SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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Taberani a inséré la tradition suivante dans son Modjem moyen: 0mm Habiba^ raconte ainsi: « J'entendis dire au Prophète de Dieu: Des hommes sortiront du côté de l'Orient pour chercher un homme {qui sera) auprès de la maison [sainte); mais, quand ils se trouveront dans un certain désert, la terre les engloutira. Ceux qui resteront en arrière P. 162. iront les joindre et subiront ce qu'ils ont subi. » Je lui dis: « 0 Prophète de Dieu! Qu'est-ce qui arrivera à ceux qu'on aura fait marcher mal- gré eux? » Il répondit: « Ils éprouveront le même sort que les autres; en- suite Dieu suscitera tous ces hommes [et les jugera ) selon leurs intentions. » L'isnad de cette tradition renferme le nom de Selma Ibn el-Abrech^, autorité bien faible, et celui de Mohammed Ibn Ishac*, traditionniste qui trichait et qui a donné des isnads fallacieux ^; aussi n'a-t-on reçu de ses traditions que celles qu'il dit expressément avoir apprises par la voie de faudition.

Taberani a reproduit, dans son Modjem moyen, la tradition sui- vante, qui provient d'ibn Omar*": « Le Prophète de Dieu était au mi- lieu d'une compagnie de ses partisans, tant émigrés de la Mecque que Médinois; Ali, fils d'Abou Taleb, était à sa gauche, et El-Ab- bas à sa droite. Une querelle s'éleva entre El-Abbas et im Médinois, et celui-ci lui adressa des paroles grossières. Le Prophète prit alors la main d'El-Abbas et celle d'Ali, et dit: Des reins de celui-ci sortira [un homme), afin que la terre soit remplie d'oppression et d'iniquité; des reins de celui-là sortira [un autre), afin que la terre soit remplie de justice * Omni tlabîba, fiHe d'Abou Sofyan ^ En arabe ij*^^ (Voyez ci-devant, et une des femmes de Mohammed, mou- page 169, note 7.)

' Selma Ibn el-Taill el-Abrech mourut Omar, tils du second khalife, mourut l'an aA.

188 PROLÉGOMÈNES et d'écjuilé. Quand vous verrez cela, allachez-vous au jeune homme de la tribu de Tcmim, car il viendra du côté de l'Orient, et sera le porte-drapeau du Mehdi. » Visnad de cette tradition renferme les noms d'Abd Allah Ibn Omar el-Omari et d'Abd Allah Ibn Lahîah, personnages dont l'au- torité est très-faible.

Taberani a reproduit, dans son Modjeni moyen, la tradition sui- vante, qui provient de Talha Ibn Obeïd Allah ': « Celui ci raconte que le Prophète avait dit: Il y aura de l'anarchie pendant laquelle aucun Jlanc ne se reposera sans qu'un autre s'agite, jusqu'à ce qu'une voix fasse en- tendre du haut du ciel ces mots: Votre émir est un tel. » Dans Yisnad de celte tradition se trouve le nom d'El-Mothenna Ibn es-Sabbah^, tra- ditionniste dont l'autorité est extrêmement faible. Celte tradition ne renferme pas, du reste, une mention spéciale du Mehdi, et, si on l'a insérée dans les chapitres et dans les articles biographiques consacrés i63; à ce personnage, c'est simplement par suite d'une habitude prise.

Voilà toutes les traditions que les imams ont publiées au sujet du Mehdi et de son apparition vers la fin du temps. Il n'y en a qu'un bien petit nombre qui soit à l'abri de la critique, comme on vient de le voir.

Les docteurs qui croient qull n'y aura pas de Mehdi s'attachent beaucoup à une tradition rapportée par Mohammed Ibn Khaled el- Djondi, qui l'avait reçue d'Abban Ibn Saleh ^, lequel l'avait apprise d'Abou Aïyach, qui l'avait donnée sur l'autorité d'EI-Hacen el-Basri*", qui l'avait tenue d'Anes Ibn Malek, qui déclarait avoir entendu le Prophète dire ces paroles: Point de Mehdi, excepté Eïça Ibn Meryem (Jésus, fils de Marie). Yahya Ibn Maîn regarde Ibn Khaled comme * Talha Ibn Obeïd Allah fui tué à la ba- i" partie, page 5, note i); donc il vivait taille du Chameau, en combattant contre vers le commencement du ii* siècle de AH. l'hégire.

thenna Ibn es-Sabbah mourut Tan 1^9 des Compagnons do Mohammed, se dis- (766-767 de.1. C). tingua par sa vive intelligence et par la ' Abban Ibn Saleh communiqua des sainteté de sa vie. 11 mourut à Basra, l'an traditions à Mohammed Ibn Ishac (voyez 1 10 de l'hégire (728 de J. C).

DIBN KHALDOUN.

189 digne de loi. EI-Beïhaki' fait observer que cette tradition n'a été rap- portée que par Ibn Klialed. Selon le Hakcm, Ibn Kbaled est un per- sonnage inconnu, h'isnad de celte tradition offre des variantes; tan- tôt on donne la tradition telle que nous l'avons présentée, ainsi que l'a fait, dit-on, Mohammed Ibn Idrîs es-Cliafeï\ et tantôt on dit que ces paroles du Prophète furent rapportées par Mohammed Ibn Kha- led d'après Abban, qui les -avait apprises d'El-Hacen (el-Basri), qui les attribuait au Prophète, sans nommer l'intermédiaire par lequel il les avait reçues. El-Beïhaki a dit, en reprenant la leçon de Mo- hammed Ibn Khaled: « C'est un personnage dont on ne sait rien, et qui donna celte tradition sur l'autorité d' Abban, qui l'avait apprise d'Abou Aïyacli, traditionnistc qu'on laisse maintenant de côté, qui la tenait d'ElHacen (El-Basri), qui l'attribuait au Prophète; Yisnad en est donc interrompu. En somme, la tradition est faible et dé- rangée. » Quel([ues personnes ont dit que les mots: Point de Mehdi, excepté Eïça, doivent s'entendre de la manière suivante: Aucun enfant au berceau^ n'a parlé excepté Eïça^. Ils interprètent ainsi la tra- dition, afin qu'on ne la cite pas pour prouver qu'il y aura un Mehdi et pour empêcher qu'on ne la combine avec d'autres traditions (pour arriver à cette conclusion)." Au reste, la tradition de Djo- reidj^ nous oblige à repousser celle-ci, et encore d'autres tout aussi étranges.

' Mohammed Ibn Idrîs es-Cliafeï, fon- dateur d'une des quatre écoles de jurispru- dence etde théologie orthodoxes, mourut au vieux Caire l'an ao4 (820 de J. C).

Pour L$i>~*-1', lisez is-^l, avec le manuscrit C et l'édition de Boulac. Le mot mehdi, pris comme participe, signifie di- rigé; mais, si on le prend comme un adjec- tif dérivé du nom mehd «berceau,» il si- gnifie étanl au berceau. Il parait ([ue certains docteurs ont attribué à ce mot le sens d'en- fant qui parle étant encore au berceau.

* Ou lit dans le Coran (sour. iii, vers. Al):«II (Jésus) parlera aux hommes, étant enfant au berceau. » ^ Variantes, f.y^, Djoreldj; «Sj-~=. So- reïh. Les copistes et les éditeurs paraissent avoir ignoré le véritable nom de ce per- sonnage et la tradition qu'on lui attribue, .l'ai consulté le Sahih d'El-Bokhari dans l'espoir de trouver la tradition dont il s agit, mais je n'ai pas pu la rencontrer. J'ai cherché inutilement les noms DJoreîh, Djoreïdj et Soreih, dans les dictionnaires biographiques des Compagnons et des tra- 190 PROLEGOMENES Passons aux soulis: ceux des premiers temps ne s'étaient jamais appliqués à l'examen de cette question; dans leurs discours ils se bornaient à enseigner comment on maintient le combat spirituel par les pratiques (de la dévotion), et à faire connaître les états d'extase et i64. de ravissement qui en résultent. Les chiites imamiens et ceux de la secte rafedite discouraient (de leur côté) sur la prééminence d'Ali, sur son droit à l'imamat, dignité que le Prophète, à ce qu'ils préten- daient, lui avait léguée, et sur l'obligation de répudier l'autorité des deux cheikhs ( Abou Bekr et Omar), ainsi que nous l'avons dit ailleurs^ Plus tard, le dogme de l'impeccabilité de l'imam surgit chez eux, et les ouvrages qui traitaient de leurs doctrines se multiplièrent.. Ceux d'entre les chîïtes qui étaient Ismaïliens professaient que Dieu s'était établi dans Je corps de l'imam; d'autres prétendaient que l'imam déjà mort reparaîtrait dans le monde, soit«en personne, soit par une espèce de transmigration; d'autres attendaient le retour de l'imam que la mort leur avait enlevé, et d'autres enfin croyaient que l'auto- rité suprême reviendrait aux gens de la maison ^. A l'appui de ces opinions- ils citaient les traditions que nous venons de rapporter relatives auMehdi, et d'autres encore. Ensuite, chez les soufis des der- niers temps, on se mit à discourir de la révélation extatique et de ce qui est caché derrière le voile des sens. Beaucoup d'entre eux pi'ofessaient, d'une manière absolue, soit l'établissement de la divi- nité dans le corps de l'imam, soit l'identité complète de l'imam avec Dieu. En cela ils s'accordaient avec les imamiens et les rafedites, qui admettaient la divinité réelle de l'imam, ou bien l'établissement de Dieu dans le corps de ce personnage. La doctrine de l'existence du Cotb^ et des Abdals'' commença aussi ^ à s'enseigner chez eux, doctrine qui semble avoir été calquée sur celle professée par les rafedites au nommé Djoreïdj ou Horeïdj avait prêté ' Selon les mystiques, le Cotb « axe » est le serment de fidélité à Moliammed dans un saint personnage à qui Dieu a délégué une des réunions qui eurent lieu à l'A- l'inspection du monde, caba. ' Voyez ci-devant, page 168, note à- ' Voyez la 1" partie, p. 4oo et suiv. ' Après itÀ.», insérez Lijf.

D'IBN KHALDOUN.

191 sujet de l'imam et des nakibs^ Ils accueillirent avec avidité les paroles des chîïtes, et allèrent si loin dans l'observance de leurs pratiques que, pour justifier leur usage de porter la kliirca ^, ils disaient qu'Ali en avait revêtu El-Hacen el-Basri en lui faisant prendre l'engagement de suivre exactement la voie^, et qu'ils tenaient cette pratique d'El-Djo- neïd\ un de leurs grands docteurs. Or on ne possède aucune tradi- tion authentique qui nous autorise à croire qu'Ali ait fait cela. D'ail- leurs, cette voie n'était pas particulière à Ali; elle appartenait également aux autres Compagnons du Prophète, tous camarades«dans la voie de P. i65. la religion. Au reste, cette indication d'Ali à leur exclusion, jointe à d autres circonstances, sent fortement le chîïsme, et fait comprendre que les soufis étaient entrés dans cette secte^et s'y étaient affiliés. Les livres composés par les rafedites-ismaïliens et par les soufis des temps postérieurs sont remplis de choses concernant le Fatemide altenda, et semblables à celles que nous venons de rapporter. Les sectaires des deux partis s'enseignaient mutuellement ces histoires, bien que, des deux côtés, elles ne reposent pas sur une base solide. Quelques-uns parmi eux appuyaient leurs récits sur la doctrine exposée par les astrologues en traitant des conjonctions (des planètes), doctrine de la même espèce que celle qui a pour sujet les Melahim (grandes catas- trophes). Nous parlerons des Melahim dans le chapitre suivant.

Parmi les soufis des temps postérieurs, ceux qui ont écrit le plus sur le Fatemide sont: Ibn el-Arebi el-Hatemi^ qui en parle dans ' Les nakths (syndics, chefs) chez les ra- fediles formaient probablement la même classe d'agents subalternes que l'on dési- gnait par les noms de mokaser et de na- kîb dans la religion des Druses. (Voyez {'Exposé de la religion des Druzes, par M. de Sacy, 1. 11, p. i 7 et page 386, où il identifie les naktbs avec les mokasers.)

^ Un vieux manteau déchiré et rapiécé. Le chef de la secte le porte, puis, après son décès, il le transmet à son succes- seur.

' Le système de prières et de pratiques religieuses des soufis et des divers ordres de derviches s'appelle la voie.

* La vie de Djoneïd se trouve dans le Biographictd Dictionary d'Ibn Khnilikan. vol. I, p. 338 de la traduction; celle d'El- Hacen el-Basri se trouve dans le même vo- lume, p. 370.

192 PROLEGOMENES son Ancâ Moghrib^ \ Ibn Cassi^ qui en fait mention dans son Kha'.â 'n-Nâleïn; Abd el-Hacc Ibn Sebaïn^ et son disciple Ibn Abi Ouatîl, dans son commentaire sur ce livre. Ce qu'ils en disent se compose presque entièrement d'énigmes et d'allégories, dont eux et leurs com- mentateurs donnent quelquefois l'explication. Selon Ibn Abi Ouatîl, leur doctrine, sur ce point, se résume ainsi: « C'est au moyen du pro- pbétisme que la vérité et la bonne direction se manifestent à la suite de l'aveuglement et de l'erreur. Ensuite vient le khalifat, puis la royauté temporelle, qui dégénère en despotisme, en orgueil et en vanité. Or puisqu'on sait, par expérience, qu'il est dans les voies de Dieu de faire revenir toute chose à son point de départ, il faut que le propbétisme et la vérité revivent de nouveau par le moyen de la sainteté [ouélaïa); puis viendra (encore) un khalifat, puis le dedjel (mensonge, fausseté), qui remplacera la royauté et la souveraineté, p. 1 06. Ensuite l'infidélité reviendra à fétat où elle était avant le propbé- tisme. » Par ces paroles ils font allusion à ce qui arriva après la mis- sion (de Mohammed): il y avait d'abord le propbétisme, puis * le kha- lifat, puis la royauté; trois degrés d'une même échelle. De même il y aura la sainteté spéciale au Fatémide qui doit faire revivre le pro- pbétisme et la vérité; puis viendra le khalifat (ou lieutenance), qui la remplacera; puis le dedjel, c'est-à-dire la fausseté, que l'on désigne métaphoriquement par ['apparition du Deddjal (l'Antéchrist). Cela forme aussi une échelle de trois degrés qui correspond à la première. Ensuite finfidélité reviendra à son premier état. « Puisque le khalifat, ' Hadji Khalifa indique le contenu de ' Voyez la première partie, page Say, cet ouvrage dans son Dictionnaire biblio- note 4- graphique, t. IV.p. aCg.Selonce bibiiogra- ' Ibn Sebaïn, natif de Murcie, mourut phe, les deux mots dont se compose le en 669 ( 1270 de. F. C). Noire auteur parli' titre d' A nca Moghrib, cesl-à-dive le phénix, de ce célèbre docteur dans l'Histoire des doivent être précédés chacun de l'article Berbcrs, t. II,' p. 344 de ma traduction el; mais il se trompe, ainsi que nous le de cet ouvrage; voyez aussi l'article de voyons par le texte d'Ibn Khaldoun et par M. Amari dans I» Journal asiatique de fê- les exemples cités dans le commentaire des vrier-mars 1 853. Séances de Harîri, p.-ir M. de Sacy, p. etf. * Pour ^ /, lisez ^.

D'IBN KHALDOÛN. 193 disaient-ils, a appartenu de droit auxCoreïchides, d'après une maxime fondée sur l'accord général, autorité que les ignorants ne sauraient affaiblir par leurs dénégations, il faut que l'imamat reste à celui d'entre les Corcïchides qui tient de plus près au Prophète. Si cette dignité se manifeste, ce sera la postérité d'Abd el-Mottaleb qui en sera revêtue; si elle demeure cachée, elle appartiendra à un de ceux qui font réellement partie de Yaal (la famille); or Yaal, ce sont ceux dont la famille ne restera pas cachée quand il (l'imam) pa- raîtra'. » Dans l'Ancâ Moghrib d'Ibn el-Arebi el-Hatemi, ce person- nage est intitulé le sceau (khatem) des saints (ouéli). On le désigne aussi par le surnom de la brique d'argent, ce qui est une allusion à une tradition rapportée par El-Bokhari, dans le chapitre qui traite du sceau des prophètes. « Le Prophète, dit-ii, s'exprima ainsi: Je sais, à l'égard des prophètes mes prédécesseurs, comme l'homme qui bâtit une maison, et qui, pour l'achever, n'a qu'à poser en place une seule brique; moi je sais cette brique. » Ainsi donc, ils expliquent l'expression sceau des prophètes par la brique qui sert à compléter l'édifice. Le per- sonnage ainsi nommé est le prophète qui a obtenu le don du prophélisme parfait. Ils rapportent les divers degrés de la sainteté à ceux du prophétisme, et ils donnent à celui qui possède la sainteté parfaite le titre de sceau des saints; voulant indiquer par là qu'il est parvenu^ au degré qui s'appelle la perfection (khatema) de la sainteté, de même que celui qui était le sceau des prophètes avait occupé^ le grade qui P. 167. est la perfection du prophétisme. Et puisque, dans la tradition déjà rap- portée, le législateur (inspiré) a représenté ce qui perfectionne le pro- phétisme comme la brique de la maison, et qu'il'y a une analogie par- faite entre les degrés du prophétisme et ceux de la sainteté, il doit y avoir dans celle-ci une brique unique qui corresponde à la brique du prophétisme": dans le prophétisme, la brique est d'or; elle est ' Celle phrase, fort obscure, paraît indi- maniisi rit D et l'édilion de Boulac.

querque l'imam se manifesterait dans une ' Je lis encore lyjL=>., an lieu deluL^.

autre famille que celle de Mohammed. ^ * Dans le texte arabe, cette pensée n'est Pour Ijjl^, je lis I*jL^, avec le pas exprimée avec assez de précision.

194 PROLEGOMENES donc d'argent dans la sainteté, vu que la différence entre ces deux grades est comme celle qui existe entre l'or et l'argent. Voilà pourquoi ils emploient le terme brique d'or pour designer le Prophète, et que, par les mots briijue d'argent, ils entendent parler Hu saint [ouéli), du Fatémide attendu; le premier étant le sceau des Prophètes, et le se- cond le sceau des saints. Voici, selon Ibn Abi Ouatîl, ce qu'a dit Ibn el-Arebi: " L'imam attendu appartiendra' à la maison (du Prophète) et sera un des descendants de Fatéma. Son apparition aura lieu à une époque postérieure à l'hégire, et que je désignerai par ces trois lettres ^ O ^. « En employant ces lettres (dit Ibn Abi Ouatîl) il en- tendait qu'on les remplaçât par leurs valeurs numériques. Le kha (^), surmonté d'un point diacritique, représente 600; \efé (o), frère du caf{(i), indique 80, eiie djîm (2) avec le point en bas désigne 3. Cela fait 683 ans^, ce qui nous mène vers la lin du vu'^ siècle. Or, comme le Fatémide ne parut pas à l'expiration de cette période, un de leurs sectateurs dévoués prétendit que cela était la date de l'année dans la- quelle il naquit, et que, par le mot apparition, il fallait entendre nais- sance. 11 ajouta que ce Fatémide se montrerait vers l'an 7 10, et qu'il serait l'imam dont l'apparition devait se faire du côté de l'Occident. Il dit aussi: « Puisqu'il doit naître l'an 683, s'il faut s'en rapporter à Ibn el-Arebi, il aura vingt-six ans lors de son apparition. « Il ajoute: « Et ces gens ont prétendu que la venue du Deddjal (l'Antéchrist) aura lieu l'an 7^3 du jour moltammédien; jour qui, selon eux, com- mencera à partir de celui de la mort du Prophète, et qui ne se p. 168. complétera qu'à l'expiration de mille ans. » Ibn Abi Ouatîl s'exprime ainsi dans son Commentaire sur le Klialâ 'n-JSâleïn: « Le ouéli attendu, le champion de la cause de Dieu, est celui que l'on désigne par les noms de Mohammed el-Mehdi et de sceau des saints. Il n'est pas un prophète, mais un saint [ouéli). C'est son esprit et son ami qui l'ont envoyé. Le Prophète a dit: Le savant est à son peuple ce qu'un prophète est à sa nation. Il a dit aussi: Les savants de mon peuple sont comme les D'IBN RHALDOUN.

195 prophèles des enfants d'Israël. On ne cessera d'annoncer la venue du Fatémide, depuis le commencement du jour mohammédien jusqu'à peu de temps avant l'an 5oo, qui est la moitié de ce jour. Les cheikhs ont continué à proclamer, avec un zèle toujours croissant, que l'heure de sa venue est proche, et que le temps de son apparition ne tardera pas à arriver. (Cette annonce s'est faite) sans interruption (depuis îa fm de la première moitié du jour mohammédien), jusqu'à notre épo- que. » Il dit ailleurs: « Selon El-Kindi', ce ouéli sera le même qui fera la prière du dohor^ à la tête du peuple; il renouvellera l'islamisme, déploiera sa justice, fera la conquête de la péninsule espagnole, et < s'avancera jusqu'à Rome. S'étant emparé de cette ville, il ira subju- guer l'Orient, se rendra maître de Constantinople et obtiendra l'em- pire de toute la terre. Les musulmans deviendront alors très-forts, fislamisme sera exalté, et la religion orthodoxe se manifestera avec éclat; car tout le temps qui sépare l'heure de la prière du dohor de celle de la prière de Yasr^ sera aussi un temps de prière. En effet, le Prophète a dit: L'intervalle entre ces deux (heures) «era an temps (de prière). El-Kindi a dit aussi: Les lettres de l'alphabet arabe, à l'exclusion de celles qui portent des points diacritiques, - — il s'agit ici des lettres isolées qui se voient en tète de plusieurs sourates du Coran, — ont pour valeur numérique le chiffre de 7^3, et (il y a de plus) sept (années) deddjaliennes*. Ensuite, Jésus descendra du ciel, à l'heure de la prière de l'a^r; la paix s'établira sur la terre, et la brebis marchera avec le loup. Les peuples non arabes, ayant été convertis à fislamisme par l'entremise de Jésus, formeront un royaume dont la durée sera de cent soixante ans, somme des valeurs numéri- ques attribuées aux lettres (isolées du Coran) qui portent des points diacritiques, et qui sont le caf[(i), le ya [is] et le noun (y). Le règne P. lOg, ' C'est le célèbre pliilosQphe de ce nom.

■* La partie du jour qui est entre midi et une heure s'appellr le dolior.

' L'rtsr commence au moment où les ombres sont deux fois pins longues que les objets qui les projettent; il se termine au coucher du soleil.

' Cela veut probablemeiil dire: pendant lesquelles le Djeddjal ou Anlcclirisl ré- gnera.

î5, 196 PROLEGOMENES de la justice, dans celle (période), sera de quarante ans. >< — «La parole du Prophète qui nous a été transmise, dit Ibn Abi Ouatîl, et qui esl conçue ainsi: // n'y a pas de Mehdi (de dirigé) excepté Jésus, cette parole signifie que personne ne sera aussi bien dirigé que Jésus. Selon quelques-uns, cette tradition doit s'entendre ainsi: Personne n'a parlé (étant enfant) au berceau [mehd)^, excepté Jésus; niais celle explication esl repoussée par plusieurs traditions, dont une est celle de Djoreïdj^. On lit dans le Sahih que le Prophète a dit: Celte auto- rité restera debout jusqu'à l'arrivée de l'heure (du jugement dernier), oh jusqu'à ce que douze khalifes aient gouverné les (musulmans), c'est-à-dire des khalifes coreïchides. Or ce qui a eu lieu montre qu'il y avait quatre de ces khalifes dans les premiers temps de fislamisme, et il y en aura d'autres vers sa fin. Le Prophète a dit: Le khalijat (durera) après moi trente (ans); ou, selon une autre version, trente et un; ou, selon une autre, trente-six. Donc il cessa d'exister sous El-Hacen (Gis d'Ali), et à fépoque où l'autorité de Moaouîa commençait. Aussi ce commencement d'autorité esl un khalifat, si Ton s'en lient à la signifi- cation primitive du mol*. Moaouia est donc le sixième de ces khalifes; Omar Ibn Abd el-Azîz en est le septième; les cinq autres se- ront des gens de la maison et de la postérité d'Ali. Cela trouve sa confirmation dans cette parole du Prophète (adressée à Ali): Ta en es le Zou 'l-Carneïn'^. Par le pronom en il voulait désigner le peuple (musulman). Cette tradition signifie: Tu es le khalife du premier (temps) de ce peuple, et ta postérité le sera dans le dernier (temps). Les personnes qui professent la doctrine du retour" se servent quel- ' Le mot hhalifa (khalife) dérive d'un verbe qui signifie suivre, succéder, rem- placer.

* Pour \.^Xijs, lisez "-i-*J>^ avec les niss. C et D et i'tdition de Boulac. Zcu 'l-Car- neïn signifie « le possesseur des deux cornes «.ou» des deux extrémités du monde. » Par ce surnom, on désigne ordinairement Alexandre le Grand.

' En arabe, (J^y Selon quelques mys- tiques, le monde reprendra son premier état quand une certaine période de temps sera écoulée, et tout ce qui s'y est déjà passé aura Heu de nouveau. (Voyez ci-de- vant, p. 192.)

D'IBN KHALDOUN.

197 quefois de celle Iradilion pour justifier leur opinion. Pour eux le premier (temps) ^ est celui qui sera indiqué par le fait que le soleil se lèvera du côté de l'occident. Le Prophète a dit aussi: Quand Kisra- périra, il n'y aura plus de Kisras, et quand Caïscr^ périra, il n'y aura plus de Caïsers. J'en jure par celui qui tient mon âme dans sa main! que tu dépenseras pour la cause de. Dieu les trésors de ces deux (rois). Or Omar Ibn el Khaltab dépensa les trésors de Kisra pour la cause de Dieu; el celui qui fera mourir Caïser et dépensera les trésors de ce roi pour la cause de Dieu sera le (Fatémide) attendu. Cela arrivera quand il prendra Conslanlinople. Quel excellent émir que cet émir! quelle excel- lente armée que cette armée! Telles fiu'ent les paroles du Prophète. El i> il (le Fatémide) (gouvernera pendant un bedâ (d'années). Ce mot bedâ signifie un nombre quelconque, depuis trois jusqu'à neuf, ou, selon d'autres, depuis trois jusqu'à dix. Dans d'autres versions de la même tradition on lit quarante et soixante et dix à la place de hedâ. Ce mot quarante indique le nombre d'années de son gouvernement, el de celui des quatre derniers khalifes de sa famille, lesquels maintiendront après lui l'autorité qu'il aura fondée. Que le.salut de Dieu soit sur eux tous! » Le même auteur dit ailleurs: « Les gens qui étudient les astres et les conjonctions (des planètes) ont déclaré que l'autorité du (Faté- mide) et des membres de sa famille qui lui succéderont doit durer cent cinquante-neuf ans. Cela étant ainsi, le khalifat et la justice fleu riront pendant quarante ans, ou bien pendant soixante et dix; en- suite fétat des choses subira des altérations, et le khalifat deviendra une souveraineté temporelle*. » Dans un autre endroit, Ibn Ouatîl dit: « Jésus accomplira sa descente au moment de la prière de l'aiT, lorsque trois quarts du jour mohammédien se seront passés. " Il dit ailleurs: « Yacoub Ibn Ishac el-Kindi déclare, dans son Kitab el-Djefr^, livre qui fait mention des conjonctions (des planètes), quà l'époque où la (grande) conjonction viendra s'eifectuer dans le (signe ' C'est-à-dire, Chosroès, le roi de Perse.

' C'est-à-dire, César, roi des Grecs.

* Pour cjlL., lisez IjCU.

* Voyez le ctiapilrc suivant.

170.

198 PROLEGOMENES