A DUcu ne plaife que je veuille étendre autant que font les Soci- niens la juridiélion de la lumière naturelle, 6c des principes Méta- phifîques, lors qu'ils prétendent que tout fens donné à l'Ecriture qui n'eft pas conforme à cette lumière 6c à ces principes -là eft à rejet- ter, & qui en vertu de cette maxi- me refurei:t de croire la Trinité &: l'Incarnation: Non non, ce n'eft pas ce que je prétens fans bornes 6c ilins limites. Je lai bien qu'il y a des axiomes contre lefquels les paroles les plus-exprelfes 6c les plus-éviden- tes de l' Ecriture ne gagneraient rien, comme <jue le tout elt plu,- grand | que fa partie; <jue fi de chofes égales on ois chofes égales les refidus en feront égaux; t^uil efi tmpofiîble que deux contradiBoires f oient véritables', ou quel' ejfefice d'un fujet fubf> fubf> fiihfifie rkikrtjent après la deftrucîion du jltfct. Quand on montreroit cent- fais dans l'Ecriture le contraire de ces propofitions ^ quand on feroit mille 6v mille miracles, plus que Moïfe 6c que les x\p6tres pour éta^- blirla doctrine oppofée à ces maxi- mes univerfelles du fcns commun, Phomme fait comme il cft n'en croi- roit rien, ÔC il fe perfuaderoit plu- tôt, ou que l'Ecriture ne parleroit que par Métaphores ôc par contre- véritez, ou que ces miracles vieil- droient du Démon,. que de croire que la lumière naturelle fût fauile dans ces maximes. Cela eft fi vrai que ceux de l'Eglife Romaine tout intéreflez qu'ils (ont à facrifier leur MétaphiUque, 6c à nous rendre fus- pccirs tous les principes du iens com- mun, rcconnoifl'cnt que m l'Ecntu»- re, ni l'Eglife, ni les miracles ne peuvent rien contre les lumières évidentes de la raifon, par exem- ple contre ce principe, U tontefi ph^'- A 3 grand grand cjuefa partie. Il fâut voir fur ce- la le P. Valerien Magni Capucin cé- lèbre dans k Chap. 8. 6c 9. du i. Li- vre defon jugement fur la régie de foi des Catoliques, 6c de peur qu'on ne m'objecte que ce n'eil qu'un particulier, 6c que cette ob- jeélionnc m'engage à citer une in- finité d'autres Auceurs Catoliques, je remarquerai en général que tous les ControverGftes de ce parti nient .que la Tranlubftantiation foit con- .traire à la bonne philofophie, 6c qu'ils inventent mille diftiaclions 6c mille fubtilitez pour montrer qu'ils ne ruinent pas les principes Méta- phifiques. Les Proteilians, non plus qu'eux, n'acordent point aux Soci- niens que la Trinité ou l'Incarna- tion foient des dogmes contradiclioi- res; ils foutiennent 6c montrent qu'on ne fauroit leur prouver cela. ÂinG tous les Téologiens de quel- que parti qu'ils foientjaprés avoir re- \çyè tant qu'il leur a plu la révéla- tion.
tion, le mérite de la foi, 6c la pro fondeur des Mifteres, viennent fai- re hommage de tout cela aux piez du trône de la raifon, ôcilsrecon- noilTent quoi qu'ils ne le difent pas en autant de mots, mais leur con- duite ell un langage allez expreilif 6c éloquent, que le tribunal fuprê- me 6c qui juge en dernier reifort 6c fans apel de tout ce qui nous efl: pro- poié, ell la raifon parlant par les axiomes de la lumière naturelle ou de la Métaphifîque. Qiion ne diic donc plus que la Téologie eft une Reme dont la Philofophie n'efl que la fervante, car les Tcologiens eux-mêmes témoignent par leur conduite qu'ils regardent la Philo- fophie comme la lljeine.ôc la Téo- logie comme la fervante, 6c de la viennent les efforts 6c les contor- fions qu'ils livrent à leur efprit pour éviter qu'on ne les accufe d'être contraires à la bonne Philofophie. Plutôt que de s'expofer à cela ils A 4 chan-^ A 4 chan-^ changent les principes de la Philo- fophic, dégradent celle-ci ou celle- là félon qu'ils y trouvent leur con- te, mais par toutes ces démarches ils réconnoiirent clairement k fu- périorité de la Philofophie j &; le bc- ibin eflentiel qu'ils ont de lui faire leur Cour, ils ne fcroient pas tant d'efforts pour fêla rendre favorable & pour être d'acord avec fes loix, s'ils ne réconnoifToient que tout dogme qui n'eil point emologué, pour ainfi dire, vérifié 6c enregîtré au parlement fuprème de la raifon Se de la lumière naturelle, ne peut qu'être d'une autorité chancelante éc fragile comme le verre.
Si l'on cherche la véritable rai- fon de cela on nr manque point de la trouver, c'efl: qu'y aiant une lumière vive 6v dillmfte qui éclaire tous les hommes dés auili tôt qu'ils ouvrent les yeux de leur attention, &: qui les convainc invinciblement de fa vérité, il en faut conclurre q^ie c'cfl: c'cfl: cxïï Dieu lui-même la vérité efîen- tielle 6c fubftantielle qui nous éclai- re alors tres-immediatement, ^ qui nous fait contempler dans fon e£- fence les idées des véritez éternelles Gontenuè" dans les principes, ou dans les notions communes de Méf taphifique. Or pourquoi feroit-il cela à Pégard de ces véritez particu- lières, pourquoi les révéleroit-il ainll dans tous les tems, dans tous les fiécleSjà tous les peuples de la ter- re moiennant un peu d'attention, & fans leur laifler la liberté de fu- fpcndre leur jugement, pourquoi dis-je fe gouverneroit-il ainfi avec l'homme, fi ce n'eft pour lui don- ner une régie S: un Critère des au- tres objets qui s'offrent continuelle- ment à nous en partie faux en partie vrais, tantôt tres-confus 6v tres-ob- fcurs, tantôt un peu plus dévelo- pez. Dieu qui a prévu que les loix de l'union de l'ame 6c du corps ne permettroicxit pas que l'union par- A 5 ticuî.Ch. (io) ticuliere de Pâme avec PefTence di- vine (union qui paroit réelle aux el- prits attentifs éc méditatifs, quoi qu'on ne la conçoive pas bien di- fîinclement) lui mantfeilât claire- ment toute forte de véritez, & la garantit de l'erreur, a voulu néan- moins prefenter à l'âme une réf^ fource qui ne lui manquât jamais pour difcerner le vrai du faux, 6c cette refTource c'eft la lumière na- turelle, ce font les principes Méta- phifiques, auxquels fi on compare les doélrines particulières qu'on rencontre dans les livres ou qu'on aprend de fes précepteurs, on peut trouver comme par une mefure & une régie originale, fi elles font lé- gitimes ou falfifiéci. Il s'enfuit donc que nous ne pouvons être aflurez. qu'une chofe eft véritable qu'en- j tant qu'elle fe trouve d'acord avec * cette lumière primitive, & univer- lèlle que Dieu répand dans l'ame de tous les hommes, 2^ qui entraîne infil) i.Ch.
infailliblement 6c invinciblement leur perfuafion dés qu'ils y font bien attentifs. C'eft par cette lumière primitive &; Métaphifique qu'on a pénétré le véritable fens d'une infi- nité de paflages de l'Ecriture qui étant pris félon le fens literal & po- pulaire des paroles nous auroient jettez dans les plus baffes idées de la divinité qui fe puiffcnt conce- voir.
Je le répète encore une fois; A. Dieu ne plaife que je veiiiUe éten- dre ce prmcipe autant que font les Sociniens, mais s'il peut avoir cer- taines limitations à l'égard des vé- ritez fpeculatives, je ne penfe pas qu'il en doive avoir aucune à l'é- gard des principes pratiques & gé- néraux qui fe raportent aux moeurs. Je veux dire que fans exception, il faut foumcttre toutes les loix mo- rales à cette idée naturelle d'équité» qui, auffi-bicn que la lumière Méta- phifique tllumim iGut homms venait an monde Mais comme les pafTions ôc les préjugez n'obrcurciileiit que trop fouvent les idées de léqui- • té naturelle, je voudrois qu'un homme qui adelTeindelesbienco- noître les confideràt en général, êc en faifant abllraétion de fon in- térêt particulier, 6c des coutumes de fa patrie. Car il peut arriver qu'u- ne paflion fine 6c tout enfemble" bien enracinée perfuadcra à un hon>- îne qu'une affion qu'il envifage comme très utile, 6c tres-agreablie pour lui, eft conforme à la raifon,: il peut arriver que la force de la coil- tume, 6c le tour que l'on a donné à l'ame en linftruifant dans ^enfance, feront trouver de Ihonnèteté oii il n'y en apasj pc-ur donc fe défaire de ces z.obilacles je voudrois qu'un homme, qui veut conoître diilmcte ment la lumière naturelle par ra port à la morale, s'éîevàt au defiljs de fon intérêt perfonel, 6c de la ^:'oûtumç de fpn pais, ôc le deman^ dât ■( dât ■( dàt en général, une telle chofe e/l-elU jufte-i ^ iii s^agîj] oit de l'introduire dans un pats Quelle fît ferait pas en ufage, (^ où il fer oit libre de lapre?idre ou de ne lapren- dre pas, "verrott-on ^ en l\xawinant froide^ ment, quelle efi ajjez, jujlepour?nériîer d'ê» îre adoptée. Je croi que cette abftra- £tion diflîperoit plufieurs nuages, qui fe mettent quelquefois entre nôtre efprit 6c cette lumière primi- tive 6c univerfelle, qui émane de Dieu pour montrer à tous les hom- mes les principes généraux de l'é- quité, 6c pour être la pierre de tou- che de tous les préceptes, 6c de tour- tes les loix particulières, fans en excepter mêmes celles que Dieu nous révèle enfuite extraordinaire- ment, ou en parlant lui-même à nos oreilles, ou en nous envoiant des Prophètes infpirezde lui.
Je fuis très - perfuadé qu'avant que Dieu eût fait entendre aucune voix à Adam pour lui aprendre ce qu*il de voit faire, il lui avoit déjà A 7 parlé parlé intérieurement en lui faifant , voir l'idée vafte 6c immenfe de l'E- tre fouverainement parfait, 6c les loix éternelles de 1 honnête & de l'équitable, en forte qu'Adam ne fe Grût pas tant obligé d'obeïr à Dieu à caufe qu'une certaine defenfe a- voit frapé fes oreilles, qu'à caufe que la lumière intérieure qui l'avoir éclairé, avant que Dieu eût parlé, continuoit de lui préfenter l'idée de fon devoir 6c de fa dépendance de l'Etre fuprême; Ainii à l'égard mê- me d'Adam, il fera vrai de dire que la vérité révérée a été comme fou- mife à la lumière naturelle pour en recevoir fon attache, fon feau, fon enregîtrement 6c fa vérification, 6c le droit d'obliger en titre de loi, 6c pour dire ceci en pafîant, il y a bien aparence que fi les fentimens con- fus de plaiûr qui s'excitèrent dans l'ame de nos premiers parens, lors que la proportion de manger du fruit défendu leur fut faite, ne leur euf- (ij) i.Ch.
euf- (ij) i.Ch.
euffent fait perdre de vue les idées é- ternelles de l'équité,par la limitation eirentielle des efprits créez, qui ne leur permet pas d'être apliquez aux fpéculations immatérielles, pen- dant que les fen la dons vives Ôccon- fules du plaifir les ocupent, il y a dis-je, bien de Paparence que fans cela il n'euffent point tranfgrefle la loi de Dieu. Ce qui nous doit être un avcrtillement continuel de ne perdre jamais de vue la lumière na- turelle qui que ce Toit qui nous vien- ne faire des proportions de faire ce- ci, ou cela par raport à la morale.
Si donc un Cafuifte nous venoit dire qu'il trouve dans l'Ecriture qu'il cft bon 6c faint de maudire fes ennemis, &: ceux qui perfecutent les fidèles, tournons d'abord la vue fur la Religion naturelle fortifiée 6c pcrfeûionnée par l'Evangile, 6c nous verrons à l'éclat de cette véri- té intérieure qui parle à notre efprit fans dire mot > mais qui parle trèsintelintelintelligiblement: à ceux qui ont de l'attention, nous verrons ciis-je, que la prétendue Ecriture de ce Cafui- fte n'eft qu'une vapeur bilicufe de tempérament. En trois mots on ré- futera l'exemple que le Pfalmifte lui fournît, c'eil: qu'un fait particu- lier où Dieu aura prélide par une providence fpéciale n-'efb pas la lu- mière qui nous conduit, 6c ne dé- roge pas à la loi pofitive qui eft pro- poiée univerfellement à tous les hommes dans l'Evangile d'être dé- bonnaires ^ humbles de cœur & dô prier pour ceux qui nous pcrfecu- tent, encore moins à la loi naturel- le & éterncllequi montre à tous les hommes les idées de l'honnêteté, & qui a fait voir à tant de Paiens qu'il eft loiiable 6c tres-dipne de l'homme de pardonner à ceux qui nous ont oftenfez 6c de leur faire du bien au lieu du mal qu'ils nous ont fait.
Mais ce qui eft fort aparcnt ù Pétard d'Adam, lavoir qu'il a conn U la julîice de la defenfe verbale de Dieu en la comparant avec Pidce qu'il avoit déjà de l'être fuprême, cela même eil dévenu d'une néceiîî- té indifpenfable après fa chute, car aiant éprouvé qu'il y avoit deux fortes d'iVgens qui fe méloient de luipropofer ce qu'il devoit faire, il falut de toute néceflité qu'il eût une régie de difcernement pour ne confondre pas ce que Dieu lui ré- véléroit extérieurement avec ce que le Démon déguifé fous de belles aparcnces vicndroit lui confciller ou lui ordonner. Et cette régie n'a pu être autre chofe que la lumière naturelle, que les fentimens d'hon- nêteté imprimez dans l'amede tous les hommes, en un mot que cette Raifon Univerfelie qui éclaire tous les efprits, & qui ne manque jamais à ceux qui la confultent attentive- ment, ê\ fi-ir tout dans ces interval- les lucides où les objets corporels ne rcmplilî'ent pas la capacité de l'ame foit foit foit par leurs images foit par les paf^ fions qu'ils excitent dans noftre cœur. Tous les longes, toutes les vifions des Patriarches, tous les difl cours qui ont frapé leurs oreilles comme de la part de Dieu, toutes les apparitions d'Anges, tous les miracles, tout en général a dd paf- fer par l'étamine de la lumière na- turelle 5 autrement comment eût- on fçû fi cela venoit du mauvais principe qui avoitfcduit Adam, ou du Créateur de toutes chofcs. Il a faiu que Dieu ait marqué ce qui ve- noit de lui d'une certaine emprein- te qui fût conforme à la lumière intérieure qui fe communique im- médiatement à tous les efprits, ou qui du mo'-ns n'y parût pas contrai- re 5 & cela fait, on recevoit agréa- blement 6c comme venant de Dieu toutes les loix particulières d^un Moïfe, 6c d'un autre Prophète, encore qu'elles ordonnaflent des chofes indifférentes de leur nature.
On On On fait que Moife lui-même ordon- na de la part de Dieu aux Juifs de ne fe fier pas à tout faifcur de Miracles^ ni à tout Prophète, mais d'exami- ner ce qu'il difoit, 6c de le recevoir où de le rejetter félon qu'il feroit conforme ou non à la loi venue de Dieu. 11 y avoit donc cette diffé- rence entre les Juifs d'après Moïfc & les premiers Patriarches, que ceux-ci dévoient feulement compa- rer la révélation avec la lumière na- turelle, 6c les autres avec la. lumière naturelle 6c avec la loi pofitive. Car cette loi pofitive ure fois vérifiée fur la lumière naturelle aqueroit la qualité de règle ôc de critérium, tout de même qu'en Géométrie une pro- pofition démontrée par de pnncL- pes inconteftabies devient un prin- cipe a l'égard d'autres propolîtions. Or tout de même qu'il yadespro- pofitions que l'on fc rcfoudroit ai- fement d'embraifer fi elles n'avoient pas des confequences facheufes, mais mais mais que l'on rejette tout auffi tôt qu'on en voit les confèquerrces j en {brte qu'au lieu de dire, ces conft^uen- ces fifit vraies puis quelles naijfent d un principe qui efi zrai, on- dit ce principe eji faux puis qutlen natt de co7ijQquences qui foîiî faujjes] il y a des gens qui croi- roientfans peine que certaines cho- fes ont été révélées de Dieu s'ils n'en confideroient pas les confequences; mais quand ils voient à quoi ces cho- fes conduifent,ils concluent qu'elles ne viennent pas de Dieu, & c'eft une preuve â pofleriori pour eux qm leur vaut une démonftration.
C'eft ainfi qu'au commencement de ' l'Empire des Sarrazins,.plu- fieurs Juifs abandonnèrent leur Re- ligion pour fe cunfacrer à la Philo- fophie Paienne, parce qu'ils préten- dirent trouver dans la loi Cerémo- nielie de Moïle une intinité de pré- ceptes inutiles ou abfurdes qu"'ils ne voioient fondez fur aucune bonne raifon raifan de defenfe ou d'ordonnance, d'où ils conclurrent que cela n'étoit point venu de Dieu. Leur confe- quence étoit fans doute bien tirée, mais ils fuppofoient mal: ils n'é- toient pas afîez apliquéz aux preu- ves inconteilables de divinité que Dieu lui-même avoit données de la Mifîion de Moïfe; preuves qui fou- tinrent amplem.ent, ôc en toute ri- gueur kur examen devant les idées pures ôc vives de la Métaphillque naturelle, après quoi chaque loi particulière de Moïfe portoit impli- citement une bonne raifon avec foi. Outre cela ils n'eurent pas l'efpric aifezfort ou allez vafle pour confîde- rer le but des loix cérémonielles qui parraport au caractère des Juifs,& à leur penchant idolatre,ou à la repré- fcntation tipique de l'Evangile, é- toient fondées toutes fur de bons motifs j ainfi ils errèrent dans le fait, & quoi que leur confequence for- tit légitimement 6v nécelfairement de de de leur faux principe, ils s'égarc- rcnt, mais on voit par cet exemple combien il importe que la lumière naturelle ne trouve rien d'abfurde dans ce qu'on lui propofe comme révélé, car ce qui pourroit paroître d'ailleurs comme tres-certainement révélé 5 ne le paroîtra plus dés qu'il fe trouvera contraire à la régie ma- trice, primitive, ëc univerlelle de juger, 6c de difcerner le vrai ôc le faux, le bon 6c le mauvais. Un cfprit attentifs Philofophe conçoit clairement que la lumière vive 6c diftinéte qui nous accompagne en tous lieux & en tout tems, ÔC qui nous montre ejne le tout efi f lits-grand aueja partie, qu il efi bonfiéte d'a'voir de la gratitude four Je s bienfaiteurs, de vepotnV faire à autrui ce que norrs?ie voudrions pas qui nous fût fait ^ de tenir fa parole ^ ér d agir félon fa confcience, il conçoit, dis- je, clairement que cette lumière vient de Dieu 6c que c'eftune ré- vélation naturelle: comment donc s'imas'imas'imaginera t'il que Dieu vienne a- prés cela fe contredire ôc fouffler le chaud êc le froid, en parlant lui- même à nous extérieurement ou en nous envoiant d'autres hommes pour nous aprendrc tout le contraire des notions communes de la raifon? Un Philofophe ' Epicurien raifonne fort jufte (quoi qu'il aplique mal Ton principe) lors qu'il dit que puis que nos fens font la première régie de nos connoillances, & la voie origi- nale par oiiles vériteT. entrent dans nos âmes il faut qu'ils ne foient pas fujets à l'erreur. 11 fe trompe en po- fant la régie ou la pierre de touche delà vérité dans le témoignage des fens, mais il a raifon en fuppofant cela de conclurre que nos fens doi- vent être les juges de nos contro- vcrfes, 6c décider de nos doutes. Si donc la lumière naturelle Se Méta- phifique, fi les principes généraux des fciences, fi ces idées primitives qui 1 Lttcret. l. 4.
qui portent elles-mêmez leur pcr- fàafîon nous ont été donné<^ pour nous faire bien juger des chofes, ^ pour nous fervir de rcgle de diicer- nement, il cft de toute ncccfîîré qu'elles foient nôtre juge fouverain, èc que nous foumettions à leur dé- cifion tous les difFerens, que nous aurons fur les connoiilances obfcu- r€S j de forte que fi qudcuns'avife de foutenir que Dieu nous a révélé un précepte de Morale direétement oppofé aux premiers principes, il faut lui nier cclajôc lui foucenir qu'il donne dans un faux fens, 6c qu'il e.l;bienplus-jufl:e de rejetter le té- moignage de fa Critique 6c de fa Grammaire, que celui de la Rai- fon. Si on n'en vient pas là, Adieu toute nôtre foi félon la rémarque du bon père ' Valerien j Jî e^uekuny dit-il, rne fuit une injlarict, qutl faut captiver Tiotre e?ite7idemem à l'^bajjance de la foijuf^uei â révoquer en doute ou me* me i vu fupr.
(af) i.Ch.'
j me à croire faujje en certain cas la régie tk I ]^^^^' ^^^ ^^ nature nous a donnée, je dis I que far cela même o?i ruine la foi nécefjaire^ ment, fuis quil efî ahfolument imfojjiblc de croire â qui que ce foît fans un raifonne-^ ment qui conclue que celui à qut on croit nt trompe ni nefi trompé: lequel raifonnc" ment, comme il ejî ma fejle, ne fauroit 'Valoir fans la régie nat^ireUe de juger qui a été expliquée jufques ici C'efl à quoi fe terminent tous les grands difcours des Catoliques Romains contre la voie de la raifon, Se pour l'auto- rité de PF glife. Sans y penler ils ne font qu'un grand circuit pour reve- nir après mille fatigues, oii les au- tres vont tout droit. Les autres di- fent franchement 6c fans ambages, jqu'il faut s'en tenir au fens qui nous paroît le meilleur: mais eux ils di- fent qu'il s'en faut bien garder, par- ce que nos lumières nous pour- roient tromper, 6c que notre rai- son n'cft que ténèbres 6c qu'illu- ionj qu'il faut donc s'en tenir au B juge- B jugejugement de PEglife. N'cft-ce pas revenir à la raifon, car ne faut-il pas que celui qui préfère le jugement de PEglife aufien propre le falîe en vertu de ce raifonnement. LEgkfi a fias de lumières que mot, elle ejl donc plus croïahle que moi. C'ell; donc fur fes propres lumières que chacun fe détermine, s'il croit quelque cho- fe comme révélée c'eft parce que fon bon fens, fa lumière naturelle, & fa raifon lui diétent que les preuves \ qu'elle eft révélée font bonnes. Mais oii en fera-t-on s'il faut qu'un particulier fe défie de fa raifon com- me d'un principe ténébreux 6c illu- foire? Ne faudra-t-il pas s'en défier lors même qu'elle dira, tEglife a plus de lumières que mot^donc elle e[ipltts crotahk que moi? Ne faudra-t-il pas crain- dre qu'elle fe trompe & quant au principe 6c quant il la conclufion qu'elle en tire? Que fera-t-on aufîi de cet argument, lout ce que Dieu dit tfi vrai, or il dit par Mot Ce qu'il a créé un pH" pH" premier homme, donc cela eft vrai. Si nous n'avons pas une lumière natu- relle qui foit une régie fure 6c infail- lible 6c par laquelle il faille juger abfolument de tout ce qui vient en qucftion, fans en excepter même la queftion, y^ une telle ou une telle chofl eft contenue dans l'Ecriture, n'aurons nous pas lieu de douter de la majeur re de cet Argument, & parconfe- qlient de la conclufion. Comme donc ce feroit le plus-épouvantable cahos êc le Pirrhonifme le plus-exé- crable qui fc puifîe imaginer, il faut néceirairement en venu*-là, i^uetout dogme particulier,foit cjuon î avance corn-- me contenu aans l'Ecriture, foit cjuon k fropofe autrement, eft faux lors e^utl eft refuté par les notions claires ér dtftmBei de la lumière naturelle, principalement â />- gard de la Morale.
B 1 Cha- B 1 Chajugement de PEglife. N'cft-ce pas revenir à la raifon, car ne faut-il pas que celui qui préfère le jugement de PEglife au lien propre le faife en vertu de ce raifonnement. LEgltJè a plus de lumières que mot, elle efi donc fltts croïahle que moi. C'eft donc fur fes propres lumières que chacun fe détermine, s'il croit quelque cho- fe comme révélée c'eil parce que fon bon fens, fa lumière naturelle, ëc fa raifon lui diétent que les preuves qu'elle eft révélée font bonnes. Mais oii en fera-t-on s'il faut qu'un particulier (tàéfit de fa raifon com- me d'un principe ténébreux 6villu- foire? Ne faudra-t-il pas s'en défier lors même qu'elle dira, fEgUfeaplta de lumières que mo^donc elle efiflw cromhk ijue moi? Ne faudra-t-il pas crain- dre qu'elle (c trompe 6c quant au principe & quant à la conclufion qu'elle en tire? Que fcra-t-on auiîî de cet argument. Jout ce que Dieu dit tfi vrai, or il dît par Moife qu'il a créé un frt' i^l) i.Ch; frt' i^l) i.Ch; premier howwe, ^donc cela eft vrai. Si nous n'avons pas une lumière natu- relle qui foit une régie fure & infad- lible 6c par laquelle il faille juger abfolument de tout ce qui vient en qucftion, fans en excepter même la queflion, fi une telle ou me telle chofl eft contenue dans Ç Ecriture, n'aurons nous pas lieu de douter de la majeur re de cet Argument, & parconle- quent de la conclufion. Gomme donc ce feroit le plus-épouvantable cahos 6c le Pirrhonilme le plus-éxé- crable qui fc puifle imaginer, il faut nccefîairement en venu'-là, ijuetout ilogme particulier,fiit ^uonfavarKecoW' me contenu tiam l'Ecriture, fi)tt ejuon le propo/è autrement, eft faux lors quii efi reflété par les notions claires (jr difttnHes de la lumière naturelle, principalement â />- zard de la Morale.
».
B % Chade Religion, toutes les dépenfes que l'on fait en facrificcs, en Autels, & en Temples ne font aprouvez de Dieu qu'à proportion des attes in- ternes de î'ame qui les acompa- gncnt.
III. Il s'enfuit clairement de-là que l'efîence de la Religion confifte dans les jugemens que nôtre efprit 1 forme de Dieu, & dans les mouve- mens de refpedl, de crainte & d'a- mour que nôtre volonté fent pour lui, en forte qu'il eft pcfTible que par cela feul un homme falîe fon de- voir envers Dieu fans aucun aclc extcricur, mais comme ces cas ne font point ordinaires, il vaut mieux dire que la difpofition intérieure en quoi eonfille l'eflence de laRéligion fe produit au dehors pardcs humi- liations corporelles, &: par des lignes qui faifcnt conoitrc l'honneur que l'ame rend à la majelté de Dieu. Quoi qu'il en foit, il eft toujours vrai que les lignes extérieurs dans un C3O z.Ch.
un homme qui ne fent rien pour Dieu, je veux dire qui. n'a ni les ju- gemens ni les volontez convenables i l'égard de Dieu, ne font pas plus un honneur rendu à Dieu que le rcnverfement d'une ftatuë, par un coup hazardeux de vent, eft un hommage rendu par cette lla^ tue.
I V. Il eft donc clair que la feule voie légitime d'infpirer la Religion, cft de produire dans l'ame certains jugemens 6c certains mouvemens de volonté par raport à Dieu. Or comme les menaces, lesprifons,les amendes, les exils, les coups de bâ- ton, les fuplices, ôc généralement tout ce qui eft contenu fous la fi- gnification literale de contrainte ne peuvent pas former dans l'amc les jugemens ôclesmouvcmens de vo- lonté, par raport à Dieu, qui con- ftituent l'eftence de la Religion, il cft clair que cette voic-la a'ctablir une Religion eft faufle, 6c par con- B 4 fcquent fequent que Jeiub-Chrit ne Pa pas commandée.
Je ne nie pas que les voies de con- trainte, outre les mouvemens ex- térieurs du corps qui font les fignes ordinaires de la Kéligion intérieure, ne produifent aufîi dans Pâme des jugemens 6c des mouvemens de vo- lonté, mais ce n'eft pas par raport à Dieu, ce n'cft que par raport aux Auteurs de la contrainte. On juge d'eux qu'ils font à craindre, 6c on les craint en éfét; mais ceux qui auparavant n'avoient pas de la divi- nité les idées convenables, ou qui ne fcntoient pas pour elle le refpecl, l'amour & la crainte qui lui font déuës, n'aquierent ni ces idées, ni ces fentimens, lors que la contrainte leur extorque les lignes externes de la Religion. Ceux qui a voient auparavant pour Dieu certains ju- gemens, & qui croioicnt qu'il ne taloit l'honorer que d''une certaine manière opolée à celle en faveur de qui qui qm fe font les violences, ne chan- gent point non plus d'état intérieur a l'égard de Dieu; Leurs nouvelles penfées fe terminent toutes à crain- dre les perfecuteurs 5 &: à vouloir confcr\'er les biens temporels qu'ils menacent d'oter. Ainli ces con- traintes ne font iien pour Dieu, car ' les actes intérieurs, qu'elles produi- fent, ne fe raportent point à lui, & pour ce qui eit des extérieurs, il eft notoire qu'ils ne peuvent être pour Dieu qu'entant qu'ils font a- compagnezde ces difpofitions inté- rieures de l'ame, qui font 4'eflen- cc de la Religion, ce qui donne lieu de recueillir ainii toute cette preuve.
La nature de la Religion cft d'ê- tre une certaine pcrfuafion de l'amc par rapoit à Dieu, laquelle produife dans la volonté l'amour, le refpeéb & la crainte que mérite cet être fu- prême, ôc dans les membres du corps les fignes corx.vcnables à cette ^ perfuaGon êc à cette difpofition de la volonté, de forte que il les fignes externes font fans un état intérieur de l'ame qui y réponde, ou avec un état intérieur de l'amequi leurfoit contraire ^ ils font des acVcs d'hipo- crifie, 6c de mauvaife-foi, oiid'in-. fidélité, 6c de révolte contre la con- cience.