SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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(G) Son cnef-d'œuure était le por- trait de f^énus sortant de la mer.] Au- guste le consacra dans le temple de Jules César. Les parties inférieures en étaient gâtées, et personne ne fut ca- pable de les rétablir. Le temps acheva de ruiner le reste, et alors Néron fit faire une autre Vénus par Dorothée, et la substitua à celle d'Apelles: F'ene- rem exeuntem è mari DiiJus Augustus dicavit in delubro patris Cœsaris, quœ Anadyomène uocatur, versibus grœcis tali opère dum laudatur i>icto, sed illustralo: hujus inferiorem par- tent corruptam qui reficeret non po- tuit reperiri. f^erîim ipsa injuria ces- sit in gloriam artijîcis. Consenuit hœc tabula carie, aliamque pro ed Nero principatu subslituit suo. Ce sont les (29) Pllnius, lib. XXXy, cap. X, et iniito cap. XI. Carlo Dati, Postille sopra la Vita «l'Apelle, et le Père Hardouin sur Pline, toiii. y, pag. 2o5, disent que Plutarque dans lu Vie d'Aratus, dit qu\4peUes fut disciple de Pam- philus; mais c'est un témoignage fort obscur. Plntarque, pag. io32, semble plutôt dire ijii'A- pellesjut disciple de Me'lanthus.

(30) Dans une leUre qui est à la tête du III'. volume du Vasari.

(3i) Dans ses Postille sopra la "Vita d' Apelle.

(32) In Calalogo Artificum, in Apelle.

(33) Plinius, lib. XXXy, cap. A, pag. i.'i':^.

dijjïsus penicillo reliquas passa absoL uere desperai'crit, atque ità in admi- rationem posteritalis tabulam inchoa^ tant reliquerit (35). Carlo Dati qui ac- cuse cet auteur d'avancer beaucoup de choses, sans dire d'où il les prend, en donne deux autres exemples. 11 est certain que les paroles de Pline con- vainquent de fausseté le Calcagnini: on va le voir: Apelles inchoaverat aliam P^enereni Cois, superalurus etiam suam illam priorem. Im'idit MORS peractâ parte, nec qui succederet operi ad prœscripta lineamenta ini'en- tus est (36). Cicéron, en deux en- droits de ses œuvres, dit simplement qu'Apelles laissa cette Vénus impar- faite (37).

(I) M. Moréri a pris l'un de ces ta- bleaux pour l'autre, ] Voici comment il s'exprime: Les plus belles de toutes les pièces d'Apelles yure^t deux por- traits de f^cnus, dont l'une qui sor- tait de la mer fut nommée Anadyomè- ne, et l'autre est celle quil fit pour ceux de l'île de Co, dont Oi'ide parle en ces termes: Si nunquàm Venerem Cuis pinxisset Apelles, Mena sub œquoreis illa laleret aquit.

Il cite Ovide in Sent. Il fallait citer le III*. livre de Arte amandi, v. 401. H faut savoir qu'Apelles n'acheva pas le (35) Caloagnini, lib. XIII, pag. i'j7, apud Carolum Dali, pag. i^i.

(36) Plinius, lib. XXXy, cap X. pag. 212.

(37) Cicer., Kuist. IX ad Fami!., lib. l, cl Je Offic, Ub III, cap II.

APELLES.

s'ëtonner qu'il ne le dis» que de la seconde Venus d'Apelles. Il me vient un scrupule que je m'en traits de Venus à alléguer, l'un fini, vais proposer: je ne sais si Pline ne l'autre à moitié fait, eût laissé celui- multiplie pas les erres sans nécessité, là, pour ne parler que de celui-ci? lorsqu'il nous parle d'une Vénus y^na- Pour en user de la sorte, il faudrait ne dyomène, et d'une autre Vénus comsavoir pas les plus communes lois du mencée pour les habitans de l'île de raisonnement. De plus, le second vers Co. Le fondement de mon scrupule est une allusion manifeste à la Vénus Anaclyoniène, c'est-à-dire, sortant des ondes. Il s'agit donc du premier por- trait. Nous savons que Vénus avait cette attitude dans celui-là, nous ne savons pas celle qu'elle avait dans le second. J'ajoute que si les deux vers d'Ovide étaient sortis de sa plume tout tels qu'on vient de les rapporter, il aurait très-mal raisonné: il faut donc les corriger en cette manière; et alors ils formeront une preuve raisonnable de ce qui piécède: Si Venerem Cois nusquhm posuissel Apelles, Mersa sub tequoreis itla jaceret aquis.

est que la première Vénus n'était dans l'état de perfection qu'à l'égard du haut du tableau. C'est Pline qui nous l'apprend, et qui ajoute qu'au- cun peintre n'osa réparer ce qui s'en était gâté (4i)- Or, l'autre Vénus n'é- tait finie qu'à l'égard des parties supé- rieures, et aucun peintre n'eut le cou- rage d'entreprendre ce qui y man- quait. C'est encore Pline qui nous l'apprend (42). Je crois qu'il est le seul qui fasse cette remarque touchant deux Vénus d'Apelles défectueuses aux mêmes endroits. Les autres au- teurs ne la font que de la Vénus d'A- pelles en général j et lorsqu'ils parlent de cette Vénus, ils la mettent dans es plus fins critiques aiment mieux j,jj^ ^^ ç^ ^,3. ^^ ^^^,^ ^^^^^ ^^ Cous que O)» Je croîs qu ils ont rai- ^,^^^ ^^ cette île qu'Auguste tira la son encore qu il soit apparent qu A- y^^^^ Anadyomène (44). 11 pourrait pelles fit sa Venus ^Wrome/ze pour ^^^^ j^.^^,;(^^ p].^^^ ^ "^av^r^qyxé les habitans de 1.le de Co; car c est ^'exactitude. Je m'en rapporte à ceux d eux qu Auguste 1 obtint, et il leur. ^^^,^^^^4 ^^^^^^ ll^eme d'exa- remit en considération de ce portrait ^ - ' - - ^ la somme de cent talens, sur le tribut qu'ils devaient à son épargne. Ils avaient cette Vénus dans le temple d'Esculape, avec l'Antigonus du même peintre. Lacter promontorium est Coœ insulœ in cujus suburbio est miner mon petit doute.

(K) M. Moréri n'a pas bien rapporté ce qui concerne la peinture d'un chef'flZ. ] Les anciens auteurs ont parlé avec grande estime, dit M. Moréri, d'un cheval, tiré tellement au naturel , _...,.,■ ^.,■ par Apelles, que les jumens hennisœdesMsculapa nobditata Antigono \^^^J^^ lèuoyant. Je ne pense pas mais voici ce que Fline nous apprend: Estetequus ejus, sii'efuit, pictus in certamine: quod judicium ad mutas quadrupèdes profocauit ah liominibus. JYamque ambitu œmulos prœ^'alere sentiens, singulorum picturas inductis equis ostendit: Apellis tantiim equo adhinnii^ére, idqiie et poste'a semper illiiis experimentuni arlis ostentatur (45). Cela veut dire qu'Apelles, dispu- tant contre quelques autres, à qui que ejusdem artificis f^enus Anadyo mené (Sg). 'H vt/v atvaKsiTO.! nS ÔsiJb Ka.icra.pi h 'VÛ/jly,, n:(iv'2iQa.ç<iV àvotâêVToç SXSITOV TOiXlivTCCV ài^lêS-IV "J/SVSIT'Sa.l TOtl :Tf oç-*;t6«>'TCiç <|)opot> (4o). Quœ nunc dtdicata est divo Cœsari, Augusto consecrante patri generis suipatronam. Aiunt Cois pro picturdj'uisse remissa centum talenta de iniperati tributi suni- mâ. Pline pourrait bien avoir ignoré que la Vénus y^rtnr/^owè/îe eût été faite pour l'île de Co: on ne doit donc pas (38) Voyez la remarque pre'ce'dente. (3g) Junius, in Catalogo Artiiicum, in Apellc, pag. -27.

(4i) Plinius, lib. XXXV, pag. 212.

(42) Ibidem.

r43) Vide Ciceron., de Offic., lib. III, cap. II; de Naturâ Dec. un., lib. I, cap. XXVII; in Veriem, Oral. IV, cap. I.X.

(44) F-x Slroboais, Ub. XIV, pag. 65;.

(45) Plinius, lib. XXXV, pag. 2\Z.

peindrait mieux un cheval, et se dé- liant de l'intégrité des juges, aima mieux commettre sa cause à la déci- sion des bêtes: on fit entrer des che- vaux, ils ne hennirent qu'à la vue de l'ouvrage d'Apelles. Quelques - uns (46) croient que le conte d'Élien (47) n'est qu'une corruption de celui-ci^ c'est-à-dire, qu'ils croient que ce qui APELLES. i6g qu'ils trompaient les hommes et les bêtes (5i).

(L) // ne passait aucun jour sans manier le pinceau, d'r.U naquit unja- meux proi^erbe. ] C'est Pline qui nous l'apprend: Apeliijuit atioquï perpé- tua consuetudo nunquam tant occu- patam diem agendi, ut non lineani du- cendo exerceret arlern, quod ab en in se passa entre Apelles et les juges du proi/erhium venit (Sa). Carlo Dati prix, lorsque ce peintre préféra le ju- gement d'un cheval au leur, a donné Heu de conter qu'il avait dit à Alexan- dre: Votre cheval s'entend mieux que vous en peinture. D'autres croient que ce sont deux aventures toutes difî'é- rentes (48). Pour moi, j'ai déjà fait connaître mon petit avis, qui est qu'il faut regarder comme une fable 1 historiette rapportée par Elien. Le silence de Pline, dans une occasion si belle de parler, me confirme dans mon sentiment. Pline se serait-il tu touchant le cheval qui hennit dans la boutique d'Apelles en présence d'A- lexandre, et touchant la conséquence qu' Apelles en inféra? Pline, dis-je, se serait-il tu sur de tels faits, lors- qu'il rapportait l'autre aventure, où Apelles avait appelé du jugement des arbitres au jugement des chevaux? Carlo Dati a observé que, dans aucun de ces deux cas, Apelles n'avait parlé en habile peintre, puisqu'il avait sup- poséque plus on était connaisseur, plus on prenait la figure pour l'objet même. Mais il fallait prendre garde que cette censure ne peut point tomber sur l'é- vénement que Pline rapporte j car Apelles ne préférait le jugement des chevaux à celui des hommes, que parce qu'il voyait que la brigue de ses rivaux avait corrompu les juges (49)- La remarque de Carlo Dati est très- bonne, quant au fond: il est plus fa- cile de tromper ceux qui ne se con- naissent pas en tableaux, que ceux qui s'y connaissent. Il cite Jean-Paul Lomazzo (5o): on peut citer désor- mais M. Perrault qui a très-bien ré- futé les conséquences que l'on tire à l'avantage des anciens peintres, de ce (46).Scbefferus in ^liani Var. Hist., lib. II, cap. III.

(47) fuyez la remartjtie (D).

(48) Carlo Dali, Postille sopra la Vita d'A- pelle, png. laS.

(50) lib. III, cap. /, délia Piuiira.

remarque sur cela que Saumaise, pour confirmer ce proverbe, a cité comme un vers d'Horace ces paroles: Nulla dies abeat quin linea ducta su- persil *, qui ne sont ni d'Horace, ni d'aucun autre ancien poète. Il ajoute, qu'il est arrivé très-souvent à cet au- teur de se trop fier à sa mémoire: Non lascero d'auvertire in questo luogo, che Claudio Salmasio, grandissimo critico deW eta nostra, nelle Dissertaz. Pliniane sopra Solino a 5, in conj'er- niazione di questo prouerbio, Jidandosi troppo délia memoria, coine bene spes- so eglifece, cita un verso d'Orazio...il quale non è ( ch' io sappia ) ne d'O- razio, ne d'altro poeta latino antico, majorse uno di quei versi prnverbiali che vanno per le bocche de gli uomini senza sapersene Vautore (53).

(M) Les physionomistes ne devi- naient pas moins sur ses portraits que sur les originaux, ] Le grammairien Apion a débité sur cela une chose si peu croyable, qu'on aurait bien delà peine à ne la pas traiter de fabuleuse, quand même un auteur plus digne de foi, que ne l'est ce grand hâbleur, l'assu- rerait. Contentons-nous de savoir his- toriquement ce que Pline en dit: Ima- gincm adeo similitudinis indiscrètes pinxit, ut ( incredibile dictu ) Apion grammaticus scriptum reliquerit quem- dam ex facie hominum addivinantem ( quos metoposcopos vocant) ex ils dixisse aut futurœ morlis annos, aut prœteritœ (54). Pline lui-même ne sau- rait se persuader qu'à la vue d'un ta- bleau bien ressemblant, on puisse (5i) Parallèle des anciens et des modernes, Dialog. II, pag. i36.

(52) Plinius, lib. XXXV, cap. X, pag. îo8. ' Ce vers, comme le remarque la Monnoie dans le Me'nagiana, est d'Andrelinos. Voyez ma note, pag. f)i.

(53) Carlo Dali, Poslille sopra la Vita d'A- pelle, pag. 107. Le Père Hardouin /niWa même remarque. Voyez le tome V de jon Pline, pag.

IJO APELLES. APELLICON. APICIUS.

dire à quel âge est morte ou mourra la personne peinte. 11 faut supposer que le devin s'informait si cette per- sonne vivait ou non.

APELLES, excellent acteur pour le tragique, sous Caligula, s'était mis en faveur par des voies très-infâmes; mais, lorsque la fleur de sa jeunesse fut passée, il se fit comédien (a), et il se maintint de telle sorte dans les bonnes grâces de Caligula, que ce prince, qui le voulait avoir toujours avec lui en public mê- me (6), le mit au nombre de ses conseillers (c). Mais un jour qu'il lui demanda auprès de la statue de Jupiter, qui des deux te semble être le plus grand, Jupiter, ou moi? il se mit si en colère de ce qu'Apelles ne ré- pondait pas assez tôt, qu'il le fit fouetter cruellement. Il dit même, par forme de plaisan- terie, qu'Apelles avait la voix agréable, même dans le ton plain- tif (A). Quelques-uns assurent qu'il le fit miettre aux fers, et qu'il donna ordre que de temps en temps on le fit tourner sur une roue {d).

(a) Philo, Légat, ad Caïum, pag. I03I. (c) Philo, Légat, ad Caïum, pag. 1021. {d) Ici. ibid.

(A) Caligula...dit...qu'il avait la l'oix agréable, même dans le ton plain- tif] Voici les paroles de Suétone sur ce sujet: Inter i^arios jocos ciin assistons simulacro Jouis Apellem tragœdum consuluisset, uterdli inajorvideretur, cunctantem flagellis discidit, collau- dans subindè focem deprecantis, quasi etiant in gemitu prœdulcem (i).

(i) Siieton, in Calig., cap. XXXIII.

APELLICON, qui acheta la Bibliothèque d'Arislote. Voyez les remarques de l'article Ty- RMVNION.

APICIUS. Il y a eu à Rome trois Apicius renommés pour leur gourmandise. Le premier vivait avant le changement de la république, le second sous Auguste et sous Tibère, et le dernier sous Trajan. C'est du premier Apicius qu'Athénée veut parler, lorsqu'ayant dit, sur le témoignage de Posidonius, que l'on conservait à Rome la mémoire d'un certain Apicius, qui avait surpassé tous les hommes en gourmandise, il ajoute que c'était le même Apicius qui fut cause de l'exil de Rutilius (a). On sait que Posidonius a fleuri du temps de Pompée, et que Ru- tilius fut exilé environ l'an de Rome 660. Le second Apicius est le plus célèbre des trois. Athénée le place sous Tibère, et dit qu'il dépensa des sommes immenses pour son ventre, et qu'il y avait diverses sortes de gâteaux qui portaient son nom (b). C'est de lui que Sénèque parle dans sa lettre XCV et dans le onzième chapitre du livre de ^itâ bealâ, et dans le Traité de Consolation qu'il écrivit à sa mère Helvia, sous l'empereur Claude. On trouve dans ce der- nier ouvrage que cet Apicius avait vécu du temps de Sénèque, et qu'il avait tenu, pour ainsi dire, école de gueule et de gour- mandise à Rome; qu'il avait dé- pensé deux millions et demi à faire bonne chère; que se voyant fort endetté, il avait enfin songé à examiner l'état de son bien; et qu'ayant trouvé qu'il ne lui resterait que deux cent cinquan- te mille livres, il s'empoisonna, APIC comme s'il avait craint cle mou- rir de faim avec une telle somme. Dion, qui l'appelle M. Gabius Apicius, rapporte la même cho- se (c), et ajoute une particulari- té, qui se trouve aussi au F', cha- pitre du IV*. livre des Annalesde Tacite, que Séjan, dans sa pre- mière jeunesse, s'était prostitué à lui. Pline l'appelle M. Apicius, et fait souvent mention des ra- goûts qu'il inventa {d): Nepo- tum omnium altissimus gurges. On avait fait un livre sur sa gourmandise, cité par Athénée (e). Il ne faut point douter que r Apicius de Juvénal, de Martial, de Lampridius, etc., ne soit ce- lui-ci (A). Le troisième Apicius vivait sous Trajan. II avait un secret admirable pour conser- ver les huîtres: cela parut, lors- qu'il en envoya à Trajan au pays des Parthes: elles étaient encore fraîches quand ce prince les reçut {f). Le nom d'Apicius est demeuré long -temps affecté à divers mets, et a fait comme une espèce de secte parmi les cuisiniers. Nous avons un Traité de Re Culinariâ, sous le nom de Cœlius Apicius, que quelques critiques jugent assez ancien, quoiqu'ils n'estiment pas qu'il ait été composé par aucun de ces trois Apicius {g). Quelques-uns aiment mieux nommer l'auteur de ce livre Apicius Cœlius. Un savant Danois est de ce nombre, (c) Dio, lib.LyiI.

(c) Dio, lib.LyiI.

{d) Piinius, lib. Vm,cap. Il; lib. IX, cap. XVIIl; lib. X, cap. XLVUI; lib. XIX, cap. nu.

(e) ApioQ en était l'auteur. Alhen., lib.

ig) Borricliias, Cogit. de vaiiis Lingus Lat. aetatibus, pag. 18.

et il attribue cet ouvrage à celui qui envoya des huîtres à l'empe- reur Trajan. Ce livre fut trouvé dans l'île de Maguelonne, auprès de Montpellier, par Albanus Torinus, qui le publia à Bàle, douze ans après (B). Il avait été déjà trouvé ailleurs, près de cent ans auparavant, sous le pape Nicolas V, par Enoch d'Ascoli (h). Il y avait au titre M. Cœ- cilius Apicius. Vossius estime que l'auteur s'appelle M. Caelius, ou M. Caecilius, et qu'il intitula son ouvrage, Apicius, à cause qu'il traitait de la cuisine {i). On trouve dans les remarques de Casaubon sur Athénée quelque chose touchant notre Apicius {k). J'ai découvert quelques fautes à son sujet dans différens auteurs (C). Je les rassemble toutes ci- dessous dans une seule remarque.

[h) Platioa, in vilâ Nicolai V.

(j) Voss. de Ânalogiâ, lib. I, cap. XIV, (A) Casaub., in AtUen., lib. I, cap. VI; et lib. IV, cap. XIX.

(A) L' Apicius de Jui^énal, de Mar- tial, de Lampridius, est le même que celui-ci. ] J'ai en vue ces paroles de Juvenal: Qute miser, et f rugi non fecit Jpicius...(i); et ces deux vers de îJartial: Ipse quoifue adccenam gaudebr.l Apicius ire: Cum canarel, ernl Irislior ille, duini (3) et l'endroit de Lampridius, où nous lisons que l'empereur Heliogabale mangeait souvent des langues de paon et de rossignol à l'imitation d'Apicius: Comedit sœpiùs ad iniitationem Apicii calcanea camelorum, et cristas uii.'is gallinaceis deiuptas, linguas pauonum, et lusciniarum (3). 11 y a dans Ju- (i) Juveual., Salira IV, vs. s3.

(3) Martial., Episrara. LXIX, lib. II. Voyez, aussi /'Epigram. LXXIIl du liv. X.

(3) Lampr., in Ilelio^ah., cap. XIX, pag. 835. Vtde niam cap. XVIII, vag. 9^n, ei cap. XXIV, pag. SS-.

APICIUS \enal un autre passage, où Apicius signifie ge'nëralernent un homme qui fait beaucoup de dépenses pour se nourrir: Quid enim majore cachinno Excipitur vulgi qu'am pauper Àpkius...v4)?

C'est puérilement que quelques com- mentateurs entendent ici, ou l'Api- cius du premier livre d'Athénée (5), ou celui de la quatrième satire de Ju- vénal (6).

(B) Son livre fut trouué par Alba- nus Torinus, qui le publia h Baie, dnuze fins après. ] Il le fit imprimer in-4°, l'an i54i. 11 y joignit le Traité de Paul jEgineta, de Facultatibus Ali- nientorum, qu'il avait traduit, et les dix livres de Platine, de tuendd Va- letudine, de JYaturd Reruni, et Po- pinœ Scientid. Il dit dans sa préface qu'étant allé à l'île de Maguelonne, il y avait douze ans, avec Guillaume Peilissier (7), il avait vu un manu- scrit où il reconnut, par la trace des caractères, le titre de Caelii Apitu TE RE CULINARIA LIBRI X. Il CUt UU trèsgrand plaisir de sa découverte. Il fit copier exactement cet ouvrage: il sen- tit d'abord que c'était la production d'un ancien auteur; mais comme le manuscrit était dans un grand désor- dre, il crut qu'avant que de le met- tre sous la presse, il le fallait coUa- tionner avec l'exemplaire de Venise, qu'il attendit très-long-temps. On le lui envoya enfin, et il le trouva plus corrompu que celui de Maguelonne. Il eût renoncé pour jamais à l'impres- sion de ce livre, si quelques étudians ne l'eussent contraint, par leurs plain- tes et par leurs importunités, à le publier. Il s'en fit la même année une seconde édition in-S"., à Lyon, chez Sébastien Gryphius. On le publia à Zurich, l'an i542, in-4°-, avec les notes et les corrections de Gabriel Humelbergius. Je ne crois pas que Gesner, niSimler, méritent aucune censure pour avoir dit que cet ou- vrage fut imprimé à Venise avant qu'Àlbanus Torinus l'eût mis au jour. On prétend qu'ils n'ont pas bien en- (4) Ju vénal., Satir. XI, vs. 3.

(5) Bernard. Anlumnus, in hune locum Juve- nalis.

(6) Farnab., in eumri. Juvenal. lotuin.

(7) // elait évêque de Maguelonne, c'eit'à- Jire de Montpellier.

tendu les expressions de c« Torinus: In Bibl. Simlero-Gesneriâna dicuntur ylpicii libri primiini excusi f^enetiis., ?uod acceptum est ex malè intellectis '^orini i/erbis in dedicatione (8). Voi- ci quelles sont ces expressions: Pre- menduni plané censebam donec me- lioris alicujus exeniplarisjieret copia, quod acceperam esse nnnis abnine plus minus quinquaginta f^enttiis ex~ pressum (9). Quoique cela n'apprenne pas avec la dernière clarté qu'il s'a- git d'une impression, on est néan- moins excusable de l'entendre ainsi, et il se trouve, en eflèt, qu'un bi- bliographe assure qu'Apicius fut im.- primé à Venise, l'an i5o3, in-4°., apud Johan. de Cereto de Tridino (10). Les héritiers d'André Wechel avaient eu quelque pensée de réim- primer cet ouvrage. Pignorius leur fit offrir, par Velserus, un bon ma- nuscrit (11). Cela n'eut point de sui- te. Il y avait dans la bibliothèque des ducs d'Urbin un Apicius, dont les caractères sont semblables à ceux des Pandectes Florentines. Il est aujour- d'hui dans la bibliothèque du Vati- can. Gudius le conféra avec l'édition de Lyon (12). Au reste, Albanus To- rinus a été repris fort aigrement d'ar voirtrouvél'airet le goût de l'antiquité dans cet auteur: Olfaciebam statim autorem esse vetuttissimum, et obso- pœum, qui de re popinali, linguâ co- quinariâ egregiè prœler cœleros scrip- sisset, et qui obsonia delicatiiis quàm pro ed œlate qud glandibus wescerentur hotnines, confecisset (i3). La- tinus Latinius assure qu'il faut être bien grossier pour en faire ce juge- ment, et que ce prétendu Apicius n'est qu'un sot et un barbare, dont quelques-unes des manières d'apprê- ter ne sont propres qu'à écorcher la bouche, et qu'à soulever l'estomac: In Latini Lalinii Bibl. profana, ubi quœdam illius l'iri docti in Apiciuni obserwatioties leguntur, ad t/erba edi- toris, ubi in prcefat. ait se statim ol- (8) JoVi. AlberlHS Fabricius, in Bibliolb. Latj- nâ, pag. i3o, edit. Hamburgens., an. iSt)^.

(9) Âlban. Toviniis, in Epist. Dedicat.

(10) Merclilinus, in Lindenio renovato, (11) Voyei les Lettres de Reinesins à Dau- inius, pag- 109.

(12) Joh. Albertus Fabricius, Bibliolb. Lalina;. pag. t'io.

(i3) Alban. Torinus, in Epist. D«dicat.

fecisse autorem esse vetiistissimum, kœc nota occurrit; « Quàm vereor » ne tuae nares obesiores fuerint! quid » enim vetustatis redolere possunt « verba semibarbara, et ab eo flo- » renti seciilo prorsùs aliéna? Ego » verô, ut quod sentio paucis expe- » diam, commentum puto esse ho- » minis otiosissimi, qui cùm illude- » re posteris ejusdem nai'is facile sibi » esse persuasisset, mentito nomine )» Apicium credidit venditare posse. » Sed passîm occurrunt, quibus penè » manifesto prodit seipsum autor )) ineptus, barbarus, et nullius in I) eâ arte ingenii, aut gustûs qui ea w interdùm conjungat ad saporis gra- » tiam, quae usu docente omnes sci- )> mussummampalato moiestiatn nau- » seamque stomacho creare solere M (i4)- " Ce jugement de Latinius n'est pas mauvais: Isaac Gi'angaeiis eût mieux fait de s'y conformer, que de prétendre que les dix livres de Re coquinarid, qui courent sous le nom d'Apicius, ont été écrits par notre second Apicius (i5). J'avoue que le scoliaste de Juvénal observe que cet Apicius fît un traité de cuisine (i6): j'avoue aussi qu'Isidore de Séville at- tribue un semblable ouvrage à ce mê- me Apicius: Coquince apparalum Api- cius quidam primas composuit, qui in eo, absumptis bonis, morte volunta- rid ptriit (17). Mais ce ne sont pas deux écrivains dont le témoignage puisse balancer le poids du silence de tant d'auteurs plus dignes de foi, et aui ont eu des occasions inévitables e citer ce livre d'Apicius. En tout cas, la bonne critique demande que nous jugions que si ce livre a existé, ce n'est point celui qu'Albanus Tori- nus a mis en lumière.

(C) J'ai découvert quelques fautes à son sujet dans dijfférens auteurs. "] Je commence par M. Moréri. Il ne de- vait pas dire, ni que l'Apicius dont parle Sénèque a écrit un ouurage des délicatesses du manger, ni qu'il se (i4) Joh. Albertus Fabricius, in Biblioth. Lat. Append., pag. 179.

(i5) Isaacus Graagseusin Javenal., Satir. IV, (16) Auctor prœcipiendarum cœnarmn, qui icripsil de juscellis: fuit enim excmplmn gutce. Vêtus Scholiast., in iluven., Sat. //', vs. 23.

(17) Isidor. Hispalens. Origin. lib. XX, cap. IV, apud Joh. Alb. I|abncium, Ëtbliolb. Lalio» pag. l'iz.

APICIUS. 173 pendit de désespoir, voyant qu'il aidait dissipé tout ce qu'il aidait. M. Moréri cite Sénèque lib. de Consol. Cela est trop vague, puisque nous avons trois traités de ce philosophe intitules: de Consolatione. 11 fallait citer celui qu'il adresse à sa mère. On y voit qu'Api- cius s'empoisonna pour avoir trouvé, par le calcul de ses biens, qu'il ne lui restait que la somme de aSo mille livres, toutes ses dettes payées ( 18^: yKrti aliéna oppressus, raliones suas lune primiim coactus inspexit. Superfulu- rum sibi sestertium ccnlies coniputa- uit, et inclut in ultimd faîne tnclurus si sestertio centies i^ixisset, ueneno ^'itam Jinii^it. Quanta luxuria erat, cui sestertium centies egeslasfuil(^ig)l Martial a fait là - dessus cette épi- gramme: Dederas, Apici, bis tricenlies venlri, Sed adhnc supererat centies tibi laxum. Hoc tu gravaLus, ne fatnetn et sitim ferres y Suinind venenurn potione duxisti. Nil est, Apici, tibi gulosius factum (20).

N'avoir pas suivi l'auteur qu'on cite, quaat au genre de mort, est une pe- tite faute j mais on a ôté à cette his- toire tout son merveilleux, lorsqu'on a supprimé la somme qui restait à ce prodigue. La citation d'Athénée, /tV. II, ne vaut rien du tout. Enfin, M. Moréri devait savoir qu'il y a eu trois Apicius, et ne se borner pas à un. Charles Etienne prétend que l'A- picius dont parle Sénèque (2 ij, se pen- dit, et qu'il avait publié un livre d& Gulœ Irritamentis, qui est encore au- jourd'hui entre les mains de tout le monde. Il n'y a point de bon criti- que qui croie que l'ouvrage que nous avons de Re culinariâ soit ae l'Api- cius dont Sénèque fait mention (aa); quoi qu'il en soit, voilà sur quel ori- ginal M. Moréri a fait une partie de ses fautes. C'est de là qu'il a tiré qu'Apicius se pendit, qu'Apicius écri- vit un livre des Délicatesses du man- ger. II fallait aussi en prendre qu'Api- cius avait encore aSo mille francs; car c'est un fait que Charles Etienne (18I Je me sers de l'évaluation de Lipse sur les Annales de Tacite, iiV. IV, chap. I.