SigPhi · Leibniz

Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal

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W LA LlBEKTE DB L^HoMMC II. VxVi. „ vismorbinonappareat, nUiilominusfuturuinlît. „ Ita fit ut commuiatio ex vero in falfum, ne ia „ futuro quîili:m ulia ticii polTii:. Ciceron fait eembrendre que Chryfifpt ft irouvoit fou-vent emèif Tajfs d»ni cette Aiffute, f^ilne s'en faut pas étenntrt car le parti qu'il avait prii n'était peint lié avec fan Dogme de lit defliaée, ^ s'il eût fàoHs'Heâtoférai' -for.ner confequemment, il tut ahptéde benereurtùH' te ri/fpûihefe de Diodore. On a pu -voir ci-dtffui que la liberté qu'il donnait à l'Ame, f^fa comparaifon du cylindre n'empêchaient pas qu'au fond tous lei aâes dt la -volanié humaine ne fujjent des fuiteiinévitaèlis du Deflin, d^eu il refultt que tout ce qui n'arrivtfas eji impaffhlt, qu'il n'y a ritn dt pojjible que ti qui ft fait aSuellement. Flutarque [de Stoïcor, repugn. pag- lOfî- lOf^-^leiatenruine, tantfureela, qut fitr fa difpute avec Diodore, ^ lui foutitnt que fon ûfinionde la pajfièilité efl tout- à-fait oppoféeàUdoe- trine du tatum. Rtmarquex.qsteîes plus illuflrei Stoï- ciens avaient écrit fureettematiere fans fuivre la mi- Arrien [inEpidl.lib.i.c.ig.p, m. léô.} tu a nommé quatre f qui font Chryjîppe, Cleanthe, * Arehidemi ^ Antsfattr. Il témoigne un grand mi- fritpoureiutdiffiut, i^Hiufullàtfat^uiM.Mi' nagt l» eitmt eainme ua EerivMinqm0VMfarlé[â- unir KononËce apnd Arrianum Mcnag.iaLaeit.IJ 7. p. ^+1^ [_lionoraMement de l'ouvrage Je Chryfîfp» a-ifi JVkcIûIj, car apurement ces paroles, yiyf»^" ^ KKi Xfûs-ia^'^ àitvp,«çùii Êtc, dchiirebusmirafcri- plît Clu-ylippus &c, ne font point en ce lieu-là un élo- ge. Ctla parait far ce qui précède ^ parce quifuit. De^s d'Halicarnaffe [de collocac. vcrbor. c. 17. p. m. 1 1.3 fait mention de deux Traitez, de Chryfipftt tùfous un titre qui pnmettoit d'auiret chofes, on «- voit iattu éien du faù fur Us ttrru dit Legicinu. L'Ouvrage était intituU xifi nrrifytii rSt tS Ai'/H/Afpw, de paitium orationis collocatioDc, tif Dt traittit qn» des frofojîthiu vraitj t^faitffii, pffi- 70 Essais sur la Bonté' de Dihu,' .iUt ^itnpoff&Us, cctitingemu, amb'tguïi Sec. m«- titri que net Sehelaftiquii ont bien rebattue £^ tien ^^nmtejfentiée. HittK. que Chryjifpe reconnut que tei e/rofit faffees iloit«t lecejfitirement •veritailej, cfqut Cleanihe n'uvett ptint vohIi* mdmettre. [Arrlan. ubi lupra p. m. i^j*.] '0« tô» Si waftJatT-iiiii «c^vS-is Ktxyx.icut iVi xttiâxif il Tifî KAm^^i ^irâ-tet AiSiri. Non omnc prxtcntum ex necefTitate vc- rum cft, ut illi c]ui Cleantliem fequunter fentiunr. JJiSMj a-Loni VII [pag. f6i. col. i.] (i-JcJfus qu'on » prétendu qu'j^éel.iril enfei^uoit une lioBrine quirejfem- bUkcelteiieDiodore. Joeroi que les Sloïciens l'engagé- rent à donner fins d' étendu Vf ux cl:oft s pojjièlts, qu'aux chofes futures, nfin d'adoucir lei co'ifequtnces odieu/et itffreufes que l'on tiroil de leur dogme de la fatalité. 11 paroic àiYcz ^\ae Ciceron écrivant à Varronce qu'on vient de copier (lib 9, Ep, 4. adtâmiliar.)ne comprenoit pas alica la conrequcncc de l'opinion de Diodore, puis qu'il!a ftouvoit préférable. li rcprefente allci bien les opinions de* Auteari dant l'on Livre de fato, mais c'câ dommage qu'il n'a pas toujours ajouté les tairons dont ils Icfcrvoîent. Plutarquc dans Ion Traité des contradiâions des Stoïciens & M. Bayles'éroniicnti^ueChrylippcn'é- toit pas du lèmimcnt de Diodoïc, puisqu'il fa- vorifc la lùtalité. Mais Chrylàppe, 8c même Ton maître Clcantlie étoient là tlellUs plus raifonnables qu'on ne penlè. On le verra ci dcfibus. C'ed une qucffiiHi, lî le paflc çft plus neccflàirc que le fu- tur. Cleanifwaété de ce fentiment: On objeûe 'qu'il eft DcceDàire tx fyfatb^ qtte le fbtur arrive, comme il eft neceflàire tx hyfothefi «pie le paffiS loit arrivé. Mais il y a cette diffcrence qu'il n'cft point poflible d'agir fur l'état pafle, c'eft une contradiélion i mais il eft pofTible de foire (juciquc effet lur l'avenir: cependant lancceiritchypotheti- que de l'un Se de l'autre eit la mêmci l'un ne peut pas ET LA Ltberte'de l'Homme.II. Par. 71 pis iîtrc changé, l'autre ne le lèra pas: Se cela pofc il ne pourra pis être changé non plus.

1 7 p, Le firacux t'ietre Abekrd a été d'un feoti- ment appochant de celui de Uiodore, lorsqu'il a dit que Dieu ne peut feire que ce qu'il feit. C'étoit la noilième des quatorze propolitions tirées de Cet Ouvrages, qu'on cenfura dans le Concile dd Sens. Ou l'avoit tirée de Ton troifiêaie Livre de l'Introduc- tionà la Theologici où iltraltepardculierementdc . la puillance de Dieu. La raifon qu'il en donnolt, «toit que Dieu ne peut Élire que ce qn'il veuE, or il ne peut pas vouloir faire autre cholèquecc qu'il fairi parcequ'il eft neceflàirc qu'il veuille touc ce qui cil convenable, d'où il s'enfuit que tout ce qu'il ne fait pas n'eft pas convenable, qu'il ne peut pas le vouloir faire, & par confequent qu'il ne peut pasie faire. Abelard avoué lui-nièmeque cette opi- nion lui eft particulière, que prefquc perfonne n'efl de ce lèntimenc. i^u'elle fcmbie contraire à la doc- ^trine des Saints & a la Raifon, Ec déroger à la gran- ^ur de Dieu II paroit que cet Auteur avoit un peu trop de pencliaot à parler & à penfer autre- ment que les autrei. Car dans le fond, ce n'étoic qu'une logomachie, ilchangeoltl'ulàgedes termes. La puiflànce & la volonté lont des tacultez diffé- rentes, Se dont lesobjetslbntditFerens aulTiic'eft les confondre que dédire que Dieu ne peut tàîre que ce qu'il veut. Tout au contraire, encre plulîcurspos- libles il ne veutquecequ'iltrouveie meilleur. Car on contldere tous Icspoiiiblescommelesobjctsdeiïi puillance, mais on conlîdere les choies afluellcs & cxilUntcs comme les objets de la volonté decretoire. Abeiard l'a reconnu lui-même: I| & &it cette ob- jeifiioa: Un reprouvé peut être fiuvé, mais il ne le lâuroitêtreque Dieu neleiàuve. Dieupeutdonc e iâuver, Et par confequcnt faire quelque chofc qu'il ne làit pas. lly répondquel'oopeurbiendirc que cet homme peut être fauve par rapport à tapofy« Essais sus i.a Bonté' de Dieq» ' £bilîtédc k nature humaine, ^ui cft ca[»blcdu&-' luCi mais que l'on ne peuE pas dire que Dieu pentle ûuver par rapport à Dieu même. parce qu'il cft ùnpoffible que Dicii fafle ce qu'il ne doit pas 6îrc> Mais puisqu'il avoue qu'on peut fort biendireenua icns, abrolument parlant^ métrant à partlaTuppo» lîtion de la réprobation, qu'untelquieil repiouvét g tut être l'auvci & qu'aioli fouvent ce que Dieu ne itpas, peut être iài[i ilpouvoit dtMic parler com- me les autres qui ne l'entendent pasautrcment, quand ils dilcnt que Ditu peut Tauvcr cet tomme, & qu'il peut faire ce qu'il nctiirpas.

Il k-mblcqucla prétendue nccelîité de Wî- clef, cundamiitic par k Concile de Conftance, ne vient quedeccniC-me mal-entendu. Jecrois que les habiles gens font ton à la vérité & à eux-mêmeSi lorsqu'ils atTeâent d'employer iàns fujct desexpres- lions nouvelles & choquantes. Dcnos jours, le ta- mcax M. Hobbes a Ibutenu cette même opinion, que ce quin'arrive point eftimpolIiUe. Illa prou- ve, paicequ'il n'airîve jamais que toutes lescondi- tions reimucs i une chofequi n'exiflera point rei non î-iUmxreqm/itu) le trouvciw cnfemble, or lacholêne fauroit eïifler ûnsccla. Mais qui ne voit que cela ne prouve qu'une impofliblité hypothéti- que j Il eft vrai qu'une chofeneûuroitcsilter quand une condition requilè y manque. Mais comme nous prétendons pouvoir dire que la cholè peut exiller, quoiqu'elle n'exiflc pas, nous prétendons de même pouvoir dire que les conditions requilès f cuvent cxiftcr, quoiqu'elles n'exiftent point. Ainfî aigument de M. Hobbes laiflê la chofc oiieile eft-. Cette opinion qu'on a eue de T. Hobbes, qu'il cn- fcignoit une neceffité abfoluè" de toutes choies, l'a fort décrie, €*■ bi auroit fairdutort, quand même c'eût été fonuniqueerreur.

Spinolàeftalléplus loin, il paioit avoir ect- ici£;acexpicilëmeat uoe ncccûité anu^ > ajnnt ET LA Liberté' DE l'Homme; II. Par. 7;' refufé l'cQtendeinenr & la volonté àl'Auteiïr des ■ cho&si 3c s'imaginant que le bien Se la perfeâion n'ont rapport qi^à nous, £c non pas à lui. 11 eft vrai que le iëntimcnt de Spinoû Tur ce fujet a quel- que choie d'obicur. Car il donne la penfce à Dieu, après lui avoir ôté l'entendement, eagltatiênem non inteliecium concedit Deo. Il y a m Aie des endroits» oii il £ë radoucit furlepointdelanccellué. Cepen- dant, autantqu'onlcpeutcomprendre, ilncrecon- noit point de bonté en Dieu à proprement parier, 8c il enlèîe^ que toutes les clioJi.'s exillent par!a necefTité de la nature Divine, iàns que Dieu fâllè aucun choix. Nous ne nouEamuièronspasiciàre- fiiter un iëntimcnt mauvais fie mëmcfi inexplica- ble. Et le nôtre cft établi furlanature despofliblesî c'ell-à-dïrc des choies qui n'impliquent point de concradidion. Je ne crois point qu'un Spinofiftc dife que cous les Romans qu'on peut imaginer, exî- ftcnt réellement à prelênt, ouontcxiîlc, ouexifte- rontencore dans quelque endroit de l'Univers; ce- pendant on ne fauroit nier que des Romans, comme ceux de Madcraoiiclle de Scudcry, ou comme roâavîa, ne foient pofîibles. Oppofons-iui donc, ces paroles de M. Baylc, qui font alîea à mon gré p. îpo. C'efl aujourd'hui (dit-il) un grand emèar- ras four les Spinofifles, que île ■voir que félon leur hypothefe il a été aujfi imfojfible de toute éternité qua ■ Spinofu par exemple ne mourût fai k la Haie, qu'il ejl impo0le que deux ^ deux jcitnt fix. Ùi fea- itnt bien que c*ejl une confequtnce neceffaire de leur JoSrme, ^wie eenfequence quireiate, quïe^arou- cht, qui fiuUve /« tjfrits par l'aéfurdité qu'elle ren- ferme, diamétralement oppo/ée au fins commua. Ils ne font pas éien-aifes que l'on fâche qu'ili renverftnt une maxime aujft univerfelie ^ auf}! évidente qM celle-ci: Tout ce qui implique contradiHion êfi ira- foffible, ^ tout ce qui n'implique feint eeatradi^aa. 0 pcJ^èU.

Tem.Ili D 174.0a 74 Essais fua la Bonté' de Diev, 174. On peucdirede M. Bayle: Uèïème, nt- tno mtliîu, quoiqu'on ne puiilè pas dire de lui, ce q^u'oQ difoit d'OrigCDC, uèi maie, neme pijh, J'aujoutcrai feulement que ce qu'on vient de mar- quer comme une maxime, eil même la définition du pi)jfil>leif.àci'mfo0le. CcpendantM. Bayley joint ici un liiv la fin qui gâte un peu ce qu'il a dit avec tant de raifon. Or »Htllt contrU' diBim y awoit'il m et que spmtfit fireit mort à Ltideî U naiurnfumt-elUétémmtpinfait», mmt fuijfantt î II confond ici ce qui cft impofCble, parcequ'il implique contradiâion, avec ce qui ne iauToit arriver, parcequ'il n'efl pas propre à être choili. il elt vrai qu'il n'y auroit point eu de con- tradiâion. dans la iuppolition que Spinofa fût mort à Leide, & non pas à la Haie, il n'y a- voit rien de fi pod'iblc: la chofc étoit donc indif- férente par rapport à la puilîànce de Dieu. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'aucun événement, quelque petit qu'il ibit, puille être conçu com- me indiHereot par rapport à fa Ageûè 6c à là bonté. Jcfus-Chrid a dit divinement bien, que tout cft compté jufqu'aux cheveux de notre tète. Ainfi la fageiTc de Dieu ne pcrmettoit pas que cet événement dont M. Bayle parle, arrivât autre- ment qu'il n'eft arrivé; non pas comme fipar lui- même il eût mérité davantage d'être choili, mais à caufe de là liai&n avec cette fuite entière de i'Unifcrs qui a mérité d'êttc préférée. Dire que ce qui eH arrivé n'înterreflbit point la ^geife de Dieu, & en in&rer ou'ii n'eft donc pas ncccs- &ire j c'eft luppolèr niux Se en int^erer mal une conclufion véritable. C'eft confondre ce qui eil neceflâire par une neceflité morale, c'eft-à-dire par le principe de la Sageffe & de la Bonté, avec ce qui r eft par une neceflité metaphyfiquc & brute, qui a lieu lorique le contraire implique contradic- iiHi. Aufli Spinoâcherchoit-il une ateeffné me- - ' ' tapby£quc etlaLiberte'del'Homme.II. Par. 7jr t^hylîque dans les évenemcns, il ne croyoit pu que Dieu f3t détermine par ià bonté & par Ë pcr» »âion, (que cet Auteur traitoît de chimères par rapport à l'Univers) mais par la HecefTité de fa na- ture; comme le dcmi-ccrclc ell obligé de ne com- prendre que des angles droits, fans en avoir ni h connoîlFancc, ni la volonté. Car Euclide a mon- tré que tous les angles compris par deux lignes droites, tirées des extrémités du diamètre vers un iiûiutdu cercle, Ibnt neccflàirement droits. &que c contraire implique contradiâion.

t7f. IL y a des gens qui font âllcz i Tautre ex- trémité. Se lôus prétexte d'aE&anchir la naniredi- vine du joug de la necclTité, ils l'ont roulu rendre tout-à-fait indifférente d'une indifférence d'équili- bre: ne confiderant point qu'autant que la neces- fité métaphyli(jue eft abJurde par rapport aux ac- tions de Dieu ad extra, autant k neceflîté mo- rale cft digne de lui. C.cft une hcurcufc néces- fité qui oblige le Sage à bien faire, au lieu que l'indiSerence par rapport au bien & au mal, lê- roit la marque d'un défaut de bonté ou de (âgeflê. Outre que l'indifférence en elle-même qui tien» droit la volonté dans un parfeit équilibre, icroic une cbimerc comme il a été montré ci-deffos: Elle choqueroit le grand principe de la railbn déter- minante.

Ceux qui croient qtie Dieu a établi le bien 8c le mal par un décret arbitraire, tombent dans ce fentiment étrange d'une pure indifférence; 8c dans d'autres ablûrdités encore plus étranges; ils lui ôtent le titre de bon. Car quel fujet pourroit- on avoir de le louer de ce qu'ila fait, s'ii avoir iait également bien en feifant toute autre chofe } & je me fuisétonné bien fouveni que pluiîeurs Théolo- giens Supi;ilaplâires > comme'par exemple Samuel Ketorfort Profefleur en 1 héologie en t^coHe, qur a, écr^ longue les cmuavafys avec ks Rctfion- 7<î Essais sur la Bonté' de Dieu," trans étoienr le plu$ en vogue, on: pu donner dans une fi étrange penfée. RetorforC (dans Ton Exer- citatioa apebgctique pour h grâce ) die poJitive- meat que rien a'cA injufie ou moralement maurais par rapport  Dkii, 8ca?aot là défend: aï&lî'iàos cette défelilè il &foit iodi&rcnt d'af&âînec ou ds iàuver un homme, d'aimer Dieu ou de le liair, de le louer ou de le blafphêmcr.

li n'y a rien dcli déraifonnabîe: & Ibît qu'on enfeigncque Dicua éUoU le bicnK le mal dan-i une loi polîtivc; foit qu'on foutienue qu'il y a quelque choie de bon & de jullc antecedcmnicnt à Ibn dé- cret, mais qu'il n'eft pas déterminé à s'y confor- mer, 8c que rien ne l'empéched'agirinjufïeiuentt £c de damner peut-être des ianocens, l'on dit à ^euprèslamêaiecholè, Stonledeshonoreprelgue egidement. Car lî lajufiicea été établie arbitrai- rement Se iàns aucua lujet, lî Dieu yelt tombé par une elpece de hazard, - comme lorsqu'on tire au iôrt i ta bonté & là fàgeflë n'y parotllènt pas, fie il n'y a rien aufliqui l'y attache. Et lïc'eftpar un décret purement arbitraire, fans aucune railbn, qu'il a établi ou fait ce que nous appelions!a jufti- ce &. la bonté; i! les peut défeire ou en changer la nature, de forte qu'on n'a aucun fujet de fc pro- mettre qu'il le» obfervera toujours i comme on peut dire qu'il fera, lorsqu'on fuppofe qu'elles font fon- dées en raifons. Il en lèroit de même à peu près lî iàjuftice étoit différente delà nAtrei c'eft-à-dirc s'il etoit écrit (par exemple) dans 6m code, qu'il cil; jufte de rendre des tnnocens éterncUemoïC mal- lieureux. Suivant cesprtncipes> ricnauffi ii'obUgfr< roit Dieu de garder là parole, ou' nous afiîire- Toit de fon efïet. Car pourquoi la loi de la jufti- cc, qui porte que les promeflbs raifinmables doi- vent être gardées, fcroit-clle plus inrîolable à Soa égard, que touteslesautres?

Tfiw cet <liismes> ganqu'us peu dif- Saaa ferens entr'eux, favoir i. que la nature de la ya&ice eft arbitraire, 2. qn'ellecilfixc, nuis qu'il n'ellças iûr que Dieu l'oblervci 8c enfin 3. que la jufttce que nous connoiffons n'eft pas celle qu'il obfervci détruilcnt & la confiance en Dieu, qui fait notre I repos I & l'amour de Dieu, qui fait notre félicité. Rien n'empêche qu'un ici Dieu n'en u(c en tyran & en ennemi des gens de bien, Ec qu'il ie plaifèà ce que nous appelions mal. Pourquoi ne feroit-il donc pas aulTi-tôt le mauvais principe des Manichéens* que le bon principe unique des Orthodoxes î Aa moins feroit-il neutre ii comme fufpendu entre deux, ou mùnic tantôt l'un, tantOtl'autre; cequi vaudroit autant que ii quelqu'un dïibit qu'Oromaf- des £c Arimanius régnent tour à tour; félon que l'un ou l'autre e(t plus fort ou plus adroit. A peu près comme une femme Mugalle, ayantouï dire apparemment, qu'autrefois fous Chingis-Cbaa £c les fucccHëurS) la nation avait eu l'Empire de la plus grande partie du Septentrion & de l'O- rtentt avoit dit dernièrement aux Mofcoviies lors-: tjue M. Ishrand allaàkChinedclapartdu Chanpar le ^ïs de ces Tartares, queleDieudesMugallesa- voit été chaiTé du Ciel, inais qu'un jour il repren- droit fa place. Le vrai Dieu elS toujours le même; la Religion naturelle même demande qu'il foit es- ièntiellcment bon Ec Jagc autant q^ue puiffint 1 il n'eit guéres plus contraireà laRailonSc à la pieté> de dire que Dieu agit fans connoif^ncei que de vouloii qu'il ait une connoiflànce qui ne trouve point les règles éternelles de!a bonté 6ldc lajaâjce- parmi fes objets: ou enfin qu'il ait uncvolontéqoi n'ait point d'égard à ces règles.

178, Quelques Théologiensquiontécritdu droit de Dieu fur les Créatures > ont paru lui accorder un droit fans bornes, unpoavoirarbitraireSc dei^ti- que. Jls ont cru que c'étoit poferla Divinltedans le plus haw point de.grandeur ta d'âeratioQ, oà D î aie 1 7? Essais sur la Bonté' de Dieu>, elle puiilc étrciniuginéci que c'c toit anéantir telle- ment la Créature devant le Créateur, que le Créa-, leur ne Toit lié d'aucune cfpece de loiyàTérard delà Créature. I! j- a des pafTages deTwiflè, & Retor- fort, & de quelques autres Supralapfaires, quiinfi- nuent t;ue Dieu ne fauroit pécher quoi qu'il iaflè, parce q^u'il n'cit iujetàaucune Loi. M. Bayle lui- même juge que cette doârioe ell monJlrueufe £c coDtraire à la làinteté de Dieu IDiâionn. v. Pau- lictens p. ajji* itiitio) mais je m'imagine quel'in- tentioQ de quelques-uns de ces Auteursaété moins mauvaiic qu'il ne paroit. Et apparemment finis le nom de droitsits ont entendu, àmxtoBvtuu, unétat où l'on n'clï roipoulable à pcrlunne de ce qu'on fiit. Mais ils n'auront pas uié que Dieu iê doit à ^ôi-méme ce que ia bonté Sî la juflice lui dcra;;n- dent. L'on peut voir ià-defTus l'Apologie de Cal- vin faite par M. Amyraud: il cft vrai que Calvin Earoit orthodoxe fur ce chapitre, & qu'il n'eftnui- ;ment du nombre des Supralaplàires outrez. 179. Ainlî quand M, I3aylc dit quelque part que S. Paul ne fe tire de la prédelli nation que par le - droit abiblu de Dieu, Se par l'incomprehenlibili- té de fes voles i on y doic &us-entendre que ^ on les cumprenoit, on les trouvcroit conformes à h jullice, Dieu ne pouvant uiër autrement de fon pouvoir. S. P.-.ul lui-même dîrquc c'eft une frofondtitr t mais c<: fr^ejfc (aliiiiiJo SufimiU) 6c la jufiice cil comprifc dans /.i èo>:ls du Sage. Je trouve que M. liayle parle très-bien ailleurs l'application de nos notion; de la bonté aux ac- tions de Dieu. (Rcp. au Provinc ch. 81. ijp.jiZ ne faut point ici prétendre (dir-il) q^ue la èotté d» l'Etre infini n'efl point foumife aux mémet règles qH» in bonté de ia Créature, Car t'il y » m Ditu ua attribut qu'on puiffë nommer bonté. il faut que Us earacleres de l» bonté en général lui tanviennent.. Or qutnd tuHl rtditifstti u èemi à l'Al^aâieit.ié, ET LA Liberté' DE l'Homme. IT. Par. 79 fhs génsrflU, nous y trouvons lu volonté de faire dit bien. Divifez, ^ [ubMuifis. en amant it'efpeces qu'il VOMI pluira, celle boulé génorule, ea bonté infinit, en bonté finie, en bonté Royale, en bonté de pert, tn bonté ik mari, c: bonté de mititre; vous trou- verez, d^ns cLiuine comme un aitriliil infeparaùle, l* volonté ih faire d:i ii(n.

iSo. Je trouve auiVi que M. Bayle combat fort bien le fcmimcnt de ceux qui prétentienr que la boa- té Ec la juftice dtipendent uniquement du choix ar- bitraire de Dieu, &: qui s'imaginent que li Dieu avott été déterminé à agir par la bonté des cliolcs mêmes, il icroic un agent entièrement tieceiTité dans fcs avions, ce qui ne peut compatir avec la liberté. C'eJl confondre la neceiTiîé métaphylîquc avec la ncceffité morale. Voici ce que M. Bayle oppoic à cette erreur: {Rép. au Provincial, cli. 89, p. 103.) La confequtnce de cette dolirine fer* qu'avant cjiie Dieu fe déterminât à créer le Monde, il m voyait rien Je meilleur dans l» vertu quedimsJe •vice, ^ que fes idées ne lut montrcient f»t qui l» ■vertu fût Uns digne de fon amour que le vice. Ce- la ne laijje nulle dijiiiiéion entre le dreit naturel, le droit pofitif; il n'y aura plus rien d'immuable, ou i^ndifpenfable dans la tneraie; ilaura étéaufftpog- 6lt à Dieu de commander que l'on fut vicieux, que de commander qtConf&t vertueux: ^ l'on ne fourra f at im affuré qui lei teix meratet ne feront pas ut ^ouraàrogeei, comme Fmt été les Uixcerimonitlles det ^uft. Ceci, e» un mot, noui mené tout droit à crel' rt que Dieu a été l'auteur libre, non feulement de l» bonté, de la vertu, mais aujpde la vérité é- de l'ef- ftnce des chofes. Voilà ce qu'une partie deiCartefient prétendent, j'avoue que leur fentiment [voyez la Continuation des Penfécs fur les Comètes pag. J'5'4.]

fourrait être de quelque ufage en certaines rencontre» i mais il ejlcomèattu partamderaifitu, é'fujetàdei tonfiqumu ftfmebmÇtt Cvojr.e3 fc \s^> la D 4 mê- 8o Essais sur la Bomte' de Dieu, même Continuation] qu'il n'y a guéris d'extretnitéi qu'il ne vaille mieux fubir, quedefejetterdanscellt' là. Elle ouvre la porte »« Fyrrhonifme le plus m- iré; car elle donne lieu de prétendre- que cttte prof o- fition, trois 6c trois font lix, n'efi vraie q» ok fendant le tems qu'il fiait à Dieu i qu^elle efi tint- êtrefaujfe dans quelques parties de l'Ùnivtrs, &qi' feut-ètre elle le fer» parmi les hommes l'année qui vient} tout ce qui défend du libre arbitre de Dieu, pouvant avoir été limité à certains lieux ^ à certaim tems, eomma Iti cérémonies Judaïques. On étendrâ cette confequmce fur tiuUet les leise du Deealogue, fi les aSiens qu'elles tommitndent fint de leur rtatstre astj^ priviet dettuttisnté, queles^Bums qu'elles di' fendent.

i8i. Et de dire que Dieu ayant réfola de créer l'homme, tel qu'il eft, il n'a pu ntu pas exiger la pieté, lafobrieré, la juIHce & la chiileté, parce- qu'il eft impoffible cjue les defordres capables de bouleverfer ou de troubler fon ouvrage lui puiflënt plaire, c'i:ft revenir en efftt an fcntimcnt com- mua. Les -vertus ne font vertus que parcequ'ellcs ' fervent à la pctfcciion, ou cmp£cnent l'imperfec- tion de ceux qui font vertueux, ou même de ceux qui ont à taire à eux. Et elles ont cela par 'leur nature Se par la nature des Créatures raifon- nables; avant que Dieu décerne de les créer. D'en juçcr autrement, ce feroit comme fi quelqtAm . diloit que Icsreglesdesproportions&dePfiàrtnonic fimt arbitraires par rapport aux Muficiens, parce- qu'elles n'ont lieu dans la Mulîque, que lorsqu'on seft réiblu à chanter ou à jouer de quelque inftru- ment. JVlais c'eft juilement ce qu'on appelle cdcn- ticl à une bonne Mufique; car elles lui convien- nent déjà dans l'état idéal, lors même queperfon- ne ne s'avife de chanter,- puifquc l'on lait qu'elles lui doivent convenir ncceiïâi rement au flî- tôt qu'on cfomera. Et de même les vernis coBTienoeot-i l'état idéal de la Créature raifoiinable avant que Diea décerne de la créer, & c'eA pour cda même tjue nous foutenons cps les vertus lônt bonnes par kur nature.

i&x. M, Bayle a mis un chapitre exprès dans Ht Continuation des Penfëcs diverlès, {c'eit le chap. ifi.) oÎL il fait voir qut les DoSlturs Chrét 'mii en- fe 'tgntnt qH'il y it des chsfes qui font jufiei anteci- dtmtnent aux décrets de D'un. Des Théologiens de la Coofedion d'Ausbourg ont blâmé (quelques Ré- formésqui ont paru être d'un autre fentiment, & on a conlideré cette erreur comme ii elle étoit une fuite du Décret abfolu, dont )a do£lrine fcmble exempter la volonté de Dieu de toute forte de rai- iôii, ubi fistt pro ratioae ■uoluntas. Mais, comme je l'ai remarqué plus d'une fois ci-deffus, Calvin même a reconnu que les décrets de Dieu font con- firmes à la jufUcc fie à la {a^t&,- quoique les rai- £ms qui poivroient montrer cette conformité ea dstail, nous jbimt. inconnues. Ainâ, lèlon lui, )es i^Im de la bonté 8c de la jiiftice Ibnt anté- rieures aux décrets de Dieu. JMr. Bayle, au même endroit, cite un paflâge du célèbre M. Turrctîn, Îui diftingue les Loix Divines naturelles 8t les Loix 'ivines pofitives. Les morales font de la première efpece, & les ceremonielles de la féconde. M. Sa- muel des Marcfts Théologien célèbre autrefois à Groningue', 8c M, Strimefius qui l'efl encore à Fiancfprt fur l'Oder, ont enfêignc la mSme cho- ie-, êc je crois que c'elt le lèntiment le plus reçu même parmi les Réformés s Thomas d'Acquin, & tons les Thomiâes ont été du m£me intiment • avec, le commun des Scholaftiques Ec des Théolo- giens de l'Eglifè Romaine. Les Cafuitïes en lônt auffi: je compte Grotius entre les plus émintns parmi eux, & il a été fuivi en cela par fes Com- mentateurs. M. Putcndorf a paru être d'une autre SpinioD^.qi^il % r9ulu ltHttenii^c<^ure leg cepfiiies 82 Essais sur la Boute' de Dieu^ de quelques Théologiens, mais il ne doit pas être compte. Se il n'étoit pas entré aflcz avant dans Ces fanes de matières. 11 cric tcniblemenc contre le- décret abfblu dans fon Ficialis 4ivmus, £c cepen- dant il approuve ce qu'il y ade pire dans les ienti- mens des défeoTeurs de ce décret. Se fans lequel ce decrct( comme d'autres Reformés l'expliquent ) devient fupportabte. Ariftote a été très orthodoxe liir ce chapitre delà juftice, k. l'Ecole l'a fuivi: el'ediftingue, aulTi bien que Ciceron Scies Jurit^ confultes, entre le droit perpétuel, qui oblige tous & par tout, le droit poUtif. qui n'cfl: que pour certains tems & certains peuples. J'ai lu autrefois avec platAr l'Euthjrphron de Platon, qui làit fou- tenir la ^nté là-delTus i Socrate, 8c M. Bayle M- remarqué le même paflâgc.

183, Il Ibutienrlui-mfmemteveritéarec -beau- coup de force en quelque endroit, 8t il lêra bon' de copier fon paflàge tout entier quelque long qu'il- foit {Tom. II. de la Continuation des Penlees divcT- Ics ch. I fi. p. 77 1. f^tj) Selon la doSriiit d'une in- finité d'Auteurs grauti (dit-il) H i » ilmi la natun- Jans l'ejfence ^lecertaints thofes iméimmun mtU- moral qui précède le décret divin. lit fnivuêat - J^incifalement cette deSrine par les cm^ttfiieJKtt ptnfes du dogme contraire; car de re 'quêat fsil'e tort' it ptrfgmt Jtroit me èomt aSim, iitnf»$ Mt feh-mS-' tnet ta»u par une difpojiti»» jiréimûrt Jt iarVitaai- de Dieu, il l'enjtiivroit que DieA amsltpu JmtHeri l'hamme une lùi direHement âppofée en tous fes peint/ aux coirnn/in.lei/iem du Decatogue. Cela fait hor- reur. Mais ■vcià ii'ie preuve plus Jîrelfe, ^ tirée de la metaph'/J-que. C'efluue chofe etrtaineque l'exiften- ce de Dieu »'eji pas un effet de fa volonté. Il n'exifi» point, parée t^u'Uveut exijler.tnaùparla neee^eéA la nature inpnie. Sa pulffance ^ fit fctenee exïfient tar la même »ece0té. Iln'ejl pas ttuf-puifant-, ilat ifitmt- tmttt cbeftti firee yt'^ U vtm$- □igilized by Google etlaLibërte'del'Homhe.II.Par; Sj maîf parce c^ue eefùnt dts nttributsjiecejfuirementiden- tifiez, avec lui-même. L'Empire de f» ■volonté ne re- gardt que l'extrciee defa puiffunce,îlne produiihors dt lui uStiellement que ce i^u'il veutié" Ifijfe tout Il refit dans la pare poj/îbiltlé. De là vient que cet tmpire ne l'étend quejur i'exijlence du criatmei, il ne s'ittnd point aujp far leurs ejftnces. Die» a pH crier la matière, un homme, un cercle, ou Us laiffer dans h néant, mais il n'a pu lei produire fans leur donner leurs proprietez. ejfeniielles. Ha fallu neceffai- rement qu'il fit l'homme un animal raifonnable, qu'il donnât à un cercle lafigure ronde, fuis que,fe- ton fet idées étemelles^' indépendantes des décrits li- bres de fa volonté, l'ejfence de l'homme conjifioît dans les attributs d'animal^ deraifonnabU,é'Vtt l'tffence du cercle confjfiùil dans une circonférence i^*- lement éloignée du centre quant à toutes fes parties. Voilà ce qui afait a-voueraux thilofophes Chrétiens i que lis ejfences des chofei font éternelles, qu'ily » des propofstions d'une éternelle writé, {j> par confe- quent que les ejfences des chofes, ^ U vérité des frtmiers principesfont immuables. Ctla ne fedoit pat feulement tntendredes premiers principes théoretiques, mais aujjtdes premiers principes pratiques, de tot*- tes les fropojitions qui contiennent laveriiaUs défini' tiondes Créatures- Ces ejfencei, ces veritex. émanent de la même neceffité de la nature, que lafcitnee d»