Notez, en passant, que cet auteur réfute ses adversaires tout comme les catholiques réfutaient les protestans. La première marque, dit-il (26J, par laquelle ils trompent et séduisent beau- coup de gens, c'est quand sans sens, jugement, ni raison, ils allèguent une infinité de textes de l'Escriture saincte a tort et à traders, loîit ainsi comme s'ils avoyent mangé la Bible, combien que néantmoins le plus soutient ils ne cognoissent pas un A, pour un moullin a vent (comme on dit), les poivres gens demeurent là tout court, estans ravis en admiration d'ouïr tant d'Escriture, et pensent avoir de grands docteurs en- tre mitins. Mais je prie tels simples gens de penser qu'il n'y a jamais eu hérésie au monde qui ne se soit tous- jours sentie de l'Escriture, la corrom- pons et destournans pour la faire ser- vir à maintenir leurs blasphesmes, combien que toutesfois l'Escriture ne donne point d'occasion d'erreur et hé- résie: mais elles viennent par le con- traire, comme dit Christ (*^): ce que vous errez, n'est-ce pas par ce que vous ne sçavez les Escritures? Quant (*■) II*. Paralip. XXX et XXXV.
(25) Racine, Source, etc., des Anabaptistes, (î6j Racine, Source, etc., des Anabaptistes, (*») Marc,XU,a4.
à la seconde marque, par laquelle les anabaptistes séduisoient et subvertis- soient les cœurs des simples, qui étoit la saincleté contrefaicte, il prouve par des exemples qu'elle est bien souvent le caractère des faux docteurs. 11 est certain que les catholiques avaient à répondre à ces trois difficultés: 1®. que les protestans ne parlaient que de la Bible, et qu'ils la citaient éternelle- ment j 1°. qu'ils condamnaient les danses, le luxe des habits, le caba- ret, etc. 5 3°. que plusieurs d'en Ire eux mouraient constamment pour leur re- ligion. On réfutait ces difficultés tout comme l'auteur protestant que je cite les a réfutées. Ceci nous montre de plus en plus le préjudice que la secte des anabaptistes apportait aux protes- tans; car il la fallait réfuter par des raisons que les papistes faisaient valoir contre ceux qui les avaient employées. Ati reste, il y a dans le Martyrolo- ge de Genève quelques personnes qui étaient anabaptistes. Notez que ceux- ci ont publié deux Martyrologes, l'un à Haerlem, l'an 161 5; l'autre à Horn, l'an 1617. Ces deux ouvrages ont fait éclater la discorde des anabaptistes j car ceux de Horn ont critiqué (27) le Martyrologe de ceux de Haerlem, comme un ouvrage où l'on avait pro- cédé de mauvaise foi. En répondant à cette censure (a8), on se servit de la voie de récrimination: on accusa les compilateurs du Martyrologe de Horn d'y avoir fourré des gens qui avaient souscrit à la confession des réformés Juant à l'article de l'incarnation de ésus-Christ (29). Le principal compi- lateur du Martyrologe de Horn se nommait Jacques Outerman. La pré- face de ce livre n'est pas moins inju- rieuse aux luthériens et aux calvinis- tes qu'aux papistes. Ils y sont tous ac- cusés de tyrannie (3o).
(G) Personne n'a parlé de cette secte aussi équitablement que George Cas- sander!] Il dit que les mennonites fai- saient paraître un bon cœur, un cœur pieux, et qu'ils s'écartaient de la foi par un faux zèle, beaucoup plus que (1',) Dans la préface de l'édition de 1626.
(28) On y répondu dans un ouvrage Jlamand imprimé à Haerlem l'an i63o, et composé par Hans Alenson.
(5f)) Oltiiis, Annal. Anabapt. fle/ flnn. i6i5, (3o) idem, ibtd., ad ann. 1626, num. t, p- 8 ANABAPTISTES.
par malice j qu'ils condamnaient les fureurs de ceux de Mnnsler; qu'ils en- seignaient que le règne de Jësus-Clirist ne doit s'établir que par la croix: Ils sont donc, ajoute-t-il, plus dignes de compassion et d'inslruclinn que d'être persécutés; et il leur applique un beau passage de saint Augustin: Hujus queni dixi Mennonis, cui nunc hic Theodoricus successit, sectatores ferè sunt omnes qui per hœc Belgicce et Ger- mdniœ injerioris loca; huic anabap- tisticœ hœresi affines deprehenduntur, in quibus magna ex parte pii cujus- dam animi ari^umcnta cernas, qui iin- perito quodnm zeio incitati, errore po- tiiis quant animi mulitiâ a t'ero diui- narum litterarum sensu, et concordi to- tius Ecclesiœ consensu desciuerunt, quod ex eo perspici potest, quod Mo- nusteriensibus et hinc consecutis Ba- tenburgicis J'uroribus, noi-'am quan- dam restitutionem regni Christi, quod in delelione impiorum per t'im exter- nani positum sit, meditantibus, acer- rimè semper restiterunt, et in solâ cruce regni Christi instauralionem et propagationem consistere docuerunt: quojit, ut qui hujusniodi sunt, commi- seratione potiiis et eniendatione quam insectatione et perdilione digni videan- tur. His enim mnllà magis coni^enire l'ideuir quod de Manichœis disputans inqiiit August. (*'):Quanquam Dominus per sert^os suos régna subi'ertat erroris, ipsos tamen homines, in quan- tum homines sunt, emendandos esse potiiis quàin perdendos jubet...^tque utinam qui atrociore in hosce miseras sunl anima, mansueludineni et pruden- tiani hujus sancti t'iri imilentur, qui in disputatione adi'enùs Manichœos,.. his i'crbis est usus (*'). Illi, inquit, in t^os sœviant, qui nesciunt cum quo labore verum inweniatur, et quam dif- ficile cai'eantur errores. Illi in i^os sœ- i'iant, qui nesciunt cum quanta diffi- cultate sanetur oculus interioris honti- nis, ut possit intueri solem suum, Illi in t^os sœuiant, qui nesciunt quibus suspiriis et gémit i bus Jiat, ut exquan- tuldcunque parte possit inlelligi Deus (3 1). Voilà ce qu'il dit au duc deClè- vcs en lui dédiant un livre où il prou- ve que la doctrine du baptême des (*') Contra Epistolam FunJamentl. (*'') Ibidem.
(3i) Georgius Cassander, prtefal, TraclatU5 àt Buptitmo lofanliiim.
enfans n'a souffert aucune contradic- tion dans l'ancienne Eglise. Le con- sentement universel de tous les chré- tiens pendant plusieurs siècles lui pa- raît une si puissante preuve qu'un dogme vient des apôtres, qu'il ne croit pas qu'on puisse mieux l'ëfuter les anabaptistes que par la force de cet argument. 11 en savait la vertu par expe'rience; car il dit qu'un docteur anabaptiste, prisonnier au château de Cièves, se convertit avec quelques au- tres de ses adhércns, dès qu'il eut vu le recueil de témoignages qui fait voir 1 antiquité de la tradition sur ce point- là. Ce fut la raison pourquoi Cassan- der fit voir le jour à son ouvrage. Di- sons qu'il conféra deux fois avec des anabaptistes; premièrement à Colo- gne, avec un certain Matthias, l'an i556, et puis avec le nommé Jean Kremer, prisonnier dans le comté de la Mark, l'an i558. J'ai transposé l'ordre de l'auteur que je vais citer; car son iteiiim est contradictoire: Georgius Cassander, dil-il (Sa), bis cum illis coram disputafit, de quo in- ter ejus Opéra fol. lîi^: semel cum Johnnne Kremer, a. cio id lvui cap- tiuo in Coniitatu Marchiœ; iferitm, a. ci3 ID Lvi, cum Matthid aliquo, Co- lonias.
(H) Les théologiens protesians ont combattu cette secte auec zèle dans les Provinces-Unies, et ont obtenu des édits pour la réprimer.'} Ils ont provo- qué diverses fois à la dispute les ana- baptistes. Le S3'node de Horn fit un acte sur cela, et recourut même à l'autorité du gouverneur: Ecclesiœ nostrœ semper bnnum ac utile censue- runt, adi'ersarios ad disputationem et colloquia proi^ocarn. Synodus Hor- nuna a. c.io P lxxx, et a. ciD lo Lxxvi, iniploratâ eum in finem Gu- bernatoris Theod. Sonnoji auctori- tate...dccernit prouocanduni, etc. (33). Trois ou ((uatre synodes firent de semblables actes avant la fin du XVl^. siècle (34). Les églises trouvèrent bon, l'an 1 599, que l'on composa t un ouvra- ge qui contînt le corps des controver- ses anabaptistiques. Arminius, rainis- (82) Hooinbeeli, Summa Controvers., pag.
(33) Idem, ibid. Ifolei qu'il transpose les temps: il met le synode de i5-6 après celui de i58o.
(34) Idem., ibid- ANABAPTISTES.
tre d'Amsterdam, se chargea de cette composition et la commença: il l'in- terrompit quand il fut professeur en théologie à Leide, et il allégua des raisons dans le synode d'Alcmaè'r, l'an i6o5, qui ne lui permettaient pas de s'appliquer à un tel ouvrage. Le sy- node d'Enchuyse, l'an 162^, commit deux ministres à examiner les Confes- sions des mennonites, et à discuter les controverses. L'un d'eux étant res- té seul, l'an 1626, demanda un nou- veau second ^ on lui accorda Dores- laar, au synode d'Amsterdam, en 1628. Ils s'appliquèrent diligemment à leur commission, et publièrent eu flamand un très-bon livre, l'an 1637. C'est un corps de controverses ana- baptistiques, où les variations de ces gens-là sont marquéesexactement (35). L'auteur, qui narre ces choses, obser- ve que les églises prennent garde, conjointement avec le bras séculier, que cette secte ne s'agrandisse: elles sont en sentinelle, dit-il, pour la ré- Î rimer si elle produit de nouvelles ranches ou si elle veut sortir hors de ses limites: Pro coërcendis aut noi^iter pullulantibus aut sua pomoeria exlen- dentibus juxta cum polUicis eliam ec- clesiœ ui^ilant (36). Il ajoute que les synodes de Frise ne cessent de sollici- ter les états de la province à exécuter et à renouveler l'édit qui fut publié contre les anabaptistes, l'an iSgS, et qu'on en presse principalement l'exé- cution à l'égard des nouvelles assem- blées, et des nouveaux lieux d'exer- cice que cette secte ose former. Il ajoute que le synode des anabaptistes, tenu à Haerlem au mois de juillet 1649, ayant fait connaître qu'ils avaient dressé plusieurs nouvelles églises, c'est aux pasteurs orthodoxes à cher- cher les voies de réprimer ces innova- tions j et d'autant plus qu'on se peut fonder sur un édit de l'an i65i, par lequel leurs hautes puissances ordon- nent qu'il faut mettre les sectes à la raisen, et ne leur permettre pas de se répandre: Sectas cohibendas nique in ordinem redigendas, neque permitten- duni in plura loca quhm hodiè sint dif- Jundantur{i'j). C'est ainsi qu'en Fran- ce l'on interdisait les lieux d'exercice dont ceux de la religion ne pouvaient OS) Idem, ibid., pag. SgS, 396.
pas faire voir qu'ils eussent joui au temps des édits. Voyez la PoUtica Ecclesiastica de Voetius (38), où il examine si cette secte doit être tolé- rée: il use de distinction; mais il pen- che beaucoup sur la négative, généra- lement parlant.
(I) M. fan Beuning raisonna un jour sur la tolérance qu'on accorde a cette secte en Hollande avec M. de Tuienne."] M. de Turenne, étant en carrosse avec cet ambassadeur, lui té- moigna qu'il désapprouvait la tolé- rance que les Etats Généraux avaient pour tant de sortes de religions. Je n'ai que faire de dire ici ce que l'on conte que M. van Beuning lui répondit à l'égard des autres sectes 5 je me con- tente de rapporter ce qui concer- ne les mennonites: « Pourquoi vou- w driez-vous, dit-il, qu'on ne les to- )) lérât pas? Ce sont de si bonnes » gens, et les plus commodes du mon- )) de: ils n'aspirent point aux char- » gesj on ne les rencontre point sur " sa route lorsque l'on est ambitieux; » ils ne nous traversent point par leur » concurrence et par leurs brigues. II » serait à souhaiter que par tout le M monde la moitié des habitans se fît » un scrupule de songer aux dignités: » l'autre moitié y parviendrait avec » moins de peine, et sans employer » tant d'artifices et de bassesses, et » tant de moyens illégitimes. Nous ne » craignons point la rébellion d'une » secte qui met entre les articles de sa » foi, qu'il ne faut jamais porter les » armes. Quel repos d'esprit pour un » souverain, que de savoir qu'une » telle bride empêchera les mutineries » de ses sujets, quelque chargés qu'ils » puissent être d'impôts et de tailles? » Les mennonites paient leur part de » toutes les charges de l'élat. ^ela » nous suffit: avec cela nous levons » des troupes qui rendent plus de ser- » vice qu'ils n'en rendraient en s'en- » rôlant. Ils nous édifient par la sim- » plicité de leurs mœurs: ils s'appli- j> quent aux arts, au négoce, sans )) dissiper par le luxe et par la débau- » che leur patrimoine ou les biens » qu'ils gagnent. On n'en use pas w ainsi dans les autres communions: » les voluptés et les dépenses de la » vanité y sont une source continuelle (38) Au livre IF de la I". partie, pag. 538 et suiv.
lo ANABAPTISTES.
1) de scandale et un affaiblissement de dik, gendre de ce David, et publiée 5> l'état. Mais ils refusent de jurer: par Kevius (^3). On imprima en fran- » voilà une belle aflaire! L'autorité çais, à Amsterdam, une Histoire des 5' des tribunaux n'en souffre aucun Anabaptistes, l'an lôgSjCtune plus 5J préjudice. Ces gens-là se tiennent ample l'an 1700. Ceux qui ont écrit i> aussi liés par la promesse de dire contre eux sont Zuingle, Luther, Cal- " la vérité, que s'ils faisaient des ser- vin, Melanchf bon, Olxolampade, Ur- « mens. Toute l'utilité des sermens bain Regius, Juste Menius, buUinger, ') que l'on fait prêter consiste en ce Jean Lascus, Guy de Brès, Tafiin 3> qu'un homme qui les viole craint Hunnius, Osiander, Cloppenbourg, " un châliment plus sévère de la part Spanheim et plusieurs autres qu'il sei> de Dieu, et s'expose à l'infamie, et rait trop long de nommer (44). Mais y> même à des peines corporelles de je n'oublierai pas le livre intitulé -6a- " la part des hommes. Les raennonifes t^el, publié 1 an 1621, par Herman » craignent toutes les mêmes choses Faukeiius, ministre de Middelbourg, 3) s'ils mentent après avoir donné leur et l'un des pères du synode de Dor- 3) parole qu'ils diront la vérité; ils dr'ciit. Il montre dans cet ouvrage la 3) sont donc serrés par les mêmes liens diversité énorme de sentimens qui rè- J) que les autres hommes. » gne parmi les anabaptistes. Ceux-ci (K) Les Hures que l'on a écrits ton- lui opposèrent une Confession de foi fhnnt cette secte et contre ses dogmes tiu ils publièrent l'an 1624 ' ^ Amstersont innombrables.'] J'en ai indiqué dam. Ils usèrent aussi de rétorsion ^ quelques-uns dans la remarque (C). car ils publièrent une Babel des Pé- En voici d'autres. Herman JVIodée a dobaptiites {'f5). Antoine Jacob (4^) fait un livre de Iniliis Sectœ Ana- en fut l'auteur. Notez qu'au commenhaptisticœ. André Meshovius a fait en cernent ils écrivaient peu de livres j latin Y Histoire des Anabaptistes. Un mais enfin ils ont eu divers auteurs, anonyme a fait en flamand la Succès- et ils ont donné au public quantité sion Anabaptistique, imprimée à Co- d ouvrages, les uns didactiques ou logne, l'an i6o3. 11 y a aussi un li- historiques, et les autres polémiques, vre flamand, imprimé l'an i6o5, de Us publièrent à Horn, en 1624, une Origine et Pmgressu Sectarum inter Confession de foi qu'ils munirent de Anabaptistas. M. Ottius, professeur à passages de l'Écriture et de quelques Zurich, a fait en latin les Annales autres autorités. Au bout de douze de cette secte jusqu'en 1671. Tous ces ans ils en publièrent (47) une autre ouvrages sont mentionnés, ou par fj'ii faisait voir leur concorde. On a Hoornbeek (Sg), ou par Micraelius vu des Apologies de leur Confession; (4o), ou par Spanheim (4i). Je n'ai on a vu aussi de leurs Catéchismes et point vu qu'ils aient parlé d'un livre de leurs Manuels de Religion. Ils réque Cassander a indiqué de cette ma- fulèrent le Manifeste de Zurich, l'an nière: De origine i-ero hujus Ana- 1644. Abraham de David (48), l'un bflptisticœ sectœ, ejusque progressa, d'eux, publia un livre, en la même et quœ ex hoc capite monstra quant année, contre un ministre de Ilaerlera, varia et absurda, atque inter se pug- nommé Bon temps. Il l'intitula, Smegnantia prodierunt, luculentè, copiosè, ma Hollandicum contra maculas quas P. Bontemps Mennonitis adspersit. Le même ministre fut réfuté par d'au- (43) Hoornbeek, Siimma Controversiar., p.
(44) Idem, ihid., pag. 3()4; *' Jean VagPt, summdque cum ftde scripsit JVicolaus Blesdick, qui quod aliquandb hujus- 7nodi crrore per imperitiam eetatis de- ceptus fuerit, eh nunc instructior et i'ehementior est in iis erroribus refellendis, id quod illi cum B. AugUStinO dans ta ihère qu'il soutint â TfUleinberg, L'an commune est (42). Hoornbeek parle i688, de Secia Mennonitarum.
fans.
(46) Ministre anabaptiste et médecin d'Am- sterdam.
(4?) A Dordrechl.
(4S) Il se désigna par ces trois lettres, G. V. V., c'est-à-dire, Gérard Vryburg. HoUingeri Bibliolh. Tbeolog., Ub. IH, cap. F, pag. 4:0, fceulement d'une Histoire de David George, composée par Nicolas Bles- (39) In Summâ Controvcrsiarnm. <4o) In Syniagmate (iistor. Eccl. (l\\) In Klencho Controversiar. (4») Georg. Cassander, epist. dedicMor. Trac- tatfts de Baptismo lorantium.
ANABAPTISTES. lî très ouvrages, ipur V^bstersio accu- ou la précipitation, ou la passion. sntlonuiii erai'uini Pétri Bontemps, Après cela il fut juge à propos de con- flit ra /^cr i^. f^. K. 1G43; par Con/u- férer avec eux, et on leur marqua taiio argumentofum quibus P. Bon- trois endroits où ils auraient à s'as- temps probars conatur Anabaptistas sembler, afin d'entendre ce que Ton injttrtos esse in Deum et honiines, avait à leur dire. Ils se rendirent à 1643; par Spongia ad abluendas ma- l'assignation: on leur proposa, et de cu/a^ Pétri Bontemps contra certam vive voix et par écrit, les principaux Anabaplistarum sectam; par Jodoci points de la foi chrétienne; ils n'en re- Ilenrici Lixifium contra ejusdein via- jetèrent qu'un, qui était celui des culas; par Probatin Lixii'ii D. Bon- magistratures. Le sénat, après avoir temps ubi per G. f^. f^. fides potissi- su ce qui se passa dans ces assemblées, viiim authoris et methodus agëndi so- manda quelques-uns de leurs chefs. licitatur (49). Ils comparurent j ils exposèrent leurs (L) On allègue quelques raisons raisons: on y répondit tranquille- 1642, à M. Hotton, ministre de l'é- pas de se retirer conime des gens qui glise wallone d'Amsterdam, par M. avaient peur de quelque supercherie, Creitinger, doyen des ministres de et ils 1 avouèrent le lendemain, lors- l'cglise de Zurich. La guerre s'étant q« <?« leur denianda pourquoi ils allumée presque dans toute l'Europe, avaient fait paraître qu ils se défiaient l'an 1632, les magistrats de Zurich du sauf-conduit que le souverain leur donnèrent ordre que, conformément a^ait expédié. Cette douceur des ma- à la pratique usitée de tout temps en gistrats déplut beaucoup a plusieurs semblables cas, les habitans du can- personnes; cependant on voulut teu- ton s'exerçassent au métier des armes ter encore les voies de la modération.
par des revues. Les anabaptistes refu- sèrent d'obéir, et représentèrent à ceux qui se préparaient à l'obéissance que la guerre doit être considérée On assembla les principaux chefs des anabaptistes: on les aséura que, sans exiger qu'ils prêtassent le serment se- lon les formules ordinaires, on se concomme un châtiment divin, et que tenterait qu'ils répondissent oui ou c'est par la bonne vie, et non par les "O"'' q" «n les dispenserait de porter armes, qu'il faut défendre l'état. Ils insinuèrent qu'ils aimeraient mieux quitter leur patrie, leurs femmes, leurs enfans, et tous leurs biens, que de repousser par les armes l'ennemi commun. Les bons sujets s'indignè- rent de cela à un tel point, qu'ils fu- rent d'avis qu'on exterminât cette les armes, pourvu que, par leurs priè- res et par d'autres moyens pieux, ils concourussent au bien public; et qu'en les engageant à se trouver aux prédications des ministres on ne pré- tendait pas leur interdire la liberté de désapprouver ce qu'ils jugeraient con- traire à la parole de Dieu 5 qu'on vousecte; mais les magistrats cherchèrent l^^t seulement qu ils ne critiquassent des expédiens plus doux. Ils chargé- pa» cela avant que d'en avoir conféré, rent les plus sages têtes du sénat de ou avec un de leurs pasteurs, ou avec régler avec les thé(Jogiens les plus mo- dérés ce qu'il y aurait à faire dans cette conjoncture. Ce comité se re- commanda avant toutes choses aux prières de toute l'église, et puis voici quelle fut sa première résolution: que 1 on n'oublierait rien de tout ce qui paraîtrait propre à guérir les faux scrupules des anabaptistes; qu'on n'en condamnerait aucun, ni à la mort, ni aux galères, et qu'on ne ferait au- cune chose qui ressentît ou la cruauté, quelque autre personne ecclésiastique. On finit par des promesses de protec- tion et par des exhortations pathéti- ques. Mais, quand on vit que ces gens-là ne changeaient point de pen- sée, on les exhorta bénignement à se retirer ailleurs: on leur permit d'em- porter autant de bien qu'il leur en faudrait pour leur subsistance; on promit la restitution à tous ceux qui, guéris de leurs erreurs, voudraient revenir; et l'on déclara que les enfans et les femmes qui renonceraient à la secte et ne voudraient pas abandon- ANABAPTISTES.
Ï2 ner la patrie jouiraient d'une portion convenable du bien des pères et des maris. Les anabaptistes répondirent que la terre appartient à Dieu, et non pas aux magistrats, et rejetèrent ces conditions. Alors on en vint aux taxes et aux amendes; et parce qu'ils refu- sèrent de les payer, et qu'ils crièrent à la tyrannie, on confisqua tous leurs biens. Ils murmurèrent encore plus: ils s'assemblèrent nuitamment; ils prièrent Dieu de réprimer la fureur du magistrat par )a peste, par la fa- mine, et par telles autres calamités. Là-dessus on se trouva obligé de re- courir à un remède plus fort: on en mit plusieurs en prison. Ils se sauvè- rent presque tous (5o) par une brèche qu'ils firent à la muraille, et ne se montrèrent pas moins inquiets qu'au- paravant: on les remit en prison, on les exhorta de temps en temps à se convertir, ou à se retirer de bon gré hors de la patrie; ils persistèrent à demander simplement la liberté. Ils offrirent de rendre raison de leur doc- trine devant tout le peuple: on leur refusa cela ] mais on voulut bien leur proposer une dispute par écrit, et on leur marqua même les points de la controverse: ils répondirent toujours qu'ils ne pouvaient se défendre pen- dant qu'ils seraient en prison. Notez que leurs fugitifs semèrent partout des plaintes atroces, comme si leurs prisonniers avaient été maltraités le plus inhumainement du monde (5i). Voilà une apologie fondée sur la pa- tience très-longue qui précéda les ri- gueurs; mais voici d'autres moyens i)lus particuliers, et qui résultent de a nature ou de la constitution du gouvernement en ce pays-là. Les Suis- ses ne repoussent point l'ennemi avec des troupes auxiliaires ou soudoyées, mais en se rangeant eux-mêmes sous le drapeau 5 et l'un des fonds de leur subsistance est la permission qu'ils donnent de lever du monde chez eux pour le service des étrangers. Il im- porte donc à leurs souverains que tous les sujets soient propres aux ar- mes, et aiment la guerre. Voilà pour- quoi les anabaptistes ne leur convien- (5o) Iif lendemain de Pâques iG36.
(5i) Tiré d'une lettre rf/> Jean-Jacques Brei- tinger, datée du i\ août 1647., et ime'rée dans Us Annales Anabaptittici de Jean-Henri Otiius, pag, a88 et luiv.
nent pas, gens qui ne veulent blesser ni tuer personne, et qui, en tant qu'en eux est, intimident les plus belliqueux^ car ils inspirent des scrupules de con- science sur l'effusion du sang humain et sur les passions inséparables du mé- tier des armes.
(M) Moréri n'a pas eu raison de charger celte secte de deux doctrines qu'il lui impute.'] Il a trouvé dans Pratéolus que, selon les anabaptistes, les femmes sont obligées à prêter leur corps à tout homme qui leur demande cette fonction, et que, réciproque- ment, les hommes sont obligés à sa- tisfaire le désir de toute femme qui leur demande cet ofEce: Dicunt pos- tremo qunnilibet niulierem obligataiu esse ad coèundum cum quolibet uiro eam petenle, et contra eodem vinculo adslringunt omnem uirum ad tantun- dem reddendum cuilibet mulieri hoc ab illo petenti (52). Selon cela, il y aurait un mariage naturel entre tous les hommes et toutes les femmes: je veux dire que, par devoir, et à peine de commettre un crime, chaque hom- me serait tenu de contenter quelque femme que ce fiit quand il en serait requis; et chaque femme serait tenue de complaire à quelque homme que ce fût quand elle en serait requise. Les devoirs que saint Paul expose (53), qui font qu'un mari n'a point la puissance de son corps, et la doit con- sidérer comme transférée à son épou- se ^ et que celle-ci pareillement doit considérer comme transférée à son époux la puissance de son corps: ces devoirs, dis-je, très-justes et très-rai- sonnables dans ile mariage d'un avec une, n'auraient point de bornes; ils s'étendraient de chaque homme sur toutes les femmes, et de chaque fem- me sur tous les hommes: chose si extravagante, si vilaine, si abomina- ble, qu il est difficile de s'imaginer qu'aucune secte d'anabaptistes l'ait enseignée. Les lois naturelles, selon cela, seraient beaucoup plus impossi- bles à accomplir que les lois de l'E- vangile; et il serait juste à cet égard de renouveler cette plain te: C'est un joug que nous, ni nos pères, n'at^ons pu porter. En un mot, ce ne peut pas (Sî) Pratéolus, in Elenclio Ilœreseôn, lib. I, ■pag. v).
(53) Iro. Kpîlre anx Corinlhirii!, chap. VU ^ ANACRÉON.
i3 être une loi de la nature; car la na- ture n'oblige à rien d'impossible (S/j)- La beauté et la tendresse de conscien- ce, jointes ensemble sous uue pareille loi, seraient un poids qui ferait bien- tôt crever les plus vigoureux et les plus robustes. 11 n'y aurait point de personnes aussi à plaindre que celles qui seraient belles et consciencieuses. Et notez que la doctrine de la com- munauté des femmes n'égale point l'abomination de celle-ci: elle n'ôte paiTla liberté de refuser; elle n'engage pas la conscience à tout acquiescement. Peut-être ne me tromperai-je pas si ie conjecture que les faiseurs de Cata- ogues d'Hérésies, les originaux de Pratéolus, ont forgé cette cbimère en donnant un mauvais sens, ou par ignorance, ou par malice, à l'une des conséquences du dogme de l'égalité des conditions. Il est certain qu'au commencement les anabaptistes ensei- gnaient cette égalité: d'où il s'ensui- vait qu'une fille de bonne maison ne devait pas refu.er les propositions de mariage avec un fils de paysan, et qu'un gentilhomme ne devait pas re- fuser les recherches d'une paysanne. Si nos faiseurs de Catalogues ont bâti sur ce fondement la doctrine absurde qu'ils ont imputée aux anabaptistes, sont-ils moins impertinens que ce dogme même?
Te ne crois point non plus que ces sectaires aient regardé comme illégi- time le mariage des autres chrétiens, et qu'ils aient confondu tous les bâ- tards avec les enfans des personnes mariées; qu'ils aient cru, par exem- ple, que la naissance de Calvin n'é- tait pas moins accompagnée de souil- lure que celle d'Erasme. i\Iais M. Mo- réri n'y regardait pas de si près; et, pourvu qu'il ptU difl'amer les héréti- ques, tout lui était bon *.
(54) Impossibili nemo tenelur.
Joly renvoie au Sorberiana « pour quelques » traits asset curieux sur les anabaptistes du ANACRÉON, poëte grec, na- tif de Téos, ville d'Ionie (A), florissait au temps que Polycrate régnait à Samos (B) et qu'Hip- parchus jouissait à Athènes de la domination que son père Pisis-