TYiTiuiç KcLi ai7rox.pi<riœç s^iç'utiioTssov^ (4^)' Primus orationis genus quod Plato tradideral mouil, ejf'ecitque per inter- rogatianem et responsionem contentio- siiis. On a pu néanmoins dire (ju'il fut le premier perturbateur du repos public des philosophes; car, outre qu'il ressuscita une mode dont oa ne se sou- venait guère, il poussa le principe de Socrate avec plus d'ardeur qu'on n'a- vait fait auparavant, et il se montra plus vif, plus opiniâtre, plus inquiet que les premiers inventeurs. Voilà pourquoi l'on a dit de lui ce que je m'en vais écrire: JVonne jam quiim philosophorum disciplinœ grauissimce constitissent, tum ut exortus est in op- timd Republicd Tiberius Gracchus, qui otium perturbaret, sic Arcësilas, qui conslitutam philosophiam euerle- rel, et in eorum autoritate delitesceret qui negavissent quicquam sciri, aut percipi passe (49)?
On a cherché la raison de la conduite d'Arcésilas, et l'on a cru la trouver dans l'émulation ardente qui s'éleva entre lui et Zenon son condisciple. Ils avaient été tous deuxécoliei-s de Polé- mon (5o), et ils se piquèrent de se sur- passer l'un l'autre (5i). Or Zenon prit le parti des dogmatiques: il donna des définitions et des axiomes qu'Arcésilas combattit vigoureusement 5 et, afin d'y mieux réussir, il fut bien aise de ren^ (4') Idem, ibid.
(48) Diog. Laërl., lib. IV, nnm. 28.
(49) Cicero, Academ. Question., lib. Il, cap. f.
(50) Idem, ibid., lib. I, cap. IX. Numenius, apud Euseb. Prasp. Evangel., lib. XI V, cav..
(5i} Numeniiis, apnd eumdem, ibid.
ARCÉSILAS.
verser tous les fondemens des sciences, et de réduire toutes choses à l'incer- titude. Le passage que je vais citer témoigne cela, et en même temps le peu de succès de cette entreprise (Sa), quoiqu'elle fût soutenue par une élo- quence qui plaisait beaucoup: Fuerint illa uetera, si uultis, incognita; nihil ne est eri^o actum quod ini'estigatum est pntteaquam Arcesilas Zenoni, ut putant, obtrertans, nihil novi repe- rienti, sed emendanti superiores im- miUationes uerborum, dum hujus défi- nitiones lahefactare i^idt, conatus est ctarissimis rébus tenebras obducere; cujus primiim non admodUm prohata ratio quanqiiam floruit tum acumine ingenii tum admirabili qiiodam le- pore dicendi, proximè h Lacyde solo retenta est (53)? D'autres disent que la crainte d'être accablé par les objec- tions de certaines gens, qui prenaient plaisir à harceler les philosophes, con- traignit Arcesilas à n'affirmer rien. Il mitdevant lui repo<7ue comme un rem- part: ce fut une nuit, à la faveur de laquelle il espéra de se dérober à la poursuite du sophiste Bion, et des sec- tateurs de Théodore, frondeurs pei-pé- tuels des philosophes. Numénius, qui observe que Dioclès le Cnidien avait adopté cette conjecture, la rejette, et il me semble qu'il a raison ^ car quoi- qu'en ne décidant ni pour ni contre l'on se puisse garantir de mille diffi- cultés embarrassantes, on ne laisse pas de se commettre beaucoup: et si d'un côté l'on a moins à craindre les objec- tions graves et sérieuses, les rétorsions, et les argumens ad hominem, l'écueil ordinaire et inévitable des dogmati- ques, l'on s'expose de l'autre beaucoup plus à la raillerie, et aux insultes des goguenards. Or il est certain que Bion, le plus grand moqueur de son siècle, était moins terrible quand il raison- nait que quand il plaisantait. Géné- ralement parlant, c'est un poste très- incommode que celui où l'on vous tourne aisément en ridicule. Arcesilas lui - même employait la raillerie con- tre ceux qui rejetaient le témoigna- ge des sens (54). Quoi qu'il en soit, voyons les paroles de Numénius: Où (52) Cela ne s'accorde pas avec ce qu'on rapportera dans la remarque (G).
(53) Cicero, Académie. Question., /i2>. //, cap. yi.
(54) Diog. L.icrliiis, Ub. IF, uum. 34.
Ti KHI BlftJVOÇ IOÛ Sot^iç-ût/, STTSIO-IÔVTÛJV TOÛ TMV i7roX>IV. ToÛt OÙV tyO <JÙ TTl'Stt- [j.a.\ (55). IVeque enim Gnidium illum Dioclem audio, qui in suis,, ut eas in- scripsit, diatribis, Arcesilam docel, Theodoreorum ac Bionis sophistce me- tu, quiphilosophis infesti, nullamnon eoscoarguendi occasionemacciperent, ita sibi, ne quid ab iis molestiœ pate- retur, cavisse, ut nec certi quicquam statueret; nam ut sepias effuso atra- nienlo, sic illum sese objecta hdc as- sensionis retentioiie légère ac tueri. f^erùm hoc, ut dixi, minus credo. No- tez qu'un des interlocuteurs de Cicé- ron a soutenu qu'Arcésilas ne passa point dans le parti de Vepoque, pour contredire Zenon, mais par le désir de trouver la vérité: ^rcesilam fera non obtrectandi causa cum Zenonepugna- uisse, sed veruni inuenire voluisse sic intelligitur (56). Il prétend qu'Arcé- silas fut le premier qui découvrit et qui approuva cette pioposition: Il est possible qu'un homme n'affirme et ne nie rien sur les matières incertaines, et c'est le dei'oir de l'homme sage tNemo superiorum non modo expresserat, sed ne dixerat quideni posse hominem ni- hil opinari, nec soliim posse, sed ita necesse esse sapienti, uisa est Arcesi- lœ ctim t^era sententia, tum honesta et digna sapiente (67). Il prétend que ce philosophe demanda à Zenon: Qu'ar- riuera-t-il, si l'homme sage ne peut rien connaître clairement, et s'il ne doit rien admettre qui ne soit claire- ment vrai? et que Zenon répondit: Il comprendra clairement certaines cho- ses, et ainsi il n'admettra rien d'ob- scur. Il fallut ensuite assigner le carac- tère des choses clairement comprises. Celui que Zenon donna fut combattu par Arcesilas, qui lui soutint que la fausseté peut paraître sous la même idée que la vérité, et qu'ainsi l'on (5CJ Cicero, AcaJemic. Quicâlion., lib. II, cap. xxir.
Ci;) Idem, ibid.
ARCÉSILAS.
nesaurait faire lecliscernementflu vrai certain qu'Arcesilas ne fit qu'éfendre et du faux. Zenon accorda qu'on ne et développer ce qui avait ele dit par pourrait rien comprendre, si ce qui les plus grands maîtres: Cum Zenon'est pas pouvait nous paraître sous la ne...u4rcesi/as sibi onine veitamcn mêmeforme quece quiest; maisilnia instituit...earum rerum obsciiritate, la conformité d'idées entre ce qui est quœ ad confessionem ignorationis adet ce qui n'est point. Arcésilas, au con- duxerant Socratem, et veluti amantes traire, insista sur cette conformité: Socratem, Democritum, Anaxago- Incubtiit ineas disputationes ut doce- ram, Empedoclem, omnes penè uete^ ret nullum taie esse uisum a t^ero, ut res, quinihil cognosci, nihil percipi, non ejusrnodi etiam à folsf) possit (58). nihil sciri passe dixerunt, ant^ustos Voilà le pivot de leur dispute. On sensus,inibecillos animns, brada curavait déjà dit dans cet ouvrage de riculafitœ,et {ut Democritus) inpro- Cicéron, que l'obscurité des choses, Jundoi^eritalemessedemersam,opinioet non pas l'opiniâti'eté, ou le désir nibus et institutis omnia teneri, nihil delà victoire, avait engagé Arcésilas à disputer contre Zenon (Sg).
J'ai dit qu'il poussa plus loin l'hy- pothèse de l'incertitude que Socrate: et j'ai eu raison; car il ne voulut pas même avouer, comme Socrate, qu'il savait qu'il ne savait rien. Il se tint dans la suspension généralement sur toutes choses, et il ne disputa que pour se convaincre que les raisons d'affirmer n'étaient pas meilleures que les raisons de nier: Arcésilas negabat esse quic- quam quod sciri posset, ne illud qui- dem ipsum quod Socratessibi reliquis- set. Sic omnia latere censebat in oc- culta, neque esse quicquam quod cer- ni, aut intelligi possit. Quibus de veritati relinqui, deinceps teneri, nihil teneri, omnia tenebris circumfusa esse Jj'arerurtf {62). C'est sous l'autorité de ces grands noms qu'il attaquait les dogma- tiques (63). 11 en pouvait alléguer enco- re d'autres, comme vous pourrez l'ap- prendre dans le second livre des Ques- tions Académiques (64). Néanmoins, Numénius, qui s'emporte contre lui très-durement, fonde son indignation sur la révolte qu'il lui attribue (65). Vous trouverez quelques traits de sa colère dans la descriptiou de l'incon- stance de ce philosophe: C'était un homme, dit-il, qui niait et qui nffir~ mait les mêmes choses: il se jetait ai^euglément a droite et à gauche; il causis nihil oportere neque profiteri, faisait gloire d'ignorer Indifférence du neque ajfimiare quemquam, neque as sertione approbare, cohibereque seni- per, et ab omni lapsu continere teme- ritatem, quœ tum esset insignis, quiuu autfalsa, aut incognita res approba- retur, neque hoc quicquam esset tur- pius, quam cognitioni et perceptioni, assertioneni approbationemque prœ- currere. Hue ( rationi quod erat con- sentaneum ) Jaciebat, ut contra om- nium sentenlias dies jant plerosque de- duceret, ut quîim in eâdeni re paria contrariis in partibus momenta ratio bien et du mal: il débitait la première fantaisie qui lui i/enait dans l'esprit; et tout d'un coup il la renuersait par plus de raisons qu'il ne l'avait établie. C'était une hydre qui se déchirait elle- même. Les termes de l'original sont plus expressifs, et plus féconds: ' E\£- num ini'enirentur, faciliiis ab utrâque ovsiiTêi, kcli lif/.Cpvvi'ro ëxufAcLçiiç, oti (m parte assertio sus tineretur (60). Il fut ' " ' " "" ~' ' ''^'" celui qui enseigna Vacatalepsie, ou l'incompréhensibililé, plus formelle- ment qu'on ne l'avait jamais lïiit; et il outra tellement les choses que Car- néade, qui aurait pu le soutenir mieux que lui, se crut obligé d'y apporter quelque modification (6i): mais il est (58) Idem, ibiil.
(60) Cicero, Acad. Qu^st., lib. /, cajf. XII.
(61) Voyez Varlicle CvRutàOE.
(Gî) Cicero, Academ. Question,, lib. /, cap. XII.
(63) Idem, ibid., lib. II, cap. V, Voyci ci-de<ius, citation (49).
(65) Numénius, apud Ensebium, Prseparat. Evangel., lib. XIV, cap. V, pag. 730. (66; Idem, ibid., cap. V, pag- 73», A- ARCÉSILAS.
VœV itHITOV, »*( TêyMvéjMêVOÇ i<!^ itLVTOV, à,/ji.<foripet dxxi^xœv ^uo-KùItoùç, khi tou «TêovToç Àa-KiTrTaiç (S"]). ^JJirmans simul idem, idemque negans, hinc, i7/j«c, utrinque, i'cl undique potiùs subito se temerèque uersans ac rei'ocnns, incerti ambiguique sensiis, veterator, prœ- ceps, alque ut ipsemet, adeo ingenuus est, conjitetur, nihil omnino sciens...hoc ut probro jucundissimo Jrueretur, coque se nomine mirum iu modum cir- cumspiceret, quod quid turpe quidt'e honestum, quid bonum quid^'C malum esset, ignoraret: sed potiùs, ubi quod primum in mentem i>enerat ejffutisset, tum repente mutatus, id ipsum pluri- bus quant ante stabilierat, ei>erteret. Seipsum igitur ille quasi Hydram se- cabat, et secabatur a se ipso, dum sic in utramque partem loqueretur, ut nec quid sibi l'ellet intelligeret: nec ullam ipse decori rationem haberet. Au reste, il reconnaissait le doigt de Dieu dans l'ignorance de Thomme; car il louait beaucoup un vers d'Hësiode, où il est dit 3ue les dieux tiennent l'esprit humain errière le voile: ''Evrivii yoûv 'Ha-tôJou TTûio-f (68).
Quarè laudabat illud Hesiodi, Ignares hoininum suspendmit numina mentes.
(F) V^oici comment il a été combattu par un père de l'Eglise. ] Je veux par- ler de Lactance: il pre'tend ruiner toute la philosophie, en e'tablissant avec Socrate que l'on ne peut rien sa- voir, et avec Zenon qu'il ne faut croire que ce que l'on sait: Si neque, sciri, dit-il (69), quicquam potest, ut Sacrâtes docuit, nec opinari oportet, ut Zeno, tota philosophia sublata est. Il confirme sa prétention par le grand nombre de sectes en quoi la philoso- phie e'tait divisée. Chacune s'attribuait la véiile et la sagesse, et donnait l'er- reur et la folie en partage à toutes les autres. Ainsi, quelque secte particu- lière que l'on condamnât, on avait pour soi le suflrage des philosophes qui n'étaient point de celle-là: vous pouviez donc être assuré du suffrage du plus grand nombre, en les con- (67) Idem, ihid., cap. VI,pag. ^Bo, C. (t!8) Euseb., ibià., cap. IV, pag. 726, D. (6t)) Lactant. Divin. Institution., lib. III, cap! IV, pag. i53.
damnant toutes; car chacune en par- ticulier aurait approuvé votre juge- ment par rapport à toutes les autres, et n'aurait pu vous opposer que le té- moignage qu'elle se rendait à elle- même, juge en sa propre cause, et par conséquent, indigne de foi. Voilà de quelle manière Lactance détruit toutes les sectes de l'ancienne philo- sophie les unes par les autres: « Elles » s'entr'égorgent, il n'en reste aucune « en vie, dit- il: la raison en est, » qu'elles ont bien une épée, mais non « pas un bouclier; elles ont des for- » ces pourles guerres offensives, mais M non pas pour les défensives, w Pe- reunt igitur uniuersi hoc modo, et tanquam Spartiatce illi poëlarum (70) sic se ini'iceni jugulant, ut nenio ex ominibus restet. Quod eofit, quia gladium habent, scutum non habent. Si ergo singulœ sectœ niultarum sec- tarum judicio stultitiœ confincuntur, onines igitur l'anœ, atque inanes re- periuntur. Ità se ipsam philosophia consumit, et conficit (71). « Arcésilas « voyant cela, continue-t-il, s'arma » contre toutes, et fonda une nouvelle » secte de philosophie, qui consistait M à ne point philosopher.» Quod ciim intelligeret.Arcésilas, academiœ con- ditor, reprehensiones omnium inter se collegit, conj'essionemque igno- rantiœ clarorum philosophorum, armai'ilque se adi'ersùs omnes. llacon- stituit noi'am non philosophandi phi- losophiam (72). Il y eut donc dès lors deux partis: l'un s'attribuait la scien- ce, l'autre la déchirait. Celui-là tom- be par terre, si la nature des choses ne peut pas être connue; celui-ci est perdu, si elle le peut: s'ils sont égaux, la philosophie ne laissera pas de pé- rir; car elle sera partagée: « Que si, » comme je l'ai enseigné, la misère M de notre condition ne permet pas )> qu'il y ait dansl'homme une science M proprement dite, Arcésilas gagne » la victoire; mais il ne se soutiendra » pas: il n'est point possible que l'on » ne sache quelque chose; on périrait (70) La noie de Thysius sur ce nvol est ridi- cule. Qui se invicem conGciunt, dil-il, sicat Cleomedes et socii apud Spartanos, teste PIu- tarclio. Ne voit-il pas que Lactance parle, non pas du temps historique, mais du temps mytho- logique, et de ces hommes qui naquirent des dents d'un serpent scme'es par Cadtnus?
(71) Lactant. Divin. Institution., lib. III, (72) Idem, ibid.
ARCÉSILAS.
î) nécessaireraenl, si l'on ignorait ce sequitur, ut credendum non sit; si 3) qui est utile ou pernicieux à la autem non crediderit, tum sequi- » vie. » Si aulem ( ut docui ) nulla tur, ut credendum sit. lia si nih.il potest esse in homine interna et pro- sciri potest, necesse est idipsum sci- pria scientia, obfragilitatem condition ri quod nihil sciatur. Si autem scitur y nis humance, Aicesllœ manus i'icit. posse nihit sciri, falsum est ergô quod Sed ne ipsa quidem stabit, quia non dicitnr, nihilsciri posse. Sic inducitur potest omninb nihil sciri. Sunt enim dogma sibi ipsi répugnons, seque dis- mutta, quœ natura ipsa nos scire, et soluens (76). Enfin Lactance confesse usus frequens, et i'itce nécessitas co- qu'à l'égard de la physique il n'y a git. îtaque pereundum est nisi scias aucune science, et qu'il ne faut pas quœ ad i^ilam sunt utilia, ut appetas, même l'y rechercher: Quanta face- quœpericulosa, ut fugias étoiles {']'i). ret sapientiiis, ac ueriiis, si excep- Lactance nous donne ensuite un détail tione factâ, dtceret causas, rationes- de plusieurs choses que les hommes que duntaxat rerum cœlatium, seu savent, et se moque d'Arcésilas, qui naturalium, quia sunt abdilœ, nesne pouvait dégratler les autres, sans ciri posse, quia nullus doceat, nec se dégrader soi-même, puisqu'ils pou- quœri oportere, quia ini'cniri quœ- valent lui répondre: Si fous prout^ez rendo non passant (77)! que nous n'ai'ons point de science, et Faisons quelques petites remarques qu'ainsi nous ne sommes pas philoso- sur cette dispute. 1°. L'argument dont phes, uous ne l'êtes point non plus; il se sert pour ruiner toutes les sec- car vous confessez que uous ne sai'ez tes de philosophie, les unes par les rien. Il se coupait donc la gorge avec autres, prouve trop. Un athée qui le même poignard qu'il employait à s'en servirait aujourd'hui, pour ren- tuer les autres: Quid ergà promouit verser tout le christianisme, raison- Arcesilas, nisi quod confectis omni- nerait mal: les sectes chrétiennes s'cn- bus philosophisseipsum quoque eodem tre-damnent les unes les autres, je mucrone transfixit (74) •'' Lactance ne l'avoue; mais si vous en condamniez.
le blâme pas en tout, il le loue d'à- une dans tous les points de sa doc- voir connu la folie de ceux qui croient trine, vous n'obtiendriez pas l'appro- que des conjectures de la vérité sont bation de toutes les autres. 2". Lac- une science: Rectè uidit Arcesilas tance se contredit pitoyablement. II arrogantes uel potiiis stultos esse qui avoue que s'il n'y a point de science putent scientiam veritatis conjectura parmi les hommes, Arcesilas gagne passe comprehendi (75) j mais il s'ar- la victoire; et il prétend avoir dé- rête très-peu à le louer: il passe d'à- montré que nous sommes trop fragi- bord au reproche de contradiction les pour parvenir à la science. Pour- que l'on a tant fait aux Pyrrhoniens: quoi donc tout aussitôt ajoute-t-il « Par cela même que vous ne savez qu'Arcésilas perd la victoire, vu qu'il 3> aucune chose, vous en savez une. » y a plusieurs sciences parmi les hom- Arcesilas...introduxit genus philoso- mes? 3". Les exemples qu'il en donne phiœ âa-ùçxTov, quod latine insta- sont nuls; car ce n'est point une bile, siuè inconstanspossumus dicere. science, au sens que l'on prend ce Ut enim nihil sciri posse sciendum sit, mot dans cette dispute, que de sa- aliquid sciri necesse est, nam si om- voir discerner les bons alimcns d'avec ninà nihil scias, idipsum nihil sciri les mauvais; et cette sorte de con- posse toUetur. Itaque, qui velut sen- naissance n'a point été révoquée en tentiœ loco pronunciat nihil sciri, doute par les acataleptiques. 4°- Le tanquam prœceptumprojitetur, et cog- reproche de contradiction a moins de nitum, ergo aliquid sciri potest. solidité que de faux brillant j c'est Huic simile est illud, quod in scholis plutôt une subtilité qu'une raison con- proponi solet in asystati generis exem- vaincante: le bon sens débrouille bien- plum, sommasse quemdam, ne sont- tôt cet embarras. Si je songe que je niis crederet: Si enim crediderit, tum ne dois pas croire aux songes, me , „,, „.. voilà bien attrapé; car si je n'y crois (74) Idem, ibid., cap. r, pag i56. (76) Idem, ibid.
(75) Idem, ibid, cap, VI, pag. 157. 17") Idem, ibid., pag, i58.
ARCÉSILAS.
n'y croirai pas. Où est l'homme qui ne voie qu'en ce cas-là il faut excep- ter des autres songes celui en parti- culier qui m'avertit de ne croire pas aux songes? Voyez dans Sextus Em- piricus ce que les sceptiques repon- daient à cette objection. 5°. L'aveu de Lactance, par rapport à la phy- sique, n'était guère propre à son des- sein: on eût pu en tirer de l'avantage contre sa cause.
(Q) Il attira à snn auditoire un grand nombre de disciples. "^ L'entre- prise de combattre toutes les scien- ces, et de rejeter non-seulement le témoignage des sens, mais aussi le témoignage de la raison, est la plus hardie qu'on puisse former dans la république des lettres. Elle est sem- blable à celle des Alexandre et des autres conquérans qui ont voulu sub- juguer toutes les nations. Elle deman- de beaucoup d'esprit, beaucoup d'é- loquence, beaucoup de lecture, beau- coup de méditation: Si singulas dis- ciplinas percipere magnum est, quanto majus omnes? quodjacere iis necesse est quitus propositum est i^eri repe- riendi causa, et contra omnes philo- sophas pro omnibus dicere (78)! Ar- césilas était aussi propre qu'on le pou- vait être à cette entreprise. La na- ture et l'art avaient concouru à l'ar- mer de toutes pièces. Il était naturelle- ment d'im génie heureux, prompt, vif (79) 5 sa personne était remplie d'agrémens j il parlait de bonne grâ- ce. Les charmes de son visage secon- daient admirablement ceuxde sa voix, et il apprit sous de bons maîtres tout ce qui était le plus capable de per- fectionner ses dons naturels, je veux dire d'étendre leurs forces par la réu- nion de plusieurs parties différentes. Vous trouverez ce détail dans Numé- nius; mais vous l'y verrez tourné d'une manière odieuse. Numénius n'aimait point Arcésilas, il n'a pu pourtant s'empêcher de dire ceci ^ Tlhm To7ç à.K(iôoua-iv ïtpKîtnv, ofAou Tti ^oâaiç Tïiç jictTpiffiç è/il v4«tviVjcoç. j^grè uJitse Theophrciitum ajunt illini recirx.ui'n ac dixi.rse, quàin ingeniosus promptusque adoUs- cant e schold di>cn'nl'. Diogen. Laërtius, lib. JV,i^6y iw.in 3o. yorer, auirininn. ^'j.p. -i/jÇ).
Toiç 'ijujucLo-i ^iho<^fi<i<rCvni (80). Tenebat ille tamen auditores, dum in loquen- le summam cris dignitateni videbant. Fuit enini auditu simul aspectuque ju- cundissimus, adeoque libentissimè ho' m.inis orationemexcipiebant, prœstanti ex fultu et ore manantem, nec abs- que natifd quâdam suauitate oculo- rum. Il a dit aussi qu'Arcésilas éton- nait les stoïciens par ses diverses ma- nières de réfuter ses antagonistes. Bapportons tout le passage: il est in- finiment propre à nous montrer l'ha- bileté de notre homme, et l'estime immense qu'il s'acquit: O» Stoïxoî iTs i/TTu'xowov iKTriTrKTny fji.it 01. 'H pL'iZtra. yàip clÙtoiç oùSi ToTe i\v 4)lXo^o■),oç, oi/cT' ipyou- Kcti Ttôo-vàç MV. "Xatyet.faZv Trpoç ouç [xkt ToU TOT* ÀvâpaJTroiç ûwîïpXê, fjiyiiS'sv ùvitt TTCfT CtV, €1 Tl yU« 'ApK-êtriXatû) SoKit Tû» niT*vstia> (81). Atque hœc stoïci cum stupore audiebant. Erat enini adhuc infans eoruiii musa, nec iliarum Ja- cetiarum artifex, quibus Arcésilas Zenonis argumenta partïnt explodens, partlm succidens, parlhn supplantons, sic eos linguce ui ohruebat, ut fidem etiam aliis faceret. Ita, ciim et ii quibuscum oratione pugnabat, victi atque prostrati, et ii quorum in co^ rond dicebat, perculsi attonitique ma- nerent: quasi pro comperto erat ejus- dem cetalis hominibus, nec uocem, nec malum, nec opus ullum uel mi- nimum, quicquam esse, nec inanefri- i>olumque contra visum iri quicquam, nisi quod Arcesilœ Pitanœo taie ui- deretur. Les remarques précédentes vous ont pu déjà fournir des autori- tés sur le mérite d' Arcésilas. En voici une nouvelle. Quelqu'un dit, dans Cicéron, que jamais personne n'eût suivi le sentiment de ce philosophe, si l'absurdité manifeste qui s'y trou- vait n'eût disparu sous l'éloquence (80) Numnniiis, apud Eusebium. Prœpàrat. Evaiigel., lib. XIF, cap. VI,pag. ^So, D.
ARCÉSILAS. i5i et l'habiletë du docteur: Quis ista rabat, inueniret potiùs quam aecipe- tam apertè perspicuèque et peruersa ret (88). Plutarquc raconte plus ample- et falsa sequuius esset, nisi tanta in ment le même fait; mais il suppose Arcesdd...et copia rerum et dicendi ^uele malade n'était point Ctésibius: Mis/Misset(83)? il le nomme A pelle de Chio (89).
(H) On dit qu'il ne faisait- le seep- Ajoutons quArcésilas ayant prêté de tique que pour éprouver ses écoliers.] la vaisselle d argent à un ami qui de- QDiricus. avant dit qu'Ar- vait donner un festm, ne la rede- manda point. 11 supposa qu'il l'avait donnée, et non pas prêtée. Quelques- uns disent que, considérant les be- soins de cet ami, il ne voulut pas la reprendre, lorsqu'on!a lui re- porta (90).
(K.) Le témoignage qui lui fut ren- du par Cléanthe, louchant l'oppo- sition entre ses dogmes et sa pratique^ etc., sont des choses très-curieuses. ] Dès qu'on assure qu'il n'y a rien de certain, et que tout est incompré- hensible, on déclare qu'il n'est pas certain qu'il y ait des vices et des vertus. Or, un tel dogme paraît très- propre à inspirer l'indifférence pour le bien honnête, et pour les devoirs de la vie. C'est pourquoi les adver- saires d'Arcésilas le censurèrent de négliger ses devoirs. Us prétendirent qu'il vivait selon ses principes. Mais Cléanthe, quoique d'une secte fort contraire à ce philosophe, prit son parti. Taisez vous, dit-il à quelqu'un de ses critiques, ne blâmez point Ar- césilas: ilrenf^erse les dei>oirs par ses pa- roles; mais nies établit par ses actions: n«.î/o-ati, s<^ti, KoLi [Xit ■^îyt, il yÀp x«J Xo-ym To kùlShkov «tvaifs/, to7ç yoûv If^oïc Àuri) Tiôsî" (91)- Quiesce, inquit, ne- que uituperes: ille enim, etsi i^erbis officium tollit, operibus tamen id po~ nit. Arcésilas lui répondit qu'il n'ai- mait point à être flatté: Est-ce uous