SigPhi · Flora Tristan

Pérégrinations d'une paria, tome I

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frayants rugissements. Ce spectacle, auquèl j'assistais sans le voir, m'était nouveau; j'aurais trouvé du charme à le contempler s'il m'était resté vestige de forée; le mai de mer absorbait alors toutes mes facultés: je n'avais le sentiment de mon existence que par les frissons dont mon corps était parcouru et que je croyais les avant- coureurs de ma mort, fîous eûmes une nuit hor- rible. Le capitaine fut assez heureux pour pouvoir rentrer en rivière. Une vagiie noiis avait emporté nos moutons, une autre nos paniers de légumes, et notre pauvre petit navire, la vaille si coquet, si bien rangé, était déjà tout mutilé- Le capitaine, quoique écrasé de fatigue, descendit à terre, afin d'acheter d'autres môutons, eti^fliplâcér les lé- gumes que la mer nous avait enlevés. Pendant son absence, lè c^arpéntier ^ Musës pâr l# r*>rdre, si nécessaire à bord des bâtiments. f Cette pi^toière tentative -ne nftttë rèndit pas plus sagçs, et nous nous ë^Éines dëïëéhéf à des périls certains, et dont notfs MËmèsî êt*e les victimes, par uri fàux p©^ porte trop isoti véiït les maMÈfé à bÉâf^id *îÂfilés dangers, et leur Mt coin^roM des hômmés et la sûreté des^iiîviîès fcoiftnrîs à 17 17 leurs soins. Le lendemain, 10 avril, la mer continuant à être aussi mauvaise, ces messieurs, qui étaient très prudents, jugèrent avec ràison devoir garder le pilote, jusqu'à ce que le temps fût assez sûr pour qu'on pût le renvoyer sans danger; mais près de nous étaient mouillés deux autres bâtiments partis de Bordeaux le même jour pour la même destination, le Charles^ Adolphe et le Flétès. Ce dernier, par bravade sans doute, renvoya son pilote et prit le large; l'autre ne voulut pas rester en arrière, et en fît autant. Ces messieurs du Mexicain commen- cèrent par blâmer l'imprudence des deux autres navires; mais, bien qu'ils fussent peu suscepti- bles de se laisser influencer par l'exemple d'àu- trui, la crainte de passer pour peureux leur fit abandonner leur première détermination. Vers quatre heures de l'après-midi, ils renvoyèrent le pilote ï et nous nous trouvâmes au milieu des vagues courroucées; comme de hautes monta* gnes, ëlles s'élevaient autour de notre navire; nous n'étions qu'un point sur l'abîme, ét la réu- nion de deux vagues nous y eût «nsevelis.

Nous fûmes trois jours avant dé pouvoir sor- tir du golfe, continuellement battus par la tem- pête, et dans la position la plus critiquer Tous 18 nos hommes, malades ou rendus de fatigue y étaient hors d'état de faire leur service. Pendant çes tEoislongs jours d'agonie, notre brave capi- laine ne quitta pas le pont de son navire: il m'a dit depuis que ^ plusieurs fois, il avait vu notre frêle brick mv M point de se briser contre les ou d'être englouti par les vagues. Grèce à DieU, nous nous en tirâmes heureusement; mais de pareils dangers ne devraient-ils pas faire réfléchir les marins qui, tous les jour s > commettent de semblables imprudences? - Le 13* entre deux et trois heures de l'après- midi, notfce capitaine, harassé de fatigue et mouillé comme s'il lut tombé à la mer, descen- dit dans la chambre, où ilin?était Jentaré depuis fâofe jôwsu ^Vof aat toutes Içs cabanes fermées, n'entendant pas te moradre souffle humain, il cria 4e m froisse y^t enrou^: ^ ^*Holà! hé! passagers I tout tel monde est-ii :; Pe^iwe ne i^pondit à m bienveillante ques- tioa. Alors M* (^abriéentr'ouvrit la porte de ma cabane, et xm dût avec *in accent de sollicitude que jén oublierai jamais c;*; t I / —Mademoiselle Flora, vous avez été bien ma* lade, dit David: pauvre demoiselle! je vous *9 plains bien; car, mai aussi» autrefois j'ai beau*- coup souffert du mal de mer; mais, tranquilli- sez- vous, nous voilà enfin sortis de la gueule du gouffre, nous venons d'entrer en pleine mer; ne le sentez-vous pas doux balancements qui succèdent aux; horribles convulsions qm nous éprouvions tout à l'heure? Le temps est magni- fique; si vous aviez la force de vous lever et de monter sur le pont, cela vous ranimerait; il règne là haut un petit air pur et frais qui fait plaisir, ' ^ ^ ■ Je le remerciai du regard, étant irop affaiblie pour pouvoir seulement essayer de parler.

«~ Pauvre demoiselle ï reprit-il avçc l^pres-r sion d'une bonté compatissante, m temps va vous permettre de émfim^Mt moi mm> je Y a *s dormir, j'en ai bien be^in. ^ ^ En effet, nous dormîmes tous vingt-quatre heures de suite. Je fus réveillée par M. Pavid, qui ouvrait toutes les cabanes aveu grimd Iwit, parce quil voulait savoir, disait-il, si liops les passagers étaient décidément morts. Nous n'é- tions pas morts; mais, grand Mmâm m^^^ étions-nous l M* £haferiMP^ ImmWit pour ch^cfcer à s$ faille $m titre # commandement du navire confié à ses soins, 9- * 20 9- * 20 parlait à tout son équipage et à ses passagers plutôt comme ami qué comme maître après Dieu. Dans la tempête i c était le premier mate- lot du navire, et Habituellemeiit ufti homme dônt là bonté s'intéressait au bien-être de toutes les personnes de son bord: il nous invita ami- calement à iioiis leVer, afin de cbârigër de linge; de monter prendre l'air, et surtout de manger uri jpeu de soupe chaude. Quant à nidi> j^y'coii- sentis, à la condition qu'on me dispenserait de rien manger. Ces messieurs eurent la complai- sance de m? arranger un lit sur la dunette. 11 me fallut tout mon courage pour pouvoir me lever et m'babilterj ètf gaïis l'aide de ces messieurs, il m'eût ^té iniposfciblë dé monter «ur lé pont.

Les quinze premiers jours de mon séjour à bord furent pour moi un lorig engourdissement, "diiràBt lequel je n'eùs> que par de très courts in- tervalles, la consciëncè de iiiôn être. Depuis le lever du soleil jusqu'à six heures du sèir> j^étêtis si souffrante, qu'il m'était impossible de ras- sembler deux idées* J'étais indifférente ài tout; vittt r méïi^^ voix intérieure me disait' qué jé^tïe mourrais 21 Vers la hauteur des Canaries, ces messieurs s'aperçurent que le ûavire faisait eau, et ils $e décidèrent à relâcher au premier port, afin dé le faire calfater.

II n'y avait què vingt-cinq jours qu§ nous; étions en mer; ce temps m'avait para si long la vie de bord m'était tellement à charge que, lorsqu'on m'annonça la vue prochaine de la terre,; la joie, le contentement que j'en res- sentis firent de suite évanouir mon mal: je rer vins à la santé. Il faut avoir été k la gaer pour connaitre la puissance d émotion, renfermée dans ce motv: terre! terre! Non, l'Arabe dans le déseï* n^éprouve pas unë joie plus vivelà la vu^ de la source où il doitlassouÉm sa soif ardente;! te prisonnier qui, après une longue détection, recouvre sa liberté ^ènt moins d'allégresse* Terre! terre! Gedmot>Haprèsi de longs mois passés entre le ciel et l'abîme, renferme tout pour le navigateur. c'est la vie entière da% ses jouissances, c'est la patrie;<^r alors les préjugés nationaux, se taisent ^ et il ne sent que-lè^ lian qui l'unit à l'humanité; ce sontié& joië& sociale^ tes doux omtroges éfcte^^^ efcdéi libéré en lui le sentiment s de là sécurité qiii wifâœfà 22 de grands dangers, donne un charme magique à l'existence. A toutes ces joies se joint, pour plusieurs, l'impression du plaisir qu'ils vont éprouver à revoir leurs amis ou à se réunir à leur famille, à embrasser mère, femme et en- fants. Ô terre! souvent maudite par ceux qui te foulent* tu leur parateôis un Éden s'ils avaient habité pendant quelques mois le sein des mers, où ion ne voit ni ombrages frais, ni prés émaillésî où Ton ne rencontre ni parents, iri amis sur sa route* Nous étions tous sur le pont, avides de dé- couvrir cette terre qu'en cet instant chacun de nous Embellissait ites rêves de son imagination: le coeur nous battait tandis que nous doublions T le cap terminant k langue de terre qui forme k baie de la Praya. Qu'aliions*nous voir? C'était à m mouillage qm M'attendait la première dé* ception de mon voyage. Je notais pas très forte en géographie, et > n'ayant jamais lu la des- cription de la Praya, j'en improvisai une dans ma tête. Je pensais qu'une île Nommée éktp* p^èH devait nécessairement* offrir à Jte vue; des navigateurs un paystge vèrdoy^ntf car, à qùeUfï cause* s'il n'en était jainsi* faodrait^il attribuer l'origine de son nom? Je ne songeais pas alors 23 23 que les noms prennent souvent leur origine dam des circonstances bizarres qui n'ont pas, là plu- part du 1étt*ps y f>lus lége? rapport avec les choses que ces noms désignent. Ce qu'on nommé, au cap Horn, la Terre de feu vos- semble à la Terre de glace/ mais celui qui là découvrit crut la voir en feu par je né sàîs ftôp quelle illusion d'optique, et il la nomma telle qu'elle se présentait à sa vue. Ainsi VàtfOs- raiso f vallée du paradis ) reçut ce nom divin des premiers marins espagnols qui abordèrent dans sa baie; ils eussent, après une traversée aussi Ibnguë et aussi pénible, noifrmé également paradis la côte la plus aride, le pays le plu§ af- freux, dès lors qu'il répondait au mot terre. Oh! la terre est, en effet, le paradis de l 'homme; mais à lui d'y planter la vigne et l'olivier, et d'en arracher les épines et les ronces.

L'aspect de cette terre toute noire, entière- ment aride, a quelque chose de si monotone, qu'on se sent péniblement attristé. Toute la baie est entourée de rochers plus ou moins élevés, contre lesquels les flots vont se briser en mu- gissant. Au milieu de la baie s'avance, assez majestueusement, une haute masse de rochers arrondie en fer à cheval; c'est sur la plate- 24 forme qui la couronne qu'est bâtie la ville de la Praya.

De loin, cette ville a beaucoup d'apparence. Sur la partie ronde du fer à cheval, est établie une batterie garnie de vingt-deux pièces de ca- non de gros calibre; des militaires passable- ment bien équipés y montent la garde. A gau- che, est une jolie église, bâtie nouvellement; à droite, la maison du consul américain, sur- montée d'un petit belvédère qui sert d'observa- toire pour découvrir les vaisseaux à la mer. Çà et là on aperçoit quelques touffes de bananiers, des groupes de sycomores et d'autres arbres à larges feuilles.

II LA PRAYA.

Aussitôt que nous eûmes jeté l'ancre, nous vîmes qu'il se faisait beaucoup de mouvement dans ia batterie. Peu d'instants après, un petit canot se dirigea vers nous; il avait quatre ra- meurs nègres presque entièrement nus. Sur l'arrière du canot, tenant la barre, était fière- ment assis un petit homme aux énormes favoris, 26 26 dont la peau cuivrée, les cheveux crépus nous indiquaient assez qu'il n'appartenait pas à la race caucasienne. La mise de ce personnage était des plus grotesques. Son pantalon de nan- kin datait de 1800, et devait avoir eu successi- vement des fortunes bien diverses avant d arri- ver jusqu'à lui. Il avait un gilet de piqué blanc, une redingote de bouracan vert-pomme; un immense foulard rouge à pois noirs lui servait de cravate, et les bouts en flottaient gracieuse- ment au gré des vents; pour compléter digne- ment sa toilette, il portait un grand chapeau de paille, des gants qui jadis avaient été blancs, et tenait à la main un beau foulard jaune qui lui servait d éventail; il s'ombrageait, contre l'ardeur du soleil, avec un grand parapluie à raies bleu de ciel et rose, tel qu'on le$ faisait il y a trente ans. Arrivé auprès de notre bâti- ment, ce personnage nous déclina, avec des gestes non moins ridicules que sa mise, ses titres: c'était tout à la fois le capitaine éu pe^r de là Praya et le secrétaire du gouv^rneuap ^dè plus, il était négociant en gros et m éé^^m. On voit que k te conte pénétré jusqu'à la côte d^friqul^ }:^m0S^^ de port était Portugais; il ^iiô»6[::iffii*l|i^^^; 27 27 appartenait à don Miguel, son illustre maître; et, en prononçant ce nom, le burlesque indi- vidu était son chapeau. Il parla beaucoup de politique, essayant de nous faire causer sur ce sujet. Il accepta notre eau de vie et nos biscuits, me fit de pompeux compliments en portugais, et, après être resté très longtemps à notre bord à faire plutôt le métier d'espion qu'à remplir les devoirs de sa charge, il se remit dans son canot, où il prit l'attitude altière d'un capitan-pacha sortant d^Âlexandrie avec toute sa flotte.

Pendant que ce petit Portugais nous parlait des hauts-feits de son illustre maître, vinrent à notre bord deux autres personnages non mo ins remarquables soit par leur toilette ou leurs ma- nières* L'un était capitaine d'un brick améri- cain; l'autre commandait une petite goélette de Sierra^Leone. Ce dernier était Italien; et en - montant à bord, it nous dit qu'il était marié à une Parisiëïine de la rue Saint-Denis. t Le brave -capitaine BraïMli^o ( c^ait son nom ) citait te nom ée «ette îtie aveê autant *Hem^ phase que, du temps de César* én -liât mis uii patricien eii xKgant qu^ii demeurait m$ lu piâée ïîotrë capitaine > le second, et * M. David •ju^ 28 gèrent convenable de descendre à terre en même temps que le capitaine de port, afin d'aller chez le gouverneur faire mettre en règle les papiers de bord et de se procurer au plus tôt des oft^riers capables d'aider notre charpentier dans les ré- parations à faire au navire.

Puisque je me suis promis de dire toute la vérité, j'avouerai le mouvement d'orgueil que je ressentis en comparant notre canot et lës hom - mes qui le montaient aux trois autres miséra- bles petits canots montés par des nègres ou de pauvres matelots- américains! Quelle immense différence! Gomme il était joli et coquet, notre canot! comme ils avaient bonne mme n^s rins î Mé Briet tenait la bai^ son maintien représentait dignement la marine française, et notre capitaux i mm ses bottes bien cirées, son pantalon dè eoutikb^ hàhiti bleu foncé, sa cravate de pou^der-soie noir, son beau chapeau en paille orné c^uri velours noir passé dans une petite sbop^e^ riprf présentait aussi fidèlement le naartatortMIW çanti Quant à l'aimable M% David * t^talfs rie fashionablc dans toute sa pime tén III as^^des; bottes en daim gris, un pantalon e^^iJlpfe formant la guêtre, une -petite^^ 29 29 vert russe avec beaucoup* de brandebourgs; il était sans gilet et avait un madras à petits car- reaux, noué négligemment autour du cou; sur * la tète, une petite toquèi en velours violet ne lui- qouvraitii^tfer lioreilteiigauéhevjil se tenait debout au milieu du fCaécrtymesSluant du geste et orient aux^ éclats* probablement de fctout«- nucé grotesque des personnages du port de la les vidées qui, depuis, se sont développées dans mon esprit $ i^ff cette.s époque^ j'étais très exclu- / sivè^mù^fo^fé oceupaitîpius de place dans ma pensée que tout le reste du monde; c'était avec ju^âis /des opinions: et des: usages des au tres edÉi^ési ee^uiï sly râttâë^^ que magiques. Mêrs je considérais un Anglais, g^rc; je ne voyais pas que tous les hommes sont frères et que le monde est leur commune patrie. J'étais donc iMii**!^ solidarité des nations entre elles, d'où résulte ^ ^: Fessent le mcé mes impressions telles ^^^q vées à la vtie de nôtre supériorité sur les indi- vidus des autres nations qui se trouvaient à la Praya, Ces messieurs restèrent longtemps à terre; ils ne revinrent qu'au moment du dîner> vers cinq heures* Pendant leur absence > nous nous perdions én conjectures sur les agréments ique pourrait offrir la ville de la Praya. 3Vb Miota voulait aller prendre gîte dans un hôtel, afin è se soustraire, pendant la relâche > à la irm dë bord. Gesario et Fernando projetaient, pour chaque jour, de partir avec le lieutenant et notre ^cuisinier, qui ^devaient aller tout fies mat- tins à la ville faire là provision* Ges^deuxi jeunes Espagnols se faisaient une grande fête d'aller chasser, courir dans la plaine^ mangerideafaiits^ monter à cheval, prends f^^^roicei si cessaire à teur > et A gourdi6 sentaient le besoin. Moi aussi je me des- sinais un plau de vie f^pr j& te^^ jour; je voulais aller demeurer dans une maison portugaise, afin d être bien à même d'étudier les mœurs ainsi que les usages du pays, de iout voir et de ^prsndii^ ^ choses qui me paraîtraient en valoir ïa peine. Tons ces beaux projets se faisaient le pont, 31 tapdjls que 5 le yi$ux don José, qui enfin pouvait se pmwmm k soo aise, maintenant que la mai- son flottante ét&it en repos, jouissait, avec un air de délices, du bonheur inexprimable de pouvoir faire douze pA$ de suite sans risque de tomber.

Le ^trii^iU«i?^l -.JB»- ■ «îaMf^lttlî^ '-tc|W«! ^ p«*mP' ^"faMié- ses petits cipritos en papier: de temps en temps il souriait en noiis, écoutant. Je m 'aperçus de son sourire; et, désirant connaître le fond de sa pensée, je lui demandai ce qu'il comptait faire c^m§ç$p^wl qu'il méi au plus haut degré, jt? me garderai bien d? y aileiv ^ — Quelle iœUfflër^ê! don imèi vfcùé^tèa donc bien satisfait d'être à bord dë ce naVire oà FïMi B? a qutin «i petit espace pîèùr së ^ro^ m ^ - Won, raademoisfiie; je ne sufe pas plus indifférent que itoiis^â la vjaê d#ila terre; ftiaSs seulement j'ai ^ ^ expérience, et je sais à ^uoi tt'^i tënii^r les agréments que présentent ces côt^s et hjèaucmip ri^Jeii*^ 32 à terre: c'est ce qui va vous arriver f mais les enfants ont besoin de voir par leurs yeux. Eh bien! voyez, et après vous me direz si j'avais raison.

Nous nous récriâmes tous contre la froideur de don José: son espiègle neveu entreprit de lui monter la tête pour la Praya; mais le vieil Espagnol, qui était en tout homme de sa na- tion, fut inébranlable. Il se contentait de nous répéter: — Allez, allez; puis, quand vous re- viendrez, vous me direz si j'avais raison; ■ Mais la jeunesse, impatiente d'obstacles, n'a guère foi qu'en ses désirs, n'est convaincue que par sa propre expérience: nous montrions du dédain pour celle de don José.

Quand nous vîmes revenir le canot, notre curiosité se ranima^ à peine ces messieurs furent- ils à bord, que nous nous mîmes à les assaillir de questions; mais le moment n'était pis bien choisi pour qu'ils pussept satisfaire à nos de- mandes. M. Chabrié était occupé avec M.;Briet à expliquer, aux ouvriers <Ji#k avaien t <aménps> J'outrage à foire, et M. David, angiomane par excellence, s'appliquait tout entier h paatoila belle langue de lord Byron, avec le^eùrt^^iiWis élégant pnsul uaméricain, dont il venfti&dé #u#e 33 la connaissance et qu'il (amenait dîner à notre bord.

Le lendemain, après déjeûner, les trois jeunes Espagnols, M. David, le capitaine et moi, allâ- mes a terre.

H ny à pas, à la Praya, de mole qui puisse faciliter le débarquement: les abords sont héris- sés de roches plus ou moins grosses, contre les- quelles la mer vient se briser avec une violence qui mettrait en pièces les plus fortes embarca- tions, si Fon ne prenait les plus grandes précau- tions pour s'en garer. Il faut qu'un matelot haie le canot en sautant de roche en roche, jusqu'à ce T qu'il trouve une ouverture convenable à le faire entrer, et, pendant cette manœuvre, les matélots restés dans le canot sont occupés, r avec /leurs avironp, à empêcher que la Vagtïe né le brise contre les roches. Il est très difficile de dé- barquer sans se moiïillër; le matin surtout, où la mèr est toujours plus agitée. Cependant, grâce aux précautions que prirent cès messieurs \ je ne^ftis pas mouillée; un matelot m'enleva dans seshfâS vigoureux et me déposa Slèrrey en lieu sec; tïn pâétit séiitîéïP, tra[cl# ïsiit* lës rochers qui bordent J îà staér induit à là' PrayS: cettë rêïitè n'est pas sans péril; le sable non* qui récè^vrè^lè 34 34 rocher s éboule sous les pieds, et, au moindre faux-pas, on court le risque de rouler, de rocher en rocher, jusqu'à la mer. En quittant le sen- tier, on arrive au sable uni et doux de la plage, sur laquelle les vagues viennent courir en festons argentés. On se sent délassé à marcher sur ce sable ferme, que la mer rafraîchit continuelle- ment; mais à peine y a-t-on fait deux ou trois cents pas, qu'il faut l'abandonner et suivre un chemin rocailleux des plus pénibles: ce chemin, qui est en forme d'échelle, a été pratiqué dans la masse de rochers sur laquelle est située la ville. 11 faut au moins un quart d'heure pour le gravir. Jetais si faible, que je fus obligée de me repqser à f rois fois différentes. Je pouvais à peine marcher; le bon M. Chabrié me portait presque; M. Miçta m'ombrageait avec un paraplu ï g, car mon om- brelle ne m-eât que faiblement garantie, tandis qjge, leste comme undaim, ^ eu éclaire^, afin de mm indique^ les passages les moins, mauvais. Le soleil (les trqpMp?s4ar r ^i^^<i^i^amt§s^oa^ r ses rayons brûlants; pas le plus léger, spulfle de zéphyr,n^^iai|sé~ çher^os; fronts; bajgnés de sueur; iine { sjif.«&, dente nous desséchait le gosier. Enfin nous arrivâmes sur la plate-forme. M. David prit les 35 35 devants et alla prévenir le consul de notre venue, afin de nous faire disposer des rafraîchissements. Nous traversâmes la ville, que nous trouvâmes presque entièrement déserte: il était midi; c'est le moment du jour, jusqu'à trois heures, où la chaleur est la plus forte; les habitants ne s'y ex- posent pas: enfermés chez eux, ils passent leur temps à dormir. La réverbération des rayons du soleil était si ardente, qu'elle nous aveuglait. M; Chabrié se désespérait de m'avoir amenée dans cette fournaise, cela le rendait d'une hu- meur détestable. Les trois jeunes gens commen- çaient déjà à regretter leurs petites cabanes, et moi, pétais horriblement contrariée (teanç sentir si mal à mon aise, craignant que cela nem'em- péchât de visiter ce qu'il pouvait y avoir de Htt**; rieux dans la ville. Ce fut dans cfcs dispositions que nous arrivâmes à la maison du consul, que nous épouvâmes avec^ M. l^mà^ assis auprès d'une petite table, buvant du grog et fumant d'excellents cigares de la Havane* t Le consul américain avait transporté, dans ce^ristelieuv tout le confortable auquel sa nation, attache tant de prix. Get hommç, fÂ%m;.tm8& faine d'années, habitait depuis?quitmiaa§ jcett% résidence. Sa maison était vaste, bien distribuée 36 et tenue atec l'ordre le plus minutieux. Il nous fit servir une très jolie collation, composée de jambon, de beurre, de fromage, de gâteaux et de beaucoup d'autres choses, le tout venant de New-York. Il y avait aussi du poisson frais, et une grande abondance de fruits de toute es- pèce provenant du paysl » Le salon dans lequel on nous servit ce repas était entièrement meublé à l'anglaise; un joli tapis en couvrait le plancher; tes croisées étaient garnies de stores représentant des vues de divers ports; de balles gravures ornaient les murs; dans les unes on voyai t des chasses, des départs de diligence, des enfants jouant avec des chiens; dans d'autres, on admirait ces vaporeuses têtes dé femmes qui ont si fort illustré le burin anglais.

Notre table était servie aussi scion les usages de FAnglëterraet^ gioife -dans de grandes assiettes à dessins bleus, nous buvions l'aie dans de grands verres à patte et Ie^portQ,dan$ de plus petits. Nos grands couteaux et nos grandies fourchettes en acier étaient polis comme s'ils eussent été? neufs; enfin nous Sa- vions pas de serviette, et chacun la remplaçait #vèè le pan de la nappe qui était devait* hii* Le consul paraissait au comble de la jom d'avoir iren- 37 37 contré, dans M. David, un anglomane qui parlât si bien la langue de sa chère patrie; aussi ne ces- sait-il de causer avec lui. Il parlait également anglais aux deux nègres qui nous servaient en sorte que moi, silencieuse observatrice, je mç figurais, par moments, tant l'influence des ob- jets qui frappent nos sens a de puissance sur notre imagination, que j'étais dans une maison de campagne des environs de New-York.

Après le repas, ie capitaine Braedisco vint nous préndre pour nous mener chez une dame qui se disait quasi-Française, parce qu'elle avait été mariée avec un Français, M. Watrin, de Bordeaux. / r M. David resta à parler anglais et à boire du thé, pendant que nous allâmes 'Visiter madame Watrin,:: j V. i Cette dame est la plus riche de toutes cilles de la ville. C'est une femme de cinquante à ein- quantequatre ans; grande; très grasse, ayant la peau couleur d'un café au lait foncé > des che- veux légèrement crépus et des traits assez régu^ 1 iers. expression dé sa pb ysiônomie %st douce f ses manièi^* sont celles 4'uiÉ personne bien élevée; elle parle un i pfeunde figeais, le* lit l'écrit assez passablement p&fri màrfc l^lt: 4||ÉÉi' r 38 ce qu'elle en sait. Elle regrettait beaucoup ce cher mari, mort depuis quatre ans.

Elle nous reçut dans une grande pièce sombre, mai carrelée et d'un aspect triste; c'est ce qu'elle nomme son salon. L'ameublement avait quelque chose de bizarre; aussitôt que nous entrâmes, il attira notre attention. Il était facile de recon- naître que cette pièce avait été habitée par un Français: les murs étaient tapissés de mauvaises gravures représentant Bonaparte dans quatre ou cinq situations différentes; tous les généraux de l'empire et les principales batailles y étaient symétriquement placés. Au fond de ce salon était une bibliothèque grillée, au dessus le buste d§ l'empereur, couvert d'un voile rioir. Cette bibliothèque renfermait quelques ouvrages de Voltaire et de Rousseau, les contes de La Fontaine, Télémaque, Robinson Crusoé: tous ces livres étaient pêle-mêle sur les Payons. Il y avait* sur vax meuble, deux sphères et un boca} contenant deux fœtus dâns de l'esprit de vin*4)n voyait çàe* & des objets venus de France; Wiie petite tajdé a oàvragç fil acajou, m§ lâmpe: ", deijii fauteuils en crie »©ir$ des cages ôû étaient des oiseaux; > te héau Éipfe qui recouvrait la grande lableiplacëe â% mi%ti ân sajteïi * elrî^rte 39 39 foule d'autres petites choses. Quand nous en- trâmes, madame Watrin vint au devant de moi, me prît par la main et me fit asseoi r sur tin des deux fauteuils. Cette dame avait fait, pour me recevoir, une grande toilette, et réuni chez elle plusieurs de ses amies très curieu - ses de voir une jeune étrangère. Nos Pari-! siennes ne seront peut-être pas tachées de con- naître le costume de grande tenue des dames de la Praya. La toilette de madame Watrin con- trastait d'une manière choquante avec l'ensemble de toute sa personne. Elle avait une robe én Florence, de couleur cëçise: cette robe était courte, étroite, très décolletée et à manches courtes; une énorme écharpe de crêpe de Chine. bleu de ciel, sur laquelle ^escortaient de belles roses blanches en broderie:, lui servait, tout à la fois, de châle et de coiffure, car elle se drapait grotesquement dans cet ample mantelety s'en couvrant tout le derrière dé la tête. Ses gros bras étaiènt garnis de bracelets de tontes les cou- leurs; des baguesde toute espèce surchargeaient ses doigta, de grandes boucles peliaient à ses oi-êiifesf et un collier m corail à sept ou Tfflffi'-^ f elle ëvaife des^ bas de 40 autres dames n'approchaient pas du luxe de ma- dame Watrin: leurs vêtements étaient simple- ment en toile de coton, bleue, rouge ou blan- che, mais les formes de leurs robes et de leurs écharpes étaient en tout semblables.

Madame Watrin nie fit beaucoup de questions sur Bordeaux, dont son mari lui avait parié tant de fois, et ensuite se prêta, avec une affabilité bien rare chez les gens de ce pays, à satisfaire ma curiosité sur tout ce que je désirais savoir.

Elle me fit visiter sa maison, qui consiste en trois pièces au rez-de-chaussée et deux mansardes. Cette maison se troule située sur le bord de la plate-forme opposée à la mer; la vue en est magnifique. Au bas de la platen forme, se trouvent cinq ou six beaux jardins très bien cultivés. Le plus vaste appartient à madame Watrin: on y descend de sa maison par un escalier pratiqué dans le roc. Après ces jardins vient une étendue de sable entièrement déserte: au delà, on découvre des arbres for- mant des bosquets de verdure.

Madame Watrin m'invita à demeurer chez elle pendant le temps que potre bâtinif nt re^teiait mouillé dans le port. Je fus sensible à ç^tte politesse, mais j'avoue que je ne fus pas tëntée 41 d'accepter. La terre, dont la vue fait battre le cœur d'allégresse lorsqu'on la découvre en mer, a bientôt perdu tout son charme quand on se trouve sans ami au milieu d'un peuple encore très éloigné de la civilisation à laquelle on est habitué, À t'offre que me fit mao ~ne Watrin, M. Chabrié devint rouge; v. se fixèrent sur moi avec une expression ^ douloureuse anxiété. Je refusai, et nous prîmes congé de cette aimable femme en lui promettant de re-r venir le surlendemain.

Nous fîmes le tour de la ville: il était alors six heures dÉ^soir. Le soleil baissait, et une légère brise aidait à supporter le d&lin de la chaleur du jour. f Toute la population était daiîs tes rues, respi- rant le frais devant les portes dès maisons; nous fûmes alors assaillis par l'odeur de nègre j on ne saurait la comparer à rien^ elle soulève le cœur,, elle vous poursuit partout. Entre-t-rxm dans une maison, on est à l'instant saisi-par cette émanation fétide. Si l'on s'approche M qi^lques en&nts fioi tr voîîr leurs jeux > vite on s'éloigae, tant l'odeur qui s*ën exhale est repipssa&le. Ife^, dont les, sens sont très suseepti|>fe&, à ^q^i k moindre senteur portë à la tête ou à rèst^aïac, 42 42 j'éprouvais il n malaise tellement insupportable, que nous fûmes forcés de précipiter notre mar- che afin de nous trouver hors d! atteinte de ées exhalaisons africaines* y < i Descendus au bas du rocher, je m'assis pour me reposer. M, Chabrié se plaça à mon côté, tandis que les trois jeunes gens erraient sur la plage en cherchant des coquilles. M. Chabrié me prit la main, la pressa affectueusement contre sa poitrine et mé dit avec un accent que je ue lui connaissais pas encore: t -t^Ob! mademoiselle fïora, que je voiis remer- cie de n'avoir pas accepté l'offre» cette dame! quelle douleur cela m'eût fait! Me séparer de vous qui metes confiée, lorsque vous êtelséi souffrante; vous laisse^ seule çe rocher in- fect, entourée de ces horreurs de éègreè <jue vour vioyez avec tant de tépugnancel $h àt je n'y aurais pas consenti; etpûs> qui vous soi- gnerait si je a'étair plus là?; v >^Hr , pour lui d? iM $en^ naissance, u attachèm^ Depuis mon dé^^ 43 rement perdu de vue ce que ma position pouvait avoir d'extraordinaire aux yeux de M;€habrié* Mon état de souffrance m'avait empêchée d'y penser; j'attribuais à la bonté naturelle de notre capitaine les complaisances qu'il avait pour moi, lés attentions dont il m'environnait; je n'avais jamais songé qu'il pnt éprouver un autre senti- ment que celui de l'affection compatissante, que ma position inspirait généralement* Aux êtres doués d'une ame aimante, dont l'organisation est à la fois délicate et magnéti- que, il suffit d'un seul regard pour leur faire pà&étrer le séfeetde l'individu auquel ils parlent. 1^ ^gard de M. iGhabrié me laissa lire clàire- ment sa pensée; il lut aussi la mienne. Je lui 8#AMiK;êWMtt|^il me dit alors avec un accent deipi^Joalte^ -L*: ' im ciai par un sourire, etlm tt^yrfea: Mon 44 Cette réponse me fit tressaillir; e?est qu'alors je ne pouvais entendre prononcer le mot amour sans que les larmes me vinssent aux yeux. M. Chabrié cacha sa tête dans ses mains. Pour la première fois, je le regardai; je ne connaissais pas encore ses traits: il pleurait; je l'examinais attentivement et me laissais aller avec délices aux pensées les plus mélancoliques.

On nous appela: le canot nous attendait; nous nous y rendîmes lentement. Je m'appuyais sut le brasde M. Chabrié; nous étions absôrbés dans nos pensées, et ni l'un ni l'autre ne songeaient à rompre le silence* Nous trouvâmes à bord M. David avec son consul et deux musiciens qui! avait amenés pour me faire connaître là musique du pays* Noua nous rassemblâmes tous sur le pont: je m'étendis sur ixn doijdblé tapis; ces messieurs prirent placé autour de moi r et chacun, selon l'ordre d'idées qu'il avait dans là tête > prêtaplusoumoins d'attention à là monotone musique des deux âfricâins.;; j la nuit, si l'un des musiciens n'eut été pris duf jpal de nier > qû^^ mou vemént.G e|te dirconsiaiacè obl^éa lefcon^il de retourner à la ville; je fus ainsi délivrée de 45 l'ennui, que son parler anglais et ses musiciens me donnaient. Nous restâmes très tard à causer sur le pont: les nuits des tropiques sont si belles!

Le lendemain matin M. David et M. Miota quittèrent le bord avec le projet de faire une petite incursion dans l'intérieur de l'île. Ils allaient chez un Français qui cultivait un champ à dix-huit lieues de la ville, autant dans le des- sein de lui acheter des provisions que pour voir pays.

i Deux jours se passèrent pendant lesquels il me parut que M. Chabrië éprouvait de l'embarras avec moi: son air contraint, qui n'était pas dans ses habitudes, me gênait f il augmentait encore les inquiétudes et la tristesse des pensées que la con- versation du rocher avait fait naître en moi, A cette époque, j'étais encore sous l'influence de toutes les illusions d'une jeune fille qui a pmeonnu^ quoique j'eusse déjà éprouvé îe^ phis icruelles peines; mais, élevée au milieu des champs, dans fe plus coi^et isolement de J^l société, ayant, j'avais traversé dix ans de malheurs et de décep- * tiïj^sam toujours à la Wenveiïlance^ à la bonne: f$ig:0 supposais que la méchanceté et! la perfidie m|$ se 46 montraient que par exception. La profonde so- litude dans laquelle je m'étais retirée m'avait laissé ignorer le monde et tout-ce qui s'y passait. Je m'étais repliée sur moi-même et ne pouvais soupçonner dans autrui l'existence de vices dont je ne découvrais en moi aucune trace, ou qui soulevaient d'indignation la générosité de mon coeur.

0 précieuse ignorance qui fait croire à la bonne foi et à la bienveillance! pourquoi t'ai-je perdue? ou pourquoi la société est-elle si peu avancée encore, qui! faille remplacer la> fran- chise par la défiance, l'abandon parla: retenue^ Oh! queîe cœur est blessé par ce cruel déseuelyan- tement! Sous t'empi re $e la viotenee^ leà athës M* mantes se retiraient <Jans la Thébaïdei; c'est en- core au désert qu'elles devront habiter tant que la ruse et le mensonge gouverneront kcSociété; c'est dans la solitude, que les araes pénétrées* àe l'es;prit de Dieu reçoivent ces iuspiraftious *pi préparent le mo^N au règne de la vérité.

En 1S33, l 'amour était pour mokune religion; depuis l'âge de quatorzë ans, incin ame ârdente l'avait déifié.; JeM^onsidémis Famour co^^il souffle de Dieu, ^ j>en?^ë viv^ produit lë grand et le beau. Lui setil <é§ftjtf m% 47 foi* je n'aurais guère mis au dessus des autres animaux de la création la créature humaine qui aurait pu vivre sans un de ces grands amours purs, dévoués,. éternels. J'aimais mon pays, je désirais pouvoir faire du bien à mes semblables, j'admirais les merveilles de la nature, mais rien de tout cela ne remplissait mon ame. La seule affection qui aurait pu alors me rendre heureuse eut été un amour passionné et exclusif pour un de ces hommes auxquels dé grands dévouements attirent de grandes infortunes, qui souffrent d'un de ces malheurs qui grandissent et ennoblissent ltf^ictime qu'ils frappent.