SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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dans les anciens auteurs, comme s'il avait tenu toutes les autres pour suspectes. Il serait à souhaiter que les deux manuscrits dont nous avons parlé, et qui sont k-s seuls qu'on ait vus, eussent été conser- vés. Henri Etienne, par malheur étant tombé dans une espèce d'a- liénation d'esprit sur la fin de ses jours, les laissa périr avec beau- coup d'autres, qu'il ne communi- quait à personne, pas même à son gendre Casaubou. il avait traduit en vers français les mêmes odes d'Anacréon qu'il a mises en vers latins. Eas Aiiacreontis odas, dit-il dans la préface de ses Annotations sur Anacréon de l'édition de Paris, in-^.".,.en i554, quas jam aniè gal- licas fecerani, in aliquol amicniuiii gratiam latine quoque aggressus sum i'ertere. Ce qu'on rapporte d'I- saac Vossins, qui disait avoir possé- dé un Anacréon où Scalig-'r avait marqué de sa main que Jean Dorât était auteur de la traduction latint; de ce peè'te, attribuée à Henri Etienne, doit être compté pour rien. Ou Vossius se tromp.iit, ou Scaliger avait été mal informé. Hen- ri Etienne, qui d'ailleurs n'était point plagiaire, était très-capable d'une version telle que celle-là; et Dorât, si elle avait été de lui, n'au- rait pas manqué de la réclamer. C'est sur elle que Rémi Belleau fit la sienne en vers français, qui parut peut-être si belle à Henri Etienne, qu'après l'avoir lue il n'osa publier celle qu'il avait faite en la même langue. Richard Renvoisy, maître des enfans de chœur de la sainte chapelle de Dijon, fil, selon le té- moignage d'Antoine du Verdier, page 34 de sa Bibliothèque, une au- tre traduction française des odes d'Anacréon. En ([uoi du Verdier ap- paremment s'est mépris. C'est, comme il est à présumer, la traduc- tion de Belleau, que Renvoisy mit eu musi(jue l'an i558 ou Sg; et du Verdier même le donne assez à en- tendre, lorsqu'à la page 1222 il cite ce Renvoisy simplement comme mu- sicien *. A l'égard de la traduction * Leclerc observe que le président Pouliier ny.iit que la traduction attnbiiée m.il à pr ipoE par ilu Verdier à Renvoisy n'eut pas de Ëi.ileau, m:is du président Bé^ut.

20 ANANIA. ANAXAGORAS.

3) française du même poète, faite par Cela fit qu'on lui demanda s'il ne se souciait aucunement de son pays. Sa réponse fut admirable; les philosophes chrétiens ne pour- raient pas mieux parler. Oui, dit-il, en levant la main vers les cieux, j'ai un soin extrême de ma patrie [a). Une autre fois, on lui demanda, Pourquoi êtes- vous né? et il répondit, Pour contempler le soleil^ la lune et le ciel{b). Conformément à cela, il mettait le souverain bien, ou la fin de la vie humaine, dans la contemplation, et dans l'état libre que la contemplation pro- duit (c). Il n'avait que vingt ans lorsqu'il commença de philosodes qui aisent qu il tut le premier qui y transporta l'école philosophique, qui avait fleuri dans rionie depuis son fonda- teur Thaïes. C'est ce que j'exaj) M. BiauthilUer de Rance à l'âge de >) douze à treize ans, elle n'a jamais ■n été imprimée *' j et il est vraisem- » blable, s'il y en a eu une, qu'elle 3) était en prose, quoique ceux qui en 3) ont parlé ne l'aient pas dit positive- *' Joly conGrme que celte traduction n'est pas imprimée, et il prend de là occasion de donner quelques détails sur l'édition d'Anacréon donnée par Rancé. On trouve sur cet objet une note bien plus curieuse, tome P'., pages i44-'95, des Mélanges de critique et de philologie pur Char- don Larochelte, Vans ^ 1812, 3 vol. in-8°.

*i Tout ce que Chautepié ajoute i» cet article roule sur l'édition d'Anacréon donnée à Utrecbt avec des notes de M de Pau\y, i-/iï, in-4°-, et sur une traduction italienne de ses odes, qui est de différentes mains.

ANANIA ( Jean-Lauremt d'), natif de Taverna («) dans la Ca- labre, a vécu vers la fin du XVr.

siècle. Il est auteur d'un livre de pher dans Athènes (d). if y a i géographie en italien, et d'un auteurs cfui disent qu'il fut ouvrage latin intitulé de Natiirâ Dœmomim, qui fut imprimé à Venise l'an \58i, in-8°. L'au- tre ouvrage est intitulé Cosmographia, overo Vuniversale Fa- minerai dans l'article d' Arche— brica del Mondo, et fut impri- laijs Te philosophe. Ce qu'il y a mé àYenise l'an iS'yô, iii-4°. {b). de certain, est qu'il eut d'illustres Vossius n'a point parlé de cet disciples dans Athènes, et nom- auteur dans sa liste des géogra- mément Périclès et Euripide.

plies.

(a) En latin Taberna. De là vient qu'il se surnomme Tabernas.

[b) M. Baudiand, totne 2, pag-. [\(\5, ne marque que l'c'dil. de Fenise, en IJ82.

ANAXAGORAS, l'un des plus illustres philosophes de l'anti- quité, naquit à Clazomène dans rionie, environ la-^o^. olympia- Périclès; car il lui inspira ces ma- Quelques-uns y ajoutent Thé- mistocle et Socrate; mais la chro- nologie les réfute à l'égard de Thémistocle (e). Il n'y a guère de choses qui puissent donner une idée plus avantageuse de son habileté, que le caractère des progrès qu'il fit faire au grand de, et fut disciple d'Anaximènes. La noblesse de son extraction, ses richesses, et la générosité qui le porta à résigner tout son pa- trimoine à ses parens (A), le rendirent fort considérable. Il s'appliqua tout entier à la re- cherche de la nature sans se mêler d'aucune affaire publique.

nieres graves et majestueuses, qui le rendirent si capable de gouverner la république {f): il (a) Ex Diogen. Laërt, libr. II, num.6, 7.

[b] Diogen. L.iërI. libr. II, num. lO.

(cj CliMn. Alexandr. Slromat., libr. II, {d) Uiog. Laërtius, libr. Il, num. 7. (e) Plularch. in Tliemistoc., yja^. 112, (/"j Idem, in Pciicle, pag. l5'(.

ANAXAGORAS. 21 le prépara à cette éloquence su- sence, mais que par la véhé- blime et victorieuse, qui le ren- menée de sa révolution ravissant dit si puissant {g), et il lui ap- des pierres de la terre, et les prit à craindre les dieux sans su- ayant allumées, elles devinrent perstition (/j). Joignez à cela que astres (<jr); et qu'au commeace- ses conseils l'aidèrent beaucoup ment les animaux furent formés à soutenir le pesant fardeau du de la terre, et d'une humidité gouvernement (i). Il se signala chaude (r); et qu'ensuite ils s'en- par la nouveauté et par la sin— gendrèrent les uns les autres, gularité de ses dogmes. Il en— les mâles au côté droit, et les seigna qu'il y avait des collines, et femelles au côté gauche (s). Il des vallées, et des habitans dans admettait autant de sortes de la lune, et que le soleil était une principes que de corps compo- niasse de matière tout-à-fait en ses; car il supposait que chaque feu(B),etplus grande que le Pélo- espèce de corps était formée de ponnèse (A). Il disait que la neige plusieurs petites parties sem— est noire (/), et il en donnait une blables, qu'il appelait /zomceo— raison peu solide; car il se fon- méries, à cause de cette cou- dait d'un côté sur ce que la neige formité. Mais cela l'engageait à est une eau condensée, et il sup- convenir d'une chose qui em— posait de l'autre que le noir est barrassait son système (/), c'est la couleur propre de l'eau (m). Il que les semences, ou les princi- croyait en général que les yeux pes de toutes les espèces, se trou- ne sont point capables de dis- vaient dans chaque corps. M. Mo- cerner la vraie couleur des objets réri a très -mal représenté ce et que nos sens sont trompeurs; sentiment (C). Lucrèce l'avait et qu'ainsi c'est à la raison, et néanmoins très-bien exposé, et non pas à eux, à juger des cho- assez solidement réfuté. Cela ses (n). Il disait aussi que les nous donnera lieu de proposer cieux étaient de pierre (o), et quelques réflexions sur cette doc- que c'était la vitesse de leur mou- trine. Ce qu'il y avait de plus vement qui les empêchait de beau dans le système d'Anaxa- tomber {p). D'autres assurent goras était qu'au lieu que jus- qu'il avouait que le ciel est de ques alors on avait raisonné sur nature de feu quant à son es^ la construction du monde, en {g)rojrezlaremarq,ie{Y.) defartidede matière très-iuforme, et de {h) Voyez les remarqiws{k) et (B) de l'ai- 1 autre que le hasard, OU qu une ticle PÉRicLEs. fatalité aveu^fle, qui l'eût arran- (i) Voyez la citation (iq).,.. „ '->''■.

(*) Diog. Laëriius, lihr.ii,nu,n.8. g^c; H rut Je premier qui supcap. XXllI et XXXI. Laclant., hùr. V, K ■.7?J 1 cap. m. duisit le mouvement de la ma- (m) Sextus Empiricus, Pyrrliou. Hypo- tièi'c, et débrouilla le chaos (D).

lipos., libr. 1, cap. XIII.

(n)Idem., adv. MalLem., Ziir. Vit, p. (c/ Plut, de Placilis Philosopli., /iir. //, l53. cap. XIII. Je me sers de la fcrsion (i'Aniiot.

(o) Voyez la remarque (I) au commence- \r) Diog. Laërt., libr. II, mon. I2.

[p) Diog. Laërt., libr. II, num. 12. (') Voyez la remarque (G).

22 ANAXA t^e {ai ^ans doute la véritable raison pourquoi ce grand phi- losophe fut surnommé NùO;, c'est- à-dire VKspril ou V Entendement (i'). Son orthodoxie ne fut pas assez épurée (E): il y resta bien des défauts; et cela est moins étrange, que de voir que les physiciens qui le précédèrent n'ont point connu la vérité dont il s'aperçut, et qu'il était si fa- cile d'apercevoir, et que les poètes avaient tant chantée (F). Il faudra examiner si la doctrine des homœoinéries ne renfermait pas beaucoup de contradictions (G): il me semble qu'elle en est toute farcie; et qu'en général, les idées des anciens qui ont par- lé du chaos, n'étaient pas moins embrouillées que le chaos même. Disons pour le moins, afin d'é- viter tout air d'exagération, qu'elles n'étaient guère justes, et qu'ils n'ont pu dire que cet état de confusion ne subsistait jîlus (H). On conte qu'Anaxago- ras avait prédit que la pierre qui tomba du ciel dans la rivière de la Chèvre, et qui fut gardée et vénérée comme une sain te relique, tomberait du corps du soleil (I). On lui attribue quelques autres prédictions {x). 11 cultiva beau- coup la géométrie {j-); et l'on trouva que, dans sa prison, il avait écrit sur la quadrature du cercle (z). Son esprit vaste sufli- sait à tout: les jîlus difficiles phénomènes de la nature, les comè- tes, la voie de lait, les tremble- mens de terre, les vents, le {y) Voyez la remarque (C), num. 2. (a') Voyez la remarque. (I).

(j-) Proolds Diii<)oclius, libr. II, in li- hrum primum Kuclidi^. (z) i'iutvrcli. de lixilio, pag. 607.

GORAS.

tonnerre, les éclairs (aa), la débordement du Nil {bb), les éclipses, et semblables choses, dont il inventa des raisons; tout cela joint aux spéculations as- tronomiques et géométriques ne l'empêcha pas d'étudier les poé- sies d'Homère, avec l'attention d'un homme qui veut découvrir des secrets, et enrichir la litté- rature. Il fut le premier qui supposa qu'elles sont un livre de morale, où la vertu et la justice sont expliquées par des narra- tions allégoriques {ce). On rap- porte diversement les circon- stances et l'issue du procès d'im- piété qui lui fut fait dans Athènes: les uns disent qu'il fut condamné, les autres qu'il fut absous (K). Périclès, qui le protégea en cette rencontre, s'était rendu suspect d'athéisme y pour avoir été in- struit par un t,el maître. J'en parle ailleurs (dd). Diogène Laër- ce, en rapportant un bon mot d'Anaxagoras, a commis une bé- vue de chronologie (L), dont je suis surpris qu'on ait tant tar- dé à s'apercevoir. La constance de ce philosophe, à la nouvelle de sa condamnation, et de la mort de ses fils, fut merveilleu- se (M). 11 comptait pour très- peu de chose de vivre ou de mou- rir hors de sa patrie (ee); et il discernait fort bien quelles con- ditions sont les plus heureuses (N). Quelques auteurs ont débité qu'on ne le vit jamais rire, ni même sourire (jy^)- Cicéron lui don— (aa) Diog. Lnërt. libr. II, num 9.

(bb) Diodor. Siculus, lib. I,cap. XXXVIII.

(ce) t)iog. Laërt., libr. 11, mtm. 12.

(dd) Dan.'! les remarques (G) et (D) de l'article Périclès.

(ce) Voyez la remarque (M).

'Xf) Mian Var. Hislor., libr. VIII, cap. XIII i Plutarcjue, dans la Vie do Périclès.

ANAXAGOllAS. 23 ne beaucoup de gravité. Maxi- les astres (/cA). Encore moins ma fuit et gravitatis et ingenii faut-il oublier que la force et gloria [gg)- Il mourut à Lamp- la sublimité de son génie, son saque, oii il fut enterré honora- travail, son application, et l'a- blenient, et orné d'une épitaphe bondance de ses découvertes, ne très-glorieuse. On alla même firent que le conduire à l'incer- jusqu'à lui bâtir un autel (0). titude; car il se plaignait que Les principaux de la ville le vi- tout est plein de ténèbres {II). Ce sitèi-ent un peu avant qu'il mou- fut peut-être ce qui l'obligea à rût, et lui demandèrent s'il avait dire que tout consiste dans l'opi- quelque ordre à donner: il leur nion, et que les objets sont ce fit réponse, qu'il ne souhaitait qu'on veut, c'est-à-dire, tels ou autre chose, sinon que l'on per- tels, selon qu'ils nous semblent mît aux enfans de se divertir tels ou tels (77zm). Du reste, quoi- toutes les années dans le mois qu'il enseignât que l'âme de qu'il serait mort {hh). Cela fut l'homme est un être aérien (n«), exécuté, et la coutume en du- il la croyait immortelle {oo). II rait encore au temps de Dio- lui faisait plus d'honneur qu'au gène Laërce. On dit qu'il vécut monde; car il était de ceux qui soixante et douze ans {ii). On jugèrent que le ciel et la terre n'est pas bien assuré qu'il ait périraient {pp): et quand on lui tenu pour le dogme de la pré- demanda si les montagnes de destination (P). 11 est le premier Lampsaque seraient un jour une philosophe qui ait publié des partie de la mer, il répondit livres (Q). Socrate, qui avait es- que oui, pourvu que le temps péré d'y rencontrer certaines ne leur manquât pas {qq)- J'ai choses, ne fut pas content de dit ailleurs (rr) quel était son sen- leur lecture: ce fut apparem- timent sur l'âme des bêtes. C'est ment sa faute (R), comme je le dommage qu'il n'ait pas été ami montrerai dans les réflexions que de Démocrite, et que ces deux j'aurai à faire sur son discours, grands esprits n'aient pas con- II négligea l'astronomie, entre certé ensemble leurs hypothèses: autres raisons, à cause qu'Anaxa- on aurait pu corriger les défauts goras, qui s'y était extrêmement de l'une par les perfections de appliqué, s'égara beaucoup (S), l'autre; mais il n'y eut entre eux Ce que l'on observe touchant le nulle liaison. Anaxagoras voulut Traité ou il raisonnait sur les du mal à Démocrite, parce que éclipses est une chose curieuse. Vous la verrez à la fin de la re- ^^(A^i^ Pl'ilostr. in Viiâ Apollon, lib.ll, marque (B) de l'article de Péri- (//, royez la remarque {G), i^ers la fin. CLÉS. N'oublions point que le mont (mwi) Àrisloteles, Metapliys., lib. m.

Mimas, proche de Clazomène, "^««'^T&St',' S'cr^c Afifect., 5erm. était un lieu d'où il contemplait v, png. 547.

[gg) Cicer. Quœstion. Academ., libr. IT, (pP) f^oycz les Jésuites de ConiraLrc, m cap. XXIII. Arisl. libr. I. de Cœlo, cap. III, pag. 65.

iM) Diog. Laërt., libr. II, num. \!\. Voyez (ql) Diogen. Laërt. lib. II. nuin. lo. la remarque v A ■, vers la fin. [rr) Pans la remarque (E) de l'article Pr- {ii) Idem, ibid., num. 7. REiBA.

24 ANAXAGORAS.

la visite qu'il souhaita de lui ren- qu'Anasagoras se crut redevable de la dre fut refusée (ss). Servius et science qu'il avait acquise, ou de son re ses opinions (1). 11 y aura Jlagrâsse credimus? qui càm è Jiutind beaucoup de passages grecs dans peref^rinntioiiepatrimiirepetiisset,pr>s- le commentaire de cet article, ^essinnesque désertas i'idisset, a lYon r^la A^,t,^lo,".,^ „., essem, inquil, eeo saluus, nisi ista Lieia doit plaire aux personnes •. /■^^ c. i j r ■'"""^3 pen(s*e/7t (3). » Socrate, employant a qui entendent cette langue, et son ordinaire l'ironie, montre que les qui veulent juger des choses par sophistes de son temps avaient plus de les propres termes des auteurs sagesse qu'Anaxagoras,puisqu'au lieu qu'on prend à témoin, et ne doit pas déplaire à ceux qui l'igno- rent; car outre que mes pages en seront plus courtes à leur égard, ils y trouveront en français une notion générale de ce qui est dans le grec. Ceci soit dit une fois pour toutes. J'ai renvoyé ailleurs («), afin de ne surchar- ger pas davantage cet article, quelques discussions chronologi- /"^f °'^^ /""' <^oi<.iiç kolkov Tj^t^iipiov ei7ro<fetl- ques qu'il y avait à proposer. "^ d'abandonner comme lui leur patri- moine, ils travaillaient ardemment à s'enrichir, désabuses qu'ils étaient de la sottise du vieux temps, et persua- dés qu'il faut être principalement sage dans ses propres intérêts, c'est-à-dire, avoir l'adresse de gagner beaucoup d'argent. Tot/v*vTi'ov yaLp 'Avet^oLyôfitt <pa,<r) o-u/jiÇ'iwtti » ùfjùv x.mTtfkn<^^îiiTetiy yctp etÙTU TroXKcev ^filjMaTCsv xatTatyMêX»- <rst(, KU.I ai7roKîa-iK.t Travrat. ouTceç «ti/Tov àvMTst a-o(pil^i<rôoii' Aiyouirt Si noù TTift â,XXa)v Toov 7ra,Kctiaiv iTipx TotstuTet' tgi/to VSIV TTipl trOàfia.i TOOV VWV TTpOi TùilÇ TrpoTîpavç' Kdi TraXKniç truvS'oKii, ot» tov (To<fov y etVTOV CtÙTCe fJlal.Klç'ltS'il irai^OV ilv 0.1. TOUTOU cT' opoc içtv àipoL-y oç ttv TTXêfç'ov ilpyi/piov ilpyâ.s-»Tai.i(^). Ciim -A nax agoras, con- tra ac uobis contigit, aniplum patri- moniurn ciim accepisset, negtexisse dissipasseque dicatur, adeo stultè phi- losophatus est; deque cceteris illoruin temporum sapienlibus alla quœdavi hujusniodl traduiit. Quapropter opli- mam hanc atlulisse conjecturani vide- ris, qubd sapientes nostri superioribus biens, afin de vaquer plus librement prœstant, mtiltique in hoc consentiunt, à l'étude de la sagesse, et à la rechei'- sapientem i/i primis sibi (ss) Diog. Laërt., lib. //, nitin. ï^. (il) A la remarque (A) de l'article d'Aïi- cuÉLAiis le philosophe.

(A) // resigna tout son patrimoine à ses pareils.] Avant que l'Évangile eût appris aux hommes qu'il faut re- noncer au monde et à ses richesses, si l'on veut marcher bien vite dans le chemin de la perfection, il y avait eu des philosophes qui avaient compris cela, et qui s'étaient défaits de leurs che de la vérité. Ils avaient cru que les soins d'une famille et d'un héritage étaient des entraves qui empêchaient de s'avancer vers le but qui est le plus digne de notre amour. Anaxago- ras etDémocrife (i) furent de ce nom- bre. Quid ergô, dit Cicéron (2), aut Honiero ad delectationem aninii ac voipsi sapera oportere; hujus autem hcec est surtima, lit argentutn plurimunt acquirotur. Cela me fait souvenir d'une distinc- tion que j'ai lue dans Aristofe. Oii trouve, dit-il (5), qu' Anaxagoras et Thaïes, et tels autres philosophes ont été sages, mais non pas prudens, parce qu'ils ont ignoré ce qui leur était /uptatern, aut cui quant docto defuisse utile (6): ils ont su des choses abstru- unqu'ani arhitramur? An ni ita se res haberet, Anaxagoras, aut hic l'pse Democritus, agros et patrimonia sua rcliquissent, huic discendi quœrendi- que dii'inœ deleclationi loto se aninio dédissent? C'est à un tel abandon MOCRITI.

(a) Cicero, Tusculao., Ub. V, circa/inem.

(3) Valer. Maximus, lib. FUI, cap. VII, num. 6 in Exlernis.

(4) Plato, in llippiâ majore, {et non pat in Phajdro, commr cite M. Ménage ia Diog. Laërt., (5) Aiislot. EuJemior., lih. V, cap. FIT, pag.iH.

(6) 2o<f ot)ç pàv, <fpovip.ouç S' ou <fa.c-'iv êivsti OTctv ieTûiciv tiyvoZvTO.ç TU a-i//u.<fî- pov9 *WT0IJ. Sapientes tjiiidein esse dicunl.

ANAXAGORAS.

25 ses, relevées, admirables, divines, mais qui ne servaient de rien; car ils ne cherchaient pas les biens et les avantages de la vie. Voilà le goût d'une infinité de gens: ils condam- nent toutes les occupations, qui ne servent pas à faire fortune. Tout ce qui ne traite pas de pane lucrando, ou qui ne sert de rien Trpoç tÀ ax^iit*, c'est-à-dire, pour faire bouillir la marmite, comme l'on s'exprimerait aujourd'hui, leur semble vain et su- perflu (7). Anaxagoras s'éloignait beaucoup des idées de ces gens-là. Il abandonnait ses terres à la merci des moutons, pour s'occuper tout entier à l'astronomie et à la physique. Phi- Ion (8), Plutarque (9), Philostrate (10), Himerius (n), et Suidas parlent de cela. On n'oublie guère ni Démocrlte, ni Cratès, quand on tombe sur ce lui des hommes (i5). Il y a de la chi- cane dans cette censure j car, pour ne rien dire du profit qu'apportent aux hommes les pâturages publics, n'est-il pas clair qu'Anaxagoras avait tout lieu de prétendre que les terres qu'il abandonnait seraient cultivées par ses parens? Les quatre vers, qui com- mencent par sic vos non vobis dans la vie de Virgile, contiennent un fait très certain ^ c'est qu'en travaillant pour le profit des moutons, des bœufs, etc., on travaille pour les hommes. Eusèbe a été plus équitable envers Anaxagoras (|u'Apollonius de Tyane; car il rapporte l'abandon des terres comme une preuve d'un atta- chement à la physique, plus grand que n'avait été encore celui de tous les autres philosophes: 't>tta-\ •yot/v ac «f * oÛtoc f/.ii.Mç'a. TTctpa. Tot/c vrpo o-ôrou iSa.usujet. Les pères mêmes de l'Eglise en fAonn «fus-ioxo'yict.v* //hào/2otov yî toi thu font mention (12); mais saint Chry sostome (i3) déclare que la conduite de ces philosophes était une folie et une bêtise, et non un mépris des ri- chesses. Le diable, ajoute-t-il, s'est étudié toujours h décrier et à diffamer les créatures de Dieu, par l'incapacité qu'on a eue de se bien servir de son ar- gent. N'est-ce point rendre la pareille aux gentils, qui traitaient de fous et d'insensés tons les chrétiens qui renon- çaient à leurs patrimoines, et se reti- raient dans des solitudes (i4)' C'est ainsi qu'on trouve du bien ou du mal ieiuTou ^û)fii*v éi a.ÙT»v ua.<ri (i6j. iLt verb superiores omnes quantiim, isphy- siologiœ studio superârit, velex eo in- telligi, quod agros ipse suos magnitu- dine pastionis uberrimos ejus amore reliquerit. Je me sers de la traduction ordinaire, qui est celle de François Viger j mais j'avertis qu'elle est fau- tive à l'égard de //nxô/2oTov X.'^pa.v, qu'il fallait tourner par agros ovibus depas- cendos, et non point agros magnitu- dine pastionis uberrimos.

Il nous reste encore des observa- tions à faire sur le désintéressement partout, selon que l'on est rempli de d' Anaxagoras. C'était un homme telsoudetelspré|ugés. Notonsqu'Apol- qui se serait très-bien acquitté des lonius de Tyane critiquait un peu la charges publiques; car non -seule- conduite d'Anaxagoras, comme Tac- ment ses conseils servaient de beau- tion d'un philosophe qui avait cher- clié le prefit des bêtes, plutôt que ce- ■prudenles verb nequaquam, cum videant eos qucB sibi ulilia sunt isnornre, Aristotel. Eude- mior. lib. V, cap. VII, pag. 184.

(7) Voyei le paragraphe VIII du Projet de ce Dictionnaire, dans le tom. XV^.

(8) Philo, de Vitâ contemplativâ. (q) Je cite ses paroles dans la reiruirque (B) de l article Démdckite.

cap.

fio) Philostrat. in Vilâ Apolloa., lib. I, VIII.

(u) Wimet. apudVhol., pag. 1088.

(13) Lact., lib. III, cap. XXII. Origenes contra Cels., lib. II.

(li) Voyez son Homélie VII sur les Actes des Apôtres, pag. Ci, édition de Paris, en (i4) Voyez Rutilias Numatianus dans son Itinéraire. J'ai rapporté ci-dessus quelques-unes de ses paroles, à lajin de la remarque (EJ de l'article Auamitcs, coup à celui qui gouvernait les Athé- niens, mais aussi ils lui étaient néces- saires (17). Cependant il ne se soucia jamais de se mêler du gouvernement: il ne se voulut jamais prévaloir de l'autorité et du crédit de Périclès, (i5) Phitostr. in Vitâ ApolIoD., lib. T, cap. VIII. Cet endroit a été misérablement traduit par Yigenère, qui fait dire à rauteur,qu*Anaxa- goias,.l'estant adonné a la nourriture des bestes blanches et des chameaux, avait plu- tost employé sa philosophie pour Vutilité du beslail que des hommes. La version latine de Khinuccinus ne vaut pas mieux: Aiebat Clazo- menium Anaxagoram gregibus el camelorum armentis nutriendis intentuin pecoruin gratia magis quam honiinutn philosophalum esse.

(16) Euseb. Prieparat. Evangel., lib. XIV, cap. XIV, pag. 75o.

(!•;) Voyez ci-dessous les paroles de Plutar- que, citation ('O).

z6 ANAXAGORAS.

pour s'élever aux emplois 5 il se borna aux speciilalions philosophiques, et se guérit parfaitemeut d'une ambition qu'une infinité d'autres savans sont incapables de réprimer, lors même que, comme lui, ils n'ont ni l'intel- ligence des aflàires politiques, ni la protection et la faveur des puissances. Je ne doute point que Cicéron ne l'ait principalement compté parmi les grands personnages dont ii dit, que ce fut dommage pour les républi- ques qu'ils se fussent entièrement adonnés à étudier la nature: Jiâdem autem alii prudentid, sed consilio ad uitœ studia dispttri, quietern atque otiuinsetfuuti, ut Pythagoras, Demn- cntns, j4naxagoras, à regendis ciui- ^ tatibiis tolos se ad cognllionem rerum transtulerunl, quœ t^ita propter tran- qidllitatem, et propter ipsiiis scientiœ xuavitatem, qtid nihil est hondnibus jucundius, plures quàm utile fuit ré- bus publiais, delectauil (18). Mais non- seulement il négligea les honneurs, il n'eut pas même le soin de se procurer ce qui lui était nécessaire pour sa sub- sistance: il ne fit aucune attention, ni à Ja facilité d'amasser du bien, que le crédit et l'amitié de Periclès lui auraient fournie, ni aux besoins de la vieillesse. La reclierchedes secrets de la nature absorbait toutes ses autres passions. Il éprouva entîn que son mé- pris des richesses n'eût pas dû être si grand; il se vit réduit dans ses vieux jours à n'avoir pas de quoi vivre, et il n'eut recours dans cette nécessité qu'à une tranquille résolution de mou- rir de faim; mais Périçlès ayant su cela en prévint reflet. Ecoutons Plu- tarque: Periclès, dit-il (19), secourut de ses richessesplusieurs pauvres gens, et niesmement Anar agoras, entre au- tres; duquel on conte, qu'estant Peri- clès si empesché ailleurs, qu'il n'at^oit pas loisir de penser a lui, il setrou^'a délaissé de tout le monde en sa i'ieil- lesse, et se coucha la teste affublée en résolutionde se laisser mourir de Jaim. De quoi Periclès estant averti, s'en- courut aussitost tout esperdu de^'ers