SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

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' Voyez ci-devant, page 160, noie 6. — ^ Les mots lj>Uc m] ^. sont de trop. — ' Voyez aussi Psaumes, lxxxix, i.

Prolégomènes. — ii. 27 210 PROLEGOMENES laquelle le doigt du milieu dépasse l'index. Donc l'espace de temps (que le Prophète a voulu indiquer) sera la moitié de la septième partie de la semaine entière, c'est-à-dire cinq cents ans. Cette appréciation a pour confirmation une parole du Prophète: Dieu, a-t-il dit, ne sera pas incapable de donner à ce peuple un répit d'une demi-journée. Il en résulte qu'avant l'établissement de la religion (musulmane] le monde avait duré six ' mille cinq cents ans. Ouehb Ibn Monebbeh lui donna cinq mille six cents ans, c'est-à-dire pour le temps déjà écoulé. Selon Kâb et Ouehb, la durée totale du monde sera de six mille ans. » Soheïli fait ici les observations suivantes: «Les deux traditions (ci- tées plus haut) ne justifient en aucune façon l'assertion (de Taberi), laquelle est, du reste, en opposition avec les faits accomplis. La seconde, savoir, que Dieu ne sera pas incapable de donner à ce peuple un répit d'une demi-journée, ne nous oblige pas à nier que Dieu pourra ' ajouter quelque temps de plus à cette demi-journée; et la première, savoir. J'ai été envoyé au moment où nous étions, moi et l'heure, comme ces deux, indique seulement la proximité (de la fin du monde et de l'époque de sa mission), et qu'il n'y aura entre son temps et la dernière heure du monde aucun autre prophète, aucune autre loi révélée que la sienne. » P. 181. Soheïli s'applique ensuite à déterminer la durée de la religion- par un autre moyen, dont l'exactitude ne pourra être constatée que par l'expérience. Il rassemble les lettres isolées qui se trouvent au commencement de plusieurs sourates du Coran, et en supprime celles qui ont déjà leurs représentatifs dans la liste. Il obtient ainsi quatorze lettres formant les groupes >«Ji, {Ja«««;;, o^j, ijj-»-, »jJ. Pre- nant ensuite les valeurs numériques qu'on donne à ces lettres dans le calcul appelé fiiçab el-djomel^, il obtient (en les additionnant) la ' Les deux éditions, tous les manus- Irouve pas dans la traduction persane de crits et la traduction turque portent *-«.<*• la Chronique, mais on sait que le tra- «cinq. » Voyez cependant une indication ducteur, Belami, n'adonné qu'un abrégé offerte par la Chronique de Tabari, traduite de l'original, du persan par M. Dubeux, vol. I, p. 3i. ^ Pour iso>.i!, lisez jiitl.

Le passage reproduit par Soheïli ne se ' Voyez la 1" partie, page 2/18.

D'IBN RHALDOUN.

211 somme de 908', somme qui indique le temps que la religion musul- mane doit durer, et qu'il faut ajouter aux milliers (d'années) écoulées'^ avant la mission de Mohammed. Il ajoute': « Il n'est pas impossible que telle ne soit la véritable portée et la signification de ces lettres. " A mon tour, je dis que ces paroles, Il n'est pas impossible, etc. ne nous obligent pas à regarder l'opinion de Soheïli comme probable, ni à l'accepter avec confiance. Il l'adopte en se fiant à l'histoire des fils d'Akhtab, telle qu'Ibn Ishac* l'a racontée dans son Kitab es-Sïer^. Ce furent deux docteurs juifs: l'un se nommait Abou Yacer, et l'autre Hoeï. Quand ils entendirent prononcer les lettres élif, lam, mim, ^t, ils pensèrent qu'elles indiquaient le temps que (le monde) devait du- rer, et, les ayant évaluées d'après le procédé du hiçab el-djomel, ils trouvèrent que la somme en était soixante et onze. Cet espace de temps leur paraissait très-court, et Hoeï alla demander au Prophète s'il restait encore des lettres, et obtint pour réponse élif, lam, mîm, sad, ijail. Il répéta sa demande, et le Prophète lui répondit: élif, lam, re, jJl. Ayant demandé encore, le Prophète lui dit: élif, lam, mim, ré, ^i. Ce dernier groupe de lettres représente le nombre 271.

Trouvant cette période trop longue, il s'adressa au Prophète en ces termes: «La chose que tu dis, o Mohammed! nous semble bien embrouillée; nous ne savons si le nombre que tu nous donnes est grand ou petit. » Les juifs s'éloignèrent alors, mais Abou Yacer leur dit: «Qu'en savons-nous? Peut-être nous a-t-il donné la somme de toutes ces lettres, c'est-à-dire 70^ ans. » Ibn Ishac fait observer que, à cette occasion, fut révélé le verset suivant: Parmi les versets [qui composent le Coran), les uns offrent an sens certain et servent de hase à ce livre. [Coran, sour. m, vers. 6.) Or cette anecdote ne prouve P. 182. nullement que la durée de la religion doive être évaluée d'après la signification numérique de ces lettres, car elles n'indiquent des nom- bres ni par leur nature propre, ni d'après des principes fondés sur la ' La bonne leçon est ijLjt«»j. ' Pour ^^txïX\,■ lisez (^ijull- ' Avant ûfj, insérez jli.

' Voyez la i" partie, pagn 5, note i. ' Voyez le Siret er-Hasoul, édition de M. VVùstenfeld, page rvv- 27.

212 PROLÉGOMÈNES raison, mais par un accord général et par un syslènne conventionnel que l'on a nommé hiçab el-djomel, système bien connu, il est vrai, de- p.uis un temps reculé; mais son ancienneté ne fait pas qu'il soit une preuve démonstrative. D'ailleurs, Abou Yacer et son frère Hoeï n'é- taient pas de ces liommes dont l'opinion puisse faire autorité en pa- reil cas; ils ne comptaient même pas au nombre des savants juifs, car leur tribu menait une vie nomade dans le Hidjaz, et ignorait non- seulement les sciences et les arts, mais aussi leur propre loi et les rè- gles de jurisprudence renfermées dans leur livre (le Pentateuque) et observées par ceux de leur race. Au reste, on est très-porté à recueil- lir des calculs de ce genre, ainsi que fait le vulgaire dans toutes les nations. Cette anecdote ne sert donc à rien pour ce que Soheïli vou- lait prouver.

Les prédictions qui regardent cbaque dynastie particulière de la nation musulmane ont pour base une tradition, considérée comme collective, et qu'Abou Dawoud a publiée comme provenant de Ho- deïfa Ibn el-Yeman'. Il la tenait de son précepteur, Mobammed Ibn Yahya ed-Dohli, qui l'avait apprise de Saîd Ibn Abi Meryem, qui l'avait reçue d'Abd Allah Ibn Ferroukb, qui l'avait obtenue d'Osama Ibn Zeïd el-Leïthi^, qui la tenait du fils de Cabîsa* et petit-fils de Doueïb, qui déclarait l'avoir entendu rapporter en ces termes par son père: « Hodeïfa Ibn el-Yeman a dit: Par Allah! je ne sais si mes com- pagnons ont oublié ou s'ils font semblant d'oublier; par Allah! de tous les chefs de révoltes qui paraîtront jusqu'à la fin du monde, et qui auront au moins trois cents partisans, le Prophète n'en a pas omis un seul: il les a désignés tous par leurs noms et les noms de leurs pères et les noms de leurs tribus. » Abou Dawoud ne fait aucune observation sur cette tradition, et nous avons déjà fait remarquer*' qu'il a dit dans son traité: « Tout ' Abou Abd Allah Hodeïfa Ibn el-Ye- ' Cabîsa, fils de Doueïb, mourut en nian, un des Compagnons du Prophcle, Syrie vers l'année 86 (706 de.I. C).

mourut à Medaïn lan 36 de l'hégire (656- ' Noire auleur allribue ici à Abou Da- 667 de J. C). woud une remarque faite par Soheïli. (Voy.

D'IBN KHALDOUN.

213 ce qui se trouve dans mon livre sans que j'y aie ajouté d'observation est de bon aloi. » Cette tradition peut être saine, mais elle est collective^, aussi, pour en développer le sens, il faut la confronter avec d'autres P. i83. traditions dont les isnads soient irréprocbables. Elle se rencontre, ailleurs que dans le Sonen (d'Aboii Dawoud), sous une forme dif- férente. Ainsi on la retrouve sous la forme suivante dans le Saliih d'El-Bokbari et dans celui de Moslem: Le Prophète, dit Hodeïfa, se tint debout au milieu de nous pour prêcher, et raconta ce qui devait arriver depuis lors jusqu'à la venue de la [dernière) heure [du monde), sans rien omettre. Les uns retinrent ses paroles, les autres les oublièrent, et ceux de ses Compagnons qui sont ici savent cela. Dans le texte donné par El-Bokhari on lit: // mentionna, sans rien omettre, ce qui devait arriver jusqu'à la venue de l'heure'^. Voici comment Termidi la donne dans son livre (de traditions), en l'attribuant à Abou Saîd el-Khodri ': L'envoyé de Dieu fil une fois la prière de /'asr à notre tête, pendant qu'il faisait encore jour'^; ensuite il se tint debout pour prêcher, et il nous ra- conta ce qui devait arriver jusqu'à la venue de la [dernière) heure, sans rien omettre. Les uns retinrent ses paroles; les autres les oublièrent. On a placé ces traditions parmi celles qui sont enregistrées dans le ^ahih sous le titre: Des Troubles et des Signes (qui annonceront l'ap- proche de la dernière heure). On ne pouvait les mettre ailleurs, car le législateur ne s'occupait que des questions ayant un intérêt géné- ral. L'addition offerte par un seul texte, celui qu'Abou Dawoud avait reçu par la voie qu'il a indiquée, est exceptionnelle et récusable. Ajoutez à cela que les docteurs (en traditions) ne sont pas d'accord sur le caractère des individus par la filière desquels on a reçu celle tradition. Selon Ibn Abi Meryam, les traditions rapportées par Ibn ' Dans une noie qui accompagnera le dernier chapitre de celle seconde partie, on trouvera l'explication de la plupart des termes techniques employés par les doc- teurs en traditions. Je les mels toujours en italiques.

' On voit par là que les mots depuis lors ont été omis par El-Bokhari. — ' Voyez ci-devant, page 170, note 1.

" Le temps dans lequel on peut faire la prière de Vasr commence ordinairement vers les trois heures et Unit une demi-heure après le coucher du soleil, au moment ou arrive l'heure de la prière du maghreli.

2i/i PROLÉGOMÈNES Ferroukh sont récusabtes et selon El-Bokhari, les unes sont admis- sibles et les autres récasahles. « Ses traditions ne sont pas de celles qu'on apprend par cœur, » dit Ibn Adi '. Quant à Osama Ibn Zeïd, bien que les auteurs des deux Sahîhs aient reproduit des traditions rapportées par lui et qu'Ibn Maîn l'ait déclaré digne de coniiance, El- Bokliari ne les donne jamais que comme simples témoignages^. Yabya Ibn Said^ et Ahmed Ibn Hanbel ont déclaré son autorité Irès- laible. Abou Halem* mettait par écrit les traditions d'Ibn Ferroukh, mais ne les prenait jamais pour motiver ses décisions. Le fils de Ca- P. i8.'i. biça Ibn Doueïb est un personnage inconnu. Pour ces raisons, la phrase ajoutée à la tradition rapportée par Abou Dawoud est d'une authenticité très-suspecte; d'ailleurs elle est exceptionnelle, ainsi que nous venons de le faire remarquer.

Les prédictions qui concernent chaque dynastie particulière s'ap- puient ordinairement sur des textes du Djefr, livre qui, à ce qu'on prétend, renferme toutes les connaissances qui se rapportent à cette matière et qui proviennent, soit d'anciennes traditions, soit d'indications astrologiques. On ne dit rien de plus à ce sujet; on ne connaît ni l'original du livre ni les autorités sur lesquelles il s'ap- puie ^ mais j'en indiquerai, moi, l'origine. Haroun Ibn Saîd el- Eïdjli, chef de la secte des Zeïdiya, possédait un livre dont il disait avoir appris le contenu de Djâfer es-Sadec (le sixième imam), et qui faisait savoir tout ce qui devait arriver aux gens de la maison (les des- cendants de Mohammed) en général, et à quelques individus parmi eux en particulier. Djàfer et autres grands personnages de sa famille ' Voyez ci-devant, page 17a. distingué par son érudition ou sa piété, et ' En droit musulman, un seul témoi- l'exactitude de ses connaissances au sujet gnage ne vaut rien; il doit être appuyé par des personnes qui avaient rapporté des un second. Il paraît qu'EUBokhari appli- traditions. Une partie des traditions qu'il qua ce principe aux traditions rapportées enseignail lui êlaienl venues de Djafer es- par Osaraa. Sadec et de l'imam Malek. Il mourut l'an ' Il y avait trois docteurs de ce nom, 198 (8i3-8i/i de J. C). mais je crois qu'il s'agit ici de celui qui '' Voyez ci-devrint, page i64, note 8.

portait le surnom d'El-Caltan et qui s'était ' Littéral. « ni l'original, ni la base. • D'IBN KHALDOUN.

215 avaient obtenu ces connaissances par une faveur spéciale de Dieu et par la voie de la révélation, grâce qui s'accordait facilement à des ouélis (saints) comme eux. (Ces prédictions) étaient écrites sur la peau d'un petit taureau, laquelle restait toujours en la possession de Djâfer. Haroun el-Eïdjli répéta ces indications sur l'autorité de Djâfer, et les inscrivit dans un volume qu'il intitula El-Djefr, d'après le nom donné à la peau dont il avait copié le contenu. Le mot djefr, en langue arabe, signifie petit. Dès lors ce terme fut employé par les chîïtes pour désigner le livre en question. Dans ce volume se trouvaient des commentaires sur certains passages du Coran, et l'ex- plication du sens caché qu'ils renfermaient; ces éclaircissements étaient très-singuliers et se donnaient sur l'autorité de Djâfer es-Sadcc. Il y a une lacune dans la série des traditionnistes qui se sont transmis le contenu du Djefr, et personne ne sait où est le volume original. On n'en cite que des passages détacbés dont on essaye de tirer des in- dications sur l'avenir, et dont rien ne garantit l'authenticité. Si l'on pouvait faire remonter ces passages par une filière non interrompue jusqu'à Djâfer, ou même à un membre de sa famille, on aurait des renseignements d'une grande autorité, vu le caractère personnel de ces hommes, auxquels Dieu avait donné des marques spéciales de sa faveur. On sait positivement que Djâfer annonça d'avance à quel- P. i85. ques-uns de ses parents certaines choses qui, en effet, leur arrivèrent ainsi qu'il l'avait dit. 11 prédit à son cousin Yahya Ibn Zeïd qu'il al- lait se faire tuer; mais celui-ci n'eut aucun égard à l'avertissement. On sait qu'il se mit en révolte (contre le khalife), et perdit la vie à Djouzdjan'. Or, puisque d'autres personnages que les (descendants de Mohammed) ont reçu de Dieu la grâce de faire des choses surnatu- relles, que ne devons-nous pas penser de ceux-ci? On connaît leur savoir et leur piété; on sait qu'un reste de fesprit prophétique se trouvait chez eux, et que Dieu leur avait accordé sa faveur toute spé- ciale, faveur qu'il montra toujours à la noble souche (de leur famille), Voyez la i" partie, p. ^07.

216 PROLÉGOMÈNES et qui témoigne encore de l'excellence des branches qui en sont sorties.

Les gens de la maison ont rapporté beaucoup d'autres prédictions, sans toutefois les donner comme extraites du Djefr. L'histoire des Obeïdites (Fatémides) en offre de nombreux exemples. Voyez ce que raconte Ibn er-I\ekik' au sujet de la rencontre qui eut lieu entre Abou Abd Allah, le partisan du Mehdi Obeïd Allah, et Mohammed el-Habîb, père du Mehdi", et de leur entretien avec lui^. Ils envoyèrent Abou Abd Allah à Ibn Haucheb, leur missionnaire dans leYémen, et celui-ci, sachant de science certaine que les Fatémides établiraient leur em- pire dans le Maghreb, ordonna à cet homme de partir pour ce pays, afin d'y répandre les semences de la doctrine (chîïte). Lorsque Obeïd Allah eut achevé de bâti-r la ville d'EI-Mehdiya, après avoir fondé un puissant empire en Ifrîkiya, il dit ces paroles: «J'ai construit cette forteresse afin que les enfants de Fatéma puissent s'y réfugier un jour pendant l'espace d'une heure. » Il leur montra alors un endroit aux environs de la ville, en disant que l'homme à l'âne^ s'arrêterait là. Son petit-fils, Ismaïl el-Mansour, connaissail cette prédiction; aussi, quand il se vit assiégé dans El-Mehdiya par Abou Yezîd, l'homme à l'âne, il demandait régulièrement jusqu'où ce chef s'était avancé.

Quand il sut qu'Abou Yezîd était parvenu jusqu'à l'endroit désigné par Obeïd Allah, il eut la certitude de remporter la victoire. Il sortit alors pour combattre l'armée ennemie, la mit en pleine déroute et poursuivit Abou Yezîd jusqu'à la province du Zab, où il le fit pri- sonnier et lui ôta la vie. On raconte des Fatémides beaucoup d'anec- dotes semblables.

' Voyez la i" partie, p. 7, note 2. ' Tel fut ie sobriquet que l'on donnait ' Nous ne possédons pas l'ouvrage d'Ibn à Al;ou Yezîd, l'ennemi le plus acharné er-Rekîk, etaucun autre historien, aulanl delà dynastie des Fatémides. En effet, sa que je sache, ne parle de cette conférence. monture ordinaire était un âne. Notre au- (Voyez, pour l'histoire des Fatémides, l'in- leur raconte les aventures de ce chef dans troduction à ['Histoire fies Druzes de M. de son Histoire des Berbers, I. II el III de la Sacy, et l'appendice au tome II de VHis- traduction française. taire des Berbers.)

D'IBN KHALDOUN. 217 Clicz les asliologucs, les précliclions qui conceinenl les dynasties s'appuient sur des jugements dérivés de l'inspection des astres. Les prédictions touchant les choses d'un intérêt général, comme, par P. i8(i. exemple, l'avenir des empires et des dynasties, se tirent des conjonc- tions planétaires et surtout de celle des deux planètes supérieures, Sa- turne et Jupiter. Une conjonction de ces astres a lieu une fois tous les vingt ans; puis elle se reproduit dans le même trigone, mais dans un signe qui est en trine dexter '. Ensuite elle reparaît dans un autre (signe du trigone), et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle se présente douze (ois successivement dans le même trigone. Après avoir mis soixante ans à se montrer dans les signes qui composent le trigone, elle les parcourt de nouveau dans le même espace de temps; puis elle s'y montre encore une troisième et une quatrième fois. C'est ainsi qu'elle met deux cent quarante ans pour paraître douze fois dans le même trigone et se montrer quatre fois dans chaque signe du trigone. En se transpor- tant d'un signe à une autre, elle se dirige vers le trine aspect dexter^, et passe au trigone suivant, c'est-à-dire dans le signe qui touche im- médiatement au dernier signe du trigone dans lequel elle s'était présentée d'abord. Telles sont les conjonctions des deux planètes supé- rieures. On les distingue en trois classes: les grandes conjonctions, les petites et les moyennes. Une grande conjonction, c'est le retour simultané des deux planètes supérieures au même degré (d'un même signe) 'du zodiaque, (ce qui arrive) à l'expiration de neuf cent soixante ans. Une conjonction moyenne est la réunion de ces pla- nètes dans chaque trigone, ce qui a lieu douze fois (de suite) dans l'espace de deux cent quarante ans, puis elle se reproduit dans un autre trigone. Une petite conjonction se produit quand les mêmes planètes, après s'être réunies dans un même signe, se montrent en- ' Chez les astrologues il y avait quatre du zodiaque. F^e trine sinisler est celui donl Irigones ou Iriplicités, dont chacun se com- les degrés se comptent en suivant l'ordre posait de trois signes du zodiaque, éloi- des signes; le Iriite dexter en est le congnés de cent vingt degrés l'un de l'autre. traire.

Lo trine ou trine aspect, c'est quand une ' C'est-à-dire, contrairement à l'ordre planète est éloignée d'un asire du tiers des signes.

Prolégomènes. — ii. l8 218 PROLÉGOMÈNES semble, vingt ans plus tard, dans un autre signe en trine dexter, et au même degré et ^ à la même minute que dans le signe précédent. Ainsi, par exemple, si la conjonction a lieu dans la première minute du Bélier, vingt ans plus tard elle aura lieu dans la première minute du Sagittaire, et, après l'expiration d'une autre vingtaine d'années, P. 187. elle se fera dans la première minute^ du Lion. Tous ces signes sont de nature ignée. Voilà en quoi consiste une petite conjonction. Soixante ans plus lard, elle se répète dans la première (minute) du Bélier. Cela .s'appelle la révolution, ou le retour de la conjonction^. Après l'expira- tion de deux cent quarante ans, la conjonction ne se tait plus dans les signes ignés, mais dans les signes terrestres, parce que ceux-ci sont pla- cés immédiatement après les ignés. Voilà la conjonction moyenne. Les conjonctions vont ensuite s'opérer dans les signes aériens, puis dans les signes aqueux; puis, à l'expiration de neuf cent soixante ans, elles reparaissent dans la première (minute) du Bélier. Voilà la grande conjonction. Elle indique l'arrivée de grandes choses, telles que les changements de religions ou de dynasties, et le transport de la souve- raineté *.d'un peuple à un autre. La conjonction moyenne annonce fapparition de conquérants et d'hommes qui aspirent à la souverai- neté. La petite indique l'apparition de rebelles, de fondateurs de sectes, et la dévastation de villes ou de pays. Dans les intervalles de ces conjonctions ont lieu celles des deux planètes malheureuses''. Elles se produisent une lois tous les trente ans dans le signe du Can- cer, celui que l'on nomme le quatrième '^.Qe signe est l'horoscope de l'univers. Quand Saturne s'y trouve, cette planète est en possession de toute son influence malfaisante, et c'est dans le même signe qu'a lieu la déjection ^ de Mars. Aussi cette conjonction ofPre-t-elle une ' Je lis « « et » à la place de «1 « ou. » les désigne, en arabe, par le leriDe (jL~^ ^ Dans le texte arabe il faut lire Jjt j '' les deux malheurs. » Dans les traités d'ast\-.i'i ^^ >J'^^- Irologie écrits en français, on les noitime Les mots tvnj. doivent se placer après yiiifortuné majeur eiïiii/orluiw mineur. (jlyUl.iytj. " I,e Cancer est, en effet, lequatrième ' Pour iUl, lisez ciUll. signe du zodiaque.

^ Ces planètes sont Saturne et Mars. On ' Les astrologues disent d'une planète D'IBN RHALDOUN.

219 forte indication de troubles (qui vont arriver), de guerres, d'eiFusion du sang, d'apparition de rebelles, de mouvements de corps d'armée, de révolte des troupes, de peste et de disette.

Ces malbeurs persistent ou cessent selon le plus ou moins de bonheur ou d'infortune qui existe au moment de la conjonction, et selon la quantité de la clireclioa que le signi/îcaleur aura reçue'. Djerach Ibn Ahmed le calcvdateur a dit, dans l'ouvrage qu'il com- posa pour Nizam el-Molk ^: « Quand Mars est rentré dans le signe du Scorpion, il exerce une grande influence sur la nation musulmane parce que ce signe en est le significateur. La naissance du Prophète eut Heu lors de la conjonction des deux planètes supérieures^ dans le Scorpion, et, chaque fois que Mars y est entré, il y a eu des révoltes contre les khalifes et une grande mortalité parmi les savants et les qu'elle est dans son exaltation ou dignité {i_jv^) quand elle occupe, dans le zo- diaque, une position telle qu'elle puisse exercer toule son influence, et qu'elle est dans ia déjection ou chute (J^JL- ou J»»**) quand elle est dans un signe où son in- fluence est la moindre possible.

' Le signijicateur esl[a planète qui lient le premier lieu dans le zodiaque selon l'or- dre des signes, et le pivmissew (^cy.«), ce- lui qui y lient le second lieu. Dans les opé- rations astrologiques on se trouvait quel- quefois obligé de transporter l'influence du significateur au proraisseur, et vice versa, ce qui nécessitait l'emploi des ma- thématiques et de longs calculs. Selon De- lambre {Histoire de l' Astronomie du moyen âge, p. 489), « (ifnjfer signifie chercher l'arc de l'équateur qui ( par le mouvement de la sphère, pendant que le promisseur sera transféré à la position du significateur) pas- sera par le méridien ou par l'horizon, s'il est dans un de ces cercles, ou par le cercle de position du signijicateur s'il dé- cline de l'un de ces angles. » Ce savant y donne la solution de plusieurs problèmes relatifs à la direction du significateur, en re- connaissant que celui dont il s'agit ici est assez compliqué. L'astrologue Morin avait donc raison quand il disait dans son As- trologia gallica, en parlant de la théorie des directions: • Materia totius aslrologioe prse- «oipua, sed diflicillima, caligine obducla « et spinis horrenda. a II ajoute: ■> Dircclio « niliil aliud est quam movere sphaeram « donec locus secundus, hoc est promis- »sor, traclucatur ad situm primi, sive si- «■ gnificatoris. i II dit ailleurs: « Direclio « est motus primi mobilis quo significator « traducitur ad situm promissoris, aul • contra, quod verius est. » Voici la délini- 0 tion de Cardan: Direclio est deductio iiejus quoil est in potestate per significa- > lorem et promissorem ad actum per solis « vim. » ' Nizam el-Molk, vizir de MalekChah, le sultan seidjoukide, fut assassiné l'an à8b de l'hégire (1092 de J. C).

' Selon le traducteur turc Péri-Zadé, ces planètes sont Jupiter et Mars.

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