partie de l'affection qu'il avait eue pour son cousin, et ce vieillard j dont les manières sont nobles, mé reçut avec des égards qui montraient combien il me distin- guait; il me présenta à toute sa société comme sa nièce, et me combla de témoignages de bienveillance. Je reçus de même un très bon accueil de M. Berterà (Philippe)^ jeune Espagnol qui vit chez M. de GbyeriècHe et fait les affaires de mon oncle Ko de Tristan. J'annonçai à ces messieurs " la détermination que j 'avais' prise de partit pour le Pérou. Je restai deux mois et demi à Bordeaux, prenant mes repas chez mon parent, et logeant à côté chez une dame qui me louait un appartement garni. J'é- prouvai des lenteurs avant de pouvoir partir, et un con- cours de circonstances fortuites tint ' encore compliquer ma position. En 1829 fë vais rencontré à Paris, dans tin hôtel garni où j'étais descendue en arrivant de voyage, un capitaine de navire" qui venait de Lima/ Surpris delà similitude de mon nom avec celui de la fâmillé Trïstah, qu'il avait connue àii Pérou, ce capitaine me demanda si j'en étais parente: je répondis que non, 'comme j'avais l'habitude de le faire. J'avais depuis dix ans renié cette famille par des causes que, plus tard, je ferai connaître, et ce fut au hasard de cette rencontré que je dus d'entrer en correspondance avec mes parents du Pérou, de faire inoïï voyage et tout ce qui s'ensuivit. Après une longue con- versation avec M. Chabrié (c'était le nom de ce capitaine), j'écrivis à mon oncle Pio une lettre qui est la pdttr attester de la noblesse de mes sentiments et dè là loyauté de mon caractère, mais qui më perdit en hii l^èlànf l'ir- régularité du. mariage dè mon père. Je passais pour veuve dans l'hôtel et j'avais ma fille avec moi; ce fût dans cette position que le capitaine Chabrié m^yak co^tnue; il partit; moi-même je quittai cette maison peu après l'y avoir rencontré, et, depuis lors, je n'en avais plus entendu parler.
Il n'y avait à Bordeaux, en février 1833, que trois na- vires en partance pour Valparaiso: le Charles-Adolphe, dont la chambre ne me convenait pas, le FUtès, auquel je dus renoncer, parce que le capitaine ne voulut pas prendre en paiement démon passage une traite sur mou oncle, et le Mexicain^ joli brick neuf que tout le monde me vantait. Je m'étais présentée comme demoiselle à M. de Goyehèche ët à toute sa société; on peut donc ima- giner l'effet étourdissant que produisit sur moi le nom du capitaine du Mexicain^ lorsque mon parent me dit qu'il se nommait Ckabriéj c'était le même capitaine qu'en 1829 j'avais rencontré à Paris dans l'hôtel garni.
Je fis tout ce que je pus afin d'éviter de partir sûr le Mexicain; mais craignant que ma conduite ne fût trou- vée extraorcjinaire dans la maison de mon parent, où M. Ghabrié était fortement recommandé par le capitaine Roux, depuis longtemps en relation d'affaires avec ma famille, je n'osai me refuser à aller visiter le navire.
Je passai deux jours et deux nuits dans une perplexité dont je ne savais comment sortir. Je n'avais vu M. Cha - brié que deux ou trois fois, en dînant avec lui à la ta- ble d'hôte; il ne m'avait parlé que du Pérou, et, en l'é- coutant, je ne songeais qu'à une famille dont l'abandon m'avait causé de si cuisants chagrins, sans m'occupei* le moins du monde de l'homme qui, à son insu, nie par- lait de mes intérêts les plus chers. Je l'avais entièrement oublié, et je faisais maintenant de pénibles efforts pour me rappeler à quel homme j'allais avoir affaire. J'étais tourmentée par les plus vives inquiétudes: je craignais xlij de manquer mou voyage en le différant, et ce que je ne cessais d'entendre sur le compte des capitaines de navire n'était guère de nature à me rassurer sur le degré de confiance que je devais accorder au capitaine du Mexi- cain. Je ne pouvais résister davantage aux instances de mon parent, que pressait M. Chabrié pour connaître ma détermination, afin de pouvoir disposer, si je ne par- tais pas.sur son navire, de la cabane qu'il m'y destinait. Quand je me suis trouvée dans des positions embarras^ santés, je n'ai jamais pris conseil que de mon cœur. J'en- voyai chercher M. Chabrié qui, aussitôt qu'il entra, me reconnut et fut surpris. J'étais émue: dès que nous fû- mes seuls, je lui tendis la main: —Monsieur, lui dis -je, je ne vous connais pas, cependant je vais vous confier un secret très important pour moi, et vous démander un éminent service. — Quelle que soit la nature de ce se- cret, me répondît-il, je vous donne ma parole, made- moiselle, que votre confiance ne sera pas mal placée; quant au service que vous attendez de moi, je vouspror mets de vous le rendre, à moins que la chose ne soit tout à fait impossible. — Oh! merci, merci, lui dis-je, en lui serrant la main fortement., Dieu vous récompensera du bien que vous ine faites. L'expression et l'accent de vérité de M. Chabrié m'avaient de suite convaincue que je pouvais m'en reposer sur lui. Ce que je vous demande, continuai-je, c'est tout simplement d'oublier que vous m'ayez connue à Paris sous le nom de dame et avec ma fille /je vous en expliquerai la raison à boixL. J>ans deux h eures je vais aller visiter votre navire; je choisirai mk cabane, M. Beftera en réglera le prix avec vous^ et i, jus* qu'au départ, ne parlez de moi que comme si; vous m'a- viez vue aujourd'hui pour la première fois^.. M* Gtebrié me comprit et me serra la main avec cordialité: nous étions déjà amis. — Du courage î me dit-il, je vais pres- ser notre départ. Je conçois, dans votre position, tout ce que vous devez souffrir.». • Je peux le dire, cette première visite de M. Chabrié est un des plus heureux souvenirs qui me soient restés dans le cœur.
Pendant les deux mois et demi que je séjournai à Bor- deaux, je fus péniblement affectée par les plus inquié- tantes appréhensions. J'avais habité cette ville à deux reprises différentes avec ma fille, avant que je n'eusse pensé à ma famille du Pérou; et j'y avais connu beaucoup de monde, en sorte que, chaque fois que je sortais, je me sentais exposée à rencontrer une de ces anciennes connaissances venant me demander des nouvelles de ma fille, à moi demoiselle Flora Tristan. J'étais dans une anxiété continuelle; aussi avec quelle impatience atten- dais-je le jour où nous devions mettre à la voile.
Il me tardait de sortir de la maison de M. de Goyenè- che; cependant on m'y traitait avec la plusgrande distinc- tion, et surtout avec des marques d'affection qui m'eus- sent rendue bien heureuse si j'avais été dans une posi^ tion vraie; mais j'avais trop de fierté pour me complaire dans des égards prodigués à un titre qui n'était pas le mien, et mon cœur, abreuvé de longues souffrances, ne pouvait être accessible aux prestiges du monde et de son luxe. Cette société, organisée pour la douleur, ou j l'amour est un instrument de torture, n'avait pour moi aucun attrait; ses plaisirs ne me faisaient aucune illusion, j'en voyais le vide et la réalité du bonheur qu'on leur avait sacrifié; mon existence avait été brisée, et je n'aspirais plus qu'à une vie tranquille. Le repos xliv était le rêve constant de mon imagination, l'objet de tous mes désirs. Je ne me résolvais qu'à regret à mon voyage au Pérou: je sentais, comme par instinct, qu'il allait attirer de nouveaux malheurs sur ma tête. Quitter mon pays que j'aimais de prédilection; quitter ma fille qui n'avait que moi pour appui; exposer ma vie, ma vie qui m'était à charge, parce que je souffrais parce que je n'en pouvais jouir que furtivement, mais qui m'eût apparu belle et radieuse si j'avais été libre; enfin, faire tous ces sacrifices, affronter tous ces dangers, parce que j'étais liée à un être vil qui me réclamait comme son esclave! Oh! ces réflexions faisaient bondir mon cœur d'indignation; je maudissais cette organisation sociale qui, en opposition avec la Providence, substitue la chaîne du forçat au lien d'amour et divise là société en serves et en maîtres. A ces mouvements de désespoir, succédait le sentiment de ma faiblesse; des larmes ruis- selaient de mes yeux; je tombais à genoux, et j'irn^ plorais Dieu avec ferveur pour qu'il m'aidât à supporter l'oppression. C'était pendant le silence de la nuit qu'as* siégée par ces réflexions, l'irritant tableau de nies mal- heurs passés se déroulait dans ma pensée: le sommeil me fuyait, ou, durant de courts instants seulement ^ il adoucissait mes peines. Je m'épuisais en vains projets; je cherchais àjpénétrer le caractère de mon parent, M. de Goyenèche: il est religieux, me disais-je, à ne pas manquer un seul jour d'aller à la messe; ponctuel dans*Faccomplissement de tous les devoirs que la reli- gion impose; Dieu, qu'il fait constamment intervenir dans ses propos, doit être dans ses pensées; il est riche, - et mon parent d'aussi près pourrait-il se refuser à nous prendre moi et ma fille sous sa protection? Oh non] xlv pensais-je, il ne saurait me repousser; il est sans en- fants; je suis celle que Dieu lui envoie. Aujourd'hui, ce matin même, je lui confierai tous mes chagrins, lui raconterai le martyre de ma vie et le supplierai de nous garder chez lui, ma pauvre petite fille et moi: serait-ce, hélas î une charge que nous lui imposerions à lui, vieux garçon 5 sans famille, regorgeant de tout, habitant seul une immense maison (l'hôtel Schicler) où son ombre se perd et où nos voix amies feraient sans cesse retentir des accents de reconnaissance?.,.. Mais, le matin, lorsque j'arrivais chez le vieillard * le cœur palpitant d'émotion, dès les premiers mots qu'il m'adressait, j'étais frappée de l'expression sèche et égoïste du vieux garçon, de l'homme riche et avare qui ne pense qu'à lui, se fait le centre de toutes choses, amassant toujours pour un avenir qu'il n'atteindra pas: cette expression de sécheresse me glaçait. Je restais muette, recommandais ma fille à Dieu et désirais ardemment être loin en mer. Je ne fis donc jamais cette tentative, et il est certain, malgré la dévotion de mon parent, qu'elle eût été sans succès: j'en ai eu la preuve depuis mon retour. Le catholicisme de Rome nous laisse avec tous nos penchants, et donne à celui de l'égoïsme la plus grande intensité: il nous détache du monde, mais c'est afin de concentrer toutes nos affections sur l'Église: on y fait profession d'aimer Dieu, et c'est par l'observation des pratiques religieuses, imposées par l'Eglise, qu'on croMui prouver son amour; loin de se croire obligé à secourhtsés parents, ses alliés, ses amis, le prochain enfin, on trouve presque toujours des motifs religieux, pris dans la conduite de celui qui réclame des secours, pour les lui refuser; c'est par des largesses à l'Église, c'est en lui confiant quelques aumône», qu'on s'imagine assez généralement satisfaire à la charité prêchée par Jésus-Christ.
M. Bertera, bien qu'Espagnol et bon catholique, était venu trop jeune en France, où il avait été élevé pour être imbu des mêmes préjugés religieux que M. de Goyeiièche. Cependant je ne le mis pas dans ma confi- dence, je lui portais une amitié désintéressée, et ne vou- lus pas le commettre dans le mensonge que je faisais à ma famille. Ce jeune homme, depuis que je le connais- sais, n'avait cessé de mé prodiguer des témoignages d'af- fection. Je croyais à la sincérité de l'attachement qu'il me manifestait, et je me plaisais à lui montrer ma re- connaissance. Le plaisir que je ressentais à le. faire fut un adoucissement aux nombreuses tribulations qui m'as- saillirent pendant mon séjour à Bordeaux. Jusqu'alors la plupart des personnes avec lesquelles les circons- tances m'avaient mise en rapport ne m'avaient fait que du mal, tandis que M. Bertera éprouvait de la satisfac- tion à m'être utile: il me confia ses douloureux regrets et ses ennuis. "H avait vu mourir de la même maladie toute sa famille à laquelle il était tendrement attaché: resté seul, il vivait dans l'isolement, au milieu du monde et de son froid égoïsme. La douleur compatit àla douleur,, quelque diverses qu'en soient les causes. Dès la première conversation, il s'établit entre nos ames une intimité mé- lancolique qui, pieuse dans ses aspirations, ne touchait àla terre par aucun point. J'aimais ce jeune homme de cette sympathie tendre et affectueuse que, dans le malheur, les êtres sensibles ressentent les uns pour les autres. Sa société était à mon ame un doux parfum: auprèsdelui, je respirais plus librement, et l'affreux cauchemar qui continuellement m'oppressait pesait moins lourdement xlvij sur ma poitrine. J'aimais à sortir avec lui, et, presque tous les soirs, nous allions faire de longues promenades pendant que mon vieux parent faisait la sieste. De son côté, M. Bertera recherchait avec empressement toutes les occasions de m'être agréable; son affection pour moi se montrait dans les plus petites choses.
Je n'ai de ma vie balancé un instant à sacrifier une jouissance personnelle au plaisir plus vif pour moi de contribuer à rendre heureux ou à garantir de peine ceux que j'aimais réellement. La sincérité de l'affection que me portait if. Bertera me donnait la conviction qu'il aurait ressenti ma douleur si je lui avais confié le secret de ma cruelle position, et l'impossibilité de la changer eût en- core augmenté sa peine. Ensuite la fausse position dans laquelle me mettait le mensonge que m'imposaient les préjugés de la société m'était trop pénible pour consentir à faire supporter à un homme que j'aimais et auquel j'a- vais tant d'obligations une portion quelconque des con- séquences que pouvait avoir ce mensonge. Je retins mon secret; j'eus le courage de me taire quand j'étais sûre de rencontrer dans le cœur de ce jeune homme une vive sym- pathie pour mes malheurs. Je fis ce sacrifice à l'amitié que je lui avais jurée, et de Dieu seul j'en attends la ré- compense.
Je partis, recommandant ma fille à mademoiselle de Bourzac et au seul ami que j'eusse; tous deux me pro- mirent de l'aimer comme leur enfant, et j'emportai la douce et pure satisfaction de ne laisser aucun pénible souvenir après moi.
de terminer tous mes préparatifs. Cette occupa- tion calma l'émotion fébrile que me causait ma 2 pensée. A sept heures, M. Bertera vint me cher- cher en fiacre; nous nous rendîmes, avec le reste de mes effets, au bateau à vapeur. De quelle foule de réflexions ne fus-je pas agitée pendant le court trajet 5 de chez moi au port? Le bruit croissant des rues annonçait le re- tour à la vie active; je tenais la tête hors de la portière, avide de voir encore cette belle ville f où, dans d autres temps, j'avais passé dés jours si calmes. Le souffle tiède de la brise arrivait sur mon visage; je sentais une surabondance de vie, tandis que la âmà^m$fS^ ^feespour ét^ent dans mon ame: je resseuMais aii patient qu'on mène a la mort; j'enviais le sort de ces femmes qui venaient de la campagne vendre en ville leur lait, de ces ouvriers qui se rendaient au travail i témoin moi-même de mon convoi fu- nèbre, je voyais peut-être pour la dernière fois vâpeùlr, vtfi dfeftcnli^ii^ 3 bléès, rènues pour dire adieu à lëurs ajûis, ou qui se ré^ les (&àspagnes environnantes > augmenta mcm ëniption^ *Êâ moment fatal était aitfivl:; mon éœdr battait si fort> que je doutai ufr instant de pouvoir me soutenir. -Dieu seul pèut apprécier la ibre^ qulil me fallut appela à mon aîdëy àfitt 4e résFstio^ à Hlmpétuéux désir qui mé ^ ObIpar pefld^^in^ meitt pi^ïi^ horrible la Société^ Arce souvenir, maJangue resta glacée^ une sueur froide* inè ccNi^rit 10 V let uSto du p^^ forces ^ Le signal du départ fut donné: tes personnes MsèèSÉM 4 niers signes d'adieu. Tout à coup l'indignation me rendit mes forcés, et, m'élançant à une des fenêtres, je m'écriai d'une voix étouffée: Insensés! je vous plains et ne vous hais pas; vos dédains me font niai, mais ne trou- blent pas ma conscience. Les mêmes lois et les mêmes préjugés dont je suis victime remplis- sent également Votre vie d'amertume; n'ayant pas le courage de vous soustraire à leur joug, vous vous en réndez les servîtes instruments. Ah! si vous traitez de la sorte ceux que l'éléva- tion de leur ame, la générosité de leur cœur j porteraient à se dévouer à votre cause, je vous le prédis, vous resterez encore longtemps dans votre phase de malhèur. * Cet élan me rendit tout mon courage, je më sentis plus calme; Dieu, à mon insu, était venu habiter en moi. Ces messieurs du iM^or/caw ren- trèrent dans la chambre; * Më0^gj^'È^^^^. raissait ému; de grosses larmes tombaient de ses yeux. Je l'attirai vers moi d'uù regard sympa- thique, il mé dit: Il faut du courage pour s^élbi- gfièr de son pays et quitter ses amis; ind père, mademoiselle, que nous tes re verrons..; >> Arrivée à Pbuillacy j'avais l^ppapaee de la résignation. Je passai la nuit à écrire mes der-^ 5 nières lettres, et, le lendemain, vers onze heu- res, je montai à bord du Mexicain...Le Mexicain était un brick neuf d'environ 200 tonneaux; on espérait, d'après sa construc- tion, qu'il serait fin voilier. Se&^^^og^e/^ étaient assez commodes, mais très exigus* La chambre pouvait avoir de seize à dix-sept pieds de long sur douze pieds de k*ge: elfe contenait cinq cabanes, dont quatre très; petites, et une cinquième, plus grande; destinée au capitaine, I se trouvait à l'extrémité. La cabane du second I était en dehors de la chambre, à l'entrée* La I dunette, encombrée par des cages à poules/ des i paniers et des provisions de toute espèce, n'offrait qu'un très petit espace où Ton pût se tenir. Ce bâtiment appartenait en participation à M. Cha- brié, qui le commandait, au second, M.Briet, et à M. David. Le chargement, presqu'en en- tier, était également la propriété de ces tjrois messieurs. L'équipage se çpmpjsait ^ quinze homines V |ujt cuisinier, ^n^puss^ ^ coiitre^ai tenant, le secoiid^^ lfe ça^ ' M hommes étaient jeunes, vigoureux et parfaite- ment M f ur ajfijire; j'en excepte le mousse, dont la paresse et la malpropreté causèrent à bord 6 une constante irritation* Le bâtiment était lar- gement approvisionne, et notre cuisinier excel- Nous n'étions que cinq passagers; un vieil Espagnol, ancien '■ i -%vài^tëf-- i èfiï avait fait la guerre de 1808, et depuis dix ans s'était établi à Lima. Ce brave homme avait voulu revoir sa pa- trie avant de mourir, et retournait au Pérou. Il emmenait avec lui son neveu \ jeûné ^rçofc de quinze ans, remarquable par son InfeUig^iiëe; L'oncle se nommait don José, et le nëvèu Césà- rio. Le troisième passager, Péruvien, né dàiis la ville du Soleil (le Cuzeb) avait été envoyé à Paris, à râge de seize ans, pour y faire ëoïïédù- ealiofti il avait alors vingt-quatre anè; Son cousin > jeune Biseayen de dk-sept ans, l^ac- compagnait. Le Péruvien $é nommait Firmin MioM> et son coiisin tout simplement don Fer- nando, n'étant pas, plus que lés deux premiers passagers, désigné pa* un nom patronimique. \i iî'y âvmt,dë ces quatre étrân^rèy^ue M* Miota quipaHât fra^ pâSsagèiré à-l&rid^ faèniïnë de trente-six ans ^ hé à LoMèat; Son père, ^offîtiè* de la marine ïôyalë, lùi ^ éiivré la même carrière et y appropria son éducation. Après les événements de 184 5, M.Chabrié aban- donna là marine de l'État^ pour eouri r les qhandes hasardeuses de la marine commerciale.. J'ignore les nutfife qui ^ cir- constance* mmi - A:-;rmr: M, Ghabrié est entièrement m dehors de la ligne des capitaines de la marine marchande, brades nïabins qui* d'oidinaire^ par être simples mafeloté j puis se sont avancés par leur intelligence et Imrr^ Mi Chabrié & ^eaucoupcx^ pâgïlietouj^ naïveté et d'originalité,t sa brusquerie mmpt autant de sa franchise que des habitudes de état; ttïais ^ lûi^ c'est l'exti^n^àon tation de son imagination. Quant à son carac- tère > b % 6Sf bijen le plus affreux; caractère que j 'aie j&tàâis^ipncôn les plus petites choses, ééstan^l et col^> ce seràit en vain ^ub^ dâhs ses accès de mauvaise humeur, on rechercherait en lui des traces de^laib nà|^ ïieft^ b^ amfere> plaît à les torturer sans la moindre 8 pitié, et paraît éprouver de la joie du mal qu'il leur cause, tout cela avec une constance dont plus d'une fois les périodes m'ont paru bien longues.
A la première vue, M. Chabrié paraît très commun; mais cause-t-on quelques instants avec lui, on reconnaît bien vite l'homme dont l'éducation a été soignée. Il est d'une taille moyenne et a diêtre bien fait avant d'avoir pris de l'embonpoint. Sa tête, presque entièrement dégarnie de cheveux, présent le sommet, une surface dont la blancheur contraste d'une manière assez bizarre avec le rouge foncé qui colore toute sa figure* Ses petits yeux bleus, abîmes par la mer, ont une expression indéfi*- nissable de malice, d'effronterie et de tendresse. Son nez est un peu de trœversy et ses grosses lè- vres, «i affreuses quand il est en colère, si gra- cieuses quand il rft d^^^^ fants, donnent à cet ensemble une expression tout à la fois dé franchise, de bonté et d'sp#<^ Ce quai a d!àdmiral^ ^ fbrmenty selon sa propre exp^essioii >i m^mér choire^modèk. G<mjm^ contraste de la façon la, jrfus étr^^ fecte l'ouïe de deux manières bien opposées: 9 quand il parle, je ne crois pas qu'il soit possible d'entendre un son dé voix plus enroué, plus rauqùe, plus discordant; mais que cette même voix chante un passage de Rossini, un des mor- ceaux de Nourrit, une tyrolienne ou une jolie ro- mance sentimentale, oh! alors, on se sept enlevé jusqu'aux cieux* Sa voix, pnre et fraîche, son ac- cent d'ame etd'harmonie retentit au fond de votre cœur: vous ressentez des frémissements et éprou- vez, une suave émotion. Le capitaine Chabrié a ■à s- ■à smanqué sa vocation, eomnae tant d'autres, dans notre société à rebours, il était fait pour chanter à l'Opéraj son admirable voix deténoFfturait; ravi trois mille spectateurs^ et, durant six heures de suite, les eût tenus dans un état de douçe béa- titude, ainsi que le fait notre célèbre Npurrit. féiir compléter le portrait, j ajouterai que le ca- pitaine Chabrié est très recherché dans sa mise, il en est même coquet. J&tremenient frileux de- puis qull a? senti les premières atteintes d'une douleur rhumatismale à la jambe 7 4i prend de sa santé les soins les plus minutieux, se couvrant, pour se garantir du froid ou de l'humidité, de toutes sortes de vêtements qu il entasse les uns sur les autres de la manière la plus grotesque* dbe seœnd, M. Briet (Louis>, né aussi à Lo- 10 10 rient, du méiïié âge que M. Chatoie, faisait, en 1 81 5, partie des gardes de l'empereur: la chute de l'aigle lui ayant enlève son béàu cheval çt son brillant uniforme, le futur maréchal de France en fut inconsolable: déçu dans ses espérances de gloire, il alla tenter la fortune dans les colo- nies espagnoles* M. Briet avait pris l'état de marin, s'était fait recevoir capitaine, et navi- guait pour son compte ou celui d'un patron. Son caractère tenait plus du militaire que du marine il avait de Tordre eii toutes choses, ce qpfc les marins n ont pas f il était très propre et très en- tendu dans tout ce qu'il faisait, et joignait à ces qualités une très grande sobriété. Il parlait peu, travaillait beaucoup, et commandait tou- jours avec ce ton froid et sec de l'officier quis'a- dresse à des bataillons ou à. des escadrons, saiis paraître éprouver jamais cette anxiété du marin pour la prompte exécutton dmtmanœuv^es qu'il ordonne. Son éducation avait été négligée^ niais son bon sens naturel y suppléait si hien^ quIO eût été difficile de s'en? apercevoir avant dè l'a^ voir étudié, ^m^'t u^m^^:::-- - M. Briet est im irès bel homme:* grand, bien fait, ayant de beaux traits et une physionomie distinguée. Il n'entrait point dans son caractère 11 d'être prévenant, pas plus que galant envers les dames; mais, à bord, il avait pour tout le monde des attentions toujours très polies et par- faitement convenables., M. David (Alfred), né à Paris, avait trente- quatre ans. Il offrait le type du Parisien qui a couru le monde. Sorti, à l'âge de quatorze ans, du collège Bonaparte, ses parents le firent em- barquer à bord d'un bâtiment allant dans l'Inde, pour lui faire manger pu peu de vache enragée, Arrivé à Calcutta, le capitaine le laissa it terre, ayant assez de Y incorrigible. L'effronté gamin, dont la tête était mauvaise, mais le cœur plein de courage* prit la ferme résolution de gagner sa viez et Ja gagna. Il fW tour à tour matelot, mai tre de langue, commis^ marchand, etc., etc*, resta ainsi cinq ans dans l'Inde; revenu ea France, il chercha à s'y easeri mais, après avoir été ballotté par de ces belles promesses dont on ne manque jamais à Paris, il se décida à ess^er de nouveau de son bonheur dans la carrière in,astrielle>' et se rendit au Pé- rou, A lima, il fit la connaissance de M* Char brié > se lia avec lui, et tous les deux revinrent ensemble en France en 1832; M. David en était absent depuis huit ans,. u 12 12 M. David a fait lui-même son éducation, et, sans avoir rien approfondi, il a acquis une grande variété de connaissances. Actif, entre- prenant, infatigable, il est avide de plaisirs, inaccessible au chagrin, insensible* à la dou- leur, et possède au plus haut degré cet es- prit de dénigrement que l'auteur de Candide. mit en vogue sur la fin du dernier siècle. Il voit toujours l'espèce humaine sous le mauvais côté; entêté dans son opinion, il n'est jamais de celle des autres, critique tout, ergote surtout; sophiste par caractère, il se lance audacieusement dans une discussion qu'il est hors d'état de poursui- vre, tant son esprit léger répugne aux pensées profondes, tant il est incapable d'une attention soutenue, et lorsqu'il est empêtré au milieu de ses raisonnements, il fait intervenir une plai- santerie bouffonne qui, excitant le rire de son auditoire, fait perdre de vue l'objet princigal dç la discussion. Quelque superficiellemeii^^^ connaisse la chose sur laquelle s'établit l^l^fe versation, M. David en parle avec un apU^ah à déconcerter l'inventeur même de cette çh#s^ Dans un âge très tendre, laissé sai^ sej^iff|^p^ prises avec la misère, c'est à la bonne école qu'il a connu le cœur humain; accueilli par de 13 précoces déceptions, la vie avait été pour lui sans illusions; Mr. David hait ^espèce* humaine et considère lès hommes comme des bêtes féro- ces, toujours prêtes à s'entr'égôrger: plus d? une fois; ayant $M sans cesse ôcc^ attaques- Lé malheureux n'a jamais aimé per- y sonne, pas même une femme. Nul être n'a ja- mais compati t sès peines, et son cœur s'est en- durci. La seule jôuissance qu'il conçoive est de s'abandonner toils ses penchants. Les douces émotions de ràfrfe ont été étouffées en lui avant même ^ ^ les sensations ^ àmm^ l'ame est comme anéantié* IL aime avec passion la bonne r^ouiss^^ de n'importe quellë couleur qu'il allait rencon- trer datis le:: |^tiât^--iiort;; où le hasard nous fe- rait mouiltervGe sont les seules amours qu'il M. David est un fort joli hommç, d une taille élanc#, d'une santé robuste i quoique maigre. La régularité et la finesse de ses traits, la pâleur de son teinty ses favoris noirs et sa chevelure brillante i^QM^ le feu de ses yeux et 14 le sourire tàrçôttrSerf ànt "sur «^lêi^fes forment Un ensemble agréable de ^ntrastes'et d'har* moniesqui Inr denne une e^ï^sfô« ii 'gàî«ë et M. DâVid estcë què lè MondéïàpipeneMn bnmmè aimable, parlant t^cfcttpf «ai* àme^m-et gâîté, et ayanïdanâ là miïmiïtfciïiïé genr»?
uff èf^pmS te W^cm én 4 bas*dé mm?
iot^brtêiaHiïel^^ <p *ë tr<Maien«^ que j'éviterai de fatiguer 15 description nouvelle. Je dirai seùiement^jm le mal dé mer est une séuffiaiice <fùine rèsseinble en rien à nos maladies habituelles: c'est une agonie permanentes uste susp^sîoa de yiej il a l'affreux pdtiYofc dfôter r ^^ m^^^ttx î qui y sont en proie* l!ùsage de leurs feigdtés fetel^ leetuelles, et aussi l? usage de leurs sens. Les personnes d'une Organisation neityeti^ éprou-r vent les ^nefe^ plu^d'intéftr site que les* autres. Quant à moi, je le ressentis avee wm «elfe ^Mîtt^ï^B »e m mm pas un ^ Mom Mt^m^m^ mv^m km de lu s ne semblait pas notre sortie du piriBe|p^ts f „ nèifttooirts le e^p^^> f ^?i^ trois ipwps >n fit levef Fancrn La p€^ çppime une plume au Éaili feU des fiot£* >a$t en i^af çfae éiteij^^fe^ nous annoncèrent la tempête. Elle se déclara bientôt après «feus toute sa violence par d eff- 16