SigPhi · Flora Tristan

Pérégrinations d'une paria, tome I

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J'avais aimé deux fois: la première, j étais \ encore enfant, te jeune homme pour qui j'é- pronvats ce sentiment le méritait sous tous lés «apports ♦ mais, privé dé l'énergie de rame, il mourut plutôt *[&é de désobéir à son père qui, dans la Cruauté de son orgueil, m? avâît repous- séé- La secondé fois > le jeune honïme qui avait étil? 0fejët dé mm entière affèctfon, biéîi qu'ir- réproéhablé dans tout ce qui a tMt à la délica- tesse m â #hdMéur dé ses procédés avec moi, êfJftfcSËj^^ c^M^éiurs j. aux yéfj^test^ de & folié: # eut peur de mou amour, il cM~ 48 gnit que je ne l'aimasse trop. Cette secondé déception m'avait déchiré le cœur, j'en avais horriblement souffert; mais, loin de se laisser abattre, mon ame, s'agrandissant par la dou- leur, n'en était devenue que plus aimante et plus ferme dans sa foi. A toute ame ardente, il faut un Dieu qu'elle puisse encenser, un tem- ple où elle puisse verser de douces larmes et pressentir, dans le recueillement, l'avenir que sa foi lui promet.

Mes souffrances m'avaient révélé touf fe puissance d'aimer doiit Dieu m'a douée; et, après ces deux déceptions, il n ^ç^^^i^ ma pensée que la grandeur iijl^ être comprise par un homme qui n ^ut pa$ été lui-même susceptible de ces actes de dévoue- ment que la race grô^ payée qu'elle n'y voit aucun ^0^^^^$^. mais que transmet aux races futures le souver tous les temps, oaas tousses pays,? s'est çonstainmëîat reneobtré des hommes,qiii se spufc imposé les plus pénibles travaux * à qui rien na cpuité, qpi n^pt rep sacrifice, aucun dévouement, afin d'atteindre le but qu'ils se proposaient. Ces êtres sont tel- lement au dessus du commun des hommes, que toujours ils en ont été méconnus, et souvent la grandeur de leurs actes n'a été appréciée que plusieurs siècles après eux. L'antiquité n'en offre pas un plus grand nombre d'exemples que n'en présente l'histoire pipderjie dans rétablis- sement des religions et dans les révolutions pp- litiques des peuples. Aux yeux du sceptique et de l'égoïste, les dévouements de Jeanne d'Arc, de Charlotte Gorday > des marfyrç de toutes tes révolutions., de toutes les sectes re- ligiéuses paraissent 4cs actes de démçncej mais cesameshé^quç&sm^ avaient i?eçue de Dieu; et, quoiqu'elles désiras- sent h succès de ijçurs actçs, ce n'était pas des homia^ dre, dont l'amow ne s'haranonise pas avec la gran- deur du sentiment qu'on ressent pour ltii. Aussi je m'étips bien promis de mettre tous mes soins à n'être jamais jt$: c^use d'une pareille çîouieur, d'i^spirèjî un sentiment que je n'eusse pu; $0* 50 (ager. Je n'ai jamais compris le -bonheur qu'on trouve à faire naître un amour auquel soi-même on ne peut répondre. C'est une jouissance d'a- moùr-propre à laquelle les êtres qui né vivent que par le cœur sont insensibles.

Je n'étais pas sûre que M; Chabrié m'aimât; mais, dans la crainte que cela n'arrivât, je crus qïi'il allait de ma délicatesse de prévenir la naissance d*uh amolli* ^que jë ne pouvais restjàbsence de messieurs David et Miota me donnai* un peu plus de liberté: les trois autres passagers ne coih^naient^Ki^ un mot de fran- çais, je pouvais in'éht^Mtti 1 avec M* Châbrië sans courir le risqué d'être entendue. ' n « lie soir^ je tiiôWtâi sur le pont -f e&, après m'être arrangé tin divan sur une des cagés à poiulés, '■jë-M^:: im^'à^èay^ f£ jh^ M^r Ghabriëé — Cette nuit èit^ëh Bèflèv* lui dis-je; ad- mirez là magnificéhee de la voôte étincelante qui ëoûvré noà têtes. Aidêz-moi donc à classer toutes ces brillantes étdiltes qùë jfi vois jjôiïF la pTéihiêré fois; < ' ^-^■■■im^.ia - i ? — liés connaissances en astronomie ne «sont pas àsàez ëtënduèss pèiit que je puisse vous faire réiûùiéràf iôiï des milliers d%(âié£ tpit?ktetîi~ 51 lept } dans ce beau ciel, J'aime de prédilection cette croix du sud, formée par ces quatre étoiles, dont une est plus petite. r * i i-î-rfï Et les deux que jè voié, à côté, brillant d'un si vif éclat?

i >-f Gé sont Us jumeàux t — En effet, ellesi se ressemblent j et ces in- nombrables petites étoites formant comme un nuage resplendissant de? lumière^ eoifribd^tf les — Que vous êtes heureuse, mademoiselle Flora > (^attaxâier de ^intérêt à tout l J'admire en vous cette curiosité d'enfant! Quel bonheur d'avoir des illusions! La vie est ifcieïjf terne n Vous croyez donc qu'on ne peut vivre 52 font les animaux. Mais je présume ^ mademoi- selle, que vous comprenez trop bien l'amour pour donner le nom de vie à une pareille exis- tence. Cependant c'est ainsi que vivent la plupart des hommes. En songeant à cela, n'éprouvez- vous pas comme moi un sentiment de honte d'appartenir à la race humaine? .; — Non. La race humaine souffre et n'est pas méprisable; je la plains du malheur qu'elle s'est fait, et je l'aime parce quelle est malheu- reuse.

y.'^.Et vous ne ressentez jamais le besoin de vous eri venger?

— Jamais.

— Mais peut être aussi n'tfvez-vous jamais eu à vous plaindre de personne: vous n'avez rencontré, il est probable, que des gens qui vous aimaient; et vous ignorez Taffreu£, le poignant d'une lâche perfidie* ~ Cela est vrai; mais je connais quelque ehôsfe de plus affreux que la perfidie, c'est Pin- sensibilité. Oui, l'être froid inaccessible à 1 en- thousiasme, qui répond avec sa raison aux sen- timents du cœur, et prétend mesurer les élans de l'aine, oui, cet automate que Je souffle de Dieu n'a pas animé, qui, incapable de tes- 53 sentir la beauté sublime du dévouement, dé- daigne l'amour qu'il a inspiré, est pire que le perfide. Oui, l'être qui, craignant d'être trop aimé, voit souffrir avec la plus sèche indiffé- rence celle qui l'aime est pire que le perfide. Çe dernier, monsieur Chabrié, a toujours l'a- mour pour mobile; l'autre, mu par le dégoûtant égoïsme, réfléchit toutes ses affections sur lui- même.

En prononçant ces mots, échappés presqu a mon inisu, j'avais oublié la réserve que, jus- qu'alors, j'avais scrupuleusement observée; tous mes traits, l'accent de ma voix devaient exprimer une douleur surhumaine; celle dont le souvenir animait mes paroles avait été, comme l'amour qui Pavait causée, un sentiment inconnu sur la terre. M. Chabrié fut frappé de mon expression et me dit, en me regardant avec anxiété: ttî Grand Dieu! auriez-vous aiîné un homme d'une nature aussi atroce? Ah! dites, dites- moi si une semblable douleur pèserait sur Je oe pouvais parler: je lui fis un signe de tête qui disait oui. Je regardai le ciel comme pour iniplorer son secours; puis, tendant la 54 main à M. Chabrié, je ne pus qu'articuler ces mots: — Que je souffre! oh! mon Dieu! que je souffre!

Après ce cri d'une douleur que tou% mes ef- forts n'avaient encore pu vaincre, je laissai re- tomber ma tête sur mon oreiller. Les objets ex- térieurs me fatiguaient, mes yeux se fermèrent; et, plongée dans une confusion de souvenirs, je goûtai un charme indéfinissable de Fexcès même de ma douleur. Je fus plusieurs heures dans la même attitude, pendant lesquelles l'a- gitation cènvulsive de nîon cervëàiï surmontait la puissance de nion âme. j ' v ' " n m l /: -: M. Chabrié était allé chercher mon màntèaù, m'en avait Wiivettë, k avait gaMMÏi TOPtiftte de l'hbmidité ' de ïa nuit avec un foiilàrd; JW le sentais dssisà*^^ soupirait comme un homme oppressé ptf le spasméî Parfois il se levait, faisait quelques tours de promenade et revenait s'àsséoir. • Quand je sortis de cëttë es]pèce dé séhgëV la lune éclairait la baie de la Praya. La lueur pâle et blafarde de ses rayons donnait l'àrôèarence d'une morne tristesse à tous les ftbjëÈs ^fii ïtfiïls envtoftriSaient: pas lë plus léger lirutt n? àrri^ 55 vait de la ville; les hautes masses de rqçhers qui se trouvaient dans; l'ombre rappelaient lçs descriptions que le paganisme nous a laissées de son enfer. La mer était calme; les trois navires mouillés dans la rade n'éprouvaient aucune os- cillation perceptible; tandis que M. Chabrié, assis au bout de la cage sur laquelle j étais éten- due, la tête appuyée sur une dp ses maihs, • dans une attitude mélancolique qui s'harmoni- sait avec tout cet ensemble, regardait le ciel avec une expression de douleur. ^ f > Je restai longtemps eh inuette contemplation de cette scène. Dans ces bellés nuits, les êtréis de la création, privés dix môuvéinétil^ semblent exprimer un bonheur sans mélàrige î t'âëcèût de la douleur ne se fait pas entendre, *et ce si- lence est, pour le cemt torturé, lâiiplus f eri- suasive des consofetions^. Feu à pèù je sentisîla douce influence qii'exçrcè 1k tune su?r îfcoutecla naturë j le ^àlme rentm dans retrouvai mes sens pour admirer la beauté ma- jestueuse du ciel. 7 - ^--^ -kImi:^ Je nosàis parier à^M de troubler sa rêverie. Je fis m léger moWa- ment y il se retourna aussitôt, et, m^ vof ant les yeux ouverts, se leva précipitamment j puis, 1 56 s'approchant tout auprès de moi, il s'informa si je voulais quelque chose. — Je désire savoir, lui dis-je, l'heure qu'il est, «-« Minuit passé.

— Si tard! Pourquoi donc ne vous êtes-vous pas couché? vous qui projetiez de passer de bonnes nuits à dormir, quand vous n'auriez plus de quart à faire.

— r Comme vous, mademoiselle Flora, je me plais à contempler les belles nuits des tro- piques; et puis maintenant je suis votre ami, votre vieil ami, qui vous aime trop pour vous laisser dormir sur une cage à poules:, sans veil- ler auprès de vous.

Je pris une de ses mains, que je pressai for- tement entre les miennes. — Blerci, lui dis-je, oh I merci! Que je vous suis reconnaissante de votre bonne amitié l qu'elle me fait, de bien! et comme j'en ai besoin! Vous aussi, vouf avez eu des chagrins, je vous aiderai à vous çousoler de la perfidie dont vous avez été y ictime, et vos douleurs vous paraîtront légères m les compa- rant aux miennes. r i ^ «-^ Vous m'acceptez donc pour ami?...— Gh! si je vous accepte!...57 Et je baisai son front avec un mouvement de reconnaissance qui fit couler mes larmes.

Il était près de deux heures du matin quand je descendis me coucher. Je dormis jusqu f à dix heures de la matinée. Je fus réveillée par la voix harmonieuse de M. Chabrié, qui chantait une vieille romance sur l'amitié. Je me levai: tout le monde avait déjeûné; le mousse me ser- vit. M, Chabrié vint me tenir compagnie, pela mes oranges et mes bananes, èn causant avec un abandon et une franchise qui, à chaque instant, me faisaient Faimer davantage. T I Vers trois heures,) M* Bâvi^ re- parurent, amenant avec etix^ le Français de chez lequel ils venaient. M. Miota, excédé de fatigue, se coucha: quant à M. David * il ne se plaignait pas de la lassitude; mais il était très en colère, parce qu'il n'avait pas fait sa barbe depuis trois jours, et que sa toilette était un peu en dé- soruxe.

Il fallut lui céder la chambre tout entière, afin qu'il pût y refaire sa toilette en grand; ce qui ne fut, au surplus, une privation pour aucun de nous; parce que le pont était devenu un salon fort agréable > au moyen de la tente qui nous abritait du soleil.

58 Le peu de mots^que M. David m'avait dits sur le compte du Français, propriétaire dans cette île du Cap-Vert, me donnait envie de causer avec lui. C'était un petit homme aux membres trapus, aux traits anguleux, au teint basané, aux cheveux noirs, épais et tombant lisses sur les tempes. Sa mise ressemblait à celle d'un de nos paysans endimanchés. Jë V abordai avec des paroles affables, comme on est porté d'ëniïdres*- ser à un compatriote que l'on rencontre loin de son pays; ■ ■ $: ï M. Tappe (c'était son nom) se montra sënsi- blé à "tm- raqués d? ihtéié t, etvtjûoiqurii n¥Mt pas d'un naturel très causeur, je vis qu'iLse laisserait aller volontiers à me raconter son his^- H y avait quatorze ans que M. Tappë était étabtëaux îles du Cap-Vert* S ïtm ùyim M lui demandai commjéïit il avait choisi une terre aussi aride. /fiMo " — jMfewtemoi^elle, meré^dit-l^lce liies&pas moi qui l âi choisie; mais Dieu, dànsvsêè incom- préhensibles décrets* à voulu que jf demeurasse Bur cette terre dé misère et d? aridité. Dè&^^n enfance, mes parents me destinèrent m saint ministère des autels; je fus élevé au séfoinaire de 59 59 la Passe, auprès de Bâyôiltie; le zèle réligîeux dont mon ame était embrasée me fit distinguer de mes chefs. Par là chute de Tùsurpateur et le rétablissement dë la royâutë,în6trè sainte reli- gion avait repris sà toute^puissàuce y; éï, en 481 9, il fut décidé qu'on Moisirait, dans tous les sé- minaires dé France, lés sujets qui inontrëràierit le plus de dévouement pour la propagation de la fbi^ttfifl'dë^éiivicl^c^i^'' mission sur différents points du globe y Convertir les jièuplades sau- vages voiiéès a l'idolâtriel Je fus lïh dë ëéiïx dé- sigûésy et nous pa¥tihïes ^ ^bùiS Jriïbùs^ rèriilrë 1 ^ôu âyàiît eu ^ ainsi ^tié fë ^èire, bénite ^cie tîèj)arà- tidtis^ nous relâchâmes toiïslë ptô^^ Pendant quë nous étions mouillés en rade, J%llâî Wilèitfé^ ou jë me liai avec un vieux Tèt tiï- gaië; celui-ci me mit au courant de toutes les res- sonrceè-ijue jpou vaït offrir lé pays. Je vis qu'avec xrètf peu d'argent il étaiit jiossiBlë' d'y faire urie fditune rapide. Je pris \ d'après cela, le parti de 3uïP cette ëôteFM^^ dont jè respecte les décrets, ii; â pas per ïniè qiie mes esjtë- ï^iiièèis %é WMsas^nt; * et depuiè quatorze dits je végète de la manière la plus pénible. ' 60 M. Tappe, en achevant son histoire, se croisa les mains sur sa poitrine, leva ses petits yeux gris vers le ciel, et récita à mi-voix deux ou trois phrases latines que je ne rapporte point, parçfe que je ne comprends pas le latin.

J'étais curieuse de savoir quel genre d'affaires avait déterminé M. Tappe à abandonner l'aposr tolat pour les chances de la fortune: je lui de- mandai quel pouvait donc être le moyeïvde for- tune rapide qui l'avait séduit.

— Mon Dieu, mademoiselle, il n'y a sur cette côte qu'un seul genre de commerce, c'est la traite des nègres. Quand je vins m'établir dans cette île, ho! alors, c'était le bon temps! il y avait de l'argent à gagner, et sans se donner beaucoup $e peine. Pendant deux ans, ce fut un heau commerce; la prohibition même de la traite faisait qu? oa Tieu- dait les nègres tout ce que l'on voulait | m#S:, depuis lors, ces maudits Anglais ont tant insisté pour l'exécution rigoureuse des traités, que les dangers et les dépenses qu'occasionne le trans- port des nègres ont ruiné entièrement 1^ |rfps avantageux commerce qu'il y eût; ensuite C£tte industrie est maintenant exploitée par tout le monde, et on n? y gagne pas plus qu'à vendre des ballots de laine ou de coton.

61 61 M. Tappe me parlait de tout ce que je viens succinctement de raconter avec une simplicité, une bonhomie qui me laissaient tout ébahie. Je regardais cet homme, cherchant à deviner dans ses traits quelle pouvait être sa pensée; mais, pendant tout le temps qu'il causa avec moi, sa figure n'exprima aucune émotion: il resta calnié èt impassible.

Je^nêiiÉ^ti^t pas un mot à répondre à M* Tàppej j'éprouvais, à sa vue, une de ces répugnances instinctives, et, ne pouvant m'en débarrasser autrement y je descendis dans la chambre: j'y trouvai M- David en grande te- nue de négligé, à table avec son consul qui > décidément > ne pouvait plus le quitter. Quand j'entrai, il jeta son cigare et me dit: — Eh bien! mademoiselle, que dites-vous de l'aimable compatriote que je vous ai amené? J'espère, et vous en conviendrez, qu'il se trouve aux îles du Cap-Vert des Français un peu soi- gnés. "Voilà un hômmë qui parlé latin mieux que Cicéron wî Gé gaillard vous cite Horace, Ju- vénal ou Virgile à propos de citrons verts ou de choux mal venus, sans compter les passages des Saintes Écritures; il connaît aussi l'hébreu. Je suis sûr, mademoiselle, que vous êtes flattée 62 de voir, à la col e d'Afrique, notre belle France aussi bien représentée.

Monsieur David, je trouve qu'en ce mo- ment vos plaisanteries sont très mal placées. Vous devriez voir, à l'expression dé ma figure, que cet homme m'inspira le plus profond dé- — Comment! mademoiselle, yoùs si grande admiratrice des Français, vous éprouvez du dé- goût pour un apôtre français, un saint ministre des autels? r ^.-n^al^vi...r.Auwï?

— Brisons sur ce chapitre > % monsieur cet homme-là n'est pas unîliSa^çais^ c'est un ari^ thropophage $pm la fori^eîd'iiiji 'ni(^tom [> w-;î l _ Qh! que xf^st; bien i AJb ï mademoiselle, voilà qui est charmant de vérité! Il faut que je traduise cela au consul. »; f t nml-ilii —.

— JSn vérité, repris-je, jç ne puis d^iiî^ monsieur |>ayid, dans quel ]but yousftyéz anieï^é cet hornme -à j^qr^L 2 ^n§iî|b jà mp * |ft dlMWMiap — ^gai^e^,, mad^oii^e,, ï&mmAmfc êtes ingrate enyers; lçs j aniif îf #^|rp! ^j^rwÉs veulent du bien! c'est cependant lymâ, 63 pour vous seule que j'ai amené M. Tappe ici.

— Eh pourquoi, je vous prje r monsieur? Quel droit vous arrogez-vous d'exposer à mes yeux des créatures immondes.

«~ Afin, mademoiselle, que vous acquériez vous-même la preuve que, parmi les hpwnes, il y a des créatures immondes. •; >~ Et, en supposant que cela fût vrai, ppuriiez-nyous me dire ce que je gagnerai^ à le — - Ce que - vous gêneriez, mademoiselle! mais ce que Ton gagne à connaître ses ennemis, vous apprendriez à vous en défier ^ Oh! cette science coûte trop cher! h peu que je viens d'en voir a glacé tout mon sang d'horreur. ISer^iHt dpnc vrai qu'il se trpiive dans le monde beaucoup d^ommes de l'espèce de celui ay eç lequel je viens 4e causer! u ^ fî Mdl^i^^e#e^t.pui, B ^I^Q^eik, Et puisque nous sommes dans un moment de franchise. j'oserai même vous affirmer aue la m^f^0 de laTape l^maine e^^n tout, point, semblable à rhonorable M. Tapp£, u;; suite me jeter à la mer; mais fcj^pp^ejgy e lis dans les veux de M. Ch^ 64 mel à ce que votre misanthropie vous fait avancer plus que légèrement.

— Que vous conte encore ce David, made- moiselle Flora: dit M. Chabrié en entrant: que les hommes sont méchants, je parie? c'est son refrain continuel, il n'en sort pas.

— Cette fois, je fais plus que le dire, je le prouve; et c'est pour convaincre notre aimable passagère que je voùs ai amené de Saint-Martin le très saint et très vertueux M* Tappe, qui dî- nera avec nous, si vous Voulez bien le permettre.

— En cela encore, David, vous avez fait une bêtise, comme d'ordinaire vous ne laissez jamais échapper l'occasion d'en fairè. Votre M. Tâppe me fait l'effet d'un gros crapaud dont le venin jaillit sur ceux c(ui 1 approchent: qu'a- viez-vous clone besoin de m'amenër un jésuite de cette treiiip> ijùaiid vous savez que c'est l'en- geâricè que j 'ai surtout en horreur et méprise le — ^Eh! taon cher, je ne Fâi: pas aïfieïié pour vous; f ài voultt le faire voir ^kdënîo^ selie. 11 m'a pàruune |dêeê assëà kîuMëï^fmv mériter d'êÉe ëôttehéë fout aii fâiïg* lé calepin d'une vôyâgëùSe observatrice. ^ t; ^ La &nvd*àtëoîié^ 65 d'aigreur; elle aurait fini comme de coutume, entre M. David et son ami, p&r quelques vives boutades, si nous n'en avions été distraits; le mousse venant annoncer le dîner.

M. David s'approcha alors de moi et me dit: — Maintenant, mademoiselle, je ne plaisante plus; je voua engage à étudier cet homme. Jë vais le placer, à côté de vdus: surinojaXez un peu vos répugnances. Je crois que npour un voyageur cette rencontre est une bonne fortune.; < Pendant le premier service, l'ancien sémina- riste mangea et but; son avidité était telle qu'elle ne lui laissa pas le temps des ^mm^mmn^p^ rôle: toutes les facultés de son étire étaient ab- sorbées par son assiette et son verre. Je ne maii- geais jamaisdu premierjservice, j'avais ainsi tout loisir pour examiner cet homme remarquable, dans son genre, comme le disait M. Davidi Je pus saisir a l'expression de ses traits la passion dominante chez lui;1 c'était la gourmandise. Comme ses petits yeux brillaient à la vue de Té- noif|e^^ des autres pièces de viande qu'on noua servit! Ses narines slouvt^âiti; M passait sa langue sur ses lèvres minces et pâles; la sueur courait sur son front; il paraissait être dans un defoes moments ou iW jouissance^ qiiè à^s Aè 66 pouvons contenir, sort par tous nos pores. Cet homme me représentait une bête fauve. Quand il se fut bien gorgé, ses traits reprirent peu à peu leur expression ordinaire, qui était de n en avoir aucune, et il recomménçà à me parler sur le mémeWn qu'avant le dînërl Vbtre capitaine/ ^ de nous donner un bien bon dîner. Maiïgër> voilà la vie: et moi, dans cette île de misère > je suis privé de cette vie-là.

v — Nous n'avons que du mouton de là vo- léillê, des légumes, du pôisson frais et des fruits. ■■' ^^.Hm^ ■■*r*{ Mais il; me semble qu'avëc toutes ces çh©^|4>n doit avoir 1 ii« tw\&>fàtà?*yfr¥ùÊt avait c^^tnidiS&iéHw MM'^tt . quHl laut pcgir ^répaÉer les mets j ^ mais on ti'a ■,^?m, Ahl mademoiselle^;ooà^^^^;^hi^|^^^ô ^vousi m eqnhaissefcpas la çâeeBSofrw Ces nîiséra- bles gœéaturesj I 6T possible de confier à aucune d%Ues ce soîri sans courir le risque d'élire einpoïsonnéV t- Vous les traitez donc bien durement pour qu'elles ressentent autant de haine et nourris* sent une pareille ■iÉàÉiéà^^éiiàBvè^tM^t lia. Je les traite cùmmë? il faut traiter ïlés nègres, si l'on veut s'en faire obéir, à coups dé fouet, f ë vous assuré^ inademoi^lle^ que ces coq^tàs-la 1 vous donnent plus de peine à mener qUe des animatix. ^ Combien en avèi^voûsa^^ jtai d ix-htit nègres, vingt^iûiï hëgreseés ët tréntfrsept ^égritfôtts; ï^mir déux: ansy lés négrillons m Vendent trê& bien mais on * coup de peiné à se défaire des nègres; i b * ': r:(i_v -agi ïqiîoi" 1 "ocèu^ëid-vôus' ^tBut ce monde?

-li M «1iMv#uia, férme^ à soigner ma mait son i téftt eé «-es bien tenu, demandez » ces messieursl — j'dî été: obligé de me marier avec «ue de ces négresses, afin d'assurer ma vie: j'avais déjà été empoisonné ttofô foisj? jfe eraigna^df passer, éfflii pensé qtfëntînl mariant âvee uÉe 5 de ce s ïenra#,%fe p^raîï interêt à' moi f ëÊttim 68 en lui faisant croire que tout ce qui était à moi lui appartenait aussi. Ensuite je; lui fais faire la cuisine et l'obligé à goûtèr, devant moi, ce qu'elle me sert àvaïlt d'en manger. Je trouve dans cette précaution une très grande sécurité. J'ai trois enfants de cette fille: elle les aime — Alors vous rie pouvez plus songer à re- tourner en France, car vous vbilà attaché dans ce pays. ' zA> — Pourquoi donc? serait-ce à câuse de cette femme? Oh! cela ne m'inquiète; pas. Dés que j'aurai réalisé ma p^t^ négrtesse ici un^ je lui dirai: Je retourneidàtis mon pays;, veux-tu me suivre?...Comme tontes ces >fepimes ont grand'peur de là mer, je suis sur qn'ejile me re- fusera; alors je lui dii>ai: Ma ch^re sl amie, tu vois que je fais mon devoir; je te pr^ppsf de Remmener: tu refu^s d'obéi* àl<>î%^ài^ jfe suis trop bonjour t'f. fÉouhdte ^ Et que deviendra celte pafl^ ^c^^^ Oh! ne craignez rien; i^^l^^^^^f^J^ plaindre: elle vendra ses enfants dont eîle anra 69 un bon prixj et puis elle pourra trouver un au- tre inari qu'elle servira pour la nourriture^ c'est une superbe fille qui ira qué vfagfcshc ans.

Maisy moasieur Tappe^eette fille est votre femme devant Dieu: elle est mère de vos en- fants; et vous laisserez tous ces êtres à la merci de qui voudra les acheter sur là place ptibli*- qùè?...c'est uiie action atrdce!! h.-.

-i— Mademoiselle, c'est une action comme il s*erï Commit dé ^eifiblaMes éhaqùe jour dans notre société. - wïiutuws «î d>um<i^iç<H J'étais devéiïue pourpre, tant Tindignaiion tàe «lififôqiiaiti Mi Tappe s'ën^aperçut} lil me regarda avèc; ëtdûnëmèrit, tt^mota encore qMpeS ipbrâ^s Wt^ je crois nràpereevoir que voùs avez peu vu le monde, je Vêtis engage à le voir davantage, car I if est bon de sâvoir avec quels gens on vit^ tremëût on est la dupe de^to^Sj *m> Après lé dîner M; Tappé retourna à la ville: médit; M dé' ces messieurs, du célèbre ééminaitej d# % 5t TO -r MadempisèHe, je >y@m prie 4e an? ^cu$§r si > eîi voulant vous servir M je vous ai occa- sionné quelques pomepts d4sag¥Étfetesj v§us âteagependani trop?ai$QOTftble pour ne passen- Afrique > tôt ou tard, itâmàm |)0Wtantbfen^ous résoudre àebutaato^ le pÉopde au milieu.duquel vous êtes destinée à vktfe. ^riehsy n^est ipasIlieBfel^ important de la connaître telle quelle est* queutes darçs les pays où §ufesiste encfi»| ce monstrueux outrage à l'hum&nité g l'escte^ * blique, tet élégant émâmw^ plus: qu'un màitre barbare.

dans la salle basse, frappant de coups d^ felt^ e * 74 un grand nègrg étendu à $es pieds, et csbnt lq visage était tout en $ augo Je iïs un mouv^eçiÉ pour êBexi défendre> ^fenjtiîè son oppresseur, c& n^re dpnt Tescl^ 5 qp§r,fo^rqî«oi il battit son esclave; le nègre pla^no*^ une vertu pour qui ne peut avoir comme sfcïl^^e deii^ reuse impression cette vue hideuse produisit sur lii^y gfë^ misérable Tappe au milj^ 1VL David aurait-il raison! les hommes seraient- ils tous péchants? Ces rt^ •ïïpfe idipiNMl^ daîis une noire mélancolie, La défiance, cette réaction d<& avoné été ^oins^çç fruit acre de la vie^ naissait 72 j'examinai avec beaucoup d'attentioii tôïites les figures noires et basânées qui se préèentaièiït à moi; tous ces êtres, à peine vêtus, offraient un aspect repoussant: les hommes avaient une expression de dureté, souvent même de féro- cité, et les feinmes d'èfifcdnterirê et de bêtise. Quant aux enfants, ils étaient ihdEribles dé lai- deur, entièrement nus, maigres, chétifsj ôii les eut pris pour des petits singes* En passant devant la maison de ville> -nous vîmes des* soldats oc- cupés à battre des nègres par ordre des maîtres auxquels eeux4ci appartenaient» Gette cruattté, dans les usages habituels de cette populations doubla l'humeur sbmbreîqui&i^ consu- lat m avait donnée. Arrivéè chez madame trin, je me plaignis à cette dame, qui paraissait si bonne, dé tbùis les actes <fô barbarie que j^a- va»vu ^commetfe Soai&e^ et mé i^pbtiêit aveè dôuë^Vote 1^ ** mrn^^ë-êm^^^tfè^. pour voïî&, ûoifâ^ie £ dâiis ditîltrës ^as&rs, ces coûtâmes fà^^éM^éï^îl- gesj îttais vous ne ëwtez pas- ici "huit jê^s^; ^fflfe 1 Gdtfë sëcbéi^sëé^ il ftiè tardait Qâ 1 • Lk veille de notre dëp^î^^^ttt aWîx iwïpér^ 73 tunitésdu capitaine Brandisco, j'allai lui faire une visite à bord de sa goélette. J'étais accom- pagnée par MM. David ejt J5riet r car M. Chs^r brié ne se sentait aucune sympathie pour le pauvre capitaine Vénitien. ^!

Ge Brandisco était encore îun original dans so^it genre; H posait pour moi > et je ne crus pas devoir en dédaigner J'è$qui$se;ï Citait b un hQifti£<%fle çinqjftantç ans, maigre et chétif *; né à ^#nif Si JJeppifi ri^^^d%^î^ j^^is ^ il ^par^coiiimi^ ^.^i»i*g^mipii|^ i mate* lot ^ capitâinié et propriétaire de navire. Long- temps, serviteur ^ l^mm du doge, il s'é-* tait lancé ensuite dans le gr^nd Océan, et avait ép^puvéi im feptun# idi? ei^teïl rpa#ifeii ftoutes le|^igue$^ ma^Moufofs si *nai> qnft.peine; s'il ppl^iîtf se foire icpqap^ndref dansj aupuae:, et néanmoins c'était un bavard intarissable. Il nous avait pris en grande amitié, moi surtout, parce tite femme, c est ainsi qu'il la nommait. (Je ea-- piâÉ^ his- i^eisimplepi gon#diei^ #^i^ éiâiMei te> ïnrtiinejydeivenu Mçh^ il a^it voiiïtfe? Uètm - plus seneorè^;et avait^ été ruiné, ■^©ui! nous dit-il un jour, j 'ai eu à moi un beau 74 trois-mâts de huit cents tonneaux, tellement chargé, que les chaînes de haubans entraient dans l'eau: mais j'ai été volé par ces chiens dWnglais. Ces pirates m'ont dévalisé. ^ ^ — «. Dans quels parages? demanda îi|* €ha^ bmë} et de quoi donc étiez- vous chargé? ^ JFavais: v: i^t^^-iiift v fi^l|iâi!f-'' f lj( bord, rë^i*it^ il, * évitant de répondre à la question; ë? étâit mon dernier voyage. Ah! tes ëhëMpaàs glais! je les vois encore avec letirs habits ou- geé. Ces faquins-là sont bien les plus impudents coquins que Satan ait mis au monde: rion con- tents de me voler, les scélérats m'ont garrotté et emmené en Angleferae* ••■■■5 m l y -.. î -, * -.. ^amb& ^ ~ ©iable m'emporte si je wôïM cônqfifei^ § avec voti|e parler barroque, reprit M. ÇhàbiMé. Ce que je crois; c'est queèotrfebeâu trois-mâts était tout bonne- ment un n^rim* -et ife pirate ^i voias àj tdlé> unç frégate anglaise qui vous aura pineé^tf èâtp ce >pas cela 2 a ■:?>■ imm^&^-^^ê <\mr: Comte vous le dites* capitaine. Cet in- fernal gouvernement anglais m'a tenu pendant deux ans §n prison. Ils m'ont relâché enfin t mais es isMeiî^ a^ont igafdé mon Unes wôgwis^ 75 Et Brandisco se mit à pleurer* — Après être sorti des prisons d'Angleterre, j'ai fait Un petit héritage; je suis allé à Paris, où j ai rencontré ma jolie petite femme de la rue SaiW^enfé* Jô me suis marié, et mon épouse m'a conseillé de venir faire le commerce à Sierra-*- Leone. Depuis que je suis dans ce pays, j'ai éprouvé encore beaucoup de; malheurs, aussi j 'ai presque entièrement abandonné la traite; le:bOn ^eu ^é veut pas que je réussisse à vendre è£$ chiens de tmvm Maintenant je fais ma petite femme a une joUe i bou#qne^ beai*- cgptiiW^Yi ^ pourrai peut-être ^ daés quatre ou cinq ans, retourner à ma belle Ye- I#a goélette de Brandisco était du port de trente à quarante ^nneauxîi j 'eus beaucoup de pei^Jt ^ mwt0r: le grand nègfë qui me réçiit ijta^ilifepuiÈ par Ses propo^lipii^ îherculéeriites joh^s i km air de fôroeité. J^^mmû mm 4$&jifiie^^ la chambre: ài?enls^> qui jétoii un trou cajpré > s'appliquait une petite échelle placée perpendiculairement.

Mnl^iefe^eéc^^ mon introduction dans cette cage: elle ne pbuvait 76 contenir que trois personnes, et M, Brie tri' y pouvait rester debout. 1 Le capitaine Brandisçp était au cotnbîé dé4â joie: il nous reçut de sonmietix, nôUs aflMt du très bon rhutn, de l'excellent café, dés biscuit^ il avait de tout en abondances It vouiâfo absolu- ment que j^ceéptàssë des petits câliiers eïï ver^ roter ies, que les négriers ^)nt toujours en qiiatt- tité à leur bord; éar des ornement de fcette valeur sont aussi reçus par #Afrfcque>ëi échangé de ses enfants. Je me eontentai de lui pretfdre un verre de Bohême, afin dé rte pas té désobli- ger. Après nous avoir parlé â#Wf^té: 4éftiBi( de Son ancienne richesse, il eii vinfc k faire FàF- ticle* - & Tam^^n,--ciïiv -ptu'j oo- stJêiij) — Tenez, nous dit-il, j'ai là deux jolis pête nègres qui feraient bien vôtre affaire: ils «tint bons, honnêtés,: bien dressés^ fbrCS* et sains* Gpk! crîa~t41; aussitôt lin quinze à sëizé- ans sauta dans k dh^abrëMét restëi deVattt tK^is imn^ilé^Lë^iséi^blé^Miil? disco se mit à vanter sa marchandise, nant de tout côté çêt être humain;; comftfë tort Maquignén^ acte de barbarie i^eïidiif ^è^îlpte#^|^ tous les maux de l'esclavage dolÉ la#^^ffi^ 77 yait offert l'odieux tableau, Je priai M, David de me ramener..: ■ -v-hnrj ■ .< A^ufcîde •• quitter son btitdf. Ml ' Bmei pria le capitaine Brandisco de faire venir tout son monde sur le pont, afin que jetviss& de quels hommes se composait son équipage/ Il avait huit nègres, 1&u& gràndsy forts, et qui, d'un seuil Ô&up 4e î poing j, I faûMent assommé leur maitre* Bn nous éloignant de j cette chétive barque, je dis à M, David: ^ ^Wm-, mh;C?

nTf Çe; qufe je ne peux; nà^expliqueri? daijs i cet homme, c'est ce mélange de hardiesse et de bas- sesse;. Savez-vous qu'il lui faut du courage pour vivre à bord avec huit nègres qu'il maltraite et qui pourraient bien, si la vengeance les y por- tait, lui tordre le cou et le jeter à là mer.

— Oui, sans doute, il lui faut un certain coulage: je conviens qu'à sa place je ne dormi- rais pis tranquille; mais la cupidité est un mo- teur èi puissant, que les hommes exposent, jouîfficsllènïent, leur vie dans l'espoir d'acquérir de For.

I^#raya contiëût environ quatre mille habi- tants dans la saison des pluies; pendant juin, juillet et août, cette population diminue, à cause de Tinsalubrité du climat.

78 Le seul commerce qu on il n'y existe aucun produit pour l'exportation. Les habitaûts de là Fràya ë<^àngentteftêgres contre die là farine ^d^^^ du sucre et autres dquréès, àiifëi fu? t^e#ifiâr- nuîaeturés è&ûî ils ont besoin Mém ffêf Ulâ^ tioii est pauwç j se tooUîTïtrgréâ fiiâlf W^m^m^ maladies auxquelles les habitante sont exposës.

Enfin, après être Tëétâ^-'Hi&jéi^ pont rêpaaW QM^ii^ :J Si*.

malade que je l'avais été eii sortant de k rivière 4e Bordeaux; Ma afâkdife prit ensuite un cours quatre heures ^ au lendemain matin > 80 j'étais tout à fait bien. Cet état journalier con- tinua jusqu'à notre arrivée à Valparaiso. Mais, lorsque la mer devenait mauvaise, j'étais ma- lade jour et nuit sans interruption Quatorze jours après notre sortie de la Praya, nous étions sous la ligne, et là commencèrent nos grandes misères.

Notre navire, ayant été réparé avec soin, ne faisait plus eau du tout; mais il en résulta un grave inconvénient: il nous vint de la cale une forte odeur occasionnée, pensâmes-nous, par la putréfaction defeiu qui y^t&it rëstée, et que la mer ne renouvelait plus* Cette odeur était tel- lement corrosive, que l'argenterie en devenait noire» Le bâtiment en était infecté: il nous fal- lut déserter nos cabanes, car on ne pouvait res- ter dans la chambre sans courir le risque d'être asphyxié.

Nous éprouvâmes pendant douze jopp les souffrances j^ipl^^ eeâdredl^la^ rester jour jefcmiit sur lëipont. Nous mnkm^èoà^ tinuellement, gaxi quatts ^^hèure dfintei#a|Je, de l'orage jet de &>p|mé$ &nsuite^^ quateur dardait verticalement sê8}ra^n& gifcifôs têtes- La r^idéurdëtai*^ 81 pouvions mettre la tente pour nous en garantir, à cause de la fréquence des changements de vents. Chacun de nous, sur le pont, cherchait à se blottir dans un coin; le mieux qu'il pou- vait, afin d'avoir un peu d'ombre; mais tous nos efforts étaient vains, et nous ne pouvions pas plus réussir à nous mettre à l'abri du soleil que delà pluie. C'était, pitié dç nous voir aussi mouillés que si la mer nous eut couverts de ses ondes, abattus par là chaleur, la fatigue et le sommeil. Nous éprouvions t|ne soif dévorante; nous n'avions aucun fruit frais dont nous pus- sions nous rafraîchir. L'eau de l'approvisionhe- ment était rèW^iïiëed sur le pont, s'échauffaient par l'ardeur du so- leil, à un tel point que l'eau était plusque tiède. Nous avions la bouche sèche, brûlante: nous ressentions comme une espèce de rage* Jtfalgré les soins ét les complaisances que ces mëssieutfs du Mexicain eurent pour moi dans cette occasion comme pendant tout le voyage, je ciftiS qujë^ succomberais à la fatigue dont je fus accablée au passage de la ligne. M é vaifj^ défoncer^ vait d'abri: au moyen de cette maison roulante, j'étais, par exception aux autres personnes du « bord, garantie à la fois du soleil et de la pluie.

M, David m'avait prêté des bottes; M, Briet s'était privé de sa grande capote en peau de pois- son pour mêla prêter. Celte capote, faite en Chine, du plus beau twaij,, était imperméable et excessivement légère, M. Chabrié m'avait donné un gra»d chapeau ciré, également im- perméable, ékm affublée, jSétais, nouveau po- gènes, logée dans mon tonneau, faisant de triâtes réflexions mr iKçondi#n^ David > le froid avec la même sérénité, était toujours leste» gMjetfe^ vaientfue teujîsehemjse vid senl avait une cravate, des bas et une veste «|..lfiite$te«#»#ïw*^ notre afflfcPHIPî' é t«ient, chacun aans sa sphère, l'ame du navire, ttien ne pouvait les abattre. M. David avait mille pré- venances pourrons il nous, faisait rafraîchir de l'eau dans des, bouteilles qu'il tenais dans la mer^ Jl»eiï^ préparait,d^.te,|ipoij^dj^'^¥*^^ " ^tjuânît 11 irlntr se présêi^er-pou* s#wr îàiiiià sa profession pénale cuisinier, à iord, était très pépibie, il répondit y ^ ta^taine!

83 citrons aigries que le pieux Tappë nous avait vendus pour de bons citrons; il faisait donner à l'un de la: soupe, à l'autre des bananes, à ce- lili-ci dn thé, à celui-là du punch; enfin il était le garde^malad^ de tous, >