils doivent être moins efficaces que les autres, à caufe qu’ils agifTcnt de plus loin. Encore croirois-je que le bonheur fc doit joindre avec eux pour faire qu’ils réüffifTent. Et fi je m’éloi- gne en ceci du fentiment de ceux qui don-. ncxijt aux remedes beaucoup plus de vtrta DE IA FlEVRE. 401 DE IA FlEVRE. 401 qu’ils n’en ont, aufli ne tiens-je pas le par- ti de ces ennemis de la Medecine, qui di- fent que tous les remedes indifféremment n’en ont aucune, fi ce n’eft peut-être cel- le de caufer une maladie differente de celle qu’on a déjà, ou de l’augmenter; & que fi l’on comptoit le nombre de ceux qui meurent, faute de fe faire traiter, il ne fe trouveroit pas plus grand que celui de ceux qui meurent pour avoir été traités î & qu’il y en a tout autant qui échappent des maladies fans l’aide des Médecins, que de ceux qui doivent leur fanté à l’execu- tion de leurs ordonnances. Alleguans ea outre l’exemple de quelques peuples Sep- tentrionaux: lefquels par une pratique toute contraire à la nôtre ne boivent du vin que quand ils ont la Fièvre > Et compofcnr Suelquefois des Médecines d’ail & de pou- re à canon pillés & broyés avec de l’eatt de vie pour s’en délivrer. Je ne voudrois pas être de ce fentiment: auflî ne vôudrois- je pas croire que les remedes ordinaires euf- fent d’autres vertus que celles que j’ai déjà rapportées, qui combattent la Fièvre, fui- vant l’explication que j’en ai donnée, 8c qui ne la peuvent guérir avec certitude, qu’autant que l’cxperience nous Iefaitcon- noître.

F I N TABLE DES MATIERES Contenues dans ce Volume.

Ettre première à M.

precedente, L Delcartes, lur fon Lettre lèconde au même» Traité des Partions, 31* p axe 1.

Réponle à la precedente » Réponfc de l’Auteur à la ih LES PASSIONS DE LAME, Première Partie.

TN Es Paffions en ge- J- J neral. & par occa- sion de toute la nature de l’homme, Pag. 31. Article I. Que ce qui efl Paffion au regard d’un fiijct, eft toû;ours a- dion à quelqu’autre é- gard, Ibid.

Art. II. Que pour con- noîtrc les Partions de l’Ame? il faut diflin- guerfes fondions d’a- tcc celles du corps, $>«.

Art. III. Quelle règle on doit iuivre pour cet effet » ~ Ibid.

Art. IV. Que la chaleur & le mouvement des membres procèdent du corps > les peniées de l’ame, _ 38.

Art. V. Que c’efl erreur de croire que l’ame donne le mouvement & la chaleur au corps» Art. VI. Quelle dilFercn- DES MATIERES. 4oj Ce U y a entre un corps Art. XVI. Comment tous les membres peu» vent être mus p?r les objets des Sens & pat les efprits, far.s l'aide de Pâme. fy.

vivant & un corps mort, 40.

Art. VII. Brieve expli- cation des parties du Corps, & de quelques Unes de lès fondions, ' Art. XVII. Quelles font 40. les fondions de l’ame, eft le Art. VIII. Quel principe de toutes ces fondions, 4^.

Art. IX. Comment lè fait le mouvement du cœijr, Ibid.

Art. X. Comment les ef- prits animaux font produits dans le cer- veau, 44.

Art. XI Comment le font les mouvemens des mufcles, 46.

Art. XII. Comment les objets de dehors agif- fen t contre les organes dès fens, 47.

Art. XIII. Que cette a- dion des objets de de- hors peut conduire di- verfement les efprits dans les mufcles, 49.

Art. XIV. Que la diver- fité qui eft entreles ef- prits, peut auffi diver- fifier leur Cours, fi.

Art. XV. Quelles font les caufesdeleur diver- se, Uid* Art. XVIII. De la vo- lonté,.J y.

Art. XIX. Des percep- tions, Ibid * Art XX. Des imagina- tions & autres pcnlèes qui font formées pat Tarne, 5 g.

Ait. XXI. Des imagi- nations qui n’ont pour caufè que le corps, 57.

Art. XXII. De la diffé- rence qui eft entre le» auofes perceptions, y8.

Art XXIII. Des percep- tions que nous rap- portons aux objets qui font hors de nous,.

Ibid.

Art. XXIV. Des percep- tions que nous rappor- tons à notre corps, tÿ.

Art. XXV. Des percep- tions que nous rap- portonsànotre amc/a Art. XXVI. Que les ima- ginations qui ne dé- pendent que du mous 404 TABLE ■vement fortuit des ef- Art. XXXV. Exemple pries, peuvent être de la façon que les d'aufli véritables paf- imprefiions des objets fions „que ks percep- s’unifient en la glande tions qui dépendent qui eft au milieu du des nerfs 6 z. cerveau, 70.

Art XXVII. La défini- Art. XXXVI. Exemple tion des Pallions de de la façon que les l’ame, 6z. pallions font excitées tion de la première Art. XXXVII» Com- partie de cette défini- me il paraît i qu’elles tion, 63. font toutes cau'écs par Art. XXIX. Explication quelque mouvement de fon autre partie,<4. des elprits, 73- Art. XXX» Quel’amceft Art. XXXVIII. Exemr unie à toutes les par- pie des mouvemens ties du corps conjoin- du corps qui actement, compagnent les paf» Art. XXXI. Qu’il y a fions, & ne dépendent une petite glande dans point de l’amc, Ibid, le cerveau, la- Art. XXXIX. Comment 2uelk Taine cifjk fes une même caulè peut mêlions, plus par- exciter diverfes pafticulieremcnt que dans fions en divers homles autres parties, sa. mes, 74» Art. XXXII. Gomment Art XL. Quel cftle prin- on connoît que cette cipal eflet des pallions, glande eft le principal 7'.

fiege de l’ame. 67. Art. XLI. Quel eft le ArtXXXIIIQuele fiege pouvoir deTamc au des pallions n’eft pas regard du corps, Ibid. dans le cœur, 68. Art XLII. Comment Art- XXXIV- Comme on trouve en là mel’ame & le corps agif- moire les choies, dont fait Tua contre Tautre, on Yeut fc fouvenir, • 6?t 7*. _ DES MATIERES. 40 f 'Ait. XLin. Comment Art. XLVII., En quoi l’ame peut imaginer, confident les combats ctre attentive & mou- voir le corps. 77.

Art XLIV. Que chaque volonté eft naturelle- ment jointe à quelque mouvement de la glan- de; mais que par in- duftrie ou par ha' itude on la peut joindre à d’autre», 78.

Art. XLV. Quelle eft le pouvoir de l’ame au regard de (es pallions, Art. XLVI. Quelle eft la raifon qui empêche que l’ame ne puifle en- tièrement dilpofèr de fes pallions, la qu’on a coutume d’i» maginer entre la par- tie inferieure & fupc- ri ure de l’ame, 8r.

Art. XLVI1I En quoi on connoitla force ou la foibleflc des âmes, & quel eft le mal des plus foibles, 84.

Art. XLIX. Que la force de l’ame ne (ûffit.pas. là' s la connoillance de- là vérités, 8v Art L. Qu,’il n’y a point d’ame r foibie. qu’elle ne puifle, étant bien conduite, acquérir un pouvoir abfolu fur lès pallions, 87.

SECONDE PARTIE.

DU nombre & de premières caufes des l’ordredcsPaflîons, pallions, Ibid.

& l’explication des fix Art. LU Quel eft lent Primitives, 90 ulàge,& comment on Art. LI. Quelles font les les peut dénombrer,? r, L'Ordre & le Dénombrement des Pajfions.

Art. LIII. l’admiration > mépris, la généralité 91 ou l’orgueil, & l’hu* Art. LIY. L’eftùne & le milité ou la balleiîa.

4«>£ T A Art. LV. La vénération ou le dédain, Ibid.

Art. LVI. L’amour & la Laine, 94.

Art LVII. Le defir, Ibid.

Art. LVIII. L’elperancc, la crainte, la jaloufîc, la lecurité & le defcfc poir, 9Ï.

Art. LIX. L’irrefolution, le courage, la har- dielfe, l’émulation, la lâcheté & l’épouvente, 9 5 *Art.LX. Le remords, Ib.

Art. LXI La joye & la tnfteflè, 97.

Art. LXII. La moquerie, l’envie, la piné, Ibid.

Art. LX III. La fatisfa- dion de foi-meme & le repentir, 98.

Art. LXIV. La faveur & la reconnoiflance, 98.

Art. LXV L’indignation & la colere, 99.

Art.LXVI La gloire & la honte; Ibid.

Art. LX VII Le dégoût, le regret & l’allegref- fo, Ibid.

Art. LXVIII. Pourquoi ce dénombrement des pallions cft different de celui qui eft com- munément reçu, 100. Art. LXIX. Qu’il p’y 2 BLE que lîx paflîons primî- oves, loi.

Art-LXX. De l’admira- tion i là définition & là caulê, îoi.

Art LXXI. Qu’il n’arri- ve aucun changement dans le cœur, ni dans le là ng en cette pafo lion, 1C3.

Art. LXXII En quoi con- fifte la force de l’ad- miration, Ibid.

Arc LXXIII. Ce que c’ell que l’étonnement.iof.